Éduquer la jeunesse française sur l’islam sans lui mentir : un numéro d’acrobate

S’il y a bien une rengaine qui peut paraître à la longue pénible aux lecteurs de ce site, c’est bien la répétition de mes injonctions à aller lire soi-même les textes sacrés de l’islam, et en particulier la biographie de Mahomet d’Ibn Hîcham. Sans cette lecture, il est impossible de se rendre compte de la réalité de la doctrine musulmane, et de comprendre sa cohérence au regard de la vie de Mahomet, homme de guerre qui a instrumentalisé la religion au profit d’un projet personnel de conquête du pouvoir ; ce qui n’empêche pas qu’il y ait pu avoir de la « bonne foi » chez lui dans sa folie, étant persuadé être « inspiré » par Dieu (car, jusqu’à preuve du contraire, Dieu n’a pas confirmé). En outre, la lecture de ces textes est le seul moyen de s’assurer par soi-même que la vision proposée par les uns ou les autres (y compris par votre serviteur) est juste ou pas.

Les éditions Belin pour cette nouvelle rentrée scolaire exposent dans leur manuel pour la 5ème une initiation à l’histoire de l’islam.

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Cette initiation présente comme textes fondamentaux de l’islam : le Coran, les hadiths et la biographie de Mahomet. C’est tout à fait juste.

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Il est intéressant de voir confirmé, à l’attention du grand public – et bien au-delà donc des spécialistes –, le statut de ces trois sources, et surtout celui de la Sîra, biographie de Mahomet rédigée par Ibn Hîcham, puisque si le terme « biographies » est au pluriel dans le manuel, la Sîra, seule mentionnée, dépasse toutes les autres au point de constituer la biographie « officielle » et incontestée de Mahomet pour les musulmans.

Tariq Ramadan a déjà confirmé ce statut primordial puisqu’il commence sa propre biographie de Mahomet (éditions Archipoche) par ces deux premières phrases de l’introduction : « On ne compte plus les biographies du Prophète de l’islam. Des sources classiques, comme celle d’Ibn Ishâq ou Ibn Hîcham,… ». [NB : la biographie d’Ibn Hîcham est une recension de la toute première biographie d’Ibn Ishâq : il ne s’agit donc pas de deux biographies différentes mais du même document]

Il est vrai que beaucoup de biographies de Mahomet ont été écrites, souvent à caractère hagiographique (comme celle de Tariq Ramadan qui passe sous silence plusieurs épisodes « délicats » et à l’inverse invente beaucoup d’éléments invérifiables, notamment sur les intentions cachées des uns ou des autres), alors que la Sîra d’Ibn Hîcham possède une authenticité incomparable, presque « factuelle ».

S’il est difficile de présenter la question de l’islam à de jeunes élèves de 5ème, comme toute question religieuse, la lecture de ce manuel est intéressante à plusieurs titres :

  • Le remplacement du nom de Mahomet par Mohammed

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Mahomet est le nom utilisé depuis des siècles en France pour désigner le fondateur de l’islam. Il n’y a rien là de dégradant ni de stigmatisant. La France a « francisé » (et à une certaine époque latinisé) depuis longtemps des noms propres (noms, prénoms, villes, régions) pour des raisons variées. Les exemples sont nombreux. Évidemment, la francisation a également concerné les noms arabes dont il fallait bien trouver un équivalent en alphabet latin et dont la prononciation soit facile en France.

Le remplacement, et non l’adjonction du nom de Mohammed (ou Muhammad dans d’autres ouvrages), n’est pas anodine : en effet, pourquoi les musulmans s’offusqueraient-ils de l’utilisation du nom de « Mahomet » alors que les juifs ne se plaignent pas de l’utilisation du nom « Moïse » en lieu et place du prénom juif « Moché » ? Les Arabes respectent-ils par ailleurs de leur côté parfaitement la phonétique des noms ou prénoms étrangers ? Moché est désigné par « Moussa » en arabe et Jésus (tiré du « Iesous » grec) est rendu par « Issa » en arabe. À ce compte-là, il faudrait également modifier les noms de La Mecque et Médine…D’ailleurs cette question n’est pas musulmane mais liée à la langue arabe (n’oublions pas que tous les arabes ne sont pas musulmans). Mais l’islam de France instrumentalise cette question linguistique pour en faire une question identitaire musulmane, ce qu’elle n’est pas.

Ce refus d’employer ou de mentionner le nom habituel de « Mahomet » semble s’inscrire en réalité dans l’affirmation de l’identité arabo-musulmane au sein des programmes scolaires de la République et en opposition directe avec la tradition culturelle française. C’est une affirmation identitaire à laquelle les éditions Belin ont décidé de se soumettre.

  • La vie de Mahomet

La vie de Mahomet est évoquée dans l’encart ci-dessus en quelques dates succinctes, ce qui n’a rien de choquant en soi étant donné que l’on s’adresse à de jeunes élèves. La question que pose en réalité cet enseignement est de savoir si, ultérieurement, les programmes de l’Éducation Nationale contiendront des informations beaucoup plus circonstanciées sur les dits et les actes du prophète de l’islam, tirés des textes musulmans eux-mêmes – textes incontestés en islam – et non issus d’un Occident ennemi, car sinon cette courte présentation pourrait laisser penser qu’une similitude est possible avec le Christ ou Bouddha par exemple, ce qui constituerait un rapprochement totalement erroné.

