Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (15) La violence en islam : l’État Islamique aurait-il raison ?

  • Problématique

La question de la violence en islam est naturellement centrale pour une religion qui se présente comme une religion d’amour et de paix. J’ai eu l’occasion d’écrire à ce sujet de multiples articles disponibles sur ce site. Afin d’éviter trop de redites, je me contenterai de revenir sur quelques propos de Tareq Oubrou, celui-ci reconnaissant qu’« Il n’est pas question de chercher à esquiver le débat sur la violence dans la religion. »

  • La position de Tareq Oubrou : un écheveau confus de contradictions

Pour Tareq Oubrou, « Dire que l’islam est foncièrement violent, c’est ne rien comprendre à la génétique ni au coranique. » Sur quelle analyse se fonde cette affirmation ? On ne sait pas. C’est juste une opinion, dont Tareq Oubrou reconnaît lui-même bien vite qu’elle pose problème puisqu’il enchaîne immédiatement en écrivant : « Je concède néanmoins qu’une certaine pratique de l’islam et un certain discours tenu en son nom accréditent cette perception essentialiste. Le pire est qu’ils viennent de sommités de la pensée canonique. »

Tareq Oubrou est donc parfaitement conscient de la faiblesse de sa position : lui, modeste imam auto-proclamé de la petite ville de Bordeaux, se trouve en contradiction avec les positions de ceux qu’il reconnaît faire partie des plus éminentes personnalités religieuses du monde musulman ! Rien moins que cela… Alors qui faut-il croire ? Le conseil que je peux donner est de tout simplement aller lire soi-même la biographie de Mahomet : le doute est vite dissipé…

Cette lecture met en effet en lumière, avec une grande clarté, le caractère violent de l’islam de Mahomet à compter de Médine, qui figure à quasiment toutes les pages (occupant environ 450 pages sur 500 de la biographie). Quant à l’argument sempiternellement répété de la « contextualisation historique » qui excuserait cette violence, c’est un miroir aux alouettes auquel ne se laissent prendre que les esprits naïfs et faibles : « Il s’agit d’une interprétation humaine marquée par une histoire circonstancielle et divinisée au fil du temps. Confondant islam et ceux parmi les musulmans qui se revendiquent de cette lecture violente de l’islam, l’essentialisation devient alors automatique. »

  • L’État Islamique a raison (au regard du droit musulman « classique »)

Le plus curieux dans le discours de Tareq Oubrou est, qu’étant parti de la position initiale niant le caractère intrinsèquement violent de l’islam, son discours évolue jusqu’à conclure avec bon sens : l’État Islamique a raison ! ll est tout à fait étonnant de lire ce constat sous la plume d’un imam « modéré » : « Le paradoxe actuel est que certains oulémas condamnent l’Organisation de l’État Islamique en Irak et au Levant (Daech), laquelle ne fait qu’appliquer un droit canon classique qu’eux-mêmes dénoncent avec acharnement. Ce sont en quelque sorte des pompiers pyromanes qui squattent les universités théologiques du monde musulman – y compris la principale, celle d’Al-Azhar, au Caire – et qui paraissent donner raison à ceux qui ne font pas de différence entre islam et islamisme, islam et intolérance, islam et violence. De fait, les germes de cette pensée ne se trouvent pas dans l’islam radical et violent, mais bien dans cette vision fondamentale classique du droit canonique. »

En effet, j’ai eu l’occasion d’expliquer à maintes reprises sur ce site et au travers de mon livre « Les sources doctrinales de l’État Islamique » (http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-111-8_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-1/), que la cohérence doctrinale de l’État Islamique au regard des sources musulmanes « classiques » n’est pas fortuite. Quiconque lit la propagande de l’État Islamique s’en rend compte rapidement (l’ampleur dans l’horreur terroriste étant une autre question). Avec raison, Tareq Oubrou en vient donc à reconnaître qu’il faut poser un débat de fond au sein de l’islam : la question de fond n’est pas le terrorisme de l’État Islamique mais le contenu de la doctrine musulmane « classique » ou « orthodoxe », défendue par la plupart des pays du Golfe aujourd’hui. C’est un point absolument essentiel.

Quiconque prend conscience de l’importance de cette question comprend pourquoi l’islam dit « modéré » est incapable de produire un contre-discours sérieux face aux mouvements fondamentalistes – sauf à faire exploser l’islam au travers de l’effondrement de sa doctrine – et pourquoi parler de « méthode de déradicalisation » n’a aucun sens puisqu’il n’y a qu’une façon de se déradicaliser par rapport à une doctrine : l’abandonner, c’est-à-dire apostasier dans le cas de l’islam. J’attends le jour où le gouvernement français se donnera pour objectif l’apostasie de tous les musulmans vivant en France…

  • Conclusion : une logique de pensée particulièrement tortueuse mais qui soulève un débat de fond

Je ne chercherai pas à essayer de démêler les tenants et aboutissants du cheminement intellectuel de Tareq Oubrou, tant il est confus et contradictoire. On finit par se demander s’il est bien conscient de la portée de ses propos tant ceux-ci vont parfois à rebours de son intérêt : la défense de l’islam. Reste que cette confusion est parfois honorable puisqu’il arrive qu’elle révèle parfois une certaine forme d’honnêteté et de courage dans les débats de fond qu’elle conduit à soulever de façon incontournable.

Procès de Georges Bensoussan : « Leur objectif est d’interdire de penser »

http://www.marianne.net/proces-georges-bensoussan-leur-objectif-est-interdire-penser-100249457.html

La comparution le 25 janvier devant la 17ème chambre correctionnelle de l’historien Georges Bensoussan, pour « provocation à la haine raciale », à la suite de la dénonciation du Collectif contre l’islamophobie en France et de plusieurs associations antiracistes, s’est transformée en procès idéologique. Compte-rendu d’audience.

L’historien Georges Bensoussan est responsable éditorial du Mémorial de la Shoah.

De quoi le procès fait à Georges Bensoussan est-il le nom ? L’expression, usée jusqu’à la corde, est pourtant la seule qui convienne. L’audience du 25 janvier 2017 devant la 17ème chambre correctionnelle a duré douze heures et ce fut long comme un jour injuste. Un jour dont l’on retiendra la date, tristement, à l’heure future où nos enfants tenteront de comprendre quels faits, obscurs ou spectaculaires, quelles compromissions, silencieuses ou tonitruantes, nous auront conduits à cette catastrophe : l’agonie de la lucidité et la criminalisation du courage dans notre pays.

L’historien, responsable éditorial du mémorial de la Shoah, auteur de nombreux ouvrages, était, rappelons-le, poursuivi par le Parquet  « pour provocation  à la haine raciale » sur dénonciation du Collectif contre l’islamophobie en France. En cause : des propos tenus lors de l’émission Répliques, sur France Culture, où il évoquait l’antisémitisme dans les familles arabes . Ce dernier s’était prétendu diffamé puis avait retiré sa plainte. Difficile en effet pour Laacher de nier avoir dit devant les caméras : « Cet antisémitisme, il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est quasi naturellement déposé  sur la langue, déposé dans la langue… Des parents à leurs enfants, quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juifs. Bon. Mais ça, toutes les familles arabes le savent.  C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique ». Georges Bensoussan, en s’y référant, avait usé métaphoriquement de l’expression « l’antisémitisme, on le tète avec le lait de sa mère ».

Ce sein, qu’on ne saurait voir, a déclenché toutes les fureurs. Apparemment, les choses sont bien différentes quand l’antisémitisme arabe est dénoncé par un sociologue issu de cette culture et quand la citation est reprise par un historien d’origine juive  comme l’a souligné douloureusement Georges Bensoussan dans une de ses interventions. Dans le premier cas, on refuse d’écouter Laacher, puis on le somme officieusement de revenir sur ses propos. Dans le second cas, Bensoussan est trainé devant les tribunaux par la justice de son pays puisque le Parquet avait choisi d’attaquer. Ce « deux poids, deux mesures » planait dans l’air raréfié de la 17e chambre du Palais de Justice de Paris.

