Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (9) La prétendue égalité de l’homme et de la femme en islam

  • Problématique

Face aux sociétés occidentales où les femmes ont acquis progressivement de nouveaux droits et continuent à se battre pour mettre fin à toutes les inégalités en droit ou en fait vis-à-vis des hommes, le statut de la femme en islam pose évidemment un énorme problème puisqu’il est fondamentalement incompatible avec les valeurs occidentales d’aujourd’hui en raison de l’inégalité fondamentale qu’il postule.

Ainsi, Rémi Brague écrit : « Entre l’homme et la femme, l’inégalité est nette : « les hommes ont autorité sur les femmes du fait qu’Allah a préféré certains d’entre vous à certains autres. » (sourate 4, verset 34) Rien là d’exceptionnel par rapport à la vulgate morale antique, qu’exprime par exemple saint Paul. »

Ce traitement discriminatoire de la femme fait partie des fondamentaux structurels de la culture musulmane. Rappelons le diagnostic lucide et clair que portait Malek Chebel : « Répudiation, polygamie, mariages forcés (et surtout mariages précoces à onze ou treize ans), rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects – flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. »

Voyons donc les arguments avancés par Tareq Oubrou pour tenter de résoudre ce problème insoluble.

  • L’égalité originelle

Tareq Oubrou défend la thèse de l’égalité originelle de l’homme et de la femme au regard d’Allah : « En islam, la théologie ne donne aucun privilège symbolique à l’homme aux dépens de la femme, alors que, dans le christianisme, l’incarnation de Dieu en l’homme pourrait laisser penser le contraire. »

On peut déjà être assez surpris, dans ce débat sur l’islam, de l’irruption soudaine du christianisme. Même si saint Paul a gardé de sa judéité originelle une perception parfois peu valorisante de la femme au regard de l’homme comme l’indique Rémi Brague (cf. ci-dessus), recourir à l’incarnation dans un homme pour tenter de justifier une prétendue supériorité de l’islam sur le christianisme relève du pur charlatanisme, sans compter qu’on pourrait tout aussi bien dire la même chose pour Mahomet… Donc laissons-là cette suggestion délirante, qui vise à faire diversion, et passons à la suite.

Pour Tareq Oubrou : « Dans le Coran, l’être adamique primordial serait sexuellement amorphe et anatomiquement ambivalent. Il contiendrait déjà les deux genres. Asexué, à l’image de Dieu, il aurait ensuite donné deux êtres sexués par une sorte de « mutation génétique » ou de « fissiparité différenciée ». L’homme et la femme sont issus d’une même nature dit le Coran (sourate 4, verset 1 ; sourate 6, verset 98 ; sourate 7, verset 189 ; sourate 39, verset 6), mais constituent deux entités sexuellement complémentaires. »

Voici les versets mentionnés :

Sourate 4, verset 1. Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être, puis, de celui-ci, a créé une épouse (…)

Sourate 6, verset 98. C’est Lui qui vous a fait naître d’une personne unique (…)

Sourate 7, verset 189. C’est lui qui vous a créés d’un seul être, dont il a tiré son épouse (…)

Sourate 39, verset 6. Il vous a créés d’un seul être dont il a ensuite tiré son épouse. (…)

Il n’y a rien là de bien nouveau. Le Coran paraphrase et répète, en moins bien, la Genèse.

Genèse 2, 21 à 23. Alors Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : « Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée « femme », car elle fut tirée de l’homme, celle-ci ! »

Si l’homme et la femme ont une même nature originelle – qui les distingue des autres animaux –, la femme reste un « produit dérivé » de l’homme. Cela n’est nullement contradictoire avec une infériorité de la femme par rapport à l’homme ; au contraire, cela la justifie puisque l’homme est premier dans le temps par rapport à la femme dont elle est issue.

En réalité, la femme est considérée dans la mentalité musulmane comme un « bien » – certes supérieur aux autres (cheval, maison, etc.) – dont l’homme acquiert la disponibilité sexuelle par le mariage en versant le « mahr » (inverse de la dot à l’européenne : somme payée – sous forme d’argent ou d’autres biens – par le mari musulman à sa femme), condition sine qua non de tout mariage. Ainsi le Coran précise par exemple :

Sourate 3, verset 14. L’amour des biens, fausses apparences, est présenté aux hommes sous la forme de femmes, d’enfants, de trésors d’or et d’argent, de chevaux racés, de bétail et de terres cultivables : c’est là la jouissance de la vie présente alors que c’est auprès d’Allah qu’est le bon retour.

