Le soufisme pour faire face à la radicalisation musulmane : une utopie ?

Parmi les mesures destinées à faire face à la « radicalisation », la communauté musulmane, par la voix du Conseil Français du Culte Musulman, a mentionné dans le cadre des conclusions de la première session de l’« Instance de dialogue » de mars 2016 mise en place avec le gouvernement, le développement du soufisme (discours de son président Anouar Kbibech) : « Certaines contributions proposent même de promouvoir les vertus de la mystique de l’Islam, à travers le développement du soufisme selon la tradition sunnite pour lutter en amont contre toutes les formes de violence ou de fanatisme. »

Il est intéressant de noter que cette proposition reconnaît l’existence d’un certain nombre formes de violence et de fanatisme graves en islam, « graves » car si ce fanatisme se résumait par exemple à celui – inoffensif – des courants « intégristes » de l’Église catholique, on n’en parlerait même pas.

Mais surtout cette proposition part du principe que les courants mystiques musulmans, et principalement le soufisme, seraient, par nature, fondamentalement pacifiques : qu’en est-il ?

NB : Les éléments fournis ci-dessous sont succincts et ne reflètent pas la grande diversité des formes de soufisme en islam et l’histoire complexe de ce courant au cours des siècles. Les spécialistes pourront peut-être déceler des approximations ou juger que des raffinements sont nécessaires mais cela n’a guère d’importance s’ils sont du deuxième ordre au regard de la problématique qui nous occupe et qui concerne la compatibilité des valeurs soufies avec les valeurs occidentales. L’important est surtout de comprendre ce que le soufisme a à apporter aujourd’hui au-delà des vicissitudes de l’histoire. J’invite néanmoins bien entendu les lecteurs à me faire parvenir leurs commentaires éventuels pour amender si nécessaire ce texte.

  • L’islam : une « praxis » plus qu’une spiritualité ?

Pour Tariq Ramadan, « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur. Certes, certains débats ont été vifs et l’on a, à travers l’histoire et les écoles musulmanes, discuté du sens et de la portée des noms de Dieu, de ses attributs, du statut de la révélation, mais l’horizon de ces controverses – contrairement à l’histoire de la dogmatique catholique par exemple – est resté circonscrit et n’a jamais été jusqu’à remettre en cause trois principes fondamentaux : l’unicité absolue du créateur, son impossible représentation et la véracité de sa parole révélée dans le coran. Une authentique « théologie » aurait d’abord, et surtout, discuté de ces trois principes. Or une étude attentive de l’histoire des débats entre les écoles montre que les disputes se sont élaborées en aval de ces trois principes qui, au cœur de la conception musulmane, fonde ce qu’on nomme le « tawhid ». »

À côté donc de la simplicité spirituelle du fondement de la doctrine musulmane et de la « praxis » coranique (code de règles à appliquer : les 5 piliers, les interdits, les ablutions, etc.) s’est développé un courant mystique connu sous le nom de « soufisme ».

  • Le soufisme, branche mystique de l’islam

Le soufisme se veut un retour à la pureté primitive de l’islam par le détachement du monde. Il s’agit d’une démarche mystique recherchant « l’extinction de soi en Dieu ».

Ainsi, selon Marie-Thérèse Urvoy, « Le soufisme n’est qu’une branche de l’arbre mystique [de l’islam], lequel en a beaucoup d’autres : celle de l’ermite (nasik), celle de l’ascète (zahid), celle du philosophe, tout simplement celle de la piété populaire. (…) L’ascétisme est une attitude attestée dès les débuts de l’islam. Les lecteurs du Coran à l’époque Omeyyade, les premiers collecteurs de traditions prophétiques, vivaient dans la pauvreté. Le premier qui porta le qualificatif « sufi » fut un pieux personnage de Kufa, mort en 776 [Abu Hachim]. Puis l’appellation s’étendit à un groupe d’ascète de la même cité. Un siècle plus tard, elle désignait une corporation de mystiques de Bagdad et, au Xème siècle, elle englobait tous ceux d’Irak. « Soufi » dérive de « suf », la rube de bure que portaient les premiers ascètes musulmans, sans doute en prenant modèle sur les moines et ermites chrétiens d’Orient. À la longue le soufisme en est venu à englober les individualités les plus diverses : ascètes, voyants, thaumaturges, ermites, combattants de la guerre sainte, etc. Leurs enseignements, leurs méthodes, leurs exercices spirituels, leurs modes de pensée prouvent une extrême variété. Ainsi les débuts du mysticisme en islam furent plutôt de tendance ascétique ».

Les premiers modèles de spiritualité – en particulier l’ascétisme – se développent dès les VIIème et VIIIème siècles en Mésopotamie, avec comme figure de proue al-Hasan al-Basrî (mort en 728).

Selon Marie-Thérèse Urvoy, « C’est au cours des IXème et Xème siècles que le soufisme prit un caractère plus métaphysique et théosophique, tendance qui ne cessera de s’affirmer par la suite. (…) On retrouve les deux tendances de l’ermite et de l’ascète chez les soufis, terme qui se généralise au IXème siècle, et aussi dans le mouvement piétiste des Kamarramiyya. Dans leur prédication, ces derniers exposaient volontiers leurs expériences mystiques et la relation d’amour qui les liait à Dieu. À l’opposé, les Malamatiyya cachaient à tous à la fois leurs charismes et leurs secrets de vie intérieure. Jusqu’à XIIème siècle, la mystique en islam est restée très hétérogène. À partir de cette époque, le soufisme devint prépondérant, annexant toutes les formes mystiques précédentes. Dès lors, la confusion était établie quant à la dénomination. »

À partir du XIIème siècle, le soufisme s’est organisé en confréries sous l’autorité d’un maître (cheikh ou murshid), par exemple : la Qadiriyya ; la Mevleviya (« derviches tourneurs ») ; la Rifa’iyya (« derviches hurleurs ») ; la Naqshbandiyya, (fondée par Baha al-Din Naqshband, mort en 1389 : fidélité au sunnisme, rejet d’Ali de la généalogie spirituelle et remplacement par Abu Bakr, proscription des danses sacrées et des instruments de musique, à l’exception des percussions) ; etc.

  • La démarche soufie et son rapport houleux avec le sunnisme orthodoxe

La démarche soufie cherche à permettre au fidèle de franchir les étapes le faisant passer de la pratique littérale de la loi révélée (chari’a) à la réalité divine (haqiqa). Pour Rémi Brague, « Le soufisme répond à la question de savoir comment monter jusqu’à l’intention du législateur, en permettant de capter directement à la source divine. » Le soufi purifie son âme par l’invocation, le détachement des choses terrestres, jusqu’à atteindre l’état d’annihilation en Dieu (« fana fi Allah »).

Pour ce faire, plusieurs voies ou chemins (« tariqa ») pratiquées dans les confréries s’offrent à lui pour parvenir, grâce à un entraînement spirituel intensif sous l’autorité du maître, à accéder à des dons fugaces dus à la générosité de Dieu, dons que l’adepte va chercher à transformer progressivement en état permanent.

Les soufis s’appuient sur une lecture ésotérique du Coran qui les conduit à identifier à côté du sens extérieur, exotérique (« zahir »), un sens intérieur, ésotérique, caché (« batin »). Le verset 35 de la sourate 24 dit des deux lumières (en référence à Mahomet et Ali) reflète ce côté ésotérique : « Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un verre et celui-ci ressemble à un astre brillant. Elle est allumée grâce à un arbre béni : un olivier ni oriental ni occidental dont l’huile semble éclairer sans même que le feu la touche. Lumière sur lumière. Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. Allah propose aux hommes des paraboles. Allah sait tout. » De même pour les hadiths : « J’étais un trésor caché et je voulus être connu, c’est pourquoi je créai le monde » ; « Celui qui se connaît lui-même connaît son Seigneur » ; « Jugez-vous avant d’être jugés, pesez vos actes avant d’être pesés, mourrez avant de mourir ».

Le soufisme a entretenu et continue à entretenir des rapports houleux avec le sunnisme orthodoxe, notamment en raison de :

– la primauté absolue de l’expérience personnelle, qui minimise de fait le rôle du Prophète Mahomet en tant que modèle et celui des règles coraniques à appliquer au regard de la recherche spirituelle personnelle ;

– l’interprétation ésotérique du Coran qui peut conduire à s’écarter du consensus de la communauté (le sens caché pouvant être assimilé à une seconde révélation, inacceptable pour le sunnisme orthodoxe) ;

– le rôle important d’Ali comme dépositaire d’un savoir oral et secret transmis par le Prophète, qui éclaire le sens caché, rapprochant les soufis des chiites (notamment ismaëlites ou septimains, la prophétie de Mahomet se poursuivant à travers Ali et sa descendance – les imams –, innovation également inacceptable pour le sunnisme orthodoxe).

Ibn Taymiyya a été ainsi un féroce adversaire des mystiques musulmans.

Un exemple célèbre d’opposition au sunnisme orthodoxe est celui d’Hallaj, pendu par ses coreligionnaires en 922. Marie-Thérèse Urvoy écrit à son propos : « Hallaj naît en 858 à Tur, centre sud-iranien particulièrement arabisé. Son grand-père était encore mazdéen. (…) Son imprudence fut de faire la synthèse entre les mythes de la Perse ancienne et les doctrines de type platonicien. Notre forme de connaissance serait une « illumination venue d’en haut ». (…) Hallaj prônait l’absorption de l’individu en Dieu. Or, pour la théologie musulmane, faire de l’amour divin la base et la finalité de la foi est une absurdité : la manière de s’adresser à Dieu, ce qui doit lui être dit en offrande, ce sont les formules rituelles de louange, ainsi que la gestuelle prescrite par Dieu lui-même dans sa révélation, et ce, avec ou sans amour. »

On voit donc que présenter le soufisme comme solution au problème de la radicalisation des musulmans occidentaux alors qu’il constitue une branche très controversée en islam (beaucoup de musulmans étant convaincus que les soufis ne sont pas de vrais musulmans) et fermement rejetée par les milieux orthodoxes (et fondamentalistes) est assez curieux. Tareq Oubrou observe : « Malheureusement, cet aspect noble du Coran [le soufisme] souffre de deux tendances qui lui portent un grand préjudice, privant ainsi les musulmans du cœur même de leur religion : d’une part un soufisme folklorique, d’autre part un courant wahhabite qui considère à tort le soufisme comme une hérésie. »

  • Quelques grandes figures du soufisme

Un certain nombre de personnalités ont marqué le soufisme, dont 3 sont très connues :

Muhyi al-Dîn Ibn Arabî (1165-1240) est souvent considéré comme le plus grand cheikh soufi. Né en Espagne, il s’installe à Damas. Marie-Thérèse Urvoy écrit à son propos : « Ibn Arabi jouissait d’une grande notoriété et ses disciples formaient encore des congrégations en Égypte au XIVème siècle. Il reste de nos jours le plus populaire des mystiques arabes et compte d’innombrables adeptes. » Auteur prolifique, il a notamment écrit les « Illuminations de La Mecque » (« Futuhat al-Makiyyah »). Ibn Arabi a notamment énoncé l’idée qu’il existe une unicité des religions dans le rapport à la transcendance, aucune religion n’étant à elle seule et de façon indépendante capable de traiter tous les aspects du rapport à l’être infini qu’est Dieu. Selon lui, le soufi reconnaît la divinité dans tous les êtres animés et inanimés de la création qui doivent tous leur existence à Dieu. Le soufi cherche à atteindre la statut d’« homme parfait » au travers des exercices de contemplation et par les invocations répétitives (zikr), tout ceci se faisant néanmoins dans le cadre du rituel musulman et de la chari’a.

