Soumission & Obéissance à Allah et à son messager

Les mots arabes dérivent d’une racine composée de 3 lettres, voire 4, d’une grande richesse de sens et qui peut être à l’origine de multiples significations, déjà en arabe. Ainsi, le mot « islam » a pour racine SLM de laquelle dérive de multiples sens, comme : obéissance, soumission, abandon.

Si le contexte peut apporter des précisions sur la nuance à retenir, il reste que l’obéissance est une qualité essentielle du musulman, quoiqu’en disent beaucoup d’islamologues qui tentent de valoriser l’autonomie intellectuelle du musulman dans un monde occidental où cette autonomie est acquise depuis longtemps.

Mais à qui le musulman doit-il obéir ?

  • L’obéissance due à Allah

Cette obéissance est naturellement d’abord due à Dieu.

Coran, sourate 2, verset 229 : « (…) Voilà les ordres d’Allah. Ne les transgressez donc pas. Ceux qui transgressent les ordres d’Allah sont des injustes. »

Coran, sourate 3, verset 64 : « – Dis : « Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah ». Puis, s’ils tournent le dos, dites : « Soyez témoins que nous, nous sommes soumis ». »

Coran, sourate 24, verset 51 : « La seule parole des croyants, quand on les appelle vers Allah et Son messager, pour que celui-ci juge parmi eux, est : « Nous avons entendu et nous avons obéi ». Et voilà ceux qui réussissent. »

Coran, sourate 33, verset 35 : « Soumis et soumises à Allah, croyants et croyantes, obéissants et obéissantes, loyaux et loyales, endurants et endurantes, craignants et craignantes, (…) : Allah a préparé pour eux un pardon et une énorme récompense. »

Coran, sourate 33, verset 36 : « Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et son messager ont décidé d’une chose, d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. Quiconque désobéit à Allah et à son messager est dans un égarement évident. »

Coran, sourate 5, versets 101&102 : « Ô les croyants ! Ne posez pas de questions sur des choses qui, si elles vous étaient divulguées, vous causeraient du mal. Si vous posez des questions à leur sujet, au moment où le Coran est révélé, elles vous seront néanmoins divulguées mais Allah effacera votre faute à ce propos. Allah pardonne et est miséricordieux. Un peuple avant vous avait posé des questions pareilles puis, devint pour cette raison mécréant. »

La récompense de cette soumission, cette obéissance complète à Allah est bien sûr la victoire dur l’ennemi : Hadith (Bukhari) : « D’après Abdallah Ibn Umar, le Prophète, lorsqu’il revenait d’expédition, prononçait à trois reprises le takbir [ndlr Allah u akbar : « Dieu est le plus grand »] et disait a dit : « Nous revenons si Dieu le veut, nous repentant, adorant, chantant ses louanges, nous prosternant devant notre Seigneur. Dieu a tenu Sa promesse, a aidé Son serviteur et mis à Lui seul en fuite les Coalisés ». »

Pour Yusuf Qaradawi : « La promesse de l’Enfer liée à toute mauvaise action commise par le musulman signifie non pas que celui-ci y demeurera éternellement comme c’est le cas pour les négateurs (kuffâr), mais qu’il y sera envoyé comme tout monothéiste ayant désobéi. »

Dans un autre contexte (les interdits), Yusuf Qaradawi rappelle : « Il n’est pas nécessaire pour le musulman de connaître en détail quel est le mal pour lequel Dieu a interdit telle chose. Il se peut que lui échappe ce qui apparaît à d’autres. Il se peut que ce mal ne soit pas découvert à telle époque et qu’il devienne apparent plus tard. Le musulman doit toujours dire : « Nous avons entendu et nous avons obéi ». »

Tariq Ramadan raccroche cette soumission à une analyse philosophico-spirituelle particulièrement sophistiquée : « La reconnaissance que l’on a affaire à deux révélations [ndlr le livre révélé – le Coran –, et le livre de l’univers], qui proviennent d’un créateur unique (at-tawhid), et que celui-ci attend de nous que nous le reconnaissions, que nous ayons foi en lui et que nous essayions de rester fidèles à ses enseignements établit, par l’essence de cette approche, le contenu de l’objectif premier que nous [ndlr Tariq Ramadan] essayons d’identifier ici. Or, l’idée d’être dans une sorte de dette (dayn) de reconnaissance, de remerciement et de fidélité vis-à-vis de l’Unique est le sens étymologique et profond du concept de “din“ et qui provient de la même racine verbale. Cette dette exige d’essayer de vivre la foi en essayant de rester fidèle à la conception établie par les deux révélations concernant la vie et la mort (din), et ce en suivant la voie (ash-shari’a). Ainsi, il ne s’agit pas seulement de protéger les piliers de la foi ou le rituel mais d’établir une approche holistique qui établisse, à partir de la reconnaissance du “tawhid“, que l’élaboration éthique – dans sa totalité et à tous les niveaux, du rapport avec la nature à la pratique médicale – a pour fonction naturelle et première de rester fidèle à cette reconnaissance existentielle de dette (dayn din) et d’agir en conséquence et en cohérence. »

Il apparaît que ce sentiment de dette vis-à-vis du créateur ne se traduit pas seulement par une humble soumission dans un climat bienveillant et empli de compassion, mais aussi par une soumission imposée par la crainte inspirée par Allah.

