La loi du Talion remise à l’ordre du jour : l’un des bienfaits de l’islam

Alors que la loi du talion avait été heureusement abandonnée par le christianisme, l’islam est venu remettre en vigueur cette loi juive, immense régression mais qui ne fait que traduire une soumission aveugle à Dieu, preuve « d’intelligence ».

Coran, sourate 2, verset 179 : « Il y a pour vous une vie dans le talion ! Ô vous les hommes doués d’intelligence. »

Coran, Sourate 16, verset 126 : « Et si vous punissez, infligez à l’agresseur une punition égale au tort qu’il vous a fait. (…) »

Coran, sourate 5, verset 45 : « Et Nous y avons prescrit pour eux vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion. Après, quiconque y renonce par charité, cela lui vaudra une expiation. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont des injustes. »

La jurisprudence malikite (suivie par les musulmans maghrébins, y compris ceux vivant en France) indique : « Mâlik a dit : « Ce que j’ai entendu de mieux au sujet de l’explication de ce verset : « L’homme libre pour l’homme libre, l’esclave pour l’esclave » (Coran, sourate 2, verset 178), tels en sont les mâles, et « la femme libre pour la femme libre », c’est que l’application de la loi du talion est la même, aussi bien aux femmes qu’aux hommes. Ainsi, on tue une femme libre pour une femme libre, tout comme on tue l’homme libre pour un homme libre, encore on tue l’esclave mâle ou femelle pour un esclave mâle ou femelle. Donc la loi du talion est appliquée de la même façon aussi bien aux femmes qu’aux hommes, conformément aux paroles de Dieu béni et très haut dans son livre : « Nous leur avons prescrit, dans la Torah : vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion. » (Coran, sourate 5, verset 45) Ainsi, Dieu béni et très haut avait mentionné que la vie est pour la vie, signifiant là que la femme libre peut être tuée par un homme libre, et ses blessures sont comme les siennes, soumises à la loi du Talion. » »

Dans « l’Éthique du musulman », Mohammad al-Ghazali écrit : « La miséricorde n’est pas une affection aveugle sans entendement, ni une pitié qui ignore la justice et l’ordre. Non. C’est un sentiment qui respect tous ces droits. Le spectacle du supplicié avec son corps suspendu dans l’air et ses yeux grands ouverts qui recherchent la lumière et demandent secours est un spectacle qui inspire la pitié. Pourtant, si l’on exauce ce sentiment éclair et qu’on libère le tueur, la terre sera remplie de désordre. C’est dire que la vraie miséricorde consiste ici à réprimer ce sentiment : « Il y a pour vous, une vie, dans le talion. Ô vous, les hommes doués d’intelligence ! Peut-être craindrez-vous Dieu ! » (sourate 2, verset 179) »

Jacqueline Chabbi précise concernant les racines culturelles du talion : « La vengeance traditionnelle suivait la loi du talion et était transmissible en héritage. Elle est reconnue par le Coran à travers le qisâs, le droit de « retrancher à égalité ». Il s’agit de faire subir au groupe de parenté dont l’un des membres s’est rendu coupable d’un crime ou d’une agression un dommage équivalent à celui qu’il a causé, à moins qu’un accord de compensation n’intervienne entre les groupes concernés (C2/178). »

L’État islamique explique ses méthodes violentes par l’application de la loi du Talion. Contrairement à ce que disent les politiques et la quasi-totalité des islamologues auto-proclamés qui veulent diaboliser l’État islamique pour mieux protéger l’islam dit « modéré », il ne s’agit pas d’une violence aveugle, barbare et inexplicable, mais d’une violence tirée directement de la loi du talion remise au goût du jour par le Coran de tous les musulmans (ex. le pilote jordanien brûlé vif en représailles des bombes larguées et qui ont incendié des quartiers avec des dégâts collatéraux sur les populations ou les combattants). Bien évidemment, les doctes peuvent argumenter longtemps sur les conditions de mise en œuvre de cette violence et celle-ci peut s’exercer avec excès, poussée par l’ampleur toute particulière donnée par les moyens modernes de communication. Mais fondamentalement, il s’agit pour l’État islamique de faire revivre l’islam de Mahomet, qui n’a guère hésité par exemple à massacrer les juifs en les égorgeant.

Les racines chrétiennes de l’Occident, ou pourquoi penser raisonnablement que christianisme et islam sont incompatibles

Le discours du pape Benoît XVI à Rastisbonne (2006) a soulevé, on s’en souvient, des tempêtes d’indignation dans le monde musulman, surtout de la part de tous ceux qui ne l’avaient pas lu. Au-delà de cette réaction conjoncturelle, habituelle et pitoyable, il est intéressant de revenir sur le fond de cette réflexion à une époque où l’existence et surtout l’affirmation des racines chrétiennes de l’Occident fait encore largement débat.

Il ne s’agit pas ici de disserter une nouvelle fois sur le bien-fondé de la reprise des propos du général de Gaulle, dont certains hommes ou femmes politiques ont honte aujourd’hui – on se demande bien pourquoi –, mais de tenter d’élever le débat en s’appuyant sur la réflexion papale, d’une autre tenue que celle de nos politiciens et sociologues de tous poils.

  • Le discours du pape Benoît XVI à Ratisbonne

Benoît XVI aborde la question du rapport de la foi et de la raison à partir d’une anecdote personnelle : « Sans aucun doute, l’université était également fière de ses deux facultés de théologie. Il était clair qu’elles aussi, en s’interrogeant sur la dimension raisonnable de la foi, accomplissaient un travail qui nécessairement fait partie du « tout » de l’universitas scientiarum, même si tous pouvaient ne pas partager la foi, dont la relation avec la raison commune est l’objet du travail des théologiens. Cette cohésion intérieure dans l’univers de la raison ne fut même pas troublée lorsqu’un jour la nouvelle circula que l’un de nos collègues avait affirmé qu’il y avait un fait étrange dans notre université : deux facultés qui s’occupaient de quelque chose qui n’existait pas — de Dieu. Même face à un scepticisme aussi radical, il demeure nécessaire et raisonnable de s’interroger sur Dieu au moyen de la raison et cela doit être fait dans le contexte de la tradition de la foi chrétienne : il s’agissait là d’une conviction incontestée, dans toute l’université. Tout cela me revint en mémoire récemment à la lecture de l’édition publiée par le professeur Théodore Khoury (Münster) d’une partie du dialogue que le docte empereur byzantin Manuel II Paléologue, peut-être au cours de ses quartiers d’hiver en 1391 à Ankara, entretint avec un Persan cultivé sur le christianisme et l’islam et sur la vérité de chacun d’eux. » 

Benoît XVI poursuit : « Dans le septième entretien (dialexis — controverse) édité par le professeur Khoury, l’empereur aborde le thème du djihad, de la guerre sainte. (…) Sans s’arrêter sur les détails, tels que la différence de traitement entre ceux qui possèdent le « Livre » et les « incrédules », l’empereur, avec une rudesse assez surprenante qui nous étonne, s’adresse à son interlocuteur simplement avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ». L’empereur, après s’être prononcé de manière si peu amène, explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion de la foi à travers la violence est une chose déraisonnable. La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme. »

Benoît XVI aborde donc la question effectivement cruciale de la légitimité religieuse de toute contrainte et donc plus généralement de toute guerre sainte, comme en particulier le jihad qui constitue en islam un pilier doctrinal essentiel d’expansion de la foi par les armes (alors que chez les chrétiens c’est une subversion et une déviation totale et détestable par rapport au message originel du Christ, qui trouve en particulier sa source historique dans la confusion du pouvoir spirituel et du pouvoir séculier dans le haut Moyen-Âge).

