Le droit de sortie : si le mari veut !

Dans la doctrine et la culture musulmane, la femme reste pour l’essentiel au foyer pour s’en occuper ainsi que des enfants. Elle ne peut sortir de chez elle qu’avec l’autorisation de son époux, ou elle doit être de toute façon accompagnée. Le principe général est donné par le Coran :

Coran, sourate 4, verset 34 : « (…) Les femmes vertueuses sont obéissantes et protègent ce qui doit être protégé [ndlr le foyer et les biens], pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. »

La jurisprudence chaféite indique :

Section m10.4 «  Le mari peut interdire à sa femme de quitter la maison (car, selon le hadith rapporté par Bayhaqi, le prophète a dit : « Il n’est pas permis à une femme qui croit en Allah et dans le dernier jour d’admettre dans la maison de son mari quelqu’un si son mari s’y oppose, ou de sortir si son mari y répugne »). Mais si un de ses parents meure, il est préférable de laisser la femme lui rendre visite. »

Section m10.3 «  Un mari peut autoriser son épouse à quitter la maison pour une leçon sur la Loi sacrée, pour invoquer Allah (dhikr), pour voir ses amies, ou pour aller en ville. Une femme ne peut pas quitter la ville sans être accompagnée par son mari ou un membre de sa famille inapproprié pour le mariage, à moins que ce voyage ne soit obligatoire, comme dans le cas du hajj. Il est contraire à la loi pour elle de voyager pour d’autres raisons, et contraire à la loi pour son mari de l’autoriser à voyager ainsi. (…) »

Il ne manque plus que la laisse. Le Statut indique de son côté que la femme musulmane doit : « 6) Ne quitter son foyer que pour une raison valable en ayant à l’avance la permission de son mari. Dans la rue, elle doit être discrète et ne pas étaler ses charmes ou sentir le parfum à cent lieux. Cela la préservera de tomber dans le péché. »

Le Conseil Européen pour les fatwas donne les directive suivantes à l’intention des musulmans vivant aujourd’hui dans les pays non-musulmans :

–  « L’époux a le droit d’interdire à sa femme de rendre visite à une femme précise, musulmane ou non, s’il craint que cela porte tort ou préjudice à son épouse ou à ses enfants, ou à sa vie conjugale. C’est l’homme en effet qui a autorité sur la famille et qui est son gardien. Il est donc tenu de préserver celle-ci de tout ce qui l’exposerait à un danger, qu’il soit réel ou supposé, l’une des règles de base étant que la prévention du mal doit prévaloir sur l’intérêt éventuel. »

–  « Nous recommandons à l’homme de ne pas abuser de son autorité, de ne pas être excessivement soupçonneux et de ne pas imposer à sa femme un isolement similaire à celui de la prison, la privant de contacts avec tous ceux qu’elle connaît, du fait de ses propres soupçons et conjectures. »

–  « Le mari n’a pas le droit d’interdire à son épouse d’assister à des séminaires islamiques féminins mais cette activité féminine ne doit pas se faire au détriment de l’époux et des enfants. »

Yusuf Qaradawi rappelle : « Quant aux devoirs que doit la femme envers son mari, le Prophète a dit : « Il n’est pas permis à une femme qui croit en Dieu de permettre à ceux que son mari n’aime pas d’entrer dans sa maison, ni de sortir contre son gré, ni d’obéir à quelqu’un dans ce qui lui fait du tort, ni de bouder son lit. Elle ne doit pas le frapper (si elle est plus forte que lui). Si elle est fautive, qu’elle se donne à lui jusqu’à le satisfaire. S’il accepte cela d’elle, c’est très bien et Dieu accepte son excuse et met en évidence son argument. S’il ne l’accepte pas, elle fait parvenir sa propre excuse auprès de Dieu » (al-Hakim). »

Yusuf Qaradawi écrit également : « Chaikh al-Islam Ibn Hajar a dit que ce hadith [ndlr rapporté par Sa’d al-Ansari] permet à la femme de servir son mari et ceux qu’il invite. Il est évident que cela n’est concevable qu’en l’absence de toute tentation et à condition qu’elle voile tout ce qu’elle est tenue de voiler. Ce hadith permet également à l’homme d’employer sa femme pour un tel service. Si la femme ne se couvre pas comme il se doit, comme ce que font la plupart des femmes de notre temps, sa présence devient interdite. »

Le Conseil Européen pour les fatwas écrit : « Nous ne nions pas qu’il existe dans certains pays [ndlr musulmans] des coutumes sévères pour la femme qui tendent à l’emprisonner chez elle et la condamnent à la prison perpétuelle jusqu’à la mort. Il se trouve que certains théologiens approuvent cette orientation. Les preuves légales authentiques, étayées par des arguments sérieux, s’opposent toutefois à cela, indépendamment des objectifs de la Loi, des intérêts des individus et de l’évolution de l’époque et de l’humanité. »

