L’islam de Michel Onfray et d’Alain Juppé : même combat ?

Tout le monde a en mémoire la façon dont Michel Onfray a rappelé à l’ordre et à ses responsabilités Alain Juppé sur le plateau de Canal Plus en mars 2015 à propos du Coran, Alain Juppé, ancien premier ministre, « confessant » qu’il n’avait pas lu le Coran tout en ayant bien entendu un avis éclairé sur la question musulmane. Pire même, Alain Juppé (ancien élève des plus grandes écoles françaises) déclarait lors d’une interview donnée au Parisien en août 2015 que la lecture du Coran lui paraissait « difficile » et qu’« une vague connaissance du Coran était suffisante ».

À l’opposé, il est incontestable que Michel Onfray s’est penché sérieusement sur la lecture textes sacrés musulmans. Toutefois, et pour une raison inexplicable, celui-ci semble finir par rejoindre très curieusement la conclusion d’Alain Juppé sur la compatibilité « espérée » de l’islam avec les valeurs de la France.

Je vous propose d’expliquer cette incongruité à la double occasion de la publication récente du livre de Michel Onfray « Penser l’islam » et de l’interview d’Alain Juppé dans « Vie politique » sur TF1 le dimanche 12 juin 2016.

  • Alain Juppé et l’islam : une analyse absurde fondée sur l’ignorance

Alain Juppé a évoqué dimanche sur TF1 « deux attitudes possibles » sur l’islam : « Si on considère que l’islam est par construction incompatible, insoluble dans la République, c’est la guerre civile » ou « il peut y avoir aujourd’hui, il doit y avoir, une lecture du Coran et une pratique de la religion qui soient compatibles avec les lois de la République et avec tous nos principes y compris l’égalité entre les hommes et les femmes. » : propos absolument stupéfiant !

En effet, on voit par cette alternative qu’à aucun moment Alain Juppé ne se soucie de la nature profonde de l’islam et du modèle de société qu’il prône, ce qui est compréhensible au demeurant puisque Alain Juppé parle d’un sujet qu’il reconnaît ignorer. Alain Juppé se contente donc de faire de la casuistique théorique qu’il aurait pu appliquer à n’importe quelle religion ou spiritualité, voire idéologie (nazisme, fascisme, stalinisme,…). Chemin faisant, il remet en cause l’intérêt même de la recherche de la vérité, ce qui n’est guère un signe de probité intellectuelle pour un candidat à la plus haute fonction.

Alain Juppé ne sait en réalité que promettre « la guerre civile » aux Français qui s’opposeraient au modèle de société prôné par l’islam : vu sous cet angle, les Français n’auraient donc pas le choix et devraient se plier au diktat d’un modèle de société et de valeurs ardemment défendu par son ami l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou.

Alain Juppé exclut ainsi une troisième possibilité pourtant très simple, mais nécessitant un certain courage, consistant à ouvrir sans tabou avec les musulmans vivant en France, qui ignorent pour la plupart leurs propres textes sacrés (Coran, mais aussi hadiths et biographie de Mahomet), un vrai débat sur la valeur du modèle islamique comparé aux autres modèles et sa contribution au monde moderne (dans tous les domaines : sciences, arts, industrie, services, etc.) ; bref, un débat sur l’utilité du modèle musulman dès lors qu’il prétend être autre chose qu’un modèle spirituel et comportemental privé. Car pourquoi la société française devrait-elle accepter de changer de modèle si c’est pour régresser ?

Le projet socio-religieux d’Alain Juppé pour la France se résume donc, s’il devient chef de l’État, au développement progressif mais inéluctable du communautarisme – qu’il espère sans heurts, étant confit dans un œcuménisme naïf –, alors même que l’évidence saute aux yeux : aucun pays occidental (et a fortiori musulman) n’a jamais démontré la capacité de l’islam à s’intégrer harmonieusement dans un autre système de valeurs, et ceci pour une raison élémentaire : l’islam est viscéralement – voire agressivement – communautariste. Si Alain Juppé avait lu le Coran, il le saurait :

Sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. (…)

Sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

Sourate 22, verset 78. Combattez pour Allah comme il le mérite. C’est Lui qui vous a choisis et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Abraham, lequel vous a déjà nommés autrefois « Musulmans » [« soumis »] et dans ce Livre [le Coran], afin que le messager soit témoin contre vous et que vous soyez vous-mêmes témoins contre les hommes. (…)

