BHL : un dandy irresponsable qui se prend pour un prophète ?

Si certains parlent de la folie religieuse des hommes de l’État Islamique, le passage de Bernard-Henri-Lévy sur le plateau d’On N’est Pas Couché le 13 février 2016 semble être une autre démonstration mémorable du délire auquel peuvent conduire les religions mal digérées.

BHL ONPC 160213

Visiblement, BHL résiste difficilement à la tentation de se prendre pour un prophète et à « aller au contact de la bête, dans la gueule du loup » comme Jonas, investi qu’il se sent d’une mission divine : « Être juif c’est être une espèce d’escorte silencieuse et secrète pour les autres peuples et les autres nations » ; bref, le peuple élu. Pourtant, on peut s’interroger sur la profondeur du judaïsme de ce personnage, lui qui se dit « juif laïc », déchiffrant à peine l’hébreu, n’accomplissant pas les gestes de la prière et de la consommation juive de nourriture.

BHL ONPC 160213 La responsabilite du judaisme

Au point que Léa Salamé finit par lui demander sur un ton qui n’est pas celui de la plaisanterie : « C’est Dieu qui vous a commandé d’aller en Libye ? », question à laquelle BHL répond : « C’est la conception que je me fais de moi-même (…) ».

BHL est fasciné par le récit de Jonas qu’il emporte parfois dans ses voyages : « Cette histoire est folle. Aller voir le pire des peuples pour tenter de le sauver. » Cette histoire est à la mesure de sa prétention immense : « À quoi cela servirait, franchement, d’avoir lu quelques livres, d’être un peu conscient de ça, l’esprit du judaïsme, et de son nom si on en faisait pas usage concrètement ? »

BHL ONPC 160213 Jonas

BHL ne regrette rien du chaos épouvantable créé par l’intervention en Libye. Il a jeté des dés et peu importe le résultat puisque celui-ci est dans la main de Dieu : « Le cœur des hommes est dans la main des rois et la main des rois est dans la main de Dieu ». Et Laurent Ruquier remarque avec bon sens que c’est le principe du : « On agit et on réfléchit après ».

Effectivement, BHL est fier d’être acteur de l’histoire, d’allumer la mèche qui va déclencher le mouvement de l’histoire, même si on ne sait pas où elle va, avec des accès hégéliens qui font froid dans le dos : « L’histoire s’est remise en marche. L’histoire, c’est chaotique. L’histoire, c’est des avancées et des reculs, c’est des surprises, c’est des emballements. » Des milliers de mort ? Ce n’est pas grave. C’est à ce prix que l’histoire avance. Vers quoi ? On ne sait pas bien. « Tous les peuples ont une passe possible vers la liberté, qu’il n’y a pas de région du monde qui ne soit pas destinée un jour à quelque chose qui pourrait ressembler à de la démocratie. »

Fasciné par celui qui semble être son modèle, l’anglais Disraëli, « le plus flamboyant de ces dandys », et qui avait surtout la reconnaissance du monde politique et le pouvoir, BHLBien au chaud et à son aise dans les mondanités parisiennes, ne choisit pourtant pas de prendre courageusement les armes pour assumer ses valeurs mais préfère se faire photographier bien habillé, dans une pose à dormir debout, ou plutôt à se faire tuer debout, auprès de combattants kurdes avec son éternelle chemise (ou son tee-shirt blanc) qui laisse voir une peau bien bronzée et une coiffure impeccable.

BHL Kurdes

Persuadé d’être spirituellement au-dessus du peuple vulgaire, peut-être même d’être inspiré par Dieu, BHL sombre dans un antisémitisme existentiel dont il a visiblement besoin pour « être », comme le petit enfant qui se construit contre l’autorité de son père : « Le sacre des juifs pour mieux les abattre », « L’obscure affaire du sang contaminé » assimilée à un « crime rituel », « L’affaire DSK : un complot antisémite ou peu s’en faut ». Rien ne désarçonne ce nouveau Don Quichotte, même pas le bon sens de Laurent Ruquier qui fait remarquer que l’affaire du sang contaminé n’a guère porté préjudice à la carrière de Laurent Fabius et que Dominique Strauss-Kahn a été protégé pendant des années pour les soucis que lui causaient ce qu’il avait entre les jambes.

BHL ONPC 160213 Antisemistisme

Alors, monsieur BHL, si je puis me permettre, quand on est malade de la tête, on se fait soigner. On ne joue pas aux apprentis-sorciers avec le sort des peuples et la vie de milliers de personnes quand, pour une raison encore obscure, on a tant soit peu eu l’oreille d’un plus petit que soi.

BHL et ses valeurs

Bernard-Henri Lévy ayant une aura médiatique certaine, il est intéressant de noter quelques aspects des valeurs profondes qui l’animent.

2013 (Biliothèque Médicis)

BHL Soeur 130623

BHL Soeur 130623

À propos de la conversion de sa sœur, Véronique, au christianisme : « C’est une toute petit sœur (…) tout de même majeure (…). Moi, je suis juif et très profondément juif. (…) Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’en faisant cela, elle rompt une chaîne de transmission, peut-être, elle contribue à la rompre. (…) »

2016 (On n’est pas couché)

BHL ONPC 160213 Valeurs

BHL ONPC 160213 Valeurs

Laurent Ruquier en lisant un extrait du livre de BHL : « BHL rappelle qu’il déchiffre lui-même à peine l’hébreu, qu’il n’accomplit pas les gestes de la prière et de la consommation juive de la nourriture. » Laurent Ruquier ajoute : « Vous êtes de surcroît un juif laïc, c’est bien de le rappeler ». BHL confirme.

BHL aurait-il un problème d’identité ?

Islam : l’Instance de dialogue démunie face à la radicalisation

Voici un intéressant article du Figaro revenant sur les difficultés extrêmes de l’islam de France et du gouvernement à affronter la question centrale de la violence en islam.

Article de Jean-Marie Guénois (Le Figaro, 22 mars 2016)

(Le texte de l’article est en italique, mon commentaire précédé de la mention : « COMMENTAIRE »)

Cette édition, menée par Bernard Cazeneuve, n’a pas apporté de solutions concrètes.

Une « instance de dialogue » discute beaucoup. C’est sa force mais aussi sa limite. Ainsi de la seconde édition, lundi 21 mars, de l’Instance de dialogue avec l’islam de France organisée par le ministère de l’Intérieur et intro­duite, le matin, par le premier ministre, Manuel Valls, en présence de nombreuses personnalités musulmanes, et consacrée – après une première, inaugurale, le 15 juin 2015 – à « la prévention de la ­radicalisation ». Mais devant un problème aussi complexe touchant des jeunes –  et échappant notoirement à toutes les fédérations musulmanes constituées -, peu de propositions concrètes ont été ­annoncées.

Sinon le fait que Bernard Cazeneuve ait assuré un renforcement de l’action des 196 aumôniers agréés de prison. Ils pourraient voir leur système d’indemnisation revu à la hausse par le ministère de la Justice. Autre nouveauté, la recommandation d’associer des experts religieux, pour enrichir le travail des 101 « cellules préfectorales de suivi et d’accompagnement des personnes radicalisées ». Cela se pratique dans un respect scrupuleux de la laïcité, assure le ministre, car « ce n’est pas à l’État de dire ce qu’est le bon islam ».

Suivi dans les prisons 

Il a cependant estimé « souhaitable » que les préfectures, comme les conseils régionaux du culte musulman et les associations qui sont au plus près du terrain, croisent davantage leurs compétences pour réussir à convaincre les 1.855 jeunes Français de confession musulmane actuellement suivis par ces cellules de ne pas succomber à la violence.

Nettement plus floues ont été les orientations prises pour contrer le « discours » radical qui s’installe dans les esprits et pouvant faire basculer « d’un jour à l’autre » un jeune dans la violence islamique, via notamment, « les réseaux sociaux ». Floues parce que personne ne voit comment les contrecarrer de façon efficace. Pas même le Conseil français du culte musulman qui a toutefois transmis au gouvernement un livre blanc à cet effet. Floues au point que beaucoup d’intervenants musulmans, même s’ils se divisent à ce sujet, réclament la création d’une instance doctrinale de l’islam de France. Quant au gouvernement, il a fini par évoluer sur le sujet. Bernard Cazeneuve semble avoir rompu avec la ligne refusant tout « amalgame » entre violence et islam. Elle fut pourtant encore prônée le matin par Manuel Valls, pour qui l’islam n’entretient pas « une violence qui lui serait propre ».

COMMENTAIRE : Tant que l’islam de France et le gouvernement français continueront à pratiquer le déni de réalité systématique sur les liens innés entre l’islam et la violence, rien n’est possible. L’incompétence gouvernementale et la peur des représentants de l’islam de France d’une désislamisation de leurs ouailles sont des alliés objectifs dans le maintien de l’obscurité qui entoure la doctrine musulmane dont on clame d’autant plus fort qu’il s’agit d’une religion d’amour et de paix que les attentats se succèdent : une véritable tragédie à la Dorian Gray. Qu’est-ce que la radicalisation ? Pour le savoir, encore faudrait-il savoir ce qu’est l’islam « normal » ? Avez-vous jamais vu une définition de l’islam « normal », et en référence à quoi ? Cela n’existe pas.