Un étrange témoin

Le CCIF, représenté par Lila Charef, étroitement voilée, était appuyé par une pléiade d’associations antiracistes, Licra, Mrap, SOS racisme. SOS avait trouvé un témoin à charge surprenant en la personne de Mohamed Sifaoui. Ce dernier, qui a si souvent écrit dans nos colonnes, se retrouvait ainsi sur le même banc que le CCIF dont on pensait que le journaliste, menacé de mort par les islamistes, ne partageait pas vraiment les options. Sifaoui écrivait en effet du CCIF, le 6 juillet 2015, que cette « prétendue association antiraciste avait beaucoup de mal à condamner l’antisémitisme ». De son côté, en juin 2015, le CCIF traitait Sifaoui de « chantre de la haine ». Comment ces adversaires irréductibles se sont-ils ligués contre Georges Bensoussan ? Sans doute un de ces retournements de l’histoire qui n’augurent rien de bon pour le respect des faits. « Le déni de réalité est un cancer », écrit Elisabeth Badinter dans sa préface à l’ouvrage collectif, La France soumise coordonné par l’historien (Albin Michel)

Nous y voilà, effectivement. Georges Bensoussan, sommé de s’expliquer sur ses propos mais aussi sur ses travaux, rappelle qu’il travaille depuis un quart de siècle sur les mécanismes conduisant à la haine de l’autre. Il s’est penché, notamment, sur la condition juive en pays d’Islam. Il cite l’expression, si proche de la sienne à Répliques, utilisée en 1965 dans la revue les Temps modernes par l’auteur marocain Saïd Ghallab. Sous le titre Les juifs vont en enfer, Ghallab écrivait alors : « ... la pire insulte qu’un Marocain puisse faire à un autre, c’est de le traiter de juif, c’est avec ce lait haineux que nous avons grandi… ». Plus de cinquante ans après, en France, toutes les enquêtes réalisées sur l’antisémitisme par le think tank Fondapol, comme les témoignages multiples recueillis par les enseignants depuis la parution des Territoires perdus de la République attestent une emprise grandissante des préjugés chez les jeunes de culture musulmane. Si l’on y ajoute les fameux 28% de partisans de la suprématie de la charia sur les lois françaises dénombrés dans la dernière enquête de l’Institut Montaigne (enquête dirigée par Hakim el Karoui), il y a de quoi s’inquiéter.

Sur la toile de fond des attentats, des crimes de Mohamed Merah à ceux de l’Hypercacher (sans oublier l’enlèvement et l’assassinat du jeune Ilan Halimi, en 2004, dont le caractère antisémite avait été honteusement nié) les juifs ont peur. Les élèves juifs fuient les écoles et les lycées publics des quartiers dits « sensibles ». Bensoussan, qui se définit lui-même comme « un enfant de l’école publique », souligne qu’ils n’en sont pas partis en masse par choix mais pour d’impérieuses raisons de sécurité. Les écoles juives dans lesquelles certains ont été inscrits ne sont-elles pas gardées par l’armée ? Ce qui arrache ce cri à l’historien : « Est-ce moi qui dois me trouver devant ce tribunal aujourd’hui ? N’est-ce pas l’antisémitisme qui nous a conduits à la situation actuelle qui devrait être jugé ? »

« Une dérive judiciaire »

Cette inversion du réel s’inscrit au cœur du témoignage d’Alain Finkielkraut. « Les associations antiracistes ne luttent plus contre le racisme, s’insurge l’académicien, leur objectif est d’interdire de penser, il s’agit de soustraire la réalité à l’investigation et les musulmans à la critique. Je suis étonné d’être ici : car la question n’est pas de savoir si Georges Bensoussan s’est rendu coupable : la question, c’est de savoir s’il dit vrai ! »

Et Finkielkraut poursuit : « Si le tribunal cède à cette intimidation, ce sera à la fois une catastrophe intellectuelle et une catastrophe morale… Si on refuse de voir la réalité et si on incrimine ceux qui s’efforcent de la penser, on n’a plus aucune chance d’échapper à la division et à la montée de la haine ! »

En dénonçant « une dérive judiciaire », le philosophe cite des témoignages sur les « insultes antisémites et antifrançaises ». Du coup, l’avocat du Collectif contre l’islamophobie en France le menace de « réserver » ses propos, allusion à une procédure judiciaire dont il pourrait relever. « Ah, je suis donc moi aussi sous surveillance ! » s’exclame Finkielkraut.

Cet échange donne le ton d’un procès qui, d’heure en heure, se fait plus tendu. Ainsi se vérifie la phrase de Jean-Paul Sartre : « L’antisémitisme n’est pas une pensée, c’est une passion. »

La déposition de Mohamed Sifaoui, extrêmement violente à l’encontre de Georges Bensoussan, alourdit encore l’atmosphère. D’un côté, le journaliste si engagé contre l’islamisme reconnaît qu’au cours de ses reportages dans le monde arabe, il a « rencontré partout de l’antisémitisme, personne ne nie non plus qu’il y a un antisémitisme endémique dans la communauté musulmane en France ». Où est donc la différence de propos qui l’amène à fustiger Bensoussan ? C’est que, de l’autre côté, Sifaoui s’indigne : « Bensoussan détricote tous les moments positifs entre juifs et arabes. N’est-il pas en train d’écrire une histoire qui peut servir à des milieux douteux ? C’est un destructeur des ponts entre juifs et arabes. » En s’attardant sur la fameuse métaphore de « l’antisémitisme tété au sein », il évoque même « un biberon empli d’un lait fabriqué en Israël ! ». Une heure plus tard, l’avocat du CCIF lancera à l’historien : « Les juifs ne tuent pas d’Arabes ? Et en Palestine ? » L’inversion des faits ne suffit donc pas ! Sifaoui comme le CCIF, adversaires d’hier mais peut-être pas de demain, se coalisent pour convoquer l’ombre du conflit israélo-palestinien sous les plafonds bleu-or de la 17ème chambre.

« On ne peut pas parler de racisme quand on évoque la transmission culturelle »

Le témoignage de la philosophe Elisabeth de Fontenay, toujours vigilante et précise, allège un peu l’ambiance. Elle aussi « accepte mal qu’un chercheur qui fait état d’études de terrain soit poursuivi ». Et souligne à l’intention des accusateurs de l’historien : « On ne peut pas parler de racisme quand on évoque la transmission culturelle ».

En face, la sociologue Nacira Guénif, témoin cité par l’accusation, se fendra d’une longue analyse, véritable morceau d’anthologie, qui consiste à prendre le contre-pied de la réalité. A la présidente du tribunal, Fabienne Siredey-Garnier, qui lui demande de réagir aux propos de Smain Laacher, elle répond par une esquive et entreprend de décortiquer l’insulte arabe « espèce de juif ! » Des « explications » fournies par l’éminente universitaire, il ressort qu’en disant l’insulte « on ne pense pas ce qu’on veut dire », qu’il s’agit « d’une expression figée passée dans le langage courant ». Bref une insulte antisémite en arabe n’est pas… antisémite.

Une insulte antisémite en arabe ne serait pas… antisémite.Suivra un dernier et obscur témoignage de Michèle Sibony, enseignante retraitée, par ailleurs animatrice d’une « Union juive française pour la paix » qui, en se drapant dans la cape de la bonne moralité identitaire, s’enlise dans la phraséologie la plus ossifiée pour flatter l’islamisme. Devant le tribunal, elle va manier l’injure en accusant Bensoussan de « discours digne d’un Drumont » ( Edouard Drumont, antidreyfusard, était un célèbre idéologue antisémite du début du XXème siècle).  Nous sommes toujours à des années-nuits du réel et de la clarté intellectuelle.

« Pour la première fois de ma vie j’ai eu la tentation de l’exil »

Il y aura heureusement l’intervention d’Yves Ternon, historien qui salue « Georges Bensoussan, le lanceur d’alerte », puis la lettre de soutien adressée d’Algérie par le grand écrivain Boualem Sansal, et lue par la présidente : « Les propos reprochés ne sont en rien un acte d’islamophobie… (…) J’ai moi-même dénoncé cette culture de la haine inculquée dans les familles arabes à leurs enfants, haine contre le juif, le chrétien, l’homosexuel… »

Boualem Sansal ose ensuite écrire : « Dire que l’antisémitisme relève de la culture, c’est simplement répéter ce qui est écrit dans le Coran et enseigné à la mosquée ».

Suivront les plaidoiries des associations, aussi creuses que leurs accusations, puis celle, incisive et brillante, de Me Michel Laval, avocat de Georges Bensoussan. Le réquisitoire de la Procureure sera à l’image du procès, intégralement idéologique.

« Ce soir, Madame la présidente, conclura Georges Bensoussan, dans le silence de la nuit qui s’est abattue sur le Palais de justice, pour la première fois de ma vie j’ai eu la tentation de l’exil. »

C’était un jour dans la vie de la justice française. Jugement le 7 mars.

« Si les juifs ont quitté en masse le Maroc, c’est parce qu’ils avaient peur »

INTERVIEW. Pour Georges Bensoussan, la tolérance de l’islam n’est qu’un mythe. La preuve, les souffrances subies par les juifs en terre musulmane.

Propos recueillis par Catherine Golliau. Article publié dans Le Point.fr le 24 janvier 2017

Georges Bensoussan sort chez Albin Michel « Une France soumise », un ouvrage collectif où enseignants, policiers, travailleurs sociaux disent pourquoi ils ne peuvent plus exercer leur métier dans les écoles et les banlieues.

