L’État Islamique a-t-il raison de justifier sa violence contre les mécréants en se fondant sur l’exemple de Mahomet ?

  • S’intéresser à la doctrine des fondamentalistes pour se faire sa propre opinion

Si l’État Islamique a vocation à disparaître tôt ou tard du théâtre mondial au gré de la valse des intérêts politico-économiques internationaux, il n’en est pas de même de l’idéologie religieuse et terroriste qui le sous-tend. Aussi est-il d’un intérêt certain de déterminer si les fondements doctrinaux de ce mouvement trouvent des racines authentiques dans l’islam des origines, c’est-à-dire l’islam de Mahomet, puisque Mahomet est l’exemple parfait que doit suivre tout musulman et que cet exemple ne manquera pas d’être repris un jour ou l’autre par un autre mouvement de l’islam fondamentaliste (en réalité, de multiples mouvements musulmans se font déjà concurrence dans ce domaine).

Il faut donc se pencher avec précision sur la littérature musulmane fondamentaliste pour en comprendre les tenants et aboutissants, sans que cette démarche ne soit bien évidemment l’indice de ma part de la moindre adhésion à la doctrine qui y est décrite, bien au contraire. Mais si l’on veut soigner un mal – comme la trop fameuse « radicalisation » dont on parle à tort et à travers –, encore faut-il comprendre quel est le mal. Certains ont refusé de lire Mein Kampf, ou n’y ont pas prêté attention : ils s’en sont mordus les doigts.

Malheureusement, il semble qu’il ne faille guère compter sur les « islamologues » auto-proclamés des cénacles parisiens pour se faire une opinion réelle et documentée sur la question, ceux-ci étant semble-t-il surtout soucieux de ne présenter la problématique du terrorisme musulman que sous le prisme dont ils ont fait leur cheval de bataille (sociologie, politique, géopolitique, etc.) et qui doit leur permettre de sortir du lot médiatique.

Gilles Kepel n’écrivait-il pas en avril 2000 en introduction (page 11) de son livre « Jihad : expansion et déclin de l’islamisme » : « On arrive en effet au terme d’un cycle historique : les mouvements islamistes sont entrés, comme nous le verrons, dans une phase de déclin qui s’accélère depuis le milieu des années 1990. »

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Curieusement, ces islamologues ne citent quasiment jamais les textes sacrés de l’islam – chacun peut facilement le vérifier – : cela semble être un « détail de l’histoire du fondamentalisme ». Or c’est pourtant de cela que nous avons cruellement besoin. En vérité, la réalité me paraît banale et la simplicité du diagnostic à la portée de n’importe quel lecteur un peu attentif ; mais évidemment, avec une telle thèse, plus besoin d’« islamologues » ou de « spécialistes » qui vont venir alimenter le brouhaha qui fait le beurre du monde nombriliste des médias.

Je me propose donc de vous aider, suivant en cela les bons conseils d’Alain Bauer – criminologue internationalement reconnu –, à décrypter le discours du fondamentalisme musulman (c’est-à-dire de ceux qui prétendent être les plus fidèles à la lettre et à l’esprit de l’islam tel que Mahomet le pratiquait) à partir de ses textes puisque celui-ci communique énormément sur son idéologie. D’ailleurs, plutôt que le terme « décrypter » faudrait-il sans doute utiliser le terme « lire » tant cette démarche ne fait appel qu’à la simple lecture des textes, les concepts manipulés en islam étant assez élémentaires, pour ne pas dire rudimentaires. En d’autres termes, inutile de chercher midi à quatorze heures avec une prétendue « interprétation » lorsque les situations, les faits rapportés, se présentent avec évidence.

  • Comment justifier la barbarie guerrière par le comportement de Mahomet ?

Je vous propose ainsi aujourd’hui de nous attarder sur la justification de la guerre sans merci que, selon les fondamentalistes, l’islam doit faire en permanence aux mécréants, afin notamment de cerner si la brutalité et la sauvagerie de l’État Islamique, d’Al Qaïda, etc. sont justifiés par le comportement du Prophète de tous les musulmans.

J’ai choisi à titre d’exemple aujourd’hui la première partie de l’article du 2ème numéro de la revue « Rumiyah » de l’État Islamique (octobre 2016) dont un article est précisément consacré à la justification de la brutalité et de la sévérité/dureté de la lutte contre les mécréants dans le contexte particulier du traitement infligé aux ennemis en dehors des situations de combat elles-mêmes, c’est-à-dire des ennemis déjà faits prisonniers ainsi que des ennemis qui ne combattent pas par les armes mais par l’esprit (mots ou arts).

Voici cet article : il ne s’agit bien entendu aucunement de faire une quelconque publicité aux mouvements fondamentalistes musulmans mais uniquement d’essayer de comprendre la source de leur idéologie pour savoir à quel ennemi nous avons affaire et ses motivations. Je vous propose donc de reprendre un à un les faits cités par l’État Islamique et de les confronter aux textes sacrés de l’islam pour comprendre à quelles références ils renvoient :

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  • Les faits mentionnés dans l’article sont-ils conformes à la biographie (Sîra) de Mahomet reconnue dans tout le monde musulman (Sîra d’Ibn Hîcham) ?