COMMENTAIRE : Quant à l’idée d’une instance doctrinale de l’islam de France, qui va oser la défendre et prétendre abandonner dans le monde sunnite le principe du consensus (ijma) pour fixer une doctrine qui ne peut qu’être universelle et donc s’imposer au monde entier ? Encore faudrait-il déjà commencer par lire les textes musulmans authentiques : or, il suffit de lire les ouvrages disponibles dans le commerce pour constater l’absence flagrante de référence à ces textes. Pourquoi ? Bonne question…

Triplement des extrémistes 

C’est cette ligne qui avait pourtant exclu – cinq mois seulement après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher – la thématique de la radicalisation du menu de la première réunion de cette instance le 15 juin 2015… « À l’évidence, a donc reconnu Bernard Cazeneuve, lundi, la dimension religieuse de la radicalisation, si elle n’est pas le seul facteur de ce phénomène, constitue l’idéologie, le cadre de la mobilisation proposée aux djihadistes à travers une lecture littéraliste et dévoyée de la religion, transformée en idéologie totalitaire. Cette idéologie prône le combat contre les non-musulmans mais aussi contre les musulmans eux-mêmes qualifiés de “faux musulmans” quand ils n’adhèrent pas à ce dogmatisme de la haine ». Il y a eu, depuis, les 130 morts du Bataclan et du Stade de France… Mais il y a aussi des chiffres terribles évoqués par Cazeneuve lui-même sur le pouvoir d’attraction de ce « dogmatisme de la haine ». Entre 2014 et aujourd’hui, leur nombre a triplé : 555 jeunes étaient séduits par cette perspective, ils sont désormais 1 855. Deux cents étaient partis combattre sur place, ils sont actuellement 606… 

COMMENTAIRE : Alors que c’est précisément ce qu’on nous apprend à l’école, lire simplement ce qui est écrit et s’attacher au sens littéral du texte, dans le cas de l’islam, il ne faut surtout pas le faire nous dit-on, parce que la lecture littérale est une lecture dévoyée ! Pourquoi ? Mystère. Pourtant jamais aucune injonction de ce type n’a été émise en ce qui concerne la lecture des textes juifs, chrétiens, bouddhistes, etc. sans parler de toute la littérature française (à l’exception bien sûr des poètes – et encore –, des surréalistes, etc.) et étrangère. Qu’ont donc les textes musulmans de si particulier ? Eh bien, la meilleure façon de le savoir, c’est de les lire ! Et sans doute alors vous comprendrez de vous-même. Surtout si vous avez l’intelligence et la curiosité de lire la biographie originelle du grand Mahomet (celle d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham cf. biographie).

La réponse de l’islam de France aux attentats du 13 novembre 2015 : un texte important passé inaperçu

À l’heure (22 mars 2016) où certaines victimes et les proches des attentats du 13 novembre 2015, commis au nom de l’islam et d’une ampleur sans précédent, viennent d’être reçus à l’Élysée, et que de nouveaux attentats viennent d’être perpétrés en Belgique, il est intéressant de relire le prêche rédigé par le Conseil Français du Culte Musulman et envoyé à toutes les mosquées de France afin d’être lu le vendredi 20 novembre 2015 dans les mosquées.

CFCM preche novembre 2015

http://www.lecfcm.fr/?page_id=4014

Car on pouvait s’attendre à une réaction d’une extrême fermeté de la part des représentants de l’islam de France, et surtout à une véritable condamnation doctrinale très argumentée de ces actes, l’islam ayant à l’évidence un sérieux problème de crédibilité dans ce domaine, ce que l’émission « l’islam » diffusée le dimanche matin du 22 novembre 2015 sur France 2 a reconnu, non sans quelques difficultés.

Prenons donc le temps de relire et de commenter ce prêche afin d’examiner s’il apporte de la lumière sur la question de la violence en islam, au-delà des condamnations de politesse convenues et habituelles émises en ces circonstances.

  • « Nous avons tous suivi avec horreur et désolation la vague d’attentats meurtriers qui ont ébranlé notre pays, le vendredi 13 novembre dernier. En tant que citoyens français de confession musulmane, nous sommes tous concernés par ce drame. D’une part, parce qu’à l’instar de tous les citoyens français, nous sommes des cibles potentielles de ce genre de tueries aveugles. D’autre part, parce que ces actes criminels ont été perpétrés par des enfants de France qui se prévalent de l’islam et qui se considèrent comme des martyrs engagés dans une entreprise djihadiste. Il est évident que l’ensemble des musulmans de France dénonce sans équivoque ces attentats tragiques et se démarque de l’idéologie qui nourrit les auteurs de ces actes inqualifiables. »

Il est intéressant de noter que le début de cette déclaration, au-delà de la condamnation, 1) n’adresse aucun message de compassion ou de solidarité aux victimes (le terme « victime » n’apparaît d’ailleurs pas dans le texte) ; 2) mentionne comme premier sujet de préoccupation le fait que de pareils attentats puissent surtout toucher également des musulmans.

  • « Il est légitime de se demander si – en tant que musulmans – nous devions, encore une fois, nous justifier devant nos compatriotes, comme si nous étions des « présumés coupables ». »

Il est assez étonnant qu’après de tels actes, revendiqués au nom de l’islam, le C.F.C.M. se demande, en ce début de déclaration, si « la communauté musulmane doit, encore une fois, se justifier ». L’absence de message de compassion à l’égard des victimes est déjà très choquant, alors comment ne pas être encore plus choqué par cette victimisation à l’envers de la part d’un islam de France qui ne souffre pas dans sa chair, tout en étant le représentant vivant et le promoteur d’une religion qui partout dans le monde suscite des attentats barbares ? À lire ce texte, il semblerait que c’est l’islam la véritable victime et non les 130 personnes qui sont mortes, les centaines qui ont été blessées, celles qui resteront handicapées à vie, ainsi que tous leurs proches. Si la communauté musulmane semble en « avoir assez » de se justifier, le monde occidental en a sans doute « lui aussi assez » de subir ces attentats au nom de l’islam.

  • Mais devant les amalgames et les confusions qui risquent de nous faire subir une nouvelle vague de stigmatisations et d’actes islamophobes, (…) »

Le C.F.C.M. semble renouer par ce texte avec la tendance fondamentale et instinctive à la victimisation dans la culture musulmane que dénonce et condamne largement Tariq Ramadan dans ses conférences.

  • « (…) nous ne devons jamais nous lasser de dire et redire haut et fort que l’islam authentique est à des années lumière de l’idéologie de haine de ces criminels terroristes. Nous ne devons jamais nous lasser de réaffirmer notre rejet catégorique et sans ambiguïté de toute forme de violence ou de terrorisme, qui sont la négation même des valeurs de Paix et de Fraternité que porte l’Islam. »

Il s’agit ici d’une déclaration d’intention qui doit être étayée par des arguments solides dans la mesure où les faits lui donnent tort, l’islam étant à l’évidence depuis des décennies la seule religion qui suscite des actes aussi odieux. Comment alors concilier la terrible violence dont le monde entier est témoin avec la revendication au titre de religion « d’amour et de paix » ?

  • « Ces groupuscules terroristes qui ont semé la terreur dans le monde ne sont que l’incarnation actuelle d’une idéologie ancestrale d’un groupe de dissidents qui ont combattu les compagnons du Prophète. Il s’agit des « khawarij » des temps modernes. »

La référence faite par le C.F.C.M. aux Khawarij ou Kharidjites, selon une orthographe plus habituelle en français, est particulièrement surprenante, voire stupéfiante, car elle fait partie des éléments de langage mêmes de l’État Islamique.

Les Kharidjites sont entrés en dissidence lors d’un conflit entre Ali et Mu’awiya au VIIème siècle en raison d’un arbitrage accepté par Ali dans le contexte de la bataille de Siffin (657). Les Kharidjites se sont désolidarisés du reste de la communauté musulmane et ont d’ailleurs fini par assassiner Ali, le 4ème calife.

Or l’État Islamique fait lui-même référence nommément aux Khawarij, qu’il considère être historiquement des « égarés », afin de condamner d’autres types de comportement au sein du monde musulman, notamment celui consistant à toujours reporter au lendemain la mise en œuvre de l’islam de Mahomet, c’est-à-dire une forme d’attente ou « irjâ ».

L’État Islamique écrit en effet un mois avant les attentats de novembre 2015 : « L’irjâ est une réaction à l’égarement des Khawârij. Les Mourji’a ont essayé de s’éloigner des Khawarij sans adopter la Sunna ; en faisant cela, ils ont inventé leur propre secte. (…) Les Mourji’a ripostèrent à l’innovation des Khawarij (…) par leur propre innovation. Ils prétendirent que l’abandon de toutes les obligations et la réalisation de tous les péchés n’affecte pas la foi même si quelqu’un abandonne totalement les piliers de l’islam.»

Il est donc pour le moins étonnant que le C.F.C.M. reprenne à son compte une référence utilisée explicitement par l’État Islamique, chose qu’il ne pouvait ignorer.

  • « Le Prophète n’a pas manqué dans une prophétie de décrire le profil de ces radicaux lorsqu’il dit : « Sortira à la fin du temps de jeunes gens, aux ambitions sottes, ils lisent le Coran et ne dépassera pas leur gosiers, ils disent la meilleure des paroles, ils sortiront de la religion comme la flèche sort de sa cible. » (Hadîth authentique Rapporté par Attirmidhî). »

Il s’agit effectivement du hadith authentique n°2188 d’at-Tirmidhi (livre 33, hadith 31). Sa formulation en français par le C.F.C.M. laisse quelque peu à désirer. Une traduction sans doute plus correcte et plus compréhensible du texte arabe est : « À la fin des temps viendra un peuple jeune, avec des esprits dérangés, récitant un Coran qui ne dépassera pas leurs gorges, prononçant des paroles [hadiths] de la meilleure des créatures [Mahomet], traversant la religion comme la flèche traverse sa cible. »

Or il est intéressant de remarquer que pour attaquer l’État Islamique, le C.F.C.M. a recours à un hadith faisant explicitement référence à la fin des temps : ce qui semble valider le contexte historique du combat de l’État Islamique et donc lui donner raison ! Ironie de la situation !

Mais surtout cette description peut s’appliquer à n’importe quel groupe de musulmans fanatisés ; c’est d’ailleurs une parole apocalyptique banale et prétendument visionnaire. Si le C.F.C.M. souhaite l’appliquer à l’État Islamique, encore faut-il qu’il démontre par de vrais arguments doctrinaux que tel est bien le cas.

  • « Si ces organisations ont malheureusement réussi parfois à embrigader et à recruter des jeunes de différents horizons pour servir leur projet chaotique, c’est parce qu’ils ont – entre autres – instrumentalisé des Textes religieux après leur avoir attribué une interprétation dévoyée. »

C’est une opinion respectable mais qui, là encore, doit être étayée par des exemples précis fondés sur les textes sacrés musulmans.

  • « Le contexte géopolitique bien difficile par lequel passe le Monde, la fragilité sociale et psychologique de certains jeunes et les nouveaux moyens de communication sont les fertilisants d’un terreau qui a donné vie à cette gangrène des temps modernes. »

Cette remarque sociologique banale n’explique pas la spécificité musulmane car de nombreux juifs, chrétiens, athées, etc. connaissent également de grandes difficultés personnelles sans pour autant aller abattre dans la rue les gens à coup de Kalachnikovs. Cette gangrène est bien une problématique spécifique de l’islam ; ce n’est pas un hasard, et il convient d’en comprendre les raisons profondes pour la combattre.