Yusuf Qaradawi complète : « L’islam n’astreint pas la femme, comme on veut le dire, à rester prisonnière à la maison dont elle ne sort que pour la tombe. Il est au contraire permis de sortir pour faire ses prières, pour rechercher le savoir, pour répondre à ses nécessités et pour toute raison légale habituelle ou religieuse. C’est ce que faisaient les femmes des compagnons du Prophète et celles des meilleures générations suivantes. Certains d’entre elles sortaient pour prendre part au combat et aux expéditions militaires avec le Messager de Dieu, les califes et les chefs militaires qui vinrent après eux. (…) Le Prophète a dit : « Quand la femme de l’un de vous demande la permission de se rendre à la mosquée, qu’il la lui donne » (hadith rapporté par al-Boukhari). Dans un autre hadith, il dit : « N’empêchez par les servantes de Dieu (les croyantes) d’aller aux mosquées. » (hadith rapporté par Muslim) »

Autoriser sa femme à aller à la mosquée est une chouette idée qui ravit certainement les femmes musulmanes mais qu’en est-il, dans le monde moderne, des sorties au cinéma, au théâtre, dans les musées, dans les concerts… ? Le statut de la femme musulmane est-il vraiment compatible avec un épanouissement culturel personnel ?

2 réflexions au sujet de « Le droit de sortie : si le mari veut ! »

  1. Salut,
    Je dois dire que été choquée par les arguments qu’avancent une bonne partie des théologiens et des savants islamiques. Je me dois tout de même d’affirmer que leur propos n’ont rien à voir avec l’islam.
    En Islam, la relation de couple est basée sur le respect et non sur la domination. Les « fqihs » ou je ne sais quoi sont pour la majorité des hommes, et je n’ai aucun scrupule à affirmer que la plupart exigent l’enfermement des femmes pour satisfaire leur naturel frustré et macho. Ces hommes me degoutent et font honte à notre religion. La femme musulmane se maquille, se parfume et est libre de sortir à tout heure. Si elle est marié, alors leur mariage repose sur la confiance.
    Ces « preuves » que vous citez dans l’article n’ont pour la plupart pas de poids. Il a été prouvé que les femmes du temps du prophète voyageaient seules et sortaient quand bon leur semblait.

    1. Merci beaucoup pour votre commentaire. Croyez bien que je serais enchanté si le sort de la femme musulmane était tel que vous le décrivez dans la doctrine de l’islam, mais tel ne me paraît pas être le cas.

      Quelques réactions sur des points particuliers en matière de doctrine (qui est mon seul angle d’analyse, puisque mon objectif n’est pas sociologique mais doctrinal, base de tout) :

      – « cela n’a rien à voir avec l’islam » : c’est le propos qu’on entend systématiquement lorsque quelque chose ne va pas en islam. Encore faut-il le prouver, sinon c’est un peu facile.

      – Vous ne pouvez pas écarter d’un revers de main vos propres textes sacrés (Coran, hadiths) ni la jurisprudence des écoles de l’islam ou les avis d’éminents juristes ou islamologues eux-mêmes musulmans (Yusuf Qaradawi, Tariq Ramadan, Malek Chebel,…).

      – Ces « preuves » ne sont pas MES preuves mais VOS preuves puisque vous êtes musulmane. Les musulmans, lorsqu’on les critique, réclament les preuves, c’est-à-dire les références scripturaires du Coran ou de la Sunna venant à l’appui du propos : c’est précisément ce que je fais dans tous les articles de mon site.

      – Comment baser une relation de couple sur le respect quand le Coran vous dit que le mari peut battre sa femme s’il craint sa désobéissance (sourate 4, verset 34) ? Heureusement évidemment que tous les maris musulmans n’appliquent pas cette recommandation et que beaucoup conçoivent la relation maritale de façon tout autre, mais qu’une religion dite « d’amour et de paix » contienne dans sa doctrine même un tel verset n’est-il pas stupéfiant ?

      À vrai dire, je ne comprends l’intérêt d’une femme à être musulmane alors qu’elle pourrait être athée, chrétienne, bouddhiste,… et jouir ainsi pleinement de sa liberté de femme, s’épanouir sans contrainte externe imposée (par la famille, le mari, etc.), et choisir ainsi sa destinée. Quel est le bénéfice ?

      J’ai maintes fois constaté que les femmes musulmanes (et les musulmans plus généralement d’ailleurs) n’ont en réalité aucune idée du contenu des spiritualités autres que l’islam, ce qui les prive de cette interrogation. Mais si vous avez lu les Évangiles ou les textes des religieux bouddhistes par exemple, j’aimerais bien savoir en quoi vous considérez que l’islam est une religion meilleure pour la femme du point de vue de la doctrine.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

trois × trois =

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.