Mawlana Djalal al-Din Rumi (mort en 1273) : né à Balkh (Afghanisan actuel), il s’installe à Konya (Turquie actuelle). Il est un des plus grands poètes mystiques de langue persane, à l’origine de l’ordre des derviches tourneurs. L’annihilation en Dieu recherchée résulte d’une ascèse et prend la forme d’une danse circulaire extatique faite de tournoiements. La psalmodie se transforme en mouvements rituels collectifs accompagnée par la musique, car selon l’adage « La musique ne produit pas dans le cœur ce qui ne s’y trouve pas déjà ».

Abu Ḥamid al-Ghazali (mort en 1111) met en garde contre les tentatives de dérives et de remise en question de la lettre du Coran par les soufis.

  • Le soufisme n’abandonne rien de la condamnation des gens du Livre (juifs et chrétiens)

Si le soufisme est un courant porté sur la mystique et qui n’est pas dans l’épure du sunnisme orthodoxe, il reste authentiquement musulman dans ses fondements doctrinaux.

1) L’islam est la religion la plus aboutie et la dernière

Si les soufis reconnaissent la diversité des efforts des peuples dans leur relation à Dieu, ils ne remettent aucunement en question la primauté de l’islam sur toutes les autres religions. Les religions précédentes ne sont que des étapes vers la religion ultime : l’islam. S’arrêter aux religions précédentes, quand on a connaissance de l’islam, est donc une erreur impardonnable dont la sanction est précisée par le droit musulman traditionnel.

Ainsi, si Ibn Arabi par exemple dans ses « Illuminations de La Mecque » décrit son cœur comme capable d’être « une abbaye pour les moines, un temple pour les idoles et les Tables de la Torah », son propre commentaire montre qu’il net aucunement à égalité les religions. Pour lui, tous ceux qui ne suivent pas la voie de l’islam, telle qu’il la conçoit, sont condamnés aux affres de l’enfer.

Al-Ghazali affirme de son côté qu’Allah a envoyé Mahomet pour être le « Sceau des Prophètes » et abolir ainsi toutes les chari’as précédentes, notamment celles des juifs et des chrétiens. Il définit l’infidélité (kufr) et traite du sort qui sera réservé dans l’au-delà aux communautés des non-musulmans dans son « fayçal al tafriqa bayna al islam wal zandaqa » (« Méthode pour distinguer entre l’islam et l’hérésie », ouvrage rédigé pour répondre aux accusations d’hérésie et d’infidélité des hanbalites). La tolérance n’est applicable qu’à ceux qui n’ont pas été en mesure d’acquérir une connaissance véritable du message de Mahomet avant leur mort.

2) Les accusations de falsification ou de corruption des messages antérieurs sont maintenues à l’égard des juifs et des chrétiens

En l’absence d’annonce de l’arrivée de Mahomet dans la Bible (Ancien et Nouveau Testaments), les maîtres soufis reprennent, parfois avec des accents méprisants, les accusations musulmanes classiques de corruption, de falsification ou de mauvaise compréhension du message qui fut révélé aux juifs et aux chrétiens.

3) Les chrétiens restent des associateurs coupables d’une terrible erreur

Pour les maîtres soufis, reprenant tout à fait la tradition musulmane, Jésus est un prophète musulman (« Sceau de la Sainteté » pour Ibn Arabi) dépassé spirituellement par Mahomet. Il n’est pas mort et conformément au hadith : « Quand descendra Jésus fils de Marie à la fin des temps, il brisera les croix et il tuera les porcs. » Le Jésus musulman n’a donc absolument rien à voir avec le Jésus chrétien : l’islam a en réalité fait de Jésus un autre personnage.

Comme tout l’islam, les maîtres soufis rejettent donc en bloc la doctrine blasphématoire de la Trinité, constitutive du plus grand des péchés en islam : l’associationnisme. Ce rejet s’accompagne, notamment chez Al-Ghazali, d’une critique virulente de l’exégèse religieuse chrétienne, entachée en outre selon lui de fautes dans la transmission (« tawatur »). Dans ses « Illuminations de La Mecque », Ibn Arabi affirme explicitement que celui qui croit en la Trinité est un infidèle (« kafir »).

Marie-Thérèze Urvoy indique : « Quant aux rapports d’Ibn Arabi au christianisme, ils peuvent être éclairés par un extrait de l’un de ses poèmes les plus connus, « Les trois aspects de l’être aimé ». (…) Pour Ibn Arabi la pluralité des hypostases signifiait simplement une pluralité de noms. Nulle connivence donc avec le Dieu-Trinité du christianisme ; Ibn Arabi est un musulman tout à fait bon teint. »

Djalal al-Din Rumi fait également état de la corruption des Évangiles pour expliquer le refus de reconnaissance par les chrétiens de la véracité de la prophétie de Mahomet et son annonce ; le chrétien affirmant que Jésus est Dieu est un ennemi d’Allah.

Idem pour le maître soufi hanbali Ibn Qayyim al-Jawziyya (mort en 1350, disciple éminent du grand maître hanbalite Ibn Taymiyya).

4) La dhimmitude n’a pas été remise en cause par les maîtres soufis

La dhimmitude est la contrepartie inévitable en islam de la supériorité des musulmans sur les juifs et les chrétiens. Les maîtres soufis comme Ibn Arabi ne discutent pas cette conception. Dans certains cas, les soufis semblent même avoir eu une position assez tranchée sur l’application rigoureuse de ce statut (ex. en Égypte).

5) Le soufisme n’a jamais condamné le jihad, « combat armé dans le chemin d’Allah »

Si les mystiques sont naturellement plus portés à une religiosité intérieure, l’action guerrière recommandée par Mahomet et le Coran garde sa place et certains soufis considèrent même qu’elle vient compléter harmonieusement l’« effort intérieur ». Dans cette perspective, à l’anéantissement mystique en Dieu répond en parallèle le martyre au combat.

Ainsi, les premiers ascètes furent aussi des combattants contre les infidèles byzantins et les Turcs. On en trouve également sous les ordres des mamelouks et leur présence est largement attestée dans les armées de l’empire ottoman.

La Naqshbandiyya en particulier a participé au jihad contre des populations d’infidèles d’Asie centrale aux XVIIème et XVIIIème siècles, ou contre les des Russes aux XVIIIème et XIXème siècles.

  • La vogue soufie dans la recherche mystique occidentale

La référence au soufisme séduit généralement en Occident. En effet, l’Occident n’a guère manqué de figures, telles René Guénon, éprises de mystique et d’ésotérisme, le désenchantement et la sécularisation du monde occidental y étant certainement pour quelque chose. Le soufisme n’a ainsi pas manqué de présenter des aspects attrayants à ces personnalités assoiffées de mysticisme et pour lesquelles, à partir d’un certain niveau de spiritualité et d’élévation, les modalités confessionnelles n’ont a priori plus d’importance (la mystique chrétienne et la mystique soufie n’ayant pourtant rien à voir de par leurs fondements doctrinaux).

Cette soif de mystique conduit à la construction de mondes imaginaires fondée sur l’utopie d’une compatibilité finale de toutes les religions dans un vaste pot-pourri fusionnel de conceptions transcendant la diversité des concepts et des valeurs.

Pour donner un exemple du délire métaphysique et spirituel à l’obscurité lacanienne auquel peut aboutir cette quête insatiable de sens et de Dieu, je vous propose quelques passages de l’ouvrage « Qu’est-ce que le soufisme ? » de Martin Lings, éminent savant anglais soufi, célébrité qui a notamment enseigné à l’université du Caire et a été conservateur des manuscrits et imprimés arabes à la British Library. Chacun pourra aller vérifier que le choix des passages ci-dessous est bien représentatif du livre précité.

« Il arrive que des soufis récitent continuellement le Coran – par exemple en Inde et en Afrique occidentale – même s’ils savent très peu d’arabe. Et si l’on objecte à cela qu’une telle récitation ne saurait avoir sur l’âme qu’un effet fragmentaire étant donné que l’intelligence des récitants ne peut y participer, on répondra que leur intelligence est pénétrée par la conscience de participer à la parole divine. Ils savent, en outre, que le Coran est un flux et un reflux – qu’il flue de Dieu vers eux et que ses versets sont des signes miraculeux qui les reconduiront vers Dieu, et c’est précisément pour cela qu’ils le lisent. »

« Alif-Lâm-Mîm : Alif représente Allâh, Lâm Rasûl, le messager, c’est-à-dire la nature céleste du prophète, et Mîm Muhammad, nom de sa nature humaine. »

« Un autre verset, très aimé pour sa remarquable beauté ainsi que pour sa signification, et que tous récitent, spécialement dans le temps d’épreuve est le verset de la « quête du retour » : « En vérité, nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons » (Innâ li-Lhâhi wa innâ ilayhi râji’ûn). Les soufis estiment que le soufisme tout entier est résumé dans ce verset. »

« Cette mention du Jour dernier rappelle que, comme le Coran lui-même, le Prophète est hanté par l’Heure, et cette hantise ne saurait être dissociée de l’un des événements fondamentaux de sa mission, le voyage nocturne, aussi appelé d’après son principal épisode, l’Ascension. Ce fut comme si sa « capacité d’être prêt à partir » avait soudain débordé du plan le plus élevé pour se répandre sur tous les autres, de sorte que, pour lui, se produisit une brève anticipation de l’Heure et qu’il eut un avant-goût de la résurrection : sur le rocher de Jérusalem, où il avait été miraculeusement transporté de La Mecque, il fut « décréé », c’est-à-dire réabsorbé, le corps dans l’âme, l’âme dans l’Esprit et l’Esprit dans la Présence divine. Cette « réabsorption » marque le tracé du chemin des soufis, et son aspect d’« anticipation » est également significatif, car c’est l’un des sens fondamentaux du mot sâbiqûn (…). »

« Si le Prophète et ses compagnons les plus proches ont émigré de La Mecque à Médine, ce fut par une nécessité cosmique afin que l’orientation puisse acquérir, dès l’époque apostolique, l’intensité accrue dont est chargé le geste d’un exilé se tournant vers sa patrie. »

« Un autre moyen de se laisser submerger dans la nature du Prophète est de réciter ses noms et les litanies qui leur sont associées. Et il en est encore un autre, le plus direct, qui consiste à s’appuyer particulièrement sur l’un de ces noms, Dhikru’ Llâh, le souvenir de Dieu, et à devenir, comme lui-même, une personnification de tout ce que ce nom implique. »

