La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (4) La violence est intrinsèque à l’homme

  • Problématique

La violence des fondements de l’islam étant incontournable, Mahomet en ayant fait un usage fréquent – voire systématique – pour se débarrasser de ses ennemis, les islamologues s’épuisent à tenter de la justifier afin de résoudre la contradiction soulevée avec la prétention de l’islam à être une religion d’amour et de paix. Les arguments tombant les uns après les autres, vient alors celui, pseudo-psychanalytique, du caractère inéluctable de la violence en toute chose humaine.

  • Argument : la violence est innée à la chose humaine

Ainsi, selon un islamologue présent sur le plateau de France 2 : « Toute fondation passe par la violence » ; « La violence au fondement, elle est là, elle est présente » ; « La violence au fondement, elle existe toujours ».

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Il est assez étonnant de voir cet islamologue ne faire aucune distinction entre le politique et le religieux dans son analyse : cela étant, Mahomet ayant fait de la politique en s’appuyant sur un prétexte religieux, on comprend mieux pourquoi. En politique internationale, s’agissant le plus souvent de lutte de pouvoirs à des fins de domination, la violence est effectivement souvent de mise. Mais pourquoi considérer qu’il en est de même avec la religion ?

Quant au propos : « Il faut distinguer entre l’islam et les musulmans. Ce sont deux ordres de réalité très différents. », il est absolument stupéfiant. En gros : l’islam est une religion d’amour et de paix et n’est pas responsable de tous les actes de violence que les musulmans commettent en son nom, alors même qu’ils revendiquent eux-mêmes mettre en application les textes sacrés de l’islam !

  • Argument : au regard de la violence religieuse, l’islam n’est pas un cas particulier

Laissons déjà de côté le bouddhisme, religion dont la doctrine pacifique par excellence fait déjà mentir ceux qui prétendent que la violence serait consubstantielle à la religion, et concentrons-nous sur les deux autres religions monothéistes.

Au-delà du caractère conjoncturel de la violence (« La violence est toujours conjoncturelle et relationnelle »), ce qui ne veut pas dire grand-chose, l’intervenant affirme : « Il n’y a pas de spécificité islamique en matière de violence ou de toute autre chose. Cette violence est contenue également dans les textes fondateurs du judaïsme comme du christianisme. »

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S’il y a une violence dans l’Ancien Testament liée aux fondements du judaïsme, il s’agit soit d’une violence historique, soit d’une violence symbolique. Depuis 2000 ans, on n’a guère vu de juifs faire la guerre à d’autres peuples en brandissant la Torah ! Alors que le terrorisme musulman se déploie encore aujourd’hui au nom d’« Allah Akbar ».

Quant au propos sur le christianisme, c’est tout simplement un MENSONGE. Les fondements du christianisme ne contiennent aucune violence, bien au contraire : le Christ n’a jamais édifié une armée ; il a refusé qu’on le défende ; il s’est laissé crucifier. Jamais aucune violence n’est prônée sur terre et la violence de certaines paraboles figurant l’au-delà ou le jugement dernier est purement symbolique. Que les chrétiens se soient ensuite dans le cours de l’histoire éloignés de la doctrine pacifique du Christ jusqu’à parfois faire le contraire est une déviance politique qui n’a aucune justification dans les Évangiles.

Il faut donc le marteler : il y a bien une spécificité musulmane dans le rapport à la violence, violence qui s’étale dans une multitude de versets du Coran, de hadiths et de passages de la biographie de Mahomet. La violence et le terrorisme musulman que nous connaissons aujourd’hui ne sont pas un hasard.

  • Conclusion

La violence en islam ne serait pas une spécificité ? Magnifique illustration du pur déni de réalité.

Cette affirmation est tellement mensongère qu’un des intervenants constate implicitement avec embarras qu’il est bien incapable d’expliquer la violence musulmane sans remettre en cause la doctrine même de l’islam puisque toutes les explications qui tentent d’exonérer la doctrine ne donnent rien. Comme il dit : « Il faut interroger les causes »… Sans compter que l’omniprésence de la violence au sein même du monde musulman entre communautés qui se haïssent parfois depuis des siècles est la preuve flagrante de la présence de la violence dans les racines mêmes de l’islam.

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La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (3) Le Coran ne veut rien dire sans « contextualisation »

  • Problématique

S’il est bien une idée reçue irrationnelle ancrée chez beaucoup de nos concitoyens, c’est que, malgré le caractère définitif et divin du message de l’islam, ce message serait à « contextualiser », c’est-à-dire à replacer dans le contexte de l’Arabie du VIIème siècle ; bref, un message universel et définitif dépendant du contexte arabe bédouin. Allah, contraint par les mœurs des bédouins arabes du VIIème siècle… Cette idée saugrenue, pourtant naturellement admise par des personnes apparemment sensées – y compris par celles qui ne connaissent rien à l’islam –, est entretenue dans l’esprit public par les islamologues de façon constante pour tenter de désamorcer toute polémique relative à la violence de Mahomet.

Ainsi que l’explique l’intervenant de l’émission de France 2 « Islam » du 4 décembre 2016, « Il faut contextualiser la naissance de cette religion [l’islam] au VIIème siècle ». Je laisse par ailleurs de côté l’affirmation, dénuée de tout fondement comme le montre tout simplement la lecture de la biographie de Mahomet qui regorge d’actes de violence, que « La violence qu’on trouve dans le texte coranique est inversement proportionnelle à la réalité de la violence qui se déploie dans la réalité ».

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  • Argument : un texte religieux musulman ne veut rien dire en soi

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S’il peut parfois y avoir plusieurs compréhensions possibles d’un texte, le vocabulaire disponible ne reflétant pas toujours l’exact contenu de la pensée de l’auteur (pour autant que celle-ci soit claire) et le lecteur ayant lui-même ses propres biais de compréhension, il ne faut pas généraliser abusivement cette situation. C’est pourtant ce que font les islamologues avec les textes religieux musulmans, ceci jusqu’à l’absurdité : « Il n’y a pas une seule lecture du texte. Il y a une multiplicité de lectures qui sont fonction des individus, des époques, et de l’idéologie dans laquelle ils peuvent se reconnaître. » Si une telle diversité de lectures est avérée, une conclusion s’impose : le texte n’est pas clair ou ne veut rien dire. Comme il s’agit d’un texte humain, cela n’a en réalité rien de très étonnant.

  • Entre La Mecque et Médine, Mahomet a changé son fusil d’épaule par opportunisme politique

Le message prétendument divin serait donc fluctuant en fonction des circonstances. Si nous revenons sur terre, il est facile de comprendre que tout cela est ridicule et que les atermoiements, les contradictions, les revirements de Mahomet ne sont que la conséquence de son opportunisme politique.

Il est rarissime d’entendre un islamologue le reconnaître de façon claire, presque par inadvertance, car l’opportunisme politique n’est guère conciliable avec une prétendue mission divine. Mais c’est pourtant ce qui est arrivé dans l’émission de France 2 « Islam » en ce début décembre 2016, sans que sans doute l’intervenant ne prenne totalement conscience de toute la portée de ses propos et du malaise qu’ils créent au regard du discours lénifiant habituellement en usage. Je suis d’ailleurs étonné que ces propos n’aient pas été coupés au montage, cette émission ayant semble-t-il fait l’objet d’un montage assez compliqué si l’on en juge par les raccords qu’on peut voir si l’on visionne l’émission in extenso.

En effet, parmi les éléments de contextualisation régulièrement évoqués figure en bonne place et à juste titre l’évolution du message de Mahomet entre La Mecque (prédication de 610 à 622) et Médine (de 622 à 632 : la guerre religieuse, c’est-à-dire le « jihad »). Mais alors qu’est invoquée habituellement la traditionnelle légitime défense face à une population devenue ennemie puisqu’elle refuse de se convertir à la nouvelle religion de Mahomet et de reconnaître en lui son chef, l’intervenant fait état, de surcroît sur la base d’une observation « très facile »  ce qui est effectivement le cas –, de motivations beaucoup plus terre-à-terre et au demeurant beaucoup plus naturelles et logiques :

« On remarque que, concernant la période mecquoise, il y a beaucoup plus de versets qui mettent en avant la paix, le pacifisme, la miséricorde, mais qui est explicable conjoncturellement : comme il s’agit d’une communauté minoritaire persécutée, il est préférable pour elle d’appeler à la paix et à la miséricorde. S’agissant de la période médinoise, les versets sont beaucoup plus belligènes. Plus on a une communauté minoritaire, plus les appels à la paix sont nombreux et plus elle devient hégémonique et plus la tentation hégémonique et violente croît. »

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  • Conclusion

Au-delà de l’argument de la prétendue persécution, dont (cf. mes autres articles sur ce site) on ne retrouve guère de traces dans les textes musulmans eux-mêmes (sauf à considérer que la persécution commence dès lors qu’on critique ou qu’on se moque simplement de Mahomet et de sa doctrine), le commentaire de l’intervenant est particulièrement instructif : la communauté musulmane était opportuniste et n’a pas adopté du tout le même comportement étant minoritaire (à La Mecque) ou voyant son influence se renforcer (à Médine) : sa violence s’est exprimée d’autant plus fortement que son importance relative a crû. Qu’ajouter de plus ? Mahomet et la communauté des origines étant des modèles pour tous les musulmans, à bon entendeur…

La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (2) Mahomet était schizophrène

  • Problématique

La présence irréfutable de la violence dans la conquête du pouvoir par Mahomet est d’une évidence telle dans les textes sacrés de l’islam que le déni de réalité, possible face à un interlocuteur ignorant, devient intenable face à quelqu’un qui a pris la peine de lire ces textes. Face à ce constat, les islamologues musulmans ont développé une théorie invraisemblable et dont l’absurdité ne semble même plus les étonner eux-mêmes, que j’appelle la théorie du Mahomet schizophrène.

