Des rites : pour quoi faire ?

  • Constat

La spiritualité musulmane se focalise autour du principe élémentaire d’unicité divine, ou « tawhid », qui peut offrir à certains esprits imaginatifs des horizons leur permettant de déployer des raisonnements subtils, mais qui est insuffisant pour nourrir la vie religieuse de la masse des croyants dont le niveau intellectuel ne leur permet pas d’accéder à ces joutes de haut vol. On peut être d’avis que dans le domaine religieux en général, la multiplication des rites cherche à combler le vide intérieur angoissant créé par l’absence de véritable spiritualité, jusqu’à se transformer en superstition.

De ce point de vue, l’islam n’est pas en reste : il suffit d’ouvrir des ouvrages de jurisprudence musulmane ou de hadiths pour constater la place effarante que tiennent les rituels dans la vie religieuse en islam, jusqu’à se préoccuper avec beaucoup de minutie de l’exemple donné par Mahomet, y compris dans les détails les plus scabreux, comme par exemple dans le domaine de la satisfaction des besoins naturels (dans quelle position, dans quelle direction, comment s’essuyer, etc.), sujet on ne peut plus terre-à-terre.

Les grands rituels de l’islam sont assez connus, notamment les cinq prières par jour, le ramadan ou l’égorgement des animaux. Mais pour prendre conscience de l’ampleur de la question du rituel et des règles, il est intéressant de feuilleter la table des matières d’un ouvrage de jurisprudence musulmane, en particulier celui de l’islam malikite suivi par la grande majorité des personnes de culture nord-africaine : l’ouvrage Al-Muwatta, ouvrage de référence en matière de jurisprudence malikite et que chacun peut consulter facilement en librairie ou en bibliothèque. On y trouve ainsi abordés par exemple la complexité de la question des ablutions (à quelle occasion – relation sexuelle, saignement, suite à l’attouchement des parties génitales, en cas de rêve érotique, après un baiser à une épouse, etc. –, quand, quelle eau ou de façon sèche, quelles parties du corps – mains, tête, oreille, etc. –), la prière (la prière de l’éclipse, pour obtenir la pluie, la direction, comment poser ses mains), les règles touchant aux vêtements, ou encore le mauvais œil.

  • Problématique

Dans ce contexte de ritualisation extrême, dont on peut questionner l’intérêt spirituel, il est légitime de s’interroger, comme lors de l’émission de France 2 « Vivre l’islam » du 11 décembre 2016, sur ce qui reste de la religion si on en ôte tous ces rituels, émission au cours de laquelle un intervenant a posé la question effectivement fondamentale suivante : « Un musulman qui n’observerait pas les rites a-t-il droit au salut ? »

France 2 Islam 161211 Islam & Violence 2 Extrait 5