  • « Sur le plan Religieux, les Musulmans doivent assumer leur responsabilité : En effet, pour éviter ce genre de dérives, les Textes scripturaires doivent être appréhendés et expliqués par des Référents religieux connus et reconnus, doués de Science et de Sagesse. »

Le C.F.C.M. évoque ici la question cruciale de l’interprétation en islam. En effet, le Coran n’est pas aussi clair qu’il le prétend puisque, selon certains, il faut « interpréter » des textes dont la simplicité pourtant étonne ; et pour cela, il faut faire confiance à d’autres, aux « référents ». Or Personne ne songerait à interdire à un chrétien de lire les Évangiles, et au-delà de quelques nuances théologiques, tout chrétien peut se faire une bonne opinion, sans guère de contradictions, de ce que prêche le Christ pour la vie de tous les jours. Il en va en revanche tout autrement pour l’islam car le texte est parfois confus (ce que le Coran lui-même reconnaît cf. paragraphe suivant du prêche), les contradictions nombreuses et certaines (résolues seulement par le principe de l’abrogation).

  • «  Le Coran lui-même l’annonce : « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à des interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclination vers l’égarement, mettent l’accent sur les versets équivoques cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation dévoyée. Alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent: «Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur !» Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. » Sourate 3 (Âli Ilrân), v. 7. »

Le C.F.C.M. tente d’appliquer ce verset bien connu à l’État Islamique : pour quelle raison ? En réalité, ce verset est très général et les textes cités en référence par l’État Islamique sont très loin de correspondre à des textes équivoques ou obscurs, bien au contraire. Il est d’ailleurs surprenant que, pour la défense de l’islam, le C.F.C.M. ait recours à un verset qui met précisément l’accent sur le caractère peu clair, parfois obscur, du Coran, qui est pourtant censé être un livre parfaitement clair et explicite (justifiant ainsi sa supériorité par rapport à la Torah ou aux Évangiles). En effet, le Coran dit :

Sourate 16, verset 89 : « (…) Nous avons fait descendre le Livre sur toi [ndlr Mahomet], comme un exposé explicite de toute chose, ainsi qu’un guide, une grâce et une annonce aux musulmans. »

Sourate 34, verset 3 : « (…) Rien n’existe de plus petit ni de plus grand, qui ne soit inscrit dans un Livre explicite. »

Sourate 37, verset 117 : « Et Nous leur avons donné le Livre parfaitement clair »

Sourate 43, verset 2 : « Par le Livre explicite ! »

Sourate 44, verset 2 : « Par le Livre explicite ! »

  • « Allah proclame aussi : « …Demandez donc aux érudits du Livre, si vous ne savez pas. » Sourate 21 (Al Anbiyâ’), v. 7. »

Pour qui a déjà lu les textes de l’État Islamique, on reste perplexe. Le niveau de l’analyse doctrinale de l’État Islamique dépasse a priori d’assez loin ce que peut produire l’islam de France : les références textuelles précises sont extrêmement nombreuses, les raisonnements doctrinaux étayés au regard de la pratique du Prophète, alors que la littérature musulmane disponible dans le commerce en France est généralement d’une pauvreté doctrinale affligeante. (Ce commentaire, focalisé sur la seule question de l’authenticité doctrinale, ne constitue bien entendu en aucune façon un cautionnement quelconque des faits et gestes de l’État Islamique)

  • « Ces organisations se basent assez souvent sur des récits parlant des signes avant-coureurs de la fin du monde pour esquisser un scénario futuriste dans lequel elles s’attribuent le rôle des sauveurs de l’Islam et de l’Humanité. Elles vivent ainsi dans un monde imaginaire parallèle qui convoite les esprits fragiles. Ces récits sont pour certains, classés comme faibles par les spécialistes des Sciences du Hadith. Pour d’autres, ces récits sont très loin de la réalité actuelle du Monde. »

Le C.F.C.M. fait preuve d’incohérence en recourant à l’argument tiré d’une prétendue folie eschatologique après avoir lui-même cité précédemment pour soutenir son argumentation le hadith d’at-Tirmidhi commençant par « sortira à la fin du temps… ».

Quant à l’affirmation que les hadiths mentionnés par l’État Islamique sont « faibles » en terme d’authenticité, c’est une affirmation gratuite qui n’est absolument pas démontrée. Or l’authenticité par exemple des hadiths, nombreux, de Bukhari et de Muslim cités par l’État Islamique ne fait guère de doute.

  • « Concernant la caractérisation de ces groupuscules, on ne peut qu’être interpellé par un récit qui, bien que sa chaîne de transmission soit faible, donne une description révélatrice de la réalité de ces imposteurs. Al Hâfidh Na’îm Ibnou Hammâd, un des maîtres d’Alboukhârî, rapporte que ´Alî Ibn Abî Tâlib dit : « Quand vous verrez des drapeaux noirs, ne bougez pas de votre place, ne déplacez pas vos mains ni vos pieds. Après, apparaîtra une communauté d’immatures, à qui on n’accorde aucune importance. Leurs cœurs sont comme des morceaux de métal. Ils se présentent comme les représentants de l’Etat. Ils n’acceptent ni discussion ni alliance. Ils appellent à la vérité, mais ne sont pas eux-mêmes des gens de vérité. Leurs prénoms sont des prénoms d’emprunt et leur noms se rapportent à des villages (ou des villes). Leurs cheveux sont longs et lâchés comme ceux des femmes. Ils sont proches les uns des autres, jusqu’au moment où naîtra des conflits internes parmi eux. Ensuite, Allah donnera la vérité à qui Il voudra ». »

Là encore, le C.F.C.M. est incohérent, puisqu’après avoir critiqué ce qui serait la faiblesse de l’État Islamique quant à la qualité des hadiths, il fait explicitement référence à un hadith dont il reconnaît lui-même qu’il est « faible », c’est-à-dire qu’il appartient à la catégorie la moins fiable des hadiths.

En outre, nul doute que le monde musulman a connu dans ses 1.400 ans d’histoire d’autres groupuscules musulmans de ce type. Quant à la référence introductive aux drapeaux noirs – le drapeau de l’État Islamique étant noir –, il faut rappeler que le Prophète lui-même en faisait usage comme en atteste sa biographie dans ce texte consacré à la bataille de Badr : « L’envoyé de Dieu confia le drapeau, qui était blanc, à Muç’ib ibn Abd ad-Dâr. Devant le Prophète flottaient deux bannières noires, l’une appelée l’Aigle, portée par Ali, et l’autre entre les mains des Ançar, portée par Sa’d ibn Mu’âdh. Les chameaux de l’armée du Prophète étaient au nombre de soixante-dix, trois hommes sur chaque chameau. »

  • « Les Savants (Ouléma) musulmans sont unanimes pour dire que le Jihad se décline en plusieurs catégories dont les plus notables sont : le Jihad contre soi-même à travers l’éducation, l’épuration de l’âme ; le Jihad par la pensée à travers l’effort intellectuel de manière à servirles intérêts de l’humanité ; le Jihad par l’écriture, à travers la publication d’ouvrages utiles, la réalisation d’articles éclairants et contrant les fausses accusations à l’encontre de l’Islam et des musulmans ; le Jihad par l’argent, à travers la dépense généreuse en faveur du bien et la contribution au développement socio-économique. L’Islam n’autorise le Jihad par les armes qu’en cas d’extrême nécessité, en cas de légitime défense lorsque les musulmans sont attaqués par leurs ennemis et que toutes les voies pacifiques échouent.  »

Cette thèse est une reprise dans l’article 9 de la Convention citoyenne des musulmans de France qui indique : « Contrairement à une idée répandue, le mot « Jihâd » signifie notamment la lutte et l’effort sur soi-même, en accomplissant le bien. Cette action a surtout une dimension spirituelle, consistant à œuvrer de son mieux pour accomplir le bien. Dans le Coran, ce mot est employé sous ses différentes formes à 33 reprises. »

Cette assertion, répétée à satiété dans les médias (ce qui fait d’ailleurs à s’y tenir qu’on ne peut plus comprendre les racines violentes de l’islam), s’accorde très mal avec l’histoire de Mahomet. La lecture de la Sîra montre clairement que le jihad correspond à un tournant dénué d’ambiguïté dans la prédication de Mahomet, tournant nécessaire à l’extension de la zone d’influence musulmane, et ceci dans un contexte très différent de celui de la légitime défense et d’une recherche de spiritualité intérieure : plusieurs centaines de pages décrivent les batailles, razzias, exécutions, etc. Naturellement, ces éléments ont été transcrits et se retrouvent dans les versets du Coran. Nier cette réalité qui ressort clairement de la biographie du Prophète revient à rendre incompréhensibles toute l’action de Mahomet et une bonne partie des versets du Coran.

La notion de jihad intérieur semble en réalité être apparue bien après la mort de Mahomet et la vague expansionniste musulmane des VIIème et VIIIème siècles en Europe et au Moyen Orient (qui n’avait pas grand-chose de défensif) : dans un empire musulman dont les frontières avaient commencé à se stabiliser, le développement de l’islam, qui s’exprimait auparavant essentiellement par les armes, s’est poursuivi au travers de l’exploration de voies de recherche plus spirituelles, sans pour autant rendre caduque la voie guerrière. Il fallait, d’une certaine façon, « digérer » les conquêtes. Ainsi, petit à petit, cette notion d’intériorité s’est développée, principalement avec un grand théologien et philosophe, Ibn Qâyyim al-Jawziyyah, qui a vécu dans la première moitié du XIVème siècle et qui a conceptualisé différents types de jihad personnel ou intérieur.