  • Argument : Mahomet était schizophrène

Selon cette théorie, Mahomet serait en réalité composé de deux personnes, sorte de docteur Jekyll et mister Hyde, conception qui a le grand avantage d’autoriser la dichotomie de la responsabilité morale : le Mahomet « gentil », apôtre de paix, et le Mahomet « violent », chef de guerre sanguinaire d’une fédération de tribus arabes. Ainsi, seul le Mahomet « gentil » serait le vrai Mahomet, le Mahomet « violent » n’étant que la conséquence de la nécessité d’être le chef d’un État naissant. Cette thèse récurrente est bien résumée dans l’émission France 2 Islam du 4 décembre 2016 :

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Ainsi, l’intervenant dit : « Je distingue entre le prophète qui inspirait, qui va parler au nom de Dieu, à partir de Dieu – ça, c’est une chose – et celui qui va être un chef, un fondateur d’une cité et qui va se heurter à des ennemis et qui va les combattre. » Il faut bien comprendre que cet argument est totalement absurde : c’est comme si on disait qu’Hitler était un brave homme et que seule une malheureuse obsession – dont il ne serait pas responsable – l’a conduit à exterminer quelques millions de personnes ; car, remarquons-le bien, tout autant que Mahomet, Hitler pensait être guidé par une influence divine.

Or il faut bien comprendre que cet argument, qui va notamment venir alimenter toute la thèse de la « contextualisation », est absolument FONDAMENTAL pour la survie de l’idéologie musulmane, car c’est le seul rempart, face à la clarté des textes musulmans, qui empêche la déconstruction inéluctable de l’islam. Sans cet argument, les contradictions aveuglantes entre la prétention à la spiritualité (d’amour et de paix) et les faits « historiques » violents (tels que les textes musulmans eux-mêmes les relatent) font voler en éclat la prétention de l’islam à se hisser du rang d’idéologie de pouvoir guerrière comme l’histoire en a beaucoup connu à celui de véritable spiritualité.

Alors, effectivement, la contradiction qui vient immédiatement en tête est celle liée aux exemples de Bouddha, Jésus ou Gandhi : eux ont toujours prêché la non-violence. Pourquoi eux l’ont fait et pas Mahomet ? Réponse stupéfiante de l’intervenant, mais représentative de l’argumentaire traditionnel de l’islam quand il est acculé dans sa propre impasse : ce n’est pas le même cas ! : « Alors bien sûr il existe aussi des prophètes qui sont seulement des prophètes, et que des prophètes, et là, ils n’ont que le maniement de la parole. Mais là nous sommes dans un cas où il y a à la fois le prophète et le législateur etc. Et donc ces deux fonctions, ce sont des fonctions qui vont se mêler et donner lieu en effet à des moments de violence qu’il faut reconnaître et qu’il faut contextualiser. »

  • Conclusion

En réalité, il faut bien comprendre que dans la bouche de l’islam, « contextualiser » veut dire « excuser la violence » via une rationalisation qui transforme la violence (indubitable) en nécessité.

Pourtant, la solution à tout cet imbroglio est beaucoup plus simple : Mahomet, qui était probablement un « illuminé » (Le Robert : « esprit chimérique qui ne doute pas de ses inspirations »), a conquis le pouvoir par la guerre sous couvert de spiritualité en copiant la religion juive (car il est bien difficile de distinguer ce que l’islam apporte de réellement nouveau au judaïsme d’un point de vue religieux).

La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (1) Une violence « normale » car les mœurs l’Arabie du VIIème siècle étaient violentes ?

À l’heure où un nouvel attentat revendiqué par l’État Islamique vient d’endeuiller l’Allemagne, il est intéressant de revenir au travers de quelques articles sur l’émission (en 2 volets) de France 2 « Islam » consacrée aux rapports de l’islam avec la violence et qui vient, curieuse coïncidence, d’être diffusée les dimanches 4 et 11 décembre 2016.

  • Préambule : petit rappel

S’agissant du terrorisme musulman vis-à-vis des sociétés non-musulmanes, je rappelle, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer dans l’article consacré à l’attentat de Nice (http://islametoccident.fr/?p=3043), qu’il trouve ses racines dans le Coran puisqu’il s’agit dans la doctrine de l’islam pour Allah de jeter « l’effroi », donc d’« effrayer » les non-musulmans par la terreur non seulement de l’au-delà mais aussi ici-bas par l’entremise des musulmans (d’où les appels au jihad, au martyre, le massacre des juifs Banû Quraydha de Médine, etc.). Rappelons en effet quelques versets :

Sourate 3, verset 151. Nous jetterons l’effroi dans les cœurs des mécréants (…)

Sourate 8, verset 12. Rappelez-vous quand ton Seigneur inspirait les anges en leur disant : « Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez leurs cous ; frappez-les sur les doigts. »

Verset 59, verset 2. C’est Lui [Allah] qui a expulsé de leurs maisons, ceux des gens du Livre qui ne croyaient pas, en prélude à leur rassemblement [pour le jugement dernier]. Vous [croyants] ne pensiez pas qu’ils partiraient et ils pensaient que leurs fortins les défendraient contre Allah. Mais Allah est venu à eux par où ils ne s’attendaient point et a jeté l’effroi dans leurs cœurs. Ils démolirent leurs maisons de leurs propres mains avec l’aide des croyants. Tirez-en une leçon, ô vous êtes doués d’intelligence.

L’État Islamique connaît très bien ces textes (et d’autres sur le même thème, par exemple la multitude de textes sur le martyre), qui embarrassent tellement l’islam « modéré », et ne manque pas de les citer abondamment. Face à cela, on attend toujours aujourd’hui le contre argumentaire des représentants de l’islam de France. C’est sans doute la raison pour laquelle un des intervenants de l’émission de France 2 citée ci-dessus éprouve une telle difficulté à définir et à expliquer ce qu’est la fameuse « radicalisation », et à imaginer comment « déradicaliser », car c’est imaginer un autre sens au Coran que celui qui s’impose à tout lecteur un tant soit peu de bonne foi.

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Quant au procédé consistant à utiliser des engins mobiles, l’État Islamique, comme les autres mouvements fondamentalistes, a depuis longtemps capté la symbolique « effrayante » des moyens mobiles modernes et donc leur efficacité comparativement aux moyens disponibles à l’époque de Mahomet : ce genre d’attaque n’est pas une nouveauté puisque le procédé est décrit précisément dans la propagande de ces mouvements : Al Qaïda en 2010 et encore récemment l’État Islamique dans sa revue « Rumiyah » d’octobre 2016, toutes choses qui sont à la portée du public sur internet et pas seulement à celle des « spécialistes » gouvernementaux ou des universitaires.

Le plus accablant dans tout cela pour les autorités face à cette épouvantable et injustifiable violence, comme l’a rappelé le criminologue Alain Bauer dans une enceinte militaire mi 2016, est surtout que les mouvements terroristes ont beau écrire ce qu’ils vont faire et comment ils vont s’y prendre, ils ne sont pas toujours pris au sérieux.

Aussi pour les lecteurs qui veulent sortir des sentiers battus et rebattus par le politiquement correct et qui veulent vraiment tenter de mieux comprendre l’origine doctrinale de la terreur en islam et son rapport avec celle mise en œuvre par l’État Islamique, ils peuvent se reporter à mon ouvrage « Les sources doctrinales de l’État Islamique » (2 tomes de 40 pages) publié aux éditions UPPR sous format e-book en début d’année 2016 (prochainement édité en format papier).

Mais revenons maintenant dans ce premier article au premier des arguments présentés pour tenter de dissiper chez les non-musulmans le sentiment que l’islam serait une religion violente encore aujourd’hui et que « ce n’est pas cela l’islam, selon la formule consacrée ».

