Frapper sa femme : une démarche cohérente en islam

Quoiqu’en disent les dénégateurs, le Coran offre sans aucune ambiguïté la possibilité au musulman de frapper ses femmes (cf. frapper dans le Coran). Comment faut-il comprendre aujourd’hui l’exercice de ce droit et qu’est-ce qui le rend légitime ?

Au-delà des positions des uns et des autres déjà évoquées dans un autre article (cf. frapper), voici une analyse alinrès intéressante d’une sommité mondiale du droit musulman : Yusuf Qaradawi (voir personnalités).

  • Rappel : le droit de frapper sa femme est le corollaire de l’expression de l’autorité de l’homme car la femme doit obéir à son mari

Yusuf Qaradawi écrit : « L’homme est le seigneur de la maison et le maître de la famille d’après sa constitution, ses prédispositions naturelles, sa position dans la vie, la dot [ndlr le mahr] qu’il a versée à son épouse et l’entretien de la famille qui est à sa charge. Pour toutes ces raisons, la femme ne doit pas désobéir à son mari, ni se rebeller contre son autorité provoquant ainsi la détérioration de leur association, l’agitation dans leur maison ou son naufrage du moment qu’elle n’a plus de capitaine. »

  • L’analyse telle qu’elle ressort des écrits de Yusuf Qaradawi

Yusuf Qaradawi précise bien sûr : « Le Prophète a fortement déconseillé les coups en disant : « Pour quelle raison l’un de vous frappe-t-il sa femme comme on frappe son esclave ? Il se peut qu’il ait des rapports [ndlr sexuels] avec elle en fin de journée » (hadith rapporté par Ahmad). Il a dit au sujet de ceux qui frappent leurs femmes : « Vous ne les trouverez pas parmi les meilleurs d’entre vous » (hadith rapporté par Ahmad, Abou Dawoud et an-Nassa’i). »

D’ailleurs, les meilleurs musulmans ne devraient pas avoir à y recourir puisque, d’une part, ils devraient avoir choisi les meilleures femmes musulmanes, les plus obéissantes conformément au statut que le Coran leur attribue ; et, d’autre part, parce qu’ils devraient être en mesure de trouver un moyen par leur intelligence de convaincre leurs femmes de redevenir obéissantes sans avoir à recourir à la force. C’est un objectif qui n’est malheureusement pas à la portée de tous et toutes.

Mahomet faisant naturellement partie des meilleurs musulmans, il s’est sans doute tenu à cette conduite. Yusuf Qaradawi rappelle : « An-Nassa’i a rapporté cette partie du hadith d’Aïcha : « Jamais le Messager de Dieu n’a frappé l’une de ses épouses ou l’un de ses serviteurs. Il n’a jamais frappé quelqu’un de sa main, sauf dans le sentier de Dieu, ou lorsqu’on transgresse une des limites de Dieu. Dans ce cas, il se venge, pour Dieu, du transgresseur. » »

En réalité, Aïcha, qui n’était rappelons-le qu’une petite fille puis une adolescente, a affirmé sa conviction, qui ne peut en aucun cas constituer une preuve. Comment aurait-elle pu être présente en permanence avec Mahomet ? Si Mahomet a un jour levé la main sur une de ses femmes en privé, celle-ci n’avait intérêt à en faire état en public pour préserver son honneur : comment Aïcha l’aurait-elle su à coup sûr ? Et puis aller se confier à une petite fille quand on est une femme d’âge mûr…

Bref, quittons cette terrain du comportement de Mahomet qui ne peut apporter aucune certitude et ne fournir aucune argumentation valable, dans le contexte de l’exemplarité de Mahomet. Eh effet, si Mahomet avait voulu interdire les coups à tous, il n’avait simplement qu’à le dire : or il ne l’a pas fait. D’ailleurs, ce n’est même pas la question puisque le Coran, donc Allah, est explicite (comme le Coran le revendique lui-même, pour une fois à bon escient…).

