L’islam : un nouvel iconoclasme

De même qu’il détruit les statues (cf. statues) conformément à la doctrine musulmane et à la pratique de Mahomet, l’État islamique s’en prend également aux images : est-il légitime à le faire ?

  • Les images créées et les images photographiées

Yusuf Qaradawi indique que le principe général de condamnation des images a été énoncé par Mahomet : « Le Prophète a fait savoir que : « Celui qui dessine une image sera chargé le jour de la Résurrection d’y insufler la vie et il ne pourra jamais y arriver » (hadith rapporté par al-Boukhari et d’autres). Cela veut dire qu’on lui demandera de donner la vie et on ne lui demandera que pour lui montrer son incapacité et le blâmer. »

En revanche, les photographies de créatures animées (personnes ou animaux) n’étant pas des images créées de la main de l’homme, celles-ci sont licites comme le précise Yusuf Qaradawi : « Ce qui apparaît nettement ici, c’est la décision juridique prononcée par Chaikh Mohammed Bakhit, le moufti d’Égypte, à savoir que le fait de prendre une image avec l’appareil photographique n’appartient nullement au dessin interdit ; car le dessin interdit est la création d’une image, la fabrication d’une image qui n’existait pas auparavant et qui n’avait pas déjà été fabriquée. Son auteur cherche ainsi à créer un animal, tel que l’a créé Dieu exalté. Or cette intention ne se trouve pas dans le fait de prendre des photographies avec cet appareil. »

  • La mise en application par Mahomet

Yusuf Qaradawi rappelle que Mahomet respectait rigoureusement cette règle : « On rapporte qu’Ali Ibn Abi Talib a dit : « Le Messager de Dieu était dans un cortège funèbre. Il dit : « Qui d’entre vous veut bien aller à Médine et n’y laisser aucune statue sans la briser, aucune tombe sans la niveler à hauteur de sol, aucune image sans la barbouiller ? » Quelqu’un répondit : « Moi, ô Messager de Dieu ! » L’homme partit et les habitants de Médine eurent peur de s’y opposer : puis il dit à son retour : « Ô Messager de Dieu ! Je n’y ai laissé aucune statue sans la briser, aucune tombe sans la niveler à hauteur du sol, et aucune image sans la barbouiller ». Le Messager de Dieu dit alors : « Celui qui revient à l’une de ces pratiques aura renié ce qui a été descendu sur Mohammad » » (hadith rapporté par Ahmad) »

La position – assez isolée – de Malek Chebel mériterait d’être explicitée tant elle paraît opposée à ces éléments fondamentaux. Il écrit :

–  « La question des images n’est pas traitée en propre par le Coran ou par le hadith, mais dans la tradition sunnite. En théorie, on ne doit pas représenter Allah ou le Prophète, en sachant que l’interdit lié au Prophète est plus intériorisé encore que celui qui concerne Allah. Cet interdit de la représentation, s’il est attesté, ne s’est fait que tardivement, à la suite de la cristallisation d’un tabou spontané et encore peu étudié. Les théologiens ont beau jeu de sortir un hadith prophétique selon lequel le peintre ne sera pas reçu au paradis, car il aura contrefait l’œuvre de Dieu. Mais si le peintre annonce d’entrée de jeu qu’il ne cherche en rien à imiter l’œuvre de Dieu ou à distraire le croyant de son objectif primordial, cette réserve devrait tomber d’elle-même. (…) D’ailleurs, toutes ces préventions tombent en grande partie chez les chiites. »

–  « Toutes les études montrent que l’interdit de l’image est fondé sur des approximations. Rien de solide ne vient étayer la thèse qui le soutient. »

  • Haro sur les non-musulmans, et en particulier les chrétiens !

Parmi les images les plus détestées figurent naturellement celles qui sont susceptibles de conduire à une sorte de vénération indirecte, comme l’indique Yusuf Qaradawi : « Parmi les images qu’il est interdit de faire ou d’acquérir, sont tout d’abord celles représentant des personnages entourés d’un culte religieux ou glorifiés à outrance. Les premières sont par exemple les images des prophètes, des anges et des saints, tels qu’Abraham, Isaac, Moïse, Marie, Gabriel. De telles images sont très répandues chez les chrétiens. Certains innovateurs de l’islam les ont en partie imités en représentant Ali, Fatima,etc. »

Naturellement, pour Yusuf Qaradawi la détestation est d’autant plus forte que l’image illustre l’incroyance dans la mission de Mahomet : « Entrent dans la catégorie des images interdites les images des mécréants, des injustes et des dépravés, que le musulman doit absolument considérer comme ses ennemis et qu’il doit détester pour Dieu. Il n’est guère permis à un musulman de fabriquer ou d’acquérir l’image d’un chef athée reniant jusqu’à l’existence de Dieu, celle d’un idolâtre associant les vaches à Dieu, le feu ou autre chose, celle d’un juif ou d’un chrétien ne voulant pas reconnaître la mission prophétique de Mohammad, ou l’image d’un soi-disant musulman qui ne gouverne pas selon ce que Dieu a révélé, ou qui propage l’immoralité et le vice dans la société comme le font les artistes et les chanteurs des deux sexes. »

  • L’extension aux formes symboliques

Mais l’interdit va en réalité beaucoup plus loin comme l’indique Yusuf Qaradawi puisqu’il ne concerne pas que la représentation de créatures animées : « Il en est de même pour les images qui expriment l’idolâtrie ou les emblèmes de certaines religions que n’admet pas l’islam, telles que les statues, les croix et toutes autres choses du même genre. Il se peut que plusieurs tapis et des rideaux, qui existaient au temps du Prophète, aient comporté toutes ces sortes d’images et d’horreurs. Al-Boukhari a rapporté que le Prophète ne laissait rien chez lui contenant des motifs en forme de croix sans l’éliminer. »

Les images chrétiennes sont particulièrement honnies d’après Yusuf Qaradawi : « Les images qui sont les plus sévèrement interdites et qui représentent le plus grave péché sont celles qu’on adore en dehors de Dieu, tel que le Messie chez les chrétiens. De pareilles images conduisent leur auteur à l’incroyance s’il les a faites en connaissance de cause et de façon intentionnelle. Les images matérialisées entrant dans cette catégorie représentent le plus grand péché et sont les plus reniées. »

  • Conclusion

Il est heureux que l’Europe ne soit pas musulmane aujourd’hui sinon il faudrait derechef mettre au bûcher la quasi-totalité de la peinture de la Renaissance, sans parler d’une bonne partie du reste… Ouf ! Mais pour combien de temps encore ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 × 5 =

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.