Mercredi 25 janvier [demain] , Georges Bensoussan passe devant un tribunal pour avoir dit que l’antisémitisme des musulmans était une transmission familiale. À tort ou à raison ? Ce spécialiste de l’histoire des juifs d’Europe de l’Est et de la Shoah est un historien engagé. En 2002, il rédigeait la postface des Territoires perdus de la République (Fayard), où des professeurs de collège témoignaient de la violence des adolescents, de leur racisme, leur antisémitisme et leur sexisme. Lui-même sort chez Albin Michel Une France soumise, un ouvrage collectif préfacé par Élisabeth Badinter « herself », où enseignants, policiers, travailleurs sociaux disent pourquoi ils ne peuvent plus exercer leur métier dans les écoles et les banlieues. Toujours à cause de cette violence et de ce rejet de l’autre – et particulièrement du Juif – , qui ne font que s’accentuer. Mais cette haine, d’où vient-elle ? Pour l’historien, comme il l’explique dans Les Juifs du monde arabe. La question interdite, qui paraît également cette semaine chez Odile Jacob, elle est directement liée au statut du dhimmi, imposé par le Coran au juif et au chrétien, soumission imposée qui s’est perpétuée jusqu’à la période coloniale, et qui est resté dans les consciences, même s’il a officiellement disparu des États modernes.

Le Point.fr : Pour vous, contrairement à ce qu’affirment nombre d’historiens, les juifs n’ont pas été bien traités dans le monde musulman…

Georges Bensoussan : Oui, nous sommes dans le déni. Peut-être parce qu’étant donnée l’horreur des exactions subies par les juifs dans le monde chrétien, et particulièrement sous les nazis, on a voulu croire à un islam tolérant. Or la légende d’Al Andalus, cette Espagne musulmane où les trois monothéismes auraient cohabité harmonieusement sous des gouvernements musulmans, a été forgée de toute pièce par le judaïsme européen au XIXe siècle, en particulier par les Juifs allemands, afin de promouvoir leur propre émancipation. Elle a ensuite été reprise par le monde arabe dans le but de montrer que les responsables de l’antagonisme entre juifs et Arabes étaient le sionisme et la naissance de l’État d’Israël. Coupables du départ massif des communautés juives d’Irak, d’Égypte, de Syrie, de Libye, du Maroc, etc., soit près d’un million de personnes entre 1945 et 1970. Mais, s’ils étaient si heureux dans leur pays d’origine, pourquoi ces gens sont-ils partis de leur plein gré ? En Irak, par exemple, les juifs comptaient parmi les plus arabisés d’Orient, et n’étaient guère tentés par le sionisme. Or ils ont été plus de 90 % en 1951-1952 à quitter le pays, après avoir subi le pogrom de Bagdad en juin 1941 – plus de 180 morts –, après avoir été victimes de meurtres, d’enlèvements, d’arrestations, de séquestrations, de vols et de torture dans les commissariats. C’est cette réalité-là qui a poussé ces juifs à l’exil. Un véritable processus d’épuration ethnique, d’autant plus sournois qu’à l’exception de l’Égypte, il n’a pas pris la forme d’une expulsion.

Vous ne pouvez nier pourtant que les sionistes ont largement œuvré pour que les juifs viennent s’installer en Israël…

Bien évidemment, et comment le leur reprocher ? Ils voulaient renforcer leur jeune État. Mais à eux seuls, des agents sionistes peuvent difficilement déraciner une communauté qui ne veut pas partir. Si les Juifs du Maroc ont quitté en masse leur pays – un tiers déjà avant l’indépendance –, c’est parce qu’ils avaient peur. D’expérience, ils craignaient le retour de la souveraineté arabe sur leurs terres. Ils ne se voyaient pas d’avenir dans leur pays, où la législation leur rendait la vie de plus en plus difficile. L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme que l’attitude du sultan du Maroc, par contraste, en apparaissait presque bienveillante !

Le sultan du Maroc a pourtant la réputation d’avoir protégé les juifs entre 1939 et 1945, quand le pays était contrôlé par le gouvernement de Vichy…

Le Sultan, dit-on, se serait opposé au port de l’étoile jaune par ses sujets juifs. À ceci près qu’il n’y eut jamais d’étoile jaune au Maroc (et pas même en zone sud en France). Le sultan a fait appliquer à la lettre les statuts des juifs d’octobre 1940 et de juin 1941.

Si c’est une légende, elle est pourtant entretenue dans les milieux juifs d’origine marocaine…

En partie, oui, et pour plusieurs raisons. L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme (à commencer par le Résident général Charles Noguès) que l’attitude du sultan, par contraste, en apparaissait presque bienveillante ! En second lieu, les Juifs marocains partis en masse s’installer en Israël constituaient la partie la plus pauvre de la judéité marocaine, celle qui, de faible niveau social et professionnel, essuiera de front le racisme des élites ashkénazes. Être « marocain » en Israël était (et demeure) un « marqueur » péjoratif. Cette immigration s’est mise à idéaliser son passé marocain, sa culture, le temps de sa jeunesse, parfois tissé, au niveau individuel, de relations d’amitié entre juifs et Arabes. Ajoutons que la mémoire collective est socialement stratifiée. Il faut donc compter avec celle, moins douloureuse, des classes plus aisées qui ont émigré, elles, davantage, en France ou au Canada. Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman

Le statut de « dhimmi » imposé aux chrétiens et aux juifs par le Coran explique-t-il l’antisémitisme que vous dénoncez ?

Il justifie l’infériorisation du juif par le musulman : il autorise en effet les membres des religions dites du Livre à pratiquer leur foi, à la condition de payer un impôt spécial et d’accepter de se comporter en « soumis ». Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman. Tout cela a fait du juif un être de second ordre. Les témoignages abondent, de non-juifs en particulier – des militaires, des commerçants, des médecins –, sur la misère et la manière infamante dont les juifs pouvaient être traités. Mais ce statut avait été intégré par des communautés profondément religieuses, marquées par l’attente messianique et considérant que ce qu’elles vivaient était le prix de l’Exil. Les choses ont changé avec l’arrivée des Européens et la possibilité d’avoir accès à une éducation marquée par les valeurs issues des Lumières. Pour autant, le regard arabo-musulman sur « le Juif » ne changera pas de sitôt : un sujet toléré tant qu’il accepte son infériorité statutaire. Même les juifs qui rejoindront le combat des indépendances arabes comprendront peu à peu qu’ils ne seront jamais acceptés. De fait, tous ont été écartés ou sont partis d’eux-mêmes, et la création de l’État d’Israël ne fera qu’accroître le rejet.

Mais leur situation était-elle la même partout ? Les Juifs de Salonique ont prospéré sous les Turcs et ont vu leur statut se détériorer quand les Grecs orthodoxes ont pris le contrôle de la ville, en 1922…

En effet, il faut distinguer le monde turc, plus tolérant que le monde arabe, même si la situation est loin d’y avoir été idyllique. Le statut de dhimmi a été aboli dans l’Empire ottoman par deux fois, en 1839 et 1856, et l’on constate que les contrées où les juifs connurent la condition la plus dure – le Yémen, la Perse et le Maroc – ne furent que peu ou pas du tout colonisées par les Turcs. Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux.

Vous dénoncez l’antisémitisme des émigrés de la troisième génération en France, ce qui vous vaut d’ailleurs un procès pour racisme intenté par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).

J’ai effectivement été assigné pour « propos racistes », parce que, lors d’une émission de France Culture, et à propos d’une partie de l’immigration maghrébine, j’ai usé de la métaphore d’un « antisémitisme tété avec le lait de sa mère ». Je ne faisais pourtant, par cette formule, que reprendre celle utilisée par le sociologue Smaïn Laacher qui, dans un documentaire diffusé sur France 3, parlait d’un antisémitisme « quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue […]. Bon, mais ça toutes les familles arabes le savent ! C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique […] comme dans l’air qu’on respire ». Ces deux métaphores disaient la même chose, une transmission culturelle et non génétique : le lait n’est pas le sang. À ceci près que l’une est dite par un Arabe, l’autre par un juif. L’indignation est sélective… Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux et donnent prise à la culture du complot qui cristallise sur « le Juif », cette cible déjà désignée dans l’imaginaire culturel maghrébin, et aggravée par la réussite de la communauté juive de France. Mais qu’y a-t-il de « raciste » à faire ce constat, à moins d’invalider toute tentative de décrire le réel ? Ce qui est inquiétant dans mon affaire, au-delà de ma personne, est que la justice donne suite à la dénonciation du CCIF, dont l’objectif est de nous imputer le raisonnement débile du racisme pour mieux, moi et d’autres avec moi, nous réduire au silence.

