La soumission en islam : pourquoi un tel déni ?

  • La soumission en islam : la position schizophrénique de Ghaleb Bencheikh

Ghaleb Bencheikh, musulman pondéré et cultivé, présentateur attitré de l’émission de France 2 « Islam » diffusée le dimanche matin sur France 2 revient, dans le cadre d’une conférence sur le mot « islam » organisée par la société des amis de l’Institut du Monde Arabe en septembre 2016, sur la signification du mot « islam ».

Pour lui, le mot islam se réduit étymologiquement à « entrée dans la paix » et correspond à une « pacification intérieure, pacification de l’âme ».

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À vrai dire, on ne voit pas bien l’importance de cette précision étymologique, si ce n’est que le terme français de « soumission » fait écho au titre du livre de Michel Houellebecq publié le 7 janvier 2015, au moment même du massacre de « Charlie Hebdo » (et de l’Hyper Cacher) perpétré par des terroristes musulmans, fiction qui décrit l’arrivée au pouvoir en France d’un président de la République musulman qui va instaurer la chari’a dans un contexte de lâcheté des élites politiques ayant fait leur deuil de l’identité française. Cet écho est insupportable à Ghaleb Bencheikh au point que celui-ci perd son sang-froid et se livre à une attaque vile en traitant Michel Houellebecq d’« écrivaillon ». Il est dommage que cette personnalité très cultivée s’abaisse ainsi à une telle vilénie.

Les mots arabes dérivent d’une racine composée de 3 lettres, voire 4, d’une grande richesse de sens et qui peut être à l’origine de multiples significations. Ainsi, le mot « islam » a pour racine SLM de laquelle dérive de multiples sens, comme obéissance, soumission, abandon, paix, etc.. Ainsi, les musulmans reconnaissent en Abraham le premier « musulman » au sens de sa soumission totale à Dieu, ce qui le fait ainsi entrer dans la « paix de Dieu ». Il a ainsi par exemple accepté de sacrifier son fils Isaac, avant que le bras de Dieu ne le retienne finalement : ce qui est bien une preuve de soumission ultime à Dieu. S’il n’y a pas « stricte synonymie, stricto sensu, mot pour mot » avec le mot français, la notion de soumission entendue de façon restrictive comme « obéissance plus ou moins totale » est néanmoins bien présente en arabe.

Cette notion de soumission ou d’abandon à Dieu n’a donc en soi rien de problématique. On retrouve par exemple cette notion dans le catholicisme avec le vœu d’obéissance que font les moines et religieuses. La soumission correspond aussi au fait de « s’en remettre à Dieu dans une allégeance voulue comme telle » ainsi que le précise Ghaleb Bencheikh, celui-ci indiquant même que « ce n’est pas gênant pour un adorateur de Dieu d’être soumis à son seigneur ». Ce n’est en principe pas gênant mais que se passe-t-il si le Dieu en question, « Allah », demande à ses adorateurs de massacrer ou d’asservir tous ceux qui pensent qu’il y a d’autres dieux ou qui ne reconnaissent pas sa divinité ? C’est sans doute ce qui gêne Ghaleb Bencheikh et qui justifie son combat étymologique.

Pour ultime preuve de son analyse schizophrénique, Ghaleb Bencheikh mentionne la traduction en arabe du titre de l’ouvrage de Michel Houellebecq qui n’est pas « islam », tout en reconnaissant néanmoins que certains éditeurs ont traduit ce titre en arabe par « ist islam » qui renvoie bien à l’idée d’une soumission religieuse comme lui-même finit par le reconnaître.

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Sans prolonger un débat qui n’est pas d’une importance capitale, je fournis ci-dessous au lecteur deux compléments d’information qui pourront lui être utiles : d’une part, le Coran ; d’autre part, les avis d’intellectuels musulmans, et non des moindres.

  • Le Coran

Voici quelques versets (liste non exhaustive) du Coran qui semblent clairs sur la question de la légitimité de l’emploi du terme de « soumission » (la traduction fournie ici est celle de Muhammad Hamidullah, qui m’a été recommandée par la librairie musulmane faisant face à la Grande Mosquée de Paris : beaucoup d’autres traductions sont tout à fait similaires).

