Michel Onfray dénonce la taqiya de Malek Chebel

Dans son dernier ouvrage « Penser l’islam » publié en mars 2016 chez Grasset, Michel Onfray donne un exemple de la taqiya (dissimulation) musulmane dans une situation bien connue relative à la traduction des textes sacrés musulmans. En effet, ceux-ci contiennent de nombreux passages problématiques au regard des valeurs humaines occidentales, et la tentation est grande vis-à-vis des non arabisants occidentaux de nier ou d’atténuer la violence de certains textes au travers de la remise en cause de la validité de la traduction (il est exceptionnel d’avoir la « bonne traduction »…).

  • Un rappel du contenu des textes sacrés musulmans

Si on peut discuter vigoureusement certaines thèses de Michel Onfray, force est de constater qu’il est un des rares intellectuels français à avoir fait un véritable effort de lecture des textes sacrés musulmans. Pour ce qui concerne les innombrables racines de la violence en islam ou de l’incompatibilité entre les valeurs musulmanes et les valeurs occidentales, Michel Onfray fait un rappel simple de certains textes musulmans :

« Pour éviter que vous me disiez que le Coran n’interdit rien de tout cela, je vous rappelle les sourates en questions. Sur les incrédules : « Exterminez les incrédules jusqu’au dernier » (VIII) ; « Frappez sur leurs cous ; frappez-les tous aux jointures » (VIII.12) ; « Ce n’est pas vous qui les avez tués, mais Dieu les a tués » (VIII.17) ; « Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition » (VIII.39). Sur l’antisémitisme : les juifs « s’efforcent à corrompre la terre » (V.64) ; C’est « un peuple criminel » (VII.133) ; « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le » (Al-Sîra, II.58-60) ; « Que Dieu les anéantisse » (IX.30)… Sur les polythéistes : « Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez » (XVII.58). Sur la justification de la torture par le carcan : « Nous mettrons des carcans à leurs cous, jusqu’à leurs mentons ; leurs têtes seront maintenues droites et immobiles. Nous placerons une barrière devant eux et une barrière derrière eux. Nous les envelopperons de toutes parts pour qu’ils ne voient rien » (XXXVI) ; par la noyade : « Nous avons noyé les autres » (XXXVII.82) ; par la mutilation : « Nous lui ferons une marque sur le museau », autrement dit : nous lui couperons le nez (LXVIII.15) ; par l’égorgement : invitation à « trancher l’aorte » (LXIX) ; par la crucifixion : « Ils seront tués ou crucifiés » (V.33). « Goûtez donc mon châtiment » (LIV) comme il est si souvent écrit… Sur la misogynie : « Les femmes ont des droits équivalant à leurs obligations, et conformément à l’usage. Les hommes ont cependant une prééminence sur elles – Dieu est puissant et juste » (sic !) (II.228) ; « Les hommes ont autorité sur les femmes, en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles » (IV.34) ; (…) ; « Eh quoi ! Cet être qui grandit parmi les colifichets et qui discute sans raison » (« L’ornement », XLIII) ; « Admonestez celles dont vous craignez l’infidélité ; reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les » (IV.34) ; « Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leur voile sur leur poitrine, de ne montrer leurs atours qu’à leur époux, ou à leur père » (XXXIV.31) ; sur le congédiement : une sourate entière (« La répudiation », LXV) ; sur la polygamie, voir la totalité de la sourate « Les femmes » (IV) ; « Quant à vos enfants, Dieu vous ordonne d’attribuer au garçon une part égale à celle de deux filles » (IV.11)… Sur l’arrangement du mariage, la famille décide pour elle (IV.25). Sur l’homophobie : l’homosexuel est la figure de « l’abomination » (VII.81).

Oui ou non, ces sourates se trouvent-elles dans le Coran ? Si oui, que faut-il en faire ? Sinon, comment expliquez-vous qu’on les trouve dans toutes les traductions et toutes les éditions françaises de ce livre ? De la propagande sioniste ? Des inventions de mécréants, de chrétiens et de juifs, d’infidèles et d’athées pour nuire à l’islam ? Ou des textes, dont pour débattre sérieusement, il nous faudrait d’abord convenir qu’ils existent véritablement afin de penser ensuite ce qu’il faut conclure quand on dit qu’il s’agit d’une parole dictée directement par Dieu à son Prophète ? Est-ce islamophobe que de dire ce qu’on trouve dans le Coran quand on le lit ? »

On peut certes contester dans cette liste tel ou tel point ou traduction pour tenter d’atténuer l’incompatibilité de nombreuses valeurs musulmanes avec les valeurs occidentales, mais l’accumulation des versets et des sourates problématiques rend cette démarche très délicate.