Vos collègues vous reprochent de manquer de l’objectivité indispensable à l’historien…

Quand les faits leur donnent tort, ils invoquent l’« objectivité » alors que le seul souci de l’historien face aux sources, a fortiori quand elles contreviennent à sa vision du monde, demeure l’honnêteté. Comme au temps où il était impossible de critiquer l’Union soviétique au risque, sinon, de « faire le jeu de l’impérialisme », la doxa progressiste s’enferme dans cette paresse de l’esprit. Il n’est donc pas possible aujourd’hui de dire que le monde arabe, quoique colonisé hier, fut tout autant raciste, antisémite et esclavagiste. Quand la sociologue franco-algérienne Fanny Colonna a montré dès les années cinquante le poids de l’islamisme dans le nationalisme algérien, elle s’est heurtée aux « pieds rouges », ces intellectuels qui soutenaient le FLN et qui ne voulaient pas faire le jeu des opposants à la décolonisation. Orwell le soulignait jadis, certains intellectuels ont du mal à accepter une réalité dérangeante.

Les Juifs du monde arabe. La question interdite, Odile Jacob, 167 pages, 21,90 euros

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (14) Le musulman a le droit de frapper sa femme désobéissante, ou « Mahomet contre Allah ? »

  •  Problématique

S’il est bien une des dispositions illustrant les facettes archaïques de l’islam, c’est bien le droit donné par le Coran au musulman de frapper sa femme. Rappelons de quoi il s’agit :

Sourate 4, verset 34. (…). Quant à celles [de vos femmes] dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous de leur lit et frappez-les. Si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez plus querelle. Allah est auguste et grand !

Ce texte, particulièrement simple et clair, reflète tout simplement les mœurs du temps, comme il l’a fait plus généralement pour le statut de la femme (polygamie, répudiation, héritage, obligations sexuelles dans la vie de couple, etc.). Souvenons-nous que les femmes n’étaient guère considérées dans l’Arabie du VIIème siècle – ce qui n’empêchait pas certaines, comme Khadija, la 1ère femme de Mahomet, de sortir du lot – et que les petites filles étaient parfois enterrées vivantes à la naissance (Mahomet s’étant néanmoins opposé à cette abominable pratique).

Le Coran ne conditionne ce verset à aucun autre. Sans aller jusqu’à interdire au mari de frapper sa femme, ce qu’il n’a pas fait, le Coran aurait pu du moins ne pas se prononcer sur la question en laissant l’homme au prise avec sa conscience pour répondre à cette question éthique dont la solution est évidente dès lors qu’on considère que l’homme et la femme sont également dignes. Mais il s’avère que c’est le contraire qu’il prône : le Coran légifère et autorise en effet formellement par ce verset le musulman à frapper sa femme en cas de besoin.

Évidemment, il devient assez difficile dans ces conditions d’expliquer que l’islam est une religion compatible avec le statut de la femme dans le monde occidental. Voyons donc comment Tareq Oubrou tente de renverser la vapeur.

  • Pas de remise en cause de l’authenticité de ce verset

La première chose à remarquer est que Tareq Oubrou fait preuve de réalisme et ne tente pas de contester l’authenticité de ce verset car c’est absolument impossible. De même, il ne mentionne pas un hypothétique problème de traduction car ce texte est très clair en arabe si l’on en juge par les traductions figurant dans les différentes versions du Coran. Ainsi, pour la punition, on trouve par exemple : « frappez-les » chez Denise Masson ; « frappez-les » chez Régis Blachère ; « frappez-les » dans le Coran assabile ; « battez-les » chez André Chouraqui ; « battez-les » chez Kasimirski ; « battez-les » chez Hamidullah.

  • L’argument habituel : la contextualisation

En revanche, Tareq Oubrou a recours à l’argument habituel de la contextualisation au regard des mœurs du VIIème siècle : « Le verset 4 de la sourate 34 se réfère à une situation et s’adresse à un public spécifique qu’il convient de préciser, toute exégèse sérieuse consistant à chercher à comprendre le texte d’abord dans son univers originel. »

Comme toujours, on reste perplexe face à l’argument de la contextualisation, sachant qu’il s’agit prétendument de la parole d’Allah délivrée au dernier des prophètes.

Tareq Oubrou poursuit : « En premier lieu, il cible les Mecquois et non les Médinois, lesquels, de par leur culture, étaient dociles à l’égard de leurs femmes comme l’explique Omar, deuxième calife, qui était un Mecquois. »

D’où Tareq Oubrou tient-il que ce texte ne s’adresse qu’aux Mecquois ? Quoiqu’il en soit,  ce verset n’ayant fait l’objet d’aucune abrogation ultérieure, il est par conséquent valable pour tous les hommes ; il est universel.

Quant aux textes auxquels Tareq Oubrou fait référence sans le dire précisément et qui feraient état des différences de mœurs entre Mecquois et Médinois vis-à-vis de leurs femmes, il serait intéressant d’en prendre connaissance ; mais de toutes les façons, ils ne changeraient rien au fond du problème.

  • Mahomet est en désaccord avec Allah !

Tareq Oubrou prétend que Mahomet n’a jamais frappé une de ses multiples femmes (rappelons qu’il en a eu jusqu’à neuf en même temps, soit bien plus que les quatre autorisées par lui-même dans le Coran) : « Le Prophète, qui est pour tout musulman un exemple à suivre, n’a jamais levé sa main sur l’une de ses épouses. (Muslim n°2328) »

En réalité, personne n’en sait rien, y compris Aïcha, car il aurait fallu être avec lui à chaque instant, même quand il copulait. Si Mahomet a frappé une de ses femmes dans le secret de son foyer, en étant seul avec elle, qui peut le savoir si elle n’en a pas fait état ? Ce qui est sûr, que le fait ait eu lieu ou pas, c’est qu’il n’a pas été rapporté. Cet argument n’est donc pas rigoureux et ne prouve rien.

Ce qui est beaucoup plus important est ce que Mahomet recommande à ses partisans. Tareq Oubrou écrit : « Le Prophète a prononcé des paroles plus fermes qui dénoncent cette violence et considèrent que l’homme violent à l’égard de sa femme n’est ni noble ni digne de respect. »

Il est vrai que si les coups font partie de la panoplie à la disposition du mari, un mari intelligent évitera d’en faire usage car la force ne réduit pas l’inimitié mais au contraire la fait généralement croître (hormis dans le cas du moins de certains plaisirs dont les mœurs modernes semblent parfois friandes).

Yusuf Qaradawi apporte les précisions suivantes : « L’imam al-Hafiz Ibn Hajar a dit : « Il y a dans ces paroles du Prophète « Jamais les meilleurs d’entre vous ne frappent leurs femmes » une preuve qu’il est globalement permis de les frapper pour les corriger, si le mari voit chez elle quelque chose qu’il n’aime pas dans sa façon d’accomplir son devoir d’obéissance envers lui. S’il se contente de la menacer ou de lui faire des remontrances, cela est préférable toutes les fois qu’on peut atteindre son but par la suggestion sans recourir aux actes, car cela détériore la bonne entente qui doit régner dans la vie conjugale. Maintenant, s’il s’agit d’une affaire où il y a désobéissance envers Dieu, il doit la frapper. »

Tareq Oubrou ajoute par ailleurs : « Un autre hadith (ce hadith interdit au mari de fouetter sa femme comme il fouetterait son esclave pour venir ensuite coucher avec elle le soir) bannit cette violence sans réserve ni hésitation, ce qui indique qu’il y a bien eu une intention de l’interdire radicalement. »

Il s’agit en effet du hadith (Bukhari) suivant : « Abdallah Ibn Zama rapporte que le Prophète a dit : « Qu’aucun de vous ne fouette sa femme comme on fouette un esclave alors qu’à la fin du jour il coïtera (peut-être) avec elle ». » C’est un propos de bon sens : le fait de battre sa femme l’indisposera probablement plus, voire la rendra inapte à la copulation. Mais difficile d’y voir une interdiction de la violence « sans réserve ni hésitation ». Ce qui est banni est la violence excessive qui rendrait la femme inapte à satisfaire l’ardeur sexuelle de son mari comme la Tradition musulmane lui en fait l’obligation morale.

Alors qu’il était si simple et si facile pour Mahomet d’interdire clairement de frapper sa femme, il a en réalité entériné moralement et juridiquement ce droit – sans l’encadrer de façon précise – parce qu’il ne pouvait contrevenir aux mœurs de l’époque sans prendre un énorme risque politique : celui de se mettre à dos de futurs potentiels partisans.

