Al-Andalus : analyse d’un mythe (6)

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  • Le racisme anti-noirs

« La principale pierre d’achoppement concertant les comportements raciaux tourne, comme dans d’autres sociétés, autour des noirs. Les discours fondés sur un racisme biologique pur que l’on retrouve chez Henry Morton Stanley, Domingo Badia (plus connu sous le nom d’Ali-Bey) ou Richard Francis Burton existent aussi parmi les Arabes, chez qui se mêlent en outre des préjugés culturels et religieux. D’une part, ils reprennent les vieux concepts méditerranéens quant aux usages étranges des Africains, notamment en matière de libertés sexuelles (offre de la jeune mariée aux invités, possession en commun des fils et des femmes, filiations confondues, rupture de la notion de lignage et, en définitive, sexualité proche des animaux). D’autre part, ils développent leur propre système de préjugés concernant les ethnies dominées après la conquête et l’expansion de l’islam dans le centre de l’Afrique, qui sont accompagnés par le trafic d’esclaves. Au début des « Mille et une nuits », le roi Sahzaman et son frère Sahriyar subissent l’offense suprême puisque leur épouse respective les trompe avec un noir, c’est-à-dire avec un être appartenant au dernier degré de l’échelle sociale. Dans la même œuvre, l’épisode du « bon noir » (qui est aussi un esclave) est encore plus révélateur puisqu’après une vie vertueuse, il est récompensé en devenant blanc juste avant de mourir. »

« Des témoignages semblables abondent chez de nombreux autres auteurs, depuis al-Maydani dans ses « Proverbes arabes » (« Tout comme le noir qui vole lorsqu’il a faim et fornique lorsqu’il est repu ») jusqu’à Ibn Battuta, qui représente parfaitement la vision des voyageurs arabes en Afrique orientale. Cet écrivain originaire de Tanger ne nous épargne aucune critique impitoyable concernant l’Afrique orientale ou occidentale, bien que ses commentaires dépréciatifs à l’égard des noirs soient plutôt d’ordre culturel : la nudité des femmes, les manifestations humiliantes face à leurs roitelets (…), l’habillement sommaire, la façon de manger, etc. De façon générale, ces considérations pointent l’ignorance, la lâcheté, la puérilité et la stupidité des noirs, tout comme ce que l’on peut retrouver dans les nombreux contes du Sahara occidental. L’esclavage (qui a été aboli souvent plus récemment qu’on ne le pense dans ces contrées) et le statut d’infériorité des personnes à la peau noire trouvent dans ces contes plusieurs justifications : la tromperie consubstantielle aux gens originaires d’Afrique subsaharienne, leur passion pour la magie noire (ce qui est une accusation souvent lancée contre des populations dominées), leur caractère obtus ou leur inclination à voler de nuit et par la ruse (et non pas de jour et par la force, comme le ferait tout bédouin qui se respecte). »

  • L’esclavage

« Dans la jurisprudence malikite, une esclave, acheté sur un marché ou capturée à la guerre, avec laquelle son maître avaient des relations sexuelles, devenait son esclave sexuelle ou « jariya » (une concubine). Sous les Omeyyades, al-Andalus devint un centre pour le commerce et la distribution des esclaves : jeunes filles transformées en esclaves sexuelles parfois dès l’âge de 11 ans ; garçons castrés pour devenir eunuques dans les harems ; garçons élevés en casernes pour devenir des guerriers esclaves ; garçons utilisés comme jouets sexuels des riches et puissants (…). »

  • La pratique des enlèvements

« La capture d’Espagnols constituait une source florissante de revenus grâce aux rançons exigées. Il s’agissait certes d’une pratique antérieure aux musulmans et qu’ils n’étaient pas les seuls à avoir adoptée mais certaines cités-États ou de petites principautés (comme Salé ou Alger) s’étaient spécialisées dans ce commerce, tant et si bien qu’elles en retiraient de juteux bénéfices. Ainsi Alger extorquait-elle à l’Espagne vers le milieu du XVIème siècle 100.000 pièces d’or environ par an au titre des rançons pour les prisonniers. C’est pourquoi l’on comptait parmi les pieuses œuvres à la portée de tout bon chrétien, l’inscription dans les testaments de legs destinés à libérer les chrétiens, comme dans celui d’Isabelle la Catholique. »

Al-Andalus : analyse d’un mythe (5)

