Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (16) La contribution de l’islam au monde moderne

  • Problématique

Parmi les débats qui suscitent des polémiques virulentes en France, surtout de la part des tenants de l’islamisation et des bien-pensants perclus de culpabilité post-colonisatrice, c’est celui du rôle de l’islam dans la construction du monde occidental. La valorisation d’un immense héritage musulman dont serait redevable l’Occident semble être devenu un instrument politique pour tenter de redonner à l’islam sa dignité perdue face à la superbe occidentale, avec une visée partisane et sans réelle considération objective pour les travaux et les faits rapportés par les plus grands spécialistes.

Je me contenterai ici de reprendre quelques-uns des propos de Tareq Oubrou figurant dans son livre à propos du monde d’aujourd’hui.

  • Islam et modernité : une absence

La position de Tareq Oubrou semble être sur la question assez claire et peu amène : « On peut dire que c’est aujourd’hui que les musulmans vivent leur Moyen Âge. Leur modernité, ils l’ont laissée derrière eux. »

Tareq Oubrou parlait déjà dans son précédent livre (Un imam en colère) du « déclin de toute une civilisation qui a raté, dès la fin du Moyen Âge, le train de la modernité » et ajoutait : « Le seul moyen de sauver l’islam, c’est de casser la vieille coquille civilisationnelle qui en étouffe l’esprit tout en précipitant son déclin. L’islam est appelé à vivre dans son époque ! Pas dans un imaginaire quelconque. »

En effet, le constat de l’absence de contribution vraiment significative du monde musulman au développement du monde moderne (mathématique, physique, chimie, biologie, médecine, électronique, télécommunications, transports, musique, peinture, etc.) depuis au moins 6 à 7 siècles est général et n’est guère contesté, même par les plus fervents islamologues.

Ainsi, Tariq Ramadan constate : « Les sociétés majoritairement musulmanes sont le plus souvent à la traîne sur le plan économique, elles ne présentent la plupart du temps aucune garantie démocratique et, quand elles sont riches, elles ne contribuent à aucun progrès intellectuel et/ou scientifique. Tout se passe comme si le monde musulman, se percevant comme dominé, n’avait pas les moyens de ses prétentions. »

De son côté, Malek Chebel écrivait : « Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

Enfin, Abdennour Bidar écrivait il y a quelques mois : « Qu’as-tu d’admirable aujourd’hui, mon ami [monde musulman] ? Qu’est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect et l’admiration des autres peuples et civilisations de la terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes, qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs, tes intellectuels dont les livres devraient être lus dans le monde entier (…) ? En réalité, tu es devenu si faible, si impuissant derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même… » 

Il est facile de multiplier les citations de grands spécialistes, musulmans ou non. Au-delà du constat, la question est plutôt d’expliquer pourquoi : or, sur ce point, les explications sont très parcellaires car les explications plus générales font remonter les racines de cette stérilité à la nature même de l’idéologie musulmane, démarche qu’évite la plupart des islamologues pour ne pas s’engager dans une critique trop radicale. de l’islam.

Quant à l’« âge d’or » de la civilisation musulmane situé par certains il y a 8 à 10 siècles, il convient d’en préciser les contours et l’étendue réels pour sortir des fantasmes partisans.

  • Conclusion : contribution au monde et repli identitaire

L’estime de soi, et la confiance en soi, passent par la reconnaissance de ce que chaque individu apporte au monde qui l’entoure. Il en va de même pour les peuples. Nul doute que cette composante est en toile de fond de la frustration que ressentent certaines catégories de populations immigrées vis-à-vis de l’Occident, et de la France en particulier, et ce, d’autant plus fortement que la culture musulmane ne leur permet que difficilement – quand elle ne leur interdit pas – de profiter à plein de l’héritage civilisationnel qui leur est proposé en partage.

Tariq Ramadan le reconnaît dans son appel à une « réforme radicale » de l’islam : « Nous avons maintes fois répété que la pensée islamique contemporaine (l’apparition du problème est ancienne) est traversée par la peur et la crainte de tout ce qui lui semble être imposé de/par l’extérieur, et en priorité bien sûr par la dominante “civilisation occidentale“. S’il n’est pas toujours question de rejet, on constate une constante de la suspicion et une attitude toujours défensive vis-à-vis des valeurs, des pratiques et de la culture de l’autre, dominant ou étranger. La réforme que nous appelons de nos vœux est difficile car elle exige, pour être mise en œuvre, un état de “confiance en soi“ qui justement manque cruellement aujourd’hui au cœur des sociétés musulmanes et, plus spécifiquement, parmi les savants et les intellectuels. Le monde islamique produit depuis des décennies des pensées soit sur le mode de l’imitation presqu’aveugle soit sur celui de la défensive rigide et exclusiviste… rarement de l’autonomie, de la créativité et de la contribution. »

Les racines de la frustration sont profondes car elles ne concernent pas seulement le rapport à l’Occident mais remontent à des oppositions intestines à l’islam, entre Arabes et non-Arabes. Ainsi, Tareq Oubrou écrit : « Un certain arabocentrisme et orgueil arabe a engendré chez des musulmans ethniquement non arabes, notamment persans, un racisme anti-arabe appelé « shu’ûbiyya ». Ceux-ci considèrent que les Arabes n’ont pas connu de civilisation et qu’ils sont restés, malgré l’islam, dans un état de nature, sans culture ni savoir élaboré. Ils estiment que c’est grâce à eux que la civilisation arabo-musulmane s’est développée. C’est en grande partie vrai : presque toutes les disciplines du savoir arabo-musulman, y compris la langue arabe elle-même, et jusqu’à la mystique, ont été formalisées et développées par les Persans. Les Arabes se sont contentés d’exercer le pouvoir politique. Même ce dernier a fini dans les mains des non-Arabes : les Turcs (Ottomans). »

Il serait temps que la bien-pensance européenne et surtout française s’en souvienne, ce qui lui éviterait peut-être de taxer d’islamophobie toute approche de l’islam un tant soit peu critico-historique, approche pourtant appliquée sans états d’âme dans tous les autres pans de l’histoire, de la philosophie et de la religion.

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