Les nobles bienfaits de la lapidation féminine

Le principe de la lapidation pour fornication d’une personne mariée ne fait aucun doute dans la tradition islamique orthodoxe. Le Coran stipule (sourate 4, verset 15) : « Celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d’entre vous. S’ils témoignent, alors confinez ces femmes dans vos maisons jusqu’à ce que la mort les rappelle ou qu’Allah en décide autrement. » La Tradition (Sunna) a très clairement confirmé la pratique de la lapidation rétablie expressément par Mahomet alors qu’elle avait été abandonnée par les juifs (cf. lapidation).

Si la lapidation (surtout des femmes, notamment lorsque le forfait ne laisse aucun doute en raison d’une grossesse) a été remise à l’ordre du jour par Mahomet il y a 1.400 ans, y a-t-il encore aujourd’hui des religieux musulmans pour la défendre ? Au-delà de la position de l’université Al-Azhar qui a confirmé en 2005 la validité doctrinale constante de la pratique des châtiments corporels en islam (dont la lapidation), il est intéressant de lire un classique de la littérature religieuse musulmane, largement diffusé dans les pays du Golfe (mais également en France puisqu’on le trouve à la FNAC aujourd’hui en 2016), intitulé « Soyez la femme la plus heureuse du monde » (ouvrage réédité en 2012), du docteur Aidh El-Qarni, religieux saoudien.

Dans le droit fil de la tradition musulmane, cet érudit et prédicateur musulman donne des éléments d’explication intéressants et tout à fait clairs qu’il est important de porter à la connaissance du public occidental qui a visiblement une difficulté considérable à saisir la portée noble et authentiquement religieuse de cette pratique. En effet, dans cet ouvrage destiné à l’éducation religieuse, morale et sociale des musulmanes du monde selon les principes de l’islam, un chapitre, intitulé : « En offrant sa vie, elle a satisfait Allah », est dédié à cette question. En voici le texte (le texte en gras est surligné par moi, celui en capitales est le texte surligné en gras de le texte d’origine) :

« As-tu entendu parler de la femme Juhaniyya qui, après avoir cédé à la tentation de l’adultère, s’est rappelé Allah et s’est repentie avec un sincère retour à Lui ? Elle est même venue demander au Messager d’Allah [Mahomet] de la purifier par la soumission à la peine légale requise [la lapidation]. Enceinte, elle s’est adressée au Prophète en ces termes : « Ô Messager d’Allah, je suis passible d’une peine légale, exécute-la ! » Le Messager fit venir son protecteur familial avant de lui dire : « Tiens-lui bonne compagnie, à son accouchement, tu la ramèneras. » Il s’est exécuté. Le Messager d’Allah a alors intimé l’ordre de l’envelopper fermement dans ses vêtements avant l’exécution de la peine légale. Il accomplit ensuite la prière rituelle sur elle. Étonné, Umar s’exclama : « Tu pries sur elle alors qu’elle a commis un acte de fornication ? – Elle a fait un repentir qui, s’il avait été partagé entre soixante-dix Médinois, leur aurait suffi. Que pouvait-elle offrir de mieux à Allah que sa propre âme ? » répondit le Prophète. Elle est puissante, cette force de la Foi qui l’a poussée à se purifier, à préférer l’Au-delà à ce bas-monde. Et si elle n’avait pas eu une foi aussi forte, elle n’aurait pas accepté ainsi la mort. Mais d’aucuns rétorqueront : « Mais pourquoi a-t-elle donc commis l’adultère qui ne peut être que l’apanage d’un faible ? » La réponse est que l’être humain peut trébucher et céder à l’interdit parce que précisément il est né faible par nature, et qu’il s’égare du fait qu’il est incomplet… Mais la graine de la Foi, une fois métamorphosée en un arbre imposant, très ombrageux, met en exergue sa substance noble, sa certitude inébranlable – et c’est ce qui a poussé cette femme à accourir vers le Messager d’Allah lui demandant de la purifier, en offrant son âme en quête de l’Agrément d’Allah, Sa Compassion et Son Pardon. NE SOIS NULLEMENT PLAINTIVE»

La lapidation ne correspond donc pas en islam à une torture infligée par sadisme mais en réalité au début du « rachat » par la personne fautive de sa peine auprès d’Allah. En effet, les châtiments corporels constituent des « peines légales » (houdoud) instaurées par Allah et qui ne peuvent donc pas être laissées à l’appréciation d’un juge humain. Lorsque le délit est avéré avec certitude, la peine doit être appliquée sans aucune pitié, car seul Allah peut avoir pitié de sa créature ; dans ce contexte, les hommes ne sont que des bourreaux et non des juges.

La barbarie apparente de la lapidation est transcendée, comme c’est le cas dans l’exemple mentionné par ce prédicateur, par la culpabilité du péché qui pousse la personne fautive à entamer ainsi sa purification. Aucun juge ne peut refuser à quelqu’un de vouloir sauver ainsi son âme. Lorsqu’elle est appliquée selon les règles édictées par Mahomet lui-même, la lapidation constitue donc un châtiment conforme à la tradition prophétique et pleinement licite dans l’islam d’aujourd’hui.

Pourquoi l’aveuglement occidental est la plus grande force de l’islam : illustration avec la « Déclaration de Marrakech » (1ère partie)

Article publié en version courte dans Atlantico le 4 mai 2016.

La revivification de l’islam de Mahomet par les groupes dits « islamistes » (bien qu’aucune définition ne soit jamais donnée) pose un problème majeur au monde musulman dans sa relation au monde occidental, celui-ci étant imprégné par des valeurs qu’il pense universelles et qui le conduisent à être relativement attentif au sort des minorités non-musulmanes dans les pays musulmans.

Le traitement terrible appliqué à ces minorités non-musulmanes conformément à un certain nombre de textes sacrés musulmans authentiques a conduit la communauté musulmane à réagir au niveau international par la rédaction en janvier 2016 d’une déclaration, la « Déclaration de Marrakech sur les Droits des Minorités Religieuses dans le Monde Islamique », dont on peut se demander si malheureusement le principal effet tangible n’est pas in fine de dédouaner l’islam de sa responsabilité au regard des horreurs que l’on commet en son nom.

Cette Déclaration est le fruit d’une rencontre organisée conjointement par le Ministère des Habous et des Affaires islamiques (Maroc) et le Forum pour la Promotion de la Paix dans les Sociétés Musulmanes (Émirats Arabes Unis), tenue à Marrakech du 25 au 27 janvier 2016. Plus de 300 personnalités, oulémas, intellectuels, ministres, muftis, et chefs religieux musulmans, de différents rites et tendances, s’y sont réunis, ainsi que les représentants des instances et des organisations islamiques et internationales de plus de 120 pays.

En voici le texte : Declaration de Marrakech 27 Janvier 2016

Je vous propose d’en commenter certains passages, ce premier article reprenant la première section de cette déclaration consacrée à un « Rappel des principes universels et des valeurs fédératrices (ou consensuelles) prônées par l’Islam ».

  • « la montée en puissance de groupements criminels, dénués de toute légitimité scientifique (intellectuelle) ou politique »

Le Collège d’oulémas (érudits musulmans) en charge de la rédaction fait notamment référence, sans le citer, à l’État Islamique, dont le niveau de documentation doctrinale est pourtant très au-dessus de la moyenne de la littérature religieuse musulmane disponible en France dans le commerce.

Le contenu de ce propos mériterait grandement d’être explicité : ainsi, que veut dire « légitimité politique » ? Par référence à quoi ? « Légitimité politique » n’inclut d’ailleurs en rien l’idée de démocratie.

Pour le reste, il peut paraître assez étonnant que le Collège ne mentionne pas tout simplement la « légitimité religieuse » (qu’on peut effectivement comprendre au regard d’une autorité religieuse : ce qui reste toutefois extrêmement problématique dans le monde sunnite, en l’absence structurelle d’autorité religieuse institutionnalisée), et renvoie à la légitimité « intellectuelle » (ce qui ne veut pas dire grand-chose) et à la légitimité « scientifique », ce qui semble tout à fait incongru en matière de religion.

La référence à la notion de « science » dénote en effet une manie constante en islam consistant à parler non pas de « religieux » mais de « savants », comme si la religion s’étudiait et se vérifiait tout aussi bien qu’une science, ce qui est absurde. D’ailleurs, le Coran est très friand de la notion de « preuves » (qu’il faut apporter pour être « véridique » dans la phraséologie musulmane et autres éléments de langage), comme si Mahomet était parvenu à transformer de façon magique ses incantations en « preuves », celles-ci étant naturellement « évidentes » puisque, d’une part, aucun raisonnement rationnel ne peut prouver quoi que ce soit en matière religieuse, et que, d’autre part, Mahomet devait asseoir sa légitimité sur un fondement quelconque, celui-ci n’étant pas parvenu à persuader par le discours les Quraychites de La Mecque et les juifs de Médine à se convertir à sa nouvelle religion. Aussi, le recours à la notion d’évidence lui permettait de couper court à toute discussion, l’évidence étant par nature indiscutable et ne nécessitant aucune démonstration.

Cette démarche intellectuelle et religieuse est en réalité d’une grande pauvreté spirituelle puisque tout est réduit in fine à un argument d’autorité sur la véracité de la révélation divine (croire en Allah et son messager, Mahomet), au lieu d’être une construction fondée sur une foi qui aurait conquis les cœurs par sa puissance spirituelle.

  • « Vu les effets de cette situation sur les minorités, qui subissent massacres, asservissements, déracinements et autres horreurs et humiliations, alors qu’elles avaient vécu, des siècles durant, au sein des musulmans et sous leur protection »

En remettant au goût du jour l’islam de Mahomet, qui a prôné ouvertement le jihad (combat armé dans le sentier d’Allah) contre les non-musulmans, l’État Islamique et les autres groupes dits « islamistes » appliquent effectivement des méthodes de guerre et un choix de modèle social dont ont à souffrir les minorités non-musulmanes en terre d’islam.

Il est néanmoins bon de rappeler que le statut des non-musulmans en terre d’islam n’a jamais été, par sa nature même, particulièrement réjouissant :

  1.  pour les juifs et les chrétiens (gens du Livre), il s’agit du statut de « dhimmi», qu’on traduit par « protégé » car ceux-ci, sous réserve d’accepter de se soumettre à l’autorité religieuse musulmane qui leur est imposée, voient leur vie préservée moyennant, entre autres, le paiement d’impôts spécifiques (la jizya) destinés au financement de la communauté musulmane : il s’agit clairement d’un statut de citoyen de seconde zone avec des droits inférieurs à ceux accordés aux musulmans ;
  2. pour les autres non-musulmans, c’est la conversion ou la mort.

D’ailleurs, il a fallu attendre au XXème siècle les traités qui ont suivi la première guerre mondiale pour que ce statut disparaisse dans l’empire ottoman sous la pression occidentale.

Il est donc pour le moins maladroit de laisser penser par cette formulation que les non-musulmans ont bénéficié historiquement en terre d’islam d’un statut enviable par application des règles religieuses contenues dans le Coran et la Sunna. Au contraire, toute la culture musulmane est fondée sur un communautarisme strict et sur la supériorité de la communauté musulmane sur toutes les autres, ce qui a naturellement des conséquences importantes et défavorables pour les minorités non-musulmanes en termes juridique, financier, pénal, etc.

  • « en calomniant plus d’un milliard d’êtres humains, dont la religion et la réputation ont été stigmatisées et perverties, et qui suscitent désormais la répulsion et la haine, alors qu’ils subissent eux-mêmes les affres de ces crimes. »

La calomnie consiste à accuser sur la base de propos ou de faits imaginaires. Il ne s’agit pas de cela ici puisque l’immense difficulté rencontrée par la communauté musulmane est bien que les textes sur lesquels s’appuient les pratiques criminelles évoquées existent bel et bien, qu’ils sont même tout à fait authentiques et que leur existence est parfaitement reconnue par tous les musulmans qui ont lu leurs propres textes sacrés.

Mahomet a-t-il appelé à étendre l’islam par les armes avec le jihad ? Incontestablement. A-t-il exterminé une bonne part des juifs de Médine ? Assurément, à en lire les textes musulmans eux-mêmes. A-t-il appelé à tuer tous les juifs ? Oui, à lire tout simplement certains hadiths dont l’authenticité a été soigneusement validée par les érudits musulmans au terme d’une procédure de vérification longue et détaillée. Etc.

Aussi, l’argument récurrent de la « stigmatisation » est une illustration de la méthodologie de la « victimisation » régulièrement utilisée par l’islam dans les pays occidentaux pour évacuer un débat lorsque le contre-argumentaire proposée par la communauté musulmane est notoirement insuffisant.

  • « d’éclairer l’ensemble de la Oumma et de la mettre en garde contre les menaces que ces crimes, drapés de couverture religieuse, font peser sur son unité, sa stabilité, et ses intérêts supérieurs, à court terme et à longue échéance ; »

On voit ici, de façon semble-t-il assez habituelle, que la préoccupation première semble être moins le sort des non-musulmans en terre d’islam que la stabilité et les intérêts de la Communauté musulmane mondiale, l’« Oumma ». Ce type de propos, choquant, est pourtant tout à fait normal et ancré dans le monde musulman : l’écrire de façon aussi directe n’a en effet aucune raison de poser un problème de conscience en islam puisque cela fait partie des fondements de la culture musulmane.

Pourtant, imaginez un instant ce qui se passerait si un tel propos sortait de la bouche du pape François ou d’un haut représentant du judaïsme au profit de leur communauté respective…

  • « 1) L’ensemble des humains, dans la diversité de leurs ethnies, leurs couleurs, leurs langues, et leurs croyances ont été honorés par Dieu qui a insufflé de son esprit dans leur père Adam – paix sur lui : « Assurément, Nous avons honoré les enfants d’Adam » (Al-Isrâ’, 70). »

Le discours relatif aux hommes en tant que communauté universelle s’inscrit en islam dans le rattachement de tous les hommes à leur créateur, Allah : les hommes sont « honorés » comme étant les créatures d’Allah et supérieures à toutes les autres créatures terrestres.