1) L’exécution du prisonnier Uqba ibn Abû Mu’ît

Cette mention correspond au passage suivant de la Sîra (Éd. Fayard) :

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2) L’exécution du prisonnier Abu Azzah

Cette mention correspond au passage suivant de la Sîra (Éd. Al Bouraq) :

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3) L’exécution du poète juif Ka’b ibn al-Achraf

Cette mention correspond au passage suivant de la Sîra (Éd. Fayard) [je passe les deux pages intermédiaires] :

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4) L’exécution des 600 à 900 prisonniers juifs de la tribu des Banû Quraydha

Cette mention correspond au passage suivant de la Sîra (Éd. Fayard) :

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Le texte de l’État Islamique rappelle d’ailleurs à juste titre que le massacre des Banû [fils de] Quraydha suivait le combat contre deux autres tribus juives importantes de Médine (les Banû Qaynuqa puis les Banû Nadir), élément fondamental qui ne peut être ignoré pour analyser la dénonciation par les Banû Quraydha du pacte qui les liait avec Mahomet, vu ce qui était déjà arrivé à leurs coreligionnaires.

5) Les assassinats individuels ordonnés par Mahomet à l’occasion de la conquête de La Mecque

Cette mention reprend effectivement le passage suivant de la Sîra (Éd. Al Bouraq), au bémol près que la Sîra fait état de 8 condamnations à mort individuelles et non de 6 comme mentionné dans le hadith d’An-Nasai (hadith n°4067 dont la fiabilité est d’ailleurs considérée comme certaine mais comme « bonne » / « hasan ») :

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6) Versets du Coran

Les deux versets du Coran cités en appui du propos sont effectivement :

Sourate 48, verset 29. Mahomet est le messager d’Allah. Ceux qui sont avec lui sont violents envers les mécréants, miséricordieux entre eux. (…)

Sourate 9, verset 123. Ô croyants ! Combattez ceux des mécréants qui sont près de vous. Qu’ils trouvent de la dureté en vous. Sachez qu’Allah est avec ceux qui le craignent.

  • Conclusion : comment concilier la réalité des citations authentiques de l’État Islamique avec le concept de religion d’amour et de paix ?

Il ressort de cette revue que les éléments mentionnés par l’État Islamique dans cet article sont justes d’un point de vue documentaire, d’après les sources authentiques musulmanes elles-mêmes. Par ailleurs la simplicité des situations décrites – des actions de guerre comme tant d’autres – ne nécessite pas une « interprétation » sophistiquée : il suffit juste de savoir lire.

Quel argumentaire les tenants de l’islam « modéré » de France sont-ils en mesure de produire sur cette base ? Les actes du Prophète étant indubitables et incontestés en islam, comment faire pour rejeter la sauvagerie de l’islam de Mahomet – fondement du jihadisme – sans rejeter le modèle prophétique lui-même et donc sans faire s’effondrer tout l’édifice musulman compte tenu du rôle central de Mahomet ? En réalité, c’est impossible, raison pour laquelle aucun contre-argumentaire sérieux ne verra le jour. La différence entre Mahomet et Jésus ou Bouddha ne fait guère de doute et est bien définitive.

On peut rejoindre (sur ce point) la remarque de Michel Onfray – une des rares personnalités médiatisées à faire l’effort de lire les textes sacrés musulmans avec quelques autres (Zemmour, Finkielkraut,…) – dans son dernier livre « Penser l’islam » : « Je regrette d’avoir à vous dire que les musulmans qui recourent à la violence au nom de l’islam, eux, ont lu les textes et les connaissent… À moins que d’autres les aient lus pour eux, et ceux-là ont bien lu ce qu’il y avait à lire. Et ce qui était écrit. »

On peut ainsi comprendre que l’État français ne souhaite guère que la population française prenne conscience de ces éléments propres au fondement même de l’idéologie musulmane dans sa véritable authenticité, cette compréhension étant problématique au regard de l’« identité heureuse » qu’on cherche à imposer aux Français comme en témoigne par exemple la façon dont le gouvernement procède avec le démantèlement de la jungle de Calais, sans respect pour des populations de souche dont on voit bien que la préoccupation première est le constat intuitif mais lucide de la différence abyssale des cultures (avant même les questions économiques ou d’origine de peuplement).

Aussi ne faut-il pas s’étonner que la menace judiciaire pour « apologie du terrorisme », « consultation de sites jihadistes », « incitation à la haine raciale » (notamment par l’entremise d’officines de défense des droits de l’homme qui agissent largement en réalité pour des motifs politiques), soit devenue fréquente à l’égard de ceux qui se sont donné pour tâche de présenter sans tabou les éléments de cette problématique pour en débattre. C’est naturellement un chantier essentiel à poursuivre.

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