On sait à cet égard que le fameux « Point de contrainte en religion » tiré du verset 256 de la sourate 2 est situé précisément par la biographie de Mahomet à l’époque où, peu de temps après avoir émigré à Médine, Mahomet cherchait encore à rallier les juifs (cf. nulle contrainte) : il abandonna rapidement cette idée tactique puisqu’il fit exactement le contraire  en déclarant quelques mois après le jihad contre tous les non-musulmans, chassant ou exterminant en conséquence les tribus juives de Médine (cf. Quraydha). Donc inutile de s’attarder sur cet esprit de tolérance rapidement abrogé par l’ouverture du temps du jihad.

D’ailleurs, Benoît XVI ne s’attarde pas sur la problématique du jihad et son apparente contradiction avec l’extrait du verset sus-visé mais concentre ses commentaires sur la question générale de la contrainte en matière religieuse, contrainte qu’il rejette vigoureusement en reprenant les commentaires du professeur Khoury, tout en notant que ceci semble beaucoup moins évident dans la doctrine musulmane : « L’affirmation décisive dans cette argumentation contre la conversion au moyen de la violence est : ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. L’éditeur Théodore Khoury commente : pour l’empereur, un Byzantin qui a grandi dans la philosophie grecque, cette affirmation est évidente. Pour la doctrine musulmane, en revanche, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle du raisonnable. Dans ce contexte, Khoury cite une œuvre du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui explique que Ibn Hazn va jusqu’à déclarer que Dieu ne serait pas même lié par sa propre parole et que rien ne l’obligerait à nous révéler la vérité. Si cela était sa volonté, l’homme devrait même pratiquer l’idolâtrie. »

Benoît XVI soulève ainsi une question absolument fondamentale en matière de doctrine religieuse : le rapport de la transcendance de Dieu par rapport à sa création. Or, en islam, la soumission du croyant à Allah est totale (voir aussi l’article soumission) :

Coran, sourate 33, verset 36 : « Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et son messager ont décidé d’une chose, d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. Quiconque désobéit à Allah et à son messager est dans un égarement évident. »

Et Yusuf Qaradawi rappelle : « Il n’est pas nécessaire pour le musulman de connaître en détail quel est le mal pour lequel Dieu a interdit telle chose. Il se peut que lui échappe ce qui apparaît à d’autres. Il se peut que ce mal ne soit pas découvert à telle époque et qu’il devienne apparent plus tard. Le musulman doit toujours dire : « Nous avons entendu et nous avons obéi ». »

À vrai dire, une tentative de développement d’une approche plus rationnelle a eu lieu dans le monde musulman avec le mutazilisme, même celle-ci fut finalement battue en brèche pour revenir à ce qu’on peut qualifier d’immobilisme doctrinal. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot écrivent ainsi à ce sujet : « Avec le mutazilisme, aux VIIIème-IXème siècles, fut franchi un pas important vers une approche critique du Coran, en faisant de la raison le critère ultime de vérité, en théologie comme en exégèse. Cette période fut agitée par un débat théologique crucial : le Coran est-il créé ou incréé ? Optant pour la première solution, les mutazilites libérèrent du même coup la réflexion rationnelle sur le Coran, notamment pour résoudre ses contradictions apparentes sur la prédestination et le libre arbitre, ainsi que les anthropomorphismes. Un court moment triomphant sous le calife al-Mamûn (mort en 833) et ses deux successeurs immédiats, al-Mutasim et al-Wathiq, qui l’imposèrent comme doctrine officielle, le mutazilisme se vit radicalement banni sous le calife al-Mutawakkil (mort en 861), en faveur de la doctrine dite de la Sunna. Ses idées survécurent cependant dans le chiisme imamite et dans le zaydisme, au Yémen, où l’on retrouva, dans les années 1950, nombre d’ouvrage mutazilites que l’on croyait disparus. Le bannissement du mutazilisme de l’enseignement officiel et sa progressive extinction dans l’islam sunnite représentent, aux yeux de beaucoup d’intellectuels musulmans d’aujourd’hui, une catastrophe culturelle aux conséquences incalculables. »

Sur le même sujet, Rémi Brague écrit « La dérive générale de la pensée musulmane fut défavorable aux mutazilites. Plus le temps passa, plus l’école rivale d’al-Ash’arî gagna du terrain. Jusqu’à tenir le haut du pavé à partir du XIème siècle. Les Ash’arites sont plus fidèles au principe le plus fondamental de la jurisprudence sunnite, à savoir que Dieu décide en toutes choses et que l’esprit humain est totalement incompétent là où il s’agirait de fonctionner comme juge de quelque action humaine que ce soit. (…) Pour al-Ash’arî, la loi révélée est ainsi l’unique fondement du bien et du mal : est bien ce que Dieu commande, est mal ce qu’il interdit. »

Pour Benoît XVI, le lien entre foi et raison est en revanche inné dans les racines grecques du christianisme : « La conviction qu’agir contre la raison serait en contradiction avec la nature de Dieu, est-elle seulement une manière de penser grecque ou vaut-elle toujours et en soi ? Je pense qu’ici se manifeste la profonde concordance entre ce qui est grec dans le meilleur sens du terme et ce qu’est la foi en Dieu sur le fondement de la Bible. En modifiant le premier verset du Livre de la Genèse, le premier verset de toute l’Écriture Sainte, Jean a débuté le prologue de son Évangile par les paroles : « Au commencement était le logos ». Tel est exactement le mot qu’utilise l’empereur : Dieu agit « sun logô », avec logos. Logos signifie à la fois raison et parole — une raison qui est créatrice et capable de se transmettre mais, précisément, en tant que raison. (…) Au commencement était le logos, et le logos est Dieu, nous dit l’Évangéliste. La rencontre entre le message biblique et la pensée grecque n’était pas un simple hasard. »

La position du christianisme se situe ainsi aux antipodes de la soumission musulmane que caractérise l’application assez « mécanique » issue du Coran et de la Tradition (Sunna), « l’interprétation » en islam n’étant pour l’essentiel qu’un questionnement sur les conditions d’application des règles édictées par Allah et non un questionnement fondamental du sens du religieux (sauf chez les plus mystiques comme les soufis).

  • Le message incantatoire de Tariq Ramadan : un double discours ?

Tariq Ramadan résume assez bien la position de Benoît XVI mais en la rattachant à une prétendue crainte du pluralisme qui est hors de propos, anachronique et nombriliste : le christianisme n’a pas attendu l’islam – de 6 siècles postérieur – pour être en mesure de se définir par lui-même : le christianisme n’a pas besoin de se déterminer en référence à l’islam, alors que le contraire n’est pas vrai puisque l’islam se construit en opposition au judaïsme et au christianisme.