Comme le reconnaît avec beaucoup plus de lucidité Malek Chebel dans son Dictionnaire encyclopédique du Coran : « Article « Amitié avec les incrédules » : Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

  • La théorie erronée du « prélèvement » de Michel Onfray

Si Michel Onfray a effectivement lu les textes musulmans, la lecture de ses ouvrages donne une impression de schizophrénie du fait du refus obstiné, et à vrai dire incompréhensible, d’une logique qui paraît pourtant simple et évidente au profit de sa théorie du « prélèvement » développée dans son ouvrage « Penser l’islam », et qui figurait déjà dans son « Traité d’athéologie ».

Contrairement à Alain Juppé, Michel Onfray est parfaitement conscient du caractère agressif et violent de l’islam de Mahomet en dépit des dénégations de nombre d’islamologues occidentaux : « Précisons d’abord que dire qu’il y a dans le Coran des sourates qui invitent à la guerre, au massacre des infidèles, à l’égorgement, puis rappeler Mahomet lui-même fut un chef de guerre qui allait personnellement au combat en y tenant son rôle, ne devrait pas être considéré comme islamophobe. Sauf à refuser que le Coran soit le Coran et que le Prophète ait eu la vie qu’il ait eue ! Un grand nombre de sourates légitiment les actions violentes au nom de l’islam. » Et de citer de nombreuses « sourates [ou versets] (….) qui (…) rendent possible un islam de guerre, d’intolérance et de haine » : « « Exterminez les incrédules jusqu’au dernier » (C8/7), ou sur ces propos extraits de la Sîra : « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le » (C2/58-60), « Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez » (C17/58) ». Ou encore : « l’islam de guerre, d’intolérance et de massacre qui se réclame des antisémites ou destinées à justifier le massacre des infidèles (VIII.7, VIII.12, VIII.17, VIII.39, etc.) ».

Mais Michel Onfray semble contrebalancer cette violence qui se déploie largement dans le Coran par des versets, très peu nombreux, invitant apparemment à la paix. En réalité, ce sont toujours les deux mêmes qui sont cités, y compris par Michel Onfray : « « Pas de contrainte en matière de religion » (sourate 2, verset 256), ou bien encore : « Celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes » (sourate 5, verset 32) ». Il est d’ailleurs intéressant de noter que Michel Onfray cite à nouveau le même verset 256 de la sourate 2 un peu plus loin dans son livre « Penser l’islam » en le présentant cette fois comme l’unique verset de paix du Coran : « L’islam de paix, de tolérance et d’amour qui s’appuie sur la fameuse et unique [mot mis en évidence par l’auteur] sourate [en réalité verset] « Pas de contrainte en matière de religion » ».

Quant à la phrase introductive des sourates invoquant un dieu miséricordieux, Michel Onfray fait lui-même la constatation suivante : « Hormis de rares exceptions, toutes les sourates du Coran s’ouvrent en invoquant la miséricorde divine : « Au nom de Dieu, celui qui fait la miséricorde, le Miséricordieux ». Or la miséricorde, si j’en crois mon dictionnaire Littré, renvoie à la pitié qu’on a : « Sentiment par lequel la misère d’autrui touche notre cœur », dit-il. Comment Dieu peut-il alors tant vouloir, et à longueur de page du livre saint, la mort des infidèles, le châtiment des incroyants, la mutilation des adversaires, la guerre et la vendetta, le trépas des apostats ? Les vertus de la miséricorde sont le pardon, l’indulgence, la douceur, la longanimité, la magnanimité, la bonté, la clémence, la tolérance, la compréhension ! Or on cherche en vain, chez ce Dieu miséricordieux, les moments où on le voit pratiquer ces vertus. »

Michel Onfray se contente donc de constater les multiples contradictions apparentes du Coran pour en tirer la conclusion erronée que, comme l’on trouve ce qu’on veut dans le Coran, le Coran peut être vu comme une source de paix ou de guerre selon ce qu’on vient y chercher, y « prélever » : « D’autres [sourates], moins nombreuses, mais elles existent aussi, invitent à l’amour, à la miséricorde, au refus de la contrainte. On peut se réclamer des unes ou des autres. On obtiendra dès lors deux façons d’être musulman. Deux façons contradictoires même. »