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  • Le statut des femmes

« Il convient de rappeler ici la judicieuse remarque de Guichard sur les véritables conditions de vie des femmes en al-Andalus. Celles-ci étaient en fait très proches de celles des femmes d’Orient quant à leur état de réclusion, quant aux interdictions dont elles faisaient l’objet et quant aux difficultés qu’elles subissaient dans les relations humaines. C’est ce que confirme « Le collier de la colombe » lui-même, surtout si l’on prend en compte la misogynie de son auteur. Mais cela va encore plus loin. Tout comme dans le monde antique, les hommes cultivés et de haut rang divisaient une partie de leur temps en deux catégories de relations féminines, très différentes dans leur nature. D’un côté, on trouvait les épouses, libres à l’origine, qui étaient protégées au sein de la maison et de la famille de tout type de hardiesse ou de libertinage. De l’autre, on comptait des femmes qui étaient généralement des esclaves ou des concubines, dont les capacités intellectuelles et artistiques étaient plus grandes (elles étaient danseuses, chanteuses, poétesses) et qui servaient à faire oublier aux hommes la routine familiale. Ce sont seulement les femmes de cette seconde catégorie qui, aussi bien en al-Andalus qu’en Orient, avaient de la liberté dans leur conduite et leurs mouvements. Et ce sont également elles qui étaient estimées pour leur intelligence, leur beauté ou tout autre don de la nature. »

« Bien que l’islam ne proclame en théorie la supériorité intrinsèque d’aucune race et qu’il n’y a pas pour lui a priori d’opposition aux alliances interraciales, ce principe se contredit dans la pratique par le recours au concept de kafa’a, qui exige que les futurs mariés appartiennent à la même couche sociale. Comme il est accepté également, de manière tacite, qu’un homme non arabe ne peut en aucun cas être l’égale d’une femme arabe, le tuteur de cette dernière (l’omniprésent wali) doit l’empêcher de se laisser guider par son esprit faible et de se marier contre ses propres intérêts. C’est du moins ce que prévoit la jurisprudence islamique. Le cas de l’homme arabe est bien différent puisqu’il peut épouser des femmes de n’importe quelle ethnie (y compris des nôtres) car sa condition masculine lui garantit une supériorité qui évitera par exemple que ses enfants adoptent une autre religion que l’islam. »

Al-Andalus : analyse d’un mythe (4)

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  • Al-Andalus et les juifs

« Il est intéressant de rappeler que c’est aux IXème et Xème siècles, lorsque les dhimmis n’étaient plus disposés à respecter des normes répressives, qu’ont eu lieu les conflits les plus violents et les plus sanglants. La réaction des musulmans d’al-Andalus pouvait être tantôt fracassante, comme lors de la persécution anti-chrétienne du IXème siècle, tantôt sourde et discrète, comme dans le cas de Maïmonide, victime d’une conversion forcée à l’islam. Redevenu juif, après sa fuite en Égypte, mais reconnu sur place par un Andalousien, il dut faire face à un procès pour aspotasie et ne put échapper à la peine de mort que parce que le cadi al-Fadil qui le jugeait était son ami. Après avoir vécu de mauvaises expériences en al-Andalus et au Maroc et après avoir appris la situation de nombreux juifs au Yémen, Maïmonide s’est plaint, dans une célèbre missive adressée aux juifs yéménites des persécutions subies par ses coreligionnaires dans le monde musulman. »

« Cette constante attitude de rejet des juifs pousse les musulmans, même lorsqu’ils ont perdu le pouvoir, à se prémunir de toute domination des juifs à leur égard. Ainsi prennent-ils bien soin de faire inclure dans les capitulations de Grenade, signées par Boabdil et les Rois catholiques, une clause qui les mette à l’abri de cette éventualité : « Que leurs Altesses ne permettent pas que les juifs aient la faculté de commander aux Maures et de lever quelque impôt que ce soit ». Le mépris à l’égard des juifs et les discriminations qui en découlent sont monnaie courante dans la littérature arabe bien que nous ne puissions pas ici accumuler de trop nombreux exemples. C’est ce que nous montrent Ibn Battuta ou Léon l’Africain et leurs récits et descriptions sont en accord avec ceux d’autres auteurs étrangers, comme Ali-Bey ou Jean Potocki, qui évoquent les réalités du Maroc à la fin du XVIIIème siècle. Ces derniers mentionnent ainsi l’interdiction faite aux juifs de monter à dos de mule dans une ville musulmane (car ils seraient alors placés au-dessus des musulmans) ou encore l’interdiction d’entrer dans la ville de Fès à moins de s’être déchaussés en signe de soumission. »

  • Al-Andalus et les chrétiens

« Muhammad ibn al-Razi (887-955), un des premiers historiens musulmans de la conquête musulmane, raconte que le fondateur de l’émirat de Cordoue, l’omeyyade Abd al-Rahman I, brûlait systématiquement les églises chrétiennes et les reliques. »