« « Il n’est de Dieu que Dieu » : c’est pour le mental, une formulation de la vérité ; pour la volonté, c’est une injonction se rapportant à la vérité ; mais, pour le cœur et ses prolongements intuitifs de certitude, c’est une synthèse, un nom de vérité appartenant comme tel à la catégorie la plus élevée des noms divins. Cet aspect synthétique se fait sentir même lorsque la Shahâdah est prise dans son sens analytique, car la synthèse est toujours présente en arrière-plan, toujours prête, pourrait-on dire, à réabsorber la formulation en soi-même. Ainsi, tout en invitant à l’analyse, comme c’est son rôle, la Shahâdah semble, d’une certaine manière, défier l’analyse. Elle est à la fois ouverte et fermée, évidente et énigmatique ; et, jusque dans son évidence, elle est un peu comme étrangère au mental qu’elle éblouit par son excès de simplicité et de clarté, de même d’ailleurs qu’elle éblouit par tous les sens cachés qui se réverbèrent en elle. »

« L’étude de la doctrine conduit le mental jusqu’à sa limite supérieure au-delà de laquelle se trouve, entre elle et le Cœur, le domaine de l’intuition intellectuelle, ou de la perplexité, selon les cas. Toute doctrine mystique contient des formulations aphoristiques capables de galvaniser l’âme en transcendant le mental et en franchissant cette limite. Mais l’objectif du corps principal de la doctrine est d’offrir au mental tout ce qu’il est possible de lui faire comprendre, de manière que la raison, l’imagination et les autres facultés soient pénétrées par la vérité, chacune selon sa modalité. Car la voie spirituelle est une offrande ; et, en fin de compte, elle est l’offrande du soi individuel en échange du suprême Soi. Mais elle doit se faire accepter, et l’on ne saurait attendre de l’infini qu’il accepte moins qu’une totalité. »

  • Conclusion

Le soufisme n’est pas un courant mystique détaché de l’islam même si les aspects mystiques y ont une bien plus grande importance que dans l’islam traditionnel et rendent ainsi plus facilement possible une proximité avec les courants mystiques des autres religions. Le soufisme reste un courant authentiquement musulman pour lequel les autres religions ne sont que des voies imparfaites pour approcher Dieu, Mahomet, « Sceau des Prophètes », étant la forme la plus aboutie et une forme insurpassable.

Le soufisme étant un mouvement très controversé en islam, rejeté par les tenants de l’islam orthodoxe sunnite, et assez confidentiel quant à son nombre, il est pour le moins surprenant que le Conseil Français du Culte Musulman le propose comme une des voies possibles d’évolution de l’islam de France, d’autant que son rapport à la violence dans le contexte de la supériorité des musulmans sur les non-musulmans est loin d’aboutir toujours au pacifisme, sans parler de la confirmation du statut de citoyen de seconde zone des juifs et des chrétiens au travers de la dhimmitude.

Toutefois, cela ne choque pas en Occident – le soufisme étant excessivement mal connu chez les non-musulmans (voire les musulmans eux-mêmes) –, car cela répond de façon superficiellement rassurante à l’aspiration mystique de l’« intelligentsia » occidentale (classe politique, journalistes, philosophes,…) en mal d’identité.

Dhimmitude en terre d’islam et génocide chrétien en Turquie : un rappel

Extrait du reportage d’Arte diffusé le 17 mai 2016 et intitulé « La fin des chrétiens d’Orient ? » : quelques rappels sur la conditions des chrétiens d’Orient dans le monde musulman et notamment en Turquie.

La fin des chretiens Orient 160517 Dhimmitude et genocide

La fin des chretiens Orient 160517 Dhimmitude et genocide

L’extermination des Yézidis : statut dans la doctrine de Mahomet

  • Le sort terrible des Yézidis dans le Moyen-Orient d’aujourd’hui

Les Yézidis subissent aujourd’hui au Moyen-Orient un sort terrible : ils sont pourchassés ou exterminés. Le reportage d’Arte diffusé le 17 mai 2016 le rappelle :

La fin des chretiens Orient 160517 Yezidis

La fin des chretiens Orient 160517 Yezidis

  • Exterminer les Yézidis en application de la règle coranique

En appliquant l’islam du Coran et de Mahomet, l’État Islamique considère que les Yézidis sont de simples mécréants comme les autres et ne font pas partie des Gens du Livre : de leur point de vue, il est donc normal qu’ils les persécutent. Ce choix de considérer les Yézidis comme des mécréants qui ne peuvent pas bénéficier du statut de dhimmi résulte non d’une folie meurtrière incontrôlée mais d’une étude religieuse spécifique avec le souci pour l’État Islamique d’appliquer le mieux possible les règles énoncées par le Coran et la Tradition sur le sort à réserver aux non-musulmans, et qui sont :

– pour les Gens du Livre (essentiellement juifs et chrétiens) : la conversion ou le statut d’humiliation de la « dhimmitude » (avec paiement aux musulmans d’un impôt spécifique, la jizya) ;

– pour les autres non-musulmans : la conversion ou la mort.

Sourate 9, verset 29. Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, ceux qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit, ceux qui, parmi les gens du Livre, ne professent pas la religion de la vérité. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils versent la capitation de leurs propres mains, après s’être humiliés.

Cette violence n’a rien de choquant dans la doctrine musulmane : rappelons que la biographie de Mahomet d’Ibn Hîcham, reconnue par tous les musulmans, décrit précisément comment Mahomet a exécuté par égorgement entre 600 et 900 prisonniers juifs à Médine, exemple suivi par l’État Islamique qui a décapité 21 chrétiens coptes sur les rives de Libye en 2015. Le Coran fait précisément référence à cet épisode :

Sourate 33, verset 26. Allah a fait descendre de leurs fortins ceux des Gens du Livre ayant prêté assistance aux Factions. Il a jeté l’effroi dans leurs cœurs : un groupe d’entre eux vous avez tué [les hommes] et un groupe vous faisiez prisonnier [les femmes et les enfants].

Le Coran incite de façon générale à cette violence puisqu’il s’agit, avec la grâce d’Allah, de jeter l’effroi dans le cœur des mécréants :

Sourate 8, verset 12. Rappelez-vous quand ton [s’adresse à Mahomet] Seigneur inspirait les anges en leur disant : « Je [Allah] suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez leurs cous ; frappez-les sur les doigts. »

  • Les Yézidis doivent-ils être considérés comme des Gens du Livre ?

Le sort des Yézidis dépend donc de leur statut au regard de l’islam : peuvent-ils être considérés comme appartenant au Gens du Livre pour échapper à la mort promise par Mahomet ?

L’analyse de l’État Islamique est la suivante : « Avant la prise de Sinjar, on a imposé aux étudiants en chari’a de l’État Islamique d’étudier profondément les Yézidis afin de déterminer s’ils devaient être considérés comme un groupe à l’origine associateur ou comme un groupe à l’origine musulman et qui par la suite a apostasié, en se basant sur les nombreuses règles islamiques qui doivent être appliquées sur le groupe, ses individus, et leurs familles. (…) Après des recherches plus approfondies, il a été prouvé que ce groupe existait durant la période pré-islamique jahiliya, puis il a été « islamisé » par un environnement fait de sa population musulmane, de sa langue, de sa culture (…). La source apparente de cette religion a été trouvée dans le zoroastrisme de la Perse ancienne, qui a été réinterprété avec des éléments des Sabéens, du judaïsme et du christianisme, pour finalement être exprimé dans un vocabulaire hérétique du soufisme extrême. Par conséquent, l’État Islamique a traité ce groupe de la manière dont doivent être traités les associateurs selon la majorité des savants du fiqh [droit islamique]. Ils ne sont pas comme les juifs ou les chrétiens. Il n’y a pas de place pour eux dans le paiement de la jizya [c’est-à-dire qu’on leur applique le principe : la conversion ou la mort]. »

En conséquence, les Yézidis subissent le sort que Mahomet imposait aux mécréants associateurs, ce qui donne ceci dans le langage de l’État Islamique (les hommes étant tués) : « Après la capture, les femmes yézidies et les enfants sont divisés selon la chari’a parmi les combattants de l’État Islamique qui ont participé aux opérations de Sinjar, un cinquième de ces esclaves étant transféré aux autorités de l’État Islamique pour être distribué en tant que cinquième du butin [pratique établie par Mahomet à la suite de l’extermination des juifs Banû Quraydha] . »

De la même façon, l’État Islamique considère que « Les druzes ne font pas partie de la dhimma et sont pires que les juifs et les chrétiens, et s’ils se repentent et acceptent l’islam, les autorités musulmanes doivent rester prudentes en raison de leur pratique de la taqiya. »

L’État Islamique revendique avec fierté sa volonté de remettre en vigueur strictement les règles qui découlent directement de l’islam de Mahomet et de ses Compagnons, ceux-ci étant « eux-mêmes un exemple de suivi du Messager d’Allah ». Aussi, pour l’État Islamique, « Cette grande étape de mise en esclavage de familles mécréantes est probablement la première depuis l’abandon de cette loi islamique. Le seul autre cas connu – bien que d’une plus petite ampleur – est la mise en esclavage de femmes et d’enfants chrétiens aux Philippines et au Nigéria par les Moujahidin. Les familles yézidies asservies sont maintenant vendues par les soldats de l’État Islamique comme les mécréants étaient vendus par les Compagnons avant eux. De nombreuses règles reconnues sont appliquées, incluant l’interdiction de séparer la mère de son enfant. »

Ce traitement épouvantable correspond pour l’État Islamique à un impératif religieux conforme à la pratique du Prophète et à la tradition musulmane, comme le mentionnent les hadiths authentiques comme celui de Bukhari : « Allah s’émerveille d’une personne qui rentre au Paradis avec ses chaînes ». Ou cet autre : « Abu Hurayra au sujet de ce verset : « Vous aurez été la meilleure communauté jamais produite parmi les hommes » [sourate 3, verset 110], a dit : « Il s’agit là des meilleurs des gens voulant le bien pour les gens : vous les ferez venir la chaîne au cou pour les faire entrer dans l’islam ». »

  • Conclusion

Que répondre à la clarté des textes sacrés musulmans (Coran, hadiths, biographie de Mahomet) ?

Le statut de la femme en islam : une conférence stupéfiante à l’Institut du Monde Arabe

S’il est un lieu où la taqiya (dissimulation) est régulièrement pratiquée, c’est bien semble-t-il à l’Institut du Monde Arabe. Ayant participé à plusieurs conférences cette année, j’ai pu constater qu’il était très difficile, et parfois impossible (temps imparti dépassé par les orateurs), d’intervenir pour poser des questions afin de sortir du discours politiquement correct qui est habituellement proposé (et lorsqu’on réussit à les poser, la censure intervient de façon tout à fait visible : expérience vécue et vérifiable). Si les intervenants aiment bien discuter entre eux et se congratuler, ils apprécient semble-t-il beaucoup moins qu’on vienne « perturber » la quiétude de leur réflexion unidirectionnelle.

