La prière musulmane ou pourquoi l’islam n’est pas une croyance

L’émission hebdomadaire de France 2 « Islam » propose une séquence sur les fondamentaux de l’islam, généralement claire et simple. Celle du 11 septembre 2016 était consacrée à un rappel intéressant du 1er pilier de l’islam : la « shahada ».

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  • La shahada : un « témoignage »

La « shahada » est un témoignage. En français : « Je témoigne qu’il n’y a de Dieu que Dieu et je témoigne que Mahomet est le messager de Dieu ». Ce témoignage est souvent donné dans sa version courte : « Il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son messager ».

Comme le rappelle le présentateur : « La shahada doit être prononcée avec l’index en direction du ciel », au point que ce geste s’ancre dans les automatismes corporels.

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Le chrétien par le « Credo » affirme sa croyance : il s’agit d’un acte de foi, qui n’exclut pas le doute et emporte donc avec lui la possibilité implicite de ne pas croire au sens où on ne peut pas forcer quelqu’un à croire : c’est un problème entre lui et Dieu, et il n’a pas à être puni pour son incroyance.

Le musulman par la shahada est lui beaucoup plus affirmatif : au sens strict, il ne croit pas, il « témoigne ». Il n’y a pas à croire que Mahomet est l’envoyé d’Allah puisque c’est pour le musulman une certitude qui n’a pas à être discutée : il a juste à en témoigner. Cette position induit implicitement un rejet de toute discussion pouvant remettre en cause le statut du Coran et de Mahomet. C’est certainement une raison fondamentale expliquant l’imperméabilité de l’islam à toute approche rationnelle critique depuis notamment la « fermeture des portes de l’ijtihad » au XIIème siècle (l’« ijtihad » est la lecture, l’interprétation rationnelle et critique des textes). En effet, la moindre acceptation de la validité du raisonnement critique envers l’islam est la porte ouverte à un flux de critiques pouvant faire s’effondrer le colosse aux pieds d’argile. C’est aussi une raison profonde expliquant l’inutilité du dialogue inter-religieux avec l’islam.

Malek Chebel décrit magistralement ce système idéologique : « Pour le croyant islamoïde, l’islam se situe au-dessus et en dehors de la critique humaine. Pour lui, la doxa ne peut être questionnée, ni dans sa généralité ni dans son détail, car cela mettrait en péril tout l’édifice de la croyance. Le comportement « islamoïde » consiste donc à rejeter en bloc toute innovation inconvenante, tout en donnant le change à quiconque s’avise de critiquer tel ou tel précepte islamique. À ce sujet borné, l’islam n’offre que des avantages : une religion divine, avec un prophète d’une sagesse à toute épreuve et une histoire arabo-islamique flamboyante. »

  • L’unicité d’Allah : le tawhid

L’unicité divine ou « tawhid » est le cœur de la doctrine musulmane et de sa justification historique face aux polythéistes de La Mecque. Cette notion est si fondamentale que tout tourne autour d’elle et qu’on peine à trouver de concept religieux autre et simple en islam, alors que, par exemple, le chrétien se « heurte » immédiatement à des concepts religieux « mystérieux », comme la notion de Trinité, d’incarnation ou de rédemption par la crucifixion et la mort du Christ.

Malek Chebel écrit à ce propos : « Il faut savoir que le Coran est, en lui-même, un discours constitué sur Dieu et de Dieu sur l’homme. Cela explique la pauvreté relative de l’acte philosophique en islam, cantonné malgré lui à une histoire amplifiée des idées et à une spéculation molle sur les fins dernières. »

De son côté, Tariq Ramadan écrit même : « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur. Certes, certains débats ont été vifs et l’on a, à travers l’histoire et les écoles musulmanes, discuté du sens et de la portée des noms de Dieu, de ses attributs, du statut de la révélation, mais l’horizon de ces controverses – contrairement à l’histoire de la dogmatique catholique par exemple – est resté circonscrit et n’a jamais été jusqu’à remettre en cause trois principes fondamentaux : l’unicité absolue du créateur, son impossible représentation et la véracité de sa parole révélée dans le coran. Une authentique « théologie » aurait d’abord, et surtout, discuté de ces trois principes. Or une étude attentive de l’histoire des débats entre les écoles montre que les disputes se sont élaborées en aval de ces trois principes qui, au cœur de la conception musulmane, fonde ce qu’on nomme le « tawhid ». »

  • Conclusion : la discussion avec l’islam en matière sociale ou religieuse est impossible

Toute la force de l’islam tient dans sa simplicité (aucun concept compliqué à avoir à maîtriser pour l’homme de la rue) et l’interdiction de la critique qui se traduit par l’épée de Damoclès du blasphème ou de l’apostasie. Face à une telle idéologie, qui ressemble à s’y méprendre à une dictature de la pensée, rien n’est doctrinalement « négociable ». Imaginer une « identité heureuse » avec l’islam orthodoxe qui ne soit pas ancrée dans le communautarisme est une absurdité. Le confit de valeurs est inévitable avec la tradition historique laïque de la France : il a commencé et va s’amplifier inéluctablement. Ce n’est qu’une question de temps et de nombre, donc de rapport de force.