Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (7) Le voile islamique

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  • Problématique

Le communautarisme étant la structure sociale fondamentale de l’islam, tout ce qui peut contribuer à distinguer les musulmans des non-musulmans constitue un marqueur identitaire naturel. Le voile féminin n’échappe pas à cette règle mais il n’est pas sans soulever une difficulté certaine quant à la capacité de l’islam à intégrer la modernité et surtout à avoir une relation apaisée avec l’Occident, le voile étant un corollaire indirect mais néanmoins clair de l’infériorité de la femme vis-à-vis de l’homme proclamée par le Coran.

Sur cet aspect symbolique, les positions en islam ont variées sensiblement dans le temps (comme par exemple en Égypte avec Nasser qui vilipendait l’obligation du port du voile réclamée par les Frères Musulmans), et les positions des islamologues et imams vivant en Occident restent diverses aujourd’hui, certains notamment défendant le point de vue selon lequel il s’agit d’une recommandation mais non d’une obligation formelle à observer strictement (comme Tariq Ramadan qui a indiqué par le passé devant une commission de l’Assemblée Nationale qu’il se refusait à titre personnel à l’imposer aux femmes).

  • La position de Tareq Oubrou

Pour Tareq Oubrou, « La notion coranique de « hijâb » (voile) a été déviée de son sens originel, puisqu’elle était initialement réservée aux seules épouses du Prophète, qui ont le statut de mères de tous les croyants. Le Coran leur demande ainsi de garder une distance avec les hommes et de ne leur parler qu’à travers un « hijâb ». (sourate 33, verset 53) ».

Effectivement, on retrouve cette idée dans le Coran :

Sourate 33, verset 53. Ô croyants ! N’entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins d’être invité à un repas et qu’il soit déjà préparé. (…) Si vous demandez aux femmes du Prophète quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau : c’est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs. Vous ne devez pas offenser le messager d’Allah, ni jamais vous marier avec ses épouses après lui. Ce serait, auprès d’Allah, un énorme pêché.

Il est néanmoins intéressant de noter que, pour Tareq Oubrou, « Les autres femmes musulmanes n’ont pas à imiter les épouses du Prophète ; ce serait même un manque de respect à leur égard, compte tenu de leur statut particulier. »

On peut comprendre cette position que les autres femmes n’avaient pas à imiter les épouses du Prophète au sens où les obligations qui pesaient sur les épouses du Prophète ne s’imposaient pas aux autres femmes (même si on se demande bien quelle supériorité spirituelle les épouses du Prophète – après Khadija – avaient sur les autres femmes puisqu’il ne les a épousées – sauf peut-être Aïcha – que pour avoir des enfants, sans succès puisqu’il était visiblement devenu stérile après une maladie). Vouloir imiter les femmes du Prophète pouvait effectivement apparaître comme un signe d’orgueil pour leur contemporaines et, par extension, pour toutes les femmes musulmanes à venir.

Cela étant, il est étonnant que Tareq Oubrou ne mentionne pas cet autre verset sur le même sujet :

Sourate 24, verset 31. Dis aux croyantes de baisser leur regard, d’être chastes, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, ou à leurs fils, ou aux fils de leur mari, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. (…)

Inutile de s’appesantir sur cette polémique doctrinale qui ne sera jamais tranchée puisqu’il n’existe pas d’autorité sunnite pour le faire de façon absolue et définitive. L’islam, en tant que religion, devrait être une spiritualité peu soucieuse de cette symbolique superficielle, ainsi que l’indique à juste titre Tareq Oubrou : « Il s’agit d’une simple pudeur sociale qui prend en considération la coutume vestimentaire d’alors. Les musulmans qui lui donnent une dimension cultuelle commettent une aberration aux yeux du droit canon musulman (« fiqh »), car c’est introduire dans le culte quelque chose qui n’en fait pas partie. »

  • Conclusion

La position de Tareq Oubrou est « moderne » et on doit la saluer car elle va dans le sens d’un meilleur statut de la femme en islam, statut dont on voit tous les jours combien encore il est problématique. Je doute néanmoins que cette analyse soit partagée par la plupart des islamologues musulmans et imams.

En réalité, l’islam, orthopraxie et non spiritualité, est empêtré dans ses rituels et il ne peut pas abandonner si facilement la symbolique du voile sans fragiliser par ricochet tous ses autres rituels qui n’ont pas plus de signification ni de profondeur. L’habit ne fait pas le moine.

Ce qui est en jeu pour les musulmans vivant en Occident est moins aujourd’hui de trancher une question doctrinale restée sans réponse définitive depuis des siècles ou de changer un rite que d’arriver à démontrer que l’islam n’est pas socialement rétrograde. Cette symbolique du voile renvoie en effet à une vision patriarcale de la société où le statut de la femme s’est certes amélioré, mais très péniblement au cours des siècles.

On peut toujours arguer que l’islam a amélioré le statut de la femme au regard des coutumes arabes antéislamiques (interdiction de l’enterrement des petites filles, limitation de la polygamie) mais, en réalité, l’islam, copie sans grande nouveauté du judaïsme, a constitué une régression au regard du statut de la femme juive, déjà pas très favorable (cf. la répudiation, toujours problématique d’ailleurs aujourd’hui en Israël, ou l’absence d’obligation d’étudier la Torah qu’on peut interpréter comme une forme implicite d’infériorité spirituelle).

Une réflexion au sujet de « Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (7) Le voile islamique »

  1. Merci pour vos billets toujours précis, factuels, et sans idéologie partisane. Je ne les ai pas tous lus mais pour l’instant, je n’ai rien à leur reprocher.
    Il est dommage que vous ne disposiez pas d’une page Facebook qui, je pense, permettrait d’augmenter votre visibilité. Bien sûr, cela nécessite un peu de temps, quoique pouvant se résumer à la publication de billets renvoyant sur votre blog. Si vous cherchez quelqu’un pour faire cela, sans pour autant parler en votre nom, je me porte volontaire !
    Bien à vous.

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