Ainsi, selon lui, tout le monde a raison : « La contradiction est dans le texte : ceux qui professent un islam des lumières ont raison, il se trouve dans le Coran ; mais ceux qui professent un islam belliciste et conquérant ont également raison, car il se trouve aussi dans le Coran. Tout est affaire de prélèvement. Quiconque voudra la paix a priori aura des sourates pour lui donner raison ; mais quiconque voudra la guerre a priori disposera aussi d’autres sourates qui lui donneront raison. (…) Non, je ne dis pas qu’il y a deux Coran mais, relisez-moi, que dans un même Coran, il existe des textes très hétérogènes dont les uns disent certaines choses et d’autres des choses contraires à ce qui a été dit quelques versets avant. Je vous renvoie à mes citations de sourates pacifiques et de sourates belliqueuses, de sourates tolérantes et de sourates intolérantes. Je vous donne les références des sourates et des versets. Que faites-vous de ces contradictions ? Et que faites-vous des sourates intolérantes et belliqueuses ? Prétendez-vous que je les ai inventées ? Qu’elles ont été mal traduites ? Voire, je connais l’argument, il m’a déjà été souvent servi, qu’elles ont été traduites et éditées, voire inventées, par des traducteurs et des éditeurs sionistes ? Je vous le redis, le Coran porte de quoi justifier le meilleur et le pire, lisez-le ou relisez-le attentivement. »

Ou encore « Tout musulman qui se contenterait d’honorer ces versets qui ouvrent le livre, sans aller plus loin que cette phrase qui dit de Dieu qu’il est miséricordieux, ne pourrait jamais toucher un seul cheveu de son prochain. En revanche, tout musulman qui irait chercher dans le texte de quoi justifier colère et vindicte, vengeance et châtiment, revanche et punition, y trouverait aussi de quoi justifier ses faits et gestes. Dès lors, c’est le prélèvement qui fait la différence : celui qui s’appuie sur les versets de paix et de tolérance ne vivra pas (et ne fera pas vivre…) le même islam que celui qui fondera son action sur les versets qui justifient le sang versé. C’est quand l’islam devient politique que le problème se pose : si un pays effectue les prélèvements dans l’islam de paix, il n’aura pas la même histoire que celui qui voudra l’islam de guerre. » Et « C’est tout le problème du prélèvement. Comme il existe dans le Coran une sourate qui dit une chose et une autre qui dit son contraire, on ne peut tenir ensemble, sauf sophistique dans l’esprit d’Averroès, des choses contradictoires ».

Cette conclusion est erronée pour trois raisons :

1) les deux versets mentionnés ci-dessus ne sont pas probants

D’une part, le verset « Nulle contrainte en religion » a été abrogé par l’ouverture de la phase du jihad contre les infidèles, qui n’a jamais été doctrinalement stoppée.

D’autre part, le verset « Celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes » est la simple reprise de la Tradition juive (tuer un homme c’est tuer sa descendance) dans le contexte biblique de l’assassinat d’Abel par Caïn dans la Torah (Genèse 4), premier meurtre de l’histoire du monde. Dans la Torah, Yahvé établit ensuite une protection à l’égard de Caïn afin qu’il ne soit pas puni par le reste de l’humanité (le premier venu) pour cette faute personnelle, ce qui était une façon de rompre le cycle de la violence personnelle déclenché par Caïn et sans doute aussi de dire à l’humanité qu’il ne fallait plus tuer.

Or il faut donner la version complète du verset 32 de la sourate 5 : « C’est pourquoi Nous avons prescrit aux enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque sauve un seul homme, c’est comme s’il avait sauvé tous les hommes. Nos messagers sont venus à eux avec les preuves mais, par la suite, beaucoup d’entre eux se mirent à commettre des excès sur la terre. », c’est-à-dire : « par la suite [c’est-à-dire après la révélation divine], les hommes se sont [re]mis à commettre des excès sur la terre », le verset constate que les hommes n’ont pas respecté le commandement de Yahvé. C’est la raison pour laquelle la patience de Dieu semble avoir atteint ses limites, ce qui se traduit dans les versets suivants au temps de Mahomet :

Sourate 5, versets 33 & 34 : « La rétribution de ceux qui font la guerre contre Allah et son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas ; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment, excepté ceux qui se sont repentis avant de tomber en votre pouvoir. Sachez qu’alors, Allah pardonne et est miséricordieux. »

Quel amour et quelle miséricorde y a-t-il dans ce verset ?

