La condamnation doctrinale de la musique : une réalité que certains essaient d’adoucir ?

À propos de la licéité de la musique dans l’islam, Malek Chebel écrit : « L’islam éprouve toujours une certaine inhibition à l’égard de la musique sous toutes ses formes, hormis peut-être la musique religieuse. Rien ne justifie une telle attitude. (…) Je milite donc pour la reconnaissance des arts sonores comme faisant partie de l’humanisation indispensable du musulman. »

Qu’en est-il réellement d’un point de vue doctrinal ? La musique est-elle licite ou illicite pour Mahomet ? Que disent les textes ?

Écoutons Rachid Abou Houdeyfa, imam de la mosquée de Brest, dans son prêche à l’attention des enfants (vidéo rendue disponible en septembre 2015) et qui reprend la doctrine de l’islam :

Houdeyfa Musique 1Houdeyfa Musique 2Houdeyfa Musique

PS : Vous noterez, outre l’utilisation récurrente de la langue arabe (chant, mots d’ouverture), la qualité déplorable du français et de l’orthographe qui passent visiblement bien après la nécessité pour les petits Français d’apprendre l’arabe, puisque langue de Mahomet.

Certaines organisations musulmanes veulent parfois faire croire que les prêches des imams français qui ont pignon sur rue en France sont manipulés, habilement découpés et montés pour induire en erreur le public français. Pourtant, ces prédicateurs ne font malheureusement que très souvent reprendre la doctrine même de l’islam, leur seule erreur étant de présenter cette doctrine de façon trop directe et non édulcorée comme ont l’habitude de le faire les musulmans « modérés ». La version mp3 fournie ici est donnée sans coupure, du moins dans la version disponible sur internet qui semble avoir  été supprimée rapidement.

Or l’imam Houdeyfa s’appuie sur la Tradition musulmane. Ainsi, les hadiths de Mahomet qu’il mentionne sont également mentionnés par certaines écoles car la musique profane, inspirée par Satan, est condamnée par la plupart des écoles (notamment chaféite, hanbalite et malékite). Reprenons par exemple la jurisprudence chaféite. Celle-ci stipule :

Section r40.1 « Pour ce qui est de la condamnation des instruments de musique, flûtes, instruments à cordes et assimilés par le prophète qui « ne prononce rien sous l’effet de la passion car ce n’est rien d’autre qu’une révélation inspirée » (Coran, sourate 53, verset 3), laissez ceux qui refusent de lui obéir craindre Dieu, de peur qu’une calamité ne les frappe ou un tourment douloureux. Le prophète a dit :

(1) « Allah m’a envoyé comme un guide plein de compassion aux croyants et m’a ordonné de détruire les instruments de musique, les flûtes, les instruments à cordes, les crucifix, et tout ce qui a trait à la période d’ignorance préislamique. »

(2) « Au jour de la résurrection, Allah fondra du plomb dans les oreilles de quiconque est assis à écouter une chanteuse. »

(3) « La chanson fait grandir l’hypocrisie dans le cœur comme l’eau fait grandir l’herbe. »

(4) « Cette communauté fera l’expérience de l’engloutissement de certains par la terre, la métamorphose en animaux et la pluie de pierres ». Quelqu’un demanda : « Quand cela arrivera-t-il, Ô messager d’Allah ? » et il répondit : « Quand les chanteuses et les instruments de musique apparaîtront et que le vin sera tenu pour licite. »

(5) « Il y aura des peuples de ma Communauté qui tiendront pour licite la fornication, la soie, le vin et les instruments de musique… »

Tout ceci est explicite et constitue une preuve textuelle contraignante montrant que les instruments de musique de tous types sont illicites. »

Section r40.2 « Il est illicite d’utiliser des instruments de musique (…) ou de les écouter. Il est autorisé de jouer du tambourin aux mariages, circoncisions, et à certaines autres occasions, même s’ils ont des cloches sur les côtés (…). »

Section r40.3 « Pour ce qui est d’écouter du chant non accompagné par des instruments, chacun devrait savoir que chanter ou écouter est offensant, sauf dans certaines circonstances : les érudits tiennent que le chant est licite aux mariages et cérémonies du même type, et les imams Ghazali and Izzi ibn Abd al-Salam considèrent qu’il est licite si cela conduit à un état d’esprit noble qui aide à se souvenir de cet événement. Il résulte clairement de tout ceci que toute poésie qui encourage les bonnes actions, la sagesse, les qualités nobles, l’abstinence des biens de ce monde, ou d’autres dispositions pieuses comme d’obéir à Allah ou d’éviter la désobéissance est licite à écrire, chanter ou écouter (…). »

Ainsi, avec l’islam, adieu à Mozart, Beethoven, Wagner, Louis Armstrong,… et tous les autres ? Seul Bach serait épargné du fait qu’il s’agit pour l’essentiel de musique religieuse ? Évidemment, cela pose problème.

S’agissant du chant, Yusuf Qaradawi écrit : « Quant aux hadiths évoqués pour les [ndlr les chants] interdire, ils sont tous sujets à la critique et il n’en est pas un seul que les savants dans la science du hadith n’aient mis en doute. Le juge Abou bakr Ibn al-Arabi a dit : « Il n’y a aucun argument authentique pour interdire le chant ». Ibn Hazm a dit de son côté : « Tous les hadiths évoqués pour l’interdire sont faux et apocryphes ». » Mais il précise immédiatement : « Mais souvent le chant et la musique vont de pair avec le luxe, les cercles de vin et les veillées interdites. C’est ce qui amena bon nombre de savants à les interdire ou du moins à les réprouver. » Et de citer une liste de multiples conditions nécessaires pour tolérer le chant, dont la première : « Il faut absolument que le sujet de la chanson ne s’oppose pas à la morale de l’islam et à ses directives. »

Aussi d’autres personnalités musulmanes comme Moncef Zenati tentent, avec difficulté semble-t-il (se reporter à la version complète de l’exposé ci-dessous disponible sur internet), de démontrer qu’une attitude beaucoup plus ouverte est possible, mais cette ouverture n’est qu’une tolérance, sévèrement contrainte par l’unique objectif qui doit être d’élever l’âme de l’auditeur vers Allah.

Havre de savoir Musique

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