Science sans conscience n’est que ruine de l’âme

Le monde occidental a dépassé depuis longtemps le stade de l’absurdité consistant à vouloir plier les lois de l’univers physique aux lois de la religion. Il y a belle lurette que le Soleil tourne autour de la Terre. Pourtant, dans la prétention de l’islam à tout expliquer, ou à être à l’origine de tout, il peut arriver que les musulmans se réfèrent encore aujourd’hui à la religion, et donc aux avis des imams, sur des questions pourtant exclusivement scientifiques, au point de sombrer dans le ridicule (comme cela a pu d’ailleurs être le cas par le passé pour d’autres religions ou spiritualités).

Certains exemples sont tellement invraisemblables qu’on croirait à une caricature ou que les occidentaux qui les citent sont automatiquement vilipendés comme des conspirationnistes ne cherchant qu’à faire du tort à l’islam. Pourtant, ces exemples sont bien réels, comme le confirme Moncef Zenati :

Havre de savoir Asharisme

Havre de savoir Asharisme Extrait

Le commentaire de Moncef Zenati est tout à fait juste et intéressant : en effet, au-delà d’une ignorance abyssale, ce type de propos dénote surtout une incapacité à penser par soi-même de façon rationnelle et critique hors de la sphère du religieux. Le poids du religieux est tel que certains musulmans n’osent plus porter par eux-mêmes le moindre regard critique sur ce qui leur est dit ou enseigné (constatation faite par de nombreux penseurs musulmans, comme Tariq Ramadan cf. esprit critique).

Cette cécité intellectuelle invraisemblable ouvre la porte tout grand à l’obscurantisme et aux thèses complotistes de tous ordres, puisque tout est « retravaillé », régurgité, pour justifier une fin que la religion a auparavant écrite.   Et malheureusement il ne faut pas croire que cette tare ne touche que les populations les moins favorisées. Pour preuve cette élégante démonstration faite en 2015 par représentant d’Arabie Saoudite, Bandar Al-Khaybari, prédicateur saoudien affilié au Ministère des Affaires religieuses :

Bandar Al-Khaybari

Al Khaybari

Voici ce que dit ce prédicateur :

« Quelqu’un demande si la Terre tourne ou si elle reste sur place. Se meut-elle ou reste-t-elle immobile ? La vérité, décrite par nos érudits Imam Ibn Baz et Cheikh Saleh Al-Fawzan, est que la Terre est immobile et ne bouge pas. Cela correspond au texte coranique, et cela est logique. Le Coran contient de nombreuses preuves montrant que c’est le soleil qui tourne autour de la Terre. Une preuve basée sur la raison… Les Occidentaux présentent toutes sortes de théories, mais nous, les musulmans, avons aussi des théories et un cerveau. D’abord, supposons que nous allons d’ici à l’aéroport de Charjah et prenons un avion pour la Chine. Vous me suivez ? Concentrez-vous maintenant. Disons que c’est la Terre, et supposons qu’elle tourne… Si l’on prend un vol international de Charjah vers la Chine. Vous dites que la Terre tourne, n’est-ce pas ? Si l’avion s’arrêtait dans les airs, la Chine devrait venir à lui, n’est-ce pas ? Ai-je raison ou non ? Si la Terre tournait – la Chine devrait s’approcher de l’avion. A présent, supposons que la Terre tourne dans l’autre sens – l’avion n’atteindrait jamais la Chine, quelle que soit la durée de son vol. Puisque la Chine tourne aussi, il n’y arriverait jamais.

Deuxièmement, Allah a parlé de la maison céleste fréquentée par des anges.  La maison est située dans le septième ciel. Le prophète Mahomet a dit que si elle  tombait du ciel, elle tomberait sur la Ka’ba. Mais si la Terre tournait, elle ne tomberait pas sur la Ka’ba. Elle tomberait dans l’océan ou quelque part sur la terre ferme. Cela prouve que la Terre est immobile. Les Américains disent qu’ils ont atterri sur la Lune, mais ils ne l’ont jamais foulée du pied ni posé les yeux sur elle. Ils ont produit tout cela à Hollywood. Ils ont raconté qu’ils sont allés sur la Lune et nous les avons crus sur parole. »

Mais cela s’arrête-t-il aux questions scientifiques ? Eh bien, non, malheureusement. C’est un travers qui semble s’insinuer dans tous les types de comportement. L’enseignement prodigué par les imams, dans tous les domaines, n’est pas remis en cause. Le bon musulman se soumet à l’enseignement qu’il reçoit, car on lui enseigne généralement qu’il n’est pas légitime à oser la moindre question critique. Ainsi, le rappeur français Kery James nous explique dans l’échange qu’il eut il y a quelques années avec Taslima Nasreen qu’il se fie uniquement à l’enseignement qu’il a reçu :

Kery James et Taslima Nasreen

Islam Kery James et Taslima Nasreen

Face à une femme qui a dû fuir son pays son peine de mort car ayant critiqué puis apostasié l’islam, Kery James n’a d’autre réponse que les enseignements qu’il a reçus et dont on voit bien qu’il ne les a aucunement questionnés. L’absence totale de regard critique face à une situation vécue pourtant bien réelle va jusqu’au déni de réalité.

Kery James parle de « ce qu’il sait », de « ce qu’il a appris », de « ce qui est confirmé » : et que sait-il ? qui a confirmé quoi ? Bref, il ramène toute la discussion à son cas personnel sans se préoccuper un instant de ce qui se passe dans le monde ou autour de lui.

Puis il démontre son ignorance du Coran car ce que dit Taslima Nasreen à propos du Coran est tout à fait exact. Si le format de l’émission s’y était prêté et si Kery James lui avait laissé vraiment l’opportunité de répondre, elle aurait pu aisément fournir les références précises du Coran qu’il lui réclame (vous les trouverez sur ce site…). Mais en réalité Kery James ne peut pas entrer dans un dialogue critique avec Taslima Nasreen.

Comment est-il encore possible aujourd’hui de raisonner ainsi (si on peut encore appeler cela raisonner) ? Comment imaginer alors entamer le moindre dialogue critique et constructif dans ces conditions pour un éventuel vivre-ensemble ?

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