  • 1er argument : il est « normal » que l’islam contienne une certaine violence en raison des mœurs de l’Arabie du VIIème siècle

Selon ce premier argument, la violence serait d’une certaine façon « naturelle » et donc excusable en islam car l’islam est né dans un milieu imprégné par la violence des traditions tribales de la péninsule arabique du VIIème siècle. Comme le dit très simplement le reportage : « La violence est dans les us et coutumes de l’époque ».

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À cela, on peut faire plusieurs remarques :

1) Si – laissons-nous déraisonner un instant et verser dans le monde de l’imaginaire – c’est bien Allah qui a transmis son message par la bouche de Mahomet, pourquoi Allah se sent-il lié aux coutumes tribales de l’Arabie du VIIème siècle ? A-t-il peur des hommes ? N’est-il pas censé délivrer un message universel d’amour et de paix comme nouveau guide pour les hommes ?

2) Si on met de côté la chimère d’Allah, à quoi sert d’être « prophète » si ce n’est que pour prendre acte de la brutalité des mœurs du temps sans tenter de la réformer et donc ne pas donner un autre exemple ?

3) Les mœurs dans l’antiquité romaine n’étaient guère moins brutales. Pourquoi Jésus a-t-il, lui, conservé une attitude totalement pacifique, refusant que ses partisans le défendent et jusqu’au point d’accepter de se faire crucifier ? Gandhi a-t-il eu recours à la violence ?

Quant à l’argument : « Dans une économie de survie, tuer n’a pas de sens car la perte d’un membre du groupe est une mise en danger de la tribu. », il me paraît assez incompréhensible. Il ne s’agit pas de tuer les siens mais de tuer les ennemis des autres tribus.

Enfin, conclure par : « Ainsi, la paix est la règle et la guerre l’exception. », c’est juste ignorer la pratique de Mahomet qui ne s’est pas privé de faire la guerre et de tuer, voire de massacrer, ceux qu’il considérait être ses ennemis. Voici juste pour rappel un extrait de la table des matières de la biographie de Mahomet (Sîra) à l’époque de Médine que n’importe qui peut consulter dans une bonne librairie :

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (10) Le Coran créé ou incréé : un débat profond, mais qui paraît tout aussi incompréhensible et byzantin que celui de l’abrogation

  • Problématique

Si le contenu de la « théologie » musulmane semble pauvre au point que Tariq Ramadan va jusqu’à écrire « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur », il est néanmoins un débat doctrinal qui a marqué l’histoire de l’islam, à savoir le fait de déterminer si le Coran est un texte créé ou incréé.

La nature de cette question peut laisser perplexe les esprits raisonnables : il s’agit en effet, semble-t-il, de déterminer si le texte du Coran faisant l’objet de la révélation a existé de tout temps auprès d’Allah (préservé sur une tablette), ou s’il a été créé à l’occasion de la révélation. À première vue, cette question est assez peu compréhensible : à supposer que « incréé » veuille dire « éternel depuis le commencement des temps » (s’il y a eu un commencement…), qu’est-ce que cela changerait par rapport à une création intervenue à une époque historiquement datée puisque, dans les deux cas, c’est la volonté d’Allah qui s’exprime ? Or on n’imagine pas qu’Allah change d’avis comme les hommes, ces créatures versatiles. Et puis on peut se demander alors qui a écrit le texte du Coran sur la tablette.

Pourtant, les grands esprits musulmans ont beaucoup glosé sur cette question, rejoignant en cela les plus grandes extravagances des casuistes juifs ou chrétiens, mais avec des conséquences intéressantes en matière de signification du texte coranique même si le raisonnement peut paraître assez alambiqué et surréaliste.

  • Perspective historique

La question créé/incréé a en effet divisé l’islam dans les premiers siècles après la mort de Mahomet en deux courants opposés, le mutazilisme et l’asharisme, qui se sont déchirés sur les principes d’interprétation du texte coranique.

L’analyse de Michel Onfray est la suivante : « Tout commence avec un problème qui a donné lieu, dans la philosophie musulmane, à d’abondants débats : le Coran a-t-il été créé (thèse mutazilite) ou incréé (thèse asharite) ? Tout découle de la réponse qu’on donne à cette question. Si le Coran a été créé, il l’a été par des hommes qui, même inspirés par Dieu, ont pu se tromper car l’erreur est humaine. S’il ne l’a pas été, c’est qu’il est directement la parole de Dieu ; dès lors, il est vérité absolue et chaque virgule est volonté de Dieu. »

Cette analyse est erronée car dans tous les cas le statut de parole d’Allah n’est pas remis en cause et donc il ne peut pas y avoir d’erreur. La notion d’erreur est par nature impensable s’agissant de la parole d’Allah. Ce qui peut être discuté en revanche est la signification qu’en donnent les hommes en utilisant le seul outil dont ils se trouvent dotés : la raison.

Cuypers & Gobillot écrivent à ce propos : « Avec le mutazilisme, aux VIIIème-IXème siècles, fut franchi un pas important vers une approche critique du Coran, en faisant de la raison le critère ultime de vérité, en théologie comme en exégèse. Cette période fut agitée par un débat théologique crucial : le Coran est-il créé ou incréé ? Optant pour la première solution, les mutazilites libérèrent du même coup la réflexion rationnelle sur le Coran, notamment pour résoudre ses contradictions apparentes sur la prédestination et le libre arbitre, ainsi que les anthropomorphismes. Un court moment triomphant sous le calife al-Mamûn (mort en 833) et ses deux successeurs immédiats, al-Mutasim et al-Wathiq, qui l’imposèrent comme doctrine officielle, le mutazilisme se vit radicalement banni sous le calife al-Mutawakkil (mort en 861), en faveur de la doctrine dite de la Sunna. Ses idées survécurent cependant dans le chiisme imamite et dans le zaydisme, au Yémen, où l’on retrouva, dans les années 1950, nombre d’ouvrage mutazilites que l’on croyait disparus. Le bannissement du mutazilisme de l’enseignement officiel et sa progressive extinction dans l’islam sunnite représentent, aux yeux de beaucoup d’intellectuels musulmans d’aujourd’hui, une catastrophe culturelle aux conséquences incalculables. »

  • Le mutazilisme : pour aller plus loin dans la compréhension

Les lecteurs peuvent s’ils le souhaitent sauter cette section assez « technique » et relative à la nature du mutazilisme, même si elle me semble offrir une compréhension particulièrement claire de ce courant religieux. Je ne fais que reprendre ici les explications fournies dans le livre passionnant de Sylvain Gougenheim « Aristote au mont saint Michel » (Éd. Seuil), consacrée aux racines grecques de l’Europe chrétienne, et qu’on ne peut que recommander à tous de lire.

« Le mouvement des « mu’tazila » apparaît au début du VIIème siècle de notre ère, sous les Umayyades et s’épanouit sous la califat d’Al-Mamûn, devenant même religion officielle en 827. Il le demeura sous ses deux successeurs (…). L’épisode mu’tazilite fut toutefois de courte durée. (…) Aux Xème et XIème siècles, le mu’tazilisme retrouva un second souffle, sous la protection des émirs chiites Bouyides. C’est alors que vécut et enseigna le dernier de leurs théologiens, Abd-al-Jabbar. (…)

Le terme de « mu’tazila » dérive du terme « it’azala » qui signifie « mettre côté, s’éloigner ». (…) Au fondement du mouvement mu’tazilite s’inscrit une revendication de stricte orthodoxie islamique. Leurs adversaires sunnites ont déformé le sens du terme en proclamant que la mu’tazila consistait à se séparer non du faux, mais de l’orthodoxie : les mu’tazilites passaient ainsi pour des hérétiques. (…)

Les mu’tazilites se revendiquaient comme de parfaits monothéistes : la croyance en l’unicité de Dieu est au cœur de leur démarche, ce qui les conduit à refuser toute ressemblance entre le divin et l’homme et, par conséquent, à les dissocier totalement. Ils acceptent donc l’idée de libre arbitre. L’homme est créateur, et ainsi, responsable de ses propres actes : tel l’a voulu Dieu. (…)

La position la plus radicale divine, celle des mu’tazilites, consistait à rejeter l’idée d’un Coran incréé. Cette croyance reposait pourtant sur les versets du Coran proclamant que, aux côtés d’Allah, trônait la « Mère du Livre », dont le contenu, révélé par l’archange Gabriel à Mahomet, fut mis par écrit dans le Coran. Les mu’tazilites y voyaient le risque du grave péché d’associationnisme : admettre l’existence de la Mère du Livre ne revenait-il pas à poser l’existence d’une deuxième Dieu ? (…) L’unicité absolue d’un Dieu purifié de toute association extérieure amène à refuser l’éternité au Coran, par crainte de donner à la parole de Dieu une éternité qui n’appartient qu’à ce dernier – on retrouve là un débat classique du « kâlam ». Le Coran est « la parole de Dieu et sa révélation ; il est engendré et créé ». Cette conception conduit aussi les mu’tazilites à dénier tout attribut à Allah, y compris les célèbres « quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu » qui leur paraissent autant de concessions à l’idolâtrie. 

