La réponse de l’islam de France aux attentats du 13 novembre 2015 : un texte important passé inaperçu

À l’heure (22 mars 2016) où certaines victimes et les proches des attentats du 13 novembre 2015, commis au nom de l’islam et d’une ampleur sans précédent, viennent d’être reçus à l’Élysée, et que de nouveaux attentats viennent d’être perpétrés en Belgique, il est intéressant de relire le prêche rédigé par le Conseil Français du Culte Musulman et envoyé à toutes les mosquées de France afin d’être lu le vendredi 20 novembre 2015 dans les mosquées.

CFCM preche novembre 2015

http://www.lecfcm.fr/?page_id=4014

Car on pouvait s’attendre à une réaction d’une extrême fermeté de la part des représentants de l’islam de France, et surtout à une véritable condamnation doctrinale très argumentée de ces actes, l’islam ayant à l’évidence un sérieux problème de crédibilité dans ce domaine, ce que l’émission « l’islam » diffusée le dimanche matin du 22 novembre 2015 sur France 2 a reconnu, non sans quelques difficultés.

Prenons donc le temps de relire et de commenter ce prêche afin d’examiner s’il apporte de la lumière sur la question de la violence en islam, au-delà des condamnations de politesse convenues et habituelles émises en ces circonstances.

  • « Nous avons tous suivi avec horreur et désolation la vague d’attentats meurtriers qui ont ébranlé notre pays, le vendredi 13 novembre dernier. En tant que citoyens français de confession musulmane, nous sommes tous concernés par ce drame. D’une part, parce qu’à l’instar de tous les citoyens français, nous sommes des cibles potentielles de ce genre de tueries aveugles. D’autre part, parce que ces actes criminels ont été perpétrés par des enfants de France qui se prévalent de l’islam et qui se considèrent comme des martyrs engagés dans une entreprise djihadiste. Il est évident que l’ensemble des musulmans de France dénonce sans équivoque ces attentats tragiques et se démarque de l’idéologie qui nourrit les auteurs de ces actes inqualifiables. »

Il est intéressant de noter que le début de cette déclaration, au-delà de la condamnation, 1) n’adresse aucun message de compassion ou de solidarité aux victimes (le terme « victime » n’apparaît d’ailleurs pas dans le texte) ; 2) mentionne comme premier sujet de préoccupation le fait que de pareils attentats puissent surtout toucher également des musulmans.

  • « Il est légitime de se demander si – en tant que musulmans – nous devions, encore une fois, nous justifier devant nos compatriotes, comme si nous étions des « présumés coupables ». »

Il est assez étonnant qu’après de tels actes, revendiqués au nom de l’islam, le C.F.C.M. se demande, en ce début de déclaration, si « la communauté musulmane doit, encore une fois, se justifier ». L’absence de message de compassion à l’égard des victimes est déjà très choquant, alors comment ne pas être encore plus choqué par cette victimisation à l’envers de la part d’un islam de France qui ne souffre pas dans sa chair, tout en étant le représentant vivant et le promoteur d’une religion qui partout dans le monde suscite des attentats barbares ? À lire ce texte, il semblerait que c’est l’islam la véritable victime et non les 130 personnes qui sont mortes, les centaines qui ont été blessées, celles qui resteront handicapées à vie, ainsi que tous leurs proches. Si la communauté musulmane semble en « avoir assez » de se justifier, le monde occidental en a sans doute « lui aussi assez » de subir ces attentats au nom de l’islam.

  • Mais devant les amalgames et les confusions qui risquent de nous faire subir une nouvelle vague de stigmatisations et d’actes islamophobes, (…) »

Le C.F.C.M. semble renouer par ce texte avec la tendance fondamentale et instinctive à la victimisation dans la culture musulmane que dénonce et condamne largement Tariq Ramadan dans ses conférences.

  • « (…) nous ne devons jamais nous lasser de dire et redire haut et fort que l’islam authentique est à des années lumière de l’idéologie de haine de ces criminels terroristes. Nous ne devons jamais nous lasser de réaffirmer notre rejet catégorique et sans ambiguïté de toute forme de violence ou de terrorisme, qui sont la négation même des valeurs de Paix et de Fraternité que porte l’Islam. »

Il s’agit ici d’une déclaration d’intention qui doit être étayée par des arguments solides dans la mesure où les faits lui donnent tort, l’islam étant à l’évidence depuis des décennies la seule religion qui suscite des actes aussi odieux. Comment alors concilier la terrible violence dont le monde entier est témoin avec la revendication au titre de religion « d’amour et de paix » ?