En effet, lisons Tariq Ramadan : « La crainte du pluralisme religieux et culturel entraîne la réduction et un regard très exclusif sur soi dans le passé. C’est bien ces considérations qui constituaient le substrat de la conférence du pape à Ratisbonne : en parlant du lien entre la foi et la raison et en insistant sur la relation privilégiée de la tradition rationaliste grecque et de la religion chrétienne, le pape Benoît XVI tentait de définir l’identité européenne qui serait d’abord chrétienne par la foi et grecque par la raison philosophique. L’islam, qui ne connaîtrait pas cette relation à la raison, serait en somme étranger à l’identité européenne (et occidentale) construite à travers cet héritage. C’est déjà au nom de cette compréhension que le cardinal Ratzinger avait exposé, il y a quelques années, son refus de l’intégration de la Turquie à l’Europe : la Turquie, musulmane, ne fut jamais et ne saurait être authentiquement de culture européenne. Encore une fois, elle est autre, elle est « l’autre ». »

La communauté musulmane est effectivement étrangère à l’identité européenne : le communautarisme musulman qui se développe dans les pays européens avec le grossissement des communautés musulmanes en est la manifestation la plus claire. Rappelons que ce communautarisme est inscrit dans le Coran et la culture musulmane (cf. communautarisme), et est une constante intangible dans tous les pays musulmans. L’islam rejette avec la plus grande force la mixité religieuse sous toutes ses formes. Et effectivement, par la latence de son islam, la Turquie n’a rien à faire en Europe.

Tariq Ramadan poursuit : « En cela, Benoît XVI est un pape très européen qui appelle les peuples du continent à prendre conscience du caractère central et incontournable du christianisme s’ils tiennent à ne pas perdre leur identité. Ce message est peut-être légitime en ces temps de crise identitaire, mais il est surtout potentiellement dangereux puisqu’il opère une double réduction dans l’approche historique et dans la définition actuelle de l’identité européenne. »

Effectivement, Benoît XVI a tout à fait raison de rappeler à l’Europe et plus généralement à l’Occident leurs racines chrétiennes qui constituent un fondement essentiel de leur identité. Que seraient les villages français sans leur église ? Que serait l’histoire de France si on l’amputait de son rapport au christianisme ?

D’ailleurs, ce message est évident pour tous et pourquoi s’en offusquer puis Tariq Ramadan le reconnaît lui-même de façon assez claire dans une conférence donnée au Luxembourg et au cours de laquelle il déclare : « 1) On attend de l’État qu’il n’interfère pas. 2) Deuxième des choses qu’on attend de l’État, c’est que on dit de l’État qu’il soit neutre. Et dire de l’État qu’il soit neutre, c’est dire que l’État ne prend pas position pour privilégier un culte sur un autre. Mais attention : ne pas privilégier en droit un culte sur un autre, ça ne veut pas dire ne pas reconnaître une histoire culturelle de la société. Je veux dire….Quand vous arrivez en Occident, bien entendu… Pourquoi vous ne travaillez pas le dimanche, c’est pas parce que vous êtes dans un pays majoritairement musulman : vous avez une tradition qui est une tradition chrétienne, et donc on le reconnaît. Ne pas reconnaître plus en droit un État, cela ne veut pas dire ne pas reconnaître le passif culturel, civilisationnel, qui a fait d’une société ce qu’elle est. Et ça, pour tout citoyen, il faut le reconnaître. Il faut reconnaître le fondement catholique, juif, même également, au temps de l’histoire, de la participation des autres cultes à la conscience collective. Donc attention à une chose, la neutralité ne veut pas dire la non-reconnaissance de l’histoire et de la contribution des civilisations, des religions et des cultures. »

Tariq Ramadan Luxembourg

Tariq Ramadan Luxembourg Neutralité et tradition

Mais si Tariq Ramadan reconnaît la légitimité du message sur les racines chrétiennes de l’Occident, ce message le gêne car il entrave la conquête par l’islam de l’Europe, partie du dar-al-harb, ce qu’il appelle l’institutionnalisation de la présence musulmane en Occident (cf. institutionnalisation) et qu’il appelle de ses voeux. Il essaie donc d’affaiblir cette légitimité.

Or la légitimité de ce message n’est par définition par lié au contexte de l’époque : c’est une absurdité : la vérité est ou n’est pas. D’ailleurs la vérité est souvent dangereuse ou gênante. Que les Français veulent par ailleurs oublier cette vérité dans le contexte d’une laïcité hystérique et à tendance franc-maçonne est une autre question.

Tariq Ramadan suggère en réalité de sacrifier l’identité de l’Europe et de la France sur l’autel de l’utopie du pluralisme religieux : « L’Occident comme l’Europe doivent se réconcilier avec la diversité de leur passé afin de maîtriser le pluralisme impératif de leur avenir. L’approche réductrice du pape, et de ceux qui secouent l’épouvantail du dangereux pluralisme culturel, n’aide pas à la réalisation de cette réappropriation. »

Tariq Ramadan semble oublier qu’une communauté humaine ne peut se constituer que sur un socle commun de valeurs : or le christianisme et l’islam n’ont rien en commun, si ce n’est le statut de « dhimmi » (cf. dhimmi) que l’islam veut imposer au christianisme.

Tariq Ramadan conclut : « Il appartient aux universitaires et aux intellectuels, musulmans ou non, de leur prouver – par des études historico-critiques – qu’ils se trompent historiquement autant que scientifiquement. Ce serait également un moyen pour les musulmans d’aujourd’hui de se réconcilier avec l’édifiante créativité des penseurs musulmans occidentaux et européens du passé qui, non seulement, étaient « intégrés », mais qui ont aussi profondément contribué, nourri et enrichi de leurs réflexions critiques l’Europe comme l’Occident. Il importe de montrer que la mémoire sélective qui tend à « oublier » les apports décisifs de penseurs musulmans, dont le rationalisme était actif – tels que al-Kindî (IXe), al-Farâbî (Xe), Ibn Sîna (Avicenne, XIe), al-Ghazâlî (XIe-XIIe), Ibn Rushd (Averroès, XIIe), Ash-Shâtibî (XIIIe), Ibn Khaldûn (XIVe), etc. –, reconstruit une Europe qui trompe et se trompe sur son passé. »

L’Occident et en particulier l’Europe attendent toujours les éléments tangibles qui démontreraient une erreur d’appréciation dans le rapport de l’Occident à l’islam en matière spirituelle et culturelle. En quoi les penseurs musulmans occidentaux et européens doivent-ils leurs qualités à l’islam ? Auraient-ils été incapables de penser les sciences s’ils avaient été athées ? Si l’apport de la civilisation musulmane a été si décisif, pourquoi est-il autant besoin d’insister sur ce point aujourd’hui et pourquoi cette évidence ne s’impose-t-elle pas d’elle-même ? Quant aux exemples toujours cités et qui remontent à 600 ans au moins : est-ce à dire et confirmer que rien ne s’est passé depuis dans la culture musulmane ? Qui met-on côté musulman en face de Newton, Kant, Hegel, Gauss, Poincaré, Einstein, Pasteur, Marie Curie, Bach, Mozart, Van Gogh, Renoir, Keynes, Steve Jobs, etc., etc.

  • Conclusion

Face à la réflexion papale, Tariq Ramadan donne son opinion : c’est très bien, mais est-ce suffisant pour convaincre ? Non. En effet, on ne voit guère à l’appui de cette opinion d’argumentation solide qui étaye le raisonnement et les jugements. Si appeler le monde universitaire à l’aide du monde musulman est la seule proposition concrète après des siècles de réflexion spirituelle et culturelle du monde musulman, c’est sans doute que le cas est désespéré.

