Le voile intégral ou comment affirmer son rejet de l’Occident

L’usage dans l’Arabie préislamique d’une pièce de vêtement spécifiquement destinée à cacher le visage de la femme (le voile intégral) était semble-t-il rare. Il ne semble pas exister d’éléments certains montrant un usage régulier de ces vêtements.

Le niqab est le tissu porté pour cacher le visage en sus du voile. La Tradition (Ibn Saad) mentionne qu’Aïcha sortit une fois en niqab pour aller voir une nouvelle future femme de Mahomet à la porte de Médine ; la Tradition mentionne ce fait comme a priori assez exceptionnel. Une autre Tradition (Ibn Sirin) indique que le niqab n’aurait été qu’une mode au temps de l’Arabie mahométane. De nos jours, dans certaines régions des pays du Golfe, il peut être remplacé par un masque en cuir.

À côté du niqab apparut semble-t-il à la même époque la burqa, liée a priori à l’habillement des femmes des bédouins, mais le manque de sources historiques rend hasardeuse une description précise. La burqa est un voile qui recouvre la totalité du corps de la femme, des pieds jusqu’à la tête, de couleur habituellement noire ou bleue. Dans certains cas, les mains doivent même être couvertes et les yeux grillagés. Même si la burqa n’est aucunement une obligation islamique [1], cette pratique patriarcale reculée semble fortement ancrée dans la tradition afghane et est plus fréquemment suivie de nos jours dans certains pays comme l’Iran, le Pakistan, et, de façon plus récente, a intégré la culture des pays du golfe et d’Égypte notamment. Cette pratique reste extrêmement minoritaire en islam et se trouve dans les mouvements musulmans les plus radicaux (et de facto les plus anti-occidentaux).

Tariq Ramadan considère que ce n’est pas une prescription islamique et qu’il faut aller à l’encontre de cette pratique.

Tariq Ramadan Burqa

Tariq Ramadan 2009 Burqa

Malek Chebel écrit : « Autre phénomène préoccupant, certaines musulmanes européennes, elles-mêmes converties ou ayant épousé des musulmans très conservateurs, voilées de pied en cap, poussent le zèle et la bigoterie jusqu’à se grillager les yeux et se couvrir les mains de gants noirs. Ce symbolisme du noir est d’ailleurs abbasside, donc en grande partie chiite et non pas sunnite, ce qui souligne, outre l’origine géographique de l’idéologie en question, l’impossible distance des femmes voilées vis-à-vis de leurs propres pratiques. Une telle attitude les met au ban de la communauté nationale et les rend suspects aux yeux de la plupart des autres musulmans, à commencer par celles qui se refusent à un tel simulacre. D’ailleurs, aucun verset coranique ne préconise un tel vêtement et la Tradition est relativement muette quant au voile porté par les premières musulmanes. (…) Au fond, c’est la croyance de quelques tribus arriérées qui, en s’imposant aux villes, est devenue le vecteur d’une idéologie de séparation et de pureté préconisée par les mouvements intégristes. Dans ce cas de figure, l’ostentation leur suffit, car elle tient lieu de politique. »

La Convention citoyenne des musulmans de France rappelle dans son préambule et dans son article 5 : « Les musulmans de France, suivant la position adoptée par la majorité des théologiens musulmans, considèrent que le port du « voile intégral » n’est pas une obligation religieuse. (…) Concernant le port du voile intégral, il convient de rappeler que la France a adopté une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. À cette occasion, le CFCM a rappelé à plusieurs reprises la position adoptée par la majorité des théologiens musulmans qui stipule que le port du voile intégral n’est pas une obligation religieuse. (…) Tout au long des débats sur le port du voile intégral, le CFCM a clairement affiché son opposition à cette pratique et sa détermination à continuer d’œuvrer par le dialogue et l’éducation pour qu’elle ne s’installe pas sur le territoire national. »

Pour des musulmanes vivant en Occident, compte tenu que le voile n’est déjà pas une obligation sanctionnée en islam (cf. articles voile islamique 1 et voile islamique 2) – celui-ci restant une façon forte de s’identifier à une communauté –, le port volontaire du voile intégral correspond à un radicalisme total, généralement concomitant, pour les nouvelles converties, avec la rupture et même le rejet sécurisant de leur culture d’origine. Ce phénomène est clairement évoqué par Tariq Ramadan :

Tariq Ramadan Burqa

Tariq Ramadan 2009 Conversion

En revanche, on peut regretter que Tariq Ramadan ait prôné de façon assez paradoxale de ne pas légiférer contre cette pratique détestable par le biais d’une prouesse dialectique, consistant à essayer de démontrer que pour lutter contre une pratique détestable, il faut finalement ne pas l’interdire, et donc a contrario l’autoriser : mais alors comment faire passer clairement le message que cette pratique détestable n’est clairement pas la bienvenue en France et n’y sera pas autorisée ? Un peu comme si on nous disait que pour lutter contre l’État islamique, le mieux serait de ne rien faire et de le laisser se réformer lui-même de l’intérieur. Il est heureux que la voie juridique trouvée dans le cadre du danger réel créé pour l’ordre public soit juridiquement robuste. Rappelons que le port de vêtements dont l’objectif est de cacher le visage, et de fait celui de la femme, est interdit en France puisque la loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010 interdit, pour des raisons de sécurité publique, la dissimulation du visage dans l’espace public par son article 1 : « Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. »

Je suis une bombe

Il est difficile d’écarter l’idée que ce qui sous-tend ce type de pratique vestimentaire dans le monde musulman est l’idée détestable que l’homme, en butte aux provocations sexuelles des femmes, ne serait finalement pas totalement responsable de sa propre concupiscence, jugée naturelle et assez incontrôlable, et donc excusable. L’homme est donc une bête et la femme est seule responsable d’exciter ses instincts : belle conception de la nature humaine !

Malheureusement, cet argument odieux selon lequel la femme excite la concupiscence naturelle de l’homme est communément évoqué encore aujourd’hui dans les pays musulmans aussi bien par les hommes mûrs que par les jeunes si l’on en juge par certaines images encore récentes (2014) tirées de reportages ou d’interviews, par exemple en Afrique du nord (ex. Égypte). C’est l’argument classique des violeurs.

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