Pourquoi l’aveuglement occidental est la plus grande force de l’islam : illustration avec la « Déclaration de Marrakech » (1ère partie)

Article publié en version courte dans Atlantico le 4 mai 2016.

La revivification de l’islam de Mahomet par les groupes dits « islamistes » (bien qu’aucune définition ne soit jamais donnée) pose un problème majeur au monde musulman dans sa relation au monde occidental, celui-ci étant imprégné par des valeurs qu’il pense universelles et qui le conduisent à être relativement attentif au sort des minorités non-musulmanes dans les pays musulmans.

Le traitement terrible appliqué à ces minorités non-musulmanes conformément à un certain nombre de textes sacrés musulmans authentiques a conduit la communauté musulmane à réagir au niveau international par la rédaction en janvier 2016 d’une déclaration, la « Déclaration de Marrakech sur les Droits des Minorités Religieuses dans le Monde Islamique », dont on peut se demander si malheureusement le principal effet tangible n’est pas in fine de dédouaner l’islam de sa responsabilité au regard des horreurs que l’on commet en son nom.

Cette Déclaration est le fruit d’une rencontre organisée conjointement par le Ministère des Habous et des Affaires islamiques (Maroc) et le Forum pour la Promotion de la Paix dans les Sociétés Musulmanes (Émirats Arabes Unis), tenue à Marrakech du 25 au 27 janvier 2016. Plus de 300 personnalités, oulémas, intellectuels, ministres, muftis, et chefs religieux musulmans, de différents rites et tendances, s’y sont réunis, ainsi que les représentants des instances et des organisations islamiques et internationales de plus de 120 pays.

En voici le texte : Declaration de Marrakech 27 Janvier 2016

Je vous propose d’en commenter certains passages, ce premier article reprenant la première section de cette déclaration consacrée à un « Rappel des principes universels et des valeurs fédératrices (ou consensuelles) prônées par l’Islam ».

  • « la montée en puissance de groupements criminels, dénués de toute légitimité scientifique (intellectuelle) ou politique »

Le Collège d’oulémas (érudits musulmans) en charge de la rédaction fait notamment référence, sans le citer, à l’État Islamique, dont le niveau de documentation doctrinale est pourtant très au-dessus de la moyenne de la littérature religieuse musulmane disponible en France dans le commerce.

Le contenu de ce propos mériterait grandement d’être explicité : ainsi, que veut dire « légitimité politique » ? Par référence à quoi ? « Légitimité politique » n’inclut d’ailleurs en rien l’idée de démocratie.

Pour le reste, il peut paraître assez étonnant que le Collège ne mentionne pas tout simplement la « légitimité religieuse » (qu’on peut effectivement comprendre au regard d’une autorité religieuse : ce qui reste toutefois extrêmement problématique dans le monde sunnite, en l’absence structurelle d’autorité religieuse institutionnalisée), et renvoie à la légitimité « intellectuelle » (ce qui ne veut pas dire grand-chose) et à la légitimité « scientifique », ce qui semble tout à fait incongru en matière de religion.

La référence à la notion de « science » dénote en effet une manie constante en islam consistant à parler non pas de « religieux » mais de « savants », comme si la religion s’étudiait et se vérifiait tout aussi bien qu’une science, ce qui est absurde. D’ailleurs, le Coran est très friand de la notion de « preuves » (qu’il faut apporter pour être « véridique » dans la phraséologie musulmane et autres éléments de langage), comme si Mahomet était parvenu à transformer de façon magique ses incantations en « preuves », celles-ci étant naturellement « évidentes » puisque, d’une part, aucun raisonnement rationnel ne peut prouver quoi que ce soit en matière religieuse, et que, d’autre part, Mahomet devait asseoir sa légitimité sur un fondement quelconque, celui-ci n’étant pas parvenu à persuader par le discours les Quraychites de La Mecque et les juifs de Médine à se convertir à sa nouvelle religion. Aussi, le recours à la notion d’évidence lui permettait de couper court à toute discussion, l’évidence étant par nature indiscutable et ne nécessitant aucune démonstration.

Cette démarche intellectuelle et religieuse est en réalité d’une grande pauvreté spirituelle puisque tout est réduit in fine à un argument d’autorité sur la véracité de la révélation divine (croire en Allah et son messager, Mahomet), au lieu d’être une construction fondée sur une foi qui aurait conquis les cœurs par sa puissance spirituelle.