  • « Ces groupuscules terroristes qui ont semé la terreur dans le monde ne sont que l’incarnation actuelle d’une idéologie ancestrale d’un groupe de dissidents qui ont combattu les compagnons du Prophète. Il s’agit des « khawarij » des temps modernes. »

La référence faite par le C.F.C.M. aux Khawarij ou Kharidjites, selon une orthographe plus habituelle en français, est particulièrement surprenante, voire stupéfiante, car elle fait partie des éléments de langage mêmes de l’État Islamique.

Les Kharidjites sont entrés en dissidence lors d’un conflit entre Ali et Mu’awiya au VIIème siècle en raison d’un arbitrage accepté par Ali dans le contexte de la bataille de Siffin (657). Les Kharidjites se sont désolidarisés du reste de la communauté musulmane et ont d’ailleurs fini par assassiner Ali, le 4ème calife.

Or l’État Islamique fait lui-même référence nommément aux Khawarij, qu’il considère être historiquement des « égarés », afin de condamner d’autres types de comportement au sein du monde musulman, notamment celui consistant à toujours reporter au lendemain la mise en œuvre de l’islam de Mahomet, c’est-à-dire une forme d’attente ou « irjâ ».

L’État Islamique écrit en effet un mois avant les attentats de novembre 2015 : « L’irjâ est une réaction à l’égarement des Khawârij. Les Mourji’a ont essayé de s’éloigner des Khawarij sans adopter la Sunna ; en faisant cela, ils ont inventé leur propre secte. (…) Les Mourji’a ripostèrent à l’innovation des Khawarij (…) par leur propre innovation. Ils prétendirent que l’abandon de toutes les obligations et la réalisation de tous les péchés n’affecte pas la foi même si quelqu’un abandonne totalement les piliers de l’islam.»

Il est donc pour le moins étonnant que le C.F.C.M. reprenne à son compte une référence utilisée explicitement par l’État Islamique, chose qu’il ne pouvait ignorer.

  • « Le Prophète n’a pas manqué dans une prophétie de décrire le profil de ces radicaux lorsqu’il dit : « Sortira à la fin du temps de jeunes gens, aux ambitions sottes, ils lisent le Coran et ne dépassera pas leur gosiers, ils disent la meilleure des paroles, ils sortiront de la religion comme la flèche sort de sa cible. » (Hadîth authentique Rapporté par Attirmidhî). »

Il s’agit effectivement du hadith authentique n°2188 d’at-Tirmidhi (livre 33, hadith 31). Sa formulation en français par le C.F.C.M. laisse quelque peu à désirer. Une traduction sans doute plus correcte et plus compréhensible du texte arabe est : « À la fin des temps viendra un peuple jeune, avec des esprits dérangés, récitant un Coran qui ne dépassera pas leurs gorges, prononçant des paroles [hadiths] de la meilleure des créatures [Mahomet], traversant la religion comme la flèche traverse sa cible. »

Or il est intéressant de remarquer que pour attaquer l’État Islamique, le C.F.C.M. a recours à un hadith faisant explicitement référence à la fin des temps : ce qui semble valider le contexte historique du combat de l’État Islamique et donc lui donner raison ! Ironie de la situation !

Mais surtout cette description peut s’appliquer à n’importe quel groupe de musulmans fanatisés ; c’est d’ailleurs une parole apocalyptique banale et prétendument visionnaire. Si le C.F.C.M. souhaite l’appliquer à l’État Islamique, encore faut-il qu’il démontre par de vrais arguments doctrinaux que tel est bien le cas.

  • « Si ces organisations ont malheureusement réussi parfois à embrigader et à recruter des jeunes de différents horizons pour servir leur projet chaotique, c’est parce qu’ils ont – entre autres – instrumentalisé des Textes religieux après leur avoir attribué une interprétation dévoyée. »

C’est une opinion respectable mais qui, là encore, doit être étayée par des exemples précis fondés sur les textes sacrés musulmans.

  • « Le contexte géopolitique bien difficile par lequel passe le Monde, la fragilité sociale et psychologique de certains jeunes et les nouveaux moyens de communication sont les fertilisants d’un terreau qui a donné vie à cette gangrène des temps modernes. »

Cette remarque sociologique banale n’explique pas la spécificité musulmane car de nombreux juifs, chrétiens, athées, etc. connaissent également de grandes difficultés personnelles sans pour autant aller abattre dans la rue les gens à coup de Kalachnikovs. Cette gangrène est bien une problématique spécifique de l’islam ; ce n’est pas un hasard, et il convient d’en comprendre les raisons profondes pour la combattre.

