Le « salafisme » musulman : l’islam ne peut pas s’en dépêtrer

L’émission de France 2 « Islam » a diffusé en septembre 2016 deux volets intéressants consacrés au salafisme. Ce mot est aujourd’hui employé – notamment en Occident – pour désigner le « mauvais » islam, l’islam « radicalisé », par opposition au « bon » islam, l’islam réputé « modéré ». Je vous propose de revenir sur quelques aspects de ces deux émissions.

  • Que veut dire « salafisme » ?

Un reportage fournit une synthèse courte et claire de la signification du terme « salafisme », c’est-à-dire le « retour aux fondements immuables de l’islam » :

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Le reportage précise que « L’exemple de la vie de Mahomet est la référence, le beau modèle qui sert de guide à la communauté. Les croyants orthodoxes sont tenus d’imiter sa conduite en tout, aussi bien sur le plan moral et spirituel que dans les moindres détails de la vie quotidienne. » En réalité, l’exemplarité du modèle mahométan n’est pas propre au salafisme : Mahomet est un modèle à imiter pour tous les musulmans (« orthodoxes », c’est-à-dire qui prétendent être fidèle à l’illustre Prophète), et non les seuls salafistes.

  • Salafisme, jihadisme et terrorisme : une filiation naturelle ?

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Cet extrait rappelle que le salafisme correspond à l’attitude consistant à « être fidèle non seulement à l’esprit de l’islam mais aussi à la lettre de l’islam » et à « l’idée que l’on suit une orthodoxie musulmane ». Y a-t-il là quelque chose de choquant ? Rien a priori. C’est même le contraire : c’est une attitude qui paraît tout à fait naturelle. Or l’intervenant enchaîne en constatant que « le salafisme est devenu dans la bouche de beaucoup d’individus le synonyme de terrorisme, de violence politique et de jihadisme » : est-ce donc que la violence et le terrorisme seraient congénitaux à l’islam ?

  • « Interpréter » pour dissimuler la violence innée de l’islam ?

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L’intervenant évoque l’approche littéraliste en disant qu’elle correspond à l’« absence de contextualisation de ces versets coraniques en disant que ces versets coraniques, globalement, ont un caractère absolu qui s’applique quels que soient l’époque et l’espace dans lesquels nous nous trouvons » : mais le Coran étant donné directement par Allah, qu’y a-t-il d’étonnant à ce que les paroles (définitives, c’est-à-dire non abrogées) d’Allah soient absolues ? C’est le contraire qui serait étonnant.

La question centrale est en réalité de savoir en quoi consiste l’islam des origines, celui de Mahomet (puisque l’islam est – tout le monde l’a compris – une création purement humaine). La lecture de la Sîra, biographie de Mahomet d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham du IXème siècle – biographie incontestée dans le monde musulman au point qu’on peut la considérer comme la biographie « officielle » de Mahomet – ne laisse guère de doute à tout esprit raisonnable qui a appris à lire. L’État musulman créé par Mahomet à Médine était un État violent et guerrier, qui a imposé l’islam par les armes, combattant offensivement contre tous ceux identifiés comme des ennemis, chassant ou massacrant les juifs de Médine (entre autres), et dont l’extension par les armes sur le pourtour de la Méditerranée a été le rejeton tout à fait naturel.

Cet héritage guerrier et bien peu spirituel étant particulièrement embarrassant, bon nombre d’islamologues en Occident (ceux situés dans les autres régions du monde ayant semble-t-il moins d’états d’âme) ont introduit le concept de « littéralisme » et l’adjectif « littéraliste » pour qualifier la lecture simple et élémentaire des textes sacrés musulmans (Coran, Sîra, hadiths). Il suffit de consulter les dictionnaires pour constater que l’adjectif « littéraliste » n’existait pas il y a quelques années en France : à vrai dire, il aurait suffi de parler de lecture « littérale » pour évoquer la lecture « à la lettre » des textes ; mais l’adjectif « littéraliste » à l’avantage psychologique d’entacher le mot auquel il s’applique de quelque grave lacune ou anomalie congénitale de façon inconsciente, et donc sans avoir à démontrer quoi que ce soit. Pourtant la lecture littérale est la lecture de bon sens qui s’applique en tout premier lieu à n’importe quel texte et que l’on enseigne bien évidemment à l’école de la République.