« La conquête musulmane a interrompu l’assimilation et l’adaptation de l’art romain et hispano-romain préexistant (…). Les historiens musulmans témoignent du zèle iconoclaste des premiers chefs omeyyades, comme Abd al-Rahman I. Selon l’historien al-Razi, ce chef fut impitoyable contre les « polythéistes, dénomination des chrétiens (…). Significativement, aucune église construite avant la reconquête catholique ne peut être trouvée aujourd’hui dans le sud de l’Espagne. (…) L’historien musulman al-Maqqari note que Abd-al-Rahman I, un homme pieux, fit démolir l’ancienne basilique de saint Vincent qui était le centre spirituel des catholiques de Cordoue. Ce chef musulman utilisa les matériaux de l’église démolie, ainsi que d’autres bâtiments romains et visigoths, pour construire la fameuse mosquée de Cordoue sur les ruines de l’église saint Vincent. (…) Al-Razi, un des premiers historiens de l’Espagne musulmane, nous apprend que l’église saint Vincent était le dernier endroit où les chrétiens pouvaient prier à Cordoue. Les musulmans avaient pris la ville des années avant et avaient détruit toutes les autres églises dans et aux alentours de Cordoue, utilisant les ruines pour construire des mosquées. Avec l’argent qu’Abd al-Rahman I donna aux chrétiens pour lui remettre l’église saint Vincent dans un marché qu’ils ne pouvaient pas refuser, les chrétiens bâtirent une autre église, mais en dehors des murs de la ville, le seul endroit où les chrétiens étaient autorisés à la construire. »

« Les persécutions survenues entre le règne d’Abd al-Rahman II (822-852) et celui de Mohammed Ier (852-886) ont été marquées par un vaste mouvement de martyrs mozarabes, qui ont résisté passivement aux mesures discriminatoires dont ils étaient victimes. Ces persécutions ont abouti à la mort de saint Euloge, saint Alvaro, saint Parfait et saint Isaac, exécutés pour « istyifaf » (ensuite publique envers l’islam), ainsi qu’à celles de bien d’autres victimes, condamnées pour les mêmes motifs. Ces événements ne suffisent pas, cependant, à fustiger l’islam andalousien dans son ensemble, même si l’on ne peut ignorer la gravité de tels faits, qui sont connus de tous bien qu’ils soient parfois minimisés. La déformation professionnelle propre aux arabisants ne doit pas nous amener à excuser n’importe quel crime commis par des Arabes ou des musulmans. Cette indulgence excessive se retrouve chez Bernard Lewis lorsqu’il analyse les représailles contre les juifs et les chrétiens suite aux croisades ou encore chez Manuela Marin, qui évoque précisément les persécutions de Cordoue. Nous devons appliquer la même rigueur, la même tolérance ou, mieux encore, adopter la même distance à l’égard des crimes des chrétiens et ceux des musulmans. Ce principe semble évident mais malheureusement trop souvent il est presque surprenant de le voir appliquer. »

« L’abondante bibliographie dont nous disposons nous montre certes que d’importantes communautés mozarabes ont survécu à Tolède, Cordoue, Séville ou Mérida. Il est cependant tout aussi vrai qu’au début du XIIème siècle, les chrétiens de Malage et de Grenade ont été déportés en masse vers le Maroc ; que l’on autorisait rarement la construction ou la restauration de nouvelles églises et synagogues ; ou que l’on interdisait de faire sonner les cloches. Ne nous arrêtons par sur les périodes de persécution ou d’extermination directe des chrétiens – comme lors des massacres de Cordoue, entre 850 et 859, au cours desquels saint Euloge a été décapité, ou à Grenade, au XIIème siècle, lorsque la communauté chrétienne a été anéantie par Abd al-Mumin. Intéressons-nous plutôt à la pression permanente et subreptice que subissait au quotidien la population chrétienne soumise. L’attitude fondée sur la méfiance, l’insécurité et la haine dont ont fait preuve Ibn Battûta au XIVème siècle lors d’un séjour à Byzance plonge ses racines dans une conception très particulière des relations avec les chrétiens, minorité tantôt supportée en tant que moindre mal, tantôt absorbée ou éliminée mais jamais traitée avec cordialité. Les églises chrétiennes d’al-Andalus ont pu subsister mais une condamnation morale pesait sur elles en permanence comme le montre Ibn Abdun. »

« Nous ne nous attarderons pas davantage sur le martyre répété des religieux qui, dans la Grenade nasride (celle-là même qui édifiait les superbes palais de l’Alhambra), osaient prêcher la foi chrétienne. Rappelons cependant l’immixtion directe, l’oppression constante dont souffrait une minorité écrasée et qui se traduisait par exemple dans l’obligation faite à l’« almotacen » de surveiller les femmes chrétiennes pour qu’elles n’influencent pas les croyances des enfants musulmans. »