  • « l’Islam accorde une place considérable à la sacralité de la vie : Les Versets coraniques et les Hâdîth authentiques sont sans équivoque quant au bannissement de tout acte qui attente à la vie des innocents. Allah dit : « …quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. » Sourate 5 (Al Mâidah), v. 32. »

Le C.F.C.M. ment par omission en omettant volontairement les très nombreux versets appelant à la guerre contre les non-musulmans. Or ils sont vraiment nombreux ! En voici quelques-uns à titre d’exemple, tout à fait explicites :

Sourate 4, verset 91 : « Vous en trouverez d’autres [ndlr incrédules], qui cherchent à avoir votre confiance, et en même temps la confiance des leurs. Toutes les fois qu’on les pousse vers l’idolâtrie, ils y retombent en masse. S’ils ne se tiennent pas à l’écart de vous, ne se rendent pas à votre merci et ne déposent pas les armes, alors saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez. Sur ceux-là, Nous vous donnons tout pouvoir. »

Sourate 8, verset 17 : « Ce n’est pas vous qui avez tué les mécréants : mais c’est Allah qui les a tués. (…) »

Sourate 8, verset 39 : « Combattez-les [les incrédules] jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah. (…) »

Sourate 9, verset 5 : « Après que les mois sacrés se seront écoulés, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. (…) »

Sourate 9, verset 29 : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit, ceux qui ne professent pas la religion de la vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation de leurs propres mains après s’être humiliés. »

Sourate 47, verset 35 : « Ne faiblissez donc pas et n’appelez pas à la paix quand vous êtes les plus forts. Allah est avec vous : Il ne vous privera pas du mérite de vos œuvres. »

Il serait facile de continuer. Quant au verset 32 de la sourate 5 cité par le C.F.CM., il s’agit de la conclusion de la reprise (par les versets précédents 25 à 31) de la Torah (Genèse 4) avec l’histoire de deux fils d’Adam, Caïn et Abel, et le meurtre d’Abel par Caïn, premier meurtre de l’histoire du monde. Dans la Torah, Yahvé établit ensuite une protection à l’égard de Caïn afin qu’il ne soit pas puni par le reste de l’humanité (le premier venu) pour cette faute personnelle, ce qui était une façon de rompre le cycle de la violence personnelle déclenché par Caïn et sans doute aussi de dire à l’humanité qu’il ne fallait plus tuer.

Genèse 4, 13 à 15 : « Alors Caïn dit à Yahvé : « Ma peine est trop lourde à porter. Vois ! Tu me bannis aujourd’hui du sol fertile, je devrai me cacher loin de ta face et je serai un errant parcourant la terre : mais, le premier venu me tuera ! » Yahvé lui répondit : « Aussi bien, si quelqu’un tue Caïn, on le vengera sept fois » et Yahvé mit un signe sur Caïn, afin que le premier venu ne le frappât point. »

On comprend mieux alors la version complétée du verset 32 de la sourate 5, et pourquoi le Coran mentionne dans ce verset de façon un peu inattendue les enfants d’Israël seulement et non tous les hommes, les musulmans ne descendant pas d’Israël (initialement Jacob, seul enfant légitime) mais d’Ismaël. La descente de ce verset s’applique aux temps bibliques, avant Mahomet :

Sourate 5, verset 32 : « C’est pourquoi Nous avons prescrit aux enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque sauve un seul homme, c’est comme s’il avait sauvé tous les hommes (…) »

Le Coran ne fait que reprendre un principe du judaïsme énoncé dans le Talmud de Babylone (Sanhédrin 37a) : « Celui qui sauve une vie sauve un monde entier ». En effet, pour les juifs, ce n’est pas seulement la vie de celui qui est tué qui est prise mais aussi celui de toute sa descendance (« un monde entier »), car dans la mentalité juive, un homme n’est pas complet s’il ne se marie et a des enfants conformément au commandement de Yahvé (Genèse 1, 28) :  « Dieu les bénit et leur dit : «  Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la (…) » » .

Enfin, si l’on veut être complet jusqu’au bout, il faut inclure la dernière phrase de ce verset, systématiquement omis, et dont le sens paraît pourtant tout à fait fondamental :

Sourate 5, verset 32 : « C’est pourquoi Nous avons prescrit aux enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque sauve un seul homme, c’est comme s’il avait sauvé tous les hommes. Nos messagers sont venus à eux avec les preuves mais, par la suite, beaucoup d’entre eux se mirent à commettre des excès sur la terre. »

En effet, par la dernière phrase : « par la suite [c’est-à-dire après la révélation divine], les hommes se sont [re]mis à commettre des excès sur la terre », le verset constate que les hommes n’ont pas respecté le commandement de Yahvé. C’est la raison pour laquelle la patience de Dieu semble avoir atteint ses limites, ce qui se traduit dans les versets suivants au temps de Mahomet :

Sourate 5, versets 33 & 34 : « La rétribution de ceux qui font la guerre contre Allah et son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas ; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment, excepté ceux qui se sont repentis avant de tomber en votre pouvoir. Sachez qu’alors, Allah pardonne et est miséricordieux. »

En d’autres termes, les hommes étant retombés dans le péché en allant à l’encontre des commandements de Dieu, que ce soit par la guerre contre le messager d’Allah, Mahomet, ou par le fait de prêcher autre chose que la religion du Dieu unique, leur récompense est d’être « tués, crucifiés ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays ».

Il est regrettable que les explications simples fournies ci-dessus soient systématiquement occultées par les représentants de l’islam de France car elle permettraient à tous de beaucoup mieux comprendre la véritable portée de ce verset, tout à fait limitée et historique, et l’absence en réalité de contradiction entre ce verset et le jihad guerrier offensif déclenché pour la suite des temps par Mahomet.

  • « Il ne suffit pas à une personne de se proclamer « moudjahid » pour qu’elle le soit. Il ne suffit-il à un groupuscule de se déclarer « état islamique » pour qu’il le soit. »

Enfin, le C.F.C.M. conclut encore de façon assez incohérente puisqu’après avoir rejeté toute responsabilité en matière de violence au nom de l’islam, il rend honneur à la notion de « moudjahid », c’est-à-dire « combattant [armé] », en restreignant dans son propos cet honneur à une élite.

  • « Appel Solennel : – Nous, Musulmans de France, réaffirmons notre rejet catégorique et sans ambiguïté de toute forme de violence ou de terrorisme qui sont la négation même des valeurs de paix et de fraternité que porte l’Islam. – Nous, Musulmans de France, sommes des citoyens français à part entière, faisant partie intégrante de la Nation, et solidaires de l’ensemble de la communauté nationale. – Nous, Musulmans de France, proclamons notre attachement indéfectible au pacte républicain qui nous unis tous. – Nous, Musulmans de France, proclamons notre adhésion totale aux valeurs de la République. Les Musulmans de France élèvent leurs Prières vers Dieu, le Très Clément et le Très Miséricordieux, pour qu’Il préserve et qu’Il bénisse la France ! Les Musulmans de France formulent tous leurs Vœux de Paix, de Sécurité et de Prospérité pour leur Patrie, la France. AMINE. »

Ce prêche se termine donc sans aucun mot pour les victimes et leurs proches.

En revanche, il se conclut par une déclaration politique qui, entre autres, insiste sur le fait que « les musulmans de France sont des citoyens à part entière », sujet qui n’a a priori aucun rapport avec les attentats (personne ne dénie aux Français qui violent, tuent, etc. le fait qu’ils soient à la base des citoyens Français). Il s’agit donc en réalité d’un prêche politique qui utilise les attentats comme vecteur de communication pour marteler de nouveau en filigrane le message que les musulmans de France seraient stigmatisés du fait de leur confession religieuse.

Si des chrétiens extrémistes avaient perpétré les mêmes attentats au nom du christianisme, nul doute que le message du pape et sa repentance au nom de tous les chrétiens (quand bien même il n’en serait aucunement responsable) auraient été bien différents.

L’islam et la sexualité

Le point de vue d’Annie LAURENT, déléguée générale de l’association « Clarifier »

Journaliste, essayiste, conférencière, spécialiste du Proche-Orient, de l’islam et des chrétiens d’Orient. Docteur d’État en sciences politiques.  A participé comme experte au Synode spécial des Évêques pour le Moyen-Orient, convoqué par Benoît XVI en 2010.
 Ouvrages : 
Guerres secrètes au Liban (1987) – Vivre avec l’Islam ?Saint-Paul (1996) – L’Europe malade de la Turquie (2005) – Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ? (2005) – L’islam peut-il rendre l’homme heureux ? (2012)

Durant la nuit du 31 décembre au 1er janvier dernier, dans plusieurs villes d’Allemagne (Cologne, Hambourg, Stuttgart, Bielefeld) et dans d’autres pays d’Europe : Suisse (Zurich), Autriche, Pays-Bas, Suède et Finlande, des centaines de femmes fêtant le Nouvel An ont été victimes de violences sexuelles commises contre elles par des immigrés. Les autorités des pays concernés ont signalé que ces actes avaient été planifiés. Par ailleurs, périodiquement, les médias se font l’écho de mauvais traitements infligés aux femmes dans les sociétés musulmanes, pas seulement arabes. Les événements de la Saint-Sylvestre ont conduit l’ancienne ministre allemande de la famille, Kristina Schröder, à poser la question de savoir si « les normes de la masculinité en Islam légitiment la violence faite aux femmes ».

Telle est l’interrogation à laquelle la présente (étude) voudrait s’efforcer de répondre.

LE REGARD ISLAMIQUE SUR LA FEMME : INFERIORITE ET MEFIANCE

  1. Supériorité de l’homme

« La prééminence masculine est fondamentale en Islam », explique le spécialiste tunisien Abdelwahab Bouhdiba dans l’un des livres de référence sur le sujet, La sexualité en Islam (PUF, coll. Quadrige, 1986, p. 31).

Le récit coranique de la création affirme l’inégalité constitutive entre l’homme et la femme. « Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-ci au-dessus de celles-là » (4, 34). Ce verset reflète sans doute l’héritage patriarcal des sociétés arabes mais, du point de vue islamique, cela résulte d’une volonté divine, donc immuable. Il s’agit d’un choix arbitraire de Dieu en faveur de l’homme qui instaure une différence de dignité entre l’homme et la femme et une subordination certaine de la femme à l’homme. Ce qui explique le machisme si caractéristique de l’Islam, que le poète syrien Adonis (de confession alaouite) dénonce dans un livre récent : « L’islam assujettit la femme et fixe cette servitude par le Texte ». Il en a fait « un instrument pour le désir et le plaisir de l’homme ; il a utilisé la nature pour établir et asseoir davantage sa domination » (Violence et Islam, Seuil, 2015, p. 81 et 85).