  • « Vu les effets de cette situation sur les minorités, qui subissent massacres, asservissements, déracinements et autres horreurs et humiliations, alors qu’elles avaient vécu, des siècles durant, au sein des musulmans et sous leur protection »

En remettant au goût du jour l’islam de Mahomet, qui a prôné ouvertement le jihad (combat armé dans le sentier d’Allah) contre les non-musulmans, l’État Islamique et les autres groupes dits « islamistes » appliquent effectivement des méthodes de guerre et un choix de modèle social dont ont à souffrir les minorités non-musulmanes en terre d’islam.

Il est néanmoins bon de rappeler que le statut des non-musulmans en terre d’islam n’a jamais été, par sa nature même, particulièrement réjouissant :

  1.  pour les juifs et les chrétiens (gens du Livre), il s’agit du statut de « dhimmi», qu’on traduit par « protégé » car ceux-ci, sous réserve d’accepter de se soumettre à l’autorité religieuse musulmane qui leur est imposée, voient leur vie préservée moyennant, entre autres, le paiement d’impôts spécifiques (la jizya) destinés au financement de la communauté musulmane : il s’agit clairement d’un statut de citoyen de seconde zone avec des droits inférieurs à ceux accordés aux musulmans ;
  2. pour les autres non-musulmans, c’est la conversion ou la mort.

D’ailleurs, il a fallu attendre au XXème siècle les traités qui ont suivi la première guerre mondiale pour que ce statut disparaisse dans l’empire ottoman sous la pression occidentale.

Il est donc pour le moins maladroit de laisser penser par cette formulation que les non-musulmans ont bénéficié historiquement en terre d’islam d’un statut enviable par application des règles religieuses contenues dans le Coran et la Sunna. Au contraire, toute la culture musulmane est fondée sur un communautarisme strict et sur la supériorité de la communauté musulmane sur toutes les autres, ce qui a naturellement des conséquences importantes et défavorables pour les minorités non-musulmanes en termes juridique, financier, pénal, etc.

  • « en calomniant plus d’un milliard d’êtres humains, dont la religion et la réputation ont été stigmatisées et perverties, et qui suscitent désormais la répulsion et la haine, alors qu’ils subissent eux-mêmes les affres de ces crimes. »

La calomnie consiste à accuser sur la base de propos ou de faits imaginaires. Il ne s’agit pas de cela ici puisque l’immense difficulté rencontrée par la communauté musulmane est bien que les textes sur lesquels s’appuient les pratiques criminelles évoquées existent bel et bien, qu’ils sont même tout à fait authentiques et que leur existence est parfaitement reconnue par tous les musulmans qui ont lu leurs propres textes sacrés.

Mahomet a-t-il appelé à étendre l’islam par les armes avec le jihad ? Incontestablement. A-t-il exterminé une bonne part des juifs de Médine ? Assurément, à en lire les textes musulmans eux-mêmes. A-t-il appelé à tuer tous les juifs ? Oui, à lire tout simplement certains hadiths dont l’authenticité a été soigneusement validée par les érudits musulmans au terme d’une procédure de vérification longue et détaillée. Etc.

Aussi, l’argument récurrent de la « stigmatisation » est une illustration de la méthodologie de la « victimisation » régulièrement utilisée par l’islam dans les pays occidentaux pour évacuer un débat lorsque le contre-argumentaire proposée par la communauté musulmane est notoirement insuffisant.

  • « d’éclairer l’ensemble de la Oumma et de la mettre en garde contre les menaces que ces crimes, drapés de couverture religieuse, font peser sur son unité, sa stabilité, et ses intérêts supérieurs, à court terme et à longue échéance ; »

On voit ici, de façon semble-t-il assez habituelle, que la préoccupation première semble être moins le sort des non-musulmans en terre d’islam que la stabilité et les intérêts de la Communauté musulmane mondiale, l’« Oumma ». Ce type de propos, choquant, est pourtant tout à fait normal et ancré dans le monde musulman : l’écrire de façon aussi directe n’a en effet aucune raison de poser un problème de conscience en islam puisque cela fait partie des fondements de la culture musulmane.