Toutefois cela n’induit en rien l’idée que toutes les communautés humaines se valent, puisque le Coran dit précisément le contraire : « Vous [les musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. Si les gens du Livre [juifs et chrétiens] croyaient, ce serait meilleur pour eux. Parmi eux, certains croient, mais la plupart d’entre eux sont des pervers. » (sourate 3, verset 110). Ou encore : « Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans. » (sourate 3 verset 139)

  • « 2) Honorer l’homme, c’est lui accorder le droit de choisir comme le rappelle le saint Coran : « Nulle contrainte en religion » (Al-Baqara), 256). »

Le traditionnel argument du « Nulle contrainte en religion » exploite la mauvaise connaissance de l’islam par l’Occident. Comment effet concilier ce principe, s’il a bien une valeur universelle, avec le jihad (combat armé dans le sentier d’Allah) déclenché par Mahomet contre tous les non-musulmans, ainsi qu’avec d’autres versets du Coran, dont, par exemple : « Combattez-les [les mécréants] jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de persécution [en référence à la période de La Mecque, les Quraychites refusant de croire en Mahomet] et que la religion soit entièrement à Allah seul [l’objectif étant de livrer le monde entier à l’islam]. S’ils cessent, plus d’hostilités, sauf contre les injustes [de façon générale, quiconque refuse de reconnaître la mission de Mahomet est un injuste] » (sourate 2, verset 193). Ou encore : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit, ceux qui ne professent pas la religion de la vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation [jizya] de leurs propres mains après s’être humiliés. » (sourate 9, verset 29). Il serait aisé de citer bien d’autres versets du Coran du même acabit.

Il n’y a en réalité pas de contradiction puisque le verset « Nulle contrainte en religion » fait partie des versets abrogés par le déclenchement du jihad. Ce verset, précisément situé dans la biographie de Mahomet (Sira d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham du IXème siècle) à l’époque où Mahomet cherchait à convertir les juifs à sa propre religion peu après son installation à Médine, correspond donc à la période où Mahomet faisait preuve de tolérance pour des raisons de stricte tactique politique. Ce n’est qu’après avoir constaté l’impossibilité de convertir les juifs qu’il a décidé de s’en débarrasser, jusqu’à les exterminer.

Tout cela paraît donc très clair et très simple. Ce qui n’empêche toutefois pas la cécité et l’ignorance occidentales de continuer à être abondamment exploitées, notamment en raison du fait que pour un esprit occidental, souvent imprégné (consciemment ou inconsciemment) par le christianisme (ou par le bouddhisme), un propos religieux sacré a forcément une valeur intemporelle et universelle : ce qui est une profonde erreur dans le cas de l’islam compte tenu de la règle de l’abrogation très précisément énoncée par le Coran (la majuscule représente Allah) et qui permet tous les revirements politiques possibles : « Si Nous abrogeons un verset ou que Nous le faisons oublier, Nous le remplaçons par un autre, meilleur ou semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah peut tout ? » (sourate 2, verset 106). Ou encore : « Allah efface ou confirme ce qu’Il veut. L’Écriture primordiale est auprès de Lui. » (sourate 13, verset 39). Ou encore : « Quand Nous remplaçons un verset par un autre – et Allah sait ce qu’Il révèle – ils disent : « Tu n’es qu’un faussaire ». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. » (sourate 16, verset 101).

  • « « Si Dieu l’avait voulu, ceux qui sont sur terre croiraient tous ; forces-tu les gens à devenir des croyants ?! » (Yûnus, 99). »

Ce verset constate simplement que certains hommes sont musulmans et d’autres non. Bien entendu, par définition, Allah l’a voulu ainsi. C’est Allah qui décide de tout comme le précise le verset suivant celui cité par le Collège : « Il n’appartient à aucune âme de croire sans la permission d’Allah. Allah voue au châtiment ceux qui ne raisonnent pas. » (sourate 10, verset 100)

Le problème est que les hommes ne savent pas ce qu’Allah a décidé pour chaque homme, ce à quoi il est prédestiné : en faire un croyant ou le laisser incrédule. Dans cette incertitude, abandonner à son sort mécréant le monde non-musulman – puisqu’Allah pourrait l’avoir voulu ainsi – n’est pas une possibilité : les musulmans doivent en permanence chercher à étendre l’islam partout où ils le peuvent (d’où également la notion de territoire de « guerre », dar-al-harb, territoire non-musulman) : il en va de leur responsabilité. Ce qui en revanche n’est pas entre leurs mains est le fait que leurs efforts soient couronnés ou non de succès : cela dépend d’Allah. Un hadith authentique (Bukhari) ne dit-il pas à propos de la contrainte en matière de religion : « D’après Abu Hurayra, le Prophète a dit : « Dieu est émerveillé des gens qui rentrent au Paradis avec leurs chaînes » ? »

Pour résumer, la liberté religieuse en islam n’existe pas en réalité, ce qui est d’ailleurs amplement démontré par le fait que l’apostasie (abandon de l’islam) est très sévèrement punie conformément à la recommandation de Mahomet (hadith authentique) : « D’après Ikrima, Ali avait fait brûler des criminels. Ibn Abbas, l’ayant appris, dit : « Si c’eût été moi, je ne les aurais pas brûlés, car le Prophète a dit : « Ne punissez pas avec le châtiment qui appartient à Dieu », mais je les aurais simplement tués conformément à ce précepte du Prophète : « Celui qui change pour une autre la vraie religion [l’islam], qu’on le tue ». »

Il faut d’ailleurs savoir que le Conseil Français du Culte Musulman, que certains veulent ériger en représentant institutionnel de l’islam de France, refuse toujours aujourd’hui aux musulmans de France la liberté d’apostasier ! Comment peut-on dans ces conditions parler d’une compatibilité de l’islam avec les droits de l’homme tels que l’Occident les conçoit ?

  • « 3) Les hommes, indépendamment de leurs différences naturelles, sociales et intellectuelles, sont des frères en vertu de leur humanité, comme le dispose la parole divine : « ô vous hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle. Nous vous avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous connaissiez entre vous » (Al-Hujurât, 13) »

Ce verset fait a priori référence à l’existence d’une communauté humaine distincte et supérieure au reste du monde terrestre qu’elle a vocation à soumettre. Il ne semble pas dire pas grand-chose de plus. Vouloir ériger ce verset en preuve de tolérance religieuse demande une certaine imagination.

  • « 4) Dieu Tout-Puissant a créé les Cieux et la Terre en se fondant sur le principe de justice. Celui-ci a été érigé en norme de conduite pour tous les humains afin de prévenir toute tentation de haine et de violence. Par ailleurs, Dieu a exhorté à la bienfaisance qui favorise l’amitié et la cordialité, comme décrété dans le verset suivant : « Oui, Dieu ordonne l’équité, la bienfaisance et la libéralité envers les proches parents ». (An-nahl, 90). »

La bienfaisance mentionnée apparaît limitée au cercle des proches parents (ou peut-être coreligionnaires). Il semble difficile et osé de tenter une extrapolation à visée universelle, d’autant que le Coran fourmille de condamnations terribles à l’égard de tous les incrédules, dont les musulmans doivent en permanence s’éloigner.

Deux versets auparavant dans la même sourate, le Coran ne dit-il d’ailleurs pas : « Ceux qui ne croient pas et obstruent le chemin vers Allah, Nous leur infligerons châtiment sur châtiment en punition de la corruption qu’ils sèment sur terre. » (sourate 16, verset 88) ?

  • « 5) La paix est la devise de l’Islam et la finalité suprême de la Loi sacrée pour ce qui touche à la vie des hommes, comme indiqué dans les deux versets : « ô vous qui croyez ! Entrez tous dans la paix » (Al-Baqara, 208) et « s’ils inclinent à la paix, fais de même ; confie-toi à Dieu » (Al-Anfâl, 61). »

Si l’on met de côté la question du jihad – ce qui est déjà notoirement problématique –, on peut émettre l’idée que la paix serait la devise de l’islam mais seulement au sens où celui qui croit est en principe sur le bon chemin pour acquérir cette paix (le salut par l’islam). Or dire cela ne dit rien sur le sort des incrédules (ou mécréants) : l’invitation à « entrer dans la paix » ne s’adresse qu’à ceux qui croient, c’est-à-dire aux musulmans.

À l’inverse, les incrédules sont voués par une multitude de versets du Coran au châtiment de la fournaise, à la Géhenne, dans des conditions épouvantables. La paix musulmane n’a donc pas grand-chose à voir avec la paix universelle qu’on peut souhaiter à tous, croyants ou mécréants.

Quant au verset 61 de la sourate 8, il figure précisément dans la biographie de Mahomet et cette mention permet de lever une ambiguïté importante. En effet, le traducteur de la Sîra publiée aux Editions Al Bouraq (Abddurahmân Badawî) précise que ce verset veut dire : « S’ils t’invitent à faire la paix sur la base de leur conversion à l’islam, alors fais la paix avec eux sous cette condition. » Il ajoute : « Cette explication est très importante : ce n’est pas la paix à tout prix, ou sans aucun prix, qu’il faut conclure avec l’ennemi. Voilà un avertissement solennel à tous ceux qui, aujourd’hui, jouent avec le sens de ce verset ! »

Cette remarque fondamentale est tout à fait cohérente avec le verset suivant : « Ne faiblissez pas ! N’appelez pas à la paix si vous êtes les plus forts. Allah est avec vous et Il ne vous privera pas de la récompense de vos œuvres. » (sourate 47, verset 35). Ceci n’est pas une prise de position individuelle de M. Badawî : on retrouve exactement la même idée dans la jurisprudence chaféite (section o9.16) validée par l’université Al-Azhar.

Tout cela est donc parfaitement logique et cohérent avec la doctrine du jihad : la paix avec l’ennemi est seulement la conséquence de l’impossibilité pour les musulmans d’avoir le dessus dans un contexte donné. C’est simplement une solution d’attente en attendant des jours meilleurs.

  • « 6) Dieu le Très-Haut a envoyé sidna Mohammed comme une miséricorde aux mondes, comme cela est précisé dans la parole de Dieu : « Nous t’avons seulement envoyé comme une miséricorde aux mondes ». (Al-Anbiyâ’, 107). »

Lorsqu’on évoque la notion de miséricorde dans le monde occidental, chacun tend à penser à une action de bonté universelle, absolument inconditionnée, sur le modèle chrétien ou bouddhiste : or penser qu’il s’agit de la même conception en islam semble tout à fait erroné.

La notion de miséricorde a en islam un sens très différent : lorsque le Coran parle de Mahomet en tant que miséricorde, il veut simplement dire que Mahomet, par la transmission de la parole divine, offre à chacun, par le fait de croire (ou plus précisément de « témoigner »), la possibilité de parvenir au salut de son âme. Le rôle de Mahomet est en effet strictement limité à celui de messager, d’« avertisseur explicite », comme le rappelle à de multiples reprises le Coran (Mahomet n’a aucun pouvoir sur les âmes, sinon il outrepasserait ses droits vis-à-vis d’Allah) : Mahomet avertit simplement du grand intérêt qu’il y a à être croyant, à se soumettre, pour échapper au châtiment d’Allah : « Nous ne t[Mahomet]‘avons envoyé qu’en miséricorde pour le monde. Dis : « Il m’est seulement révélé que votre Dieu est un Dieu unique : Êtes-vous soumis [c’est-à-dire : musulmans] ? S’ils se détournent, dis-leur : « Je vous ai avertis en toute équité ; je ne sais si ce qui vous est promis est proche ou lointain. » (sourate 21, versets 107 à 109).

  • « 7) L’Islam incite à la charité et à la bienveillance envers autrui, sans distinction entre partisans ou adversaires en matière religieuse. A ce propos, Dieu a dit : « Dieu ne vous interdit pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre foi, ceux qui ne vous ont pas expulsés de vos maisons. Dieu aime ceux qui sont équitables». (Al-Mumtahana, 08). »

La charité et la bienveillance étant des valeurs universelles devraient s’appliquer inconditionnellement à tous, comme chez Matthieu (5,44) : « Eh bien ! Moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs ») ; mais tel est loin d’être le cas en islam. Le Coran limite a priori le champ de la charité et de la bienveillance au périmètre des hommes qui n’ont pas lutté contre l’islam, la notion de « combat à cause de la foi » pouvant s’entendre d’un point de vue militaire mais aussi tout simplement comme le seul fait de ne pas reconnaître Allah et son Prophète et de ne pas avoir peur de le proclamer.