Abrogeant/abrogé : voyage en absurdie

S’il est bien une chose totalement absurde dans l’islam, c’est cette volonté permanente de justifier les incohérences et les contradictions du Coran non par ce qui est logique et tout à fait naturel, c’est-à-dire les changements d’attitude de Mahomet dans sa prédication et ses guerres en fonction des circonstances et des opportunités politiques ou militaires du moment, mais par l’invraisemblable théorie dite de l’« abrogation » qui revient à dire que Dieu (Allah), censé délivrer un message universel et définitif jusqu’à la fin des temps, n’osait pas l’imposer tel quel aux hommes de ce petit bout de terre qu’était l’Arabie du VIIème siècle : il fallait ménager la psychologie de ces pauvres bédouins

Ce site comporte déjà plusieurs articles sur cette question et il n’était pas nécessairement indispensable d’y revenir encore une fois. Néanmoins, la découverte de nouvelles vidéos sur internet m’amène à l’aborder de nouveau rapidement.

  • Le principe

La vidéo ci-dessous, à l’origine incertaine ( https://www.youtube.com/watch?v=9v6tqdSmPXo ), semble néanmoins présenter une synthèse claire et didactique  de la problématique.

Abrogeant abrogé Extrait

  • Application au cas de l’alcool

Ainsi, les dispositions du Coran sont contradictoires au sujet de l’alcool, tout simplement parce que Mahomet, dans sa recherche désespérée de partisans, n’osait pas se mettre à dos dès le départ des populations qui ne dédaignaient pas y tremper leurs lèvres en rompant trop brutalement avec leurs petites habitudes.

Abrogeant abrogé Alcool

La prétendue progression pédagogique d’Allah, sur 22 ans (!), est d’un ridicule achevé, mais cela n’empêche pas les intellectuels musulmans ayant pignon sur rue, comme Tayeb Chouiref, intervenant régulier de l’émission de France 2 « Islam » du dimanche matin, et dont la tenue vestimentaire y est très différente d’ailleurs (on se demande bien pourquoi…), d’y avoir encore recours.

Abrogeant abrogé Tayeb Chouiref

Fallait-il donc vraiment qu’un ouvrage, le Coran, censé traduire une sagesse universelle pour la fin des temps s’embarrasse des mœurs des tribus bédouines de l’Arabie du VIIème siècle ? Le plus comique dans tout cela est que les boissons alcoolisées font partie des douceurs qui attendent les hommes au paradis. Décidément, l’islam est une religion bien extraordinaire ! 

Al-Andalus : analyse d’un mythe (3)

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  • Le rejet par les musulmans des juifs et des chrétiens soumis au statut humiliant de « dhimmi »

« Les minorités chrétienne et juive ont connu des situations variables sous la domination musulmane mais aucune d’entre elles n’était enviable ou agréable. Ces minorités étaient soumise à la dhimma (c’est-à-dire à un accord ou à un pacte avec la communauté musulmane), qui leur permettait de survivre et de continuer à professer leur propre religion dans des limites très précises. Le statut de dhimmi impliquait des obligations et interdictions, mais ce n’était pas le plus grave : il n’était en effet accordé qu’à un collectif et non pas aux individus eux-mêmes qui, en tant que tels, ne disposaient pas de personnalité juridique propre. C’est pourquoi l’autorité accordée aux chefs de ces communautés soumises était considérable. (…) On ne saurait trop insister sur le caractère variable, en fonction des époques et des lieux, des conditions sociales qui pesaient sur les mozarabes [mozarabe : chrétien vivant sur les territoires de la péninsule espagnole contrôlés par les Arabes] ; les contradictions, les alternances entre bons et mauvais traitements (y compris pour des raisons purement personnelles) ne permettent pas d’énoncer de critères permanents. »

« Le traité d’Ibn Abdun (XIIème siècle) n’est pas en reste : il compare juifs et chrétiens aux lépreux, aux crapules et, de façon générale, à tous ceux qui mènent une vie peu honorable. Il prescrit leur isolement en raison de leur nature contagieuse. Grâce à ce magistrat, les Sévillans du XIIème siècle savaient que « nul juif ne doit sacrifier de bête pour un musulman » ; que « l’on ne doit pas vendre les vêtements des lépreux, des juifs, des chrétiens ou des libertins » ; (…) que « l’on ne doit pas vendre à des juifs ou à des chrétiens des livres de science, car ils les traduisent par la suite et s’en attribuent le mérite à eux et à leurs évêques, traitant ainsi bien mal l’œuvre des musulmans » ; qu’un « musulman ne doit pas offrir de massage à un juif ou à un chrétien, pas plus qu’il ne doit s’occuper de ses déchets ou de ses latrines, car juifs et chrétiens sont bien plus indiqués pour ces travaux qui correspondent aux gens de basse extraction. Un musulman ne doit pas non plus s’occuper de la monture d’un juif ou d’un chrétien, pas plus qu’il ne doit lui servir de muletier ou maintenir en place ses étriers ». » 