Contrairement à ce qui est parfois affirmé, le mu’tazilisme ne semble guère avoir été influencé par la philosophie grecque. (…) Il apparaît au début du VIIIème siècle, donc avant les traductions effectuées par les Syriaques [traducteurs chrétiens d’Orient, le plus célèbre étant Hunayn Ibn Ishaq (803-873)]. (…) Ils accordent toutefois une place importante à la raison : cette faculté est à leurs yeux la seule qui permette à l’homme d’exercer son libre arbitre, de discerner le bien du mal et, finalement, de connaître Dieu. (…)

La raison apparaît au service de la révélation coranique, qui est révélation d’une vérité naturelle et intemporelle. Si la raison contredit le Coran, elle sort de la nature, du domaine du libre arbitre et de la responsabilité, elle quitte le monde de la morale ; elle devient déraisonnable, et s’autodétruit. Par conséquent la raison n’est elle-même qu’en étant fidèle à la révélation. (…)

On comprend donc que les mu’tazilites ne s’opposèrent pas au dogme d’un Coran incréé par réaction rationaliste, au sens occidental du terme, mais par piété. On se tromperait en voyant en eux des théologiens « thomistes » avant la lettre, des annonciateurs du rationalisme cartésien, voire des libres penseurs. Eux-mêmes se voulurent toujours parfaitement fidèles à la lettre du Coran. »

  • La position de bon sens de Tareq Oubrou

La position de Tareq Oubrou paraîtra de bon sens à un grand nombre de lecteurs raisonnables, mais paraîtra peut-être simpliste pour les experts de l’islam car elle fait fi de la complexité dogmatique de tous les débats antérieurs, à savoir : il n’y a probablement pas grand-chose de déterminant dans ce débat pour l’homme de la rue. Inutile de trop s’y attarder.

Tareq Oubrou écrit en effet : « Tous les théologiens admettent que le Coran vient de Dieu, abstraction faite des modalités métaphysiques de la révélation, qui diffèrent selon les doctrines. Aussi, historiquement, le fait d’adhérer au dogme du Coran incréé ou à celui du Coran créé n’a eu aucune incidence particulière sur l’interprétation qui en était faite. »

  • Le lien avec la question de l’abrogation

Si ce débat peut paraître ainsi fondamentalement assez abscons, il est intéressant de noter qu’il s’insère dans une problématique plus large sur l’intemporalité de la volonté divine, avec un lien direct touchant à une autre question également assez obscure soulevée par l’islam : la question de l’abrogation (puisque le Coran précise clairement qu’Allah peut abroger des versets pour les remplacer par d’autres). La grande question est alors en effet : Allah a-t-il changé d’avis ? Et si le Coran est incréé, faut-il en conclure que les contradictions du texte coranique – correspondant aux changements d’avis d’Allah – étaient prévues de toute éternité dans ce texte ? Délires insondables de la raison humaine…

Dans le dictionnaire encyclopédique du Coran publié sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi, on lit à propos de cette question vertigineuse : « La possibilité même de l’abrogation ne va pas sans poser un problème critique de nature théologique au sein de la doctrine la plus répandue en islam sunnite. Dans le cadre du mutazilisme, qui est une doctrine minoritaire, ce problème n’existe pas. Pour les mutazilites, le principe qui est au fondement de l’institution de la chari’a est « l’intérêt de la création » et, dans cette perspective, l’idée que les choses de la Loi révélée puissent fluctuer est naturelle. (…) Selon le courant théologique majoritaire en islam sunnite, l’ash’arisme, l’idée qu’un changement puisse affecter la loi révélée dans le Coran est immédiatement problématique parce que, dans cette perspective, ce dernier rend compte de la volonté divine en son ultime version et cette volonté est conçue comme souveraine – elle dit ce qu’est le bien et le mal en la version définitive de ces notions –, immuable et non inscrite dans le temps (le Coran, en islam, est considéré comme la dernière des révélations et clôt le cycle de la révélation). Ici, la volonté divine est difficilement conciliable avec les intérêts changeant de la création, ou, plus simplement, avec le changement en tant que tel. (…) Le changement, diront les savants sunnites, a été prévu par Dieu de toute éternité. Il a dès le départ prévu qu’il abrogerait tel de ses commandements à la faveur d’un autre. Cette explication toutefois est bâtarde et ne peut satisfaire personne. Des savants ash’arites, Ibn Barhân par exemple, ont clairement exprimé leur désarroi face à la question de l’abrogation : si le Coran est transhistorique, s’il est, comme Dieu, incréé, il est foncièrement impossible de se représenter qu’il soit changeant. »

Toutes ces questions ne peuvent pas avoir de réponse puisque tous les plus extravagants raisonnements philosophico-religieux sont possibles. Surtout, quel peut bien être l’intérêt de se poser de telles questions, aussi ésotériques ?

  • Conclusion

La réflexion autour de questions comme le créé/incréé ou l’abrogation sont à l’origine de disputes sur le caractère interprétable du Coran qui ont marqué durablement l’islam et ont abouti à des « clôtures dogmatiques » selon la terminologie de Mohammed Arkoun.

Ces discussions byzantines sont aujourd’hui à la source d’un immense paradoxe : au moment où certains musulmans voudraient relativiser le sens et la portée du Coran pour proposer un modèle de société moderne qui sorte le monde musulman de l’obscurantisme, une immense vague d’orthodoxie religieuse (financée par le pétrole) s’est emparée au XXème siècle et encore plus vigoureusement qu’auparavant de ce monde musulman, faisant du Coran un texte « intouchable » dont le caractère sacré interdit toute évolution, relativisation ou simple critique.

Toutes les incohérences, contradictions et anachronismes du Coran apparaissent ainsi de plus en plus au grand jour du fait notamment de la vulgarisation de la connaissance permise par la puissance des outils de communication modernes, mais outils qui sont également utilisés par d’autres pour raviver la flamme du fanatisme identitaire dans le cœur de tous ceux qui ne supportent pas les « affronts » faits à la sacralité des textes de l’islam, pourtant production humaine comme les autres, et auxquels ils cherchent à mettre un terme par la force et la violence.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (9) La prétendue égalité de l’homme et de la femme en islam

  • Problématique

Face aux sociétés occidentales où les femmes ont acquis progressivement de nouveaux droits et continuent à se battre pour mettre fin à toutes les inégalités en droit ou en fait vis-à-vis des hommes, le statut de la femme en islam pose évidemment un énorme problème puisqu’il est fondamentalement incompatible avec les valeurs occidentales d’aujourd’hui en raison de l’inégalité fondamentale qu’il postule.

Ainsi, Rémi Brague écrit : « Entre l’homme et la femme, l’inégalité est nette : « les hommes ont autorité sur les femmes du fait qu’Allah a préféré certains d’entre vous à certains autres. » (sourate 4, verset 34) Rien là d’exceptionnel par rapport à la vulgate morale antique, qu’exprime par exemple saint Paul. »

Ce traitement discriminatoire de la femme fait partie des fondamentaux structurels de la culture musulmane. Rappelons le diagnostic lucide et clair que portait Malek Chebel : « Répudiation, polygamie, mariages forcés (et surtout mariages précoces à onze ou treize ans), rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects – flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. »

Voyons donc les arguments avancés par Tareq Oubrou pour tenter de résoudre ce problème insoluble.

  • L’égalité originelle

Tareq Oubrou défend la thèse de l’égalité originelle de l’homme et de la femme au regard d’Allah : « En islam, la théologie ne donne aucun privilège symbolique à l’homme aux dépens de la femme, alors que, dans le christianisme, l’incarnation de Dieu en l’homme pourrait laisser penser le contraire. »

On peut déjà être assez surpris, dans ce débat sur l’islam, de l’irruption soudaine du christianisme. Même si saint Paul a gardé de sa judéité originelle une perception parfois peu valorisante de la femme au regard de l’homme comme l’indique Rémi Brague (cf. ci-dessus), recourir à l’incarnation dans un homme pour tenter de justifier une prétendue supériorité de l’islam sur le christianisme relève du pur charlatanisme, sans compter qu’on pourrait tout aussi bien dire la même chose pour Mahomet… Donc laissons-là cette suggestion délirante, qui vise à faire diversion, et passons à la suite.

Pour Tareq Oubrou : « Dans le Coran, l’être adamique primordial serait sexuellement amorphe et anatomiquement ambivalent. Il contiendrait déjà les deux genres. Asexué, à l’image de Dieu, il aurait ensuite donné deux êtres sexués par une sorte de « mutation génétique » ou de « fissiparité différenciée ». L’homme et la femme sont issus d’une même nature dit le Coran (sourate 4, verset 1 ; sourate 6, verset 98 ; sourate 7, verset 189 ; sourate 39, verset 6), mais constituent deux entités sexuellement complémentaires. »

Voici les versets mentionnés :

Sourate 4, verset 1. Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être, puis, de celui-ci, a créé une épouse (…)

Sourate 6, verset 98. C’est Lui qui vous a fait naître d’une personne unique (…)

Sourate 7, verset 189. C’est lui qui vous a créés d’un seul être, dont il a tiré son épouse (…)

Sourate 39, verset 6. Il vous a créés d’un seul être dont il a ensuite tiré son épouse. (…)

Il n’y a rien là de bien nouveau. Le Coran paraphrase et répète, en moins bien, la Genèse.