Ainsi, le verset suivant de celui cité par le Collège précise : « Allah vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous combattent en raison de votre foi, ceux qui vous expulsent de vos demeures ou ont aidé à votre expulsion [en référence au départ – et non à l’expulsion – de La Mecque]. Ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes. » (sourate 60, verset 9)

De façon générale, la non-reconnaissance d’Allah et de Mahomet exclut d’office la personne du champ de la bienveillance : « Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas pour alliés Mes ennemis et les vôtres, leur offrant l’amitié, alors qu’ils ne reconnaissent pas la vérité qui vous est parvenue. Ils expulsent le Messager et vous-mêmes de La Mecque parce que vous croyez en Allah, votre Seigneur [NB : Mahomet n’a pas été chassé de La Mecque mais a décidé d’en partir pour s’établir dans un lieu plus propice : Médine]. Si vous sortez pour combattre dans Mon chemin et pour rechercher Mon agrément, leur témoignerez-vous secrètement de l’amitié ? Je sais bien ce que vous cachez et ce que vous divulguez. Quiconque d’entre vous agit ainsi s’écarte du droit chemin. » (sourate 60, verset 1) Et également : « S’ils vous poursuivent [de leurs efforts pour faire apostasier], ils seront des ennemis pour vous et vous malmèneront de leurs mains et de leurs langues. Ils aimeraient que vous deveniez mécréants. » (sourate 60, verset 2)

  • « 8) La Loi islamique tient au respect des contrats, des engagements et des traités qui garantissent la paix et la coexistence entre les hommes, comme en témoignent les versets suivants : « ô vous qui croyez ! Respectez vos engagements » (Al-Mâ’ida, 1), « Soyez fidèles à l’alliance de Dieu après l’avoir contractée » (An-nahl, 91) et le Hadith du Prophète : « l’Islam ne fait que conforter toute alliance scellée du temps de la Jahiliya » (Hadith authentique). »

La société tribale de l’Arabie préislamique accordait une grande importance au respect des pactes tribaux et à la notion d’honneur qui lui était rattachée. Le respect de la « parole » donnée comptait beaucoup, comme elle pouvait compter également dans d’autres civilisations ou à d’autres époques. Le monde entier n’était pas encore machiavélique. On retrouve donc naturellement cette notion dans le Coran. Qu’est-ce que cette tradition respectueuse des contrats prouve en matière religieuse et matière de tolérance ? A priori absolument rien.

CONCLUSION

L’argumentaire doctrinal élaboré par le Collège des oulémas laisse assez largement à désirer et est en réalité d’une grande faiblesse, faisant notamment totalement fi de l’évolution de la parole de Mahomet en fonction de ses objectifs politiques et de tous les versets « problématiques » qui prônent le jihad, l’inégalité des communautés humaines, etc.. On s’attendrait, compte tenu du caractère éminent du Collège, à quelque chose de beaucoup plus fouillé, de beaucoup moins contestable et de moins opportuniste.

Malheureusement le caractère déstructuré et confus du texte coranique au regard des critères occidentaux de logique et de cheminement de la pensée – ce qui fait que les Occidentaux font semble-t-il rarement l’effort de le lire – se prête assez facilement à des choix orientés vis-à-vis des Occidentaux dont il n’est possible de sortir que par une reprise systématique et quasi-exhaustive de l’ensemble des versets relatifs à un thème donné. L’austérité de cette approche peut rebuter mais elle seule permet de donner une vision plus objective de la réalité finale du message coranique et de dépasser, par sa puissance « statistique » (ex. mise en comparaison de la liste des versets relatifs au jihad et ceux appelant à la bienveillance vis-à-vis des non-musulmans), l’obstacle de la traduction (ce n’est jamais la bonne traduction…) si souvent mis en avant pour réduire d’emblée à néant toute approche critique occidentale jugée « non conforme » aux intérêts de l’islam.

Le problème n’est-il pas finalement que l’orgueil pousse les occidentaux à disserter sur l’islam sans avoir lu ses textes sacrés et sur la base d’un cadre conceptuel totalement inadapté ? Un peu comme si on parlait du nazisme sans avoir lu Mein Kampf ou du marxisme sans avoir lu Le Capital.

 

Instance de Dialogue : un départ a priori décevant

Article publié dans Atlantico le 17 avril 2016.

Compte tenu du contexte dramatique que connaît depuis de nombreux mois la France en raison du terrorisme musulman et de la radicalisation de certains jeunes musulmans qui viennent alimenter ce fléau, il paraît effectivement essentiel que l’islam de France trouve des moyens efficaces pour endiguer ce phénomène. Les actions envisagées concrètement à l’occasion de la 1ère réunion de l’Instance de Dialogue entre le gouvernement français et les représentants de l’islam de France étaient donc particulièrement attendues.

J’invite donc le lecteur à lire in extenso le « Discours de monsieur Anouar Kbibech, président du C.F.C.M., à l’occasion de la 1ère réunion de l’Instance de Dialogue instituée entre le gouvernement français et les représentants de l’islam de France », prononcé le 21 mars 2016 :

CFCM Instance de dialogue 160321

Ce texte me paraît appeler certaines remarques :

  • « la pertinence de la démarche qui a été proposée par le Gouvernement qui apporte ainsi une réelle plus-value dans la prise en compte des attentes et des aspirations des citoyens français de confession musulmane »

Il peut apparaître assez étonnant que le discours d’Anouar Kbibech, dont l’objectif prioritaire est de lutter contre la radicalisation des musulmans, commence par insister sur l’importance de la « prise en compte des attentes et des aspirations des citoyens français de confession musulmane ». On aurait pu penser au contraire que c’était aux musulmans français à être à l’écoute des citoyens français (majoritairement non musulmans) compte tenu des attaques terroristes subies en France au nom de l’islam.

  • « Les musulmans de France se sont alors soulevés comme un seul homme »

Je ne crois pas que la France se souvienne que les musulmans de France se soient « soulevés comme un seul homme » après les attentats de janvier ou de novembre 2015. À l’inverse, le silence relatif de la communauté musulmane au regard de l’énormité tragique des faits a semble-t-il surtout frappé les observateurs. N’a-t-on pas entendu parfois certaines banlieues se réjouir, ou des écoliers refuser de respecter la minute de silence ? Sur quels faits précis cette assertion d’un soulèvement en masse est-elle fondée ? Quelle comparaison faire avec l’obstruction médiatique qui a marqué la crise du voile islamique, vécue par la communauté musulmane comme un affront terrible et stigmatisant ?

J’invite par ailleurs le lecteur à lire le prêche distribué par le C.F.C.M. à toutes les moquées de France pour être lu lors de la prière du vendredi 20 novembre, soit une semaine après les attentats du 13 novembre : il pourra juger par lui-même si des marques de compassion y figurent et si une attention particulière est portée aux victimes.

  • « Notre attachement au principe de laïcité garant de la liberté de conscience et du respect de la diversité des convictions et des pratiques religieuses. »

Il est surprenant de revendiquer l’attachement au principe de la laïcité alors que l’islam est une religion fondamentalement anti-laïque car elle ne dissocie pas l’État de la religion. Hassan II, particulièrement lucide, le rappelait clairement : « À partir du moment où on est musulman, on ne peut pas être laïc. »

Surtout, on ne voit pas bien comment cette laïcité pourrait garantir la liberté de conscience puisque le C.F.C.M. lui-même refuse encore aujourd’hui d’accorder aux musulmans de France le droit d’apostasier ! En islam, abandonner l’islam n’est pas un droit. L’apostasie est même punie de mort dans certains pays musulmans qui appliquent le principe édicté par Mahomet lui-même (hadith authentique de Bukhari n°3017) : « Le Prophète a dit : « Celui qui change pour une autre la vraie religion [l’islam], qu’on le tue ». 

On comprend mieux alors pourquoi une conférence a pu être organisée le jeudi 26 novembre 2015 à l’Institut du Monde Arabe sur le thème : « Quelle place dans la religion musulmane pour une véritable liberté personnelle, de conscience et de choix ? » C’est que cette question est effectivement d’une particulière acuité en islam.

  • « Daech est en totale contradiction avec les principes et les fondements même de l’islam»

C’est une opinion mais qui mérite d’être précisément étayée.

  • « Proposition 1 : Renforcer la formation et le rôle des imams »

On ne voit pas très bien le lien avec le thème de la « prévention de la radicalisation », objet de la réflexion, sauf à dire que les imams seraient aujourd’hui incapables de l’empêcher, ce qui est très inquiétant. Car si un imam n’est pas en mesure d’argumenter simplement par le B.A.BA de sa formation pour empêcher la « radicalisation », c’est que tout cela n’a en réalité rien de très évident et donc que la « radicalisation » trouve dans l’islam de bonnes justifications. Si c’est le cas, que veut dire « radicalisation » ?

  • « Proposition 2 : Mettre en place un « Conseil religieux » pour élaborer un contre discours.  Le moment est venu pour mettre en place un Conseil sur le plan théologique qui pourra être saisi sur des questions ou des problématiques liées à l’exercice du culte musulman en France. »

Proposition intéressante mais dont on peut se demander si le niveau de morts qui l’a déclenchée n’aurait pas pu être abaissé. On se demande en effet pourquoi « le moment est venu » aujourd’hui et pourquoi ce n’était pas le cas auparavant.

En outre, il est un peu étonnant que l’objet de ce « conseil religieux » soit limité à l’exercice du culte musulman en France. Le terrorisme musulman ne se nourrit pas sur le terreau des questions cultuelles (savoir comment faire sa prière, ses ablutions,…) mais sur celui des questions doctrinales (le jihad, le sens du martyr,…). Est-ce à dire que ces questions fondamentales de doctrine sont laissées de côté ? Cela n’aurait aucun sens.

  • « Ce Conseil, qui devra refléter la diversité de l’Islam de France, aura pour objectif d’engager la réflexion et l’effort intellectuel (Ijtihad) sur la « contextualisation » de la pratique religieuse en France. »

Chacun sait qu’il n’existe pas dans l’islam sunnite d’autorité religieuse supérieure fixant la doctrine. Cette remarque a visiblement pour objectif de ne pas froisser les susceptibilités au sein du monde musulman. Pourtant, le C.F.C.M. rappelait en introduction de sa déclaration emblématique pour le vivre ensemble de juin 2014 : « L’islam est unique en sa doctrine », seul mot souligné dans cette déclaration, ce qui marquait bien son extrême importance.

Ce propos est visiblement une façon de donner le change vis-à-vis de la « diversité » des courants de la communauté musulmane française. Sur le fond, ce Conseil sera vraisemblablement inutile d’un point de vue doctrinal puisque son objectif semble se limiter à la « contextualisation de la pratique religieuse », ce qui n’a guère de rapport avec la réflexion doctrinale sur le statut de la femme, le rapport aux communautés non-musulmanes et le communautarisme, la laïcité, les châtiments corporels,…

  • « Dans le cadre de la prévention de la radicalisation, le Conseil aura pour mission d’élaborer un « contre discours » basé sur un argumentaire théologique solide (…) Cette démarche permettra de doter les Imams et les Aumôniers qui sont au contact des fidèles, de l’argumentaire théologique nécessaire pour face à l’argumentaire des « djihadistes » qui dévoient les textes sacrés et les valeurs de l’Islam. »

Si le traitement de la question doctrinale est évacué dans son principe pour un repli sur la question de la pratique religieuse, difficile néanmoins d’éluder la question du terrorisme musulman. Il semble ici que le C.F.C.M. ait, enfin (!), pris conscience de la qualité de l’argumentaire religieux présenté par l’État Islamique, sinon il n’aurait pas besoin de préciser que le contre-argumentaire se doit d’être « solide ». Il est d’ailleurs assez surprenant qu’un tel argumentaire n’existe pas déjà si l’islam est effectivement une « religion d’amour et de paix », alors que l’islam existe depuis 1.400 ans et que la violence en islam et le jihad ne sont pas des faits nouveaux. Mieux vaut tard que jamais. En tous cas, cet argumentaire est attendu avec impatience !

  • « Ce Conseil aura également comme mission de relancer l’effort de la Réforme. Ceci nous permettra de relancer l’ère du changement et du progrès. »

Il est assez difficile de savoir de quelle réforme et de quelle ère de changement et de progrès il est question, car on ne voit pas bien ces 30 dernières années en quoi l’islam de France a pu se réformer et avancer sur la voie du changement et du progrès. Tariq Ramadan a bien publié un ouvrage intitulé « La réforme radicale » mais il s’agit au contraire d’un livre contenant une critique sévère de l’islam et de son extrême difficulté à se réformer.

  • « Certaines Contributions proposent même de promouvoir les vertus de la mystique de l’Islam, à travers le développement du Soufisme selon la tradition sunnite pour lutter en amont contre toutes les formes de violence ou de fanatisme. »

Si l’islam peut contenir des courants fondamentalement orientés vers la dimension personnelle et individuelle, indépendamment de considérations communautaires ou politiques, pourquoi pas. Cela étant, le soufisme existe depuis longtemps et si des individus par nature pacifistes peuvent naturellement être séduits, on ne voit pas bien comment le soufisme va aller recruter au sein des esprits attirés par la revivification de l’islam authentique de Mahomet et le jihad qu’il implique.

  • « 3) Renforcer le rôle éducatif de l’école. (…) L’apport éducatif de l’école pourrait s’enrichir par la mise en place d’un « enseignement laïque du fait religieux » dans les écoles et les lycées. Ceci permettra d’assurer aux enfants l’ouverture nécessaire aux autres religions et aux autres convictions. Cette démarche permettra également de semer les « germes du vivre-ensemble » dès le plus jeune âge. »

C’est une idée qui pourrait être séduisante mais qui est en réalité mauvaise et impraticable.

Car que vise-t-on par cette initiative : en réalité, un grand nivellement des discours religieux pour gommer les différences fondamentales de contenu et de vision du monde qui les séparent (jusqu’à les opposer), en vue de les rendre ainsi tous « acceptables » et de faire accroire que les différences entre l’islam et le judaïsme et le christianisme ne sont pas significatives et que toutes ces religions ont en réalité le même dieu et les mêmes valeurs, ce qui est une pure absurdité.

Les juifs rejettent totalement la vision chrétienne du Christ, attendant toujours leur Messie, ainsi que Mahomet et son islam. Les chrétiens prétendent prolonger et « accomplir » la tradition juive, tout en ayant depuis des siècles une difficulté claire à faire totalement leur la transition entre Yahvé Sabaot et le Christ crucifié. Quant à l’islam, les chrétiens ne le reconnaissent aucunement et, si la vision œcuménique critiquable développée par Rome depuis un demi-siècle ne les culpabilisait pas sur cette question, ils seraient sans doute beaucoup plus nets dans leur rejet de Mahomet et son islam.