Pourtant, imaginez un instant ce qui se passerait si un tel propos sortait de la bouche du pape François ou d’un haut représentant du judaïsme au profit de leur communauté respective…

  • « 1) L’ensemble des humains, dans la diversité de leurs ethnies, leurs couleurs, leurs langues, et leurs croyances ont été honorés par Dieu qui a insufflé de son esprit dans leur père Adam – paix sur lui : « Assurément, Nous avons honoré les enfants d’Adam » (Al-Isrâ’, 70). »

Le discours relatif aux hommes en tant que communauté universelle s’inscrit en islam dans le rattachement de tous les hommes à leur créateur, Allah : les hommes sont « honorés » comme étant les créatures d’Allah et supérieures à toutes les autres créatures terrestres.

Toutefois cela n’induit en rien l’idée que toutes les communautés humaines se valent, puisque le Coran dit précisément le contraire : « Vous [les musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. Si les gens du Livre [juifs et chrétiens] croyaient, ce serait meilleur pour eux. Parmi eux, certains croient, mais la plupart d’entre eux sont des pervers. » (sourate 3, verset 110). Ou encore : « Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans. » (sourate 3 verset 139)

  • « 2) Honorer l’homme, c’est lui accorder le droit de choisir comme le rappelle le saint Coran : « Nulle contrainte en religion » (Al-Baqara), 256). »

Le traditionnel argument du « Nulle contrainte en religion » exploite la mauvaise connaissance de l’islam par l’Occident. Comment effet concilier ce principe, s’il a bien une valeur universelle, avec le jihad (combat armé dans le sentier d’Allah) déclenché par Mahomet contre tous les non-musulmans, ainsi qu’avec d’autres versets du Coran, dont, par exemple : « Combattez-les [les mécréants] jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de persécution [en référence à la période de La Mecque, les Quraychites refusant de croire en Mahomet] et que la religion soit entièrement à Allah seul [l’objectif étant de livrer le monde entier à l’islam]. S’ils cessent, plus d’hostilités, sauf contre les injustes [de façon générale, quiconque refuse de reconnaître la mission de Mahomet est un injuste] » (sourate 2, verset 193). Ou encore : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit, ceux qui ne professent pas la religion de la vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation [jizya] de leurs propres mains après s’être humiliés. » (sourate 9, verset 29). Il serait aisé de citer bien d’autres versets du Coran du même acabit.

Il n’y a en réalité pas de contradiction puisque le verset « Nulle contrainte en religion » fait partie des versets abrogés par le déclenchement du jihad. Ce verset, précisément situé dans la biographie de Mahomet (Sira d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham du IXème siècle) à l’époque où Mahomet cherchait à convertir les juifs à sa propre religion peu après son installation à Médine, correspond donc à la période où Mahomet faisait preuve de tolérance pour des raisons de stricte tactique politique. Ce n’est qu’après avoir constaté l’impossibilité de convertir les juifs qu’il a décidé de s’en débarrasser, jusqu’à les exterminer.

Tout cela paraît donc très clair et très simple. Ce qui n’empêche toutefois pas la cécité et l’ignorance occidentales de continuer à être abondamment exploitées, notamment en raison du fait que pour un esprit occidental, souvent imprégné (consciemment ou inconsciemment) par le christianisme (ou par le bouddhisme), un propos religieux sacré a forcément une valeur intemporelle et universelle : ce qui est une profonde erreur dans le cas de l’islam compte tenu de la règle de l’abrogation très précisément énoncée par le Coran (la majuscule représente Allah) et qui permet tous les revirements politiques possibles : « Si Nous abrogeons un verset ou que Nous le faisons oublier, Nous le remplaçons par un autre, meilleur ou semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah peut tout ? » (sourate 2, verset 106). Ou encore : « Allah efface ou confirme ce qu’Il veut. L’Écriture primordiale est auprès de Lui. » (sourate 13, verset 39). Ou encore : « Quand Nous remplaçons un verset par un autre – et Allah sait ce qu’Il révèle – ils disent : « Tu n’es qu’un faussaire ». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. » (sourate 16, verset 101).