Est-ce étonnant ? Pas vraiment, car en matière théologique, champ d’expansion naturelle des rapports entre raison et foi (parfois jusqu’aux limites de la raison, voire jusqu’à l’absurde, comme sur les questions de la prédestination et de la grâce cf. Pascal), Tariq Ramadan reconnaît lui-même la faiblesse de la réflexion en islam. Il écrit en effet : « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur. Certes, certains débats ont été vifs et l’on a, à travers l’histoire et les écoles musulmanes, discuté du sens et de la portée des noms de Dieu, de ses attributs, du statut de la révélation, mais l’horizon de ces controverses – contrairement à l’histoire de la dogmatique catholique par exemple – est resté circonscrit et n’a jamais été jusqu’à remettre en cause trois principes fondamentaux : l’unicité absolue du créateur, son impossible représentation et la véracité de sa parole révélée dans le coran. Une authentique « théologie » aurait d’abord, et surtout, discuté de ces trois principes. Or une étude attentive de l’histoire des débats entre les écoles [ndlr musulmanes] montre que les disputes se sont élaborées en aval de ces trois principes qui, au cœur de la conception musulmane, fonde ce qu’on nomme le « tawhid ». »

Pour ceux que la théologie profonde intéresse, on ne peut que recommander la lecture de la Somme théologique de Saint Thomas d’Aquin.

Ite missa est ?

La crise de la conscience musulmane : quelle issue sans remettre en cause l’islam même ?

  • Une époque charnière ?

Les attentats de 2015 en France, et ceux à venir, sont une rare occasion de briser la chape de plomb qui, en France, sous prétexte de la préservation d’un vivre ensemble dont on a beaucoup de mal à définir les contours et les règles, étouffe quasi systématiquement par la voie médiatique puis judiciaire (grâce notamment à l’énergie farouche de certaines organisations qui s’occupent des droits de l’homme mais d’un certain bord seulement) la réflexion sur la nature de l’islam et celle du projet de civilisation qu’il propose au monde.

D’un côté, le projet de l’État islamique consiste grosso modo à ressusciter l’islam authentique, c’est-à-dire l’islam de Mahomet à Médine (la même barbarie mais avec les moyens modernes et beaucoup de communication cf. jihad) : soit la lutte armée offensive contre tous les non-musulmans (ou identifiés comme tels) – les mécréants –, et l’extension de l’islam par la voie du « combat dans le sentier d’Allah » sous forme de l’agrandissement du califat (tout cela intervenant dans le contexte d’enjeux géopolitiques considérables et instrumentalisés, liés notamment à la remise en cause des frontières issues des accords Sykes-Picot et de la lutte fratricide entre les sunnites et les chiites).

De l’autre côté, un islam européen dit « modéré », tétanisé, à la fois incapable de lutter doctrinalement contre la doctrine de l’État islamique – puisque c’est en réalité l’islam authentique de Mahomet une fois qu’il eut émigré à Médine et déclaré le jihad, ce que les musulmans « modérés » sont bien en peine de nier (mais chut ! il ne faut pas le dire cf. Médine) –, et incapable de structurer et de formuler au-delà de vaines incantations un projet de société qui apporte quelque chose à un monde occidental dont les valeurs spirituelles et morales sont pourtant en pleine décomposition.

Dans cet étau, la « conscience musulmane » se retrouve de plus en plus pressée par le questionnement sur sa propre valeur et soulage ses maux à coups de « pas d’amalgame », mais avec un effet purement symptomatique qui ne traite nullement la problématique de fond, la véritable maladie.

  • Qu’en disent les musulmans eux-mêmes ?

Pour nous convaincre du caractère tragique de cette situation, lisons – car qui lit, surtout parmi les politiciens français ? –, quelques passages représentatifs (on peut facilement vérifier que ces extraits ne sont pas prélevés « hors contexte ») de ce qu’une personnalité éminente de la communauté musulmane, Tariq Ramadan, dit de ce déchirement et de la qualité du modèle de société que pourtant les musulmans nous proposent en exemple.

Commençons par le constat dressé par Tariq Ramadan : « Un quart de siècle passé à étudier la production des grands savants musulmans à travers l’histoire de même que la pensée islamique, classique et contemporaine, à essayer de comprendre et à évaluer au plus près, et au mieux, les contributions respectives des écoles littéraliste, traditionaliste, réformiste, rationaliste, soufie et les approches religieuse, sociale ou politique des mouvements islamiques et/ou islamistes anciens et modernes, à visiter, à vivre et travailler avec des communautés musulmanes à l’orient comme à l’occident ; un quart de siècle, disions-nous, et toujours la même lancinante interrogation : comment expliquer les blocages, le renouveau toujours réel et si souvent avorté et enfin la crise qui traverse la conscience musulmane contemporaine autant que les sociétés et les communautés islamiques à travers le monde ? Le problème est profond et les causes multiples, bien sûr, mais tout se passe comme si – en revenant aux sources – on constatait des obstacles accumulés à travers l’histoire qui tantôt peuvent s’expliquer par la crainte des savants et des intellectuels musulmans, tantôt par des conflits de pouvoir, tantôt par une méconnaissance du monde et des sociétés mariée – sans réel paradoxe – à une suffisance au sujet des solutions à promouvoir, tantôt enfin par la réduction du message de l’islam à un corpus de normes censées suffire à répondre aux questionnements fondamentaux sur le sens. »

Tariq Ramadan écrit également : « Les sociétés majoritairement musulmanes sont le plus souvent à la traîne sur le plan économique, elles ne présentent la plupart du temps aucune garantie démocratique et, quand elles sont riches, elles ne contribuent à aucun progrès intellectuel et/ou scientifique. Tout se passe comme si le monde musulman, se percevant comme dominé, n’avait pas les moyens de ses prétentions. L’expérience de l’exil économique va ajouter à ce sentiment présent, mais diffus, la dimension concrète des tensions et des contradictions. La peur de perdre sa religion et sa culture au cœur des sociétés occidentales provoque des attitudes naturelles de repli et d’isolement. »

Aussi l’islam ne doit-il pas regarder la poutre qui est dans son œil avant de s’intéresser à la paille qui est dans l’œil de son voisin comme l’a rappelé à juste titre Tariq Ramadan lors d’une conférence à Lausanne : « Moi je veux bien venir en Suisse, être suisse et être un citoyen suisse, et dire à la Suisse : « la façon dont vous traitez les immigrés, la façon dont vous traitez ceux qui viennent sauver l’économie de ce pays est innommable. Parce que quand on est africain sans argent, on est moins que rien aux frontières de la Suisse. Et que quand on est acteur africain ou joueur de football africain, algérien, marocain, surtout égyptien [rires dans la salle], et qu’on voit comment sont traités les immigrés pauvres, on est obligé de dire quelque chose du point de vue de la dignité humaine ». Mais soyez honnête avec moi, soyons tous honnêtes : quand maintenant on va dans les sociétés majoritairement musulmanes, quand elles sont riches ou quand elles sont pauvres, toute l’Afrique du nord, les pétro-monarchies, quand vous êtes un immigré pakistanais, philippin, bangladeshi, la façon dont vous êtes traité, la façon indigne dont vous êtes traité ! Et nous on viendrait dire : l’islam a des objectifs supérieurs et on accepterait ça ? Alors ça il faut le réformer de suite. On ne peut pas venir ici dire aux gens : vous maltraitez les immigrés, et se taire. Moi j’ai vu des gens qui étaient…mais… de façon… c’est immonde, c’est inacceptable. Et donc d’un point de vue islamique, si on doit réformer, c’est aussi de pouvoir parler de ça, de pouvoir parler de ces réalités-là. »

Tariq Ramadan Institutionnalisation

Tariq Ramadan Lausanne

Et Tariq Ramadan enfonce le clou en écrivant : « Les systèmes éducatifs officiels et étatiques des sociétés majoritairement musulmanes sont presque tous déficients et en crise. De l’Afrique à l’Asie en passant par le Moyen-Orient, on constate soit des taux d’analphabétisme inacceptables, soit des systèmes et des méthodes qui tuent l’esprit critique et renforcent le bachotage et les injustices sociales. Des réformes s’imposent d’urgence, car tout projet d’ouverture ou de démocratisation sera voué à l’échec si on entretient les populations dans l’analphabétisme, l’illettrisme fonctionnel ou encore une instruction fondée sur l’absence d’esprit critique, le renforcement des clivages sociaux et la protection des intérêts d’une élite. »

Difficile d’être plus clair !

