Pourquoi l’État Islamique exhorte les musulmans à étudier et à apprendre leur propre religion

  • La doctrine musulmane : le sujet dont on ne peut pas parler en France

Toute personne qui fréquente un tant soit peu les cercles culturels parisiens abritant des débats ou conférences portant sur l’islam (Institut du Monde Arabe, LICRA, Collège des Bernardins,…) constate de façon évidente que ces débats ou conférences portent toujours sur des questions sociales, économiques, psychologiques, géopolitiques, etc. en écartant systématiquement toute analyse documentée de la doctrine musulmane, fondée sur les textes religieux musulmans authentiques. J’invite d’ailleurs les lecteurs de cet article à réagir si d’aventure ils avaient connaissance de lieux en France où se tiennent des débats réellement contradictoires sur la doctrine religieuse musulmane et où on donne réellement la parole au public. Je m’y rendrais avec beaucoup d’intérêt.

Souvenons-nous des discours lénifiants qui ont suivi les attentats de janvier et novembre 2015 et qu’on peut résumer par « l’islam, ce n’est pas cela ! » : au-delà des incantations, a-t-on pu lire quelque part des analyses documentées avec des références précises aux textes musulmans expliquant en quoi la doctrine de l’islam est contraire à ces actes ? Je ne crois pas. Aucun argumentaire sérieux n’a été présenté. Et il faut que rappeler que le trop fameux « Nulle contrainte en religion ! », exhibé à tout propos, est un verset déjà obscur par lui-même au regard de la liberté religieuse puisque Mahomet a puni de mort les apostats, sans compter qu’il fait en réalité tout simplement partie des versets abrogés par la doctrine du jihad, combat armé dans la voie d’Allah, ce que l’on ne précise jamais dans les médias, mais ce que tous les imams pourtant savent.

Pourquoi ce mensonge systématique ? Parce que, en dépit de ce que veulent faire accroire beaucoup de « spécialistes », il est facile de constater que les textes musulmans originels authentiques sont simples et clairs sur le projet de société de l’islam pour le monde. Tout le discours consistant à « noyer le poisson » au travers des notions de « contextualisation » et d’« interprétation » est destiné à perdre dans une complexité inutile et trompeuse un public occidental qui n’a, à 99%, jamais pris la peine d’ouvrir un Coran et de le lire, mais ne manque cependant pas d’avoir une opinion sur le sujet…

  • L’appel des fondamentalistes à étudier les textes musulmans originels

La clarté du message coranique est précisément ce qui explique l’appel insistant et constant des fondamentalistes (aujourd’hui l’État Islamique, demain d’autres, raison pour laquelle cette question est récurrente) visant à inciter les musulmans, en particulier en Occident, à étudier et apprendre leur religion : requête qu’il est difficile de rejeter, même si elle vient de l’État Islamique ! Hormis ceux vivant dans certains quartiers (ex. Molenbeek à Bruxelles, Saint-Denis à côté de Paris – le Molenbeek français où la police de notre gouvernement est absolument incapable de faire respecter la loi d’interdiction du port de la burqa et, ce qui est sans doute beaucoup plus grave, en partie peut-être parce qu’il ne le veut pas –), les musulmans occidentaux ne sont en réalité pas de bons musulmans mais des apostats puisqu’ils n’appliquent pas l’islam que pratiquait le Prophète Mahomet et qui est – ils le répètent assez – leur modèle : je vous invite instamment à lire la biographie originelle de Mahomet (Ibn Hîcham) pour le constater par vous-même.

Le premier signe d’apostasie est d’ailleurs d’abandonner la conception communautariste de la société voulue par l’islam en acceptant la vie au sein des mécréants, voire en se liant d’amitié avec eux, ce que le Coran leur interdit formellement. Malek Chebel écrit d’ailleurs justement, dans l’Article « Amitié avec les incrédules » de son « Dictionnaire encyclopédique du Coran » : « Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

Cet appel à l’étude de la doctrine de l’islam s’explique assez naturellement par la très faible connaissance par le commun des musulmans de leurs propres textes : il suffit de les interroger au hasard sur les versets du Coran, les hadiths ou la vie de Mahomet pour le constater. Beaucoup de musulmans en Occident ne dépassent guère le vernis culturel de leur milieu d’origine où les leçons de leur référents spirituels : d’où la diversité des prétendues « interprétations » du Coran en fonction de l’imam de référence.

Ainsi, l’État Islamique pousse les musulmans à étudier pour repousser l’ignorance, reconnue d’ailleurs comme un des fléaux de l’islam par beaucoup d’islamologues occidentaux (constat également fait par les musulmans eux-mêmes le dimanche matin sur France 2 dans l’émission « Islam »). L’État Islamique exhorte ainsi : « Apprenez votre religion ! Apprenez votre religion ! Lisez le Coran, méditez-le et mettez-le en application », message difficilement contestable pour quelque musulman que ce soit.