  • « « Si Dieu l’avait voulu, ceux qui sont sur terre croiraient tous ; forces-tu les gens à devenir des croyants ?! » (Yûnus, 99). »

Ce verset constate simplement que certains hommes sont musulmans et d’autres non. Bien entendu, par définition, Allah l’a voulu ainsi. C’est Allah qui décide de tout comme le précise le verset suivant celui cité par le Collège : « Il n’appartient à aucune âme de croire sans la permission d’Allah. Allah voue au châtiment ceux qui ne raisonnent pas. » (sourate 10, verset 100)

Le problème est que les hommes ne savent pas ce qu’Allah a décidé pour chaque homme, ce à quoi il est prédestiné : en faire un croyant ou le laisser incrédule. Dans cette incertitude, abandonner à son sort mécréant le monde non-musulman – puisqu’Allah pourrait l’avoir voulu ainsi – n’est pas une possibilité : les musulmans doivent en permanence chercher à étendre l’islam partout où ils le peuvent (d’où également la notion de territoire de « guerre », dar-al-harb, territoire non-musulman) : il en va de leur responsabilité. Ce qui en revanche n’est pas entre leurs mains est le fait que leurs efforts soient couronnés ou non de succès : cela dépend d’Allah. Un hadith authentique (Bukhari) ne dit-il pas à propos de la contrainte en matière de religion : « D’après Abu Hurayra, le Prophète a dit : « Dieu est émerveillé des gens qui rentrent au Paradis avec leurs chaînes » ? »

Pour résumer, la liberté religieuse en islam n’existe pas en réalité, ce qui est d’ailleurs amplement démontré par le fait que l’apostasie (abandon de l’islam) est très sévèrement punie conformément à la recommandation de Mahomet (hadith authentique) : « D’après Ikrima, Ali avait fait brûler des criminels. Ibn Abbas, l’ayant appris, dit : « Si c’eût été moi, je ne les aurais pas brûlés, car le Prophète a dit : « Ne punissez pas avec le châtiment qui appartient à Dieu », mais je les aurais simplement tués conformément à ce précepte du Prophète : « Celui qui change pour une autre la vraie religion [l’islam], qu’on le tue ». »

Il faut d’ailleurs savoir que le Conseil Français du Culte Musulman, que certains veulent ériger en représentant institutionnel de l’islam de France, refuse toujours aujourd’hui aux musulmans de France la liberté d’apostasier ! Comment peut-on dans ces conditions parler d’une compatibilité de l’islam avec les droits de l’homme tels que l’Occident les conçoit ?

  • « 3) Les hommes, indépendamment de leurs différences naturelles, sociales et intellectuelles, sont des frères en vertu de leur humanité, comme le dispose la parole divine : « ô vous hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle. Nous vous avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous connaissiez entre vous » (Al-Hujurât, 13) »

Ce verset fait a priori référence à l’existence d’une communauté humaine distincte et supérieure au reste du monde terrestre qu’elle a vocation à soumettre. Il ne semble pas dire pas grand-chose de plus. Vouloir ériger ce verset en preuve de tolérance religieuse demande une certaine imagination.

  • « 4) Dieu Tout-Puissant a créé les Cieux et la Terre en se fondant sur le principe de justice. Celui-ci a été érigé en norme de conduite pour tous les humains afin de prévenir toute tentation de haine et de violence. Par ailleurs, Dieu a exhorté à la bienfaisance qui favorise l’amitié et la cordialité, comme décrété dans le verset suivant : « Oui, Dieu ordonne l’équité, la bienfaisance et la libéralité envers les proches parents ». (An-nahl, 90). »

La bienfaisance mentionnée apparaît limitée au cercle des proches parents (ou peut-être coreligionnaires). Il semble difficile et osé de tenter une extrapolation à visée universelle, d’autant que le Coran fourmille de condamnations terribles à l’égard de tous les incrédules, dont les musulmans doivent en permanence s’éloigner.

Deux versets auparavant dans la même sourate, le Coran ne dit-il d’ailleurs pas : « Ceux qui ne croient pas et obstruent le chemin vers Allah, Nous leur infligerons châtiment sur châtiment en punition de la corruption qu’ils sèment sur terre. » (sourate 16, verset 88) ?

  • « 5) La paix est la devise de l’Islam et la finalité suprême de la Loi sacrée pour ce qui touche à la vie des hommes, comme indiqué dans les deux versets : « ô vous qui croyez ! Entrez tous dans la paix » (Al-Baqara, 208) et « s’ils inclinent à la paix, fais de même ; confie-toi à Dieu » (Al-Anfâl, 61). »

Si l’on met de côté la question du jihad – ce qui est déjà notoirement problématique –, on peut émettre l’idée que la paix serait la devise de l’islam mais seulement au sens où celui qui croit est en principe sur le bon chemin pour acquérir cette paix (le salut par l’islam). Or dire cela ne dit rien sur le sort des incrédules (ou mécréants) : l’invitation à « entrer dans la paix » ne s’adresse qu’à ceux qui croient, c’est-à-dire aux musulmans.