En outre, est-il envisageable que les programmes de l’Éducation Nationale expliquent à tous les élèves que Mahomet a exterminé une bonne partie des juifs de Médine, puis appelé à tuer tous les juifs ? Qu’il a pratiqué à de multiples reprises les razzias, les guerres pour se procurer du butin et dans un contexte qui n’avait rien à voir avec la légitime défense ? Qu’il s’appropriait des concubines comme butin et faisait vendre les femmes captives si nécessaire sur les marchés pour se procurer des chevaux ? Qu’il s’est marié à Aïcha quand elle avait 6 ans et que le mariage a été consommé à ses 9 ans (lui en ayant 53) ? Qu’il a demandé l’exécution nominative de ceux qui lui nuisaient (jusqu’à faire exécuter un simple poète) ? Que l’homme est autorisé par le Coran à battre les femmes dont il craint la désobéissance ? etc… Tout cela paraît hautement improbable.

Comment le fait religieux musulman pourrait-il être dans ces conditions enseignable dans les écoles de la République, sauf à travestir la vérité et la réalité telle qu’elle ressort des textes musulmans authentiques eux-mêmes (qu’une infime minorité lit…), ou à faire tomber de son piédestal le grand Mahomet – ce à quoi toute la communauté musulmane se refuse – en proposant une vision strictement historique de l’islam originel ?

  • « Concernant l’apprentissage de la langue arabe et de la religion en dehors de l’école, il devient nécessaire d’élaborer un Programme éducatif d’apprentissage de l’arabe et de la religion commun et partagé. »

Il est normal qu’une culture d’origine soit transmissible par l’apprentissage de la langue. Cela fait partie des racines culturelles de tout un chacun. D’ailleurs, l’enseignement de l’arabe littéraire aurait au moins pour avantage de donner à bon nombre de musulmans vivant en France, qui parlent en réalité des dialectes et connaissent très mal l’arabe classique, des connaissances utiles pour lire véritablement le Coran prendre mieux la mesure de ce qui y est écrit.

  • « 4) Accompagner les Jeunes et les Convertis. Il convient de mettre en place de véritables Programme éducatif pluriannuels pour les Jeunes et les Convertis, afin de les immuniser vis-à-vis du dévoiement du texte sacré. »

Ces propos laissent entendre que seules ces deux catégories, les jeunes et les convertis, seraient susceptibles de basculer dans la radicalisation : c’est une assertion intéressante qu’il faudrait vraiment expliciter. La question ne touche pas en effet la profondeur de la religiosité qui, on peut l’imaginer, peut prendre une place plus grande chez des jeunes et des personnes récemment converties – car leur investissement personnel est plus intense – par rapport à des musulmans qui baignent dans l’islam de longue date et qui n’appliquent qu’une version très adoucie et même détachée de l’islam authentique de Mahomet.

Or la question du « dévoiement du texte sacré » – qui reste à démontrer – intéresse tous les musulmans. Restreindre la problématique à certaines catégories de musulmans est pour le moins surprenant. La seule question qui importe est de savoir si c’est l’islam de l’État Islamique ou celui de l’islam de France qui est le plus fidèle à l’islam de Mahomet.

  • « La mise en œuvre par les Mosquées d’un cycle de formation sur plusieurs niveaux leur permettra un apprentissage de la langue arabe pour leur faciliter l’accès au Coran et aux textes de référence. Il leur assurera également une éducation religieuse aux vraies valeurs de l’Islam, loin des mauvaises interprétations. »

Réduire la problématique d’une prétendue mauvaise interprétation de l’islam à une question d’éducation et de mauvaise connaissance de la langue arabe est déroutant. Les mouvements salafistes et jihadistes ont en leur sein des personnalités dont les connaissances religieuses dans le champ de l’islam dépassent souvent de très loin les compétences des imams de France, à en juger par la qualité de la documentation produite.

  • « 5 – Renforcer et étendre le rôle des Aumôniers. La prévention de la radicalisation en détention est un phénomène complexe, à multiple facettes. (…) La prison n’est pas forcément un facteur de radicalisation à elle seule, mais c’est un milieu aggravant ou accélérateur de cette radicalisation. »

Là encore, il faudrait que le C.F.C.M. nous explique deux choses : 1) Pourquoi les prisons françaises ont-elles une surreprésentation musulmane, ce que Tareq Oubrou reconnaît clairement. 2) Pourquoi les prisonniers musulmans sont-ils les plus sujets à la radicalisation, puisqu’on ne voit pas de juifs ou de chrétiens se radicaliser religieusement en prison.

Malheureusement, je pense qu’il faudra longtemps avant d’avoir des réponses satisfaisantes à ces deux questions.

  • « Nous assistons aussi ces dernières années à la libération de la parole politique et médiatique stigmatisant les musulmans de France. Les polémiques à répétition incriminent les musulmans de France et creusent le fossé entre eux et leurs concitoyens. »

Ce discours du président du C.F.C.M. n’apporte donc que bien peu de réponses concrètes au regard de l’ampleur dramatique de la situation. Tout cela est très décevant, mais en réalité au niveau de la faiblesse du diagnostic proposé, en tous cas pour le moment : car la question doctrinale étant centrale, il faut attendre le « discours » que le C.F.C.M. a promis d’élaborer et qui devra impérativement clarifier en quoi consiste l’islam authentique, celui de Mahomet, au lieu de cet islam mièvre qui n’est jamais responsable des horreurs que l’on commet en son nom.

Le seul vrai côté positif est la reconnaissance tant attendue de la spécificité de l’islam au regard de la question de la violence religieuse monothéiste puisqu’elle n’existe ni dans le judaïsme ni dans le christianisme.

Reste que, en dépit de tout cela, le C.F.CM. ne peut s’empêcher de retomber dans certains travers et se référer encore une fois au mauvais procès de la « stigmatisation ». Le C.F.C.M. serait semble-t-il soulagé si la censure de la critique vis-à-vis de l’islam pouvait s’exercer plus régulièrement, puisqu’il explique lui-même que la « libération de la parole politique et médiatique » lui pose un problème. Or la répétition de ce qui est qualifié de « polémiques » suit malheureusement et logiquement de près le rythme des attentats, des atteintes à la laïcité, du non-respect des lois (ex. burka), des incivilités (ex. drapeau français brûlé) qu’on commet au nom de l’islam.

Nouvelle publication : Les sources doctrinales de l’État Islamique

À un moment où l’État Islamique (Daesh), ses affiliés ou d’autres organisations et courants islamistes (Al Qaïda, talibans, etc.) commettent des attentats presque chaque jour dans le monde au nom de l’islam et de son Prophète, il apparaît indispensable de chercher à mettre au jour, le plus objectivement possible, les racines doctrinales généralement occultées de cette situation. Certes, l’horreur des attentats et des crimes provoque une telle réaction émotionnelle, qu’il est bien difficile d’engager une réflexion rationnelle. Le vacarme médiatique et l’accumulation d’avis d’« experts » entretiennent, du reste, une forme de confusion – et on a vite fait, devant la monstruosité sanglante des actes et la peur d’ouvrir la boite de Pandore de la doctrine, de reléguer leurs auteurs au rang de psychopathes, de « barbares » qui auraient pris prétexte d’une lecture biaisée de leur religion pour assouvir leurs pulsions meurtrières.

Pourtant, la lecture des textes sacrés de l’islam conduit rapidement à constater que les choses ne sont pas si simples. Les déclarations ou les revues de l’État Islamique montrent que sa démarche, du point de vue purement doctrinal, est loin d’être irrationnelle ou totalement incohérente. C’est le rapport de ce discours aux sources musulmanes reconnues comme authentiques que je vous propose d’analyser sans préjugé ni tabou – car c’est à cette condition seulement que nous pourrons mieux le combattre.

Sources doctrinales 1

http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-053-1_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-1-de-mahomet-au-califat/

Sources doctinales 2

http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-054-8_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-2-la-violence-et-le-sacre/

Le silence et la passivité de la majorité traduisent-il une forme de solidarité vis-à-vis de la minorité agissante ?

La multiplication des attentats musulmans (ou tentatives d’attentats) en Europe repose régulièrement la responsabilité de l’ensemble de la communauté musulmane vis-à-vis de ces actes dans la mesure où ces actes sont revendiqués au nom de l’islam, sur la base de références doctrinales et historiques qu’il n’est pas si facile de jeter aux orties, l’islam étant d’ailleurs la seule religion à connaître ce problème. C’est sans doute qu’il y a bien une raison.

Ainsi, à peine une semaine après les attentats du 13 novembre 2015, le Conseil Français du Culte Musulman, manifestait un certain « agacement » quant à l’évocation renouvelée de la responsabilité de la communauté musulmane en écrivant au début du prêche destiné à être lu le 20 novembre 2015 dans toutes les mosquées françaises : « Il est légitime de se demander si – en tant que musulmans – nous devions, encore une fois, nous justifier devant nos compatriotes, comme si nous étions des « présumés coupables ». » (voir 13 novembre)

Il est pourtant justifié de s’interroger sur la responsabilité explicite ou implicite de la communauté musulmane, celle-ci ne semblant d’ailleurs pas dépenser beaucoup d’énergie pour simplement manifester une compassion profonde à l’égard des victimes (comme dans le cas du prêche du C.F.C.M.). Par exemple : l’infiltration des jihadistes dans le quartier de Molenbeecke n’a-t-elle pas été rendue possible par de multiples complicités ou la simple passivité de certains qui ont « fermé les yeux » sur des situations qui auraient dû justifier d’alerter les autorités belges (outre l’irresponsabilité de ces mêmes autorités qui n’ont visiblement pas pris la mesure du danger) ?

L’intervention ci-dessous, dans une université américaine, est une réflexion intéressante qui pointe bien la responsabilité indirecte mais bien réelle de la majorité pacifique mais silencieuse face à la minorité agissante défendant l’islam historique de Mahomet (ce qu’on appelle, à tort, le « radicalisme ») :

Majorite silencieuse

La majorite silencieuse

Effectivement, que fait concrètement la majorité musulmane pacifique pour lutter contre l’orthodoxie musulmane dans les pays occidentaux ? Juste dire : « Nous n’avons rien à voir avec cela » ? C’est sans doute un peu court, mais nous n’avons semble-t-il pas grand-chose d’autre à nous mettre sous la dent pour le moment.

Attentats de Bruxelles : le double discours de Tariq Ramadan continue à dessein d’entretenir la confusion

Article publié dans Atlantico le 8 avril 2016

Tariq Ramadan a publié une tribune sur le site de Politico à l’occasion des récents attentats de Bruxelles. Je vous propose d’en analyser quelques passages qui semblent importants. Le texte intégral est disponible à cette adresse : http://www.politico.eu/article/attentats-en-belgique-tariq-ramadan/

  • « Il importe de déceler les raisons de cette dérive de la violence extrémiste qui n’est pas seulement “folle,” “irrationnelle” et “barbare.” De tels propos, en plus de répandre la confusion terminologique, n’offrent aucune clarification politique aux termes de l’équation. Ils ajoutent de l’aveuglement à la réaction émotionnelle nourrie par la peur alors que nous avons besoin aujourd’hui de raison, de rationalisation, de propos raisonnés, fermes certes, mais nécessairement raisonnables. »

Tout à fait d’accord : cette dérive est sous certains aspects raisonnée, rationnelle et violente mais non « barbare » contrairement à la présentation qu’en fait le monde politique et médiatique. Il convient effectivement d’en analyser la nature profonde pour sortir de la confusion et de l’aveuglement.

  • « Comment expliquer cette violence extrémiste ? Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi sur tous les continents dans des lieux chargés de sens et de symboles ? La première raison est politique. On ne peut pas aujourd’hui vouloir déconnecter ces actions de la scène internationale avec la violence, la terreur et la mort qui se sont installés depuis si longtemps en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Lybie et plus largement en Afrique et en Asie. Les politiques européennes et américaines à l’étranger ne sont pas coupées du monde et ceux qui les ciblent le répètent à longueur de vidéos : “vous avez répandu la guerre et la mort dans nos pays, nous vous rendons la monnaie de votre pièce.” »

Il est assez curieux que Tariq Ramadan pose comme première raison la responsabilité du monde occidental, et en particulier des européens et des américains. Même si cela rentre en ligne de compte, on s’attendrait d’abord à un mea culpa au nom de l’islam dont le lien avec la violence religieuse s’exprime depuis de nombreuses années dans des contextes très variés. D’ailleurs, si cette violence religieuse peut s’appuyer sur des motivations politiques en fonction des théâtres d’opération, il n’en reste pas moins qu’elle est première et existe sans cela, puisque la doctrine même de l’islam prône le jihad, « combat dans la voie d’Allah », et promet le paradis à tous les « martyrs ».

Rappelons en outre que la violence entre les multiples courants du monde musulman, et au premier chef desquels les sunnites et les chiites, est une constante depuis 1.400 ans, pour des motifs religieux.

  • « La seconde raison est exprimée à demi mots dans les différents communiqués des cerveaux commanditant ces opérations : il s’agit de provoquer des fractures dans les sociétés occidentales entre les musulmans et tous les autres citoyens. Aux musulmans, il s’agit de faire comprendre et sentir qu’ils ne seront jamais le bienvenu dans les sociétés occidentales. Le but étant également que ces dernières nourrissent une peur de l’islam et des musulmans et qu’elles assimilent leur présence au danger et à la violence. »

Tariq Ramadan rejoint avec cette analyse beaucoup de « sociologues islamologues » français qui ont finalement l’audace de vouloir nous empêcher de réfléchir. D’après leur vision, nous ne serions que des marionnettes manipulées par l’État Islamique et on nous dit : « puisque vous êtes manipulés, vous devez faire le contraire de ce que prétend vous faire faire le manipulateur ». Et l’on nous demande donc d’exprimer une solidarité sans faille avec l’islam de France qui, bien entendu, n’a aucun rapport avec tout cela (si ce n’est la religion…).

