Exemple d’abrogation : Les versets sataniques

Le Coran est la parole d’Allah mais Allah peut changer son message (cf. article abrogation) et dans certains cas, ce n’est pas Allah qui parle mais Satan. C’est du moins l’explication donnée notamment dans le cas des « versets sataniques » rendus célèbres par l’affaire Rushdie et qui correspondent à un passage précis du Coran. En effet, Mahomet y invoque des divinités autres qu’Allah, les « sublimes déesses » de La Mecque, afin d’essayer de se concilier dans les premiers temps les Arabes polythéistes de La Mecque qui auraient très mal vu le rejet de leurs idoles tribales traditionnelles.

Cette invocation constitue une forme de polythéisme totalement contraire au strict monothéisme prêché par Mahomet, et sur laquelle Mahomet va naturellement être obligé de revenir. Pour expliquer ce revirement, les musulmans disent que c’est Satan qui a parlé par la bouche de Mahomet, dans cet ouvrage pourtant parfait que constitue le Coran.

Coran, sourate 53, verset 19 :  « Avez-vous considéré al-Lat et al-Uzza,
Coran, sourate 53, verset 20 : et Manat, cette troisième autre ?
Coran, sourate 53, verset 20 bis : Ce sont les sublimes déesses
Coran, sourate 53, verset 20 ter : et leur intercession est certes souhaitée.
Coran, sourate 53, verset 21 : Avez-vous le Mâle, et Lui, la Femelle ?
Coran, sourate 53, verset 22 : Cela, alors, serait un partage inique. »

Les versets 20 bis et 20 ter sont originaux et authentiques mais sont généralement absents des versions habituelles du Coran. À ce propos, Malek Chebel indique : « La Tradition rapporte que lors d’un office public, le prophète aurait récité un verset abrogé, et donc interdit. Grâce au démon qui l’aurait posé sur la langue du prophète, ce verset se serait glissé entre le verset 20 et le verset 21 de la sourate 53 du Coran. Aussi est-il appelé verset satanique. (…) Au lieu de dire « avez-vous vu Al-Lat et Al-Uzza et l’autre, Manat, la 3ème idole ? », Mohammed a dit : « avez-vous considéré Al-Lat, Al-Uzza et Manat, cette autre troisième ? Ce sont de sublimes déesses et leur intercession est certes souhaitée ». Ce qui pose évidemment le problème de l’unicité divine. Car si Dieu a des rivales qui partagent sa dimension sublime, c’est qu’il n’est plus seul et qu’on peut adorer d’autres dieux que lui. Evidemment, le prophète s’étant rétracté aussitôt, l’expression est tombé en désuétude, au point que de nombreux traducteurs du Coran n’en font pas état. »

Ainsi, le revirement doctrinal de Mahomet figure au verset suivant :

Coran, sourate 53, verset 23 : « Ce ne sont que des noms dont vous les avez nommées, vous et vos pères. Allah ne fit descendre, avec elles, aucune probation. Vous ne suivez que votre conjecture et ce que désirent vos âmes alors que certes, à vos pères, est venue la direction du Seigneur. »

Pour expliquer cette intervention assez surprenante mais commode de Satan dans la bouche de Mahomet, le Coran invoque le fait que tous les prophètes ont connu cette mésaventure :

Coran, sourate 22, verset 52 : « Nous n’avons envoyé, avant toi, ni messager ni prophète sans que le démon intervienne dans ses désirs. Mais Allah abroge ce que lance le démon. Allah confirme ensuite ses versets. Allah sait et est sage. »

Ce n’est pourtant pas le cas de Jésus. Car si Satan a tenté le Christ, cette tentation étant explicitement décrite dans les Évangiles, jamais Satan n’a parlé par la bouche du Christ (même si les scribes pharisiens l’ont accusé d’expulser les démons par Beelzéboul cf. Marc 3, 22).

Au-delà de cette intervention opportune qui dédouane Mahomet de son revirement, on peut s’interroger d’une part sur le sens théologique à accorder à une telle intervention, d’autre part à son étendue : car qu’est-ce qui justifie que cette intervention se limite aux seuls versets sataniques et pas à d’autres versets du Coran ?

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