Enfin, citons Malek Chebel qui va lui aussi dans le même sens : « Dans beaucoup de cas, on constate que les strates populaires sont restées en dehors de toute idée de progrès, allant jusqu’à magnifier la vie du chamelier pour mieux se complaire dans une fausse promotion. Elles n’ont tout simplement jamais connu le monde féroce du travail tel qu’on le voit aujourd’hui dans les usines du monde occidental. Que constate-t-on aujourd’hui ? Que le travail est particulièrement dénigré, tandis que la division économique de cette activité est demeurée presqu’en l’état depuis plusieurs siècles, et cela dans la plupart des pays de la ceinture sud de l’islam. Le maître ordonne à son contremaître d’exécuter une tâche que celui-ci délègue à son second, lequel l’exige du petit personnel, souvent étranger, qui l’effectue sans barguigner, car il risque de se voir congédier sans compensation particulière. »

  • Conclusion

Au vu d’un constat aussi accablant, n’est-il pas légitime de s’interroger sur ce qui semble paraître si désirable à certains dans le projet de société que proposent toutes les communautés musulmanes à travers le monde, y compris en Europe et plus précisément en France ?

Pourquoi tenter à toute force de valoriser et de promouvoir un système culturel et social musulman qui, visiblement, aux dires mêmes des islamologues, ne fonctionne pas ?

L’héritage musulman de l’Occident : l’islam ruminerait-il un complexe occidental ?

Une des frustrations revenant constamment dans la bouche de la communauté musulmane est l’absence de reconnaissance par l’Occident de ce qu’elle doit à la société musulmane. Cette frustration intense nourrit souvent une théorie du complot qui rend inaudible tout discours raisonnable et toute démarche rationnelle et scientifique sur ce sujet. Que peut-on succinctement dire de ce curieux phénomène ?

  • Une frustration constante et intense

La communauté musulmane, y compris dans ses sphères les plus éduquées, manifeste une profonde frustration. Ainsi, Tareq Oubrou écrit : « D’après ce qu’on lit dans les manuels – ou plutôt ce qu’on y lit pas –, les musulmans n’ont absolument rien légué à l’Occident dans le domaine des sciences, des arts ou de la philosophie. À commencer par l’algèbre – de l’arabe al-jabr –, qui a envahi tout notre univers mathématique. De même, entre l’Antiquité gallo-romaine et les Lumières, pas une ligne sur les huit siècles andalous ! Même les noms des savants arabes – Avicenne, Averroès –, ont été latinisés…Pourquoi s’interdire de revisiter l’histoire de France en mettant mieux en lumière l’apport des différentes populations présentes sur son sol ? »

Il est curieux de constater que la justification de cette frustration culturelle s’appuie le plus souvent sur un petit nombre d’arguments, répétés à satiété, et dont certains sont tout à fait discutables, comme ceux mentionnés par Tareq Oubrou : les mathématiques, et en particulier l’algèbre – au prétexte que le nom algèbre est d’origine arabe (quel rapport d’ailleurs avec l’islam ? cf. arithmétique) – ; l’âge d’or de l’Andalousie arabe (très discutée) ; la « latinisation » des noms arabes, mauvais procès fait à une considération pratique, ou savante s’agissant de la « vraie » latinisation (cf. latinisation).

  • La reconnaissance du constat par les musulmans eux-mêmes

Or, au même instant, Tareq Oubrou reconnaît « Le déclin de toute une civilisation [ndlr la civilisation arabo-musulmane] qui a raté, dès la fin du Moyen Âge, le train de la modernité. », ce qui est quand même assez incompréhensible : se plaindre d’une frustration, la reprocher à l’Occident, et la justifier au même moment.

Car pour Tareq Oubrou : « Le monde musulman est en train de vivre une histoire inversement parallèle à celle de l’Occident. Dans le domaine de la pensée, l’islam a connu un véritable apogée moderne au Moyen-Âge. » Il confirme : « Le seul moyen de sauver l’islam, c’est de casser la vieille coquille civilisationnelle qui en étouffe l’esprit tout en précipitant son déclin. L’islam est appelé à vivre dans son époque ! Pas dans un imaginaire quelconque. »

À vrai dire, certains de ses coreligionnaires semblent assez largement partager ce diagnostic d’une culture et d’une civilisation qui n’ont guère apporté au monde depuis au moins cinq siècles et qui est quasiment absente des progrès du monde moderne (mathématiques, physique, médecine, biologie, informatique,…), sans parler de l’immobilisme – voire de la régression – du monde musulman en matière de questions culturelles et sociales.

Ainsi, Malek Chebel écrit : « Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

Malek Chebel va encore plus loin : « Ce phénomène de dénigrement de la science en général et des sciences humaines en particulier ne concerne pas un seul pays ou une seule tranche de population ; il est tellement général que l’on se demande par quel miracle le lien social et la continuité des savoirs se sont maintenus. »

Tariq Ramadan remarque de son côté : « Il est curieux, et au fond inacceptable, de constater l’absence ou la pauvreté de la contribution musulmane à cette entreprise du dialogue entre les civilisations et les cultures. »

Il n’est pas exclu que le renouveau du salafisme, qui proclame un attachement viscéral à un âge mythique de l’islam, celui des premiers temps, ne soit que la conséquence de la difficulté, et même l’incapacité, du monde musulman à produire du progrès et à faire évoluer le monde moderne.

Dans ces conditions, tirant profit des bénéfices considérables tirés notamment de l’exploitation du pétrole et du gaz, il ne reste plus à certains mouvements ou régimes qu’à exploiter les travers – nombreux – de la société occidentale moderne (consommation de masse, champ de la morale qui rétrécit comme peau de chagrin – l’enfant devenant même un bien de consommation au travers de l’interruption volontaire de grossesse et de l’eugénisme déjà en marche –, fausses démocraties où le suffrage universel n’est que pantomime,…) pour construire sur cette base, de façon totalement défensive, sans rien construire, un projet de société qui n’est au fond qu’une immense régression.

  • En France, une frustration propre à la communauté musulmane

Il est intéressant de constater que la communauté musulmane est la seule communauté en France qui se dise maltraitée sous l’angle de l’héritage culturel : aucune autre communauté – asiatique, européenne, africaine, juive, etc. – ne trouve particulièrement à se plaindre dans ce domaine. Compte tenu de la liberté qu’à toute personne en France – contrairement à ce qui se passe dans les pays musulmans – d’effectuer les recherches historiques qu’elle souhaite et de publier le résultat de ses travaux, on ne peut que rester perplexe face à une telle attitude.