« Les lamentables conflits interreligieux qui ravagent encore aujourd’hui le Proche-Orient et qui font de la cohabitation une simple juxtaposition de communautés trouvent des antécédents frappants à l’époque d’al-Andalus, où les chrétiens n’étaient pas les seuls à être marginalisés et persécutés. En plein milieu du XIème siècle, par exemple, les juifs de Grenade ont été la cible d’un massacre au cours duquel est mort José Ben Nagrela. Cette politique a été aussi appliquée par l’Almoravide Youssef ben Tachfine, qui a poussé les juifs de Lucena à payer un impôt afin de ne pas avoir à se convertir à l’islam, tandis que d’autres représentants de cette confession émigraient vers les royaumes chrétiens du Nord de la péninsule ou vers l’Orient qui était alors plus ouvert. Les Almohades ont suivi la même voie. Après la prise de Marrakech, Abd al-Mumin a forcé les juifs à se convertir sous peine de mort et les persécutions se sont reproduites dans la péninsule ibérique dès l’arrivée des Almohades, au cours des années 1140, notamment à Séville, Cordoue et Grenade. »

« Même les arabisants espagnols favorables à l’Espagne musulmane reconnaissent que les mesures très dures listées par le juriste Ibn Abdun aux XIème et XIIème siècle à Séville étaient conformes aux enseignements de la jurisprudence médiévale malikite concernant la façon correcte de maintenir les dhimmis dans une « condition d’humiliation et d’asservissement ou de discrimination tolérée ». » 

Chiisme, cet inconnu

L’opposition entre chiites et sunnites est une opposition qui structure l’islam depuis sa naissance : c’est dire son importance. Elle est la motivation de nombreux conflits sanglants entre musulmans depuis des siècles et est à l’origine de la haine, bien vivante aujourd’hui, entre l’Arabie Saoudite (sunnite) et l’Iran (chiite).

L’émission de France 2 « Islam » du 30 avril 2018 est revenue sur la nature de cette opposition. Le reportage diffusé à cette occasion à propos de la compréhension ce qu’est le chiisme par les musulmans français est l’illustration, assez habituelle, de la connaissance très faible qu’ont les musulmans de leur propre religion et de son histoire.

France 2 Islam 180430 Sunnisme chiisme 1 Extrait

Ali, cousin de Mahomet et marié à une de ses filles, Fatima, est le 4ème calife à succéder à Mahomet. Il est haï par Aïcha, la bienheureuse mère des croyants, qui le combattra, sans succès, lors de la bataille dite « du chameau ». Dans le contexte politique régional agité de l’époque (VIIème siècle), Ali se retrouve en conflit avec le gouverneur de Damas, Mu’awiyya. Finalement, après diverses péripéties, une majorité de musulmans reconnaissent en Mu’awiyya, fondateur de la dynastie des Omeyyades, le calife, tandis que pour les autres, dits « chiites » (terme qui vient de shî’a Ali qui signifie « partisans d’Ali »), la succession au califat ne peut passer que par Ali et ses deux fils, Hassan et Hussein. Finalement, Ali est tué, Hassan se retire de la succession et Hussein est tué à la bataille de Kerbala en 680. Cette question de la succession légitime de Mahomet revêt un caractère à la fois politique et religieux, avec notamment l’instauration de l’imam comme guide suprême de la communauté des musulmans dans le monde chiite (cf. ayatollah), le monde sunnite étant quant à lui dépourvu de chef religieux unique, l’imamat n’y étant pas réservé à une lignée particulière et étant donc en principe ouvert à tous.

Al-Andalus : analyse d’un mythe (2)

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  • Le rite malikite

« Ce qui importe beaucoup pour notre histoire est que, dans la culture de l’islam médiéval d’al-Andalus, les textes importants n’étaient pas tant le Coran que les lois religieuses telles qu’interprétées par les oulémas de l’école juridique malikite ; que pour l’école malikite de jurisprudence islamique qui domina al-Andalus, comme c’était également le cas de façon générale pour les autres écoles de droit de l’islam classique, les hadiths et leur Tradition (Sunnah) étaient aussi contraignants que le Coran ; que, en réalité, les oulémas malikites d’al-Andalus acceptaient les fameux dires des si respectés traditionnalistes qu’al-Awzai et Yahya Ibn Abi Kathir selon lesquels le Coran a plus besoin de la Tradition pour son explicitation que la Tradition n’a besoin du Coran ; et que les textes islamiques n’étaient pas ouverts à l’interprétation par un croyant isolé mais devait faire intervenir la médiation de clercs proprement qualifiés. »

