L’immense Jean de La Fontaine est un voleur

Pour cet imam, Jean de La Fontaine n’est qu’un plagieur, qui a « volé et retapé » (si tout le monde pouvait retaper de la sorte…) des fables d’un recueil arabe : « Kalila wa Dimna » de Ibn Al Muqaffa.

Havre de savoir Occidentaux

Havre de savoir Occidentaux La Fontaine

Les fables « Kalila wa Dimna » sont à la base une traduction en arabe d’un recueil Indo-Persan beaucoup plus ancien, le Pañchatantra. D’autres fables d’origine arabes semblent avoir été ajoutées et certaines fables indiennes retirées ; ce qui peut rendre difficile une analyse précise de la généalogie de cet héritage.

Mais le problème en réalité n’est pas là : c’est l’honnêteté même de cet immense auteur qui est mise directement en cause sans motif, et par un amalgame – surpassant même les amalgames pratiqués de nos jours par l’intelligentsia bien-pensante française – qui emporte avec lui toute la civilisation occidentale, qui est ainsi vouée aux gémonies.

Or, au cas particulier, Jean de La Fontaine n’a pas du tout caché s’être inspiré de certaines sources pour le choix de ses sujets, principalement Ésope, comme il le mentionne clairement dans la préface de son premier recueil :

 « À Monseigneur le Dauphin,

S’il y a quelque chose d’ingénieux dans la république des Lettres, on peut dire que c’est la manière dont Ésope a débité sa morale. Il serait véritablement à souhaiter que d’autres mains que les miennes y eussent ajouté les ornements de la poésie, puisque le plus sage des Anciens a jugé qu’ils n’y étaient pas inutiles. J’ose, Monseigneur, vous en présenter quelques essais. C’est un entretien convenable à vos premières années. Vous êtes en un âge où l’amusement et les jeux sont permis aux princes ; mais en même temps vous devez donner quelques-unes de vos pensées à des réflexions sérieuses. Tout cela se rencontre aux fables que nous devons à Ésope. L’apparence en est puérile, je le confesse ; mais ces puérilités servent d’enveloppe à des vérités importantes. »

Quant à sa dette vis-à-vis des fables d’origine indienne, La Fontaine ne s’en est jamais caché non plus comme en témoigne l’avertissement à son second recueil :

« Voici un second recueil de fables que je présente au public. J’ai jugé à propos de donner à la plupart de celles-ci un air et un tour un peu différent de celui que j’ai donné aux premières, tant à cause de la différence des sujets, que pour remplir de plus de variété mon ouvrage. Les traits familiers que j’ai semés avec assez d’abondance dans les deux autres parties convenaient bien mieux aux inventions d’Ésope qu’à ces dernières, où j’en use plus sobrement pour ne pas tomber en des répétitions ; car le nombre de ces traits n’est pas infini. Il a donc fallu que j’aie cherché d’autres enrichissements, et étendu davantage les circonstances de ces récits, qui d’ailleurs me semblaient me le demander de la sorte : pour peu que le lecteur y prenne garde, il le reconnaîtra lui-même ; ainsi je ne tiens pas qu’il soit nécessaire d’en étaler ici les raisons, non plus que de dire où j’ai puisé ces derniers sujets. Seulement je dirai, par reconnaissance, que j’en dois la plus grande partie à Pilpay [1], sage indien. Son livre a été traduit en toutes les langues. Les gens du pays le croient fort ancien et original à l’égard d’Ésope, si ce n’est Ésope lui-même sous le nom du sage Locman [2]. Quelques autres m’ont fourni des sujets assez heureux. Enfin j’ai tâché de mettre en ces deux dernières parties toute la diversité dont j’étais capable. »

[1] Pilpay est généralement l’auteur auquel on attribue l’œuvre en Europe à l’époque de La Fontaine bien que son existence ne soit pas avérée. Le nom de Pilpay est dérivé de Bidpaï, qui se trouve dans la version arabe, mais non dans l’original indien.

[2] Personnage imaginaire sous le nom duquel avait été mise la traduction arabe des fables d’Ésope.

En plus de cette préface, La Fontaine, fait référence par trois fois à ce Pilpay dans : La Souris Métamorphosée en Fille ; Le Milan, le Roi et le Chasseur ; Le Corbeau, La Gazelle, la Tortue et le Roi. C’est dire que cette reconnaissance est claire et assumée ! Si La Fontaine avait pensé être redevable (en fonction des connaissances de l’époque) de façon notable d’un auteur arabo-musulman, pourquoi l’aurait-il caché ? La talent littéraire de La Fontaine est surtout dans le génie de sa langue.

Faire dédaigneusement et avec autant de suffisance aussi peu de cas du génie littéraire et poétique de La Fontaine en dit long sur la frustration intense de ce petit monsieur mais aussi de certains autres, envieux d’une contribution immense à l’humanité dont ils sont tout à fait incapables. Pour supporter cette frustration, c’est malheureusement une tendance assez commune chez ces musulmans de vouloir sans aucune objectivité tenter de rendre la civilisation occidentale redevable à l’islam de tout ce qu’elle a pu produire jusqu’à aujourd’hui, de façon tellement partisane qu’elle en devient totalement ridicule. Quand on prétend dresser un bilan, il faut le faire avec un minimum de bonne foi.

Malheureusement, il semble que pour calmer la frustration d’une contribution assez modeste à la civilisation mondiale depuis plusieurs siècles, et ainsi « excuser » le monde musulman, les théories, livres et vidéos (il suffit d’aller sur internet) qui pratiquent un révisionnisme historique pro-musulman qui ferait pâlir d’envie les Faurisson & Co  abondent, en lieu et place d’une analyse critique et raisonnée des échanges intra-civilisationnels extrêmement divers qui ont toujours marqué l’histoire.

Rappelons à ce propos ce qu’écrit Malek Chebel : « Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

Quant à Tareq Oubrou, le jugement semble encore plus général : « Le déclin de toute une civilisation [nldr musulmane] qui a raté, dès la fin du Moyen Âge, le train de la modernité. »

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