L’I.M.A. organisait jeudi dernier (16 juin 2016) une conférence sur le thème : « La lutte pour les droits des femmes dans les sociétés musulmanes : un état des lieux critique ? » sous la houlette d’Abdennour Bidar. Question effectivement intéressante tant le statut de la femme dans la culture musulmane pose encore problème aujourd’hui, étant même en régression dans un nombre significatif de pays musulmans.

On aurait pu s’attendre à un véritable débat fondé, au-delà des questions sociales, sur la racine du problème, c’est-à-dire les textes fondamentaux de l’islam : il n’en a rien été, et aucun des 3 orateurs (Abdennour Bidar et deux autres personnes) dans leur exposé (j’avoue avoir quitté les lieux après 1h40 de conférence d’une platitude exaspérante) n’y a fait référence. Pire, la deuxième intervenante n’a pas cité le Coran mais un verset des textes chrétiens (de l’épître aux Corinthiens) dans un but apparemment de dénigrement du christianisme.

Pourtant, il aurait suffi d’un tout petit effort pour poser les bonnes questions sur différents thèmes, entre autres :

  • L’infériorité naturelle de la femme par rapport à l’homme

Sourate 2, verset 228. (…) Quant à vos femmes, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prééminence sur elles. Allah est puissant et sage.

Sourate 4, verset 34. Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et à cause des dépenses qu’ils font pour elles sur leurs biens. (…)

  • La misogynie de Mahomet

Hadith (Bukhari, Muslim) : On rapporte les paroles suivantes d’Abu Hurayra : « L’Envoyé de Dieu a dit : « Soyez bienveillants à l’égard des femmes, car la femme a été créée d’une côte. Or ce qui est le plus recourbé dans la côte, c’est sa partie supérieure. Si vous essayez de la redresser, vous la brisez, et si vous la laissez en paix, elle restera toujours recourbée.» »

Hadith (Bukhari) : D’après Abu Said al-Khudri, le Prophète a dit : « Le témoignage d’une femme n’est-il pas la moitié du témoignage d’un homme ? – Certes oui, répondîmes-nous. – Cela, reprit-il, tient à l’imperfection de son intelligence. »

  • L’interdiction du mariage de la musulmane à un non-musulman

Sourate 2, verset 221. (…) Ne donnez pas vos filles en mariage aux associateurs avant qu’ils ne croient. Certes, un esclave croyant vaut mieux qu’un associateur même s’il vous plaît. Car les associateurs invitent au feu ; tandis qu’Allah invite, de par sa grâce, au paradis et au pardon. Allah expose ses enseignements aux hommes ; peut-être réfléchiront-ils !

  • La polygamie

Sourate 4, verset 3. (…) Épousez, comme il vous plaira, deux, trois ou quatre femmes. Mais, si vous craignez de n’être pas équitable, alors une seule, ou des concubines [ou esclaves de guerre]. Cela afin de ne pas faire d’injustice ou afin de ne pas aggraver votre charge de famille.

  • Le droit pour le mari musulman de battre ses femmes s’il craint leur désobéissance

Sourate 4, verset 34. (…). Et quant à celles [de vos femmes] dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous de leur lit et frappez-les. Si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez plus querelle. Allah est auguste et grand !

  • La soumission sexuelle due au mari

Hadith (unanime) : « Si le mari invite la femme dans son lit, qu’elle refuse de venir et qu’il passe la nuit mécontent d’elle, les anges la maudissent jusqu’au matin »

Etc., sans parler du statut social de la femme vue comme une mère reproductrice dont le rôle est d’être à la maison et de s’occuper du foyer et des enfants, vision que l’on trouve dans tous les manuels d’éducation musulmans destinés aux femmes.

Pour en juger, je vous propose donc d’écouter l’intervention d’Abdennour Bidar (les interventions des deux personnes suivantes ne sont pas sur le site par souci de place mais sont disponibles sur demande) : bonne taqiya !

L’islam de Michel Onfray et d’Alain Juppé : même combat ?

Tout le monde a en mémoire la façon dont Michel Onfray a rappelé à l’ordre et à ses responsabilités Alain Juppé sur le plateau de Canal Plus en mars 2015 à propos du Coran, Alain Juppé, ancien premier ministre, « confessant » qu’il n’avait pas lu le Coran tout en ayant bien entendu un avis éclairé sur la question musulmane. Pire même, Alain Juppé (ancien élève des plus grandes écoles françaises) déclarait lors d’une interview donnée au Parisien en août 2015 que la lecture du Coran lui paraissait « difficile » et qu’« une vague connaissance du Coran était suffisante ».

À l’opposé, il est incontestable que Michel Onfray s’est penché sérieusement sur la lecture textes sacrés musulmans. Toutefois, et pour une raison inexplicable, celui-ci semble finir par rejoindre très curieusement la conclusion d’Alain Juppé sur la compatibilité « espérée » de l’islam avec les valeurs de la France.

Je vous propose d’expliquer cette incongruité à la double occasion de la publication récente du livre de Michel Onfray « Penser l’islam » et de l’interview d’Alain Juppé dans « Vie politique » sur TF1 le dimanche 12 juin 2016.

  • Alain Juppé et l’islam : une analyse absurde fondée sur l’ignorance

Alain Juppé a évoqué dimanche sur TF1 « deux attitudes possibles » sur l’islam : « Si on considère que l’islam est par construction incompatible, insoluble dans la République, c’est la guerre civile » ou « il peut y avoir aujourd’hui, il doit y avoir, une lecture du Coran et une pratique de la religion qui soient compatibles avec les lois de la République et avec tous nos principes y compris l’égalité entre les hommes et les femmes. » : propos absolument stupéfiant !

En effet, on voit par cette alternative qu’à aucun moment Alain Juppé ne se soucie de la nature profonde de l’islam et du modèle de société qu’il prône, ce qui est compréhensible au demeurant puisque Alain Juppé parle d’un sujet qu’il reconnaît ignorer. Alain Juppé se contente donc de faire de la casuistique théorique qu’il aurait pu appliquer à n’importe quelle religion ou spiritualité, voire idéologie (nazisme, fascisme, stalinisme,…). Chemin faisant, il remet en cause l’intérêt même de la recherche de la vérité, ce qui n’est guère un signe de probité intellectuelle pour un candidat à la plus haute fonction.

Alain Juppé ne sait en réalité que promettre « la guerre civile » aux Français qui s’opposeraient au modèle de société prôné par l’islam : vu sous cet angle, les Français n’auraient donc pas le choix et devraient se plier au diktat d’un modèle de société et de valeurs ardemment défendu par son ami l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou.

Alain Juppé exclut ainsi une troisième possibilité pourtant très simple, mais nécessitant un certain courage, consistant à ouvrir sans tabou avec les musulmans vivant en France, qui ignorent pour la plupart leurs propres textes sacrés (Coran, mais aussi hadiths et biographie de Mahomet), un vrai débat sur la valeur du modèle islamique comparé aux autres modèles et sa contribution au monde moderne (dans tous les domaines : sciences, arts, industrie, services, etc.) ; bref, un débat sur l’utilité du modèle musulman dès lors qu’il prétend être autre chose qu’un modèle spirituel et comportemental privé. Car pourquoi la société française devrait-elle accepter de changer de modèle si c’est pour régresser ?

Le projet socio-religieux d’Alain Juppé pour la France se résume donc, s’il devient chef de l’État, au développement progressif mais inéluctable du communautarisme – qu’il espère sans heurts, étant confit dans un œcuménisme naïf –, alors même que l’évidence saute aux yeux : aucun pays occidental (et a fortiori musulman) n’a jamais démontré la capacité de l’islam à s’intégrer harmonieusement dans un autre système de valeurs, et ceci pour une raison élémentaire : l’islam est viscéralement – voire agressivement – communautariste. Si Alain Juppé avait lu le Coran, il le saurait :

Sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. (…)

Sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

Sourate 22, verset 78. Combattez pour Allah comme il le mérite. C’est Lui qui vous a choisis et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Abraham, lequel vous a déjà nommés autrefois « Musulmans » [« soumis »] et dans ce Livre [le Coran], afin que le messager soit témoin contre vous et que vous soyez vous-mêmes témoins contre les hommes. (…)

Comme le reconnaît avec beaucoup plus de lucidité Malek Chebel dans son Dictionnaire encyclopédique du Coran : « Article « Amitié avec les incrédules » : Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

  • La théorie erronée du « prélèvement » de Michel Onfray

Si Michel Onfray a effectivement lu les textes musulmans, la lecture de ses ouvrages donne une impression de schizophrénie du fait du refus obstiné, et à vrai dire incompréhensible, d’une logique qui paraît pourtant simple et évidente au profit de sa théorie du « prélèvement » développée dans son ouvrage « Penser l’islam », et qui figurait déjà dans son « Traité d’athéologie ».

Contrairement à Alain Juppé, Michel Onfray est parfaitement conscient du caractère agressif et violent de l’islam de Mahomet en dépit des dénégations de nombre d’islamologues occidentaux : « Précisons d’abord que dire qu’il y a dans le Coran des sourates qui invitent à la guerre, au massacre des infidèles, à l’égorgement, puis rappeler Mahomet lui-même fut un chef de guerre qui allait personnellement au combat en y tenant son rôle, ne devrait pas être considéré comme islamophobe. Sauf à refuser que le Coran soit le Coran et que le Prophète ait eu la vie qu’il ait eue ! Un grand nombre de sourates légitiment les actions violentes au nom de l’islam. » Et de citer de nombreuses « sourates [ou versets] (….) qui (…) rendent possible un islam de guerre, d’intolérance et de haine » : « « Exterminez les incrédules jusqu’au dernier » (C8/7), ou sur ces propos extraits de la Sîra : « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le » (C2/58-60), « Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez » (C17/58) ». Ou encore : « l’islam de guerre, d’intolérance et de massacre qui se réclame des antisémites ou destinées à justifier le massacre des infidèles (VIII.7, VIII.12, VIII.17, VIII.39, etc.) ».

Mais Michel Onfray semble contrebalancer cette violence qui se déploie largement dans le Coran par des versets, très peu nombreux, invitant apparemment à la paix. En réalité, ce sont toujours les deux mêmes qui sont cités, y compris par Michel Onfray : « « Pas de contrainte en matière de religion » (sourate 2, verset 256), ou bien encore : « Celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes » (sourate 5, verset 32) ». Il est d’ailleurs intéressant de noter que Michel Onfray cite à nouveau le même verset 256 de la sourate 2 un peu plus loin dans son livre « Penser l’islam » en le présentant cette fois comme l’unique verset de paix du Coran : « L’islam de paix, de tolérance et d’amour qui s’appuie sur la fameuse et unique [mot mis en évidence par l’auteur] sourate [en réalité verset] « Pas de contrainte en matière de religion » ».