  • La règle du témoignage des femmes dans le Coran

Un cas intéressant que cite Tareq Oubrou est l’établissement par le Coran de l’inégalité des témoignages. Il écrit : « Certains croyants, mettant leur raison en veille, sous prétexte qu’il s’agit d’approcher le sacré, s’en tiennent au sens littéral et absolutisé du verset [Il s’agit du verset 282 de la sourate 2] indiquant que le témoignage de la femme équivaut à la moitié de celui de l’homme : « Faites témoigner deux témoins parmi vos hommes, sinon un homme et deux femmes parmi les témoins que vous estimez crédibles. Si l’une se trompe, l’autre lui rappellera. »

C’est un verset effectivement problématique pour la thèse de l’égalité homme-femme, aussi Tareq Oubrou tente-t-il d’en minimiser la portée en recourant à des arguments pour le moins étonnants et contradictoires : « Ce verset concerne les affaires, les transactions commerciales, les écritures de contrat, etc. il ne parle pas d’un problème de crédibilité morale inférieure de la femme, mais évoque la possibilité d’erreurs de mémoire. Tout d’abord, il faut souligner qu’il s’agit d’un verset non pas impératif, mais optionnel, d’où la nécessaire référence à la Sunna pour comprendre sa charge normative. Le Prophète ne l’a pas appliqué de son vivant. »

Il faudrait d’abord que Tareq Oubrou précise quand les versets sont optionnels ou pas, ce qu’il ne fait pas, et ce qui en réalité est assez normal car cette notion ne figure pas dans le Coran ; ou alors il faut nous dire où. Difficile en effet de concevoir la raison pour laquelle un verset du Coran serait optionnel.

Par ailleurs, Tareq Oubrou utilise l’argument étrange (qu’on retrouve dans d’autres circonstances) de la non-application par Mahomet car 1) cela ne prouve rien 2) si une disposition a été édictée par Mahomet, c’est bien pour être appliquée. Que diantre signifierait en effet le fait d’édicter une disposition en sous-entendant en même temps sa non-applicabilité ? Cela n’a aucun sens.

Tareq Oubrou poursuit : « Ensuite, la mémoire n’est pas uniquement une question neuroscientifique mais aussi sociologique. Selon les professions et les champs de compétences, la mémoire et/ou les processus de mémorisation ne sont pas identiques. Or le monde des affaires, cet univers dans lequel se concluent des contrats, était, à quelques exceptions près, exclusivement masculin. À ce titre, les femmes étaient les plus exposées à l’erreur que les hommes lorsqu’elles témoignaient dans ce domaine, du fait qu’elles ne maîtrisaient pas forcément son vocabulaire, ses protocoles et ses codes. »

À suivre Tareq Oubrou, l’intelligence des femmes était donc finalement en pratique limitée à l’époque à l’intelligence des choses du ménage ! De là à extrapoler jusqu’à aujourd’hui, il n’y a qu’un pas… Or Tareq Oubrou sait que la première épouse de Mahomet, Khadija, était une des commerçantes riches les plus en vue de La Mecque et gérait elle-même son commerce. Si les musulmans avaient voulu donner plus de place à la femme en considérant qu’elle se situait à égalité avec les hommes, ce n’était donc pas une question d’intelligence ni de mémoire, puisque celles qui avaient l’occasion de jouer des rôles importants y parvenaient semble-t-il très bien.

Tareq Oubrou fournit d’ailleurs lui-même un autre contre-exemple : « Omar, une fois devenu calife, a nommé Shifa inspectrice du marché de Médine, chargée de contrôler le bon déroulement des transactions et des contrats commerciaux. Personne n’a mis en doute ses compétences. »,

Pourtant, force est de constater que la place des femmes dans les instances de pouvoir n’a pour le moins jamais été une caractéristique visible de la culture musulmane, à la différence des États européens où rois et reines pouvaient se succéder, ou du moins avoir une place de tout premier plan. Pourquoi ? Parce qu’en dehors de quelques contre-exemples comme ceux ci-dessus, qui représentent en réalité des exceptions, la femme a toujours été considérée dans la culture musulmane comme un être inférieur par nature à l’homme et qui lui est subordonné.

Rémi Brague fait d’ailleurs remarquer sur un autre plan : « Contrairement à ce qui est fréquemment affirmé, il y a là [avec l’islam de Mahomet] recul par rapport à la situation d’avant l’islam. Ainsi, la façon dont Khadija a pris l’initiative en proposant le mariage à Mahomet témoigne d’une liberté de mœurs que la Révélation a désapprouvée. »

  • Que dit la Tradition (Sunna) ?