  • « Sur le plan Religieux, les Musulmans doivent assumer leur responsabilité : En effet, pour éviter ce genre de dérives, les Textes scripturaires doivent être appréhendés et expliqués par des Référents religieux connus et reconnus, doués de Science et de Sagesse. »

Le C.F.C.M. évoque ici la question cruciale de l’interprétation en islam. En effet, le Coran n’est pas aussi clair qu’il le prétend puisque, selon certains, il faut « interpréter » des textes dont la simplicité pourtant étonne ; et pour cela, il faut faire confiance à d’autres, aux « référents ». Or Personne ne songerait à interdire à un chrétien de lire les Évangiles, et au-delà de quelques nuances théologiques, tout chrétien peut se faire une bonne opinion, sans guère de contradictions, de ce que prêche le Christ pour la vie de tous les jours. Il en va en revanche tout autrement pour l’islam car le texte est parfois confus (ce que le Coran lui-même reconnaît cf. paragraphe suivant du prêche), les contradictions nombreuses et certaines (résolues seulement par le principe de l’abrogation).

  • «  Le Coran lui-même l’annonce : « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à des interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclination vers l’égarement, mettent l’accent sur les versets équivoques cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation dévoyée. Alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent: «Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur !» Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. » Sourate 3 (Âli Ilrân), v. 7. »

Le C.F.C.M. tente d’appliquer ce verset bien connu à l’État Islamique : pour quelle raison ? En réalité, ce verset est très général et les textes cités en référence par l’État Islamique sont très loin de correspondre à des textes équivoques ou obscurs, bien au contraire. Il est d’ailleurs surprenant que, pour la défense de l’islam, le C.F.C.M. ait recours à un verset qui met précisément l’accent sur le caractère peu clair, parfois obscur, du Coran, qui est pourtant censé être un livre parfaitement clair et explicite (justifiant ainsi sa supériorité par rapport à la Torah ou aux Évangiles). En effet, le Coran dit :

Sourate 16, verset 89 : « (…) Nous avons fait descendre le Livre sur toi [ndlr Mahomet], comme un exposé explicite de toute chose, ainsi qu’un guide, une grâce et une annonce aux musulmans. »

Sourate 34, verset 3 : « (…) Rien n’existe de plus petit ni de plus grand, qui ne soit inscrit dans un Livre explicite. »

Sourate 37, verset 117 : « Et Nous leur avons donné le Livre parfaitement clair »

Sourate 43, verset 2 : « Par le Livre explicite ! »

Sourate 44, verset 2 : « Par le Livre explicite ! »

  • « Allah proclame aussi : « …Demandez donc aux érudits du Livre, si vous ne savez pas. » Sourate 21 (Al Anbiyâ’), v. 7. »

Pour qui a déjà lu les textes de l’État Islamique, on reste perplexe. Le niveau de l’analyse doctrinale de l’État Islamique dépasse a priori d’assez loin ce que peut produire l’islam de France : les références textuelles précises sont extrêmement nombreuses, les raisonnements doctrinaux étayés au regard de la pratique du Prophète, alors que la littérature musulmane disponible dans le commerce en France est généralement d’une pauvreté doctrinale affligeante. (Ce commentaire, focalisé sur la seule question de l’authenticité doctrinale, ne constitue bien entendu en aucune façon un cautionnement quelconque des faits et gestes de l’État Islamique)

  • « Ces organisations se basent assez souvent sur des récits parlant des signes avant-coureurs de la fin du monde pour esquisser un scénario futuriste dans lequel elles s’attribuent le rôle des sauveurs de l’Islam et de l’Humanité. Elles vivent ainsi dans un monde imaginaire parallèle qui convoite les esprits fragiles. Ces récits sont pour certains, classés comme faibles par les spécialistes des Sciences du Hadith. Pour d’autres, ces récits sont très loin de la réalité actuelle du Monde. »

Le C.F.C.M. fait preuve d’incohérence en recourant à l’argument tiré d’une prétendue folie eschatologique après avoir lui-même cité précédemment pour soutenir son argumentation le hadith d’at-Tirmidhi commençant par « sortira à la fin du temps… ».

Quant à l’affirmation que les hadiths mentionnés par l’État Islamique sont « faibles » en terme d’authenticité, c’est une affirmation gratuite qui n’est absolument pas démontrée. Or l’authenticité par exemple des hadiths, nombreux, de Bukhari et de Muslim cités par l’État Islamique ne fait guère de doute.