Quant à la phrase introductive des sourates invoquant un dieu miséricordieux, Michel Onfray fait lui-même la constatation suivante : « Hormis de rares exceptions, toutes les sourates du Coran s’ouvrent en invoquant la miséricorde divine : « Au nom de Dieu, celui qui fait la miséricorde, le Miséricordieux ». Or la miséricorde, si j’en crois mon dictionnaire Littré, renvoie à la pitié qu’on a : « Sentiment par lequel la misère d’autrui touche notre cœur », dit-il. Comment Dieu peut-il alors tant vouloir, et à longueur de page du livre saint, la mort des infidèles, le châtiment des incroyants, la mutilation des adversaires, la guerre et la vendetta, le trépas des apostats ? Les vertus de la miséricorde sont le pardon, l’indulgence, la douceur, la longanimité, la magnanimité, la bonté, la clémence, la tolérance, la compréhension ! Or on cherche en vain, chez ce Dieu miséricordieux, les moments où on le voit pratiquer ces vertus. »

Michel Onfray se contente donc de constater les multiples contradictions apparentes du Coran pour en tirer la conclusion erronée que, comme l’on trouve ce qu’on veut dans le Coran, le Coran peut être vu comme une source de paix ou de guerre selon ce qu’on vient y chercher, y « prélever » : « D’autres [sourates], moins nombreuses, mais elles existent aussi, invitent à l’amour, à la miséricorde, au refus de la contrainte. On peut se réclamer des unes ou des autres. On obtiendra dès lors deux façons d’être musulman. Deux façons contradictoires même. »

Ainsi, selon lui, tout le monde a raison : « La contradiction est dans le texte : ceux qui professent un islam des lumières ont raison, il se trouve dans le Coran ; mais ceux qui professent un islam belliciste et conquérant ont également raison, car il se trouve aussi dans le Coran. Tout est affaire de prélèvement. Quiconque voudra la paix a priori aura des sourates pour lui donner raison ; mais quiconque voudra la guerre a priori disposera aussi d’autres sourates qui lui donneront raison. (…) Non, je ne dis pas qu’il y a deux Coran mais, relisez-moi, que dans un même Coran, il existe des textes très hétérogènes dont les uns disent certaines choses et d’autres des choses contraires à ce qui a été dit quelques versets avant. Je vous renvoie à mes citations de sourates pacifiques et de sourates belliqueuses, de sourates tolérantes et de sourates intolérantes. Je vous donne les références des sourates et des versets. Que faites-vous de ces contradictions ? Et que faites-vous des sourates intolérantes et belliqueuses ? Prétendez-vous que je les ai inventées ? Qu’elles ont été mal traduites ? Voire, je connais l’argument, il m’a déjà été souvent servi, qu’elles ont été traduites et éditées, voire inventées, par des traducteurs et des éditeurs sionistes ? Je vous le redis, le Coran porte de quoi justifier le meilleur et le pire, lisez-le ou relisez-le attentivement. »

Ou encore « Tout musulman qui se contenterait d’honorer ces versets qui ouvrent le livre, sans aller plus loin que cette phrase qui dit de Dieu qu’il est miséricordieux, ne pourrait jamais toucher un seul cheveu de son prochain. En revanche, tout musulman qui irait chercher dans le texte de quoi justifier colère et vindicte, vengeance et châtiment, revanche et punition, y trouverait aussi de quoi justifier ses faits et gestes. Dès lors, c’est le prélèvement qui fait la différence : celui qui s’appuie sur les versets de paix et de tolérance ne vivra pas (et ne fera pas vivre…) le même islam que celui qui fondera son action sur les versets qui justifient le sang versé. C’est quand l’islam devient politique que le problème se pose : si un pays effectue les prélèvements dans l’islam de paix, il n’aura pas la même histoire que celui qui voudra l’islam de guerre. » Et « C’est tout le problème du prélèvement. Comme il existe dans le Coran une sourate qui dit une chose et une autre qui dit son contraire, on ne peut tenir ensemble, sauf sophistique dans l’esprit d’Averroès, des choses contradictoires ».

Cette conclusion est erronée pour trois raisons :

1) les deux versets mentionnés ci-dessus ne sont pas probants

D’une part, le verset « Nulle contrainte en religion » a été abrogé par l’ouverture de la phase du jihad contre les infidèles, qui n’a jamais été doctrinalement stoppée.

D’autre part, le verset « Celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes » est la simple reprise de la Tradition juive (tuer un homme c’est tuer sa descendance) dans le contexte biblique de l’assassinat d’Abel par Caïn dans la Torah (Genèse 4), premier meurtre de l’histoire du monde. Dans la Torah, Yahvé établit ensuite une protection à l’égard de Caïn afin qu’il ne soit pas puni par le reste de l’humanité (le premier venu) pour cette faute personnelle, ce qui était une façon de rompre le cycle de la violence personnelle déclenché par Caïn et sans doute aussi de dire à l’humanité qu’il ne fallait plus tuer.

Or il faut donner la version complète du verset 32 de la sourate 5 : « C’est pourquoi Nous avons prescrit aux enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque sauve un seul homme, c’est comme s’il avait sauvé tous les hommes. Nos messagers sont venus à eux avec les preuves mais, par la suite, beaucoup d’entre eux se mirent à commettre des excès sur la terre. », c’est-à-dire : « par la suite [c’est-à-dire après la révélation divine], les hommes se sont [re]mis à commettre des excès sur la terre », le verset constate que les hommes n’ont pas respecté le commandement de Yahvé. C’est la raison pour laquelle la patience de Dieu semble avoir atteint ses limites, ce qui se traduit dans les versets suivants au temps de Mahomet :

Sourate 5, versets 33 & 34 : « La rétribution de ceux qui font la guerre contre Allah et son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas ; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment, excepté ceux qui se sont repentis avant de tomber en votre pouvoir. Sachez qu’alors, Allah pardonne et est miséricordieux. »

Quel amour et quelle miséricorde y a-t-il dans ce verset ?

2) Dire du Coran qu’il dit tout et son contraire revient à en anéantir l’intérêt et la valeur

Un texte qui dirait tout et son contraire n’a aucune valeur. Il est donc étonnant que Michel Onfray s’en tienne à l’absurdité de ce constat sans chercher à la dépasser : « Mais au nom de quoi pouvez-vous, vous, simple créature humaine, décider de ce qui, dans un livre dicté par Dieu au Prophète, doit être conservé et doit être rejeté ? Pensez-vous que les hommes peuvent prélever dans un texte dicté par Dieu ce qui les arrange et écartez ce qui les gêne ? Car que ferez-vous de celui qui vous dira que les sourates homophobes le gênent et qu’il faut défendre les droits des homosexuels malgré la sourate qui les condamne ? Et de celui qui vous dira que les sourates antisémites sont à écarter ? De même que les sourates misogynes ? Le Coran n’est pas un supermarché dans lequel on prélève ce qui nous arrange. (…) Je vous rappelle cette sourate : « Voici le livre, il ne renferme aucun doute » (II). »

3) La cohérence du Coran est facilement restaurée par la prise en compte de la nature fondamentalement politique de l’idéologie de Mahomet et du principe de l’abrogation

Michel Onfray n’ignore pas l’existence de versets abrogés et abrogeants mais ne s’y réfère pas dans son dernier ouvrage. Il les dédaigne dans son « Traité d’athéologie » en les qualifiant de « finasserie ». Pourtant, le principe de l’abrogation est clairement exprimé dans le Coran et a toute son importance :

Sourate 2, verset 106. Si Nous abrogeons un verset ou que Nous le faisons oublier, Nous le remplaçons par un autre, meilleur ou semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah peut tout ?

Sourate 13, verset 39. Allah efface ou confirme ce qu’Il veut. L’Écriture primordiale est auprès de Lui.

Sourate 16, verset 101. Quand Nous remplaçons un verset par un autre – et Allah sait ce qu’Il révèle – ils disent : « Tu n’es qu’un faussaire ». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas.

Comment en effet comprendre le passage d’une prédication pacifique (pour simplifier à La Mecque) mais infructueuse à une prédication guerrière et violente (pour simplifier à Médine) ? Il suffit de lire la biographie de Mahomet pour prendre conscience que la seconde a tout simplement abrogé la première, Mahomet ayant changé de discours politique en raison des échecs qu’il rencontrait. Il n’y a donc pas de contradiction dans le message coranique final qui est à retenir et qui est chronologiquement le dernier (Médine) et le plus intolérant.

En revanche, la cécité de Michel Onfray sur cette question est assez inexplicable.

  • Conclusion

Alain Juppé et Michel Onfray arrivent donc à la même conclusion, « qu’il peut exister un islam compatible avec les valeurs françaises », par deux voies très différentes mais tout aussi hasardeuses. En réalité, l’islam de France « modéré » ne parvient, tant bien que mal, et avec de plus en plus de mal d’ailleurs, à respecter les valeurs françaises que parce qu’il n’applique pas et ne copie pas l’islam pratiqué par le Prophète qui est pourtant le modèle à suivre ; c’est donc en quelque sorte un islam d’apostats comme le fait remarquer l’État Islamique.

Ce vernis de pratique religieuse fait ainsi croire à la population française par ignorance que le vrai islam est cet islam qui a abandonné le modèle prophétique, modèle beaucoup plus rigoureux et auquel reviennent en réalité tous les fondamentalistes lorsqu’ils se penchent sérieusement sur leurs textes sacrés. L’islam de Mahomet est d’ailleurs l’islam pratiqué (hors la question du jihad) par la plupart des pays du Golfe : inégalité homme-femme, polygamie, absence de laïcité, inégalité des droits des musulmans et non-musulmans, châtiment corporels, etc.

Attentat d’Orlando : quelques clefs pour mieux comprendre

À l’heure de l’attentat d’Orlando, il est utile de revenir sur les racines de l’homophobie musulmane et de la justification de l’emploi de méthodes de guerre vis-à-vis des sociétés occidentales qui autorisent des modes de vie jugés pervers en islam (homosexualité, musique non religieuse en discothèque, fornication ou simple mixité homme/femme, alcool, etc…).

  • Le statut de l’homosexualité en islam

L’homosexualité est sévèrement condamnée en l’islam en référence notamment à la destruction de Sodome et Gomorrhe qui conduisit l’anéantissement et donc à la mort des habitants. Le Coran toutefois ne confirme pas la peine de mort explicitement et ne précise pas la peine à appliquer : c’est la Tradition (Sunna) et la jurisprudence islamique qui en fixe la nature.

Sourate 7, verset 81. Vous assouvissez vos désirs charnels avec les hommes au lieu des femmes ! Vous êtes bien un peuple pervers.

Sourate 26, verset 165. Accomplissez-vous l’acte charnel avec les mâles de ce monde

Sourate 26, verset 166. et délaissez-vous les épouses que votre Seigneur a créées pour vous ? Vous êtes un peuple transgresseur.

Sourate 26, verset 167. Ils dirent : « Si tu ne cesses pas, Lot, tu seras certainement au nombre des expulsés ».