Certes, le machisme se trouve à des degrés divers dans toutes les cultures, religieuses ou non, mais, selon la perspective biblique, il s’agit d’une conséquence du péché originel, faute qui a abîmé la création initiale et mis le désordre dans la relation entre l’homme et la femme, ce dont Dieu a pris acte en disant à Ève : « Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » (Gn 3, 16). Or, le Coran occulte cette séquence biblique ainsi que le dessein de salut de Dieu destiné à racheter l’humanité pécheresse. En restituant à l’homme et à la femme leur commune dignité d’enfants de Dieu, le baptême corrige les effets pervers des débuts de l’histoire et donne à l’homme la grâce nécessaire pour éviter la tentation machiste ou misogyne. Saint Paul enseigne : « Que chacun aime sa femme comme soi-même, et que la femme révère son mari » (Ep 5, 33).

La préférence du Dieu de l’Islam pour les hommes se manifeste dans la plupart des prescriptions coraniques relatives à leurs rapports avec les femmes, y compris dans le cadre du mariage. Non seulement l’homme a le droit d’être polygame mais il peut répudier ses épouses selon son bon gré (sur la conception islamique du mariage, cf. PFV n° 20, mai 2014).

Une fois mariée, la femme ne s’appartient plus. Le Coran exige qu’elle se tienne en permanence à la disposition de son mari. « Vos femmes sont pour vous un champ de labour. Allez à vos champs comme vous le voudrez » (2, 223). On trouve dans la Sunna (Tradition) ces propos (hadîths) attribués à Mahomet : « Une femme ne doit jamais se refuser à son mari, fût-ce sur le bât d’un chameau » (cité par Ghassan Ascha, Du statut inférieur de la femme en Islam, L’Harmattan, 1987, p. 37). Sinon, « elle sera maudite par les anges » (cité par Joseph Azzi, La vie privée de Mahomet, Editions de Paris, 2007, p. 47). En revanche, « toute femme qui meurt en laissant son mari satisfait d’elle ira au paradis » (cité par Mathieu Guidère, Sexe et charia, Ed. du Rocher, 2014, p. 125).

À signaler que dans le droit occidental, le non consentement de l’épouse peut être assimilé au viol en raison de la violence qu’il implique.

Dans l’Islam, l’homme possède aussi le droit discrétionnaire de châtier son épouse. « Admonestez celles dont vous craignez l’infidélité ; reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les. Mais ne leur cherchez plus querelle si elles vous obéissent » (4, 34). Cf. sur ce point PFV n° 20.

  1. Méfiance envers la femme

Les textes sacrés de l’Islam abondent en citations péjoratives concernant les femmes.

Coran : « O vous les croyants ! Vos épouses et vos enfants sont pour vous des ennemis. Prenez garde ! » (64, 14).

Préceptes de Mahomet : « Celui qui touche la paume d’une femme à laquelle il n’a pas d’accès licite, on lui mettra une braise sur sa paume le jour du Jugement dernier » (G. Ascha, op. cit., p. 49). Cela explique que certains musulmans refusent de saluer les femmes en leur serrant la main. « Le diable est toujours présent lorsqu’un homme se trouve avec une femme. Il est préférable qu’un homme se frotte avec un cochon qu’avec une femme qui ne lui appartient pas » (cité par J. Azzi, op. cit., p. 45).

Préceptes d’Ali (600-661), quatrième calife, cousin et gendre de Mahomet : « Il ne faut jamais demander un avis aux femmes, car leur avis est nul. Cache-les pour qu’elles ne puissent pas voir d’autres hommes ! Ne passe pas longtemps en leur compagnie car elles te conduiront au péril et à ta perte » ; « Hommes, n’obéissez jamais en aucune manière à vos femmes. Ne les laissez jamais aviser en aucune matière touchant même la vie quotidienne » (cités par G. Ascha, op. cit., p. 38).

Toute mixité est donc source potentielle de péché. D’où, dans les milieux les plus scrupuleux, la ségrégation entre les sexes, imposée aux adultes en dehors du cercle familial le plus proche : voitures réservées aux femmes dans le métro (au Caire, par exemple) ; salles de cours séparées dans certaines universités (il arrive aussi que les étudiantes suivent les cours sur un écran de télévision, donc hors de la présence physique du professeur masculin) ; séparation sur les lieux de travail et de loisirs ainsi que dans les fêtes familiales comme les mariages.

L’obligation du port du voile islamique en dehors du domicile, surtout dans sa version intégrale (niqab, burqa), signifie l’enfermement de la femme dont il faut se méfier, car elle est « le symbole du péché » (Adonis, op. cit., p. 83), étant entendu que dans cette religion le péché est conçu, non pas d’un point de vue de la morale ou de la loi naturelle mais de la charia inspirée du Coran et de la Sunna. Un acte est halal (permis) ou haram (interdit) selon la définition qu’en donne le Dieu de l’Islam ou Mahomet. L’interdiction de sortir seule (sans être accompagnée par un homme qui lui est « licite », donc membre de sa famille) répond à la même préoccupation.

LA FEMME OBJET A LA DISPOSITION DE L’HOMME

  1. Les musulmans et la sexualité

L’infériorisation des femmes en Islam et la méfiance qu’elles inspirent n’obligent pas l’homme à éviter de les fréquenter. Car, selon Ali, si « la femme tout entière est un mal », « ce qu’il y a de pire en elle, c’est qu’il s’agit d’un mal nécessaire » (cité par G. Ascha, op. cit., p. 38).

La sexualité tient une place primordiale dans l’Islam. « La fonction sexuelle est en soi une fonction sacrée. Elle est un de ces signes auxquels se reconnaît la puissance de Dieu » (A. Bouhdiba, op. cit., p. 23).

Le thème de la sexualité est abondamment présent dans la Sîra (biographie de Mahomet) et dans la Sunna (Tradition). Le plaisir sexuel y est magnifié, surtout au profit de l’homme, notamment dans les sociétés où l’on pratique encore l’excision. Le Coran ne la prescrit pas mais Mahomet ne l’interdit pas. Il semble même l’approuver partiellement puisque, rencontrant une exciseuse en action, il lui aurait dit : « N’opère pas radicalement, c’est préférable pour la femme ! » (cité par Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, Le radeau de Mahomet., Lieu commun, 1983, p. 178). Ce qui permet aux juristes de qualifier l’excision d’« acte recommandable mais non obligatoire ».

Contrairement à une idée répandue mais erronée, le christianisme ne disqualifie pas la sexualité. Il y voit une réalité naturelle voulue par Dieu et destinée à concrétiser l’amour des époux dans le sacrement de mariage qui consacre l’alliance nuptiale impliquant un don mutuel et indissoluble entre eux et non la domination de l’homme sur la femme (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n° 1612-1615). Saint Jean-Paul II a d’ailleurs consacré à la « théologie du corps » un enseignement substantiel.

En sa qualité de « beau modèle » (Coran 33, 21), le fondateur de l’Islam est digne d’imitation. Or, il recherchait lui-même la compagnie des femmes, non dans une relation parfaitement chaste comme le Christ avec les femmes de l’Évangile, mais pour assouvir ses passions. Il eut onze épouses (plusieurs d’entre elles l’ont été simultanément), dont une juive, Safia. Au sein de son harem, Aïcha était la favorite. Elle a raconté en détail les circonstances de son mariage, conclu alors qu’elle avait 6 ans et consommé lorsqu’elle eut atteint l’âge de 9 ans (cf. Leïla Mounira,Moi, Aïcha, 9 ans, épouse du Prophète, L’Age d’homme, 2002). Concernant la vie matrimoniale de Mahomet, la Sunna contient des centaines de récits attribués à Aïcha, à d’autres épouses et à des témoins directs (cf. Magali Morsy, Les femmes du Prophète, Mercure de France, 1989 ; Joseph Azzi, La vie privée de Mahomet,op. cit.).

Mahomet eut aussi des concubines (le concubinat est admis en Islam à condition qu’il fasse l’objet d’un contrat). Parmi ces dernières figuraient une Égyptienne copte, Maria, ainsi qu’une juive, Rayhâna, veuve de l’un des juifs de la tribu des Banou Qurayza qui fut massacré à Médine, en 627, avec des centaines d’autres sous les yeux du prophète de l’islam, devenu chef temporel de la cité. Selon la coutume de l’époque en Arabie, les femmes et les enfants d’ennemis tués lors du djihad ou d’une razzia étaient réduits en esclavage et répartis entre les musulmans (Olivier Hanne, Mahomet, Belin, 2013, p. 176). C’est sur ce précédent historique que se fondent les djihadistes de l’Etat islamique (Daech) pour recourir à l’esclavage sexuel, y compris sur des fillettes, au sein des populations soumises à leur pouvoir.

Le fondateur de l’islam a par ailleurs exalté la jouissance sexuelle. « La volupté et le désir ont la beauté des montagnes. Chaque fois que vous faites œuvre de chair, vous faites une aumône. O croyants ! Ne vous interdisez pas les plaisirs ! » (cité par J.-P. Péroncel-Hugoz, op. cit, p. 188). Il a même élevé l’acte charnel au rang de la prière et de l’aumône.  « Le nikâh (mariage dans le sens d’union sexuelle, cf. PFV n° 20), c’est le coït transcendé », écrit A. Bouhdiba (La sexualité en Islam, op. cit., p. 24).

La chasteté est donc une attitude incomprise en Islam. Quant au célibat, Mahomet le considère contre-nature. « Ceux qui vivent en célibataires sont de la pire espèce ; ceux qui meurent en célibataires sont de la plus ignoble » (cité par A. Bouhdiba, op. cit., p. 113).

  1. Une sexualité codifiée

« La féminité est devenue un objet du licite et de l’illicite, à savoir un objet codifié(…). Quand nous disons « la femme en islam », la pensée va automatiquement à son organe sexuel » (Adonis, op. cit., p. 84).

L’exercice de la sexualité fait l’objet d’une monumentale codification, détaillée à l’extrême. Outre la Sunna, une multitude de fatwas (avis religieux) répondent sans cesse aux préoccupations des musulmans sur ce sujet devenu obsédant.

