Le procès de l’islamophobie en France

La censure de toute réflexion critique sur l’islam est revendiquée en France aujourd’hui au nom de l’islamophobie, terme manipulé avec doigté afin de faire taire la critique au nom de la morale bien-pensante (dont le voile islamique recouvre par ailleurs avec pudeur de sa blancheur immaculée les arrangements nécessaires au maintien d’intérêts stratégiques et géopolitiques évidents – il suffit de voir le silence de la France vis-à-vis de l’Arabie Saoudite pour s’en convaincre… –).

Alain Finkielkraut ONPC 151013

Alain Finkielkraut ONPC 151003 Islamophobie

Le phénomène n’est pas nouveau, comme en témoigne par exemple cette émission de 2012 :

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En effet, certains philosophes ou journalistes occidentaux, qui parfois pensent incarner avec une certaine arrogance la « conscience » de leur profession, défendent des amalgames historiques détestables, en particulier celui, très en vogue, consistant à assimiler les actes islamophobes d’aujourd’hui avec les actes antisémites d’hier. La problématique musulmane en occident se trouve ainsi réduite à un simple problème de racisme de bas étage et est noyée dans un ensemble beaucoup plus vaste embarquant la défense de toutes les minorités, sans se préoccuper le moins du monde des questions doctrinales ou philosophiques sous-jacentes.

En effet, la clef de voûte de ce raisonnement consiste à vouloir assimiler toute critique de la doctrine islamique à la critique des musulmans en tant que personnes humaines, et donc à du racisme, procédé profondément malhonnête. L’islamophobie occidentale prend ainsi la place de l’antisémitisme occidental (l’antisémitisme musulman soulevant néanmoins de son côté quelques difficultés…). Le piège se referme : toutes les personnes qui osent la critique de l’islam sont marquées par l’infamie d’une proximité irréfragable avec les doctrines des mouvements extrémistes et racistes, avec un renvoi parfois explicite au nazisme. La boucle ainsi bouclée, la calomnie et l’infamie ont fait leur œuvre, et les critiques sont fermement invités à se taire.

En revanche, qu’on puisse critiquer de façon virulente et parfois presque insultante la doctrine chrétienne ne semble poser aucun problème à personne : point d’évocation de relents de racisme anti-chrétien à l’horizon dans ce cas. C’est normal, la crucifixion est dans la tradition des chrétiens.

Cette absence volontaire de discernement vise à entretenir la confusion. Il semble bien commode à certains, alimentant le processus de culpabilisation, de renvoyer un Occident d’origine essentiellement chrétienne à certaines des contradictions de son histoire afin d’esquiver les questions délicates et qui peuvent fâcher concernant l’islam d’aujourd’hui, mais qu’un débat neutre et posé devrait permettre d’aborder de façon rationnelle et factuelle.

Plutôt que de disserter sur des anachronismes stériles, le point central n’est-il pas simplement de comprendre et de synthétiser ce que dit la doctrine religieuse islamique sur sa conception de ce que doit être le fonctionnement de notre société d’aujourd’hui ? On nous dit que le Coran est un livre saint qui ne peut pas être modifié et dont les dispositions valent aujourd’hui pour tous les musulmans. On nous dit que Mahomet est un personnage incontournable et sacré pour les musulmans, dont la vie, retracée par sa biographie et ses dires ou actes (hadiths), est jugée édifiante par les musulmans encore aujourd’hui. Alors lisons ces documents. A-t-on besoin de s’enfoncer dans le labyrinthe des analyses et des parallèles historiques sur des centaines d’années d’histoire religieuse ? Peu importe l’histoire ; seul le présent compte et la capacité à répondre aujourd’hui sans détours à des questions simples.