Sourate 26, verset 168. Il dit : « Je déteste ce que vous faites.

Sourate 26, verset 169. Seigneur, sauve-moi ainsi que ma famille de leurs agissements ».

Sourate 26, verset 170. Nous le sauvâmes alors, lui et sa famille,

Sourate 26, verset 171. sauf une vieille demeurée avec les attardés.

Sourate 26, verset 172. Puis Nous anéantîmes les autres

Sourate 26, verset 173. et fîmes pleuvoir sur eux une pluie de pierres : quelle pluie fatale pour ceux qui avaient été avertis !

Sourate 26, verset 174. Voilà bien là un signe. Cependant, la plupart d’entre eux ne croient pas.

Au-delà de la référence biblique, on peut évaluer la dureté de la peine en ayant en tête par comparaison la peine applicable à l’adultère des personnes mariées qui est punie par la mort par lapidation.

Par ailleurs, l’homosexualité ne peut constituer qu’une relation sexuelle interdite pire que la fornication entre personnes non mariées déjà punie par cent coups de fouet :

Sourate 24, verset 2. La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les chacun de cent coups de fouet. Ne faites preuve d’aucune indulgence dans l’exécution de la loi d’Allah, si vous croyez en Allah et au jour dernier. Qu’un groupe de croyants assiste à leur punition.

La jurisprudence chaféite (une des 4 grandes écoles juridiques de l’islam, et pas la plus dure) stipule :

Section Rp17.1 Dans plus d’un endroit dans le saint Coran, Dieu nous raconte l’histoire du peuple de Lot, et comment Il les anéantit en raison de leur mauvaise pratique. C’est un consensus parmi tant les musulmans que les adeptes des autres religions que la sodomie est une énorme faute. C’est même plus vil et plus laid que l’adultère.

Section Rp17.3 Le prophète a dit :

(1) « Tuez celui qui sodomise et celui qui est sodomisé. »

(2) « Que Dieu maudisse celui qui fait ce que faisait le peuple de Lot. »

(3) « Le lesbianisme est l’adultère entre les femmes. »       

S’il existe un certain flou sur la peine à appliquer et si la marge d’appréciation peut dépendre des lieux et des époques, il est clair que l’homosexualité est une faute très grave qui doit être sévèrement punie (ce qui est d’ailleurs le cas dans tous les pays musulmans aujourd’hui, y compris les pays d’Afrique du Nord).

La gravité de la faute homosexuelle et la nécessité de la punir en islam ne font donc aucun doute. Yusuf Qaradawi, président du Conseil Européen des fatwas et de la recherche (le premier recueil de fatwas de cet organisme ayant été préfacé par Tariq Ramadan en 2002), éminent théologien musulman, résume la perception de l’homosexualité dans la culture musulmane orthodoxe dans son livre « Le licite et l’illicite en islam » (disponible en librairie en France) : « L’homosexualité, cet acte vicieux, est une perversion de la nature, une plongée dans le cloaque de la saleté, une dépravation de la virilité et un crime contre les droits de la féminité. Quand ce péché répugnant se propage dans une société, la vie de ses membres devient mauvaise et il fait d’eux ses esclaves. Il leur fait oublier toute morale, toutes bonnes mœurs et toute bonne manière. (…) Les savants en jurisprudence ne furent pas d’accord sur le châtiment que l’on doit infliger à l’auteur de cette immoralité. Est-ce que les deux partenaires doivent recevoir le châtiment du fornicateur ? Est-ce que l’on tue l’actif et le passif ? Par quel moyen les tuer ? Est-ce avec un sabre ou le feu, ou en les jetant du haut d’un mur ? Cette sévérité qui semblerait inhumaine n’est qu’un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu’à la perte de l’humanité. »

Le Conseil Français du Culte Musulman, s’il condamne naturellement l’homosexualité d’un point de vue moral, semble s’être en revanche gardé de se prononcer sur la nécessité de la punir en droit. Ainsi, la « Convention citoyenne des musulmans de France » n’évoque pas cette question, ce qui valide par défaut sa condamnation sévère tant dans la sphère privée que dans sa relation à la loi, car il est difficile d’imaginer en France, où le mariage pour tous fait encore débat, que cette question délicate ait été simplement oubliée lors de la rédaction.

  • L’utilisation de la terreur contre la perversité du monde occidental

Rappelons d’abord la référence à l’humiliation que doivent subir les non-musulmans combattus par les musulmans (cf. le jihad) d’après le Coran :

Sourate 9, verset 29. Combattez (…) ceux qui ne professent pas la religion de la vérité [l’islam] alors qu’ils ont reçu le Livre [le Coran], jusqu’à ce qu’ils versent la capitation de leurs propres mains après s’être humiliés.

Notons ensuite que l’emploi de terreur est originellement constitutive dans la culture musulmane du combat contre les mécréants, dont le monde occidental de nos jours. Ainsi, le Coran mentionne à plusieurs reprises l’aide qu’Allah apporte à Mahomet et aux musulmans pour terroriser et effrayer leurs ennemis :

Sourate 3, verset 151. Nous jetterons l’effroi dans les cœurs des mécréants (…)

Sourate 8, verset 12. Rappelez-vous quand ton Seigneur inspirait les anges en leur disant : « Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez leurs cous ; frappez-les sur les doigts. »

Sourate 33, verset 26. (…) Allah a jeté l’effroi dans leurs cœurs : un groupe d’entre eux vous avez tué [les mâles] et un groupe vous faisiez prisonnier [les femmes et les enfants].

Ce dernier verset renvoie spécifiquement à l’épisode de l’extermination des juifs Banû Quraydha par Mahomet à Médine qui figure dans la biographie de Mahomet (Sîra) d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham (IXème siècle) (publiée chez Fayard), biographie incontestée dans le monde musulman :

« Le Prophète ordonna de tuer tous les hommes des Banû Quraydha, et même les jeunes, à partir de l’âge où ils avaient les poils de la puberté.

Le Prophète ordonna de faire descendre de leurs fortins les Banû Quraydha et de les enfermer dans la maison de Bint al-Hârith. Il alla ensuite sur la place du marché de Médine, la même que celle d’aujourd’hui [époque d’Ibn Hichâm], et y fit creuser des fossés. Puis il fit venir les Banû Quraydha par petits groupes et leur coupa la gorge sur le bord des fossés.

Parmi eux, il y avait Huyayy ibn Akhtab, l’ennemi de Dieu, et ka’b ibn Asad, le chef des Quraydha. Ils étaient six à sept cents hommes. On dit même huit cents et même neuf cents. Pendant qu’ils étaient amenés sur la place par petits groupes, certains juifs demandèrent à Ka’b, le chef de leur clan :

– Que va-t-on faire de nous ?

– Est-ce que cette fois vous n’allez pas finir par comprendre ? Ne voyez-vous pas que le crieur qui fait l’appel ne bronche pas et que ceux qui sont partis ne reviennent pas ? C’est évidemment la tête tranchée !

Le Prophète ne cessa de les égorger jusqu’à leur extermination totale. » 

On voit donc que Mahomet n’avait pas grand-chose d’un homme d’amour et de paix mais était bien plutôt un chef de guerre qui n’hésitait pas à exterminer ses ennemis, vendre des femmes sur les marchés pour se procurer des chevaux, faire assassiner ceux qui le critiquaient ou se moquaient de lui (par exemple un poète juif), etc.

L’État Islamique, dont l’objectif est de remettre à l’ordre du jour l’islam de Mahomet, n’a donc aucune difficulté à justifier l’emploi de la terreur, ainsi que tous ceux qui lui font allégeance, de façon collective ou individuelle, de leur propre initiative ou pas. Dans « Penser l’islam », son dernier livre, Michel Onfray constate d’ailleurs : « je regrette d’avoir à vous dire que les musulmans qui recourent à la violence au nom de l’islam, eux, ont lu les textes et les connaissent… À moins que d’autres les aient lus pour eux, et ceux-là ont bien [mot mis en évidence dans le texte] lu ce qu’il y avait à lire. Et ce qui était écrit. »

À propos du début d’un autre verset, le verset 4 de la sourate 47 (« Lorsque vous rencontrez les mécréants, frappez-en les cous jusqu’à les dominer. »), l’État Islamique précise : « Al-Qurtubi [savant sunnite du XIIIème siècle] donne l’exégèse de ce verset comme ceci : « Il a dit « frappez-en les cous » plutôt que de dire simplement « tuez-les » car il y a dans cette expression une brutalité et une rudesse qu’il n’y a pas dans le mot « tuer ». En effet, cette expression présente la mise à mort sous la plus atroce de ses formes qui est le fait de trancher le cou et faire voler le membre culminant du corps, le plus élevé et le plus visible. » L’État Islamique poursuit : « Par l’ampleur de la terreur que les musulmans inspiraient à leur ennemi, ils ont pu conquérir une des plus importantes villes de l’Empire perse avec une facilité déconcertante. » L’État Islamique ajoute : « Telle est la voie de l’État Islamique lorsqu’il capture des ennemis et les décapite à la chaîne ou les fait s’allonger au sol, par centaines, pour ensuite les mitrailler ».

  • Conclusion

Si ces méthodes atroces trouvent encore du crédit auprès de personnes en manque de repères, n’est-ce pas fondamentalement parce qu’elles trouvent leur origine même et leur justification dans la pratique du Prophète, modèle vénéré en islam et que tous les musulmans doivent suivre ? Qu’a à répondre à cette question l’islam « modéré » de France ?

Michel Onfray dénonce la taqiya de Malek Chebel

Dans son dernier ouvrage « Penser l’islam » publié en mars 2016 chez Grasset, Michel Onfray donne un exemple de la taqiya (dissimulation) musulmane dans une situation bien connue relative à la traduction des textes sacrés musulmans. En effet, ceux-ci contiennent de nombreux passages problématiques au regard des valeurs humaines occidentales, et la tentation est grande vis-à-vis des non arabisants occidentaux de nier ou d’atténuer la violence de certains textes au travers de la remise en cause de la validité de la traduction (il est exceptionnel d’avoir la « bonne traduction »…).