Ce qui est renversant dans ce discours est qu’à aucun moment n’est abordée de façon précise la question du contenu du discours du « manipulateur » alors que l’idée de manipulation implique nécessairement l’idée de tromperie. Car c’est bien le fond du problème : le discours de l’État Islamique est-il, oui ou non, une traduction correcte de la doctrine musulmane ? Si cela devait être le cas, faudrait-il parler de manipulation ? Malheureusement, la question n’est jamais abordée sous cet angle.

Les lecteurs d’Atlantico qui seraient intéressés pourront sans doute trouver quelques informations intéressantes pour éclairer ce débat dans l’ouvrage « Les racines doctrinales de l’État Islamique » en cours de publication e-book aux éditions UPPR (2 tomes d’une quarantaine de pages chacun).

Par ailleurs, si des fractures dans les sociétés occidentales entre les musulmans et les autres citoyens existent bien, puisqu’on voit depuis longtemps fleurir un peu partout le communautarisme, elles n’ont visiblement pas attendu l’État Islamique pour apparaître. À lire les textes musulmans, on en déduit que l’islam est une religion fondamentalement communautariste. Le Coran est clair sur la supériorité de la communauté musulmane sur toutes les autres et la nécessité pour elle de ne pas se mélanger avec celles-ci. Par exemple :

Sourate 3, verset 110 : « Vous êtes la meilleure communauté suscitée chez les hommes (…). Si les gens du Livre croyaient, ce serait meilleur pour eux ; il y en a parmi eux qui croient mais la plupart sont des pervers. »

Sourate 3, verset 139 : « Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais croyants. »

Sourate 60, verset 1 : « Ô vous qui avez cru ! Ne prenez pas pour alliés Mes ennemis et les vôtres, leur offrant l’amitié, alors qu’ils ont nié ce qui vous est parvenu de la vérité. (…) »

Malek Chebel écrit avec clairvoyance dans son Dictionnaire encyclopédique du Coran (article « Amitié avec les incrédules ») : « Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

Ce communautarisme va jusqu’au souci de ne pas ressembler au mécréant, de peur de devenir comme lui, comme le rappelle Yusuf Qaradawi dans Le licite et l’illicite en islam : « Ibn Taymiyya a affirmé à juste titre que le fait d’être différent des mécréants est une obligation visée par le Législateur : « L’imitation des autres extérieurement aboutit à les aimer et à accepter leur protection intérieurement. De même que l’amour intérieur aboutit à l’imitation extérieure. C’est une vérité dont témoignent les sens et l’expérience ». »

Il n’existe pas aujourd’hui de pays, musulman (par définition) ou non, où la présence de l’islam ne se traduise pas par le communautarisme.

  • « Dans les faits, il ne s’agit pas à proprement parler d’une “radicalisation religieuse” puisque que les jeunes qui intègrent ces réseaux ont quelques semaines à six mois de pratique dans leur grande majorité. Le basculement est subi et il ne s’agit pas d’une progression de la pratique religieuse vers la violence et la terreur : certains de ces jeunes sont encore dans la délinquance, la boisson, la drogue et la vie des boites de nuit au moment même où ils organisent les attentats. »

Sur quelles données s’appuie l’affirmation selon laquelle les personnes radicalisées auraient dans leur grande majorité tout au plus 6 mois de pratique de l’islam, que ce soit parmi celles qui sont musulmanes de culture ou parmi les récent(e)s converti(e)s ? Un certain nombre de kamikazés ont fréquenté les milieux salafistes depuis plusieurs années. D’autres ont eu le temps de parfaire pendant des mois leur formation au Moyen Orient comme on a pu le retracer a posteriori à travers leurs multiples déplacements.

Si des jeunes basculent dans l’action violente, quels éléments permettent de dire que ce basculement est nécessairement subi, c’est-à-dire la résultante d’une manipulation ? N’a-t-on pas entendu la veuve d’un des kamikazés du Bataclan (Samy Amimour) faire part de la fierté d’avoir été l’épouse d’un combattant du jihad mort en martyr au combat ? Faut-il parler de manipulation dès lors que quelqu’un adhère à des idées qu’on ne partage pas ?

Si certains jeunes sont dans la délinquance, il est évident que cet état prédispose plus naturellement à l’action qu’une réflexion religieuse purement intellectuelle ; c’est tout à fait logique. Il en est de même dans des périodes troubles (insurrection, luttes communautaires, révolutions,…) : il est plus facile à ceux qui ont l’habitude de se battre et d’agir de prendre les armes.

Quant au fait que certains jeunes « soient encore dans la boisson, la drogue et la vie des boîtes de nuit au moment même où ils organisent des attentats », c’est précisément ce que l’État Islamique leur demande : passer inaperçus, se fondre dans la masse, donner l’impression de partager ce contre quoi en réalité ils se battent. Il est étonnant que cela ait échappé à Tariq Ramadan.

Enfin, même si certaines personnes sont sans doute en manque de repères parmi ces jihadistes, il faut arrêter de dire que le problème de l’action violente en islam est seulement un problème psychologique. La violence en islam est un problème vieux comme l’islam, a des racines claires dans la religion musulmane elle-même (et dans les textes sacrés), l’histoire du monde musulman en est la preuve évidente.

  • « La religion est convoquée et il faut donc y répondre avec un discours religieux solide et rigoureux mais s’il ne faut pas se tromper de cible : la référence religieuse est un vêtement qui cache des aspirations politiques, des volontés de pouvoir et de divisions cyniques, machiavéliques et souvent inhumaines (…). »

La religion est effectivement « convoquée », terme un peu pédant mais on voit l’idée. Sans doute la référence religieuse cache-t-elle des motivations politiques, mais le problème est que, indépendamment de la question politique, la référence religieuse existe bel et bien. Depuis 1.400 ans que l’islam existe, il est surprenant qu’un discours clair et solide sur le rapport de l’islam à la violence n’ait pas encore été élaboré pour répondre à cette problématique.

  • « Comment répondre à une situation si complexe dont les causes sont si diversifiées dont la conséquence est une violence qui peut sévir partout et sous de multiples formes. »

Tariq Ramadan fait partie des esprits les plus brillants et les plus instruits de la communauté musulmane mondiale. On est un peu surpris par sa difficulté à détricoter la complexité revendiquée de cette situation. Pourquoi vouloir introduire de la complexité si certains facteurs peuvent s’expliquer simplement, si ce n’est pour « noyer le poisson » ? Et si les Français lisaient la biographie originelle de Mahomet (Ibn Ishâq/Ibn Hîcham), n’auraient-ils pas matière à y découvrir de nombreuses clefs de lecture ? C’est une recommandation insistante qu’on ne peut que leur faire.

  • « Il s’agit de demeurer humbles tout en restant déterminés à combattre cette violence extrémiste en s’intéressant à ses causes autant qu’à son expression concrète. Cela commence, en Europe par exemple, par éviter de critiquer le modèle de société du voisin ou le manque de compétence de ses services de renseignements comme on l’avait entendu en Grande-Bretagne vis-à-vis de la France et aujourd’hui en France à l’égard de la Belgique. »

Cette humilité est louable mais ce rappel est assez stupéfiant. Il faut en effet se souvenir que quelques jours après les attentats de Charlie (janvier 2015), Tariq Ramadan avait laissé entendre sur le plateau de « Salut les Terriens » que les services de renseignement français avaient laissé faire. Voici le verbatim de son intervention : « J’ai dit et je le répète avec force…parce que toute personne raisonnable, qui n’a pas des question à se poser sur ce qui s’est passé en 2001, sur ce qui s’est passé en 2004, en 2005…et même avec ce qui s’est passé avec Mehra,….Il y a des questions, et j’ai demandé dès 2001 une commission d’enquête indépendante, non pas parce que je dis que c’est un complot, mais si vous voulez lutter contre les complotistes, apportez des réponses à des questions. Si aujourd’hui on sait qu’il y avait des menaces contre Charlie Hebdo, qu’ils aient pu aller aussi facilement…Moi je veux qu’on me dise comment ça se fait que les services de renseignement français aient laissé faire. Comment se fait-il que les renseignements français n’aient même pas vérifié les téléphones des femmes ce ceux qui allaient tuer ? Eh bien, j’ai des questions. Aujourd’hui, soit on me répond, par une enquête indépendante, soit on fait tous les imbéciles et on croit tout ce qu’on nous dit. Finalement, pour pouvoir être dans l’air du temps en France, faut la boucler. »

Tariq Ramadan Salut les terriens janvier 2015

Tariq Ramadan Complot janvier 2015

  • « Il nous faut une politique sécuritaire concertée sur toute l’Europe avec la double condition de comprendre, d’abord, qu’elle ne peut être qu’un moyen dans une stratégie plus globale et multidimensionnelle et, ensuite, qu’elle ne saurait justifier les stigmatisations de certains citoyens, les manquements aux droits humains (les migrants compris) et le non respect de la dignité égale des personnes. »  

La politique sécuritaire n’est pas en soi un facteur de stigmatisation. Elle prend simplement acte de ce qui se passe et de la différence énorme de vision culturelle et humaine qui sépare les pays européens de celle des migrants en provenance des pays musulmans.

  • « On ne peut soutenir des dictatures, être les partenaires politiques et économiques des Etats produisant la pensée salafi littéraliste (…). »

Tariq Ramadan met avec raison en exergue la relation schizophrène que la France entretient avec certains pays du Golfe, au premier rang desquels l’Arabie Saoudite, dont la doctrine converge sur bien des plans avec celle de l’État Islamique. En politique, on peut être effectivement amené à traiter avec ses pires ennemis idéologiques pour des raisons bassement économiques, mais il faut alors être lucide et conscient de ce que cela veut dire en matière de soutien et de développement de l’islam sur le territoire de « la fille aînée de l’Église ».

  • « Les citoyens musulmans doivent participer aux débats de société avec l’idée de penser et de construire la politique sociale de demain et non pas à être convoqués à se justifier, voire à se dédouaner après chaque attentat ou controverse. »

C’est bien en référence claire aux textes sacrés musulmans que les attentats sont perpétrés. Les citoyens musulmans seraient donc certainement dans une position plus facile s’ils étaient collectivement capables de formuler leur doctrine de façon unifiée et dans un langage intelligible et qu’on puisse ainsi juger de la différence par rapport à celle de l’État Islamique. Or cela semble pour le moment impossible et aucune initiative aujourd’hui n’en prend le chemin. Quant aux manifestations de compassion à l’égard des victimes, on peut raisonnablement dire qu’elles sont d’une ampleur sans commune mesure avec l’émoi médiatique entretenu avec force ces dernières années au sujet du voile islamique et de la burka.

  • « Je le répète depuis 25 ans, il n’y a pas d’échec de l’intégration religieuse et culturelle en Europe, mais un déficit, voire une déroute, des politiques sociales relatives à l’éducation, à l’habitat et à l’emploi notamment. »

L’échec est malheureusement patent. Tariq Ramadan ne semble pas beaucoup fréquenter les quartiers de Paris ou de la région parisienne où on circule beaucoup plus en djellaba qu’en jupe, où les femmes n’osent plus se promener seules, où un mauvais regard peut avoir des conséquences incalculables,… La France a-t-elle jamais connu les mêmes difficultés avec l’immigration européenne ?

  • « On le voit, il est nécessaire de clarifier les termes du débat, d’appréhender la complexité du phénomène et proposer des réponses multiples et complémentaires avec une approche holistique. Etre obnubilé par la seule question religieuse, refuser de voir l’aspect politique et espérer que les opérations guerrières et sécuritaires nous protégeront est un leurre aux conséquences dangereuses. »

Avant d’écarter la question religieuse, encore faudrait-il l’avoir analysée. Or, comme elle est systématiquement évacuée par tous les analystes et islamologues, pour des raisons politiques et religieuses évidentes, comment prétendre qu’elle n’entre pour rien dans le débat ? Ce n’est donc pas du tout comme cela qu’on apportera de la clarté et de la vérité dans le débat. La vérité intéresse-t-elle ?

CONCLUSION

Ces propos de Tariq Ramadan illustrent la subtilité d’un double discours qui semble particulièrement bien élaboré : la dialectique consiste en effet à constater certains faits problématiques, « donnant le change » et laissant croire à l’objectivité et à la sincérité de la démarche, mais en orientant systématiquement l’analyse sur des pistes « acceptables », c’est-à-dire qui ne nuisent pas trop au système religieux qu’on veut défendre quoi qu’il arrive, et donc aux dépens de l’exploration d’autres voies beaucoup plus intéressantes mais qui sont censurées ou occultées.

Reste alors cette implacable interrogation : Car, enfin, pourquoi la violence religieuse aujourd’hui est-elle le seul fait de l’islam ? Pourquoi ne trouve-t-on pas des kamikazés ou des tueurs à la kalachnikov chez les chrétiens, les juifs, les bouddhistes, les athées,… POURQUOI ?

Islam et dissidence : pourquoi la pensée dissidente est aujourd’hui inefficace en France

Alors qu’une censure intellectuelle évidente s’est installée en France, les publications ou vidéos musulmanes dites « islamistes » (très faciles à trouver sur internet) questionnent avec acuité la nature profonde de l’islam. Ce questionnement légitime ne dépasse guère jusqu’ici le cercle étroit des « spécialistes » et on voit bien que le monde politique et médiatique ne souhaite aucunement sa diffusion à l’ensemble de la population.