  • « Concernant la caractérisation de ces groupuscules, on ne peut qu’être interpellé par un récit qui, bien que sa chaîne de transmission soit faible, donne une description révélatrice de la réalité de ces imposteurs. Al Hâfidh Na’îm Ibnou Hammâd, un des maîtres d’Alboukhârî, rapporte que ´Alî Ibn Abî Tâlib dit : « Quand vous verrez des drapeaux noirs, ne bougez pas de votre place, ne déplacez pas vos mains ni vos pieds. Après, apparaîtra une communauté d’immatures, à qui on n’accorde aucune importance. Leurs cœurs sont comme des morceaux de métal. Ils se présentent comme les représentants de l’Etat. Ils n’acceptent ni discussion ni alliance. Ils appellent à la vérité, mais ne sont pas eux-mêmes des gens de vérité. Leurs prénoms sont des prénoms d’emprunt et leur noms se rapportent à des villages (ou des villes). Leurs cheveux sont longs et lâchés comme ceux des femmes. Ils sont proches les uns des autres, jusqu’au moment où naîtra des conflits internes parmi eux. Ensuite, Allah donnera la vérité à qui Il voudra ». »

Là encore, le C.F.C.M. est incohérent, puisqu’après avoir critiqué ce qui serait la faiblesse de l’État Islamique quant à la qualité des hadiths, il fait explicitement référence à un hadith dont il reconnaît lui-même qu’il est « faible », c’est-à-dire qu’il appartient à la catégorie la moins fiable des hadiths.

En outre, nul doute que le monde musulman a connu dans ses 1.400 ans d’histoire d’autres groupuscules musulmans de ce type. Quant à la référence introductive aux drapeaux noirs – le drapeau de l’État Islamique étant noir –, il faut rappeler que le Prophète lui-même en faisait usage comme en atteste sa biographie dans ce texte consacré à la bataille de Badr : « L’envoyé de Dieu confia le drapeau, qui était blanc, à Muç’ib ibn Abd ad-Dâr. Devant le Prophète flottaient deux bannières noires, l’une appelée l’Aigle, portée par Ali, et l’autre entre les mains des Ançar, portée par Sa’d ibn Mu’âdh. Les chameaux de l’armée du Prophète étaient au nombre de soixante-dix, trois hommes sur chaque chameau. »

  • « Les Savants (Ouléma) musulmans sont unanimes pour dire que le Jihad se décline en plusieurs catégories dont les plus notables sont : le Jihad contre soi-même à travers l’éducation, l’épuration de l’âme ; le Jihad par la pensée à travers l’effort intellectuel de manière à servirles intérêts de l’humanité ; le Jihad par l’écriture, à travers la publication d’ouvrages utiles, la réalisation d’articles éclairants et contrant les fausses accusations à l’encontre de l’Islam et des musulmans ; le Jihad par l’argent, à travers la dépense généreuse en faveur du bien et la contribution au développement socio-économique. L’Islam n’autorise le Jihad par les armes qu’en cas d’extrême nécessité, en cas de légitime défense lorsque les musulmans sont attaqués par leurs ennemis et que toutes les voies pacifiques échouent.  »

Cette thèse est une reprise dans l’article 9 de la Convention citoyenne des musulmans de France qui indique : « Contrairement à une idée répandue, le mot « Jihâd » signifie notamment la lutte et l’effort sur soi-même, en accomplissant le bien. Cette action a surtout une dimension spirituelle, consistant à œuvrer de son mieux pour accomplir le bien. Dans le Coran, ce mot est employé sous ses différentes formes à 33 reprises. »

Cette assertion, répétée à satiété dans les médias (ce qui fait d’ailleurs à s’y tenir qu’on ne peut plus comprendre les racines violentes de l’islam), s’accorde très mal avec l’histoire de Mahomet. La lecture de la Sîra montre clairement que le jihad correspond à un tournant dénué d’ambiguïté dans la prédication de Mahomet, tournant nécessaire à l’extension de la zone d’influence musulmane, et ceci dans un contexte très différent de celui de la légitime défense et d’une recherche de spiritualité intérieure : plusieurs centaines de pages décrivent les batailles, razzias, exécutions, etc. Naturellement, ces éléments ont été transcrits et se retrouvent dans les versets du Coran. Nier cette réalité qui ressort clairement de la biographie du Prophète revient à rendre incompréhensibles toute l’action de Mahomet et une bonne partie des versets du Coran.