Il semble que cette attitude soit issue du même fonds victimaire que dénonce pourtant certains représentants éminents de la communauté musulmane comme Tariq Ramadan (cf. victimisation). Cette attitude conforte un repli sur soi identitaire mal vécu, qui conduit à un mécanisme d’auto-défense communautaire qui rejette en bloc une culture occidentale, l’absence d’argumentation réelle n’étant plus un problème dans ce contexte totalement irrationnel.

  • L’héritage arabo-musulman de l’Occident : une valorisation qui ne va pas de soi

Sur cette question particulièrement sensible de la valorisation de l’héritage musulman au sein de la culture occidentale, il est recommandé d’aller se documenter en lisant des ouvrages spécialisés car il est impossible, dans un article court comme sur ce site, de faire la part des choses compte tenu de la complexité de cette question et l’inévitable complexité de l’histoire.

Il est tout à fait probable, voire parfois certain, que la civilisation arabe a pu apporter certains progrès au monde, notamment compte tenu des conditions naturelles de son développement dans le désert d’Arabie (par exemple en médecine ou en astronomie), la question est néanmoins de rendre à César ce qui est à César, c’est-à-dire aux Arabes ce qui est aux Arabes, et à l’islam ce qui est à l’islam.

Or la confusion est très souvent entretenue intentionnellement, dans le souci de valoriser l’islam, entre la civilisation arabe et la civilisation musulmane, comme si arabe et musulman était une seule et même chose au Moyen Orient, ce qui est tout à fait faux.

D’une part, tous les arabes dans l’histoire n’étaient pas musulmans ; d’autre part, quand ils l’étaient, que devaient-ils réellement à l’islam dans les progrès par exemple scientifiques qu’ils ont pu faire faire au monde ? D’ailleurs, on constate plutôt dans le cas des religions une contradiction naturelle avec la science lorsque la religion sort de son domaine de « compétence » (déjà immense !) qui est celui de la morale, de l’éthique, des relations humaines, du sens à donner au monde et à la mort.

Ainsi, Sigrid Hunke, pourtant peu encline à être suspectée de défendre la société occidentale compte tenu de ses convictions et de son passé nazi, et au contraire assez impressionnée par la puissance politique de l’islam, a écrit un ouvrage assez connu de défense de l’apport arabo-musulman : « Le Soleil d’Allah brille sur l’Occident : notre héritage arabe ». Au-delà du caractère assez partisan de ce livre – tellement son intention et son propos sont systématiques –, il est intéressant de noter que Sigrid Hunke précise au fond de façon très claire dans l’introduction de son livre l’impérative nécessité d’éviter le terme « arabo-musulman » : « Cet ouvrage parlera des « Arabes » et de la civilisation « arabe », et non de la civilisation « islamique », car il est notoire que non seulement des chrétiens, des juifs, des parsis et des Sabéens ont contribué à cette civilisation mais qu’encore bon nombre des plus éclatantes réalisations de celle-ci se sont précisément effectuées contre l’islam orthodoxe. En effet, bon nombre des éléments qui constituent le génie scientifique de cet univers spirituel existaient déjà dans le caractère de l’Arabe des temps préislamiques. »

Dans un autre ouvrage distribué encore aujourd’hui dans les réseaux de librairies et recommandé semble-t-il par la communauté musulmane, « Visages de l’islam », publié aux Éditions Al Qalam, Haïdar Bammate, penseur musulman du XXème siècle, écrit : « Vers la fin du XIIIème siècle, l’élan religieux musulman s’apaise. La foi paraît avoir trouvé des assises définitives. Les autorités spirituelles, solidement établies, se montrent de plus en plus réfractaires à tout changement dans un ordre de pensée consacré par les grands docteurs des siècles précédents. La civilisation de l’islam, après avoir atteint son point culminant, commence à décliner. C’est le jugement porté par la plupart des historiens de l’Occident et de l’Orient. De l’Orient arabe surtout. À certains égards et dans des limites restreintes, il est justifié. Il convient cependant de ramener à ses justes proportions l’étendue de cette décadence. » Je laisse le lecteur se reporter à cet ouvrage et se faire sa propre opinion sur l’étendue de cette décadence, qui reste certaine même si elle peut dans certains cas être circonscrite comme essaie de le démontrer cet auteur.

  • Conclusion

Au-delà des ouvrages mentionnés ci-dessus, le lecteur peut se reporter à tous les ouvrages qu’il souhaite. Reste que le constat occidental sur la faible contribution du monde musulman au monde moderne semble bien partagé par de nombreux penseurs musulmans, jusqu’à ceux qui constatent à la télévision encore ces derniers jours [ndlr novembre 2015] une véritable régression du monde musulman (cf. régression).

On peut penser que la problématique est renforcée par la prétention de l’islam à régenter de tous les aspects de la vie humaine, tous étant censés rentrer dans son champ de compétence puisque la parole d’Allah est universelle et omnisciente. Car c’est une revendication inouïe et singulière de prétendre, au-delà de quelques commandements, qu’on détient toute la parole de Dieu, prétention qui ne peut évidemment que se fracasser contre la réalité du monde (les chrétiens s’y étant aussi frottés à leurs dépens).

Le peu de considération de Mahomet pour les femmes

Longtemps soumis à sa première épouse Khadija, Mahomet ne semble ensuite guère avoir eu de grande estime pour ses nombreuses épouses si l’on en croît un hadith authentique (Bukhari) qui rapporte que Mahomet a repris à propos des femmes les paroles de l’Écclésiaste (7, 28) peu favorable aux femmes : « Entre mille hommes, j’en ai trouvé un ; parmi toutes les femmes, je n’en ai pas trouvé une. »

La Tradition (Ibn Majah) rapporte également le propos suivant de Mahomet : « Si une femme fait du mal à son mari, son épouse hourie [ndlr qui l’attend au paradis] ne manque de lui dire : « Dieu te maudisse ! Ne lui fais pas de mal. Il n’est chez toi qu’un homme en asile : il ne tardera pas à nous rejoindre au paradis. » ».

Au temps de la polygamie de Mahomet, seule Aïcha a semble-t-il bénéficié aux yeux de Mahomet d’une perception plus favorable car la Tradition (an-Nasa’i) rapporte qu’il a dit que « la supériorité d’Aïcha sur les autres femmes est comme la supériorité du Tharid sur les autres sortes de nourriture. »

L’attentat-suicide est-il licite en islam ?

  • Problématique

Au moment où les attentats-suicides augmentent dans certains rangs musulmans, qu’il s’agisse de l’État islamique, de certaines attaques en Israël, etc., il est intéressant de se demander si le dogme islamique autorise ou non cette pratique. Voici quelques réflexions à ce sujet.

  • Le suicide est-il interdit par l’islam ?

Pour Yusuf Qaradawi, éminent islamologue qatari, président du Conseil Européen des fatwas et de la Recherche (organisation européenne publiant des directives à l’attention des musulmans européens, c’est-à-dire de musulmans ne vivant pas dans des pays musulmans – ce qui soulève un grand nombre de questions pour les musulmans –), l’islam interdit le suicide.