« Quand les textes juridiques de l’école malikite répandus dans al-Andalus mentionnent le jihad, ils ne parlent pas d’une « lutte spirituelle intérieure » ou d’une sorte d’un « effort sur soi-même vers la perfection » : ils parlent de la guerre contre les infidèles – un combat sacré, ou une guerre sainte, ou une lutte sainte, ou quelque autre nom qu’on choisisse pour signifier le mandat de faire une guerre religieuse contre les infidèles. (…) Le traité fondateur de loi islamique de l’imam Malik ibn Anas, écrit au VIIIème siècle, « al-Muwatta », dans la recension faisant le plus autorité (celle du juriste de cordouan Yahya ibn Yahya ibn Kathir al-Andalusi) parle du jihad ou du « combat saint » seulement dans son sens guerrier. (…) Le « Kitab al-Tafri » (Xème siècle), un des manuels malikites les plus largement lus dans l’Espagne musulmane, parle du jihad seulement comme une guerre sainte. Un autre influent traité malikite dans l’Espagne musulmane, le « Risala » du « petit Malik » al-Qayrawani, parle du jihad seulement comme une guerre sainte. »

« Les tentatives pour assimiler jihad et croisade ne résistent pas à l’analyse. Pour les chrétiens fervents, la guerre sacrée de la croisade était un événement unique seul un pape pouvait proclamer. Mais, comme Ibn Khaldoun l’a souligné, pour les musulmans fervents, la guerre sacrée du jihad était un état permanent décrété par la loi islamique et au titre duquel le calife devait mener la guerre au moins une fois par an. »

« La « Chronique mozarabe » [mozarabe : chrétien vivant sur les territoires de la péninsule espagnole contrôlés par les Arabes] de 754 mentionne « Muhammad » (mammet) comme le « chef » des envahisseurs et au moins une fois comme leur « prophète » (propheta eorum mammet). Appeler Muhammad un « prophète » des envahisseurs indique certainement que l’auteur chrétien de la « chronique mozarabe » de 754, une des premières et des plus fiables restitution de la conquête islamique de l’Espagne, était au moins conscient d’une sorte de croyance religieuse à l’origine des actions des partisans de Muhammad. De plus, la « Vie de Muhammad », écrite en latin par un chrétien, répandue parmi les dhimmis espagnols et anciens dhimmis (c’est-à-dire des chrétiens sujet ou anciennement sujets soumis à la domination musulmane) et datant très vraisemblablement de la deuxième moitié du VIIIème siècle – seulement quelques décennies après la conquête musulmane – présente une biographie insultante de Muhammad, qui une fois encore indique la conscience chez les chrétiens espagnols de la force motivant l’invasion des ennemis musulmans. Lé témoigne précoce du chant visigoth « Tempore belli », probablement composé dans la première moitié du VIIIème siècle, seulement quelques décennies après la conquête, corrobore le témoignage de cette Chronique mozarabe précoce de 754. »

  • L’incompatibilité entre civilisation chrétienne et civilisation musulmane

« Le problème (que tous éludent largement) est pourtant le suivant : la base même de l’islam (c’est-à-dire le Coran) comporte des exigences et des commandements dont le sens ne peut être plus clair, d’autant plus qu’il s’agit de la parole de Dieu, incréée et éternelle. Aucun bon musulman ne pourrait se permettre d’y contrevenir sans en payer le prix au sein de sa communauté. On peut ainsi lire dans le livre sacré : « Croyants ! Ne vous liez pas d’amitié avec les juifs ou les chrétiens ! Ils sont amis entre eux. Toute personne qui, parmi vous, deviendra l’un deux. Dieu ne guide pas les peuples impies » (Coran, 5-56). « Combattez tous ceux qui ont reçu l’Écriture et ne croient ni en Dieu, ni dans le dernier jour ; tous ceux qui n’interdisent pas ce que Dieu et Son Envoyé ont interdit ; tous ceux qui ne pratiquent pas la véritable religion, jusqu’à ce qu’ils soient humiliés et vous paient directement un tribu » (Coran, 9-29). Ces références permettent de comprendre la terrible opinion que les musulmans avaient de ceux qui, parmi eux, acceptaient des services, l’amitié ou toute forme de relation avec les juifs ou les chrétiens. »