C’est précisément ce décalage entre l’islam authentique et la version dénaturée pratiquée les musulmans en Occident que les occidentaux n’appréhendent pas, ce qui les conduit à une incompréhension manifeste de la nature profonde de l’islam et à une vision naïve et bien-pensante de la relation entre musulmans et non-musulmans, alors même qu’ils sont informés de ce qui se passe dans les pays musulmans ou qu’ils sont alertés par les chrétiens d’Orient, surtout quand un retour à la source originelle de cette religion se fait jour.

Souvenons-nous d’ailleurs que lorsque Benoît XVI a eu le courage de protester après l’attentat qui coûta la vie à 21 chrétiens égyptiens le 1er janvier 2011 devant une église copte en dénonçant une « stratégie de violence », le grand imam Ahmed al-Tayeb de l’université Al-Azhar du Caire qualifia ces propos d’« ingérence inacceptable » et suspendit les relations de l’université avec la papauté (comme cela était déjà arrivé après « l’affaire » du discours de Ratisbonne).

Cet aveuglement occidental explique tout le tohu-bohu médiatique et philosophique actuel qui obstrue les ondes de radio et de télévision, entretenu par des intellectuels occidentaux qui, ayant rarement pris la peine de lire les textes musulmans, se trouvent – à l’instar du gouvernement – totalement désemparés face au phénomène dit de « radicalisation », terme dont la définition précise accapare déjà l’essentiel de leur temps.

Or le constat est simple et la racine du problème est doctrinale : tout musulman qui lit simplement mais avec attention le Coran, les hadiths et la vie de Mahomet n’a a priori d’autre choix doctrinal que de se « radicaliser », c’est-à-dire de revenir à l’islam originel, celui du modèle Mahomet, en demandant l’application de le chari’a, sauf à renier les valeurs de l’islam du Prophète et donc à apostasier, ce qui est interdit sous peine de mort en terre d’islam.

Il faut quand même rappeler à cet égard que le Conseil Français du Culte Musulman refuse encore aujourd’hui aux musulmans le droit d’apostasier : déplorer l’apostasie est une chose (ce qui est le fait de toute religion), considérer que ce n’est pas un droit en est une autre (sans même parler de la punition). Pour dire les choses autrement : le C.F.C.M. n’accorde pas aux musulmans français aujourd’hui la liberté de conscience ni la liberté religieuse. On comprend ainsi mieux dans ce contexte que des intellectuels musulmans plus ouverts aient pu organiser à l’Institut du Monde Arabe en novembre 2015 une conférence dont le thème surprenant mais courageux était : « Quelle place dans la religion musulmane pour une véritable liberté personnelle, de conscience et de choix ? »

IMA

  • Revenir aux textes musulmans originels

Sans l’existence de ce fondement doctrinal incontestable, violent et guerrier, issu en droite ligne des textes musulmans originels (que l’État Islamique n’a par conséquent aucune difficulté à citer), les conditions sociales, psychologiques, économiques, etc. ne trouveraient pas de terrain favorable au déclenchement de la radicalisation violente de certains individus, l’islam étant la seule religion, du fait de sa doctrine même, concernée par cette question. En effet, voit-on des personnes connaissant de grandes difficultés économiques ou sociales décider un jour d’abattre des gens dans la rue au nom du judaïsme, du christianisme ou du bouddhisme ?

La lecture de la propagande contenue dans les revues publiées par l’État Islamique sur internet conduit à constater un niveau élevé de documentation : les références au Coran et aux hadiths mises à la disposition de tous sont nombreuses et précises. Il n’est toutefois pas indiqué, concernant les hadiths, s’ils sont authentiques (sahih) ou de moindre qualité (les trois degrés étant : authentique, tout à fait fiable = sahih ; raisonnablement fiable, bon = hasan ; peu fiable, non assuré = da’if). Cela étant, ceux de Bukhari et Muslim sont quasiment tous sahih. Chacun peut les vérifier.

Cette qualité du référencement est d’ailleurs très nettement supérieure à celle de beaucoup d’ouvrages sur l’islam disponibles dans le commerce en France et qui se contentent bien souvent d’opinions sur les valeurs de l’islam, opinions non justifiées par le recours précis aux textes, les auteurs pouvant projeter leurs désirs et leur idéal du « vivre-ensemble », au lieu de restituer la réalité du dogme.

  • « Les imams qui égarent »

L’État Islamique invite ainsi les musulmans à revenir par eux-mêmes à la lecture de leurs propres textes originels au lieu de se reposer sur des imams dont la lecture des textes varie au gré des circonstances et surtout en fonction des cercles d’influence auxquels ils sont soumis (notamment par le financement). Tout cela n’a a priori rien d’étonnant dans la mesure où la culture musulmane est marquée par la faiblesse dramatique de l’esprit critique, dénoncée explicitement par Tariq Ramadan dans ses conférences, ou encore récemment (mai 2016) par Abdennour Bidar lors d’une conférence à l’Institut du Monde Arabe sur le statut du Coran (ou même lisez « Lettre ouverte au monde musulman » de ce dernier).