  • Un rappel du contenu des textes sacrés musulmans

Si on peut discuter vigoureusement certaines thèses de Michel Onfray, force est de constater qu’il est un des rares intellectuels français à avoir fait un véritable effort de lecture des textes sacrés musulmans. Pour ce qui concerne les innombrables racines de la violence en islam ou de l’incompatibilité entre les valeurs musulmanes et les valeurs occidentales, Michel Onfray fait un rappel simple de certains textes musulmans :

« Pour éviter que vous me disiez que le Coran n’interdit rien de tout cela, je vous rappelle les sourates en questions. Sur les incrédules : « Exterminez les incrédules jusqu’au dernier » (VIII) ; « Frappez sur leurs cous ; frappez-les tous aux jointures » (VIII.12) ; « Ce n’est pas vous qui les avez tués, mais Dieu les a tués » (VIII.17) ; « Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition » (VIII.39). Sur l’antisémitisme : les juifs « s’efforcent à corrompre la terre » (V.64) ; C’est « un peuple criminel » (VII.133) ; « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le » (Al-Sîra, II.58-60) ; « Que Dieu les anéantisse » (IX.30)… Sur les polythéistes : « Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez » (XVII.58). Sur la justification de la torture par le carcan : « Nous mettrons des carcans à leurs cous, jusqu’à leurs mentons ; leurs têtes seront maintenues droites et immobiles. Nous placerons une barrière devant eux et une barrière derrière eux. Nous les envelopperons de toutes parts pour qu’ils ne voient rien » (XXXVI) ; par la noyade : « Nous avons noyé les autres » (XXXVII.82) ; par la mutilation : « Nous lui ferons une marque sur le museau », autrement dit : nous lui couperons le nez (LXVIII.15) ; par l’égorgement : invitation à « trancher l’aorte » (LXIX) ; par la crucifixion : « Ils seront tués ou crucifiés » (V.33). « Goûtez donc mon châtiment » (LIV) comme il est si souvent écrit… Sur la misogynie : « Les femmes ont des droits équivalant à leurs obligations, et conformément à l’usage. Les hommes ont cependant une prééminence sur elles – Dieu est puissant et juste » (sic !) (II.228) ; « Les hommes ont autorité sur les femmes, en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles » (IV.34) ; (…) ; « Eh quoi ! Cet être qui grandit parmi les colifichets et qui discute sans raison » (« L’ornement », XLIII) ; « Admonestez celles dont vous craignez l’infidélité ; reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les » (IV.34) ; « Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leur voile sur leur poitrine, de ne montrer leurs atours qu’à leur époux, ou à leur père » (XXXIV.31) ; sur le congédiement : une sourate entière (« La répudiation », LXV) ; sur la polygamie, voir la totalité de la sourate « Les femmes » (IV) ; « Quant à vos enfants, Dieu vous ordonne d’attribuer au garçon une part égale à celle de deux filles » (IV.11)… Sur l’arrangement du mariage, la famille décide pour elle (IV.25). Sur l’homophobie : l’homosexuel est la figure de « l’abomination » (VII.81).

Oui ou non, ces sourates se trouvent-elles dans le Coran ? Si oui, que faut-il en faire ? Sinon, comment expliquez-vous qu’on les trouve dans toutes les traductions et toutes les éditions françaises de ce livre ? De la propagande sioniste ? Des inventions de mécréants, de chrétiens et de juifs, d’infidèles et d’athées pour nuire à l’islam ? Ou des textes, dont pour débattre sérieusement, il nous faudrait d’abord convenir qu’ils existent véritablement afin de penser ensuite ce qu’il faut conclure quand on dit qu’il s’agit d’une parole dictée directement par Dieu à son Prophète ? Est-ce islamophobe que de dire ce qu’on trouve dans le Coran quand on le lit ? »

On peut certes contester dans cette liste tel ou tel point ou traduction pour tenter d’atténuer l’incompatibilité de nombreuses valeurs musulmanes avec les valeurs occidentales, mais l’accumulation des versets et des sourates problématiques rend cette démarche très délicate.

  • Un exemple d’atténuation volontaire et donc coupable

Pour illustrer la technique utilisée par certains islamologues pour tenter d’atténuer le conflit de valeurs islam/Occident, Michel Onfray cite un exemple précis concernant Malek Chebel, musulman « modéré » intéressé à la conciliation avec le monde occidental, et prêt semble-t-il à « tordre » les textes. Je laisse le lecteur lire cette analyse et se faire sa propre opinion sur la validité de cette analyse dans le cas d’espèce :

« Le contextualiste ne lit pas ce qui est écrit et veut même parfois voir le contraire de ce qui est écrit. Quand Malek Chebel, partisan d’un islam des lumières, traduit le Coran, il lui fait parfois dire le contraire de ce qu’il dit afin de supprimer tout ce qui montre que certains textes sont incompatibles avec la modernité démocratique. Ainsi, quand le texte dit (VIII) : « Alors que Dieu voulait manifester la vérité par ses paroles et exterminer les incrédules jusqu’au dernier » (traduction de Jean Grosjean), ou bien : « Le Seigneur cependant a voulu prouver la vérité de ses paroles et exterminer jusqu’au dernier des infidèles » (traduction de Kasimirski), ou bien : « Le Seigneur cependant a voulu prouver la vérité de Ses paroles, et exterminer jusqu’au dernier des infidèles » (traduction de Hadj Noureddine Ben Mahmoud), ou bien : « Allah voulait réaliser la vérité, par Son arrêt et exterminer jusqu’au dernier des infidèles » (traduction de Régis Blachère), Malek Chebel dit : « Allah a voulu que la vérité triomphe en imposant Son verbe et en éradiquant les mécréants. » Exterminer n’est pas éradiquer – d’ailleurs qu’est-ce qu’éradiquer un homme ? En revanche, chacun comprendra ce qu’est l’exterminer… »

Pourquoi les islamologues occidentaux préfèrent-ils discourir sur l’islam plutôt que citer les textes sacrés musulmans ?

  • Lire le Coran : un texte bien peu dans l’« esprit classique » français

La lecture du Coran soulève pour tout simple lecteur bien intentionné de nombreuses difficultés : absence d’ordre et de logique générale (fil directeur) des versets rassemblés dans des sourates classées grosso modo par ordre de longueur, éparpillement des sujets entre les sourates, existence de versets obscurs (dont la possibilité d’existence est reconnue par le Coran lui-même), nombreuses répétitions, reprise avec transformation – voire déformation – de passages de la Bible, etc.

Bref, le Coran ne ressemble guère à un texte dont le contenu et la forme correspondraient au canon du classicisme littéraire français qu’on nous enseigne à l’école, magnifié par Boileau dans son Art poétique : « Il est certains esprits dont les sombres pensées sont d’un nuage épais toujours embarrassées ; le jour de la raison ne le saurait percer. Avant donc que d’écrire apprenez à penser. Selon que notre idée est plus ou moins obscure, l’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. »

  • L’abrogation

En outre, le texte est lui-même contradictoire en plusieurs points, et notamment en ce qui concerne la question fondamentale du rapport des musulmans aux non-musulmans, avec notamment la transition chronologique bien connue d’une phase de relative tolérance des autres croyances vers une phase de jihad, combat dans le chemin d’Allah, combat destiné à imposer par les armes la religion musulmane aux non-musulmans.

Ces contradictions claires qui correspondent à des revirements dans le message coranique s’expliquent tout à fait naturellement, le recours au divin étant au demeurant tout à fait inutile, par les changements de la stratégie politique de Mahomet dans sa conquête du pouvoir (ce qui ne l’empêchait pas par ailleurs de penser qu’il était « inspiré », au point d’ailleurs que ses contemporains Quraychites pensaient qu’il était possédé par les djinns). La lecture de sa biographie originale (Sîra d’Ibn Hîcham du IXème siècle) ne laisse guère de doute sur le sujet (cf. la multitude de batailles commandées ou commanditées par Mahomet et dont la liste est précisément fournie par la Sîra).

  • Transformer le sens du message coranique par la « contextualisation » et l’« interprétation »

Si le principe de l’abrogation rend de facto la doctrine musulmane beaucoup plus claire, logique et cohérente, celle-ci devient du même coup inacceptable pour les sociétés occidentales puisque les valeurs de l’islam finalement prônées par Mahomet dans la deuxième partie de sa prédication, et qui abrogent autant que nécessaire son discours précédent, sont à l’opposé des valeurs occidentales : inégalité de l’homme et de la femme, polygamie, statut social de la femme, inégalité des musulmans et des non-musulmans, jihad (combat armé), non-respect de la laïcité et application de la loi religieuse (chari’a), châtiments corporels, etc.

Les islamologues musulmans occidentaux, dont l’objectif est l’implantation durable de l’islam en Occident, – voire son « institutionnalisation » selon les propres termes de Tariq Ramadan –, ont donc une fâcheuse tendance à dénaturer le sens de la démarche politique en réalité très simple de Mahomet pour la faire paraître comme inoffensive et sans conséquence pour l’Occident d’aujourd’hui, au grand dam des imams des pays musulmans orthodoxes, en particulier au Moyen-Orient.

Aussi procèdent-ils de façon à « contextualiser » et « interpréter » tout ce qui peut être reproché à l’islam par l’Occident, c’est-à-dire à essayer de démontrer que tout ceci n’est que le fruit d’un contexte historique lié à une période ancienne et que tout ce qui a pu se passer ne doit pas être considéré comme intégralement applicable aujourd’hui car il faut interpréter en fonction de nouvelles circonstances.

Tout cela me semble aboutir à deux impasses :

1) La négation du caractère agressif de l’islam de Mahomet

La simple lecture de la biographie de Mahomet écrite et reconnue par les musulmans eux-mêmes comme authentique (la Sîra) ne laisse absolument aucun doute sur le caractère offensif du jihad déclenché par Mahomet. Encore une fois : LISEZ LA BIOGRAPHIE DE MAHOMET !

Pourtant, bon nombre d’islamologues n’ont de cesse de prétendre que Mahomet n’a fait que se défendre et que tout cela n’était que de la légitime défense : toute une mythologie a été construite autour de cet argumentaire, dont on voit mal d’ailleurs comment elle peut expliquer la fulgurante conquête par les armées musulmanes de tout le pourtour de la Méditerranée en un siècle et demi. En outre, si Mahomet avait été porteur d’un véritable message de paix et d’amour, on peut remarquer qu’il avait déjà des modèles immenses avant lui dont il aurait pu s’inspirer : Bouddha et Jésus-Christ.

Cette mythologie de la légitime défense trouve son expression initiale dans les « persécutions » dont auraient été victimes Mahomet et ses partisans : le lecteur peut consulter les articles déjà consacrés à cette question sur ce site, fondés uniquement sur la simple lecture de la biographie de Mahomet (cf. Persécutions).

