Pourquoi les islamologues occidentaux préfèrent-ils discourir sur l’islam plutôt que citer les textes sacrés musulmans ?

  • Lire le Coran : un texte bien peu dans l’« esprit classique » français

La lecture du Coran soulève pour tout simple lecteur bien intentionné de nombreuses difficultés : absence d’ordre et de logique générale (fil directeur) des versets rassemblés dans des sourates classées grosso modo par ordre de longueur, éparpillement des sujets entre les sourates, existence de versets obscurs (dont la possibilité d’existence est reconnue par le Coran lui-même), nombreuses répétitions, reprise avec transformation – voire déformation – de passages de la Bible, etc.

Bref, le Coran ne ressemble guère à un texte dont le contenu et la forme correspondraient au canon du classicisme littéraire français qu’on nous enseigne à l’école, magnifié par Boileau dans son Art poétique : « Il est certains esprits dont les sombres pensées sont d’un nuage épais toujours embarrassées ; le jour de la raison ne le saurait percer. Avant donc que d’écrire apprenez à penser. Selon que notre idée est plus ou moins obscure, l’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. »

  • L’abrogation

En outre, le texte est lui-même contradictoire en plusieurs points, et notamment en ce qui concerne la question fondamentale du rapport des musulmans aux non-musulmans, avec notamment la transition chronologique bien connue d’une phase de relative tolérance des autres croyances vers une phase de jihad, combat dans le chemin d’Allah, combat destiné à imposer par les armes la religion musulmane aux non-musulmans.

Ces contradictions claires qui correspondent à des revirements dans le message coranique s’expliquent tout à fait naturellement, le recours au divin étant au demeurant tout à fait inutile, par les changements de la stratégie politique de Mahomet dans sa conquête du pouvoir (ce qui ne l’empêchait pas par ailleurs de penser qu’il était « inspiré », au point d’ailleurs que ses contemporains Quraychites pensaient qu’il était possédé par les djinns). La lecture de sa biographie originale (Sîra d’Ibn Hîcham du IXème siècle) ne laisse guère de doute sur le sujet (cf. la multitude de batailles commandées ou commanditées par Mahomet et dont la liste est précisément fournie par la Sîra).

  • Transformer le sens du message coranique par la « contextualisation » et l’« interprétation »

Si le principe de l’abrogation rend de facto la doctrine musulmane beaucoup plus claire, logique et cohérente, celle-ci devient du même coup inacceptable pour les sociétés occidentales puisque les valeurs de l’islam finalement prônées par Mahomet dans la deuxième partie de sa prédication, et qui abrogent autant que nécessaire son discours précédent, sont à l’opposé des valeurs occidentales : inégalité de l’homme et de la femme, polygamie, statut social de la femme, inégalité des musulmans et des non-musulmans, jihad (combat armé), non-respect de la laïcité et application de la loi religieuse (chari’a), châtiments corporels, etc.

Les islamologues musulmans occidentaux, dont l’objectif est l’implantation durable de l’islam en Occident, – voire son « institutionnalisation » selon les propres termes de Tariq Ramadan –, ont donc une fâcheuse tendance à dénaturer le sens de la démarche politique en réalité très simple de Mahomet pour la faire paraître comme inoffensive et sans conséquence pour l’Occident d’aujourd’hui, au grand dam des imams des pays musulmans orthodoxes, en particulier au Moyen-Orient.

Aussi procèdent-ils de façon à « contextualiser » et « interpréter » tout ce qui peut être reproché à l’islam par l’Occident, c’est-à-dire à essayer de démontrer que tout ceci n’est que le fruit d’un contexte historique lié à une période ancienne et que tout ce qui a pu se passer ne doit pas être considéré comme intégralement applicable aujourd’hui car il faut interpréter en fonction de nouvelles circonstances.

Tout cela me semble aboutir à deux impasses :

1) La négation du caractère agressif de l’islam de Mahomet

La simple lecture de la biographie de Mahomet écrite et reconnue par les musulmans eux-mêmes comme authentique (la Sîra) ne laisse absolument aucun doute sur le caractère offensif du jihad déclenché par Mahomet. Encore une fois : LISEZ LA BIOGRAPHIE DE MAHOMET !