Genèse 2, 21 à 23. Alors Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : « Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée « femme », car elle fut tirée de l’homme, celle-ci ! »

Si l’homme et la femme ont une même nature originelle – qui les distingue des autres animaux –, la femme reste un « produit dérivé » de l’homme. Cela n’est nullement contradictoire avec une infériorité de la femme par rapport à l’homme ; au contraire, cela la justifie puisque l’homme est premier dans le temps par rapport à la femme dont elle est issue.

En réalité, la femme est considérée dans la mentalité musulmane comme un « bien » – certes supérieur aux autres (cheval, maison, etc.) – dont l’homme acquiert la disponibilité sexuelle par le mariage en versant le « mahr » (inverse de la dot à l’européenne : somme payée – sous forme d’argent ou d’autres biens – par le mari musulman à sa femme), condition sine qua non de tout mariage. Ainsi le Coran précise par exemple :

Sourate 3, verset 14. L’amour des biens, fausses apparences, est présenté aux hommes sous la forme de femmes, d’enfants, de trésors d’or et d’argent, de chevaux racés, de bétail et de terres cultivables : c’est là la jouissance de la vie présente alors que c’est auprès d’Allah qu’est le bon retour.

  • La règle du témoignage des femmes dans le Coran

Un cas intéressant que cite Tareq Oubrou est l’établissement par le Coran de l’inégalité des témoignages. Il écrit : « Certains croyants, mettant leur raison en veille, sous prétexte qu’il s’agit d’approcher le sacré, s’en tiennent au sens littéral et absolutisé du verset [Il s’agit du verset 282 de la sourate 2] indiquant que le témoignage de la femme équivaut à la moitié de celui de l’homme : « Faites témoigner deux témoins parmi vos hommes, sinon un homme et deux femmes parmi les témoins que vous estimez crédibles. Si l’une se trompe, l’autre lui rappellera. »

C’est un verset effectivement problématique pour la thèse de l’égalité homme-femme, aussi Tareq Oubrou tente-t-il d’en minimiser la portée en recourant à des arguments pour le moins étonnants et contradictoires : « Ce verset concerne les affaires, les transactions commerciales, les écritures de contrat, etc. il ne parle pas d’un problème de crédibilité morale inférieure de la femme, mais évoque la possibilité d’erreurs de mémoire. Tout d’abord, il faut souligner qu’il s’agit d’un verset non pas impératif, mais optionnel, d’où la nécessaire référence à la Sunna pour comprendre sa charge normative. Le Prophète ne l’a pas appliqué de son vivant. »

Il faudrait d’abord que Tareq Oubrou précise quand les versets sont optionnels ou pas, ce qu’il ne fait pas, et ce qui en réalité est assez normal car cette notion ne figure pas dans le Coran ; ou alors il faut nous dire où. Difficile en effet de concevoir la raison pour laquelle un verset du Coran serait optionnel.

Par ailleurs, Tareq Oubrou utilise l’argument étrange (qu’on retrouve dans d’autres circonstances) de la non-application par Mahomet car 1) cela ne prouve rien 2) si une disposition a été édictée par Mahomet, c’est bien pour être appliquée. Que diantre signifierait en effet le fait d’édicter une disposition en sous-entendant en même temps sa non-applicabilité ? Cela n’a aucun sens.

Tareq Oubrou poursuit : « Ensuite, la mémoire n’est pas uniquement une question neuroscientifique mais aussi sociologique. Selon les professions et les champs de compétences, la mémoire et/ou les processus de mémorisation ne sont pas identiques. Or le monde des affaires, cet univers dans lequel se concluent des contrats, était, à quelques exceptions près, exclusivement masculin. À ce titre, les femmes étaient les plus exposées à l’erreur que les hommes lorsqu’elles témoignaient dans ce domaine, du fait qu’elles ne maîtrisaient pas forcément son vocabulaire, ses protocoles et ses codes. »

À suivre Tareq Oubrou, l’intelligence des femmes était donc finalement en pratique limitée à l’époque à l’intelligence des choses du ménage ! De là à extrapoler jusqu’à aujourd’hui, il n’y a qu’un pas… Or Tareq Oubrou sait que la première épouse de Mahomet, Khadija, était une des commerçantes riches les plus en vue de La Mecque et gérait elle-même son commerce. Si les musulmans avaient voulu donner plus de place à la femme en considérant qu’elle se situait à égalité avec les hommes, ce n’était donc pas une question d’intelligence ni de mémoire, puisque celles qui avaient l’occasion de jouer des rôles importants y parvenaient semble-t-il très bien.

Tareq Oubrou fournit d’ailleurs lui-même un autre contre-exemple : « Omar, une fois devenu calife, a nommé Shifa inspectrice du marché de Médine, chargée de contrôler le bon déroulement des transactions et des contrats commerciaux. Personne n’a mis en doute ses compétences. »,

Pourtant, force est de constater que la place des femmes dans les instances de pouvoir n’a pour le moins jamais été une caractéristique visible de la culture musulmane, à la différence des États européens où rois et reines pouvaient se succéder, ou du moins avoir une place de tout premier plan. Pourquoi ? Parce qu’en dehors de quelques contre-exemples comme ceux ci-dessus, qui représentent en réalité des exceptions, la femme a toujours été considérée dans la culture musulmane comme un être inférieur par nature à l’homme et qui lui est subordonné.

Rémi Brague fait d’ailleurs remarquer sur un autre plan : « Contrairement à ce qui est fréquemment affirmé, il y a là [avec l’islam de Mahomet] recul par rapport à la situation d’avant l’islam. Ainsi, la façon dont Khadija a pris l’initiative en proposant le mariage à Mahomet témoigne d’une liberté de mœurs que la Révélation a désapprouvée. »

  • Que dit la Tradition (Sunna) ?

En dépit de cette démonstration doctrinale bancale fondée sur le Coran, Tareq Oubrou ne peut pas nier une difficulté évidente dont il prend acte : « À ce niveau métaphysique, donc, il y a une claire et évidente égalité spirituelle, intellectuelle et morale entre l’homme et la femme. Cela ne clôt toutefois pas la question, car le droit canonique issu du Coran et de la Sunna révèle, lui, des inégalités qui sont tout aussi évidentes. »  

Quand Tareq Oubrou pose la question : « Intellectuellement, la femme vaut-elle la moitié de l’homme ? Est-il vraiment besoin de convoquer les textes de l’islam et une herméneutique alambiquée pour réfuter une telle ineptie ? », il y répond avec évidence sur la base des valeurs de l’Occident et non des valeurs musulmanes. En effet, le problème est que Mahomet était semble-t-il très loin de cette prétendue évidence, comme l’illustrent quelques hadiths authentiques parmi d’autres :

Hadith (Bukhari) : D’après Abu Said al-Khudri, le Prophète a dit : « Le témoignage d’une femme n’est-il pas la moitié du témoignage d’un homme ? – Certes oui, répondîmes-nous. – Cela, reprit-il, tient à l’imperfection de son intelligence. »

Hadith (Bukhari) : Abdallah Ibn Umar a dit : « J’ai entendu le Prophète dire : « Ce n’est que dans trois choses que des influences funestes [la malchance] peuvent se faire sentir : la femme, le cheval et la maison. » »

Hadith (Bukhari) : Selon Usama Ibn Zayd, le Prophète a dit : « Je ne laisse après moi aucune cause de trouble plus funeste à l’homme que les femmes. »

Finalement, Tareq Oubrou, après avoir sans succès tenté de défendre l’idée de l’égalité originelle et absolue entre l’homme et la femme, se voit contraint d’admettre qu’en doctrine même et également en jurisprudence la situation est loin d’être claire.

  • La mémoire des femmes Compagnons de Mahomet

Pour redorer le blason des femmes dans la culture musulmane, Tareq Oubrou écrit : « Sur la question de la mémoire féminine, il est intéressant de rappeler ce qu’il en était à l’époque du Prophète. On dénombrait alors trente-deux compagnons qui connaissaient par cœur le Coran, parmi lesquels figuraient Aïcha, Hafsa, Hind, Umm Salama et Umm Waraqa. Personne n’a mis en doute la qualité de leur mémoire. »

Qui peut vérifier cette affirmation ? Personne. Les paroles de Mahomet étaient apprises ou notées par les témoins sur différents types de support et la recension de ces éléments épars n’a été faite qu’après la mort de Mahomet (1ère vulgate d’Othman) et différentes versions circuleront dans les premiers siècles. Difficile de savoir ce que les un(e)s et les autres savaient vraiment.