On comprend alors mieux des hadiths parfois cités comme (Ibn Majah) : « Ash’ath bin Qais a dit : « J’étais l’hôte d’Omar une nuit et, dans le milieu de la nuit, il alla vers sa femme et la battit ; je les séparai. Quand je retournai me coucher, il me dit : « Ô Ash’ath, apprends de moi quelque chose que j’ai entendu du messager d’Allah : « Un homme ne devrait pas être interrogé sur la raison pour laquelle il bat sa femme. »  » » (Ibn Majah, cela étant hadith « hasan » et non « sahih ») ; ou encore (Abu Dawud) : « « Omar ibn al-Khattab a dit : « Le prophète a dit : « On ne demandera pas à un homme pourquoi il bat sa femme » » ».

Vouloir démontrer que Mahomet était opposé par principe au fait de battre sa femme est 1) une absurdité, puisqu’il a dit le contraire dans le Coran ; 2) ou un blasphème, puisque c’est dire que Mahomet s’opposait en réalité à la volonté d’Allah inscrite dans le Coran.

  • Comment frapper sa femme ?

Comme le droit coranique de battre sa femme est indubitable, Tareq Oubrou tente ensuite de minimiser l’horreur de la chose à partir de la Tradition : « Le geste physique, lui-même relativisé et atténué par des hadiths qui parlent d’expression maîtrisée de la colère, doit être avant tout symbolique et ne doit pas faire mal. (Muslim n°1218) » Que veut dire avec les mœurs du VIIème siècle en Arabie « une expression maîtrisée de la colère » ?

Quant au hadith 1218 de Muslim, contrairement à ce que dit Tareq Oubrou, il ne dit pas que la punition doit être « symbolique » mais il dit que les femmes ne doivent pas être battues trop sévèrement et que l’homme doit leur donner à manger et les vêtir. Ce hadith fait référence au pèlerinage d’adieu de Mahomet (peu avant sa mort) dans des termes similaires à ceux qu’on retrouve dans la biographie de Mahomet (Sîra d’Ibn Hîcham) : « Musulmans, vos épouses ne doivent point commettre d’action gravement honteuse. Si elles le font, Dieu vous donne l’autorisation de les mettre en quarantaine et de les battre, sans trop d’excès. Si elles renoncent à leurs mauvaises actions, elles auront le droit à la nourriture et au vêtement selon l’usage. »

Sur ce point délicat, les imams sont venus ensuite tenter de préciser ce qui paraissait convenable. Yusuf Qaradawi résume : « Il n’est pas permis à l’homme de frapper sa femme au visage car cela est une humiliation à la dignité humaine et c’est aussi un danger pour cette partie du corps qui regroupe les principaux traits de beauté du corps. S’il est permis au musulman, en cas de nécessité, de corriger sa femme lorsqu’elle se montre fière et rebelle, il ne lui est pas permis de la frapper durement, surtout au visage ou aux endroits vitaux. » La signification de « durement » est laissé à l’appréciation de chacun, en fonction de son tempérament : c’est dire que l’éventail est assez large…

La jurisprudence malikite, jurisprudence de référence des Maghrébins – rappelons-le –, indique les modalités du dédommagement payé à la femme en cas de blessure : « Mâlik a rapporté qu’il a entendu dire Ibn Chihab dire : « Il est de la Sunna qu’un homme causant une blessure à sa femme lui paie la diya [indemnité] correspondante à cette blessure, sans qu’il soit soumis à la peine prescrite. » Mâlik a dit aussi : « Or, il n’en est de tel qu’au cas où cette blessure est involontairement causée par l’homme qui a frappé sa femme avec un fouet et lui a crevé un œil par exemple. » » : ce qui laisse entendre que l’homme qui fouette sa femme n’est pas une situation exceptionnelle. Dont acte.

  • Conclusion

L’argumentaire de Tareq Oubrou a au moins une qualité : celle d’être divertissant. Il patauge dans les contradictions et les incohérences de façon assez pathétique au point qu’on se demande jusqu’où cela peut aller.

Tariq Ramadan de son côté est pris dans le même réseau de contradictions mais il a au moins l’intelligence d’en prendre acte pour tenter de les dépasser sans trop tergiverser puisqu’il écrit : « 1) Oui, il existe des textes (un verset, donc des traditions prophétiques) qui se réfèrent au fait de frapper son épouse ; je les cite puisque ce sont les textes que les musulmans lisent et citent. 2) Voici quelles sont les interprétations qui ont été proposées, des plus littéralistes – qui justifient le fait de frapper son épouse au nom de Coran – aux plus réformistes – qui lisent ce verset à la lumière du message global, et qui contextualisent le verset et les traditions prophétiques en tenant également compte de leur chronologie. 3) À la lumière de ces interprétations et en considérant l’exemple du prophète qui n’a jamais frappé une femme, j’affirme que la violence conjugale est contraire aux enseignements islamiques et que l’on doit condamner ces agissements. »

Quoique cette conclusion au regard des enseignements islamiques soit loin d’être juste, on ne peut que s’accorder avec Tariq Ramadan que la violence conjugale est odieuse et moralement condamnable, en particulier au regard des valeurs occidentales. Il n’en demeure pas moins, de quelque façon qu’on tourne le problème, que l’islam reste incontestablement une religion qui autorise par son texte le plus sacré un homme à frapper sa femme s’il craint sa désobéissance : la miséricorde d’Allah est décidément bien mystérieuse !

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (13) L’exemplarité de Mahomet, ou « Pourquoi l’islam a intrinsèquement besoin de la violence »

  • Problématique

Bien que Mahomet ait agi pour l’essentiel, on l’a vu dans de précédents articles, comme un chef de clan conduisant une guerre pour établir son pouvoir au nom de la religion, celui-ci est donné en exemple par l’islam à tout musulman. La question est donc de préciser quelles conséquences pratiques doit tirer aujourd’hui le musulman au regard de cette référence incontournable.

  • Mahomet, l’exemple à suivre

Pour Tareq Oubrou, « Le Coran exhorte le musulman à suivre l’exemple du Prophète. Malheureusement, on confond souvent deux choses : suivre son exemple et le copier ; la référence et l’identification. Rares sont ceux qui sont capables d’éviter une telle confusion. La référence consiste à prendre le Prophète comme modèle en tenant compte, d’une part, du contexte spécifique dans lequel il a vécu, et, d’autre part, du contexte spécifique dans lequel vit le musulman et de son identité personnelle. (…) L’identification, elle, s’apparente souvent à une imitation bête et à une aliénation néfaste. »

La question de l’imitation de Mahomet pose ainsi une question fondamentale : que vaut aujourd’hui, au XXIème siècle, l’islam de Mahomet, guerrier, qui a combattu les mécréants armes à la main ?

L’argument de Tareq Oubrou est fondé sur l’idée que le comportement tribal et guerrier de Mahomet ne constituerait plus un exemple à appliquer aujourd’hui car il serait devenu caduc. C’est ce que Tareq Oubrou exprime par la référence au « contexte spécifique dans lequel Mahomet a vécu » et qui aurait justifié la guerre. On retombe encore une fois dans cet illogisme fondamental : Mahomet, dernier prophète, prétendait délivrer une parole divine, définitive et universelle, mais il l’a en réalité pliée aux contraintes tribales de l’époque.

Il est évident que les fondamentalistes musulmans et nombre d’imams des pays du Golfe sont loin d’être du même avis quant à la caducité du caractère guerrier de l’islam. Et évoquer, au sujet de l’imitation stricte du comportement du Prophète,  « une imitation bête et une aliénation néfaste » est justifiable des délits de blasphème et d’apostasie.

  • Mahomet, l’intouchable

En réalité, ce type de relativisation peut naturellement choquer tous les musulmans attachés à la figure mythifiée de leur prophète, moins pour une raison doctrinale – puisqu’en terme de spiritualité la relativisation n’a aucun sens –, qu’en termes de frustration identitaire face un Occident jusque-là dominateur et qui ose porter atteinte à la mémoire du bédouin, avec la complicité involontaire d’un imam français.