Pourtant, bon nombre d’islamologues n’ont de cesse de prétendre que Mahomet n’a fait que se défendre et que tout cela n’était que de la légitime défense : toute une mythologie a été construite autour de cet argumentaire, dont on voit mal d’ailleurs comment elle peut expliquer la fulgurante conquête par les armées musulmanes de tout le pourtour de la Méditerranée en un siècle et demi. En outre, si Mahomet avait été porteur d’un véritable message de paix et d’amour, on peut remarquer qu’il avait déjà des modèles immenses avant lui dont il aurait pu s’inspirer : Bouddha et Jésus-Christ.

Cette mythologie de la légitime défense trouve son expression initiale dans les « persécutions » dont auraient été victimes Mahomet et ses partisans : le lecteur peut consulter les articles déjà consacrés à cette question sur ce site, fondés uniquement sur la simple lecture de la biographie de Mahomet (cf. Persécutions).

Sans s’étendre sur cette question, il est intéressant de mentionner la synthèse faite dans le livre « Dictionnaire du Coran » (Éditions « Bouquins » chez Robert Laffont), livre rédigé sous l’égide de Mohammad Ali Amir-Moezzi, et présenté par l’émission « Islam » diffusée sur France 2 le dimanche 1er mai 2016 comme « un ouvrage faisant autorité » :

Dictionnaire du Coran

France 2 Islam 160501 Dictionnaire du Coran

Cette synthèse est en effet fidèle à ce qu’on peut lire dans la Sîra, reflétant beaucoup moins de prétendues horribles « persécutions » (dont l’ampleur et la violence supposées semblent sans rapport avec les pressions psychologiques et physiques décrites dans la Sîra, les musulmans n’ayant d’ailleurs pas été chassés de La Mecque mais ayant décidé de la quitter pour s’installer à Yathrib) que la nature fondamentalement « politique » de la démarche de Mahomet (la religion étant un « prétexte ») :

« Il semble que la mention des divinités du polythéisme arabe soit l’une des principales raisons de l’opposition des Arabes à la prédication de Mahomet. C’est du moins ce que nous confirment certaines sources, notamment le témoignage de Hishâm Ibn Urwa, qui cite la lettre écrite par son père Urwa Ibn al-Zubayr à l’attention du calife omeyyade Abd-al-Malik Ibn Marwân, et transmise par Tabarî, historien du XIIème siècle, dans ses Annales. D’après cette lettre, l’opposition des Quraychites se manifesta à cause de l’évocation des idoles par Mahomet. Ce sont les Quraychites de la ville de Tâ’if qui exprimèrent, en premier, leur hostilité au message du Prophète et incitèrent la population à le rejeter à son tour. Suite à cette hostilité, certaines chercheurs évoquent une tentative faite par Mahomet de regagner la confiance des notables de sa tribu en accordant une place à leurs divinités ; c’est l’épisode des versets dits sataniques que, selon la Tradition, Satan aurait mis dans la bouche de Mahomet comme signe d’acceptation de ces divinités préislamiques. Rien ne nous permet de dire si l’épisode des versets sataniques a une réalité historique, car les sources qui l’évoquent sont plutôt tardives. S’il y eut tentative de rapprochement, elle n’a pas abouti, puisque le Coran, notamment dans la sourate 109 où Mahomet répond aux polythéistes en opposant radicalement sa foi à la leur, refuse catégoriquement tout compromis. Un autre thème opposait Mahomet aux notables de sa tribu : la doctrine de la résurrection, absente dans le polythéisme arabe, et à laquelle le Coran fait référence, en soulignant que pour les incrédules elle n’est que de la pure magie (sourate 37, versets 14 à 17). (…) Quoi qu’il en soit, l’aggravation de la situation des musulmans modestes, due à l’impossibilité d’un compromis, poussa le Prophète à leur demander de partir en Abyssinie (Éthiopie), où le roi chrétien Najâshi (ou Négus) les accueillit très favorablement, tandis que Mahomet lui-même et ceux qui étaient protégés, grâce à leur rang social et à leurs clans, demeurèrent à La Mecque. Ce fut la première émigration. En 619, deux événements majeurs changèrent la situation de Mahomet à La Mecque : la mort d’Abû Tâlib, son oncle et chef du clan de Hâshim, puis celle de Khadîja, sa femme fortunée, qui le soutenait sur tous les plans. Le remplacement d’Abû Tâlib par son frère Abû Lahab rendit la situation encore plus difficile, ce dernier se montrant radicalement opposé aux activités religieuses de Mahomet. C’est dans ce contexte que Mahomet se rendit à Ta’îf en espérant y trouver un soutien, mais il se heurta au refus radical de la population. Entre 620 et 622, Mahomet rencontra, durant la période du pèlerinage et à trois reprises, les gens de deux tribus rivales de la ville de Yathrib (la future Medina), les Aws et les Khazraj, qui acceptèrent sa religion et l’invitèrent à s’installer dans leur ville afin d’y rétablir la paix. Les musulmans quittèrent La Mecque et la fin de l’été 622 par petits groupes, sauf deux personnes qui y restèrent à la demande de Mahomet : Abû Bakr, qui fit ultérieurement le voyage avec lui, et Alî, son cousin, qui partit le dernier. »