Tareq Oubrou ajoute : « Aïcha, épouse du Prophète, a rapporté à elle seule environ 2.210 paroles du Prophète. Aucun savant de l’islam n’a prétendu que ces hadiths ne seraient valides qu’une fois confirmés par une autre personne. (…) Un nombre considérable de hadiths ont été rapportés par une seule femme, disciple du Prophète, et font autorité sur toute la communauté musulmane. »

Or, si Aïcha a été en mesure de mémoriser 2.210 paroles (« hadiths) de Mahomet, cela signifie qu’elle a, pendant les 10 années (au maximum) où elle a vécu physiquement avec Mahomet (de 9 ans à 18 ans), été en mesure de mémoriser par cœur 221 hadiths par an, soit 4 nouveaux hadiths environ chaque semaine (un hadith pouvant être assez long et nécessitant le rappel du contexte précis de sa formulation) ; et ce, sans savoir si elle avait besoin d’un temps dédié pour répéter cette mémorisation au fil du temps et de l’accumulation des hadiths, en plus de la mémorisation « revendiquée » des 6.236 versets du Coran (à supposer qu’elle les ait tous entendu réciter). Bref, une histoire qui relève visiblement du merveilleux propre à toute hagiographie.

  • La théorie de l’anachronisme

Face à toutes ces contradictions, Tareq Oubrou abat sa dernière carte avec la théorie de l’anachronisme. Il écrit ainsi : « Affirmer que le Coran instaure une inégalité essentielle entre les hommes et les femmes au sens moderne serait commettre un anachronisme : il y a une distance historique à respecter. »

Notons que Tareq Oubrou reconnaît donc finalement dans ce propos, après avoir tenté de la nier, l’inégalité essentielle homme/femme, mais il essaie d’en limiter la portée.

Il écrit : « Le sentiment d’inégalité douloureusement – mais silencieusement – vécu par beaucoup de femmes musulmanes depuis plus d’un siècle était aussi présent chez des contemporaines du Prophète. Ainsi Umm Umâra, une disciple du Prophète, a eu le courage de lui faire remarquer que le Coran avait tout donné aux hommes et rien aux femmes. À quoi vint répondre un verset (sourate 33, verset 35) insinuant que tout ce qui concernait les hommes en termes de devoirs et de mérite moral et spirituel était à entendre de façon identique pour les femmes. »

Ainsi, Tareq Oubrou reconnaît lui-même que même dans la conception mahométane originelle, telle qu’elle apparaît dans le Coran, l’égalité homme-femme n’avait rien d’une évidence, ce qui est logique compte tenu de la vision misogyne de Mahomet qui transparaît dans les hadiths (cf. ci-dessus) et qui se traduit naturellement dans une conception patriarcale de la société, comme l’admet Tareq Oubrou :

« Les hommes auraient une charge plus importante (en terme de responsabilités), qualifiée de prééminence ou de degré supplémentaire. Il ne s’agit pas d’une supériorité. (…) Le verset (sourate 4, verset 34) indique que les femmes sont « au service de » [des hommes] : cela s’explique par le fait que, dans le contexte anthropologique du moment coranique, la prise en charge matérielle des femmes revient aux hommes. Puis le Coran rappelle aux hommes que Dieu est supérieur et le plus grand pour les mettre en garde contre tout abus de pouvoir. »

En réalité, la répartition des rôles entre l’homme, dépositaire de l’autorité, qui dirige, et la femme, qui s’occupe du foyer, a toujours été profondément ancrée dans la culture musulmane jusqu’à aujourd’hui, pour des raisons non seulement historico-sociales mais aussi doctrinales. Il ne s’agit pas juste du contexte de l’époque mahométane. Malek Chebel avait l’honnêteté de le reconnaître : « La jurisprudence sur la femme, que ce soit la sharia ou les mentalités collectives, lui est extrêmement défavorable. Le but non avoué de toute cette armada de textes consiste à maintenir la femme dans une position inférieure à l’homme sous le prétexte que celui-ci subvient à ses besoins matériels. »

Il ne faut donc aucunement s’étonner que la libanisation actuellement en œuvre sur le territoire français conduisent à des constats comme celui fait dans un tout récent (7 décembre 2016) reportage diffusé au journal de 20 heures de France 2 et qui est venu opportunément rappeler que, dans la culture musulmane, le pouvoir est du côté de l’homme et que la place de la femme est donc à la maison, sous l’autorité de son mari, ce qui se traduit par un ségrégationnisme évident dans l’espace public :

France 2 Journal 161207 Islam & Femmes

  • Conclusion

On voit que Tareq Oubrou, avec la force du désespéré, fait feu de tout bois pour défendre la cause de l’islam en Occident sur cette question du statut de la femme, quoique la réalité vécue encore aujourd’hui dans le monde musulman par les femmes ne laisse planer aucune doute (et nous n’avons même pas encore abordé les questions de la polygamie, la répudiation, le droit de battre sa femme, etc.).

Les propos de Tareq Oubrou dans son dernier livre font d’ailleurs résonner une tonalité bien différente de celle du précédent (« Un imam en colère ») puisqu’il y écrivait : « À l’époque du prophète, le temps pour changer certaines lois ancestrales en faveur d’une égalité totale entre hommes et femmes n’était pas encore propice aux yeux de Dieu. C’est pour cette raison que le grand théologien Ibn-Taimyya conclut que le Coran et la Sunna avaient opté pour la sagesse suivante : « Si tu veux être obéi, demande le possible. » (…) Une chose est sûre : il ne faut pas compter sur la réforme théologique de l’islam pour faire évoluer la condition de la femme musulmane. » Vous avez dit « taqiya » ?

Je laisse, une fois n’est pas coutume, la conclusion à Tariq Ramadan, peu suspect d’antipathie envers l’islam : « La plupart des commentaires, des analyses et des développements [en islam] se concentrent prioritairement et presqu’exclusivement sur les différents rôles et fonctions des femmes dans les cellules familiales et sociales. Il n’existe pas de réflexion approfondie, structurée et dialectique sur la femme en tant qu’être, sur l’être féminin, son rapport au sens, à la pratique religieuse et sa relation avec le corps social dans son ensemble. »

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (8) Le mensonge de la persécution à La Mecque

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  • La problématique : comment justifier le jihad par l’argument de la légitime défense

Un des leitmotive utilisés pour dédouaner Mahomet de sa violence de simple chef de clan guerrier (Jacqueline Chabbi indique que « Dans les chroniques extérieures à l’Arabie et contemporaines de l’émergence de l’islam, Muhammad est seulement signalé comme le chef des bandes armées d’invasion, sans plus de précision ») est l’argument de la légitime défense.

  • L’argument de la persécution à La Mecque

Si Tareq Oubrou peut avoir des analyses audacieuses sur certains sujets, force est de constater sur le thème de la « persécution » une grande banalité : « Le Prophète, sa famille et ses compagnons furent persécutés à La Mecque pendant treize ans avant de recevoir l’ordre de quitter la ville pour Médine. » Malheureusement, Tareq Oubrou ne cite aucun texte en appui de cette affirmation. En réalité, Mahomet a tout simplement décidé de fuir La Mecque quand il s’est rendu compte qu’il n’y arriverait jamais à rien. Et s’il avait été réellement en danger, aurait-il fui l’avant-dernier après avoir envoyé tous ses partisans à Médine ? Ne serait-il pas parti plutôt le premier ? (voir mes autres articles sur ce site dédiés à la question de la persécution)

Si les Mecquois se moquaient effectivement de Mahomet, difficile de parler de « persécutions » pour quelques avanies à son encontre. Voilà ce que dit la Sîra : « Ibn Hîsham dit : « Des savants m’ont rapporté que le plus dur parmi ce que l’Envoyé d’Allah a souffert de la part de Quraysh est ceci : un jour, il sortit. Il n’a rencontré personne qui ne le dénigrât pas et ne lui fît pas de mal [par les paroles], que ce soit un homme libre ou un esclave. L’Envoyé d’Allah rentra chez lui, et se couvrit à cause de la dureté de ce qui lui arriva. Alors Dieu a fait descendre les deux versets suivants : « Ô toi couvert d’un manteau ! Lève-toi et avertis (sourate 74, versets 1 & 2) ». »

Notons d’ailleurs qu’un des intervenants de l’émission France 2 Islam du 27 novembre 2016 a fait clairement état des motivations très terre-à-terre qui ont contribué à tendre les relations entre Mahomet et les Quraychites : des questions de gros sous. En effet, en prêchant une nouvelle religion, Mahomet risquait de remettre tout bonnement en cause le culte des idoles de La Mecque, objet d’un commerce fructueux qui bénéficiaient aux tribus Quraychites de La Mecque.