Il écrit : « Celui qui se tue, quel que soit le moyen, attente ainsi à une vie que Dieu a interdit de tuer sans raison valable. La vie de l’homme n’est pas sa propriété car il ne s’est pas créé lui-même ; il n’a même pas crée un seul de ses organes, ni une seule de ses cellules. Sa vie n’est qu’un dépôt que Dieu lui a confié. Il ne lui convient pas de la laisser perdre et à plus forte raison d’être lui-même cause de sa perte. »

Il écrit également : « Le Prophète a prévenu celui qui se suicide qu’il sera privé de la miséricorde de Dieu au Paradis et qu’il méritera plutôt sa colère en Enfer. Il a dit en effet : « Il y avait jadis un homme qui était blessé. Il s’affola, prit un couteau et se coupa la main. Ainsi, son sang ne cessa pas de couler jusqu’à sa mort. Dieu dit alors : « Mon serviteur s’est tué avant Ma décision, c’est pourquoi Je lui interdis le Paradis » (hadith unanime). »

Il confirme : « Que les faibles de volonté entendent bien cette menace que le hadith suivant prononce comme un tonnerre accompagné d’éclairs : « Celui qui se jette du haut d’une montagne sera éternellement en Enfer, où il ne fera que s’y jeter et s’y rejeter sans fin. Celui qui s’empoisonne et se tue tiendra son poison dans sa main en Enfer, il ne fera que le boire et le boire pendant toute l’éternité. Celui qui se tue avec un objet de fer tiendra dans sa main cet objet en Enfer, il s’en frappera sans cesse pendant tout l’éternité où il sera immortel » (hadith unanime). »

Si les hadiths suffiraient à eux seuls pour interdire le suicide, Yusuf Qaradawi cite également le Coran en appui à son avis : « Ne vous tuez pas vous-mêmes (ou les uns les autres). Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. » (sourate 4, verset 29). Mais cette lecture paraît extensive par rapport au texte qu’il faut tout simplement donner à lire dans sa version intégrale : « Ô les croyants! Que les uns d’entre vous ne mangent pas les biens des autres illégalement. Mais qu’il y ait du négoce (légal), entre vous, par consentement mutuel. Et ne vous tuez pas vous-mêmes. Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. » Il s’agit là a priori d’une recommandation qui semble essentiellement viser les différends commerciaux entre musulmans – habituels à l’époque dans l’Arabie du Prophète –, différends qui pouvaient amener les gens à s’entre-tuer.

Ainsi, pour Malek Chebel : « Il n’y a aucune philosophie du suicide dans le Coran, dès lors que celui-ci n’y est même pas signalé. On peut toutefois supposer qu’il est strictement interdit, compte tenu de l’importance qu’a la vie en islam. »

Sans entrer dans plus de détail doctrinal en faisant référence aux analyses d’autres auteurs, on peut raisonnablement retenir cette position de Malek Chebel sur l’interdiction du suicide en islam, cette position faisant l’objet d’un consensus qui ne semble guère susciter de débats passionnés en terme de doctrine au sein du monde musulman.

  • L’attentat-suicide est-il autorisé ?

Le suicide étant donc interdit, l’attentat-suicide doit donc être regardé du point de vue de son auteur non comme un suicide mais comme un « acte combattant dans la voie de Dieu », une des formes de jihad (« combat dans la voie de Dieu »), puisque l’objectif est bien de tuer des ennemis de Dieu, en tous cas considérés comme tels.

Toutefois la certitude d’être tué en fait quand même un cas un peu spécial au regard du combattant lambda qui peut toujours garder l’espoir de tuer ses ennemis mais de garder lui-même la vie. Mais sur quels critères déterminer la frontière entre le licite (la mort au combat) et l’illicite (le suicide) ? Certains combattants savent très bien par exemple qu’ils se jettent dans la gueule du loup avec la certitude d’être tués dans certains circonstances de guerre – c’est d’ailleurs ce qui fait leur force, l’absence de peur de la mort –, voire avec la volonté de devenir martyrs, et pour être martyr il faut être mort aurait dit monsieur de La Palice.

L’État islamique fait référence au Coran pour justifier explicitement les opérations martyrs en citant le verset suivant : Coran, sourate 2, verset 207. « Et il y a parmi les gens celui qui se sacrifie pour la recherche de l’agrément d’Allah. Et Allah est Compatissant envers Ses serviteurs. » Il semble toutefois que cette traduction soit discutable car Denise Masson ou Régis Blachère par exemple donnent un autre sens correspondant beaucoup plus à la notion de dévouement (ce qui paraît tout à fait logique). Or, ici, les nuances sont importantes. Les arabisants pourront juger à partir du texte original qui peut comporter, comme cela semble le cas ici, des termes anciens malaisés à traduire.

Quant à la référence au hadith (authentique n°3005) de Muslim retraçant la mort en martyr d’un garçon qui refuse d’apostasier, elle semble correspondre au cas classique du martyr pour la foi, très éloignée de la problématique de l’attentat-suicide.

Les textes authentiques, notamment la biographie de Mahomet qui décrit avec moult détails les multiples batailles menées par Mahomet dans la période médinoise (des dizaines de pages), ne traitent a priori pas ce cas. L’attentat-suicide avec explosif est bien une forme nouvelle et moderne de jihad.

  • La valorisation du martyr

En réalité, la valorisation du martyr dans l’islam est telle qu’elle semble reléguer totalement dans le domaine de l’inutile les débats religieux sur la question de la licéité des attentats-suicides. Cette question est instrumentalisée par l’islam dit « modéré » qui tente ainsi de démontrer que les jihadistes qui se font sauter ne sont pas de « vrais musulmans », ce qui est une tentative habile de dédouaner l’islam de ce type de violence et de continuer à ancrer la sempiternelle dichotomie islam / islamisme (radical) – dichotomie qui, il faut le remarquer, commence à poser un sérieux problème aux musulmans modérés eux-mêmes compte tenu de l’ampleur du déni de réalité dans ce domaine au regard des textes musulmans authentiques (cf. violence musulmane).

En effet, l’islam valorise énormément le martyre du combattant mourant dans la voie de Dieu, et donc l’appétence à être tué (éventuellement de façon certaine) en défendant le nom de Dieu, en particulier au travers du symbolisme du martyr qui revient plusieurs fois sur terre pour être plusieurs fois tué (l’objectif étant bien dans ce cas finalement d’être tué et pas seulement de combattre).

Voici quelques références (Coran et hadiths authentiques) pour illustrer cette extrême valorisation, le martyr étant proche d’une forme de bénédiction :

Sourate 2, verset 154 : « Et ne dites pas de ceux qui sont tués dans le sentier d’Allah qu’ils sont morts. Au contraire ils sont vivants, mais vous en êtes inconscients. »

Sourate 3, versets 140 & 141 : « Si une blessure vous atteint, pareille blessure atteint aussi l’ennemi. Ainsi faisons-Nous alterner les jours (bons et mauvais) parmi les gens, afin qu’Allah reconnaisse ceux qui ont cru, et qu’Il choisisse parmi vous des martyrs – et Allah n’aime pas les injustes et afin qu’Allah purifie ceux qui ont cru, et anéantisse les mécréants. »

Sourate 3, verset 157 : « Et si vous êtes tués dans le sentier d’Allah ou si vous mourez, un pardon de la part d’Allah et une miséricorde valent mieux que ce que les mécréants amassent. »

Sourate 3, versets 169 & 170 : « Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d’Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus et joyeux de la faveur qu’Allah leur a accordée, et ravis que ceux qui sont restés derrière eux et ne les ont pas encore rejoints, ne connaîtront aucune crainte et ne seront point affligés. »

Sourate 3, verset 171 : « Ils sont ravis d’un bienfait d’Allah et d’une faveur, et du fait qu’Allah ne laisse pas perdre la récompense des croyants. »