En dépit de cette démonstration doctrinale bancale fondée sur le Coran, Tareq Oubrou ne peut pas nier une difficulté évidente dont il prend acte : « À ce niveau métaphysique, donc, il y a une claire et évidente égalité spirituelle, intellectuelle et morale entre l’homme et la femme. Cela ne clôt toutefois pas la question, car le droit canonique issu du Coran et de la Sunna révèle, lui, des inégalités qui sont tout aussi évidentes. »  

Quand Tareq Oubrou pose la question : « Intellectuellement, la femme vaut-elle la moitié de l’homme ? Est-il vraiment besoin de convoquer les textes de l’islam et une herméneutique alambiquée pour réfuter une telle ineptie ? », il y répond avec évidence sur la base des valeurs de l’Occident et non des valeurs musulmanes. En effet, le problème est que Mahomet était semble-t-il très loin de cette prétendue évidence, comme l’illustrent quelques hadiths authentiques parmi d’autres :

Hadith (Bukhari) : D’après Abu Said al-Khudri, le Prophète a dit : « Le témoignage d’une femme n’est-il pas la moitié du témoignage d’un homme ? – Certes oui, répondîmes-nous. – Cela, reprit-il, tient à l’imperfection de son intelligence. »

Hadith (Bukhari) : Abdallah Ibn Umar a dit : « J’ai entendu le Prophète dire : « Ce n’est que dans trois choses que des influences funestes [la malchance] peuvent se faire sentir : la femme, le cheval et la maison. » »

Hadith (Bukhari) : Selon Usama Ibn Zayd, le Prophète a dit : « Je ne laisse après moi aucune cause de trouble plus funeste à l’homme que les femmes. »

Finalement, Tareq Oubrou, après avoir sans succès tenté de défendre l’idée de l’égalité originelle et absolue entre l’homme et la femme, se voit contraint d’admettre qu’en doctrine même et également en jurisprudence la situation est loin d’être claire.

  • La mémoire des femmes Compagnons de Mahomet

Pour redorer le blason des femmes dans la culture musulmane, Tareq Oubrou écrit : « Sur la question de la mémoire féminine, il est intéressant de rappeler ce qu’il en était à l’époque du Prophète. On dénombrait alors trente-deux compagnons qui connaissaient par cœur le Coran, parmi lesquels figuraient Aïcha, Hafsa, Hind, Umm Salama et Umm Waraqa. Personne n’a mis en doute la qualité de leur mémoire. »

Qui peut vérifier cette affirmation ? Personne. Les paroles de Mahomet étaient apprises ou notées par les témoins sur différents types de support et la recension de ces éléments épars n’a été faite qu’après la mort de Mahomet (1ère vulgate d’Othman) et différentes versions circuleront dans les premiers siècles. Difficile de savoir ce que les un(e)s et les autres savaient vraiment.

Tareq Oubrou ajoute : « Aïcha, épouse du Prophète, a rapporté à elle seule environ 2.210 paroles du Prophète. Aucun savant de l’islam n’a prétendu que ces hadiths ne seraient valides qu’une fois confirmés par une autre personne. (…) Un nombre considérable de hadiths ont été rapportés par une seule femme, disciple du Prophète, et font autorité sur toute la communauté musulmane. »

Or, si Aïcha a été en mesure de mémoriser 2.210 paroles (« hadiths) de Mahomet, cela signifie qu’elle a, pendant les 10 années (au maximum) où elle a vécu physiquement avec Mahomet (de 9 ans à 18 ans), été en mesure de mémoriser par cœur 221 hadiths par an, soit 4 nouveaux hadiths environ chaque semaine (un hadith pouvant être assez long et nécessitant le rappel du contexte précis de sa formulation) ; et ce, sans savoir si elle avait besoin d’un temps dédié pour répéter cette mémorisation au fil du temps et de l’accumulation des hadiths, en plus de la mémorisation « revendiquée » des 6.236 versets du Coran (à supposer qu’elle les ait tous entendu réciter). Bref, une histoire qui relève visiblement du merveilleux propre à toute hagiographie.

  • La théorie de l’anachronisme

Face à toutes ces contradictions, Tareq Oubrou abat sa dernière carte avec la théorie de l’anachronisme. Il écrit ainsi : « Affirmer que le Coran instaure une inégalité essentielle entre les hommes et les femmes au sens moderne serait commettre un anachronisme : il y a une distance historique à respecter. »

Notons que Tareq Oubrou reconnaît donc finalement dans ce propos, après avoir tenté de la nier, l’inégalité essentielle homme/femme, mais il essaie d’en limiter la portée.