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Il n’y a pas eu de persécution religieuse au sens où on l’entend par exemple pour les chrétiens avec les Romains : par les persécutions, les Romains cherchaient à anéantir une « vraie » religion (dissociant spirituel et temporel) car il est impossible d’extirper définitivement chez un individu les racines d’une idée sans tuer son porteur. À La Mecque, les Mecquois avaient surtout le sentiment d’avoir affaire à un histrion dangereux pour leur commerce.  Il cherchait certes à développer une théorie religieuse mais sans doute l’ont-ils en partie négligé en pensant que le chasser (ce qu’ils n’ont d’ailleurs pas fait : Mahomet est parti de lui-même) pouvait suffire pour protéger le commerce. Si les Mecquois avaient voulu vraiment s’en débarrasser, il leur suffisait tout simplement de le tuer sans perdre de temps à le « persécuter » d’abord, ce qui ne servait à rien.

  • L’islam n’est pas conquérant et ne fait que se défendre

Aux dires de certains, le jihad ne serait jamais offensif mais uniquement défensif, thèse encore reprise dans l’émission France 2 Islam du 27 novembre 2016 :

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Je pense avoir déjà écrit suffisamment à ce sujet sur ce site pour démontrer que ceux qui le prétendent n’ont pas lu la Sîra d’Ibn Îshaq/Ibn Hîcham, biographie de Mahomet incontestée en islam (sans parler du Coran et des hadiths). Je ne vais pas reprendre ici tous les éléments déjà fournis dans ces articles : il est facile d’y accéder via l’outil de recherche disponible sur le site.

Le plus étonnant d’ailleurs est que la biographie de Mahomet d’Ibn Îshaq/Ibn Hîcham est un document musulman : il aurait été facile aux partisans de Mahomet d’en expurger tous les passages problématiques au regard de la prétendue vocation d’amour et de paix de Mahomet : peut-être certains l’ont-ils été, mais, en tout état de cause, il en reste encore un grand nombre dans la version connue aujourd’hui qui ne laisse planer aucun doute sur la nature guerrière de l’action de Mahomet. Il est donc pour le moins étonnant de voir les musulmans tenter de nier la portée de leurs propres textes.

De ce point de vue, Mohamed Bajrafil constitue un spécimen intéressant : cette personne ne semble guère embarrassée par l’honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de défendre l’islam et Mahomet. L’extrait de l’émission ci-dessus est d’ailleurs amusant à ce titre puisque le deuxième intervenant se voit obligé, avec beaucoup de retenue mais de façon claire (ce qui est très rare dans ce genre d’émission consensuelle), de reprendre ses propos.

Pour Mohamed Bajrafil, Mahomet a attaqué par anticipation ses futurs potentiels agresseurs : une conception très particulière de la légitime défense ! Et il extrapole, néanmoins dans une certaine confusion et avec une difficulté d’élocution tant le propos est énorme, à toutes les autres guerres de l’islam ! Il se retrouve ainsi en contradiction avec tous les imams et islamologues qui reconnaissent effectivement que l’islam est une religion de conquêtes (Tareq Oubrou cf. ci-dessous, ou Malek Chebel qui a été très clair sur la question). Sans parler de la prétendue possibilité donnée en islam à chacun « de croire ou de ne pas croire » : rien n’arrête la taqiya perverse de Mohamed Bajrafil !

Au-delà de tous ces mensonges, rappelons simplement que le Christ avait déjà montré magistralement comment, face à une vraie persécution qui le conduira jusqu’à la crucifixion, répondre à la violence lorsqu’on prétend porter un message uniquement spirituel.

  • La schizophrénie de Tareq Oubrou

Tareq Oubrou est également empêtré dans des contradictions dont il ne sort que par des pirouettes. Il explique ainsi dans un autre ouvrage (« Un imam en colère ») le poids fondamental de la question politique à l’époque de Mahomet puis de ses successeurs – mais qu’il essaie bien maladroitement de dissocier de la question religieuse – : « L’islam est une religion qui a la particularité d’avoir vu le jour en même temps qu’un État, au début du VIIème siècle à Médine, dans la péninsule arabique, après que le prophète a été chassé de La Mecque. Ainsi sommes-nous, dès l’origine, en présence de deux réalités bien distinctes : d’un côté, la révélation coranique que le prophète Muhammad a pour mission de transmettre – et non d’imposer – dans un environnement polythéiste intolérant et hostile ; de l’autre, la naissance d’un empire soumis à des menaces extérieures. (…) Pris dans une logique d’empire, les Arabes n’ont d’autres choix que d’attaquer pour survivre. D’où la rapide extension de la religion naissante sur la rive sud de la Méditerranée. (…) Voilà pourquoi il est essentiel de bien séparer ces deux ordres de réalité : naissance d’une religion d’un côté, logique d’empire de l’autre. »

Cette position est extrêmement commode : ce qui est « bien » aux yeux du monde occidental est rattaché à la religion et ce qui est « mal » à la politique, question politique qui n’a bien entendu rien à voir avec la question religieuse…

  • Conclusion : pourquoi l’islam n’a-t-il d’autre issue que de s’accrocher coûte que coûte au mythe de la légitime défense

L’enjeu du mythe de la persécution physique est absolument fondamental pour l’islam : après Bouddha et Jésus, difficile en effet de se hisser au même niveau spirituel : la compétition est en réalité intenable.

Or que peut faire un homme qui se rend compte au bout de 12 ans que sa prédication politico-religieuse n’avance à rien (au-delà d’une poignée de fidèles), si ce n’est passer par la force pour imposer son pouvoir ? Pas besoin d’avoir recours à une prétendue inspiration divine pour le comprendre. Reste que l’islam doit alors tenter de justifier par tous les moyens dialectiques possibles la violence pour préserver coûte que coûte le résidu de spiritualité qui sous-tend cette idéologie.

Document « Quelques questions sur l’islam » : version anglaise disponible

Une version anglaise du document « Quelques questions sur l’islam » est désormais disponible : pour ouvrir la discussion avec les autres pays européens.

questions-about-islam-161207

NB : Document également disponible sur la page « Lecture à télécharger ».

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (7) Le voile islamique

tareq-oubrou-ce-que-vous-ne-savez-pas

  • Problématique

Le communautarisme étant la structure sociale fondamentale de l’islam, tout ce qui peut contribuer à distinguer les musulmans des non-musulmans constitue un marqueur identitaire naturel. Le voile féminin n’échappe pas à cette règle mais il n’est pas sans soulever une difficulté certaine quant à la capacité de l’islam à intégrer la modernité et surtout à avoir une relation apaisée avec l’Occident, le voile étant un corollaire indirect mais néanmoins clair de l’infériorité de la femme vis-à-vis de l’homme proclamée par le Coran.

Sur cet aspect symbolique, les positions en islam ont variées sensiblement dans le temps (comme par exemple en Égypte avec Nasser qui vilipendait l’obligation du port du voile réclamée par les Frères Musulmans), et les positions des islamologues et imams vivant en Occident restent diverses aujourd’hui, certains notamment défendant le point de vue selon lequel il s’agit d’une recommandation mais non d’une obligation formelle à observer strictement (comme Tariq Ramadan qui a indiqué par le passé devant une commission de l’Assemblée Nationale qu’il se refusait à titre personnel à l’imposer aux femmes).

  • La position de Tareq Oubrou

Pour Tareq Oubrou, « La notion coranique de « hijâb » (voile) a été déviée de son sens originel, puisqu’elle était initialement réservée aux seules épouses du Prophète, qui ont le statut de mères de tous les croyants. Le Coran leur demande ainsi de garder une distance avec les hommes et de ne leur parler qu’à travers un « hijâb ». (sourate 33, verset 53) ».

Effectivement, on retrouve cette idée dans le Coran :

Sourate 33, verset 53. Ô croyants ! N’entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins d’être invité à un repas et qu’il soit déjà préparé. (…) Si vous demandez aux femmes du Prophète quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau : c’est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs. Vous ne devez pas offenser le messager d’Allah, ni jamais vous marier avec ses épouses après lui. Ce serait, auprès d’Allah, un énorme pêché.

Il est néanmoins intéressant de noter que, pour Tareq Oubrou, « Les autres femmes musulmanes n’ont pas à imiter les épouses du Prophète ; ce serait même un manque de respect à leur égard, compte tenu de leur statut particulier. »

On peut comprendre cette position que les autres femmes n’avaient pas à imiter les épouses du Prophète au sens où les obligations qui pesaient sur les épouses du Prophète ne s’imposaient pas aux autres femmes (même si on se demande bien quelle supériorité spirituelle les épouses du Prophète – après Khadija – avaient sur les autres femmes puisqu’il ne les a épousées – sauf peut-être Aïcha – que pour avoir des enfants, sans succès puisqu’il était visiblement devenu stérile après une maladie). Vouloir imiter les femmes du Prophète pouvait effectivement apparaître comme un signe d’orgueil pour leur contemporaines et, par extension, pour toutes les femmes musulmanes à venir.

