L’appel au moratoire des châtiments corporels : un échec prévisible

La reconnaissance de la nécessité d’abolir définitivement et partout les châtiments corporels, odieux à l’esprit occidental de nos jours, ne peut constituer qu’un préalable non négociable à un début d’intégration des musulmans aux sociétés occidentales.

Si certains ont pu appeler seulement à un moratoire quant à l’application de ces peines, un tel moratoire valant bien entendu mieux que rien du tout, il vaut sans doute bien mieux en appeler à leur suppression directe, qui relève du simple bon sens.

Bien sûr, il vaut mieux demander un moratoire et l’obtenir plutôt que demander la suppression et ne rien obtenir. Mais on peut aussi demander la suppression, obtenir a minima un moratoire, et continuer à se battre pour obtenir la suppression. Sans doute cela demande-t-il un peu de courage d’oser demander la suppression de ces châtiments, c’est-à-dire en déclarant officiellement caducs les versets correspondants du Coran ou les hadiths de la Tradition, à des pays qui disent suivre la vraie doctrine juste et fidèle (l’orthodoxie) et pour qui cette demande peut constituer un blasphème. À l’inverse, ne pas demander la suppression pure et simple est un aveu de faiblesse face à l’orthodoxie musulmane.

Qu’un nombre non négligeable de pays musulmans orthodoxes, parmi lesquels au premier rang l’Arabie Saoudite, terre sainte de l’islam, ne souhaitent a priori aucunement supprimer aujourd’hui ces terribles châtiments n’est-il pas un indicateur alarmant d’une incapacité d’une partie significative du monde musulman à se réformer ? Qu’en conclure quant à la capacité globale de l’islam à partager les mêmes valeurs humaines que l’Occident ?

La difficulté fondamentale de la suppression tient sans doute à l’exemple donné par Mahomet. En effet, celui-ci a défini des situations justifiant la lapidation et l’a lui-même pratiquée, ce qui repose le problème de l’imitation du comportement de Mahomet dans le contexte de la constitution d’un islam moderne.

Malheureusement, il est impossible aux musulmans de revenir sur leurs propres textes car leur authenticité, au cas d’espèce, ne soulève aucun doute. Aussi, la voie du moratoire qui a été évoquée ne peut par nature être qu’une voie détournée car il est impossible de s’attaquer au problème frontalement. Le subterfuge consiste donc à montrer qu’il existe des conditions d’application aux châtiments corporels (autres que la guerre) et que celles-ci ne sont pas réunies dans le monde moderne, en s’appuyant notamment sur les inégalités qui marquent le monde musulman en matière d’application de la loi coranique (« selon que vous serez puissants ou misérables… »). Mais il reste finalement que personne chez les musulmans ne remet en cause l’existence des châtiments corporels dans la religion musulmane.

Rappelons que l’appel au moratoire de Tariq Ramadan a été fermement rejeté en 2005 par une des plus hautes autorités religieuses du monde musulman, si ce n’est la plus haute, l’université Al-Azhar du Caire (commission de recherche juridique), qui explique en effet que les châtiments corporels :

–  figurent de façon claire, explicite et définitive dans le Coran : ils constituent donc à ce titre une des bases de la religion musulmane (un des membres de la commission considérant que ce sujet ne pouvait être ni discuté ni débattu) ;

–  correspondent donc bien au message musulman authentique ;

–  ne peuvent être stoppés que pour un État en guerre, ce qui était potentiellement le cas pour l’Irak mais en aucune façon pour l’Égypte ni aucun autre pays musulman.

D’ailleurs, il semble malheureusement que cette pratique soit enracinée dans la culture musulmane car les musulmans eux-mêmes semblent avoir globalement une assez grande difficulté à condamner publiquement et sans réserve ces pratiques si l’on en croit des sondages cités par le Pew Research Centre en 2011 qui font état d’une adhésion assez forte au principe du châtiment corporel même chez les populations de certains pays réputés pourtant moins intransigeants, comme l’Égypte.

Les musulmans de France et d’Europe se sont-ils déjà prononcés clairement et officiellement pour un rejet total et définitif de ces dispositions barbares du Coran et de la Tradition ? J’avoue l’ignorer mais j’espère que oui.

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