Déontologie journalistique & islam : une leçon édifiante et bien française

Arrêt sur Images, émission d’habitude de bonne tenue, s’est dévoyée dans son volet du 29 septembre 2016 par un passage stupéfiant qui est la négation même de l’objectivité et de la neutralité journalistique que Daniel Schneidermann prétend pourtant défendre. Il s’agissait là de savoir s’il fallait donner la parole à Éric Zemmour dans les médias et en réalité de façon plus générale à tous ceux dont le discours contrevient gravement à la pensée politiquement correcte dispensée uniformément par les médias.

Nassira El Moaddem, immodeste teneuse du « Bondy blog », faisait office de Fouqier-Tinville de service en commençant par poser cette question : « Quel intérêt à inviter Éric Zemmour ? » Mais la première question qui vient est plutôt : qui est cette dame qui prétend juger et décider des personnes qu’il est intéressant que les journalistes invitent ou non ?

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Au-delà de la reprise de ses chroniques, Éric Zemmour développe dans son dernier livre un long passage (38 pages) sur les rapports entre la France et l’islam, ce qui chagrine évidemment Nassira El Moaddem. Il est donc faux de dire que le livre ne fait que « Répéter tout ce qu’il a dit sur les matinales [RTL] pendant un an ».

Nassira El Moaddem n’ayant semble-t-il guère de connaissances sur le sujet abordé, la doctrine de l’islam – sinon elle n’aurait eu aucun mal à fournir quelques exemples de propos incongrus –, ne se prive néanmoins pas de renvoyer Éric Zemmour à son incompétence supposée au profit d’autorités jugées plus compétentes, « de gens qui sont capables, aptes, et qui ont une légitimité scientifique », de gens qui savent « de quoi ils parlent, un islamologue, un historien des religions, quelqu’un qui a quand même une légitimité scientifique ». En d’autres termes, cette jeune femme dénie à quiconque une capacité à penser de façon autonome et affuble la religion de la robe de la science, comme si les religions avaient quoi que ce soit de scientifique. Il semble en réalité que Nassira El Moaddem ait une difficulté certaine à penser par elle-même pour ce qui a trait à l’islam.

Or de deux choses l’une : soit effectivement, « à 80%, on est capable de fact-checker [beau barbarisme !] les propos d’Éric Zemmour et de montrer par a + b qu’il y a beaucoup d’erreurs factuelles et beaucoup d’erreurs historiques », et alors il faut en faire la démonstration – cela ne devrait pas être bien difficile – ; soit ce n’est pas le cas, et il est alors déontologiquement normal d’inviter un auteur qui intéresse des dizaines de milliers de personnes au vu de ses ventes pour discuter ses propos. Mais, comme dans le cas de Patrick Cohen, il arrive souvent que les journalistes n’aient pas travaillé leur dossier et ne sachent pas de quoi ils parlent.

Aussi, entendre Nassira El Moaddem parler du « respect de la déontologie du travail de la presse » et comparer Éric Zemmour, sans lui avoir donné la possibilité de s’exprimer, à « Alain Soral, Faurisson, Dieudonné » ou, avec le soutien de l’équipe de Daniel Schneidermann, à un de ces « cerveaux malades » est proprement renversant et profondément malhonnête.

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