Cela étant, il est étonnant que Tareq Oubrou ne mentionne pas cet autre verset sur le même sujet :

Sourate 24, verset 31. Dis aux croyantes de baisser leur regard, d’être chastes, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, ou à leurs fils, ou aux fils de leur mari, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. (…)

Inutile de s’appesantir sur cette polémique doctrinale qui ne sera jamais tranchée puisqu’il n’existe pas d’autorité sunnite pour le faire de façon absolue et définitive. L’islam, en tant que religion, devrait être une spiritualité peu soucieuse de cette symbolique superficielle, ainsi que l’indique à juste titre Tareq Oubrou : « Il s’agit d’une simple pudeur sociale qui prend en considération la coutume vestimentaire d’alors. Les musulmans qui lui donnent une dimension cultuelle commettent une aberration aux yeux du droit canon musulman (« fiqh »), car c’est introduire dans le culte quelque chose qui n’en fait pas partie. »

  • Conclusion

La position de Tareq Oubrou est « moderne » et on doit la saluer car elle va dans le sens d’un meilleur statut de la femme en islam, statut dont on voit tous les jours combien encore il est problématique. Je doute néanmoins que cette analyse soit partagée par la plupart des islamologues musulmans et imams.

En réalité, l’islam, orthopraxie et non spiritualité, est empêtré dans ses rituels et il ne peut pas abandonner si facilement la symbolique du voile sans fragiliser par ricochet tous ses autres rituels qui n’ont pas plus de signification ni de profondeur. L’habit ne fait pas le moine.

Ce qui est en jeu pour les musulmans vivant en Occident est moins aujourd’hui de trancher une question doctrinale restée sans réponse définitive depuis des siècles ou de changer un rite que d’arriver à démontrer que l’islam n’est pas socialement rétrograde. Cette symbolique du voile renvoie en effet à une vision patriarcale de la société où le statut de la femme s’est certes amélioré, mais très péniblement au cours des siècles.

On peut toujours arguer que l’islam a amélioré le statut de la femme au regard des coutumes arabes antéislamiques (interdiction de l’enterrement des petites filles, limitation de la polygamie) mais, en réalité, l’islam, copie sans grande nouveauté du judaïsme, a constitué une régression au regard du statut de la femme juive, déjà pas très favorable (cf. la répudiation, toujours problématique d’ailleurs aujourd’hui en Israël, ou l’absence d’obligation d’étudier la Torah qu’on peut interpréter comme une forme implicite d’infériorité spirituelle).

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (6) La paix d’Allah

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  • La problématique

Si la notion d’amour est absente du Coran (où figure la notion de « miséricorde », qui prête d’ailleurs à une grande confusion si l’on commet l’erreur de croire qu’il s’agit de la miséricorde entendue au sens chrétien), la paix est présente mais il s’agit d’une paix entre musulmans. En effet, le Coran ne tarit pas de références sur le sort atroce que connaîtront dans l’au-delà les mécréants, punis par Allah dans des conditions épouvantables. Un exemple parmi la multitude de versets portant sur cette question :

Sourate 2, verset 114. Qui est plus injuste que celui qui empêche que dans les mosquées d’Allah, on invoque Son nom, et qui s’efforcent de les détruire, alors qu’ils ne devraient y entrer que remplis de crainte. Pour eux, ce sera l’ignominie ici-bas et dans l’au-delà un châtiment immense.

Et non seulement, ce châtiment est terrible, mais il est le plus souvent éternel. Quelques exemples parmi une multitude :

Sourate 2, verset 39. Ceux qui auront été incrédules et auront été traité Nos signes de mensonges, ceux-là sont les hôtes du Feu où ils demeureront éternellement.

Sourate 2, verset 161. Ceux qui ne croient pas et meurent mécréants subiront la malédiction d’Allah, des anges et de tous les hommes.

Sourate 2, verset 162. Ils la subiront éternellement. Leur châtiment ne leur sera pas allégé (…).

Sourate 2, verset 257. Allah est le maître de ceux qui croient : Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière. Quant à ceux qui ne croient pas, ils ont pour défenseurs les Taghout qui les font sortir de la lumière vers les ténèbres. Voilà les hôtes du Feu, où ils demeureront éternellement.

Sourate 3, verset 116. Quant aux incrédules, ni leurs biens, ni leurs enfants ne pourront jamais leur servir contre Allah. Ceux-là sont les hôtes du feu : ils y demeureront éternellement.

Sourate 4, verset 168. Ceux qui sont incrédules et injustes, Allah ne leur pardonnera pas et ne les guidera pas dans un chemin

Sourate 4, verset 169. autre que celui de la Géhenne où ils demeureront éternellement. Cela est facile à Allah.

etc…

Sourate 98, verset 6. Les infidèles parmi les gens du Livre, ainsi que les associateurs iront dans le feu de l’enfer, pour y demeurer éternellement. Ceux-là sont le pire de l’humanité.

Ceux qui douteraient que ces versets, déjà nombreux, constituent un simple échantillon peuvent se reporter aux 16 pages de la section 6.3 « Les mécréants seront punis par Allah » du « Livret musulman de premier secours » (http://islametoccident.fr/?page_id=1786).

Une fois ce rappel bien en tête, examinons maintenant la thèse de Tareq Oubrou.

  • La « noblesse » d’Allah

Pour Tareq Oubrou, « Selon la théologie sunnite, Dieu doit respecter Sa promesse (le Paradis), mais non Sa menace. Il n’est pas obligé de mettre à exécution sa colère. Cela s’appelle une noblesse. (…) C’est bien ce que laisse entendre ce verset : « Il y a resteront éternellement [en Enfer] tant que demeureront les cieux et la terre, à moins que ton Seigneur n’en décide autrement. Ton Seigneur fait ce qu’il veut. » (sourate 11, verset 107) À noter ici que l’éternité (« khulûd »), dans le vocabulaire du Coran, n’est pas synonyme d’une durée infinie. »

Tareq Oubrou énonce ici une évidence tautologique : Dieu étant maître de toutes choses, il est aussi maître du châtiment qu’il applique selon son bon plaisir. Cela prouve-t-il qu’il s’agit d’un dieu d’amour et de pardon ? Absolument pas, comme la litanie des versets référencés ci-dessus le montre : le pardon est l’exception.

  • Un renversement opportuniste des valeurs

Pour Tareq Oubrou, « Ce verset [11/107] met en cause le sens littéral de tous les versets qui donneraient l’impression que le châtiment de Dieu serait d’une durée infinie. Tout simplement parce que l’homme n’a pas été créé pour la souffrance, même si celle-ci peut être un passage, une épreuve, une purgation temporelle. »

Ainsi donc, un unique verset – qui ne fait qu’énoncer une tautologie sans conséquence – mettrait donc en cause le sens obvie de la multitude des versets évoquant clairement le caractère éternel du châtiment des mécréants ? Alors que les lois de la statistique pulvérisent cette affirmation et contre toute logique, il faudrait faire une confiance aveugle à Tareq Oubrou, simple imam de la petite bourgade de Bordeaux ?

  • L’ignorance des musulmans

On comprend ainsi mieux pourquoi Tareq Oubrou écrit : « Beaucoup de musulmans ignorent cette doctrine orthodoxe (sunnite) qui défend l’idée d’un Enfer extinguible et prévoit que, quelles que soient les fautes ou la « mécréance » d’une personne, celle-ci ne restera pas dans le châtiment pour l’éternité. »

En effet, l’évidence coranique du caractère éternel du châtiment du mécréant – sauf exception – est tellement aveuglante qu’il est tout à fait logique que les musulmans eux-mêmes méconnaissent la thèse présentée par Tareq Oubrou.

Que le séjour en enfer d’un individu puisse, selon la volonté d’Allah, être temporaire est une chose admise et logique, mais Tareq Oubrou va beaucoup plus loin plus qu’il postule que c’est la règle systématique : sur quels textes est fondée cette position audacieuse – voire stupéfiante au regard de la multitude de versets du Coran qui s’y opposent – ? Malheureusement, Tareq Oubrou ne le précise pas.

  • Conclusion

L’audace théologique de Tareq Oubrou semble sans limite puisqu’il postule en réalité que le châtiment du mécréant est toujours temporaire, ce qui revient à aller à rebours de la lecture élémentaire du Coran. Faut-il s’étonner après cela qu’il soit condamné à mort par l’État Islamique pour déviance et donc apostasie ?

Tareq Oubrou voudrait-il nous faire croire qu’il y aurait une proximité entre la théologie musulmane et la théologie chrétienne, qui s’est en effet beaucoup interrogée sur l’enfer et le purgatoire, alors que les conceptions de Dieu dans ces deux religions n’ont absolument rien à voir ? Rappelons juste que la différence évidente entre Jésus et Mahomet est que l’un a prêché pacifiquement et a fini sur la croix, tandis que l’autre a finalement prêché par l’épée en massacrant ses opposants.