Tareq Oubrou en donne une autre illustration à propos de la francisation du nom de Muhammad (ou Mohammed) en Mahomet qui irrite tant certains musulmans mais qu’il ne fait pas sienne, avec un bon sens bien occidental : « Il est étonnant de constater la réaction scandalisée de nombreux musulmans, et pas forcément les plus pratiquants, dès qu’ils entendent prononcer le nom « Mahomet ». Ils estiment que ce vocable est le résultat d’une laïcisation profanatrice de la personne du Prophète. Ils se lancent dans des élucubrations linguistiques très poussées (…). Ces mêmes musulmans qui contestent l’usage de « Mahomet » n’ont en revanche aucun problème pour traduire en français les noms des autres prophètes de l’islam, non arabes : Îsa devient Jésus, Mûsâ devient Moïse, etc. (…) D’ailleurs, les noms arabes de ces prophètes sont déjà des traductions de noms qui n’étaient pas arabes, mais hébreux ou syriaques – Moïse était Moshé en hébreu comme en syriaque, Jésus était Yeshu’a en hébreu ou Yasû en syriaque… (…) En croyant islamiser les prophètes par l’arabisation de leur nom, on atteint le comble de la confusion entre le théologique et l’identitaire ethnique. De façon tout aussi incohérente, ces musulmans rétifs au nom de Mahomet n’ont aucune objection à traduire Allah par Dieu. »

  • Conclusion : l’islam, une idéologie politique violente et non une spiritualité

Compte tenu de ce qu’a été la vie de Mahomet, remplie de batailles et de guerres à compter de l’hégire comme en témoigne formellement la Sîra, l’islam dit « modéré » d’Europe et de France est pris dans un étau et écrasé : d’un côté, par un islam fondamentaliste, qui retourne sans état d’âme aux sources (musulmanes) incontournables et indubitables de l’islam des origines, et de la violence qui l’a accompagné constamment à partir de Médine ; de l’autre, par le risque de faire exploser ou de dissoudre l’islam dans ses contradictions à trop vouloir excuser cette violence originelle, jusqu’à aboutir à une relativisation du message coranique incontrôlable et irréversible. Pour maintenir le carcan qui lui assure sa survie, l’islam a besoin tôt ou tard de la violence.

En effet, la violence (physique et psychologique), qui s’exprime par l’intolérance et par les peines et châtiments encourus pour des motifs religieux (blasphème, absence de respect du ramadan, apostasie, etc.), sont pour l’islam une question existentielle.

Sauf à pratiquer (comme en réalité bon nombre de musulmans occidentaux jusqu’ici) un islam qui a pris ses distances par rapport à l’islam de Mahomet, jusqu’à presque le renier ou l’abandonner de fait – d’où la qualification d’islam « déviant » ou « dévoyé » au regard de l’orthodoxie –, l’islam ne peut pas survivre dans un milieu ouvert, imprégné par l’esprit critique, où les tabous religieux n’existent pas, c’est-à-dire où tout discours religieux ou spirituel est acceptable ; car ce serait accepter l’hypothèse que l’islam puisse avoir tort, notamment par la bouche de son prophète. Aucun pays musulman ne l’accepte aujourd’hui.

L’interview de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite à l’O.N.U., Abdallah al-Mouallimi, réalisée en mars 2016, explique fort clairement ce point de vue : toute remise en cause d’Allah, tout doute exprimé publiquement sont jugés comme subversifs et assimilables à du terrorisme dans la terre sainte de l’islam (et donc passibles de la peine de mort). Difficile d’être plus clair ! Mieux vaut pratiquer la taqiya en Arabie Saoudite si vous voulez rester vivant…

Arabie Saoudite Liberte de conscience 2016 mars

Or, qu’on le dise une bonne fois pour toutes : si la formulation peut dans une certaine mesure dépendre d’un contexte historique, le contenu d’un message véritablement spirituel est fondamentalement universel et définitif, et les valeurs profondes qu’il exprime sont intemporelles : ce message doit refléter une vision définitive du monde et de son sens et plus encore quand on prétend être le dernier prophète –, et ne peut en aucun cas dépendre des vicissitudes des sociétés humaines et des mœurs du temps.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (12) L’antisémitisme musulman, ou « Mahomet, un chef de clan »

  • Problématique

Rogier Cukierman, président du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), indiquait en février 2015 que, selon lui, les violences commises en France pour des raisons religieuses l’étaient uniquement par des musulmans : « toutes les violences commises aujourd’hui le sont par des jeunes musulmans ».

Roger Cukierman CRIF Violence musulmane Europe 1 150223

S’agissant par ailleurs du commentaire « les premières victimes sont les musulmans », il convient de noter que :

1) c’est objectivement faux en France et en Europe : les actions menées visent manifestement les non-musulmans (cf. Mohammed Merah, Charlie, Hyper Cacher, Musée juif de Bruxelles, Bataclan, agressions sexuelles de Cologne, Nice, marché de Noël de Berlin, etc.) ;

2) les musulmans qui meurent dans les attentats ne le sont que par « accident » puisque leur présence sur le lieu des attentats (notamment au Bataclan ou à Nice) est incompatible selon l’islam orthodoxe avec les préceptes de la religion musulmane (raison pour laquelle ils ne sont pas considérés par les mouvements fondamentalistes musulmans comme de bons musulmans mais comme des apostats puisqu’ils s’écartent dans leur pratique de la voie de l’islam) ;

3) l’histoire de l’islam montre que les conflits religieux internes aux musulmans, que ce soit au sein du sunnisme ou entre sunnites et chiites, remontent aux origines de l’islam : il ne s’agit donc pas d’un phénomène nouveau qui serait né à la fin du XXème siècle d’une déviance nouvelle de l’islam.

Si donc on le prend le cas des juifs, peut-on trouver un fondement doctrinal à l’antisémitisme musulman auquel fait référence indirectement mais clairement Roger Cukierman ?

  • Les racines doctrinales et « historiques » de l’antisémitisme musulman

Les racines de l’antisémitisme dans l’islam des origines semblent assez nombreuses si on y regarde de près :

–  la copie par l’islam du judaïsme qui met dès l’origine ces deux religions en concurrence (Mahomet n’a apporté aucune notion significative nouvelle par rapport au judaïsme en matière de doctrine religieuse : il s’est simplement positionné dans cette filiation et a affirmé être le dernier prophète) ;

Tareq Oubrou note que cette concurrence s’établit dans le cadre d’une frustration de Mahomet et de ses partisans à l’égard des juifs : « À Médine, où les juifs étaient très présents, les païens ressentaient un certain complexe par rapport à eux, car ils étaient « ummiyyûn », ceux qui n’avaient pas eu la chance de recevoir un livre révélé. C’est pourquoi les Médinois arabes ont vu dans le message de Mahomet une certaine forme de revanche et se sont précipités pour se convertir à la nouvelle religion. »

Toutefois, parler de « se précipiter pour se convertir » paraît assez excessif : la question religieuse reste secondaire au regard des intérêts matériels des clans, conformément aux mœurs tribales des Arabes de l’époque.

– l’incapacité de Mahomet à rallier à lui les juifs de Médine, certains rabbins – suprême insulte – se moquant de lui ;

–  l’échec des alliances nouées avec les juifs via les tribus arabes de Médine ;

En effet, Tareq Oubrou écrit : « À Médine se trouvaient des juifs en grand nombre – ils représentaient presque la moitié de la population. Eux-mêmes étaient organisés en tribus, comme les autres Arabes, sur la base d’alliances avec les deux principales tribus médinoises, alors païennes : les Banû Aws et les Banû Khazraj. Ces alliances ne furent pas remises en cause par le Prophète après son installation à Médine. S’il tenta de les transcender, ce fut dans les limites de ce que permettaient les traditions ethniques tribales, très ancrées dans la culture de l’époque. Ainsi, il instaura dès son arrivée une forme de constitution qui reconnaissait les trois tribus juives comme membres à part entière d’une même communauté. Cette tentative échoua finalement à cause du désengagement successif de ces trois tribus [Qaynuqa, Nadir, Quraydha]. »

–  la décision de Mahomet de finalement chasser ou exterminer les juifs de Médine, notamment en finissant par les 600 à 900 prisonniers de la tribu juive des Banû Quraydha qu’il fit égorger par petits groupes dans un fossé creusé spécialement à Médine (cf. http://islametoccident.fr/?p=1705) ;

–  les autres campagnes menées contre les juifs en dehors de Médine, comme à Khaybar ;

–  l’accusation de meurtre puisque Mahomet est censé être mort des suites d’un empoisonnement de nourriture (brebis) préparé par une juive.

En dépit de ce constat assez clair d’animosité vis-à-vis des juifs, bien documenté par les sources musulmanes elles-mêmes, Tareq Oubrou tente néanmoins de dédouaner Mahomet de sa responsabilité en en faisant l’instrument forcé de pratiques tribales : « Lors de chaque conflit armé avec une tribu juive, la personne qui tranchait après capitulation n’était pas le Prophète mais un des chefs de la tribu arabe à laquelle elle était alliée, conformément aux mœurs et aux solidarités tribales de l’époque. Le Prophète, ici, n’était qu’une partie dans le conflit, et non un juge. »

Cette explication visant à déresponsabiliser Mahomet porte en elle un aveu terrible, puisque c’est en effet reconnaître que Mahomet, dernier porteur d’une parole divine et donc en principe définitive et universelle, voyait sa conduite en réalité dictée dans la guerre qu’il menait par des considérations tribales traditionnelles (survie du clan, razzias, partage du butin, etc.). En d’autres termes, Mahomet était d’abord et surtout un homme de son temps, un chef de clan.