Alors que certains propos– à faire se dresser les cheveux sur la tête (en particulier concernant les femmes ou les homosexuels) – d’organisations ou personnalités musulmanes sont rendus publics sans ce que cela soulève d’émotion de la part des défenseurs auto-proclamés des droits de l’homme, les critiques de l’islam bénéficient d’un traitement de faveur de la part des pourfendeurs de la mal-pensance qui manient avec art l’arme accusatrice d’« incitation à la haine raciale ou religieuse » pour couper les têtes de l’hydre de la contestation, avec l’objectif permanent de faire assimiler par la justice française la critique de l’islam à la critique des musulmans en tant que personnes, ce qui est pourtant très différent. Cette indignation sélective ne laisse pas de surprendre.

Mais la critique de toute philosophie, religion, ou idéologie – comme l’est l’islam – reste libre en France, la France résistant encore à l’instauration d’un délit de blasphème en dépit des pressions constantes exercées par certaines organisations musulmanes.

Face à l’apathie et l’inconscience d’une frange non négligeable de la population française (2 millions de Français devant « Touche pas à mon poste » tous les soirs…), les courants dissidents, plus au fait de ces questions (meilleure connaissance des textes religieux, connaissance de faits d’actualité volontairement ignorés ou minimisés par les grands médias : qu’on se souvienne de l’affaire du 1er de l’an à Cologne,…), résistent tant bien que mal à la dictature de la pensée unique, à la stigmatisation dont ils font l’objet de la part des médias et des politiques, aux multiples actions en justice qui leur sont régulièrement intentées du fait d’un discours contraire à la vulgate officielle.

Mais, face à l’hystérie unilatérale, répressive et sectaire de certaines organisations et à l’impossibilité par ailleurs de pouvoir s’exprimer librement dans les grands médias, certains courants dissidents peuvent s’emporter dans leur expression et ainsi prêter le flanc à des sanctions qui ne relèvent pas nécessairement du complot judiciaire ou d’une manœuvre politique si les attendus du jugement reflètent effectivement de façon relativement objective la nature réelle des propos. Ils tombent alors dans le piège de la révolte.

Sans connaître le fond du dossier, il est probable que ce soit le cas avec la condamnation par la justice française le mercredi 6 avril 2016 du directeur de la publication du site Riposte laïque à une amende de 8.000 euros pour provocation à la haine envers les musulmans suite à une « diatribe violente » contre les musulmans publiée en octobre dernier. Intitulé « Et si l’islam était le culte de la perversion sexuelle et morale ? », le texte avait été signalé au parquet par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Le tribunal correctionnel de Paris a estimé que « sous couvert d’expliquer les faits qu’il dénonce par la supposée déviance morale de l’islam, l’auteur impute ensuite aux musulmans, de manière explicite, sans aucune réserve et sans distinction entre eux, une perversion morale et des comportements abjects ». Pour les juges, le texte procède à une « stigmatisation généralisée et systématisée des musulmans », en évoquant « leurs supposées ‘pratiques zoophiles, pédophiles, incestueuses et nécrophiles, voire démoniaques’ ». Loin de se livrer à une critique de l’islam, son auteur « s’adonne à une diatribe violente contre les musulmans, auxquels il prête des perversions inhérentes à leur seule appartenance religieuse », ont estimé les juges. Selon eux, « les propos poursuivis ont amplement excédé les limites admises à la liberté d’expression ». [Ce jugement soulevait par ailleurs une question intéressante de compétence juridique relative au lieu d’implantation du site et à la recevabilité de la plainte en France.]

Au-delà de ce cas particulier, que constate-t-on ? Il semble se constituer un décalage grandissant entre une population, qui s’exprime de façon sincère mais souvent désordonnée, sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) ainsi que sur les sites de la dissidence, et un monde politique et journalistique qui entend visiblement maintenir sa mainmise sur les médias, au mépris du premier des droits de l’homme, celui de la liberté d’opinion et d’expression.

S’ils résistent, les courants de la dissidence n’ont probablement pas encore aujourd’hui la structure nécessaire pour crever le plafond de verre de la censure et atteindre ainsi véritablement le grand public. L’émiettement et parfois la rivalité de ces courants portés par des personnalités fortes mais souvent farouchement indépendantes est un frein puissant qui les empêche d’atteindre la masse critique nécessaire pour leur permettre de franchir les obstacles qu’on dresse face à eux. Et l’expression dissidente devient parfois un but en soi, une psychanalyse individuelle ou collective, dénuée de tout impact politique ; elle rate son objectif.

Or l’outrance, la révolte, la polémique stérile, écartent de l’objectif qui doit rester l’analyse des faits et la critique documentaire qui, sur le long terme, sont des méthodes beaucoup plus sûres pour faire tomber le mur de la stigmatisation politique et permettre d’approcher la vérité.

S’agissant de l’islam, le discours dissident semble souffrir d’une affectivité et d’une émotivité qui restreignent sa lucidité et l’empêchent de bien séparer la question de la religion musulmane de la question des personnes en tant que telles. Nombre de musulmans sont musulmans parce que tout simplement nés dans la culture musulmane, sans avoir nécessairement fait le moindre choix conscient ou formulé le moindre engagement personnel. Or il est aisé de constater que la grande majorité des musulmans d’Europe n’a qu’une connaissance rudimentaire de l’islam. Ceux-ci sont les porteurs et les défenseurs naturels d’une religion dont ils ignorent très souvent les textes sacrés. Mais en l’absence d’une riche histoire philosophique, littéraire, scientifique, artistique, etc., depuis des siècles, leur identité s’est construite sur l’islam qui a ainsi acquis un rôle de structurant identitaire, alors que la religion a perdu pour l’essentiel ce rôle dans les pays occidentaux. Mettre en cause l’islam, simplement en le critiquant, est ainsi ressenti, à tort, comme une attaque mettant en cause la personne.

Avant d’aborder les questions tribales, sociologiques, géopolitiques, militaires, etc., de la question musulmane, il est donc absolument essentiel de traiter la question centrale de l’islam en tant que religion, en la déconnectant de tout aspect personnel. Car c’est bien l’islam en tant qu’idéologie religieuse qu’il faut décortiquer pour sortir de la confusion extrême où nous sommes plongés et qui autorise tous les discours, jusqu’aux plus absurdes et aux dénis de réalité les plus évidents. Car le constat est d’une simplicité biblique :

L’ISLAM TUE : IL FAUT COMPRENDRE POURQUOI.

La première tâche de la pensée dissidente, dont la vocation naturelle est de sortir des sentiers battus, est d’expliquer inlassablement en quoi consiste l’islam, quelle est sa doctrine authentique : pas à partir des opinions des uns ou des autres, qui parfois abusent de l’argument d’autorité et de leur suffisance pour imposer leur point de vue, mais à partir des textes sacrés musulmans eux-mêmes – que tous les musulmans reconnaissent – puisque tout le monde peut les lire en français et que cette lecture ne demande pas en réalité de compétences très pointues. Car il faut combattre farouchement l’idée que le sens des textes religieux musulmans ne serait accessible qu’à des érudits. La lecture du Coran, de la biographie de Mahomet et des hadiths est vraiment tout à fait abordable (même si elle est un peu austère) dans la mesure où la complexité de la pensée spirituelle est très faible (au profit de règles à respecter) : essayez, et vous verrez !

Malheureusement, beaucoup refusent de faire l’effort de se documenter et s’arrêtent à des jugements hâtifs et des oppositions irrationnelles et viscérales qui sont nécessairement perçues de façon négative et rejetées par des opposants dont les avis contraires sont tout aussi irrationnels et viscéraux ! Pour déconstruire rationnellement un discours, ou au contraire en montrer le bien-fondé, il faut d’abord connaître les textes fondamentaux qui le sous-tendent : certains ne se sont-ils pas mordus les doigts de n’avoir pas fait cet effort dans la première moitié du XXème siècle ?

La lecture des textes sacrés musulmans est la seule façon de se faire une idée juste et précise de ce qu’a été la véritable vie de Mahomet (et pas celle fantasmée par de nombreux biographes partisans) ainsi que sa pratique de la religion, et de dépasser ainsi le niveau actuel lamentable de la propagande et des dénis de réalité dont nous sommes abreuvés.

Cette connaissance est la condition sine qua non autorisant de demander à chacun de se positionner clairement et en conscience sur un choix de valeurs et de modèle de société (place de la femme, égalité des communautés humaines, liberté religieuse, laïcité, etc.) pour déterminer si, oui ou non, nous partageons les mêmes valeurs humaines et avons vocation, ou non, à vivre ensemble.

L’égorgement des animaux : un procédé d’abattage honteux et inutile

Les images récentes (depuis octobre 2015) de l’abattoir d’Alès, puis de ceux de Le Vigan et de Mauléon ont une nouvelle fois apporté la preuve des souffrances épouvantables et insupportables infligées régulièrement aux animaux dans les abattoirs français, non seulement lors de l’abattage lui-même, mais également dans le traitement des animaux avant l’abattage du fait du développement de la violence que l’absence de respect de la dignité animale induit.

Alors même que le procédé normal et légal d’abattage en France est celui de l’étourdissement, car naturellement le moins pénible pour les animaux puisque l’animal est inconscient lorsqu’on le tue, les politiques français (mais aussi ceux d’autres pays européens, sauf toutefois ceux de certains pays d’Europe du Nord) ont accordé des dérogations consistant à autoriser la souffrance des animaux pour des prétextes futiles, c’est-à-dire religieux, puisqu’il n’y a aucun bénéfice sanitaire tiré de l’égorgement de l’animal vivant.

En outre, ces dérogations à l’étourdissement ont un effet pervers considérable puisqu’elles conduisent évidemment à considérer que l’égorgement est un mode d’abattage en réalité normal (sinon il faudrait l’interdire dirait Monsieur de La Palice), ce qui a un intérêt certain dans le monde consumériste occidental dont les objectifs de profit entrent en conflit direct avec le respect de la dignité animale qui induit mécaniquement une perte de productivité. Entre la dignité animale et quelques cents d’euros, le choix est vite vu dans notre merveilleux monde occidental. Les animaux peuvent hurler de douleur, tant que le consommateur n’entend pas ces cris, tout va bien ! Or l’enjeu est considérable : Tareq Oubrou indiquait il y a quelque temps que « D’après les chiffres officiels de 2008, un tiers des 10 millions d’animaux de boucherie abattus en France l’ont été de manière rituelle, à raison d’environ un bovin sur dix et un ovin sur deux. »

Ces dérogations honteuses révèlent l’hypocrisie d’un monde politique qui prétend défendre la dignité animale mais qui est en réalité beaucoup plus soucieux de ses calculs politiques. Car il faut être logique : si la dignité animale est une véritable valeur pour nos sociétés occidentales, pourquoi accorder des dérogations – ce qui revient précisément à nier fondamentalement cette dignité – juste pour permettre de satisfaire des fantasmes humains qualifiés de « religieux » au prétexte qu’on imagine qu’un Dieu se serait préoccupé de ce genre de choses et, qui plus est, en aurait parlé aux hommes ? Si Dieu existe, n’avait-il pas plus de raison de se manifester pour des affaires autrement plus importantes ? Or, on ne l’a pas beaucoup entendu ni vu devant le camp d’Auschwitz ni à l’entrée des goulags staliniens.

La dignité animale, ou humaine puisque nous sommes aussi des animaux, dépend-elle des circonstances ? Y a-t-il des dérogations au regard de l’interdiction de la peine de mort pour les condamnés en France ? Non.

Dans ce contexte, il est intéressant de s’interroger sur la profondeur des justifications religieuses qui semblent avoir raison du peu de courage de nos hommes politiques, et en particulier vis-à-vis de la communauté musulmane qui est de loin la plus nombreuse. Car que dit la doctrine musulmane ? L’égorgement dans le cadre de l’abattage halal est-il une condition sine qua non de la consommation de viande par les musulmans français ?

Appuyons-nous pour ce faire sur les écrits de quelques personnalités éminentes de l’islam, bien connues en France, et versées dans la connaissance des règles musulmanes :

  • Yusuf Qaradawi, qui a notamment écrit « Le licite et l’illicite en islam » (éditions Al Qalam, 2005), religieux musulman mondialement connu, à la tête du Conseil européen des fatwas et de la recherche (conseil édictant des avis juridiques à l’attention des musulmans vivant en Europe), et qui n’est pas précisément connu pour son laxisme dans l’interprétation des règles religieuses musulmanes.
  • Tariq Ramadan, lui aussi versé dans la connaissance des règles religieuses musulmanes, et qui a notamment abordé certains aspects de la question qui nous occupe dans le livre « La réforme radicale » (éditions Presses du Châtelet, 2013).
  • Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, qui évoque cette question dans le livre-interview « un imam en colère » (éditions Bayard, 2013).

Que pouvons-nous conclure de ces lectures ?

1) Quelle est la nature de l’abattage halal ? Un abattage éthique et non rituel

Tareq Oubrou écrit : « Il existe en réalité trois types d’abattage rituel ou sacrificiel. Les deux premiers sont l’offrande annuelle commémorant le geste d’Abraham, à l’occasion de la fête du sacrifice (Aïd-El-Kébir) et le sacrifice fait à l’occasion de la naissance d’un enfant. Ces deux formes de sacrifices, très répandues chez les musulmans originaires du Maghreb, ne sont pas des obligations canoniques mais seulement des recommandations. Le seul sacrifice obligatoire est celui que le pèlerin effectue lors du pèlerinage à La Mecque (hajj).»

Tareq Oubrou écrit également : « Le halal n’est pas une offrande destinée à Dieu mais un abattage éthique. En ce sens, les termes de « sacrifice » ou d’abattage « rituel » sont des abus de langage. »

2) L’égorgement n’est pas rendu nécessaire par la consécration de l’animal à Allah

L’égorgement pourrait être rendu obligatoire par l’habitude musulmane consistant lors de l’égorgement à consacrer l’animal à Allah, rendant les deux pratiques nécessairement concomitantes. Or tel n’est pas le cas.