Car la licéité est primordiale en ce domaine. Ainsi, le mariage islamique est conçu avant tout comme un contrat juridique, celui-ci pouvant même prendre une forme temporaire. Tel est le cas du « mariage de jouissance » (nikâh el-mutaa), qui se fonde sur un verset du Coran : « De même que vous jouissez d’elles, donnez-leur leur dot, comme une chose due. Il n’y a aucun péché contre vous à ce que vous concluiez un accord quelconque entre vous après la fixation de la dot » (4, 24). Un homme, marié ou pas, a le droit de conclure avec une femme un contrat pour la durée qui leur convient et ce contrat peut être renouvelé autant de fois que le veulent les deux partenaires. D’après la Sunna, ce type de « mariage » fut largement pratiqué par les compagnons de Mahomet. Il n’est plus aujourd’hui admis que dans l’islam chiite où on le justifie comme étant « la solution radicale du problème sexuel dont souffrent les jeunes, et qui menace l’humanité de dégradation et de décadence » (cité par J. Azzi, op. cit., p. 225).

Une telle forme de « mariage » s’apparente à l’adultère mais l’essentiel, du point de vue islamique, est qu’elle rend l’union licite, la zîna (fornication) étant sévèrement punie par la charia. Quant au viol hors mariage (normal ou temporaire), il est certes illicite, mais certains pays comme le Maroc innocentent le violeur s’il épouse sa victime.

En tout cas, l’essentiel est de sauver les apparences. « En public, quasiment tout est illicite en matière de sexualité, mais cet interdit est source de ruses et de stratégies de contournement, car la transgression permet l’exacerbation du désir et de l’imagination » (M. Guidère, op. cit., p. 43).

  1. Punition et djihad

Pour les auteurs des harcèlements et viols de masse, les victimes, responsables de prévarication, méritent d’être punies. « Les événements de la Saint-Sylvestre (à Cologne) sont survenus par la propre faute de ces femmes parce qu’elles étaient à moitié nues et qu’elles portaient du parfum. Il est peu surprenant que des hommes veuillent les attaquer. C’est comme mettre de l’huile sur le feu » ( Sami Abou-Yousouf, imam de la mosquée El-Tawid de Cologne,  23 janvier 2016).

Le motif était le même en Égypte lors de la révolution (2011-2013). Le viol public de nombreuses femmes voulait signifier à ces dernières qu’elles n’avaient pas à manifester dans la rue aux côtés des hommes et à imiter ainsi les Occidentales. Ces harcèlements communs (Taharrush gamea en arabe) sont des châtiments collectifs. Ils s’apparentent au crime d’honneur. En Islam, la femme est toujours réputée coupable des violences qui lui sont infligées.

Par ailleurs, les musulmans engagés dans le djihad contre l’Occident peuvent trouver légitime de s’en prendre aux femmes car elles constituent la partie la plus vulnérable de l’ennemi. Ils considèrent avoir une sorte de « droit de cuissage » sur les femmes de l’ennemi. Mahomet n’a-t-il pas dit : « Le bonheur de l’homme est de soulever le vêtement d’une femme de peau blanche » (cité par J. Azzi, op. cit., p. 35).

CONCLUSION

Le djihad ne se limite pas aux agressions militaires et terroristes. En l’occurrence, il s’est agi de punir les Européennes non musulmanes, coupables de s’être émancipées de la domination masculine, et en même temps d’humilier les sociétés post-chrétiennes considérées comme dépravées et arrogantes.

L’islam ne peut pas être réformé

L’ORIENT LITTÉRAIRE (13/3/2016)

Ali Harb : «L’islam ne peut pas être réformé» par Tarek Abi Samara

Ali Harb

http://www.lorientlejour.com/article/975213/ali-harb-lislam-ne-peut-pas-etre-reforme-.html

 

Après l’affaire Kamel Daoud qui a valu à cette personne l’ire de l’islam « modéré », il est intéressant d’illustrer le fossé qui sépare la liberté d’expression en France de celle dont on peut jouir dans d’autres pays qui ne revendiquent pourtant pas le titre orgueilleux de « pays des droits de l’homme ». Voici, pour s’en convaincre un exemple d’article publié récemment (13 mars 2016) dans le quotidien libanais bien connu « L’Orient Le Jour », interview d’Ali Harb, philosophe libanais, publiée sans problème au Liban, mais dont on imagine quelles conséquences médiatiques ou judiciaires elle pourrait avoir sur l’interviewé en France si celui-ci,  n’était pas musulman (chiite).

Les propos sont d’une grande clarté et ne nécessitent pas d’explicitation particulière mais méritent néanmoins un commentaire quant au caractère supposé systématique et global de la violence dans les religions monothéistes.

  • Introduction de l’interview par le journaliste

Le journaliste : Quelle relation l’islam entretient-il avec le terrorisme qui sévit actuellement partout dans le monde? Depuis les attentats du 11 Septembre, cette question fait souvent la une de la presse et déchaîne des polémiques passionnées, voire haineuses. Certains affirment que le terrorisme est une aberration n’ayant aucun rapport avec l’islam en tant que tel; ils sont traités d’aveugles. D’autres pensent que cette religion, aux antipodes du christianisme, est fondamentalement violente; ils sont qualifiés d’islamophobes. Les deux camps font parfois référence à tel ou tel verset du Coran, espérant par ce moyen démontrer la barbarie de l’islam ou bien sa nature tolérante. Mais procéder ainsi, c’est oublier qu’une religion ne peut jamais être réduite à un livre fondateur, puisqu’elle est avant tout une pratique millénaire qui s’est cristallisée en une multitude d’institutions et de formes culturelles; c’est comme ramener tous les régimes communistes au seul Capital de Marx.

Le journaliste : Un tel retour aux textes fondateurs pour y déterrer l’essence d’une religion, Ali Harb refuse de le pratiquer. Selon cet écrivain et philosophe libanais, une simple lecture du Coran montre que celui-ci dit tout et son contraire. Il faudrait donc adopter une méthode différente, aborder l’islam sous un autre angle: en tant que doctrine du salut, c’est-à-dire comme un système de pensée qui, à l’instar du christianisme et du judaïsme, mais également des «religions» du XXe siècle telles que le communisme et le fascisme, prétend détenir la vérité absolue. Pareille approche dévoile un potentiel terroriste bien réel inhérent à l’islam, idée que Harb développe dans son dernier ouvrage, Le Terrorisme et ses créateurs: le prédicateur, le tyran et l’intellectuel.

  • Interview

Le journaliste : Il semble que la définition implicite du terrorisme qui sous-tend les thèses de votre livre est assez large, qu’elle s’applique autant à des actes de violence qu’à des systèmes de pensée…

Ali Harb : En effet, je pense que le terrorisme est surtout une attitude intellectuelle, celle de l’homme qui se croit le seul possesseur de la vérité absolue, le seul autorisé à parler en son nom. Cette vérité pourrait relever du domaine religieux, politique, social ou moral; elle pourrait concerner Dieu, la nation, le socialisme, la liberté ou l’humanisme. Le terrorisme est également une manière d’agir: celui qui se croit l’unique possesseur de la vérité se comporte avec l’autre, le différent ou l’opposant, en ayant recours à une logique de l’exclusion, que ce soit au niveau symbolique – le takfir et l’excommunication, la déclaration de quelqu’un comme traitre à la patrie – ou au niveau physique – l’éradication, le meurtre. La devise du terroriste: pense comme moi, sinon je t’accuse et te condamne. C’est en ce sens que le terrorisme est perpétré par le prédicateur détenteur d’un projet religieux, le tyran porteur d’un projet politique, ou l’intellectuel promoteur d’un projet révolutionnaire pour transformer la réalité. Le prédicateur excommunie, le tyran condamne et déclare quelqu’un comme traître, l’intellectuel théorise et le militant ou le jihadiste agit et tue. D’ailleurs, le sort de toute pensée fanatique, de toute doctrine sacrée, est de se transformer en un régime totalitaire ou en une organisation terroriste. Ainsi, des régimes laïques tels que le stalinisme, le nazisme et d’autres, théocratiques, comme le régime de Khomeiny ou le mouvement des Frères musulmans, sont sur un pied d’égalité.

Le journaliste : Le terrorisme islamiste a-t-il subi l’influence de ces régimes totalitaires?

Ali Harb : Les promoteurs des nouveaux projets religieux ont sans doute été influencés par les exemples de Franco, d’Hitler et de Mussolini, par leurs moyens de gouverner et leurs techniques de contrôler les hommes en les mobilisant et les remodelant pour en faire un troupeau scandant inlassablement un même slogan. Ce dualisme du dirigeant déifié et de la foule qui l’adore est une création assez récente. Mais d’un autre côté, les régimes totalitaires, malgré la modernité et la laïcité de leurs projets, sont une rémanence de la pensée religieuse, comme en témoigne la sacralisation de leurs doctrines et de la figure du dirigeant unique. 

Le journaliste : Dans quel sens dites-vous qu’un musulman modéré et tolérant est une chose qui n’existe pas?

Ali Harb : Toute religion monothéiste est en soi, de par sa définition même, un réservoir inépuisable de pratiques violentes. C’est l’une de ses potentialités toujours présentes, une sorte de virus logé au sein de ses gènes culturels. Tant que la religion est fondée sur l’exclusion de l’autre, sur le dualisme du croyant et de l’impie, du fidèle et de l’apostat, il est impossible de la comprendre autrement. Dans l’islam, la violence est encore accrue par un dualisme supplémentaire, celui de la pureté et de la souillure. C’est le scandale de la pensée religieuse islamique: le non-musulman est un être souillé, impur; c’est une des plus viles formes de violence symbolique. De là vient mon affirmation qu’il n’y a pas de musulman fidèle aux dogmes et pratiques de sa religion qui soit modéré ou tolérant, sauf s’il est hypocrite, ignorant de sa doctrine ou en a honte. L’exemple le plus flagrant est la relation entre sunnites et chiites. L’ouverture de ces deux groupes, l’un vis-à-vis de l’autre, ne s’est pas faite, après des siècles de conflits et d’hostilité, grâce à de prétendues valeurs de modération et de tolérance qui seraient inhérentes à leurs doctrines, mais à cause de leur intégration dans les institutions de la société moderne: l’école, l’université, le marché économique, l’entreprise… Et lorsque chacun a régressé vers sa doctrine originelle, le conflit a éclaté de nouveau, mais d’une manière encore plus cruelle et destructrice, comme en témoignent actuellement les guerres dévastatrices entre les milices sunnites et chiites, ce qui me fait dire que nous sommes en présence de deux «religions» plus hostiles l’une à l’autre qu’envers l’Occident ou Israël. Tel est le sort de celui qui tient radicalement à préserver la pureté de son identité et de ses origines: exercer le racisme, l’extrémisme et la violence sous leurs formes les plus horribles. Ainsi, les jihadistes sunnites et chiites sont pareils, tous étant fondamentalement takfiristes, mus par la vengeance et la volonté d’éradiquer l’autre.