En effet, comment l’Éducation Nationale compte-t-elle enseigner le fait religieux sans revenir en détail sur la vie de Mahomet dans la mesure où celui-ci sert de modèle à tous les musulmans ? Cela devrait être impossible. Il y a pourtant fort à parier que ce ne sera pas le cas et que les événements pouvant mettre en cause la respectabilité ou la démarche spirituelle du prophète de l’islam seront tus dans les manuels scolaires occidentaux : antisémitisme (et antichristianisme) viscéral, caractère manifestement guerrier et offensif de l’islam avec le jihad, manque de considération de Mahomet pour les femmes, sexualité du prophète (9 femmes en même temps, défloration de la petite Aïcha à 9 ans , ce qui est loin d’être une anecdote sans importance puisque ce fait bien connu dans les pays musulmans autorise de facto le mariage forcé de très jeunes filles à des adultes), etc. ?

Car comment simplement évoquer ces données fournies par les textes musulmans eux-mêmes sans passer pour un abominable islamophobe ? La sauvagerie de Mahomet est loin d’avoir été la pire parmi tous les grands conquérants ou hommes de pouvoir que compte l’histoire du monde, mais il est sûr qu’elle n’a rien à voir avec une démarche spirituelle détachée du souci de la puissance temporelle.

En revanche, on peut noter que les éditions Belin font état des « critiques » dont Mahomet est l’objet, ce qui est juste puisque Les Mecquois pensaient qu’il était fou et possédé (« majnûn ») par les djinns et qu’ils se moquaient de sa prétention à devenir leur chef. Il n’est donc pas fait mention ici, à juste titre, de la traditionnelle victimisation brandie habituellement sur la base d’horribles « persécutions » à La Mecque qui n’ont en réalité pas eu lieu.

  • L’attitude du calife Omar

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Cet encart est celui qui paraît le plus délicat au sein des quelques pages de ce manuel car on peut faire de ce texte musulman deux lectures très différentes :

–  Une lecture superficielle, sans s’arrêter sur la dernière phrase : les musulmans sont décrits sous un jour pacifique et respectueux des autres religions ;

–  Une lecture plus approfondie décortiquant le sens véritable de la dernière phrase relative au paiement de l’impôt, qui renvoie directement en islam au statut de « dhimmi » et donc à toute la conception inégalitaire des communautés humaines en islam, l’islam étant par définition « la meilleure communauté » parmi les hommes :

Coran, sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. (…)

Car de quoi s’agit-il ? Il n’y a aucune magnanimité dans le comportement d’Omar. Si le calife Omar a épargné la vie des chrétiens – après un siège de 6 mois destiné à affamer les habitants –, c’est parce que c’était la condition posée pour la reddition sans combat de Jérusalem. Omar n’a fait que mettre en pratique une des possibilités offertes par l’islam pour traiter les gens du Livre (ici les chrétiens), qui figure de façon explicite dans le Coran, c’est-à-dire la vie sauve contre la soumission à l’islam et l’humiliation, ainsi que le paiement d’un impôt spécifique (pour les autres non-musulmans, c’est la conversion ou la mort) :

Coran, sourate 9, verset 29. Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit, ceux qui ne professent pas la religion de la vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation [la jizya] de leurs propres mains après s’être humiliés.

La contrepartie de la vie sauve est le statut d’homme inférieur, de « dhimmi », non-musulman (juif ou chrétien) soumis à l’autorité musulmane, qui n’est pas l’égal en droit du musulman mais doit au contraire être humilié dans sa vie quotidienne par les règles (habillement, justice, construction d’édifices religieux, interdiction d’épouser une musulmane,…) que lui impose l’islam – pour que lui soit rappelé constamment son statut d’inférieur –, et qui doit payer un impôt particulier (la jizya) à la société musulmane. On pourrait rentrer dans une longue analyse de l’intérêt financier qu’a présenté dans l’histoire le statut de dhimmi pour la communauté musulmane et l’intérêt pour les musulmans de ne pas voir trop de conversions au sein des dhimmis afin de maintenir des sources de financement, mais ce serait trop long dans le cadre de cet article.

L’ambiguïté du texte – l’impôt n’étant pas spécifié comme imposé spécifiquement aux dhimmis, on pourrait facilement imaginer que les musulmans le paient aussi – peut conduire à un grave contre-sens sur la signification de cet événement et le rapport de la communauté musulmane aux autres communautés. Le risque est grand, surtout dans la dictature du politiquement correct imposé par la bien-pensance d’aujourd’hui, d’éviter les sujets qui fâchent pour en rester à une vision angélique de la nature de l’islam.

Dans le contexte du terrorisme musulman que l’Occident connaît depuis des années et qui nécessite un contre-discours que l’islam de France se révèle incapable de produire (puisque ce terrorisme se fonde sur les textes sacrés de l’islam même avec une clarté difficile à contester), il est regrettable que le passage choisi ne conduise pas à une interrogation plus explicite et plus franche sur le sens du « vivre-ensemble » que l’on semble vouloir imposer coûte que coûte aujourd’hui. Jusqu’à preuve du contraire, l’islam propose un modèle de société religieuse radicalement différent et incompatible sur de nombreux points avec les valeurs occidentales : il suffit juste de déterminer, en connaissance de cause, quel modèle on veut.

CONCLUSION

L’enseignement du « fait religieux », comme on dit de nos jours, à l’école ou à l’université est un exercice difficile qui demande la plus grande rigueur et la plus grande honnêteté intellectuelle.

Sans ruiner l’effort pédagogique des éditions Belin, il est clair néanmoins que l’établissement de la vérité nécessitera dans le cours des études et à des âges plus avancés des rectifications sérieuses, fondées, il faut le rappeler, sur ce que les textes sacrés musulmans eux-mêmes disent de Mahomet, de sa vie, de l’islam.

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