Yusuf Qaradawi écrit : « La raison de cette interdiction [prononcer le nom d’un autre que Dieu], ici purement religieuse, est de sauvegarder le monothéisme, de purifier les croyances et de lutter contre l’associationnisme et les divers aspects de l’idolâtrie dans tous ses domaines. (…) S’il prononce en l’égorgeant le nom d’un autre que Dieu, l’homme annule aussitôt cette permission et mérite qu’on l’empêche de profiter de cet animal égorgé. »

Or Yusuf Qaradawi précise : « Certains savants décidèrent en fin de compte que prononcer le nom de Dieu était nécessaire. Mais il n’est pas obligatoire que cela se fasse au moment de l’abattage. Il suffit de le faire avant d’en manger : « ne mange pas quelque chose sur laquelle on n’a pas prononcé le nom de Dieu ». Dans le recueil authentique d’al-Boukhari, il y a ce hadith rapporté par Aïcha : Il y a des gens qui nous apportent de la viande et nous ne savons pas s’ils ont prononcé sur elle le nom de Dieu. Pouvons-nous en manger ? Il [Mahomet] leur dit : « Prononcez le nom de Dieu et mangez-en ». »

Tareq Oubrou écrit : « Selon l’école chaféite [l’une des quatre grandes écoles juridiques de l’islam], on n’est même pas obligé de prononcer le nom de Dieu avant l’abattage. »

3) L’abattage musulman est un abattage éthique au sens où son objectif doit être de faire souffrir l’animal le moins possible

Yusuf Qaradawi écrit : « Il nous semble que le sens secret de cet abattage est le fait de tuer l’animal dans les délais les plus brefs et sans le faire souffrir. C’est pourquoi on a rendu obligatoire l’emploi d’un instrument tranchant car son effet est plus rapide. On a exigé de trancher à la gorge, car c’est l’endroit le plus propice pour mettre facilement fin à la vie de l’animal. On a interdit d’égorger avec la dent ou l’ongle car cela ferait souffrir la victime et n’aboutirait en général qu’à la strangulation. Le Prophète a ordonné de bien aiguiser la lame et de mettre la bête à l’aise : « Dieu a prescrit de faire toutes choses avec humanité. Quand vous tuez, tuez humainement, et quand vous égorgez, égorgez humainement. Que l’un de vous aiguise bien sa lame et mette à l’aise sa victime. » (hadith rapporté par Muslim d’après Chahad Ibn Aous). »

L’égorgement est ainsi venu mettre fin à l’époque de Mahomet à des pratiques odieuses vis-à-vis des animaux. En effet, Yusuf Qaradawi rappelle : « Omar vit quelqu’un trainer un ovin par la patte pour l’égorger. Il lui dit : « Malheur à toi ! Conduis-le à la mort d’une façon gentille » (hadith rapporté par Abd ar-Razaq). Ainsi nous trouvons que la pensée générale est de traiter les animaux avec douceur et de leur éviter au possible toute souffrance. Avant l’islam, les Arabes coupaient la bosse des chameaux vivants et coupaient aussi la queue des gros ovins. C’était là une torture pour ces animaux. Le Prophète leur interdit cette pratique barbare en leur disant : « Tout ce qu’on coupe d’un animal vivant est considéré comme bête morte » (hadith rapporté par Ahmad, Abou Dawoud, ar-Tirmidhi et al-Hiban) »

Tareq Oubrou confirme : « Nous ne sommes pas dans le sacré. Le musulman a simplement pour obligation d’alléger au maximum la souffrance de la bête. »

Tariq Ramadan indique également : « Être obsédé par les techniques du “halal“ et, a fortiori, en en disant et en ne proposant rien sur la question du traitement absolument indigne des animaux dans nos univers de surconsommation et de productivités à outrance (dans certains élevage, dans les abattoirs, etc.) – de même que sur le mauvais traitement des animaux dans les sociétés les plus pauvres –, cela est proprement illogique, sidérant et tout simplement schizophrénique. (…) La consommation de la viande “halal“ est réduite à une question d’ordre technique sans considération fondamentale pour les finalités du sacrifice, qui ne devrait se permettre de prendre la vie qu’en l’ayant respectée et protégée des mauvais traitements et de la souffrance. »

Ces positions semblent tout à fait conformes à la Sunna (Tradition) du Prophète, si l’on suit quelques exemples de hadiths « authentiques » tout à fait bien connus :

Bukhari : Titre 72 « Des animaux à égorger, du gibier et de l’invocation à faire pour le gibier » / Chapitre 25 « De ce qu’il est répréhensible de mutiler un animal vivant, l’attacher pour servir de cible ou le faire coucher sur les pattes pour lui trancher le col. »

Bukhari N°5513 (et Muslim N°1956) : Hishâm Ibn Zayd a dit : « Comme j’entrais chez al-Hakim Ibn Ayyûb en compagnie d’Anas, celui-ci aperçut des jeunes gens qui avaient attaché une poule sur laquelle ils tiraient à la cible. – Le Prophète, dit alors Anas, a défendu de tuer de sang-froid (c’est-à-dire sans aucune nécessité d’aucune sorte) [donc la souffrance n’étant d’aucune utilité, elle doit être évitée si elle peut l’être] les animaux ».

Bukhari n°5515 : Sa’îd Ibn Jubayr a dit : « J’étais auprès d’Ibn Umar. On passa auprès de jeunes gens qui avaient attaché une poule pour s’en servir de cible. Aussitôt qu’ils aperçurent Ibn Umar ils se dispersèrent. – Qui a fait cela ? s’écria Umar. Le Prophète a maudit quiconque agirait ainsi. D’après Ibn Umar, le Prophète a maudit quiconque mutilerait un animal. »

Muslim N°1955 : Shaddid Ibn Aus a rapporté : « Je me souviens de deux choses que le Messager d’Allah a dites : Allah a enjoint de la bonté en toutes choses ; alors, quand vous tuez, tuez d’une bonne façon et quand vous égorgez, égorgez d’une bonne façon. Donc chacun devrait aiguiser son couteau et devrait faire en sorte que l’animal égorgé meurt confortablement. »

En revanche, si l’on peut se fier aux religieux pour ce qui est des questions religieuses, restons plus circonspects vis-à-vis de leur « ressenti » scientifique, tel celui de Tareq Oubrou : « D’où la nécessité d’utiliser un couteau très aiguisé afin de stopper d’un coup l’irrigation du cerveau et de permettre à l’animal de perdre rapidement conscience. L’animal ne souffre pas. Les soubresauts qui suivent l’égorgement sont purement végétatifs et inconscients puisque son âme a déjà quitté son corps dès la mort cérébrale [propos qui mélange la science et la religion et dont on voit bien qu’il quitte complètement le champ scientifique]. »

Cela étant, Tareq Oubrou finit par conclure : « Si un jour il est prouvé que l’étourdissement préalable réduit effectivement la souffrance, alors pourquoi pas… »

Maintenant donc que les procédés d’étourdissement sont disponibles, rien ne s’oppose à abandonner l’égorgement au profit de l’étourdissement, procédé incomparablement moins douloureux. Car comment soutenir que l’animal ne souffre pas alors qu’on lui a seulement tranché une partie du cou, laissant sa tête ballante, sans rompre toutes les terminaisons nerveuses comme dans le cas d’une décapitation, provoquant ainsi un stress abominable (et la production consécutive de toxines) et une agonie qui peut durer plusieurs minutes ?

3) La viande issue de l’abattage par les Gens du Livre est licite pour les musulmans

Si l’étourdissement est donc tout à fait licite aujourd’hui (l’égorgement de l’époque du Prophète étant devenu obsolète du fait de l’apparition des techniques modernes), y aurait-il par ailleurs un enjeu quelconque en raison du fait que la viande consommée par les musulmans proviendrait en outre d’abattoirs occidentaux non tenus par des musulmans, donc dans un cadre très différent de ce qui se passe en terre d’islam ? Le fait que les abattoirs européens utilisent l’étourdissement rend-il la viande illicite pour le musulman ?

Eh bien, non !, dans la mesure où les musulmans peuvent considérer que les abattoirs sont situés dans des pays à majorité d’origine largement chrétienne (les chrétiens faisant partie des « Gens du Livre », avec principalement les juifs).

Yusuf Qaradawi indique en effet : « L’expression « La nourriture ce ceux qui ont reçu le Livre » est une expression générale englobant tout ce qu’ils mangent. Les bêtes qu’ils égorgent, leurs céréales, etc. Tout cela nous est licite tant qu’il n’est pas spécifiquement illicite comme la bête morte, le sang répandu et la viande de porc. Tous ces interdits, que ce soit l’alimentation d’un homme du Livre ou d’un musulman, on est unanime à dire qu’ils ne nous sont pas permis. »

Yusuf Qaradawi précise : « Ce qu’ils abattent par électrocution ou autre chose pareille. La deuxième question est de savoir si on exige que leur façon d’abattre doit être semblable à la nôtre, c’est-à-dire avec une lame tranchante à la gorge. La plupart des savants l’exigent. Cependant, un groupe de Malékites [l’une des quatre écoles juridiques de l’islam, notamment suivie par les maghrébins] disent que cela n’est pas une condition obligatoire. Dans son commentaire du verset de la sourate 5 (« le festin »), Ibn Arabi a dit : « Cela est une preuve évidente que la chasse et la nourriture de ceux qui ont reçu le Livre font partie des choses bonnes et pures que Dieu a permises. C’est là une permission absolue. Dieu ne l’a répété que pour lever les doutes et mettre fin aux objections et aux mauvaises pensées qui nécessitent à leur tour d’autres objections et astreignent à de longs discours. » On m’a demandé mon avis sur le chrétien qui tord le cou de la poule puis la fait cuire. Peut-on en manger avec lui ou la prendre chez lui pour la manger ? Je dis : « Oui, on peut la manger car c’est son alimentation personnelle, celle de ses prêtres et de ses moines, même si cette manière de tuer n’est pas nôtre. Dieu nous a permis leur nourriture sans aucune restriction. Tout ce qu’ils considèrent permis dans leur religion nous est permis, sauf dans les cas où Dieu les a accusés de mensonge ». Nos savants ont dit : « Ils nous donnent leurs femmes comme épouses et il nous est alors permis d’avoir avec elles des rapports intimes. Comment ne mangerions-nous pas de leur abattage, alors que la nourriture vient après les rapports sexuels [un musulman étant autorisé par la doctrine à épouser une juive ou une chrétienne] dans le licite et l’illicite ? » »

Yusuf Qaradawi confirme : « C’est le principe adopté par Ibn al-Arabi. Il a dit dans un autre passage : « Ce qu’ils ont mangé sans l’avoir égorgé selon notre rite, mais après l’avoir étranglé ou lui avoir brisé le crâne, c’est-à-dire sans se préoccuper de sa légitimation, cela est interdit. » Mais il n’y a aucune contradiction dans ses deux affirmations. Il a voulu en effet dire que ce qu’ils jugent chez eux comme légitimé par l’abattage rituel nous est permis, même si son abattage n’est pas conforme au nôtre. Ce qu’ils ne jugent pas chez eux comme légitimé par l’abattage rituel ne nous est pas permis. On entend par abattage rituel l’intention de tuer l’animal dans le but de le rendre licite. C’est ce que pense ce groupe de malékites. À la lumière de ce que nous venons de dire, nous savons quelle position prendre devant les viandes importées des pays des gens du Livre telles que le poulet et la viande de bœuf en conserve qu’on a abattus par électrocution ou un autre moyen semblable. Tant qu’ils jugent ces viandes licites, elles le sont pour nous, conformément au sens général du verset. Quant aux viandes importées des pays communistes, on ne peut en aucune façon les consommer, car ce ne sont pas des gens du Livre et ils renient toutes les religions en bloc. Ils ne reconnaissent ni Dieu, ni aucun de ses messagers. »

4) Le musulman n’a même pas à se préoccuper de la question de la façon dont la viande a été produite

Outre tout ce qui vient d’être précisé, Yusuf Qaradawi indique : « Une règle de base : nous ne devons pas nous poser de questions au sujet de ce que nous ignorons. Le musulman n’a pas à s’interroger sur ce dont il ne connaît pas l’origine. Comment a-t-il été abattu ? Toutes les conditions de l’abattage sont-elles remplies ? Le nom de Dieu a-t-il été prononcé sur la bête au moment de l’égorger ? Mais tout ce dont on ignore l’origine de ce qu’a abattu un musulman (même ignorant ou dépravé) ou un homme du Livre est licite. Nous avons déjà cité le hadith d’al-Boukhari selon lequel on demanda au Prophète : « Des gens apportent de la viande sans que nous sachions s’ils ont prononcé le nom de Dieu sur elle ». Il leur dit : « Prononcez vous-mêmes le nom de Dieu sur elle et mangez-la ». Les savants dirent à propos de ce hadith : « Cela montre que les actes et les comportements sont jugés corrects et sains jusqu’à preuve du contraire. » »

CONCLUSION

Au terme de cette analyse, on voit qu’il n’existe aucun obstacle de principe sérieux à l’abandon de l’égorgement comme méthode d’abattage au titre du halal, si ce n’est malheureusement le manque de courage des politiques et sans doute l’avidité financière des grands groupes alimentaires, car l’étourdissement a un coût (adaptation de la chaîne de production, réduction de la vitesse d’abattage, réalisation de contrôles pour éviter tout mauvais traitement et non application des règles,…). Mais les grands groupes n’ont en généralement cure. Ils sont plus sensibles aux cris de leurs actionnaires qu’aux hurlements de ces bêtes qu’on égorge dans des conditions épouvantables.

Alors, mesdames et messieurs les politiques, qu’attendez-vous pour rendre le monde meilleur ?

