La violence musulmane : un début bien timide de reconnaissance d’une responsabilité pourtant évidente

À l’occasion des attentats du 13 novembre 2015, l’émission de France 2 « Islam » du 22 novembre 2015 revient, entre autres, sur la question de la violence dans l’islam et de la responsabilité de la communauté musulmane sous deux angles : la condamnation publique des attentats du 13 novembre ; la difficulté de l’islam à extirper de sa doctrine ses ferments violents.

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  • La condamnation publique des attentats du 13 novembre 2015

Chacun sait que depuis des années que des attentats terroristes se produisent en France, les voix des musulmans de France ne se font guère entendre pour condamner ces agissements. Ce silence effroyable est la preuve d’une relative indifférence de la communauté musulmane vis-à-vis du sort des non-musulmans dans les pays occidentaux. Les voix musulmanes se réveillent surtout lorsque les musulmans craignent que ces agissements finissent par avoir un impact sur la perception par les non-musulmans des musulmans vivant dans les pays occidentaux : sans cette crainte, magistralement illustrée par le « pas d’amalgame », il ne se passe rien. L’émission fait en réalité le même constat.

Le Journaliste : « Les oulémas, les théologiens, que nous venons d’entendre, qui viennent de l’Égypte, qui ont condamné religieusement, théologiquement, justement ces crimes. C’est quand même extraordinaire d’entendre, justement de la voix des gens autorisés, une condamnation sans ambiguïté. »

Il quand même stupéfiant que le journaliste trouve « extraordinaire » le faits que des musulmans égyptiens (la communauté musulmane formant une grande famille comme on le sait, « l’oumma ») condamnent ces attentats (avec cela étant un mauvais argument cf. ). D’abord, on se serait attendu au fait que l’émission choisisse prioritairement des dignitaires musulmans français pour condamner ces actes : visiblement, cela ne doit pas être si évident d’en trouver (en dehors du responsable de l’émission)… Ensuite, le terme « extraordinaire », pour choquant qu’il paraisse est en réalité bien choisi : car cette condamnation par les musulmans rompt effectivement avec le silence ordinaire, habituel. D’ailleurs, c’est surtout le fait qu’elle soit sans ambiguïté qui surprend : les non-musulmans français étaient plutôt habitués à des attitudes ambiguës, le manque de sincérité des condamnations sautant habituellement aux yeux. Enfin, la référence aux « gens autorisés » laisse perplexe car on s’attendrait à des témoignages de tous les musulmans, ce qui aurait beaucoup plus de force que les témoignages isolés de quelques personnalités dont on ne sait pas qui ils représentent réellement.

À cela, Ghaleb Bencheikh répond : « Oui, et tant mieux, et il vaut mieux tard que jamais. Parce que nous pâtissions – cette fois-ci le nous je l’entends à l’ensemble des citoyens français, mais je le restreins aussi à la composante islamique de la nation – nous pâtissions d’une double difficulté : d’abord les citoyens français étaient sommés de se fondre d’une manière camaléonesque au sein de la nation, sans aucune référence à leur propre confession ; au même moment on leur demandait de se déterminer comme musulmans pour condamner la barbarie. » Et le journaliste enchaîne : « Autrement dit, vous n’êtes pas une communauté musulmane quand cela nous convient, mais dès lors qu’il y a une tragédie on vous désigne comme des musulmans pour vous exprimer. »

Il est quand même étonnant d’entendre une personnalité musulmane modérée avec une forte notoriété reprendre à son compte l’argument victimaire au travers de la contrainte qui serait imposée au musulman français de « se fondre de manière camaléonesque » dans la communauté française, comme si on imposait en France aux musulmans un châtiment particulier et qu’il y avait derrière tout cela – ce qui apparaît en filigrane dans le discours du journaliste – une stigmatisation (mot que les musulmans chérissent) bien spécifique.

Ce qui est demandé, c’est un respect des valeurs et des traditions françaises : c’est quand même la moindre des choses quand on prétend être français ! Ensuite, il faudrait que les musulmans nous expliquent pourquoi ils sont la seule communauté à poser un tel problème d’intégration et d’assimilation en France : ni les juifs, ni les bouddhistes, ni les vietnamiens, etc. ne se plaignent de quoi que ce soit. Musulmans, arrêter de vous plaindre, comme vous le conseille Tariq Ramadan (cf. victimisation).

  • La difficulté des musulmans à extirper de leur doctrine ses ferments violents pour proposer une sagesse

D’ailleurs, si les musulmans se plaignent de se voir mettre en face de leurs responsabilités, il semble que d’autres voix comprennent cette requête légitime des non-musulmans, car cela fait quand même des années que le terrorisme musulman touche l’Europe et plus généralement l’Occident.

Ainsi Rachid Abou Houdeyfa, que l’on goûte d’habitude dans un registre différent, a déclaré au lendemain des attentats : « Il y a eu, et il y a toujours eu, ici des gens égarés, qui revendiquent leur acte criminel au nom de telle ou telle religion. Aujourd’hui, c’est au nom de l’islam malheureusement. Et c’est pour cela qu’il est important que nous, musulmans, responsables religieux, eh bien nous nous justifiions, contrairement à ce que certaines personnes disent en répétant : « on n’a pas à se justifier, cela n’a rien à voir avec l’islam, etc. ». Soit, mais qu’on le veuille ou non, c’est des actes revendiqués au nom de l’islam. D’où l’importance de se justifier, de rappeler, haut et fort, avec fermeté, clairement, sans ambiguïté, que ces actes n’ont rien à voir avec l’islam. Et il est important aussi que les responsables religieux, particulièrement bien sûr les imams, lors des prêches du vendredi, non seulement condamnent, mais condamnent avec des preuves scientifiques et religieuses, et ne limitent pas simplement à condamner. Il est important aussi d’agir concrètement, au-delà de condamner sur ces actes inqualifiables de barbares – qualifiés de « barbares » si on veut – eh bien, ici, il est temps d’agir, de différentes façons (…). »

Rachid Abou Houdeyfa Attentats nov 2015

Rachid Abou Houdeyfa Attentats nov 2015

De son côté, Ghaleb Bencheikh s’enfonce dans la contradiction en déclarant, après s’être plaint de demandes de justification illégitimes (cf. ci-dessus) : « Les condamnations, les réprobations seules ne suffisent pas. Mais il faut aussi s’attaquer aux racines de la tragédie et aux racines du mal. (…) Les dignitaires, les hiérarques, les imams, les muftis, eux, avaient une véritable responsabilité, plus qu’engagée. Et, encore une fois, nous récoltons la moisson de nos démissions, de nos abdications, parce que lorsque le discours fielleux sur la violence sacrée, sur le jihad détourné, même dans son acception proliférée, eh bien on avait, par-ci par-là, que quelques petits atermoiements, le louvoiement, et encore une fois la frilosité nous a amenés à la tragédie dans laquelle nous nous trouvons. »

Si Ghaleb Bencheikh reconnaît la responsabilité des dignitaires religieux, jusqu’à leur « louvoiement », et de façon plus générale celle de la communauté musulmane – qui récolte selon lui aujourd’hui ce qu’elle a semé –, pourquoi se plaindre et trouver illégitime que les occidentaux demandent des comptes aux musulmans ? On nage dans l’incohérence.

  • Conclusion : c’est visiblement bien difficile de faire face à ses responsabilités ; avec tout ça, on n’est pas sorti de la Casbah…

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