« Fernand Braudel a bien compris le conflit qu’a connu l’Espagne et qui l’a poussée à mener à bien l’expulsion des Morisques (musulmans convertis de gré ou de force au catholicisme après la fin de la Reconquista, expulsés d’Espagne par Philippe III à compter du 22 septembre 1609), d’abord à Grenade puis dans tout le pays. Il s’agissait de répondre de la manière la plus radicale possible à une minorité inassimilable, qui se refusait à l’intégration et dont la connivence avec l’ennemi du moment n’était ni passive, ni méconnue. »

« Les Morisques avaient une très mauvaise opinion des églises (qu’ils jugeaient sales) ; ils polémiquaient avec la papauté, dénonçaient ce qu’ils voyaient comme une corruption des Écritures et rejetaient la liturgie. Leur idéologie violemment anticatholique réapparaissait à la moindre occasion. »

« Mais le conflit n’était pas uniquement entretenu par l’incompréhension culturelle ou le caractère exclusif d’une seule foi de part et d’autre. Il s’expliquait aussi par des facteurs économiques, c’est-à-dire par la spoliation (rendue possible par des abus ou par l’extorsion directe), tout comme s’expliquaient aussi de nombreux procès de l’Inquisition. Ce phénomène s’observait aussi au XVème siècle à l’égard des juifs et des convers, qui étaient victimes des pillages et de vols perpétrés de manière récurrente par des foules enflammées. Ces pogroms ont démarré dès 1391 dans la ville de Nàjera. En fait, toute la population devait supporter au quotidien les abus de la soldatesque et des milices. »

« Répétons-le : les traits culturels des Morisques, leurs opinions et agissements ne permettent pas de les qualifier d’espagnols. Plus encore : leur volonté de ne pas l’être rend cette tentative tout à fait inutile. Un bon nombre d’auteurs (Carlo Baroja, Ladero Quessada ou Bernard Vincent) sont tout à fait d’accord pour admettre l’obstination (le caractère « indomptable », pour Vincent) des Morisques, qui ont résisté à l’intégration (contrairement aux juifs convertis) et ont continué à être un corps étranger au sein de la société hispanique. Leur agressivité anti-chrétienne ou, plus exactement, antiespagnole pouvait finir par leur coûter cher. Ils avaient aussi recours à la taqiyya, c’est-à-dire la dissimulation de leurs sentiments, attitude validée par certains muftis. »

« Si on laisse de côté le débat historique sur les Morisques, je crois qu’il faut souligner, à partir de tout ce que nous avons vu jusqu’à présent, un fait capital : les Marocains ne parviennent pas (ou très difficilement) à considérer al-Andalus (ou sa dernière manifestation, à savoir les Morisques) comme un lien entre le monde arabe et le monde espagnol. Al-Andalus et l’Espagne sont, pour eux, des structures indépendante l’une de l’autre, imperméables l’une à l’autre, et le monde morisque (qui constitue une espèce de no man’s land) n’a jamais été envisagé comme une connexion possible entre les deux cultures – ni au XVème siècle, ni, bien entendu, aux XVIIème ou au XVIIIème siècle. » La conclusion de cette longue réflexion est claire : si les Arabes ne voient pas les choses comme les arabisants aimeraient qu’ils les voient, c’est que les Arabes ne respectent pas leurs obligations et qu’ils ne jouent pas le rôle qui leur a été attribué. »

Al-Andalus : analyse d’un mythe (1)

Je propose une courte série d’articles constitués d’extraits de deux livres récents, dont je recommande la lecture, très documentés sur la base de sources originales, et publiés par deux personnalités versées dans l’histoire d’Al-Andalus :

« Al-Andalus, l’invention d’un mythe » de Serafin Fanjul, éd. l’Artilleur, octobre 2017

Serafin Fanjul est docteur en philologie sémitique, professeur de littérature arabe à l’université autonome de Madrid, ancien directeur du centre hispanique du Caire, membre de l’Académie Royale d’Espagne.

« Le mythe du paradis andalou » de Dario Fernandez-Morera, éd. Isibooks, avril 2017

Dario Fernandez-Morera est PhD de l’université d’Harvard, est professeur à la Northwestern University, ancien membre du National Council on the Humanities.

J’invite les lecteurs à m’indiquer d’autres sources dont ils auraient connaissance afin de confirmer ou de porter la contradiction.

NB : Afin de ne pas alourdir inutilement la lecture, les références ne sont pas indiquées mais je les communiquerai bien volontiers à toute personne qui en fera la demande.