Sourate 2, verset 128. Notre Seigneur! Fais de nous Tes Soumis, et de notre descendance une communauté soumise à Toi. (…)

Sourate 2, verset 132. « Et c’est ce qu’Abraham recommanda à ses fils, de même que Jacob : « Ô mes fils, certes Allah vous a choisi la religion : ne mourrez point, donc, autrement qu’en soumis ! » (à Allah).

Sourate 3, verset 19 & 20. Certes la religion acceptée d’Allah, c’est l’islam. Ceux auxquels le Livre a été apporté ne se sont disputés, par agressivité entre eux, qu’après avoir reçu la science. (…) S’ils te contredisent, dis-leur : « Je me suis entièrement soumis à Allah, moi et ceux qui m’ont suivi. (…) »

Sourate 3, verset 102. Ô les croyants ! Craignez Allah comme il doit être craint et ne mourrez qu’en pleine soumission.

Sourate 16, verset 87. Les associateurs offriront alors ce jour-là à Allah la soumission, et ce qu’ils avaient inventé sera perdu pour eux.

Sourate 12, verset 101. Ô mon Seigneur. (…) Fais-moi mourir en parfaite soumission et fais-moi rejoindre les vertueux.

Sourate 33, verset 22. Et quand les croyants virent les coalisés, ils dirent : « Voilà ce qu’Allah et Son messager nous avaient promis ; et Allah et Son messager disaient la vérité ». Et cela ne fit que croître leur foi et leur soumission.

Par ailleurs, je ne listerai pas la multitude de versets intimant aux musulmans l’ordre d’obéir à Allah et à Mahomet (ex. le verset ci-dessous), car cela serait beaucoup trop long dans le cadre de cet article. Le lecteur peut retrouver cette liste dans le « Livret musulman de premier secours » disponible en téléchargement libre : http://islametoccident.fr/?page_id=1786

Sourate 2, verset 285. (…) Nous avons entendu et obéi. Seigneur, nous implorons Ton pardon. (…)

  • Citations d’intellectuels musulmans

Tariq Ramadan : « Le mot islam lui-même signifie « soumission » à Dieu, exprimant strictement un acte d’adoration avec son horizon spirituel. Par conséquent, respecter l’identité musulmane signifie bien reconnaître cette dimension première et fondamentale de la foi et, par extension, permettre aux musulmans d’accomplir toutes les pratiques religieuses qui modèlent leur vie spirituelle. »

Malek Chebel : « Que serait l’islam sans la soumission du croyant à son créateur ? La littérature coranique a beaucoup glosé cette notion, tandis que les auteurs les plus profonds ont signalé le type de relation que le musulman doit entretenir avec Allah. Il ne s’agit pas bien sûr d’une soumission aveugle, car elle est refusée d’avance. Il s’agit d’une soumission active et fervente, d’une adhésion plus que d’une soumission, d’une foi qui brûle l’âme du croyant et non d’une posture mécanique où le croyant serait l’objet passif de sa conviction, mais sans l’apport précieux de l’âme en fusion. (…) Il ressort de tout cela que l’« abandon à Dieu » ou « soumission » n’est pas l’apanage des seuls musulmans. Dans l’absolu et vu dans une perspective coranique, tout croyant est potentiellement soumis à Dieu. À ce titre, il est déjà un « musulman » au sens premier du terme, et cela avant même l’avènement de l’islam en tant que religion historique, pour autant évidemment qu’il en exprime le khuchu préalable, à savoir l’humilité et la foi qui déterminent le rapport à Dieu. Abraham serait ainsi le premier musulman au sens même où il s’est sincèrement abandonné à Dieu. C’est ce que les théologiens musulmans appellent le hanafisme. »

Yusuf Qaradawi : « Il n’est pas nécessaire pour le musulman de connaître en détail quel est le mal pour lequel Dieu a interdit telle chose. Il se peut que lui échappe ce qui apparaît à d’autres. Il se peut que ce mal ne soit pas découvert à telle époque et qu’il devienne apparent plus tard. Le musulman doit toujours dire : « Nous avons entendu et nous avons obéi ». »

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