2) Dire du Coran qu’il dit tout et son contraire revient à en anéantir l’intérêt et la valeur

Un texte qui dirait tout et son contraire n’a aucune valeur. Il est donc étonnant que Michel Onfray s’en tienne à l’absurdité de ce constat sans chercher à la dépasser : « Mais au nom de quoi pouvez-vous, vous, simple créature humaine, décider de ce qui, dans un livre dicté par Dieu au Prophète, doit être conservé et doit être rejeté ? Pensez-vous que les hommes peuvent prélever dans un texte dicté par Dieu ce qui les arrange et écartez ce qui les gêne ? Car que ferez-vous de celui qui vous dira que les sourates homophobes le gênent et qu’il faut défendre les droits des homosexuels malgré la sourate qui les condamne ? Et de celui qui vous dira que les sourates antisémites sont à écarter ? De même que les sourates misogynes ? Le Coran n’est pas un supermarché dans lequel on prélève ce qui nous arrange. (…) Je vous rappelle cette sourate : « Voici le livre, il ne renferme aucun doute » (II). »

3) La cohérence du Coran est facilement restaurée par la prise en compte de la nature fondamentalement politique de l’idéologie de Mahomet et du principe de l’abrogation

Michel Onfray n’ignore pas l’existence de versets abrogés et abrogeants mais ne s’y réfère pas dans son dernier ouvrage. Il les dédaigne dans son « Traité d’athéologie » en les qualifiant de « finasserie ». Pourtant, le principe de l’abrogation est clairement exprimé dans le Coran et a toute son importance :

Sourate 2, verset 106. Si Nous abrogeons un verset ou que Nous le faisons oublier, Nous le remplaçons par un autre, meilleur ou semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah peut tout ?

Sourate 13, verset 39. Allah efface ou confirme ce qu’Il veut. L’Écriture primordiale est auprès de Lui.

Sourate 16, verset 101. Quand Nous remplaçons un verset par un autre – et Allah sait ce qu’Il révèle – ils disent : « Tu n’es qu’un faussaire ». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas.

Comment en effet comprendre le passage d’une prédication pacifique (pour simplifier à La Mecque) mais infructueuse à une prédication guerrière et violente (pour simplifier à Médine) ? Il suffit de lire la biographie de Mahomet pour prendre conscience que la seconde a tout simplement abrogé la première, Mahomet ayant changé de discours politique en raison des échecs qu’il rencontrait. Il n’y a donc pas de contradiction dans le message coranique final qui est à retenir et qui est chronologiquement le dernier (Médine) et le plus intolérant.

En revanche, la cécité de Michel Onfray sur cette question est assez inexplicable.

  • Conclusion

Alain Juppé et Michel Onfray arrivent donc à la même conclusion, « qu’il peut exister un islam compatible avec les valeurs françaises », par deux voies très différentes mais tout aussi hasardeuses. En réalité, l’islam de France « modéré » ne parvient, tant bien que mal, et avec de plus en plus de mal d’ailleurs, à respecter les valeurs françaises que parce qu’il n’applique pas et ne copie pas l’islam pratiqué par le Prophète qui est pourtant le modèle à suivre ; c’est donc en quelque sorte un islam d’apostats comme le fait remarquer l’État Islamique.

Ce vernis de pratique religieuse fait ainsi croire à la population française par ignorance que le vrai islam est cet islam qui a abandonné le modèle prophétique, modèle beaucoup plus rigoureux et auquel reviennent en réalité tous les fondamentalistes lorsqu’ils se penchent sérieusement sur leurs textes sacrés. L’islam de Mahomet est d’ailleurs l’islam pratiqué (hors la question du jihad) par la plupart des pays du Golfe : inégalité homme-femme, polygamie, absence de laïcité, inégalité des droits des musulmans et non-musulmans, châtiment corporels, etc.

Une réflexion sur « L’islam de Michel Onfray et d’Alain Juppé : même combat ? »

  1. Mr Juppe.
    La France vie une mutation culturelle spirituelle compliquee.
    Toutefois elle se doit de preserver son lien spirituelle historique qui en fait la 4me puissance economique mondiale.
    La France ne doit pas se laisser intimider par les « mises en gardes »Islamiques de tout bord.
    Redonnont si vous le voulez bien son autonomie a la liberte en France.

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