La notion de jihad intérieur semble en réalité être apparue bien après la mort de Mahomet et la vague expansionniste musulmane des VIIème et VIIIème siècles en Europe et au Moyen Orient (qui n’avait pas grand-chose de défensif) : dans un empire musulman dont les frontières avaient commencé à se stabiliser, le développement de l’islam, qui s’exprimait auparavant essentiellement par les armes, s’est poursuivi au travers de l’exploration de voies de recherche plus spirituelles, sans pour autant rendre caduque la voie guerrière. Il fallait, d’une certaine façon, « digérer » les conquêtes. Ainsi, petit à petit, cette notion d’intériorité s’est développée, principalement avec un grand théologien et philosophe, Ibn Qâyyim al-Jawziyyah, qui a vécu dans la première moitié du XIVème siècle et qui a conceptualisé différents types de jihad personnel ou intérieur.

  • « l’Islam accorde une place considérable à la sacralité de la vie : Les Versets coraniques et les Hâdîth authentiques sont sans équivoque quant au bannissement de tout acte qui attente à la vie des innocents. Allah dit : « …quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. » Sourate 5 (Al Mâidah), v. 32. »

Le C.F.C.M. ment par omission en omettant volontairement les très nombreux versets appelant à la guerre contre les non-musulmans. Or ils sont vraiment nombreux ! En voici quelques-uns à titre d’exemple, tout à fait explicites :

Sourate 4, verset 91 : « Vous en trouverez d’autres [ndlr incrédules], qui cherchent à avoir votre confiance, et en même temps la confiance des leurs. Toutes les fois qu’on les pousse vers l’idolâtrie, ils y retombent en masse. S’ils ne se tiennent pas à l’écart de vous, ne se rendent pas à votre merci et ne déposent pas les armes, alors saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez. Sur ceux-là, Nous vous donnons tout pouvoir. »

Sourate 8, verset 17 : « Ce n’est pas vous qui avez tué les mécréants : mais c’est Allah qui les a tués. (…) »

Sourate 8, verset 39 : « Combattez-les [les incrédules] jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah. (…) »

Sourate 9, verset 5 : « Après que les mois sacrés se seront écoulés, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. (…) »

Sourate 9, verset 29 : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit, ceux qui ne professent pas la religion de la vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation de leurs propres mains après s’être humiliés. »

Sourate 47, verset 35 : « Ne faiblissez donc pas et n’appelez pas à la paix quand vous êtes les plus forts. Allah est avec vous : Il ne vous privera pas du mérite de vos œuvres. »

Il serait facile de continuer. Quant au verset 32 de la sourate 5 cité par le C.F.CM., il s’agit de la conclusion de la reprise (par les versets précédents 25 à 31) de la Torah (Genèse 4) avec l’histoire de deux fils d’Adam, Caïn et Abel, et le meurtre d’Abel par Caïn, premier meurtre de l’histoire du monde. Dans la Torah, Yahvé établit ensuite une protection à l’égard de Caïn afin qu’il ne soit pas puni par le reste de l’humanité (le premier venu) pour cette faute personnelle, ce qui était une façon de rompre le cycle de la violence personnelle déclenché par Caïn et sans doute aussi de dire à l’humanité qu’il ne fallait plus tuer.

Genèse 4, 13 à 15 : « Alors Caïn dit à Yahvé : « Ma peine est trop lourde à porter. Vois ! Tu me bannis aujourd’hui du sol fertile, je devrai me cacher loin de ta face et je serai un errant parcourant la terre : mais, le premier venu me tuera ! » Yahvé lui répondit : « Aussi bien, si quelqu’un tue Caïn, on le vengera sept fois » et Yahvé mit un signe sur Caïn, afin que le premier venu ne le frappât point. »

On comprend mieux alors la version complétée du verset 32 de la sourate 5, et pourquoi le Coran mentionne dans ce verset de façon un peu inattendue les enfants d’Israël seulement et non tous les hommes, les musulmans ne descendant pas d’Israël (initialement Jacob, seul enfant légitime) mais d’Ismaël. La descente de ce verset s’applique aux temps bibliques, avant Mahomet :

Sourate 5, verset 32 : « C’est pourquoi Nous avons prescrit aux enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque sauve un seul homme, c’est comme s’il avait sauvé tous les hommes (…) »

Le Coran ne fait que reprendre un principe du judaïsme énoncé dans le Talmud de Babylone (Sanhédrin 37a) : « Celui qui sauve une vie sauve un monde entier ». En effet, pour les juifs, ce n’est pas seulement la vie de celui qui est tué qui est prise mais aussi celui de toute sa descendance (« un monde entier »), car dans la mentalité juive, un homme n’est pas complet s’il ne se marie et a des enfants conformément au commandement de Yahvé (Genèse 1, 28) :  « Dieu les bénit et leur dit : «  Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la (…) » » .