Le journaliste : Vous dites que les religions ne deviennent tolérantes qu’après leur défaite. La seule solution pour nos sociétés serait-elle donc de vaincre l’islam comme l’Europe a vaincu le christianisme durant le siècle des Lumières? Ou bien l’islam peut-il être réformé

Ali Harb : L’islam ne peut pas être réformé. Les tentatives de réformes qui se sont succédé depuis plus d’un siècle, que ce soit au Pakistan, en Égypte ou ailleurs, ont toutes échoué et n’ont engendré que des modèles terroristes. C’est pourquoi je ne compte pas sur le renouveau du discours religieux réclamé par certains musulmans et même certains laïcs. La seule issue est la défaite du projet religieux tel que l’incarnent les institutions et les pouvoirs islamiques avec leurs idées momifiées et leurs méthodes stériles. Par ailleurs, je suis très critique à l’égard du concept de «tolérance», l’un des scandales de la pensée religieuse en général, puisqu’il implique une sorte d’indulgence de la part du croyant envers l’autre différent de lui, tout en considérant en son for intérieur que cet autre est un pécheur, un impie et un renégat, ou même une honte pour l’humanité. Ainsi, la tolérance annule toute possibilité de dialogue; seule la pleine reconnaissance d’autrui permet à quelqu’un de briser son narcissisme, de dialoguer avec l’autre, de l’écouter et d’en tirer bénéfice afin de créer des espaces de vivre-ensemble d’une manière fructueuse et constructive.

Le journaliste : Peut-on comprendre la montée actuelle du terrorisme comme un signe du dynamisme et de la vitalité de l’islam, ceci étant donné que vous considérez la violence comme une des potentialités inhérentes à toute religion monothéiste?

Ali Harb : Parler de la vitalité du phénomène religieux nous ramène à une formule célèbre attribuée à Malraux et concernant le «retour du religieux». La religion est évidemment de retour, mais c’est un retour terrifiant qui a transformé le jihadiste en un prince terroriste, en un monstre et un bourreau. Mais il ne faut pas se laisser ensorceler par des mots tels que «retour» ou «vitalisme». Tout phénomène ou activité possède deux aspects: initialement bénéfique, il peut dégénérer et produire des effets nocifs si l’on ne réussit pas à le modifier pour le faire évoluer. C’est ce qui arrive actuellement en France: son modèle social et économique, le meilleur en Europe, s’est usé et a maintenant besoin d’être renouvelé, ce que la France semble incapable de faire. Pour toutes ces raisons, je dis que le projet religieux de l’islam, ainsi qu’il a été reformulé il y a plus d’un siècle, n’exprime ni vitalité ni créativité; il se réduit à une simple régression vers le passé, une réaction, motivée par un désir de vengeance contre l’Occident qui a réveillé la civilisation islamique de son sommeil. Je dis également que le projet de l’islam contemporain a échoué partout où des islamistes se sont emparés du pouvoir, et que des organisations terroristes comme Daech et ses semblables travaillent eux-mêmes à leur propre destruction et à celle du projet religieux en général. J’entends par là que les sociétés arabes devraient traverser tous ces malheurs, ces catastrophes, ces massacres et ces guerres civiles afin de se convaincre que l’islam n’est plus valable pour construire une civilisation développée et moderne. Il n’y a pas de réconciliation possible entre l’islam et la modernité ou l’Occident. Le projet islamiste d’établir un califat et le règne de la charia est une régression par rapport aux acquis de la civilisation. La seule issue, s’il y’en a une, pour sortir de cette impasse, c’est d’accomplir un travail d’autocritique, de désislamisation, afin de retirer le qualificatif d’«islamique» à nos partis politiques, nos États et nos sociétés. Seulement alors serons-nous capables de s’ouvrir à l’autre, de traiter avec notre tradition et le monde qui nous entoure d’une manière constructive et créative, et de contribuer ainsi au progrès de la civilisation.

Le journaliste : Quelle est la nature de la relation entre le terrorisme et les régimes arabes qui se prétendent laïcs?

Ali Harb : Les régimes arabes n’ont jamais été ni laïcs, ni démocratiques, ni progressistes. Ces mots ne sont que des slogans vides de sens dont la fonction est de légitimer la prise du pouvoir. Ces régimes engendrent le terrorisme qui, à son tour, leur fournit une raison d’être, une justification pour se maintenir au pouvoir et exercer encore plus d’oppression.

Le journaliste : Pourquoi dites-vous que les élites intellectuelles ont contribué à la montée du fondamentalisme religieux?

Ali Harb : Ils y ont contribué de deux manières. Premièrement, par l’échec de leurs projets de modernisation et de réforme. Leur attitude était utopique. Ils se sont comportés avec les idées qu’ils ont proposées d’une manière simpliste, les prenant pour des vérités absolues, des modèles préétablis n’ayant besoin d’aucune modification pour pouvoir s’appliquer à la réalité. Tandis qu’une idée, en passant d’une personne à une autre, d’une société à une autre, doit subir une sorte de transformation créative afin qu’elle puisse être efficacement implémentée dans un domaine ou un autre. Deuxièmement, certains intellectuels ont soutenu les régimes despotiques, dans leurs deux versions laïque et théocratique, sous prétexte que ceux-ci luttaient contre l’hégémonie des grandes puissances étrangères et à leur tête les États-Unis. Le plus fameux parmi ceux qui ont défendu cette position est probablement Chomsky, qui considère que la crédibilité de l’intellectuel se mesure en fonction de son opposition à la politique des États-Unis. Il a tracé le chemin à beaucoup d’intellectuels arabes qui se sont ainsi jetés dans les bras des tyrans.

  • Commentaire sur la violence dans les religions monothéistes

Si les religions monothéistes ont un penchant naturel à exclure les autres dans la mesure où chacune considère être la seule à détenir la vérité, et par voie de conséquence à user de la violence pour imposer leur point de vue, il faut toutefois souligner le caractère tout à fait spécifique de l’islam à cet égard.

En effet, s’il existe une violence juive dans l’Ancien Testament, elle est historique et souvent symbolique. Et a-t-on vu depuis 2.000 ans des juifs tenter d’imposer universellement leur foi par les armes au nom de la Torah ? Jamais. Y a-t-il un message justifiant d’un point de vue spirituel la violence ? Non. Les conséquences de la Shoah et de la création de l’État d’Israël font partie du domaine politique et n’ont aucun lien avec le fond de la doctrine juive, le judaïsme n’étant de toute façon pas prosélyte.

Pour ce qui concerne les chrétiens, quels sont les textes du Nouveau Testament qui appellent à la violence ? Aucun. Jésus a chassé du Temple quelques marchands juifs en leur faisant peur. Quant à la parabole des talents, texte auquel il est parfois fait référence, elle figure le jugement dernier dans un contexte précisément explicité. Comment les textes chrétiens pourraient-ils appeler à la violence, alors que le message du Christ a précisément été d’interdire toute violence au point d’avoir refusé d’être défendu et de s’être laissé crucifier ? En revanche, il existe une violence chrétienne historique réelle, qui s’est introduite petit à petit au cours des siècles dans le monde chrétien, jusqu’à être défendue par certains papes ou religieux pour des raisons essentiellement politiques, mais elle a toujours constitué un profond détournement du message originel du christianisme. Les représentants du christianisme ont d’ailleurs fait depuis longtemps leur mea culpa à ce propos.

La situation est en revanche tout à fait différente en ce qui concerne l’islam. Les textes sacrés musulmans (Coran, hadiths, Sîra) non seulement contiennent de nombreux passages violents, et appelant à la guerre contre les mécréants (le jihad), mais ancrent le message final dans cette violence. Mahomet a d’ailleurs été lui-même un chef de guerre pratiquant razzias, expéditions, esclavage, exécutions, et le jihad qu’il a ouvert n’a jamais été refermé doctrinalement. La justification du jihad par la légitime défense est un mythe – il suffit de lire la biographie originale de Mahomet pour le constater – et l’expansion de l’islam par les armes lors des conquêtes des VIIème/IXème siècles était clairement la traduction d’une politique militaire de conquêtes. La violence est constitutive de la doctrine musulmane. Si le Coran contient « tout et son contraire », c’est pour la très simple et très bonne raison que cette doctrine politique a fluctué en fonction des objectifs stratégiques et tactiques de Mahomet et de ses vicissitudes militaires.

Si une religion ne peut pas être réduite à son texte fondateur, celui-ci reste pourtant fondamental. Il est absurde de prétendre le contraire. La religion ne se réduit pas à ce que les hommes ont fait des textes fondateurs, sinon, oublions tous les textes, et considérons que les 3 religions monothéistes ont le même message : un véritable voyage en absurdie. Toutes les dictatures communistes ne se réduisent pas au Capital de Marx, mais sans le Capital de Marx et l’idéologie marxiste qui en a découlé directement il n’y aurait pas eu par définition de communisme.

 

La « culture de l’excuse » : comment des politiques coupables mais silencieux essaient de s’en prendre à tous ceux qui réfléchissent

Après des décennies d’abandon coupable à une immigration et à un regroupement familial incontrôlé, dont on se demande bien si la France en avait vraiment besoin, et surtout qui a massivement importé dans un pays aux origines chrétiennes une religion dont on voit bien l’abîme qui la sépare dans sa doctrine des valeurs occidentales et chrétiennes, l’islam, il est maintenant bien tard, sauf à oser parler de l’indicible, comme ce qui s’est passé après l’indépendance de l’Algérie avec le rapatriement de près d’un million de personnes. La France semble bien avoir pris la route de la libanisation avec le développement d’un communautarisme qui laisse les politiques hébétés.

Dans cette débâcle politique lamentable, il est inévitable que les questionnements douloureux mais vrais et nécessaires rendent hystériques des gouvernants dont chaque jour dévoile l’extension du domaine de la médiocrité. Bien entendu, tout discours mettant ces gouvernants face à leurs responsabilités leur est insupportable et doit être empêché, que ce soit s’agissant de l’islam ou d’autres sujets de société.