À l’inverse, les incrédules sont voués par une multitude de versets du Coran au châtiment de la fournaise, à la Géhenne, dans des conditions épouvantables. La paix musulmane n’a donc pas grand-chose à voir avec la paix universelle qu’on peut souhaiter à tous, croyants ou mécréants.

Quant au verset 61 de la sourate 8, il figure précisément dans la biographie de Mahomet et cette mention permet de lever une ambiguïté importante. En effet, le traducteur de la Sîra publiée aux Editions Al Bouraq (Abddurahmân Badawî) précise que ce verset veut dire : « S’ils t’invitent à faire la paix sur la base de leur conversion à l’islam, alors fais la paix avec eux sous cette condition. » Il ajoute : « Cette explication est très importante : ce n’est pas la paix à tout prix, ou sans aucun prix, qu’il faut conclure avec l’ennemi. Voilà un avertissement solennel à tous ceux qui, aujourd’hui, jouent avec le sens de ce verset ! »

Cette remarque fondamentale est tout à fait cohérente avec le verset suivant : « Ne faiblissez pas ! N’appelez pas à la paix si vous êtes les plus forts. Allah est avec vous et Il ne vous privera pas de la récompense de vos œuvres. » (sourate 47, verset 35). Ceci n’est pas une prise de position individuelle de M. Badawî : on retrouve exactement la même idée dans la jurisprudence chaféite (section o9.16) validée par l’université Al-Azhar.

Tout cela est donc parfaitement logique et cohérent avec la doctrine du jihad : la paix avec l’ennemi est seulement la conséquence de l’impossibilité pour les musulmans d’avoir le dessus dans un contexte donné. C’est simplement une solution d’attente en attendant des jours meilleurs.

  • « 6) Dieu le Très-Haut a envoyé sidna Mohammed comme une miséricorde aux mondes, comme cela est précisé dans la parole de Dieu : « Nous t’avons seulement envoyé comme une miséricorde aux mondes ». (Al-Anbiyâ’, 107). »

Lorsqu’on évoque la notion de miséricorde dans le monde occidental, chacun tend à penser à une action de bonté universelle, absolument inconditionnée, sur le modèle chrétien ou bouddhiste : or penser qu’il s’agit de la même conception en islam semble tout à fait erroné.

La notion de miséricorde a en islam un sens très différent : lorsque le Coran parle de Mahomet en tant que miséricorde, il veut simplement dire que Mahomet, par la transmission de la parole divine, offre à chacun, par le fait de croire (ou plus précisément de « témoigner »), la possibilité de parvenir au salut de son âme. Le rôle de Mahomet est en effet strictement limité à celui de messager, d’« avertisseur explicite », comme le rappelle à de multiples reprises le Coran (Mahomet n’a aucun pouvoir sur les âmes, sinon il outrepasserait ses droits vis-à-vis d’Allah) : Mahomet avertit simplement du grand intérêt qu’il y a à être croyant, à se soumettre, pour échapper au châtiment d’Allah : « Nous ne t[Mahomet]‘avons envoyé qu’en miséricorde pour le monde. Dis : « Il m’est seulement révélé que votre Dieu est un Dieu unique : Êtes-vous soumis [c’est-à-dire : musulmans] ? S’ils se détournent, dis-leur : « Je vous ai avertis en toute équité ; je ne sais si ce qui vous est promis est proche ou lointain. » (sourate 21, versets 107 à 109).

  • « 7) L’Islam incite à la charité et à la bienveillance envers autrui, sans distinction entre partisans ou adversaires en matière religieuse. A ce propos, Dieu a dit : « Dieu ne vous interdit pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre foi, ceux qui ne vous ont pas expulsés de vos maisons. Dieu aime ceux qui sont équitables». (Al-Mumtahana, 08). »

La charité et la bienveillance étant des valeurs universelles devraient s’appliquer inconditionnellement à tous, comme chez Matthieu (5,44) : « Eh bien ! Moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs ») ; mais tel est loin d’être le cas en islam. Le Coran limite a priori le champ de la charité et de la bienveillance au périmètre des hommes qui n’ont pas lutté contre l’islam, la notion de « combat à cause de la foi » pouvant s’entendre d’un point de vue militaire mais aussi tout simplement comme le seul fait de ne pas reconnaître Allah et son Prophète et de ne pas avoir peur de le proclamer.

