Fondamentalisme musulman et théorie du complot : une impasse

  • La problématique

Dans la grande marmite du pot-au-feu « islamiste » que nous mitonnent islamologues et politiques européens, la théorie du complot semble tenir bonne place. À en croire certains, les théories du complot – principalement occidental, américain ou juif – viendraient renforcer les thèses des terroristes musulmans et de ce fait accroître l’attrait de leurs mouvements aux yeux de tous ceux, notamment les jeunes, qui sont en quête d’identité et ont besoin de se raccrocher à une figure tutélaire et simplificatrice.

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Il est donc intéressant d’étudier si les mouvements fondamentalistes musulmans font la même analyse et cherchent à instrumentaliser les théories du complot dans le but de renforcer leurs rangs.

  • Analyse

Or tel n’est visiblement pas le cas, si l’on en juge en tous cas par l’État Islamique qui s’est prononcé clairement sur la question. En effet, l’État Islamique rejette complètement les théories du complot qui peuvent s’emparer de l’esprit de certains musulmans. Selon une analyse doctrinale logique et cohérente, les théories du complot font partie pour l’État Islamique du domaine honni du polythéisme (« shirk ») car ce sont des voies qui aboutissent à attribuer à des puissances terrestres le pouvoir de lutter avec Allah et donc de contester la réalité de son infini pouvoir, comme s’il s’agissait de luttes entre plusieurs puissances ou dieux.

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Ainsi, le 11 septembre serait le résultat d’un gigantesque complot destiné à justifier l’invasion des pays musulmans au Moyen-Orient par les Croisés (chrétiens soutenus par les juifs) ? « Eh bien, non ! » nous dit l’État Islamique, pour qui ces théories ne sont que le fruit du désir et de la sottise.

Si les Croisés complotent assurément, leurs complots sont faibles et peu efficaces pour de multiples raisons : « Les incrédules sont divisés, ont de l’animosité et de l’inimitié les uns envers les autres (…) quoiqu’ils s’unissent contre les musulmans, leur ennemi commun. (…) Leurs conspirations réelles se traduisent toujours par des éléments tangibles et il ne faut pas les déduire de suppositions sans fondement. (…) Les grandes conspirations, comme celle supposée du 11 septembre, mêlent tant de facteurs que seul Allah peut en avoir le contrôle. (…) Une perspective aussi exagérée correspond à une remise en cause du tawhid. (…) L’objet des théories du complot est d’exagérer le pouvoir des mécréants et ainsi de paralyser les musulmans dans l’analyse des événements et finalement de leur faire craindre les mécréants plus qu’ils ne craignent Allah. C’est une méthode pour ruiner la confiance des musulmans en leur Seigneur. »

Pour l’État Islamique, adhérer à ces théories est donc une mauvaise excuse pour éviter de lutter sans merci contre un adversaire qu’on pense trop fort, avec qui on pense donc qu’il est obligatoire de composer, ce qui conduit in fine à négocier avec lui des arrangements politiques et militaires inacceptables au regard de la doctrine de l’islam et au regard d’Allah.

  • Conclusion

On peut difficilement trouver un démenti plus formel aux théories du complot que celui de l’État Islamique. Il semble donc assez cocasse de citer en référence à ce qui pousserait les jeunes vers le terrorisme musulman les théories du complot alors que ceux qui en seraient les principaux bénéficiaires les rejettent totalement. Et c’est d’autant plus grave que c’est, pour expliquer l’attrait suscité par les mouvements terroristes musulmans, orienter les esprits sur une mauvaise piste et détourner l’attention d’une problématique essentielle : la valeur exemplaire du modèle prophétique, Mahomet, chef de clan, guerrier sans état d’âme, massacreur de juifs.

En revanche, lutter de façon générale contre les théories du complot (sans être naïf néanmoins quant à l’existence de lobbys et de convergences d’intérêts dont la manipulation des opinions est une des armes) est effectivement nécessaire pour apprendre, notamment aux jeunes, à réfléchir et ne pas se contenter d’une solution simplificatrice toute faite qui a surtout pour effet de renforcer l’idée préconçue que l’on se fait des choses sans la soumettre à la critique.

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