Il écrit : « Le sentiment d’inégalité douloureusement – mais silencieusement – vécu par beaucoup de femmes musulmanes depuis plus d’un siècle était aussi présent chez des contemporaines du Prophète. Ainsi Umm Umâra, une disciple du Prophète, a eu le courage de lui faire remarquer que le Coran avait tout donné aux hommes et rien aux femmes. À quoi vint répondre un verset (sourate 33, verset 35) insinuant que tout ce qui concernait les hommes en termes de devoirs et de mérite moral et spirituel était à entendre de façon identique pour les femmes. »

Ainsi, Tareq Oubrou reconnaît lui-même que même dans la conception mahométane originelle, telle qu’elle apparaît dans le Coran, l’égalité homme-femme n’avait rien d’une évidence, ce qui est logique compte tenu de la vision misogyne de Mahomet qui transparaît dans les hadiths (cf. ci-dessus) et qui se traduit naturellement dans une conception patriarcale de la société, comme l’admet Tareq Oubrou :

« Les hommes auraient une charge plus importante (en terme de responsabilités), qualifiée de prééminence ou de degré supplémentaire. Il ne s’agit pas d’une supériorité. (…) Le verset (sourate 4, verset 34) indique que les femmes sont « au service de » [des hommes] : cela s’explique par le fait que, dans le contexte anthropologique du moment coranique, la prise en charge matérielle des femmes revient aux hommes. Puis le Coran rappelle aux hommes que Dieu est supérieur et le plus grand pour les mettre en garde contre tout abus de pouvoir. »

En réalité, la répartition des rôles entre l’homme, dépositaire de l’autorité, qui dirige, et la femme, qui s’occupe du foyer, a toujours été profondément ancrée dans la culture musulmane jusqu’à aujourd’hui, pour des raisons non seulement historico-sociales mais aussi doctrinales. Il ne s’agit pas juste du contexte de l’époque mahométane. Malek Chebel avait l’honnêteté de le reconnaître : « La jurisprudence sur la femme, que ce soit la sharia ou les mentalités collectives, lui est extrêmement défavorable. Le but non avoué de toute cette armada de textes consiste à maintenir la femme dans une position inférieure à l’homme sous le prétexte que celui-ci subvient à ses besoins matériels. »

Il ne faut donc aucunement s’étonner que la libanisation actuellement en œuvre sur le territoire français conduisent à des constats comme celui fait dans un tout récent (7 décembre 2016) reportage diffusé au journal de 20 heures de France 2 et qui est venu opportunément rappeler que, dans la culture musulmane, le pouvoir est du côté de l’homme et que la place de la femme est donc à la maison, sous l’autorité de son mari, ce qui se traduit par un ségrégationnisme évident dans l’espace public :

France 2 Journal 161207 Islam & Femmes

  • Conclusion

On voit que Tareq Oubrou, avec la force du désespéré, fait feu de tout bois pour défendre la cause de l’islam en Occident sur cette question du statut de la femme, quoique la réalité vécue encore aujourd’hui dans le monde musulman par les femmes ne laisse planer aucune doute (et nous n’avons même pas encore abordé les questions de la polygamie, la répudiation, le droit de battre sa femme, etc.).

Les propos de Tareq Oubrou dans son dernier livre font d’ailleurs résonner une tonalité bien différente de celle du précédent (« Un imam en colère ») puisqu’il y écrivait : « À l’époque du prophète, le temps pour changer certaines lois ancestrales en faveur d’une égalité totale entre hommes et femmes n’était pas encore propice aux yeux de Dieu. C’est pour cette raison que le grand théologien Ibn-Taimyya conclut que le Coran et la Sunna avaient opté pour la sagesse suivante : « Si tu veux être obéi, demande le possible. » (…) Une chose est sûre : il ne faut pas compter sur la réforme théologique de l’islam pour faire évoluer la condition de la femme musulmane. » Vous avez dit « taqiya » ?

Je laisse, une fois n’est pas coutume, la conclusion à Tariq Ramadan, peu suspect d’antipathie envers l’islam : « La plupart des commentaires, des analyses et des développements [en islam] se concentrent prioritairement et presqu’exclusivement sur les différents rôles et fonctions des femmes dans les cellules familiales et sociales. Il n’existe pas de réflexion approfondie, structurée et dialectique sur la femme en tant qu’être, sur l’être féminin, son rapport au sens, à la pratique religieuse et sa relation avec le corps social dans son ensemble. »

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