Enfin, si l’on veut être complet jusqu’au bout, il faut inclure la dernière phrase de ce verset, systématiquement omis, et dont le sens paraît pourtant tout à fait fondamental :

Sourate 5, verset 32 : « C’est pourquoi Nous avons prescrit aux enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque sauve un seul homme, c’est comme s’il avait sauvé tous les hommes. Nos messagers sont venus à eux avec les preuves mais, par la suite, beaucoup d’entre eux se mirent à commettre des excès sur la terre. »

En effet, par la dernière phrase : « par la suite [c’est-à-dire après la révélation divine], les hommes se sont [re]mis à commettre des excès sur la terre », le verset constate que les hommes n’ont pas respecté le commandement de Yahvé. C’est la raison pour laquelle la patience de Dieu semble avoir atteint ses limites, ce qui se traduit dans les versets suivants au temps de Mahomet :

Sourate 5, versets 33 & 34 : « La rétribution de ceux qui font la guerre contre Allah et son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas ; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment, excepté ceux qui se sont repentis avant de tomber en votre pouvoir. Sachez qu’alors, Allah pardonne et est miséricordieux. »

En d’autres termes, les hommes étant retombés dans le péché en allant à l’encontre des commandements de Dieu, que ce soit par la guerre contre le messager d’Allah, Mahomet, ou par le fait de prêcher autre chose que la religion du Dieu unique, leur récompense est d’être « tués, crucifiés ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays ».

Il est regrettable que les explications simples fournies ci-dessus soient systématiquement occultées par les représentants de l’islam de France car elle permettraient à tous de beaucoup mieux comprendre la véritable portée de ce verset, tout à fait limitée et historique, et l’absence en réalité de contradiction entre ce verset et le jihad guerrier offensif déclenché pour la suite des temps par Mahomet.

  • « Il ne suffit pas à une personne de se proclamer « moudjahid » pour qu’elle le soit. Il ne suffit-il à un groupuscule de se déclarer « état islamique » pour qu’il le soit. »

Enfin, le C.F.C.M. conclut encore de façon assez incohérente puisqu’après avoir rejeté toute responsabilité en matière de violence au nom de l’islam, il rend honneur à la notion de « moudjahid », c’est-à-dire « combattant [armé] », en restreignant dans son propos cet honneur à une élite.

  • « Appel Solennel : – Nous, Musulmans de France, réaffirmons notre rejet catégorique et sans ambiguïté de toute forme de violence ou de terrorisme qui sont la négation même des valeurs de paix et de fraternité que porte l’Islam. – Nous, Musulmans de France, sommes des citoyens français à part entière, faisant partie intégrante de la Nation, et solidaires de l’ensemble de la communauté nationale. – Nous, Musulmans de France, proclamons notre attachement indéfectible au pacte républicain qui nous unis tous. – Nous, Musulmans de France, proclamons notre adhésion totale aux valeurs de la République. Les Musulmans de France élèvent leurs Prières vers Dieu, le Très Clément et le Très Miséricordieux, pour qu’Il préserve et qu’Il bénisse la France ! Les Musulmans de France formulent tous leurs Vœux de Paix, de Sécurité et de Prospérité pour leur Patrie, la France. AMINE. »

Ce prêche se termine donc sans aucun mot pour les victimes et leurs proches.

En revanche, il se conclut par une déclaration politique qui, entre autres, insiste sur le fait que « les musulmans de France sont des citoyens à part entière », sujet qui n’a a priori aucun rapport avec les attentats (personne ne dénie aux Français qui violent, tuent, etc. le fait qu’ils soient à la base des citoyens Français). Il s’agit donc en réalité d’un prêche politique qui utilise les attentats comme vecteur de communication pour marteler de nouveau en filigrane le message que les musulmans de France seraient stigmatisés du fait de leur confession religieuse.

Si des chrétiens extrémistes avaient perpétré les mêmes attentats au nom du christianisme, nul doute que le message du pape et sa repentance au nom de tous les chrétiens (quand bien même il n’en serait aucunement responsable) auraient été bien différents.

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