  • Un exemple d’atténuation volontaire et donc coupable

Pour illustrer la technique utilisée par certains islamologues pour tenter d’atténuer le conflit de valeurs islam/Occident, Michel Onfray cite un exemple précis concernant Malek Chebel, musulman « modéré » intéressé à la conciliation avec le monde occidental, et prêt semble-t-il à « tordre » les textes. Je laisse le lecteur lire cette analyse et se faire sa propre opinion sur la validité de cette analyse dans le cas d’espèce :

« Le contextualiste ne lit pas ce qui est écrit et veut même parfois voir le contraire de ce qui est écrit. Quand Malek Chebel, partisan d’un islam des lumières, traduit le Coran, il lui fait parfois dire le contraire de ce qu’il dit afin de supprimer tout ce qui montre que certains textes sont incompatibles avec la modernité démocratique. Ainsi, quand le texte dit (VIII) : « Alors que Dieu voulait manifester la vérité par ses paroles et exterminer les incrédules jusqu’au dernier » (traduction de Jean Grosjean), ou bien : « Le Seigneur cependant a voulu prouver la vérité de ses paroles et exterminer jusqu’au dernier des infidèles » (traduction de Kasimirski), ou bien : « Le Seigneur cependant a voulu prouver la vérité de Ses paroles, et exterminer jusqu’au dernier des infidèles » (traduction de Hadj Noureddine Ben Mahmoud), ou bien : « Allah voulait réaliser la vérité, par Son arrêt et exterminer jusqu’au dernier des infidèles » (traduction de Régis Blachère), Malek Chebel dit : « Allah a voulu que la vérité triomphe en imposant Son verbe et en éradiquant les mécréants. » Exterminer n’est pas éradiquer – d’ailleurs qu’est-ce qu’éradiquer un homme ? En revanche, chacun comprendra ce qu’est l’exterminer… »

4 réflexions au sujet de « Michel Onfray dénonce la taqiya de Malek Chebel »

  1. Il faut savoir que le texte original du Coran a été écrit sans signes diacritiques. Ce qui signifie que selon que l’on met un point ici ou là, le mot change de signification. D’autre part, j’aimerais que M. Onfray réponde enfin à une question que je ne cesse de lui poser et qu’il esquive sans cesse : comment peut-il affirmer qu’il n’y a pas d’arrière-mondes ? Qu’en sait-il ? Même la science nous amène à penser qu’il existe des multivers, que chaque trou noir peut abriter un autre univers que le nôtre et que selon les estimations, seulement 30 à 40% de l’univers nous sont connus, le reste étant composé de matière et d’énergie noire dont nous ne savons rien.

    1. Vous avez raison mais, à ma connaissance, la question des signes diacritiques a été réglée dans l’édition du Coran dite de « Boulaq », version stabilisée, prenant en compte notamment la tradition orale. L’important est surtout de savoir sur quelle version du Coran s’accordent les musulmans aujourd’hui (sachant que, de toute façon, il y a eu plusieurs versions pendant plusieurs siècles après la mort de Mahomet). Quant à votre question sur les arrières-mondes, je m’avoue incompétent et Michel Onfray n’est pas un scientifique. Cela étant, je remarque que rien ne nous dit que notre petite raison soit le bon outil pour saisir l’essence du monde. Nous ne sommes même pas capables de résoudre mathématiquement la plupart des équations différentielles, même des très simples. Beaucoup de ces discussions sur l’univers ne sont que des supputations ; nous ne serons jamais Dieu (pour autant qu’il existe).

      1. Et si les auteurs de l’édition de Boulaq s’étaient trompés ?
        Pour le nouveau testament, il y a la version des Septentes, qui diffère des autres versions (Vulgate, etc.). Ce qui est clair, c’est qu’il est difficile de s’y retrouver dans le Coran, car pour chaque sourate qui dit une chose, il y en a une qui dit le contraire. On voit par là que le Coran n’a pas été écrit en un bloc, mais au cours du temps.
        Votre remarque sur notre incapacité à « saisir l’essence du monde » me semble intéressante. Malheureusement, mis à part les croyances, la raison est notre seul outil. Mais nous faisons d’énormes progrès. Nous connaissons l’âge de l’univers (il n’a pas été créé en six jours) soit environ quatorze milliards sept cents millions d’années.
        Par ailleurs, la physique quantique fait des bonds de géant. Mais je pense que comme l’a dit J. Rostand, « la science expliquera tout ; et nous n’en serons pas plus éclairés. Elle fera de nous des dieux ahuris ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 × quatre =

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.