En effet, comme l’écrit Tareq Oubrou, il ne s’agit pas d’une question spirituelle mais d’un problème de pouvoir : « Mahomet doit affronter une oligarchie mecquoise qui détient un triple pouvoir – politique, économique, symbolique ou religieux – et qui voit en l’islam une menace. » Mahomet se retrouve ainsi en conflit de pouvoir avec les clans dont il est proche, ce qui va le conduire à des concessions pour constituer des alliances avec d’autres tribus : « La loi ne reflète pas forcément l’idéal théologiquement conforme au vouloir divin, et la réalité impose parfois des concessions. »

Pourtant, il ne semble pas que ni Bouddha, ni Jésus aient fait des concessions ; mais il est vrai qu’ils ne faisaient pas la guerre et prêchaient la paix.

  • Conclusion : Mahomet, un chef de clan

Dans sa volonté de dédouaner Mahomet de la violence qu’il a abondamment utilisée à des fins politique d’établissement de son pouvoir, Tareq Oubrou fait donc finalement preuve d’un réalisme qui l’honore. Chemin faisant, il porte un coup terrible au mythique Mahomet, vénéré dans tout le monde musulman, en le ramenant de fait au rang d’un chef de clan, c’est-à-dire en le désacralisant. Pas étonnant donc que sa tête soit mise à prix par l’État Islamique.

Cette compréhension de la nature de la prédication de Mahomet, consistant de façon simple, logique et cohérente, en une démarche de prise de pouvoir drapée dans les atours de la religion, paraît essentielle : c’est celle à laquelle d’ailleurs aboutit naturellement tout lecteur qui laisse de côté les superstitions religieuses de ceux qui voient Dieu partout et les « interprétations » visant à mythifier une simple guerre politique au rang de prétendue vocation divine.

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Mon ouvrage « Les sources doctrinales de l’État Islamique » (2 tomes), précédemment disponible en e-book aux éditions UPPR, est maintenant disponible en format papier : si vous voulez avoir les idées claires pour quelques euros sur la logique de l’État Islamique et sur les textes authentiques de l’islam auxquels il se réfère et dont les « spécialistes » ne vous parlent pas.

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Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (11) La bienfaisante polygamie musulmane

  • Problématique

Chacun sait qu’un des bienfaits apportés par l’islam à l’Occident judéo-chrétien est la polygamie.

Sourate 4, verset 3. (…) Épousez, comme il vous plaira, deux, trois ou quatre femmes. Mais, si vous craignez de n’être pas équitable, alors une seule, ou des concubines [ou esclaves de guerre]. Cela afin de ne pas faire d’injustice ou afin de ne pas aggraver votre charge de famille.

Il est intéressant de rappeler que Mahomet, qui édicta cette règle, s’en est lui-même exonéré, puisqu’il a eu jusqu’à 9 femmes en même temps : privilège hautement spirituel du prince…

Or le principe de la polygamie ressemble fort par nature à une preuve de l’inégalité ontologique de l’homme et de la femme puisque la femme n’a elle, pas le droit d’avoir plusieurs époux et que cela entraîne par ailleurs sa soumission à l’homme.

  • Allah est obligé de se plier aux coutumes locales

On attendrait d’un prophète, surtout s’il ne fait que reprendre les paroles de Dieu, qu’il énonce des principes intemporels pour la suite des temps. On imagine mal en effet 1) que Dieu ne sache pas bien ce qu’il veut, ce qui le conduirait à changer d’avis 2) qu’il hésite à se prononcer par peur d’on ne sait quoi ou compte tenu d’on ne sait quels intérêts humains. Eh bien c’est pourtant la thèse contraire que l’islam prétend justifier.

Ainsi Tareq Oubrou écrit au sujet de la polygamie : « À l’époque coranique, la culture polygame était tellement ancrée anthropologiquement qu’il était impossible de l’éradiquer par une simple injonction. Le Coran s’est donc contenté de la restreindre à quatre femmes. (…) La loi se négocie toujours avec la société. C’était déjà le cas à l’époque coranique, où le texte sacré a instauré une oscillation entre la logique du droit celle de l’éthique. Autrement dit, pour changer la loi ou le droit, il faut d’abord changer la culture et les mentalités en parlant aux consciences. »

En réalité, Tareq Oubrou raisonne ici en homme politique et non en représentant d’une spiritualité. Cela est assez normal car l’islam est une idéologie politique qui instrumentalise le besoin de croyance à des fins politiques. Si Mahomet avait voulu en rester à un pur message spirituel, comme Jésus ou Bouddha, il n’aurait pas eu besoin de construire un État avec une armée pour ensuite pourchasser et exterminer les juifs et faire la guerre à ses autres opposants.

  • De quelques contorsions intellectuelles pour tenter de rendre la polygamie inapplicable

Face à cette évidence incontournable, Tareq Oubrou tente, en vain, de trouver des raisons de rendre le verset du Coran incriminé inapplicable.

L’argument central est celui de l’équité, repris ainsi par Tareq Oubrou : « Le Coran instaurait un impératif d’égalité de traitement rigoureuse entre les épouses, tout en soulignant que c’était un objectif impossible à atteindre, et précisait que, s’il risquait d’être injuste, l’homme devait se contenter d’une seule femme. Autrement dit, le droit est venu limiter la polygamie à quatre femmes pour qu’ensuite la morale invite les hommes à la monogamie. »

La condition de l’équité est mentionnée par le Coran : mais si c’est un objectif inatteignable de façon absolue, il est relativement facile d’y parvenir de manière relative. En effet, c’est une simple question de volonté et d’intention de la part du mari et donc on ne voit pas pourquoi ce serait impossible si le mari le veut : il suffit en effet au mari de donner la même part (nourriture, vêtements, temps d’échange, relations sexuelles,…) à chacune des épouses.

Reste toutefois, si l’on veut aller jusqu’au bout de la démarche, l’égalité en matière de sentiments, condition qui, elle, ne peut jamais être remplie. Mais l’islam dispense opportunément le musulman de cette condition comme l’explique très bien Yusuf Qaradawi : « Le Prophète a dit : « Celui qui a deux épouses et qui penche vers l’une au détriment de l’autre, viendra le jour de la Résurrection traînant l’une de ses deux moitiés tombée ou penchée » (rapporté par Abou Dawoud et al-Hakinm). Cette inclination du mari contre quoi ce hadith met en garde est la transgression des droits de l’autre dans la justice, et non le simple penchant du cœur. Car cela entre en effet dans la justice qu’on ne peut réaliser et qui a fait l’objet du pardon de Dieu : « Vous ne pourrez jamais être équitables envers vos épouses même si vous vous y appliquez. Ne penchez pourtant pas entièrement (vers l’une d’elles) » (sourate 4, verset 129). C’est pourquoi le Messager de Dieu partageait équitablement et disait : « Seigneur ! Tel est mon partage selon les moyens dont je dispose. Ne me tiens pas rigueur dans ce que Tu détiens et que je ne détiens pas » (voir al-Sounan). Il faisait allusion au penchant du cœur et des sentiments en faveur de l’une de ses femmes et qu’il ne pouvait éviter. »

Le musulman doit ainsi seulement viser l’équité matérielle (et non sentimentale) en veillant à n’être pas trop partial, ceci devant se concrétiser par une forme de concorde entre ses femmes, comme lui recommande le Coran :

Sourate 4, verset 129. Vous ne pourrez pas être équitable entre vos femmes, même si vous le désirez. Ne soyez pas trop partiaux au point de laisser l’une d’entre elles comme en suspens. Si vous établissez la concorde et si vous êtes pieux, Allah pardonne et est miséricordieux.

Quant aux autres arguments mentionnés par Tareq Oubrou, ils sont tout aussi faibles.

1) Une soi-disant interdiction implicite

Tareq Oubrou écrit sur le même thème dans un autre ouvrage (« Un imam en colère ») : « Les conditions drastiques constituent une forme d’interdiction de la polygamie qui ne dit pas explicitement son nom. »

Non seulement les conditions ne paraissent pas si drastiques que cela, mais prétendre qu’une « forme d’interdiction », non explicite, existerait semble pour le moins alambiqué alors que l’interdiction directe était la solution évidente ! Mais il faut croire qu’Allah avait peur des hommes au VIIème siècle… On se demande d’ailleurs pourquoi il n’est pas revenu depuis pour interdire définitivement cette pratique puisque les mœurs ont changé : Ô mystère du divin !