2) La négation du caractère intemporel du message de Mahomet

Au-delà même de la question de la légitime défense, qui est loin de tahrir toutes les sources de conflits de valeurs entre l’islam et l’Occident, les érudits musulmans vivant en Occident essaient de neutraliser ces oppositions culturelles radicales par toutes sortes de raisonnements sophistiqués et de dialectiques aboutissant in fine à transformer le message originel et le type de société prôné par Mahomet, ce qui revient à dénaturer le message prophétique et à en nier le caractère intemporel.

Marie-Thérèse Urvoy fait ainsi remarquer que « le trait principal de l’« islam des lumières » consiste en un usage intensif du vocabulaire et des thèmes des disciplines modernes (sémantique, sémiotique, herméneutique,…) pour parler de l’islam. On transformera ainsi la discipline traditionnelle des « circonstances de la révélation » (« asbâb al-nuzûl ») en « contextualisation ». On garde le fond ancien, mais dans une forme moderne, susceptible d’être entendue par l’Occidental et de le séduire puisque issue de son mode d’expression. Ce qui a en outre l’avantage de suggérer que les disciplines islamiques traditionnelles étaient, en fin de compte, très en avance sur notre temps et que le monde moderne n’a rien à leur apporter. » Dans ce type de discours intellectualisant et pervers, le maître est sans conteste Tariq Ramadan.

Les exemples sont multiples. N’en citons que trois, qui paraissent tout à fait flagrants et probants (outre la question du jihad…) :

–  Comment prétendre à l’égalité homme-femme alors que le Coran stipule précisément le contraire (prééminence de l’homme sur la femme, possibilité pour le mari de battre ses femmes lorsqu’il craint leur désobéissance, polygamie,..) ?

–  Comment prétendre à l’égalité humaine universelle alors que le Coran stipule précisément le contraire puisque la communauté musulmane est « la meilleure communauté » issue des hommes et que dans aucun pays musulman l’égalité des droits des musulmans et des non-musulmans n’est respectée ?

–  Comment prétendre que la liberté de conscience et la liberté religieuse existe en islam alors que l’apostasie est interdite et sévèrement condamnée – y compris en France par le C.F.C.M. – (ou encore que le mariage des musulmanes avec des non-musulmans est interdit, ce qui pose un sérieux problème puisque le mariage civil n’existe pas en terre d’islam) ?

  • Le projet musulman de Mahomet pour le monde

En réalité, le message de Mahomet n’a en soi rien de choquant : il s’agit en effet d’une simple théocratie dictatoriale qui ne laisse place à rien d’autre et qui assume totalement sa vocation expansionniste et eschatologique (puisqu’il s’agit de l’ultime message envoyé par Dieu). Mais au lieu de le reconnaître (comme le reconnaissent sans complexe les musulmans orthodoxes des pays du Golfe), les musulmans occidentaux se réfugient pour la plupart dans le déni ou le mensonge pour tenter de dissimuler (par la taqiya) à leurs pays d’accueil la nature véritable de l’islam de Mahomet, et donc du modèle qu’ils se donnent en principe eux-mêmes à suivre. Ceci aboutit nécessairement à leur propre apostasie puisque cela remet en cause le caractère intemporel et universel du message de Mahomet, ce que leur reproche avec logique l’État Islamique (le C.F.C.M. étant encore jusqu’à aujourd’hui incapable de lui répondre).