Notons que cette analyse a été transmise à Geneviève Gaillard (PS) et Jacques Lamblin (LR) en début d’année 2016 (ainsi qu’à plusieurs associations de défense des animaux dont L214 et la fondation Brigitte Bardot). J’invite les lecteurs qui seraient sensibles à cette cause à écrire à ces deux députés pour leur rappeler l’urgence de traiter cette question.

 

Libye et victimisation : une mise au point intéressante sur les errements français

L’excellente émission « Arrêt sur images » nous a gratifié fin mars 2016 d’un échange intéressant et plein de bon sens à propos des errements français en Libye et de l’instrumentalisation médiatico-politique de la victimisation.

ASI 160331 Libye et victimisation

ASI 160331 Libye et victimisation

Lutter contre la « radicalisation islamiste » : un leurre bien occidental ?

Alors que l’ « Instance de dialogue » mise en place par le gouvernement avec les représentants de l’islam de France constatait en tout début de semaine dernière (21 mars) sa très grande difficulté à lutter efficacement contre la radicalisation chez les jeunes musulmans français, les attentats de Bruxelles ont été tout au long de la semaine de nouveau l’occasion d’un déferlement de généralités dans les médias, laissant de côté la doctrine, l’émission « Des Paroles et Des Actes » s’étant illustrée dans ce domaine avec une conclusion assez insipide et surtout inutile d’un psychiatre, car c’était, encore une fois, replacer la problématique de la radicalisation sur le seul terrain de la psychologie/psychiatrie. Malheureusement, la faible diversité des intervenants dans les grands médias (télévision ou radio) laisse peu de chance à l’expression des opinions non conformistes, politiquement incorrectes, mais probablement plus justes.

Il est symptomatique que les seuls motifs avancés ad libitum pour expliquer cette « radicalisation » soient tous de nature sociologique, économique, psychologique, etc., et jamais religieuse. Si des juifs, des chrétiens, des bouddhistes, des agnostiques, des athées,… souffrent aussi en France de difficultés scolaires, économiques, psychologiques, sentimentales, etc., on n’en voit pas qui sortent tuer des gens dans les rues ou commettre des attentats-suicide au nom de leur religion ou spiritualité. C’est donc bien qu’il y a une spécificité de l’islam en matière de violence.

Force est de constater que ces jeunes musulmans qui commettent ces attentats au mépris de leur vie sont loin d’être tous des « paumés » ou des personnes psychologiquement dérangées. Bien sûr, certains peuvent être instrumentalisés à partir d’un terreau fragile, mais beaucoup de situations ne semblent pas relever de ce contexte. Dans une récente émission d’« Arrêt sur images », un reportage montrait un combattant de l’État Islamique en Syrie qui faisait le choix, après concertation avec les autres membres de son groupe, de sacrifier sa vie pour déloger des ennemis d’une position jusque-là imprenable. Il était calme et le reportage le montrait ayant une conversation a priori normale avec sa femme quelques minutes avant son départ. De la même façon, la vidéo de l’État Islamique relative aux attentats du 13 novembre montre les interviews des combattants morts dans les attentats : c’est surtout leur résolution calme qui impressionne, y compris lorsqu’ils pratiquent des décapitations.

Face à cette détermination sans faille et maîtrisée, les politiques sont désemparés car beaucoup d’occidentaux ont perdu le sens du religieux. La glorification de l’athéisme et l’écroulement de la morale qu’il provoque sapent depuis bien des années le respect et la compréhension du spirituel dans l’homme. Les personnes vraiment croyantes ne sont plus vues que comme des représentants d’une espèce en voie d’extinction, des « curiosités » qu’on observe avec amusement, comme les hommes du mythe platonicien de la caverne. Aller jusqu’au bout de son engagement religieux ou spirituel serait la marque de personnes « dépassées », appartenant à une époque révolue, n’ayant rien compris puisqu’elles sont par définition en dehors de la réalité consumériste et jouissive de notre temps. À cette aune, un moine régulier qui s’enferme pour des années entre les murs d’une abbaye à prier pour un monde qu’il ne voit pas est-il plus fou qu’un combattant musulman qui veut mourir en martyr, assuré qu’il est d’être reçu au paradis ?

Poser le problème de la « radicalisation » musulmane, c’est en réalité poser le problème de l’identité profonde de l’islam. Que dit l’islam ? En réalité, la grande majorité des musulmans semble l’ignorer (comme le confirmait un reportage présenté dans l’émission de France 2 du dimanche matin consacrée à l’islam de France en février 2015 : « L’ignorance est un fléau chez les musulmans » disait une jeune musulmane interviewée).  Aussi, l’invitation pressante de l’État Islamique incitant les musulmans d’Europe (et du monde) à revenir à leurs textes authentiques, à « apprendre leur religion », n’est donc pas fortuite.

Pourquoi les réponses de l’islam de France sont-elles si faibles à ce sujet ? C’est sans doute que la lecture de la biographie originelle de Mahomet du IXème siècle (Sîra d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham), reconnue comme authentique par tous les musulmans, conduit à constater une proximité troublante entre l’islam de Mahomet, à compter de son installation à Médine, et celui de l’État Islamique. Cette biographie regorge en effet d’expéditions, de razzias, meurtres, viols, tortures, etc. dans le cadre du jihad que Mahomet a instauré contre tous les non-musulmans. Ce jihad est offensif et la légitime défense si souvent évoquée en occident apparaît bien « mythique ».

En effet, l’omniprésence de la guerre à compter de la déclaration du jihad ne fait guère de doute : de la date du début de la préparation du jihad à la conquête de La Mecque, ce qui représente 500 pages dans la Sîra traduite par Abdurrahmân Badawî (Éd. Albouraq), on dénombre environ 450 pages consacrées à la description de la guerre (batailles, expéditions, alliances, traitements de captifs, répartition du butin, meurtres divers,…). La consultation de la table des matières du second volume de cette biographie conduit à identifier sur cette période plus de vingt-cinq sections relatives à la guerre (avec les mots bataille, campagne, razzia, conquête,…), ainsi que quatorze sections relatives à des meurtres. Souvenons-nous d’ailleurs simplement que Mahomet a exterminé les juifs Banû Quraydha à Médine : entre 600 et 900 prisonniers juifs égorgés par petits groupes, « jusqu’à leur extermination totale », dit la Sîra ; et tout cela en dépit du fameux « Nulle contrainte en religion » (qui a en réalité été abrogé par Mahomet avec l’ouverture du jihad).

Cette perception n’est guère contradictoire avec la lecture du Coran, dont les versets appelant à tuer les infidèles, les pourchasser, etc., sont nombreux, de même que les multiples versets glorifiant le martyre dans le « combat dans la voie d’Allah » (le jihad), dont j’ai déjà eu l’occasion dans un autre article sur « la licéité de l’attentat-suicide » de donner de nombreux exemples sur le site d’Atlantico.

Terminons enfin par les hadiths du Prophète qui semblent également cohérents avec cet ensemble. Par exemple en ce qui concerne la lutte contre les juifs (hadith de Muslim faisant partie du recueil authentique, qu’on retrouve de façon similaire mais un peu plus courte chez Bukhari) : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allah a dit : « L’Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu’à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant : « Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer ! », exception faite de l’arbre dit Al-Gharqad qui est l’un des arbres des juifs ». »

Que Mahomet ait été historiquement un homme politique qui a usé sans scrupule de la guerre pour parvenir à ses fins ne devrait pas en soi être problématique si l’islam pouvait laisser dormir cet exemple dans les coffres de l’histoire et ne conserver de sa doctrine que les aspects pacifiques et miséricordieux (l’islam ayant déjà été bien précédé par les conceptions bouddhistes et chrétiennes qui donnent à l’amour du prochain et à la compassion une place centrale, la violence étant totalement absente du Nouveau Testament – est-il besoin de le rappeler –). Cette évolution serait profitable à tous et faciliterait grandement le vivre ensemble.

Mais vouloir faire évoluer l’islam dans ce sens, ce que certains penseurs musulmans « éclairés » réclament aujourd’hui au péril de leur vie, semble impossible sans remettre en cause l’islam dans sa totalité puisque Mahomet constitue un modèle a qui force de loi universelle pour la suite des temps, toute critique de sa personne étant d’ailleurs susceptible de constituer un délit de blasphème puni de mort dans l’islam.

Aussi, la question de la « radicalisation » n’est pas celle qui nous est présentée : c’est d’abord fondamentalement une question religieuse, et non sociologique ou psychologique ; vouloir prétendre le contraindre est une erreur de diagnostic manifeste, un véritable aveuglement. D’ailleurs, si tous les recruteurs et les recrutés de l’État Islamique étaient des gens « perdus », désemparés, la lutte serait sans doute beaucoup plus facile et leur engagement ne se prolongerait sans doute pas sur des années. La cohérence doctrinale de la vision dite « islamiste » est justement un des éléments pouvant fasciner des esprits en quête d’absolu, à la recherche d’une vraie identité spirituelle et non pas d’une religiosité confortable se rassasiant de quelques prières quotidiennes et de quelques ablutions.

Si être musulman aujourd’hui c’est continuer à suivre du mieux possible l’exemple du Prophète (ce qui est régulièrement rappelé dans toutes les conférences musulmanes qui se tiennent en France), prendre conscience de la nature de l’islam professé et pratiqué par Mahomet (telle qu’il ressort des textes musulmans authentiques eux-mêmes) semble problématique, au moins à la première lecture : on peut certes prétendre interpréter, mais la clarté de ces textes pose un vrai problème. La question devient donc : Mahomet était-il « radicalisé » ? Est-ce un exemple à suivre ?

Georges Malbrunot, dans une conférence donnée à Neuilly-sur-Seine le soir du 22 mars dernier sur le thème de l’État Islamique, à la question (deux fois formulée) sur les motifs strictement religieux conduisant les jeunes Européens à partir en Syrie, répondait : « l’islam, ce n’est pas cela [celui de l’État Islamique] », incantation pieusement formulée. Ce propos, malheureusement soutenu par aucun argumentaire doctrinal, semblait refléter un tabou impossible à lever : envisager que certains aspects de la doctrine de l’État Islamique puissent effectivement refléter le véritable islam des origines. Dans le même temps pourtant, Georges Malbrunot concédait qu’une proportion très significative (30% ou plus) des sunnites de certains pays du Golfe affichaient en leur for intérieur une certaine sympathie pour la vision doctrinale de l’islam professée par l’État Islamique.

En France, l’accès aux médias semble limité à un petit groupe d’islamologues ayant pignon sur rue médiatique et dont le discours économico-sociologico-psychologique semble tourner en boucle en dépit du peu de réponses concrètes qu’il apporte. Quant aux autres commentateurs, journalistes détenant les clefs du pouvoir médiatique, leur ignorance de la doctrine musulmane est flagrante – d’ailleurs il ne la cite jamais –, ce qui ne les empêche toutefois pas d’asséner leurs opinions avec la plus grande force. Ainsi, les questions difficiles sont évacuées, comme l’a déjà souligné à plusieurs reprises Alain Finkielkraut (mais aussi d’autres), au prétexte de ne pas favoriser la « stigmatisation » (et donc l’islamophobie).

Or la question n’est pas de stigmatiser les musulmans, qui n’ont aucune raison d’avoir à la naissance un plus mauvais fonds humain que les autres hommes. Car il faut mettre fin aux procédés condamnables de certaines officines dont l’activité principale semble consister, dans un amalgame odieux, à tenter de faire taire (et si possible condamner par la justice) toute analyse libre et critique des religions, et notamment de l’islam, au prétexte que ce sont les personnes qui sont attaquées ! Eh bien, non ! Humainement, un musulman n’a pas plus de raison d’être meilleur ou pire qu’un juif, un chrétien, un bouddhiste, un athée, un communiste, un scientologue… : donc pourquoi l’attaquer ? La question n’est vraiment pas là. La question est d’analyser de quelle façon les idéologies, les religions, peuvent transformer les hommes, jusqu’à parfois en faire des monstres, et d’essayer de comprendre dans quelle mesure ce processus de transformation a été délibéré et conscient de la part de l’individu concerné, car c’est aussi une clef essentielle dans la lutte contre ces dérives.

La première tâche est donc d’éduquer chaque personne dans sa religion et de lui faire prendre pleinement conscience des textes qui sont à la source de sa croyance. Or, s’agissant de l’islam, on peut légitimement s’interroger sur le degré de connaissance qu’ont les musulmans de leurs propres textes sacrés étant donné la puissance des dénis, des occultations ou des censures qu’on constate tous les jours dans ce domaine.

La question, qui ne doit supporter aucune entrave, est, sur la base des textes originaux, de rechercher la réalité du message, quelle qu’elle soit, même si elle est douloureuse. Or force est de reconnaître que de nombreux thèmes posent problème dans la doctrine musulmane (inégalité des communautés humaines et communautarisme, inégalité homme-femme et droit de battre sa femme, châtiments corporels, laïcité, jihad contre les infidèles, martyre au combat, etc.).

Malheureusement, en France, le politiquement correct semble difficile à dépasser, alors même que la parole peut être beaucoup plus libre dans certains pays où on s’y attendrait peut-être moins (lire par exemple l’interview du philosophe musulman libanais Ali Harb publiée le 13 mars 2016 dans le quotidien libanais « L’Orient Le Jour » intitulée : « L’islam ne peut pas être réformé ») (reforme). En matière de religion, les médias français semblent déserter le champ de la simplicité, de la raison, du simple bon sens. Et la lecture littérale, qu’on nous apprend à l’école et que tout le monde applique naturellement dans sa vie de tous les jours, semble perdre soudainement, lorsqu’il s’agit de l’islam, sa pertinence et sa vertu (sans que quiconque soit capable d’expliquer pourquoi), et être entachée d’un irrémédiable et épouvantable vice. De quoi a-t-on peur ?