2) La femme peut parfois s’opposer à la polygamie

Tareq Oubrou écrit : « Le mariage est un contrat qui comprend des clauses. Selon un hadith, l’homme doit impérativement respecter les clauses ajoutées par la femme. (…) C’est pour cette raison que les hanafites par exemple, interdisent la polygamie si la première épouse exige d’inscrire la monogamie dans le contrat de mariage. »

Il existe effectivement certaines coutumes confirmant la validité juridique de la clause interdisant à un homme de prendre une autre épouse. Et c’est mieux que rien. Mais alors on peut s’interroger : pourquoi cela n’a-t-il pas été généralisé dans tous les pays ?

Quoiqu’il en soit, cela ne retire en rien la légitimité doctrinale à la polygamie en islam. On peut en effet a priori considérer que cela fait partie du contrat de mariage par lequel la femme reçoit sa « dot » (le « mahr ») : celle-ci peut être en argent, en nature ou dans la privation d’un droit revenant au mari et dont elle tire bénéfice.

En pratique, les choses ne sont pas si simples car une musulmane qui ne trouve pas de mari n’a pas de statut et est reléguée dans les sphères les moins bien perçues de la société musulmane, sans même compter qu’il faut bien qu’elle subvienne à ses besoins matériels. La femme, et là où c’est possible, doit donc peser les avantages et les inconvénients d’une telle exigence pour son avenir.

3) L’argument de la répudiation

La réfutation de la polygamie soulevant de multiples difficultés, Tareq Oubrou avance l’argument des progrès faits en matière de répudiation : « Avant l’islam, les hommes pouvaient répudier et reprendre leur femme indéfiniment, empêchant ainsi cette dernière d’aller chercher un autre mari. Le Coran est venu limiter cette possibilité à deux tentatives. À la troisième répudiation, l’homme ne peut plus reprendre sa femme. »

C’est effectivement un progrès par rapport aux mœurs arabes antéislamiques que d’avoir fixé à la troisième la répudiation définitive : auparavant, les arabes pouvant répudier leur femme qui n’avait pas pour autant le droit de se remarier, les maintenant dans un statut de précarité forcé. Mais il n’en reste pas moins qu’Allah a considéré que la répudiation était un bon principe et l’a maintenu dans le Coran. Comment alors encore oser parler de progrès au XXème siècle sans mettre fin à cette pratique répugnante, excellente illustration de l’inégalité homme-femme ?

  • Conclusion

Tareq Oubrou pratique, on le voit, une forme de taqiya classique consistant à tordre les textes, parfois jusqu’à l’absurde, et à inventer ce qui est nécessaire pour démontrer ce à quoi il veut parvenir. Cela n’apparaît pas nécessairement de façon évidente au lecteur qui ignore les textes sacrés de l’islam mais une lecture un peu éclairée permet de démasquer ce procédé visant à occulter la lumière de la vérité et de la simplicité, lumière qui semble pourtant moins gêner des personnalités de l’islam autrement plus éminentes et qui assument beaucoup mieux et sans état d’âme le contenu de ces textes.

L’islam est en effet un système politico-religieux bien plus cohérent qu’on veut bien souvent le dire : le problème est que, s’agissant du statut des femmes, ce que propose l’islam est insupportable et incompatible avec les valeurs modernes occidentales.

La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (5) L’entrée de l’islam dans la modernité

  • Problématique

Nous avons vu dans les 4 précédents articles que les arguments tentant de dédouaner l’islam de sa violence viscérale car originelle s’effondraient les uns après les autres : la contextualisation, une violence qui serait commune à toutes les religions, la dissociation entre l’islam religieux (pacifique) et l’islam politique (guerrier), etc. Il y a bien un problème spécifique entre l’islam et la violence. André Comte-Sponville rappelait cette évidence dans une interview en 2016 : « Quant à ceux qui prétendent qu’il n’y a « aucun rapport » entre le djihadisme et l’islam, ils nient l’évidence. » (cf. article : http://islametoccident.fr/?p=2349)

Pour conclure, abordons un dernier aspect : c’est la modernité du monde qui aurait conduit l’islam à la violence.

  • La modernité du monde responsable de la violence de l’islam

L’islam serait soumis d’une certaine façon à des forces obscures et impersonnelles qui le dédouanerait en partie de sa violence intrinsèque. On ne peut être que surpris par cette argumentation à caractère vaguement géopolitique et qui paraît assez confuse.

France 2 Islam 161211 Islam et Violence 2 Extrait 2

L’intervenant reconnaît la violence de l’islam originel : « Non pas que dans les textes fondateurs de l’islam il n’y ait pas de violence : il y a de la violence ». Mais cette violence incomberait à l’entrée dans le monde moderne, de sorte que la responsabilité de l’islam disparaît, ainsi diluée dans un concept éthéré et impalpable, le « retournement du monde » : « Il y a un retournement du monde avec l’entrée de la modernité ».

Cette désincarnation de la responsabilité au regard de la violence a pour avantage de renverser l’échelle des valeurs : « La violence infligée aux populations musulmanes depuis 25 ans ». Ainsi, ce n’est plus l’islam qui imposerait sa violence mais les populations musulmanes qui subiraient une violence et seraient donc des victimes. Ce type de raisonnement qui n’a ni queue ni tête (cela fait 1400 ans que les sunnites et les chiites s’entretuent au nom de l’islam et que les minorités non-musulmanes sont persécutées en terre d’islam) rappelle furieusement l’argument idiot qu’employait la classe politique européenne, et notamment française, pour dédouaner l’islam : « les premières victimes sont les musulmans ». Mais on n’entend plus guère cet argument ces temps-ci : il semble être passé de mode.

  • L’hégémonisme occidental

Quant à l’argument du rôle de l’Occident, l’intervenant sur le plateau a l’honnêteté de le relativiser considérablement :

France 2 Islam 161211 Islam et Violence 2 Extrait 3

« Les doctrinaires de Daech qui s’appuient sur des textes religieux (Coran, tradition attribuée au prophète de l’islam et commentaires de l’époque médiévale) mais, face à eux, beaucoup de théologiens qui peuvent condamner les faits de terrorisme se trouvent désarmés, parce que précisément eux-mêmes s’inscrivent dans une raison religieuse, et ce qu’ils donnent d’une main ils le reprennent d’une autre : ils dénoncent la violence de Daech, mais ils peuvent justifier par ailleurs d’autres formes de violence. (…) Souvent on attribue, un peu trop facilement je pense, à l’hégémonisme occidental, la violence au nom de l’islam. Mais quid du rapport entre l’hégémonisme occidental, qui est réel à certains égards, et le fait qu’on puisse condamner par exemple des individus pour apostasie ? »

  • Conclusion : la violence en islam : une question « vertigineuse »

France 2 Islam 161211 Islam et Violence 2 Extrait 4

À la question « Y a-t-il un message violent intrinsèque à la révélation coranique ? », l’intervenant apporte une réponse qui illustre remarquablement l’embarras profond des islamologues « modérés » : « Il faut faire preuve de beaucoup de prudence lorsqu’on aborde cette question qui est vertigineuse. » Pourquoi le terme « vertigineux » est-il particulièrement bien choisi ? Parce qu’il figure le vertige qu’on peut éprouver face à l’abîme lorsque le sol se dérobe sous les pieds : c’est la situation dans laquelle se trouve l’islam en Occident : s’il reconnaît sa violence intrinsèque, ce qui revient à avouer son caractère foncièrement politique et non spirituel, il bascule dans l’abîme et risque de disparaître en Occident.

Les islamologues occidentaux sont en réalité désemparés face aux mouvements fondamentalistes, et en particulier face à l’État Islamique – qui fournit une documentation doctrinale abondante et de qualité au regard de la réalité de l’islam de Mahomet –, et sont plongés dans un abîme de perplexité car les mouvements fondamentalistes, qui, eux, assument pleinement la violence de l’islam de Mahomet dans la perspective d’un monde conquis en totalité par l’islam, opposent aux islamologues occidentaux leur incohérence doctrinale : car les textes doctrinaux violents existent bel et bien comme doit le reconnaître avec retenue mais clairement l’intervenant sur le plateau de l’émission « Islam » :

« On peut trouver des ressources normatives non seulement dans les textes religieux fondateurs, que ce soit le texte coranique ou les traditions attribuées au prophète de l’islam, mais aussi dans des gloses ou des commentaires qui datent de l’époque médiévale, une base normative qui peut entretenir une certaine vision du monde violente. »

Au terme de cette analyse en quelques articles, que peut-on conclure après avoir écouté ces intervenants ? Cela paraît assez clair : 1) la violence doctrinale de l’islam des origines existe indubitablement ; 2) il est donc impossible de dédouaner l’islam de sa responsabilité ; 3) les islamologues occidentaux sont incapables de revenir sur la violence en islam sans attaquer les fondements de l’islam ; 4) pire que cela, ils semblent perdus et désemparés.