Ainsi Malek Chebel indique : « Seul Dieu (étant le Ghafur, « celui qui est enclin au pardon ») est en mesure de pardonner les fautes à celui qui, ayant péché, accepte de s’incliner et de revenir à la raison. Ce pardon est toutefois soumis au fait que le repentant écoute de nouveau avec ferveur et assiduité les enseignements de la tradition et se comporte avec l’humilité qui sied aux repentants. Le Coran développe l’idée de la « crainte de Dieu » à travers une centaine de versets. »

  • L’obéissance due à Mahomet

Mais cette obéissance est due à un niveau quasiment égal au Prophète Mahomet, bien que celui-ci ne soit qu’un messager.

Coran, sourate 3, verset 50« (…) Craignez Allah et obéissez-moi. »

Coran, sourate 8, verset 1« Ils t’interrogent au sujet du butin. Dis : « Le butin est à Allah et à son messager. » Craignez Allah, maintenez la concorde entre vous et obéissez à Allah et à son messager, si vous êtes croyants. »

Coran, sourate 24, verset 54 : « Obéissez à Dieu ! Obéissez au Prophète ! (…) »

Hadith (Bukhari, Muslim) : « D’après Abû Hurayra, le Prophète a dit : « Quiconque m’obéit, obéit à Allah ; et quiconque me désobéit, désobéit à Allah. Quiconque obéit à l’émir, obéit à moi ; et quiconque lui désobéit, désobéit à moi ». »

Hadith (Bukhari) : « Salama a dit : « Après avoir rendu allégeance au Prophète, je me retirai à l’ombre de l’arbre. Lorsque la foule des musulmans se fut éclaircie, le Prophète me dit : – Eh bien ! Ibn al-Akwa, est-ce que tu ne me prêtes pas serment ? – Je l’ai déjà fait, ô Envoyé de Dieu, lui répondis-je. – Alors prête-moi serment encore, reprit-il. Je lui prêtai donc serment une deuxième fois. » Un des rapporteurs dit : « Je demandai à Salama quel serment il prêtèrent ce jour-là. Il me répondit : le serment de combattre jusqu’à la mort ». »

Hadith (Bukhari) : « Abû Hurayra rapporte que le Prophète a dit : « Laissez-moi tranquille tant que je vous laisse tranquilles. Ceux qui vous ont précédés ont péri à cause de leurs questions à leurs prophètes et des disputes avec eux. Lorsque je vous interdis quelque chose, abstenez-vous en ; lorsque je vous ordonne quelque chose, faites-le autant que vous le pourrez ». »

Rémi Brague rappelle que « Le hadith fonde la rigueur de l’obéissance sur le fait que résister à Mahomet c’est résister à Dieu lui-même : « Quiconque est rebelle à Muhammad est rebelle à Dieu » (Bukhari). »

Par cet impératif requérant de lui obéir, on peut penser que Mahomet s’est auto-sacralisé afin d’assurer son pouvoir politique (ce qui était bien sûr de nature à déplaire fortement aux tribus arabes de l’époque et explique leur opposition naturelle). Cette sacralisation ne s’éteint pas avec la mort du Prophète mais perdure pour la suite des temps et est à mettre en rapport avec le caractère « intouchable » de Mahomet au yeux des musulmans, dont on voit les effets dès lors que quiconque s’avise d’émettre la moindre critique à l’égard du Prophète. Mahomet est nécessairement exemplaire.

Naturellement, toute désobéissance à Allah ou à son messager a de terribles conséquences. L’Éthique rappelle par exemple : « Puis les musulmans avaient reçu au cours de la bataille de Ouhoud [ndlr Uhud] une gifle douloureuse qui leur fit perdre soixante-dix de leurs hommes valeureux et les renvoya à Médine avec l’amertume de la défaite et la réjouissance des mécréants de leur malheur. Pourquoi cela, alors que leur croyance en Dieu et leur défense de la vérité les préparaient à une victoire éclatante ? Parce qu’ils se sont querellés, se sont divisés et ont désobéi à l’ordre de Dieu et de son prophète. »

  • Conclusion : une cinquième colonne d’agents dormants en Europe ?

Cette conception de l’obéissance pose un vrai problème lorsqu’elle est s’insère, comme c’est le cas en islam, dans une culture marquée par plusieurs autres caractéristiques :

–  les notions de dar-al-islam et dar-al-harb (cf. territoires) qui maintiennent toujours en filigrane le prosélytisme d’une religion dont la vocation est de conquérir le monde, en employant les armes si nécessaire lorsque le rapport de force devient favorable.

–  l’interdiction de prendre pour allié ou ami tout non-musulman (cf. amitié), car toute amitié est déjà un début de partage et de reconnaissance de valeurs non-musulmanes. Le non-musulman ne peut avoir qu’une seule position sociale : être soumis au musulman.

–  l’absence d’autorité spirituelle dans le monde sunnite qui introduit un flou considérable sur la réalité de ce qu’est l’islam et est un instrument extrêmement puissant pour introduire de la confusion dans tous les débats sur la réelle responsabilité de la communauté musulmane au regard de la violence générée par la religion dont elle est le porte-drapeau.

Ainsi, les Occidentaux européens, tenaillés par la bonne conscience chrétienne molle qui les imprègne  – cumulée en outre parfois à leur mauvaise conscience d’anciens colonisateurs ou exterminateurs, dans une société dont les valeurs sont par ailleurs en pleine décomposition –, sont bien incapables dans leur utopie humaniste de mesurer réellement le danger qui les guette.

En France, l’« élite » semble convaincue que la laïcité revancharde viendra à bout de l’islam : funeste et dangereuse prétention.

Sans doute les Européens feraient-ils bien de réfléchir à la condition imposée aux minorités non-musulmanes dans les pays musulmans et au sort que ces minorités connaissent, même après des décennies de vie communautaire plus ou moins chaotique,  lorsque l’islam retrouve sa vigueur d’antan.