En réalité, il va de soi que les coups ne sont pas une préconisation pour régler immédiatement n’importe quel différend entre le mari et ses épouses mais une solution graduelle, qui reste, il faut le souligner, néanmoins parfaitement valable pour les musulmans, même pour ceux résidant en Occident.

Yusuf Qaradawi rappelle d’ailleurs : « Un homme vient demander au Prophète : « Ô Messager de Dieu ! Quels sont les devoirs que doit le mari envers sa femme ? » Il répondit : « Il doit la nourrir quand il a de quoi se nourrir et la vêtir quand il a de quoi se vêtir. Il ne doit pas la frapper au visage, ni lui souhaiter de devenir laide, ni la mettre en quarantaine en dehors de la maison » (hadith rapporté par Abou Dawoud et Ibn Hiban). » Dans ce hadith, Mahomet n’évoque clairement pas une interdiction de frapper une femme mais seulement de la frapper au visage.

Donc reprenons : avant les coups, il doit y avoir tentative de négociation. Ce qui est interdit au musulman, c’est de frapper sa femme sans avoir préalablement tenté de négocier avec elle pour la ramener à l’obéissance.

Si la négociation et l’abandon du lit conjugal sont inefficaces, alors viennent les coups. Yusuf Qaradawi précise : « Si cela s’avère inutile, il essaie de la corriger avec la main tout en évitant de la frapper durement et en épargnant son visage. Ce remède est efficace avec certaines femmes, dans des circonstances particulières et dans une mesure déterminée. Cela ne veut pas dire qu’on la frappe avec un fouet ou un morceau de bois. C’est plutôt une façon de frapper pareille à ce que dit le Prophète à l’un se ses serviteurs qui l’avait irrité : « Si je ne craignais pas la loi du talion du jour de la Résurrection, je te ferais certainement bien mal avec ce cure-dents (bâton d’arac) » (hadith rapporté par Ibn Sa’d). » Il n’est pas précisé ce que signifie le terme « durement », mais on peut imaginer que cela n’est clairement pas de l’ordre de la tape amicale.

S’agissant du visage, Yusuf Qaradawi précise la raison de cette interdiction : « Il n’est pas permis à l’homme de frapper sa femme au visage car cela est une humiliation à la dignité humaine et c’est aussi un danger pour cette partie du corps qui regroupe les principaux traits de beauté du corps. S’il est permis au musulman, en cas de nécessité, de corriger sa femme lorsqu’elle se montre fière et rebelle, il ne lui est pas permis de la frapper durement, surtout au visage ou aux endroits vitaux. »

  • Conclusion

La conclusion de Yusuf Qaradawi est on ne peut plus claire : « L’imam al-Hafiz Ibn Hajar a dit : « Il y a dans ces paroles du Prophète « Jamais les meilleurs d’entre vous ne frappent leurs femmes » une preuve qu’il est globalement permis de les frapper pour les corriger, si le mari voit chez elle quelque chose qu’il n’aime pas dans sa façon d’accomplir son devoir d’obéissance envers lui. S’il se contente de la menacer ou de lui faire des remontrances, cela est préférable toutes les fois qu’on peut atteindre son but par la suggestion sans recourir aux actes, car cela détériore la bonne entente qui doit régner dans la vie conjugale. Maintenant, s’il s’agit d’une affaire où il y a désobéissance envers Dieu, il doit la frapper. (…) Si tout cela ne donne aucun résultat et si l’on craint l’aggravation de leur désaccord, c’est alors que la société islamique et les gens connus pour leur sagesse et leur bonté doivent intervenir pour les réconcilier. »

PS : Pour plus de détail, voir également la jurisprudence chaféite (cf. jurisprudence chaféite) sur cette question, tout à fait cohérente avec l’analyse ci-dessus et qui apporte même des précisions intéressantes.

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