L’islam semble d’ailleurs la seule religion à remettre ainsi en cause le caractère intemporel et universel de son message contrairement notamment au bouddhisme et au christianisme, où l’« interprétation » touche la signification précise de certains concepts mais sans que cela conduise à remettre quoi que ce soit en cause quant à l’applicabilité immédiate et à l’intemporalité du message délivré (même si celui-ci peut résulter d’une « histoire » comme dans le christianisme avec sa filiation juive). Ainsi, tout bon chrétien devrait s’efforcer de se conformer aux Évangiles sans tergiverser, de même que tout bon musulman doit suivre en tout l’exemple de Mahomet.

D’ailleurs, la démarche musulmane orthodoxe, souvent qualifiée péjorativement de « salafiste » ou « islamiste », manifeste une cohérence beaucoup plus honnête et plus respectable au regard de la doctrine du Prophète que les basses manœuvres idéologiques de certains islamologues occidentaux. Convaincu d’avoir raison, comme toute religion, l’islam orthodoxe en effet va jusqu’au bout de son propos doctrinal et de son modèle de société en les assumant pleinement. Sous beaucoup d’aspects, la diversité des sociétés musulmanes évoquée pour prouver la complexité de l’islam et dénigrer les « interprétations » (littérales) trop simples ne semble que refléter la diversité des déviances au regard de l’islam prôné par Mahomet.

On peut remarquer à cet égard qu’il n’en va guère de même des chrétiens catholiques qui, par la voix de leurs papes (à l’exception de Benoît XVI), ont depuis longtemps abandonné l’affirmation de la valeur inestimable de leur religion au bénéfice du souci obsessionnel de n’entretenir avec l’islam (mais aussi avec le judaïsme) qu’un rapport « apaisé », ce qui les conduit nécessairement à la soumission et à l’abandon du caractère fondamentalement apostolique du christianisme. L’Église catholique semble avoir honte de son christianisme et a versé dans un œcuménisme béat qui la rapproche de l’indifférentisme et du modernisme – dénoncés pourtant par Pie XI dans l’encyclique « Mortalium animos » (§ 17) – « dont les malheureuses victimes soutiennent que la vérité des dogmes n’est pas absolue mais relative, c’est-à-dire qu’elle s’adapte aux besoins changeants des époques et des lieux et aux diverses tendances des esprits, puisqu’elle n’est pas contenue dans une révélation immuable, mais qu’elle est de nature à s’accommoder à la vie des hommes ». Dans ce contexte, au lieu d’être combattu par les chrétiens comme une profonde erreur, l’islam est reconnu et accepté comme une voie comme une autre (ou presque) d’accès à Dieu.

  • Conclusion : il faut refuser résolument toute discussion sur l’islam qui ne soit pas fondée sur les textes musulmans originaux, et il convient d’ailleurs de les faire connaître au plus grand nombre possible parmi les non-musulmans (voire les musulmans eux-mêmes…)

Pour éviter de tomber de Charybde (la contextualisation) en Scylla (l’interprétation) dans tout débat sur l’islam, ce qui aboutit inévitablement à la plus grande confusion, une seule recommandation : LISEZ LES TEXTES MUSULMANS (Coran, hadiths, Sîra) ! C’est le seul moyen de se sortir du guêpier où entraînent à coup sûr les joutes des intellectuels (islamologues, philosophes, sociologues, etc.) dont l’existence universitaire et médiatique ne semble devoir son salut qu’à leur refus obstiné de la simplicité et à la production d’une complexité imaginaire qu’ils créent et qu’ils prétendent être les seuls à pouvoir démêler, justifiant ainsi leur gagne-pain. Tous les débats d’« érudits » auto-proclamés éloignent ainsi souvent sans retour des rivages du bon sens.

Le domaine religieux, comme le domaine philosophique, est en effet souvent infesté par des esprits supérieurs et donneurs de leçons qui considèrent avec condescendance les réflexions nées hors de ces cercles de cooptation de l’intelligentsia, car le peuple raisonne nécessairement mal. Aussi la lecture des textes musulmans originaux est un outil précieux pour faire tomber les masques, et les voiles.

Si la France choisit de devenir petit à petit un pays majoritairement musulman, pourquoi pas. Mais assurons-nous que la population française est parfaitement éclairée pour en décider, en ayant une vision précise et lucide de la nature réelle de l’islam et du projet de société auquel il correspond. Commençons donc par expliquer l’islam sans tabou, partout où c’est possible, et sans oublier de citer les textes sacrés musulmans eux-mêmes : nous verrons alors si la France souhaite devenir musulmane.