Poitiers : pour l’honneur des musulmans !

Dans leur paranoïa victimaire (reconnue par les musulmans eux-mêmes cf. victimisation), certaines associations ou organisations musulmanes tentent au travers de l’enseignement aux masses musulmanes diffusé sur internet encore aujourd’hui en 2015 de dresser une vision complotiste de l’histoire, les occidentaux étant implicitement accusés de vouloir systématiquement dénigrer et abaisser les musulmans et leur contribution à la civilisation.

Le caractère assez détestable de cette démarche est qu’elle est naturellement à vocation globalisante, prétendant ériger en règle ou sentiment général une soi-disant « conclusion » sur les intentions nécessairement nuisibles de l’Occident vis-à-vis du monde musulman. Et ce d’autant plus que le public auquel cet enseignement est destiné n’a ni le bagage historique ni le recul suffisant pour porter un regard critique sur son contenu. C’est malheureusement un procédé bien connu que de parvenir à la conclusion que l’on souhaite à partir d’une interprétation alambiquée et orientée de l’histoire.

D’abord, il faut sans doute remarquer que s’il y a une zone où chacun est totalement libre d’étudier l’histoire, d’en proposer une interprétation personnelle sans tabou, c’est bien l’Occident, car la critique y est libre, contrairement au monde musulman. D’ailleurs, dans les derniers siècles, les noms des grands historiens musulmans qui auraient marqué la recherche historique mondiale ne viennent pas immédiatement à l’esprit.

Imaginez-vous un instant qu’un historien musulman se permette de faire une analyse critico-historique sans concession des réels éléments factuels dont l’histoire dispose pour retracer l’existence de Mahomet et faire la part entre le réel historique et l’imaginaire symbolique ? C’est juste impensable pour un musulman. Pourtant, il y a beaucoup de choses à dire et nous y reviendrons dans d’autres articles.

Un exemple frappant est donné par la bataille de Poitiers en 732, pour laquelle une organisation musulmane a organisé en 2014 un séminaire spécial destiné à éradiquer ce « mythe ».

Havre de savoir Poitiers Seminaire

Au demeurant, le fait est bien connu par les historiens : en 732, l’émir de Cordoue Abd al-Rahman traversa les Pyrénées pour aller piller et saccager Bordeaux. Puis il se dirigea vers Tours pour y piller l’abbaye Saint-Martin dont on disait qu’elle recelait des trésors. Sur le chemin, il incendia à Poitiers l’église Saint-Hilaire. Une coalition sous la direction de Charles Martel, incluant des Alamans, des guerriers de Germanie, stoppa quelque part avant Poitiers les musulmans. L’émir fut tué dans les combats. Quoique les musulmans ne fussent pas vaincus, ils avaient perdu leur chef et ils finirent par déserter leur camp dans la nuit.

L’historien musulman explique que si les musulmans se sont retirés, c’est en raison de querelles intestines : certes. Il n’y sans doute pas eu de grandes batailles ayant engagé des troupes nombreuses même si elles étaient présentes. Mais Abd al-Rahman fut bien tué. Aussi, conclure que Charles Martel n’a pas arrêté les musulmans ne paraît pas faire corps avec une démarche intellectuelle rigoureuse, et semble beaucoup plus dénoter en réalité un souci de sauvegarder ou de redorer l’honneur des musulmans et de leur armée.

Havre de savoir Poitiers 1

Havre de Savoir Poitiers 1

Il faut rappeler que les raids musulmans se poursuivirent notamment dans la région de Narbonne et ce n’est qu’à la fin du VIIIème siècle que les musulmans furent définitivement repoussés au-delà des Pyrénées.

La bataille de Poitiers a pu faire l’objet d’une instrumentalisation à certaines époques de l’histoire pour renforcer l’opposition de l’Europe chrétienne aux musulmans. Mais aujourd’hui, et depuis de nombreuses années déjà, ces faits sont bien connus des historiens et restitués comme tels.

Que la bataille de Poitiers prenne dans l’imaginaire des Français une place symbolique est vrai et naturel : comme Marignan en 1515 (combien de Français sont capables de dire ce qui s’y est passé ?). Cela fait partie des dates « mythiques » de l’identité française, sachant par ailleurs que l’enseignement de cette période intervient dans les petites classes pour des raisons chronologiques et qu’il est difficile d’entrer dans de grands détails avec de jeunes enfants.

Mais ce qui est le plus intéressant, est que le musulman, persuadé que l’occidental lui en veut, va par tous les moyens tenter de se conforter dans l’idée que l’intention perverse de l’occidental est manifeste, car on lui a menti, comme le montre cet extrait (NB : la totalité de l’émission est disponible sur internet pour ceux qui le souhaitent) :

Havre de savoir Poitiers 2

Havre de savoir Poitiers 2

Au-delà de la paranoïa musulmane qui semble caractérisée cette vidéo, rappelons juste ce qui est dit dans un ouvrage culte d’histoire, et que beaucoup de Français des anciennes générations ont lu et étudié : le « Malet & Isaac ». Dans la version Marabout de 1980, un chapitre est consacré aux Mérovingiens sous le titre « La Gaule sous les Mérovingiens – Recul de la civilisation » : on voit déjà que le regard porté sur la civilisation gauloise de l’époque est assez critique, il y a déjà plus de 30 ans !

Les sections 2, 3 et 4 sont intitulées respectivement « Manque d’unité de la Gaule Mérovingienne / Brutalité des mœurs et anarchie / Recul de la civilisation ». Si les historiens français de l’Occident chrétien avait voulu magnifier la culture gauloise face à la culture musulmane, sans doute s’y seraient-ils pris différemment ! Enfin, pour ce qui est de la bataille de Poitiers, il y est dit que Charles Martel « arrêta » les Arabes à Poitiers – ce qui est exact, (c’est une vérité de La Palice, puisque s’il n’avait pas été là, ils ne se seraient pas arrêtés…) –, aucune précision particulière n’étant donnée quant à la nature des combats.

Comment alors entamer un dialogue critique avec une personne qui, avant même le début d’un échange, est persuadée que vous voulez lui nuire, et qui ne va chercher dans tous les éléments évoqués, complétés de ses connaissances souvent limitées, que le moyen de conforter sa conviction initiale ? C’est une gageure.

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