Sans s’étendre sur cette question, il est intéressant de mentionner la synthèse faite dans le livre « Dictionnaire du Coran » (Éditions « Bouquins » chez Robert Laffont), livre rédigé sous l’égide de Mohammad Ali Amir-Moezzi, et présenté par l’émission « Islam » diffusée sur France 2 le dimanche 1er mai 2016 comme « un ouvrage faisant autorité » :

Dictionnaire du Coran

France 2 Islam 160501 Dictionnaire du Coran

Cette synthèse est en effet fidèle à ce qu’on peut lire dans la Sîra, reflétant beaucoup moins de prétendues horribles « persécutions » (dont l’ampleur et la violence supposées semblent sans rapport avec les pressions psychologiques et physiques décrites dans la Sîra, les musulmans n’ayant d’ailleurs pas été chassés de La Mecque mais ayant décidé de la quitter pour s’installer à Yathrib) que la nature fondamentalement « politique » de la démarche de Mahomet (la religion étant un « prétexte ») :

« Il semble que la mention des divinités du polythéisme arabe soit l’une des principales raisons de l’opposition des Arabes à la prédication de Mahomet. C’est du moins ce que nous confirment certaines sources, notamment le témoignage de Hishâm Ibn Urwa, qui cite la lettre écrite par son père Urwa Ibn al-Zubayr à l’attention du calife omeyyade Abd-al-Malik Ibn Marwân, et transmise par Tabarî, historien du XIIème siècle, dans ses Annales. D’après cette lettre, l’opposition des Quraychites se manifesta à cause de l’évocation des idoles par Mahomet. Ce sont les Quraychites de la ville de Tâ’if qui exprimèrent, en premier, leur hostilité au message du Prophète et incitèrent la population à le rejeter à son tour. Suite à cette hostilité, certaines chercheurs évoquent une tentative faite par Mahomet de regagner la confiance des notables de sa tribu en accordant une place à leurs divinités ; c’est l’épisode des versets dits sataniques que, selon la Tradition, Satan aurait mis dans la bouche de Mahomet comme signe d’acceptation de ces divinités préislamiques. Rien ne nous permet de dire si l’épisode des versets sataniques a une réalité historique, car les sources qui l’évoquent sont plutôt tardives. S’il y eut tentative de rapprochement, elle n’a pas abouti, puisque le Coran, notamment dans la sourate 109 où Mahomet répond aux polythéistes en opposant radicalement sa foi à la leur, refuse catégoriquement tout compromis. Un autre thème opposait Mahomet aux notables de sa tribu : la doctrine de la résurrection, absente dans le polythéisme arabe, et à laquelle le Coran fait référence, en soulignant que pour les incrédules elle n’est que de la pure magie (sourate 37, versets 14 à 17). (…) Quoi qu’il en soit, l’aggravation de la situation des musulmans modestes, due à l’impossibilité d’un compromis, poussa le Prophète à leur demander de partir en Abyssinie (Éthiopie), où le roi chrétien Najâshi (ou Négus) les accueillit très favorablement, tandis que Mahomet lui-même et ceux qui étaient protégés, grâce à leur rang social et à leurs clans, demeurèrent à La Mecque. Ce fut la première émigration. En 619, deux événements majeurs changèrent la situation de Mahomet à La Mecque : la mort d’Abû Tâlib, son oncle et chef du clan de Hâshim, puis celle de Khadîja, sa femme fortunée, qui le soutenait sur tous les plans. Le remplacement d’Abû Tâlib par son frère Abû Lahab rendit la situation encore plus difficile, ce dernier se montrant radicalement opposé aux activités religieuses de Mahomet. C’est dans ce contexte que Mahomet se rendit à Ta’îf en espérant y trouver un soutien, mais il se heurta au refus radical de la population. Entre 620 et 622, Mahomet rencontra, durant la période du pèlerinage et à trois reprises, les gens de deux tribus rivales de la ville de Yathrib (la future Medina), les Aws et les Khazraj, qui acceptèrent sa religion et l’invitèrent à s’installer dans leur ville afin d’y rétablir la paix. Les musulmans quittèrent La Mecque et la fin de l’été 622 par petits groupes, sauf deux personnes qui y restèrent à la demande de Mahomet : Abû Bakr, qui fit ultérieurement le voyage avec lui, et Alî, son cousin, qui partit le dernier. »

2) La négation du caractère intemporel du message de Mahomet

Au-delà même de la question de la légitime défense, qui est loin de tahrir toutes les sources de conflits de valeurs entre l’islam et l’Occident, les érudits musulmans vivant en Occident essaient de neutraliser ces oppositions culturelles radicales par toutes sortes de raisonnements sophistiqués et de dialectiques aboutissant in fine à transformer le message originel et le type de société prôné par Mahomet, ce qui revient à dénaturer le message prophétique et à en nier le caractère intemporel.

Marie-Thérèse Urvoy fait ainsi remarquer que « le trait principal de l’« islam des lumières » consiste en un usage intensif du vocabulaire et des thèmes des disciplines modernes (sémantique, sémiotique, herméneutique,…) pour parler de l’islam. On transformera ainsi la discipline traditionnelle des « circonstances de la révélation » (« asbâb al-nuzûl ») en « contextualisation ». On garde le fond ancien, mais dans une forme moderne, susceptible d’être entendue par l’Occidental et de le séduire puisque issue de son mode d’expression. Ce qui a en outre l’avantage de suggérer que les disciplines islamiques traditionnelles étaient, en fin de compte, très en avance sur notre temps et que le monde moderne n’a rien à leur apporter. » Dans ce type de discours intellectualisant et pervers, le maître est sans conteste Tariq Ramadan.

Les exemples sont multiples. N’en citons que trois, qui paraissent tout à fait flagrants et probants (outre la question du jihad…) :

–  Comment prétendre à l’égalité homme-femme alors que le Coran stipule précisément le contraire (prééminence de l’homme sur la femme, possibilité pour le mari de battre ses femmes lorsqu’il craint leur désobéissance, polygamie,..) ?

–  Comment prétendre à l’égalité humaine universelle alors que le Coran stipule précisément le contraire puisque la communauté musulmane est « la meilleure communauté » issue des hommes et que dans aucun pays musulman l’égalité des droits des musulmans et des non-musulmans n’est respectée ?

–  Comment prétendre que la liberté de conscience et la liberté religieuse existe en islam alors que l’apostasie est interdite et sévèrement condamnée – y compris en France par le C.F.C.M. – (ou encore que le mariage des musulmanes avec des non-musulmans est interdit, ce qui pose un sérieux problème puisque le mariage civil n’existe pas en terre d’islam) ?

  • Le projet musulman de Mahomet pour le monde

En réalité, le message de Mahomet n’a en soi rien de choquant : il s’agit en effet d’une simple théocratie dictatoriale qui ne laisse place à rien d’autre et qui assume totalement sa vocation expansionniste et eschatologique (puisqu’il s’agit de l’ultime message envoyé par Dieu). Mais au lieu de le reconnaître (comme le reconnaissent sans complexe les musulmans orthodoxes des pays du Golfe), les musulmans occidentaux se réfugient pour la plupart dans le déni ou le mensonge pour tenter de dissimuler (par la taqiya) à leurs pays d’accueil la nature véritable de l’islam de Mahomet, et donc du modèle qu’ils se donnent en principe eux-mêmes à suivre. Ceci aboutit nécessairement à leur propre apostasie puisque cela remet en cause le caractère intemporel et universel du message de Mahomet, ce que leur reproche avec logique l’État Islamique (le C.F.C.M. étant encore jusqu’à aujourd’hui incapable de lui répondre).

L’islam semble d’ailleurs la seule religion à remettre ainsi en cause le caractère intemporel et universel de son message contrairement notamment au bouddhisme et au christianisme, où l’« interprétation » touche la signification précise de certains concepts mais sans que cela conduise à remettre quoi que ce soit en cause quant à l’applicabilité immédiate et à l’intemporalité du message délivré (même si celui-ci peut résulter d’une « histoire » comme dans le christianisme avec sa filiation juive). Ainsi, tout bon chrétien devrait s’efforcer de se conformer aux Évangiles sans tergiverser, de même que tout bon musulman doit suivre en tout l’exemple de Mahomet.

D’ailleurs, la démarche musulmane orthodoxe, souvent qualifiée péjorativement de « salafiste » ou « islamiste », manifeste une cohérence beaucoup plus honnête et plus respectable au regard de la doctrine du Prophète que les basses manœuvres idéologiques de certains islamologues occidentaux. Convaincu d’avoir raison, comme toute religion, l’islam orthodoxe en effet va jusqu’au bout de son propos doctrinal et de son modèle de société en les assumant pleinement. Sous beaucoup d’aspects, la diversité des sociétés musulmanes évoquée pour prouver la complexité de l’islam et dénigrer les « interprétations » (littérales) trop simples ne semble que refléter la diversité des déviances au regard de l’islam prôné par Mahomet.

On peut remarquer à cet égard qu’il n’en va guère de même des chrétiens catholiques qui, par la voix de leurs papes (à l’exception de Benoît XVI), ont depuis longtemps abandonné l’affirmation de la valeur inestimable de leur religion au bénéfice du souci obsessionnel de n’entretenir avec l’islam (mais aussi avec le judaïsme) qu’un rapport « apaisé », ce qui les conduit nécessairement à la soumission et à l’abandon du caractère fondamentalement apostolique du christianisme. L’Église catholique semble avoir honte de son christianisme et a versé dans un œcuménisme béat qui la rapproche de l’indifférentisme et du modernisme – dénoncés pourtant par Pie XI dans l’encyclique « Mortalium animos » (§ 17) – « dont les malheureuses victimes soutiennent que la vérité des dogmes n’est pas absolue mais relative, c’est-à-dire qu’elle s’adapte aux besoins changeants des époques et des lieux et aux diverses tendances des esprits, puisqu’elle n’est pas contenue dans une révélation immuable, mais qu’elle est de nature à s’accommoder à la vie des hommes ». Dans ce contexte, au lieu d’être combattu par les chrétiens comme une profonde erreur, l’islam est reconnu et accepté comme une voie comme une autre (ou presque) d’accès à Dieu.

  • Conclusion : il faut refuser résolument toute discussion sur l’islam qui ne soit pas fondée sur les textes musulmans originaux, et il convient d’ailleurs de les faire connaître au plus grand nombre possible parmi les non-musulmans (voire les musulmans eux-mêmes…)

Pour éviter de tomber de Charybde (la contextualisation) en Scylla (l’interprétation) dans tout débat sur l’islam, ce qui aboutit inévitablement à la plus grande confusion, une seule recommandation : LISEZ LES TEXTES MUSULMANS (Coran, hadiths, Sîra) ! C’est le seul moyen de se sortir du guêpier où entraînent à coup sûr les joutes des intellectuels (islamologues, philosophes, sociologues, etc.) dont l’existence universitaire et médiatique ne semble devoir son salut qu’à leur refus obstiné de la simplicité et à la production d’une complexité imaginaire qu’ils créent et qu’ils prétendent être les seuls à pouvoir démêler, justifiant ainsi leur gagne-pain. Tous les débats d’« érudits » auto-proclamés éloignent ainsi souvent sans retour des rivages du bon sens.

Le domaine religieux, comme le domaine philosophique, est en effet souvent infesté par des esprits supérieurs et donneurs de leçons qui considèrent avec condescendance les réflexions nées hors de ces cercles de cooptation de l’intelligentsia, car le peuple raisonne nécessairement mal. Aussi la lecture des textes musulmans originaux est un outil précieux pour faire tomber les masques, et les voiles.

Si la France choisit de devenir petit à petit un pays majoritairement musulman, pourquoi pas. Mais assurons-nous que la population française est parfaitement éclairée pour en décider, en ayant une vision précise et lucide de la nature réelle de l’islam et du projet de société auquel il correspond. Commençons donc par expliquer l’islam sans tabou, partout où c’est possible, et sans oublier de citer les textes sacrés musulmans eux-mêmes : nous verrons alors si la France souhaite devenir musulmane.