Ainsi, selon les islamologues, il faudrait renoncer à une « lecture littéraliste de la tradition prophétique » au profit d’une interprétation dont on ne sait pas qui serait d’ailleurs légitime à la produire (puisqu’il n’y a aucune autorité religieuse officielle dans l’islam sunnite). Pourquoi ? On ne sait pas et les islamologues ne donnent guère d’exemples concrets pour justifier cette position. Toute lecture littérale, marquée par l’« absence de contextualisation des versets coraniques », serait ainsi irrecevable. Or, quel second sens donner aux actes de Mahomet et de ses partisans quand ils enchaînent de 622 à 632 batailles, razzias, assassinats, meurtres, viols, tortures, etc., au point qu’un décompte précis de tous ces hauts faits d’armes est fourni dans la Sîra ? Quel peut bien être le double sens caché de ces actes épouvantables, et comment pourrait-il réconcilier les faits décrits par les textes musulmans eux-mêmes avec l’idée de religion d’amour et de paix ?

  • La question des versets normatifs : un faux problème

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Contrairement à ce que le premier interlocuteur indique, le wahhabisme ne correspond pas à un passé mythifié mais semble bien correspondre à l’islam de Mahomet : il suffit de lire le texte de la Sîra pour le constater très simplement. L’assertion « Ils fantasment une histoire qui sans doute n’a jamais existé de la manière dont ils se la représentent » est donc fausse au regard des textes musulmans eux-mêmes (Sîra mais aussi Coran et hadiths qui se complètent les uns les autres). On aurait aimé un propos plus circonstancié et moins péremptoire.

Par ailleurs, le passé guerrier et violent de l’islam de Mahomet n’a guère de rapport avec l’idée de norme. Le premier interlocuteur précise : « Le texte coranique lui-même (…) n’intègre qu’entre 200 et 634 versets normatifs » : « et alors ? » a-t-on envie de dire. D’abord il faudrait savoir s’il y en a 200 ou 634, ou un autre chiffre : tout cela est bien approximatif ; il faut être sérieux. Et de quelle norme parle-t-on ? S’il s’agit de rituels (prière, jeûne, etc.), cela n’a aucune espère d’intérêt au regard de la question en discussion.

En revanche, dire que la vision de l’islam est une vision globalisante correspondant à « Une lecture extensive de l’islam, c’est-à-dire que pour eux l’islam n’est pas simplement une religion : c’est un système global, c’est à la fois une religion « din », « dunya » vie et « daoula » État » est tout à fait exact : c’est la conception traditionnelle de l’islam dans tout le monde musulman. Hassan II ne disait-il pas : « Un musulman ne peut pas être laïc. » ?

  • Conclusion : pourquoi l’islam dit « modéré » n’arrive-t-il pas à contrer la doctrine des « fondamentalistes » et en particulier aujourd’hui  l’abondante production de l’État Islamique ?

Avec le « littéralisme », les islamologues nous conduisent dans les mystères de la foi : c’est un grand mystère en effet que la lecture littérale des textes chrétiens soit possible (complétée si nécessaire par un sens symbolique, qui peut d’ailleurs être mentionné par le texte lui-même comme en attestent les paraboles) alors qu’elle ne le serait pas pour l’islam. Il est vrai que l’exemplarité de Jésus (ou de Bouddha si on s’attache à d’autres spiritualités) n’a guère servi de modèle à Mahomet.

On peut tourner le problème dans tous les sens, en utilisant d’autres qualificatifs comme « fondamentaliste » ou « rigoriste » pour qualifier le salafisme, il n’en reste pas moins que l’islam dit « modéré » est aujourd’hui, 1.400 ans après la mort de Mahomet, toujours incapable de démontrer en quoi l’islam salafiste n’est pas le bon islam. Et c’est la raison pour laquelle ce type d’émission ne peut en réalité pas aborder de façon détaillée la question doctrinale qui est au cœur du problème.

N’est-il pas surprenant que les références doctrinales les plus fournies tant concernant le Coran, les hadiths que la Sîra figurent dans les revues (Inspire, Dabiq, Dar-al-islam, Rumiyah) des mouvements musulmans fondamentalistes ? Qu’a l’islam de France à répondre à cela ? Et prétendre « déradicaliser » les musulmans sans avoir d’abord répondu à cette question est une farce grotesque, et pire, un mensonge d’État français.

2 réflexions au sujet de « Le « salafisme » musulman : l’islam ne peut pas s’en dépêtrer »

    1. D’un point de vue doctrinal je peine à voir la proximité avec le christianisme sinon un machouillage mal digéré d’éléments arbitrairement choisis. Si vous voulez dire un nazisme ou un stalinisme avant l’heure, je vous l’accorderais. Et comme pour ceux là, le fond de l’affaire c’est une forme de pathologie mentale débordant d’orgueil et violence.

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