Polygamie : le mensonge de l’impossible équité

Pour défendre l’honneur des musulmans dans la controverse sur la polygamie qui les oppose au reste du monde, et pas seulement à l’Occident (sur lequel ils font une fixation), le sempiternel argument ressassé à longueur de temps est celui de la quasi-impossibilité de la polygamie compte tenu des conditions drastiques qui seraient mises par l’islam :

Coran, sourate 4, verset 3. (…) Épousez, comme il vous plaira, deux, trois ou quatre femmes. Mais, si vous craignez de n’être pas équitable, alors une seule, ou des concubines [ndlr ou esclaves de guerre]. (…)

Mais quelles sont donc ces conditions drastiques ?

Yusuf Qaradawi précise la notion d’équité : « Quant à la condition imposée par la polygamie, c’est la certitude du musulman de pouvoir être équitable entre ses épouses dans l’alimentation, la boisson, les vêtements, le logement, et le lit et le reste des dépenses d’entretien. »

Qu’y a-t-il donc de si difficile à partager équitablement des biens entre plusieurs femmes ? A priori rien : il suffit de faire la division. Comme dans une écurie : rien n’empêche de bien traiter tous ses chevaux et de leur donner la même ration d’avoine. Simplement, pour un même gâteau (les biens du mari), plus il y a de convives, plus les parts sont petites, voire chiches. L’argumentation est tout aussi pauvre et creuse dans le contexte de la réforme de la Moudawana au Maroc (cf. moudawana).

L’équité peut même facilement être appliquée sur la question du temps passé avec ses épouses. Ainsi Yusuf Qaradawi rappelle comment s’y prenait Mahomet : « Quand il envisageait de faire un voyage, il faisait un tirage au sort pour désigner laquelle de ses épouses allait l’accompagner (hadith unanime). Il n’agissait ainsi que pour ne pas blesser l’amour-propre de l’une d’entre elles et pour donner satisfaction à tout le monde. »

En réalité, le caractère équitable ne peut pas être assuré en matière affective – on a toujours une préférence – mais ce n’est justement pas demandé par Allah au croyant, puisqu’Allah sait que c’est impossible.

Ainsi Yusuf Qaradawi rappelle : « Le Prophète a dit : « Celui qui a deux épouses et qui penche vers l’une au détriment de l’autre, viendra le jour de la Résurrection traînant l’une de ses deux moitiés tombée ou penchée » (hadith rapporté par Abou Dawoud et al-Hakinm). Cette inclination du mari contre quoi ce hadith met en garde est la transgression des droits de l’autre dans la justice, et non le simple penchant du cœur. »

Et Yusuf Qaradawi poursuit : « Car cela entre en effet dans la justice qu’on ne peut réaliser et qui a fait l’objet du pardon de Dieu : « Vous ne pourrez jamais être équitables envers vos épouses même si vous vous y appliquez. Ne penchez pourtant pas entièrement (vers l’une d’elles) » (Coran, sourate 4, verset 129). C’est pourquoi le Messager de Dieu partageait équitablement et disait : « Seigneur ! Tel est mon partage selon les moyens dont je dispose. Ne me tiens pas rigueur dans ce que Tu détiens et que je ne détiens pas » (voir al-Sounan). Il faisait allusion au penchant du cœur et des sentiments en faveur de l’une de ses femmes et qu’il ne pouvait éviter. »

Conclusion : Où sont ces fameuses conditions drastiques qui réduisent la polygamie musulmane à un simple phantasme au lieu de ce qu’elle est : un droit parfaitement valide offert au musulman partout où il réside, y compris en Occident ?

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