Pour l’État Islamique, aucun chef religieux, y compris le sien (Abu Bakr Al-Baghdadi) ne peut être vu comme un guide infaillible pour les musulmans à la mode chiite car l’État Islamique rejette la notion d’infaillibilité qui induit le « taqlid », c’est-à-dire « le fait d’agir selon l’avis de quelqu’un sans connaître sa preuve » et donc le suivi aveugle d’une personne qui conduit en réalité à l’égarement. Pour l’État Islamique, « La religion des gens de la jahiliya [période pré-islamique réputée ignorante car ne connaissant pas l’islam] était basée sur des fondements dont le plus important est le taqlid [fait d’agir selon l’avis de quelqu’un sans connaître sa preuve]. Le suivi aveugle est la grande règle des mécréants du premier jusqu’au dernier. » Et : « Le taqlid peut aussi atteindre la mécréance lorsque l’on oblige à suivre un imam en particulier. Ibn Taymiya a dit : « Quiconque rend obligatoire de suivre un imam en particulier doit être sommé de se repentir ; s’il refuse, il doit être tué. S’il dit qu’il convient de faire cela, alors c’est un ignorant égaré ». »

L’État Islamique met ainsi particulièrement en garde contre les prétendus « savants » qui tentent d’imposer aux autres musulmans leur intermédiation doctrinale alors qu’ils n’ont de légitimité que celle qu’ils se donnent à eux-mêmes : « Les musulmans aujourd’hui sont dissuadés, par ceux qui se réclament d’un soi-disant « salafisme » ou même « jihadisme salafiste », de l’approche du Coran et de la Sunna sans l’usage des lunettes aveuglantes qui les limitent à ce que désirent les « savants » contemporains parmi ceux qui soutiennent les partisans du Taghout et ceux qui s’assoient en arrière parmi leurs femmes dans l’ombre du Taghout. Cette intermédiation déviante était-elle une condition pour comprendre la religion [l’islam] auparavant ? » « Thawban a dit : le Messager d’Allah a dit : « Je crains pour ma communauté les chefs qui détournent du droit chemin ». »

Sont particulièrement visés « Les imams qui égarent : 1) Ceux qui sont touchés par les mêmes maux que ceux qui ont touché les savants des juifs et des chrétiens et qui recherchent la parure de la vie présente. (…) Celui qui parmi nos savants devient corrompu ressemble aux juifs, quant à celui qui devient corrompu chez nos adorateurs ressemble aux chrétiens. (…) 2) Ceux qui enseignent un simple tawhid [monothéisme (rigoureux)] théorique dénué de toute concrétisation par les actes. »

  • Conclusion

Il est heureux pour les sociétés occidentales que les musulmans vivant en Occident connaissent très mal leurs propres textes et pratiquent un islam édulcoré, dévoyé au yeux de l’islam orthodoxe, mais plus ou moins compatible avec des valeurs occidentales très souvent antinomiques avec celles de l’islam de Mahomet. Il est en revanche extrêmement préoccupant que les responsables politiques occidentaux ignorent également ou négligent ces textes, parfois volontairement par un dilettantisme coupable.

Comme le faisait remarquer avec beaucoup de justesse le criminologue Alain Bauer lors d’une conférence à l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale qui s’est tenue le lundi 23 mai 2016 sur le thème « les mutations du terrorisme » (cf. Bauer IHEDN), l’État Islamique (comme d’autres groupes fondamentalistes) a beau communiquer de façon transparente, détaillée et précise sur sa doctrine et ses intentions, l’Occident se refuse obstinément à en tenir compte (Alain Bauer rappelait également le précédent hitlérien, personne n’ayant prêté attention à Mein Kampf) ; au point qu’Alain Bauer préconisait même lors de cette conférence une cure salutaire de Dabiq et de Dar-al-islam (les revues de l’État Islamique publiées sur internet).

Pourtant, des signes précurseurs évidents doivent alerter sur le danger pour les sociétés occidentales de l’islam de Mahomet. Ainsi, le voile islamique (dont Tariq Ramadan rappelle lui-même qu’il ne l’imposera jamais à une femme), la burqa, la djellaba, les longues barbes et les moustaches rasées, etc. sont visiblement bien moins des choix personnels que des signes ostensibles et agressifs manifestant le rejet viscéral des valeurs traditionnelles de la société occidentale et française dans laquelle certains musulmans se sentent obligés de vivre, alors même pourtant qu’ils ont toute liberté d’émigrer dans des pays musulmans conformes à leur vœux (ce que le Coran leur demande d’ailleurs). Ces signes expriment le défi et la provocation sur le territoire de guerre (dar-al-harb) à conquérir par l’islam. Dans la conception musulmane, un territoire, si petit soit-il, pris sur les mécréants et devenu de facto musulman, ne doit plus jamais changer de camp : il doit rester à tout prix musulman.

One thought on “Pourquoi l’État Islamique exhorte les musulmans à étudier et à apprendre leur propre religion”

  1. Merci Jean Lafontaine ton exposé est très clair , il demande toutefois un effort intellectuel ;qui dans cette société du prêt à penser est une véritable gageure !

    Merci de nous edifier sur cette « saloperie » qui métastase nos civilisations , comment le moins prend le pas sur le plus?

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