Il est en effet intéressant de noter que c’est dans ce contexte de déliquescence avancée, où la parole politique est devenue malheureusement trop souvent synonyme de « mensonge, trahison, manipulation ou encore mépris », que vient d’apparaître une nouvelle forme de tentation liberticide sous forme de la remise en cause de l’essence même de l’analyse sociologique sous la forme du rejet de la « culture de l’excuse » : « Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille, car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » nous dit avec force Manuel Valls, repris par d’autres, lors de la commémoration des attentats de janvier 2015, propos symptomatique de la marche vers la dictature intellectuelle sécuritaire qui étouffe les débats et dont les totalitarismes ont généralement le secret. A-t-on jamais vu un premier ministre de la République française interdire aux gens de réfléchir ? C’est totalement stupéfiant !

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Eh bien oui ! Expliquer, analyser, c’est mieux comprendre, c’est effectivement entrevoir la possibilité de « circonstances atténuantes » à des gestes épouvantables, sans pour autant dédouaner l’individu de toute responsabilité. La haine de l’autre peut être autre chose que le seul résultat d’un trouble psychiatrique, et l’État Islamique n’est pas qu’un ramassis de fous et de psychopathes barbares. L’idéologie communiste a envoyé des dizaines de millions de personnes à la mort : tous les communistes étaient-ils fous, et notamment nos très chers communistes français ? A-t-on empêché dans les médias les communistes de parler et de défendre une idéologie délétère et meurtrière ?

L’idée d’une possibilité d’explication est encore plus insupportable à certains lorsque certaines communautés sont visées, et prioritairement la communauté juive (car les chrétiens et la christianophobie sont beaucoup moins « intéressants » que l’antisémitisme). Manuel Valls ne vient-il pas de rappeler lors du dîner annuel au CRIF du 7 mars 2016 qu’ « il y a l’antisionisme, c’est-à-dire tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël » et que certains font d’Israël « le juif des nations, l’unique cible au monde d’un processus de délégitimation » ? Comment l’antisémitisme pourrait-il être défendable ?

Le président du CRIF avait déclaré sur Europe 1 en février 2015 que l’antisémitisme actuel était essentiellement musulman en déclarant : « Toutes les violences [ndlr contre les juifs] aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans ». Il est vrai que chacun peut assez facilement constater en lisant les textes sacrés musulmans (Coran, hadiths, Sîra) que la doctrine et la pratique de Mahomet étaient viscéralement antisémites une fois le jihad déclaré, ce qui a imprégné toute la culture musulmane et dont le monde musulman sait régulièrement se souvenir, à en juger par les propos tenus régulièrement dans les médias musulmans à l’égard des juifs et d’Israël.

Les « islamologues patentés », tout à fait au fait de ces questions doctrinales, pourraient utilement nous éclairer à cet égard. Mais on ne voit pas bien en quoi ceux qui courtisent et conseillent le monde politique aident véritablement à alerter et à poser les vraies questions. D’aucuns n’annonçaient-ils pas en 2000 que « l’islamisme était rentré depuis le milieu des années 1990 dans une phase de déclin accéléré » et que « l’épuisement de l’idéologie et de la mobilisation islamistes ouvraient la voie à un troisième moment, de dépassement » ? Ce sont toujours les mêmes, encamisolés dans leur collusion avec le monde politique, qui interviennent sur les grands plateaux de télévision et de radio pour faire part de leur préoccupation et de leur incompréhension. Aucune voix discordante et libre ne peut véritablement s’exprimer de façon régulière.

Les vérités religieuses et historiques trop dérangeantes sont reléguées dans d’obscures salles de réunion où la pensée dissidente trouve de temps à autre refuge. Très récemment, l’abbé Pagès a vu son site internet « Islam et vérité » fermé pour une raison qu’on a du mal à comprendre – celui-ci luttant depuis des années contre les dérives de l’islam et se situant à l’exact opposé d’un apologue de l’État Islamique – ; l’historien Bernard Lugan a eu toutes les peines du monde à maintenir une de ses conférences après l’annulation en dernière minute par la doyenne de la faculté de droit de Clermont-Ferrand du prêt d’une salle de conférence : quelques anecdotes parmi d’autres. La dictature de la bêtise est décidément impitoyable.

Occident : les ennemis de l’intérieur

La culture occidentale ne prépare pas les esprits occidentaux et ne leur donne pas les outils conceptuels pour comprendre sans recherche particulière une culture et un mode social aussi différent du modèle occidental qu’est celui de l’islam. Malraux le rappelait déjà en 1956 (!) : « C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. À l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. »

Pourtant, ne suffit-il pas d’ouvrir les yeux, de lire les textes de l’islam pour se faire sa propre opinion sur l’incompatibilité ou non des principes de base de l’islam avec les valeurs de la société française et occidentale ? Les Français doivent faire l’effort de lire le Coran, les hadiths et la biographie de Mahomet, car il s’agit juste de leur avenir et de celui de leurs enfants.

La France et l’Occident, gangrenés jusqu’à la moelle par le consumérisme et le dieu Argent, et par un athéisme imbécile et arrogant, n’arrivent plus à penser réellement le fait religieux authentique, qui engage la personne en totalité jusque dans sa mort. Les prêtres, rabbins, moines bouddhistes, etc. ne sont vus que comme des « sages », les textes religieux n’étant que prétexte et base de construction de spiritualités où tout occidental va chercher à retrouver les valeurs qu’il croit universelles, et notamment l’égalité entre tous les hommes et l’interdiction de tuer.

Toute religion ou spiritualité fondée sur d’autres principes devient pour l’Occident « impensable » au sens premier du mot et, pire que cela, « impossible » : tous les fondements doctrinaux des religions contraires aux sacro-saints principes occidentaux universels sont donc niés par les Occidentaux eux-mêmes quand bien même ces fondements sont évidents, jusqu’à ce que la religion concernée, ainsi expurgée de ses racines nocives mais pourtant authentiques, présente le visage acceptable et convenu que la bien-pensance occidentale attend et qu’elle se forge elle-même, divinisant ainsi monsieur Coué.

Aujourd’hui, la compréhension de l’islam – base préalable de tout dialogue sérieux – est ainsi empêchée par de multiples facteurs : l’ignorance et la paresse des Français (2 millions de téléspectateurs chaque jour devant « Touche pas à mon poste » !) ; leur candeur qui leur fait gober n’importe quoi sans aucune vérification ; la charité « chrétienne » des « catholiques zombis » aveugles à toute vérité dérangeante et particulièrement naïfs ; la culpabilité coloniale des Français auto-entretenue qui leur fait renoncer à tout esprit critique vis-à-vis de leurs anciens colonisés ou « influencés » (Maghreb, Afrique Noire, Moyen-Orient) ; les milieux journalistiques majoritairement à gauche et laïcards, qui négligent le fait religieux ou sont islamophiles par haine du christianisme. Dans cette France malade, toutes ces maladies se portent bien.

Aussi, personne en France ne se sent investi de la tâche d’éclairer les musulmans (car ils ne connaissent la plupart pas leurs propres textes) sur la nature réelle de l’islam et sur les avantages considérables qu’ils auraient à s’ouvrir au monde, à mieux connaître les autres religions et spiritualités, voire à apostasier. Les plus inquiets sont parfois finalement les personnalités « éclairées » du monde musulman, car elles ont une conscience plus claire de l’impasse dans laquelle se trouve l’islam, faisant le constat lucide qu’il n’a rien aujourd’hui à proposer – en dehors de la lutte contre l’Occident – après plusieurs siècles où il n’a par ailleurs quasiment rien apporté : ce sont les musulmans eux-mêmes qui font ce constat (Malek Chebel, Tariq Ramadan, Tareq Oubrou, Abdennour Bidar,…), mais avec une certaine ambivalence toutefois tant ils ont parfois de mal à accepter cette réalité pour des raisons identitaires.

De son côté, la société occidentale ne propose plus rien elle non plus, manifestement engluée dans une philosophie de la vie qui range toutes les religions et les modes de vie à égalité sur la même étagère du consumérisme, aboutissant finalement à un anéantissement progressif de la morale, transformant l’enfant en un bien auquel on a droit, et qu’on a bien entendu aussi le droit, au nom de la liberté, de jeter à la poubelle lorsqu’il n’est pas voulu ou qu’il n’est pas « conforme » – ce droit naturel étant le digne héritage spirituel de l’extermination de masse expérimentée au XXème siècle et qui a monstrueusement mué en interruption volontaire de grossesse –. Dans ce sombre tableau, le monde animal n’est pas non plus à la fête, les hommes n’hésitant pas à le maltraiter sans vergogne et à le faire disparaître sur l’autel de leur égoïsme et de leur cupidité.

Aujourd’hui, dans ce conflit des civilisations qui s’affirme tous les jours, la société occidentale a-t-elle encore des valeurs spirituelles et morales à défendre, et la force et l’envie de le faire ?

Il n’y a pas de théologie islamique

Pour Tariq Ramadan : « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur. Certes, certains débats ont été vifs et l’on a, à travers l’histoire et les écoles musulmanes, discuté du sens et de la portée des noms de Dieu, de ses attributs, du statut de la révélation, mais l’horizon de ces controverses – contrairement à l’histoire de la dogmatique catholique par exemple – est resté circonscrit et n’a jamais été jusqu’à remettre en cause trois principes fondamentaux : l’unicité absolue du créateur, son impossible représentation et la véracité de sa parole révélée dans le coran. Une authentique « théologie » aurait d’abord, et surtout, discuté de ces trois principes. Or une étude attentive de l’histoire des débats entre les écoles montre que les disputes se sont élaborées en aval de ces trois principes qui, au cœur de la conception musulmane, fonde ce qu’on nomme le « tawhid ». »

Malek Chebel indique : « Il faut savoir que le Coran est, en lui-même, un discours constitué sur Dieu et de Dieu sur l’homme. Cela explique la pauvreté relative de l’acte philosophique en islam, cantonné malgré lui à une histoire amplifiée des idées et à une spéculation molle sur les fins dernières. L’apostasie est avérée à partir du moment où le philosophe sort de la logique coranique, ou prétend que le Coran est une création humaine, ce qui revient à nier l’existence de Dieu, à être déicide. »