Ainsi, le verset suivant de celui cité par le Collège précise : « Allah vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous combattent en raison de votre foi, ceux qui vous expulsent de vos demeures ou ont aidé à votre expulsion [en référence au départ – et non à l’expulsion – de La Mecque]. Ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes. » (sourate 60, verset 9)

De façon générale, la non-reconnaissance d’Allah et de Mahomet exclut d’office la personne du champ de la bienveillance : « Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas pour alliés Mes ennemis et les vôtres, leur offrant l’amitié, alors qu’ils ne reconnaissent pas la vérité qui vous est parvenue. Ils expulsent le Messager et vous-mêmes de La Mecque parce que vous croyez en Allah, votre Seigneur [NB : Mahomet n’a pas été chassé de La Mecque mais a décidé d’en partir pour s’établir dans un lieu plus propice : Médine]. Si vous sortez pour combattre dans Mon chemin et pour rechercher Mon agrément, leur témoignerez-vous secrètement de l’amitié ? Je sais bien ce que vous cachez et ce que vous divulguez. Quiconque d’entre vous agit ainsi s’écarte du droit chemin. » (sourate 60, verset 1) Et également : « S’ils vous poursuivent [de leurs efforts pour faire apostasier], ils seront des ennemis pour vous et vous malmèneront de leurs mains et de leurs langues. Ils aimeraient que vous deveniez mécréants. » (sourate 60, verset 2)

  • « 8) La Loi islamique tient au respect des contrats, des engagements et des traités qui garantissent la paix et la coexistence entre les hommes, comme en témoignent les versets suivants : « ô vous qui croyez ! Respectez vos engagements » (Al-Mâ’ida, 1), « Soyez fidèles à l’alliance de Dieu après l’avoir contractée » (An-nahl, 91) et le Hadith du Prophète : « l’Islam ne fait que conforter toute alliance scellée du temps de la Jahiliya » (Hadith authentique). »

La société tribale de l’Arabie préislamique accordait une grande importance au respect des pactes tribaux et à la notion d’honneur qui lui était rattachée. Le respect de la « parole » donnée comptait beaucoup, comme elle pouvait compter également dans d’autres civilisations ou à d’autres époques. Le monde entier n’était pas encore machiavélique. On retrouve donc naturellement cette notion dans le Coran. Qu’est-ce que cette tradition respectueuse des contrats prouve en matière religieuse et matière de tolérance ? A priori absolument rien.

CONCLUSION

L’argumentaire doctrinal élaboré par le Collège des oulémas laisse assez largement à désirer et est en réalité d’une grande faiblesse, faisant notamment totalement fi de l’évolution de la parole de Mahomet en fonction de ses objectifs politiques et de tous les versets « problématiques » qui prônent le jihad, l’inégalité des communautés humaines, etc.. On s’attendrait, compte tenu du caractère éminent du Collège, à quelque chose de beaucoup plus fouillé, de beaucoup moins contestable et de moins opportuniste.

Malheureusement le caractère déstructuré et confus du texte coranique au regard des critères occidentaux de logique et de cheminement de la pensée – ce qui fait que les Occidentaux font semble-t-il rarement l’effort de le lire – se prête assez facilement à des choix orientés vis-à-vis des Occidentaux dont il n’est possible de sortir que par une reprise systématique et quasi-exhaustive de l’ensemble des versets relatifs à un thème donné. L’austérité de cette approche peut rebuter mais elle seule permet de donner une vision plus objective de la réalité finale du message coranique et de dépasser, par sa puissance « statistique » (ex. mise en comparaison de la liste des versets relatifs au jihad et ceux appelant à la bienveillance vis-à-vis des non-musulmans), l’obstacle de la traduction (ce n’est jamais la bonne traduction…) si souvent mis en avant pour réduire d’emblée à néant toute approche critique occidentale jugée « non conforme » aux intérêts de l’islam.

Le problème n’est-il pas finalement que l’orgueil pousse les occidentaux à disserter sur l’islam sans avoir lu ses textes sacrés et sur la base d’un cadre conceptuel totalement inadapté ? Un peu comme si on parlait du nazisme sans avoir lu Mein Kampf ou du marxisme sans avoir lu Le Capital.

 

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