  • Définition

« Al-Andalus : expression désignant les territoires de la péninsule Ibérique sous domination arabo-musulmane de 711 à 1492. (…) Après le renversement des Omeyyades par les Abbassides de 750 à 756, Abd al-Rahman, petit-fils du calife omeyyade déchu Hicham ibn Abd al-Malik, se réfugie d’abord en Afrique du Nord puis en al-Andalus. Il remporte la bataille d’Alameda en 756 et fonde l’émirat de Cordoue, qui permet à la dynastie omeyyade de se maintenir au pouvoir dans la péninsule jusqu’au XIème siècle. L’instabilité des royaumes de Taïfas (1031-1094) qui lui succèdent facilite alors la conquête de la péninsule par la dynastie berbère des Almoravides (1086-1145), avant que cette dernière ne soit elle-même renversée par les Almohades. La décadence de l’empire almohade, amorcée en 1212 à la bataille de Las Navas de Tolosa, accélère la Reconquista, qui s’achève le 2 janvier 1492 par la prise de Grenade. La défaite du royaume musulman de Grenade contre les rois catholiques met un terme à l’existence d’al-Andalus et marque la fin de l’Espagne arabo-musulmane. »

  • Les sources historiques

« Nous ne disposons pas jusqu’à présent (novembre 2017) d’une histoire de la littérature arabe d’al-Andalus digne de ce nom. La conséquence, presque inévitable, est que dans le cadre de notre société de consommation, l’étude des Arabes, de l’islam et d’al-Andalus dépende toujours davantage des clichés et stéréotypes (positifs ou négatifs), de la revendication d’impressions mal documentées et sans recul critique et, dans tous les cas, des va-et-vient de la mode publicitaire ou audiovisuelle. Les Espagnols n’ont toujours pas d’idée, même approximative, sur les bonnes et mauvaises choses apportées par la civilisation d’al-Andalus. »

« Des considérations politiciennes de court terme ont embrouillé davantage les rares idées claires que les Espagnols avaient à propos d’al-Andalus ou des Arabes d’aujourd’hui. Nous pensons notamment à la politique méditerranéenne, à la gestion des flux migratoires, à la nécessité (jamais avouée mais indéniable) de mettre fin à la surpopulation future des pays musulmans (ou au moins d’en réduire la gravité), aux investissements en Afrique du Nord, etc. Il s’agit d’un ensemble d’arguments concrets et tangibles auxquels nos pays sont sensibles, au détriment une fois de plus de la réflexion et de la pensée (surtout lorsqu’il s’agit d’interpréter le passé). Nous pensons que faire des concessions envers la corniche nord-africaine ne nous coûte rient tant qu’elles sont confinées au domaine de la culture, par définition très flou. »

« Revenons-en à al-Andalus. Il nous faut récapituler les différentes visions en la matière et peut-être accepter que nous ne saurons jamais quelle a été la véritable nature de cette partie de notre histoire. (…) Les peuples vieillissent, eux aussi, et les cultures meurent. Al-Andalus et l’Espagne musulmane attendent toujours d’être étudiées à l’aide d’une approche sans guirlandes ni artifices mais aussi sans sentiments de culpabilité qui nous rendent strabiques et nous obscurcissent la vue. »

  • La soif de merveilleux

« C’est dès l’époque d’al-Andalus que les exagérations, les mensonges et les divagations irrationnelles sont apparus dans les textes arabes. Des idées fantaisistes concernant al-Andalus ont été acceptées par l’historiographie arabe et ont été transmises aux musulmans quelque peu cultivés comme des vérités. Il est vrai que quiconque est un peu familiarisé avec la littérature géographique et historique arabe sait que ce type d’affabulations est généralisé et s’applique à n’importe quel pays. Mais après la perte d’al-Andalus, et la fin de la Reconquête, les Arabes ont perdu tout contact avec la réalité de l’Espagne et n’ont pas été en condition de vérifier sur le terrain la véracité de leurs litanies de déclarations extravagantes. Celles-ci ont alors formé peu à peu un discours vague, déformé et mensonger, contribuant à créer l’image d’un paradis perdu qui alimente encore aujourd’hui le souffle poétique de nombreux écrivains arabes contemporains. La traduction en espagnol de ces poèmes, souvent fidèle et excellente, ne peut en masquer la vacuité car les Arabes (exception faite, peut-être de certains Marocains) méconnaissent tout de l’Espagne réelle, passée ou présente. »

« Quelquefois, ces mêmes auteurs s’emparent de données qu’ils amplifient de manière tout à fait irrationnelle tant et si bien que les chiffres sont si abracadabrants qu’ils n’ont même pas besoin d’être commentés ou comparés à des sources dignes de foi. C’est le cas, par exemple, des 13.870 mosquées de Cordoue (dont 800 étaient censées se trouver dans le faubourg de Secunda) (…). »

« Si al-Andalus plaît autant, c’est parce qu’il constitue le moment le plus exotique de l’histoire de la péninsule ibérique, la source la plus féconde qui vienne étancher notre soif de « couleur locale ». »

À suivre…