Sourate 4, verset 69 : « Quiconque obéit à Allah et au Messager… ceux-là seront avec ceux qu’Allah a comblés de ses bienfaits : les prophètes, les véridiques, les martyrs, et les vertueux. Et quels compagnons que ceux-là ! »

Sourate 4, verset 74 : « Qu’ils combattent donc dans le sentier d’Allah, ceux qui troquent la vie présente contre la vie future. Et quiconque combat dans le sentier d’Allah, tué ou vainqueur, Nous lui donnerons bientôt une énorme récompense. »

Sourate 9, verset 111 : « Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier d’Allah : ils tuent, et ils se font tuer. C’est une promesse authentique qu’Il a prise sur Lui-même dans la Thora, l’Évangile et le Coran. Et qui est plus fidèle qu’Allah à son engagement ? Réjouissez-vous donc de l’échange que vous avez fait : Et c’est là le très grand succès. »

Sourate 47, verset 4 : « (…) Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions. »

Hadith (Bukhari, Muslim) : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé de Dieu a dit : « Dieu accueillera en souriant deux hommes dont l’un aura tué l’autre et les fera entrer au Paradis. Ce sera le musulman qui, combattant sur le chemin de Dieu, aura été tué [en martyr], et son meurtrier qui se sera ensuite repenti et converti, et auquel Dieu, dans sa grâce, accordera la mort des martyrs ». »

Hadith (Bukhari) : « D’après Jubayr Ibn Hayya, al-Mughîra a dit : « Notre Prophète, d’après le message qu’il a reçu de notre Seigneur, nous a annoncé que celui d’entre nous qui serait tué sur le chemin de Dieu irait au Paradis. »

Hadith (Bukhari) : « Samura a dit : Le Prophète a dit : « J’ai vu pendant la nuit deux hommes venir vers moi. Ils m’ont enlevé vers l’arbre, puis m’ont fait entrer dans une maison plus belle et plus magnifique, telle que je n’en ai jamais vu de plus somptueuse, et ils m’ont dit : Cette maison, c’est la demeure des martyrs ». »

Hadith (Bukhari) : « Anas Ibn Malik a dit : Le Prophète a dit : « Il n’est point d’adorateur (de Dieu) ayant obtenu auprès de Dieu une récompense qui se réjouirait à l’idée de revenir sur cette terre, obtînt-il même tout ce bas monde et tout ce qu’il contient. Il faut cependant faire exception pour le martyr, car lui se réjouirait de revenir sur terre pour être de nouveau tué (sur le chemin de Dieu). »

Hadith (Bukhari) : « Anas Ibn Malik a dit : Le Prophète a dit : « Personne des élus du Paradis ne voudrait revenir en ce bas monde, dût-il posséder n’importe lequel des biens de la terre, à l’exception du martyr ; car lui, il souhaiterait revenir en ce bas monde et être tué à nouveau, et cela dix fois de suite, étant donné ce qu’il sait des faveurs divines ». »

Hadith (Muslim) : « Jâbir a dit : Un homme dit au Prophète : « Où est-ce que je serai, si je suis tué (dans le combat pour la cause d’Allah) ? ». « Au Paradis », répondit le Prophète. L’homme jeta aussitôt quelques dattes qu’il avait dans la main, puis alla combattre jusqu’à ce qu’il fût tué. »

Hadith (Muslim) : « Al-Barâ’ a dit : Un homme des Banû An-Nabît, – une tribu des Ansâr – vint dire au Prophète : « Je témoigne qu’il n’y a d’autre divinité qu’Allah et que tu es Son serviteur et Son envoyé », puis il combattit et fut tué. L’Envoyé d’Allah dit alors : « Celui-ci a peu œuvré, mais a été considérablement récompensé ». » 

Hadith (at-Tirmidhi) : « D’après Al-Miqdam Ibn Madiyarib, le Messager d’Allah a dit : « Il y a six mérites prévus par Allah pour le martyr : (…) 5) il est marié à 72 femmes (vierges) au Paradis ; 6) il peut intercéder pour 70 de ses proches ». »

Sîra : « Lorsque vos frères furent tués à Uhud, Dieu a mis leurs âmes dans les ventres d’oiseaux verts qui boivent des rivières du paradis, mangent de ses fruits, prennent refuge dans les qandils d’or à l’ombre du trône de Dieu ».

Sîra « Le martyr ne sent pas la douleur d’être tué, elle correspond à celle que vous ressentez lors d’un pincement ».

Sîra : « Les martyrs séjournent sur le rivage d’une rivière près de la porte du paradis, sous une coupole verte ».

L’État islamique n’a donc aucune difficulté à trouver dans les textes authentiques musulmans, irréfutables par l’islam « modéré », tous les éléments nécessaires à la mise en avant des mérites du martyr, et par extension du martyr-suicide.

On peut également trouver dans la prédestination qui imprègne la culture musulmane une justification implicite du martyr-suicide puisque tout acte du croyant, y compris celui conduisant à sa mort de façon certaine dans la voie d’Allah, trouve son origine dans le plan de Dieu fixé 50.000 ans avant qu’il ne crée les cieux et la terre (hadith de Muslim). Jacqueline Chabbi écrit : « Tout renvoie donc au milieu local et notamment à sa hantise récurrente de connaître à tout prix le destin qui lui est promis. Le terme « ghayb », destin ou avenir attendu mais caché, qui figure dans le texte est tout à fait symptomatique à cet égard. C’est précisément une des prérogatives du monde de l’Arabie de Mahomet que de croire que les djinns pouvaient surprendre les secrets du destin. » Si un croyant sincère meurt dans un attentat-suicide, n’est-ce pas aussi parce que « c’était écrit » ?

  • Ce qui se cache derrière la question de l’attentat-suicide

En réalité, la question de l’attentat-suicide semble surtout présenter un intérêt symbolique et doctrinal essentiel pour l’islam « modéré ». En effet, la lecture du Coran, des hadiths et de la biographie de Mahomet ne laisse planer aucun doute sur la multiplicité des batailles, razzias, meurtres… de toutes natures menées par les musulmans à l’époque du Prophète. Or, s’agissant de cette violence, toute la ligne de défense de l’islam « modéré » consiste à démontrer coûte que coûte que le Prophète et les musulmans n’ont jamais fait que se défendre contre les polythéistes de La Mecque ou contre les juifs de Médine (qu’ils ont chassés puis exterminés) : ce qui est faux ; il suffit de lire la biographie de Mahomet (la plus authentique, reconnue par tous les musulmans : celle d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham, du IXème siècle) pour le constater.

Or l’attentat-suicide ne peut en aucun cas être présenté comme un cas de légitime défense. Il est donc fondamental pour l’islam « modéré » d’excommunier (c’est-à-dire d’exclure doctrinalement de la communauté) les jihadistes suicidaires, car laisser penser que ces jihadistes resteraient quand même des musulmans (de « mauvais » musulmans, en raison de conditions d’application qui ne seraient pas remplies pour cette violence offensive) revient à admettre que la violence offensive est bien une pratique licite en islam dans certaines conditions : mais ce serait ouvrir une brèche énorme dans tout l’édifice doctrinal de défense de l’islam en tant que religion d’amour et de paix  ; le colosse aux pieds d’argile ne peut sans doute pas se le permettre.

Discours de Bernard Cazeneuve (15 juin 2015)

Il est intéressant d’analyser la position du gouvernement français, par la voie de son ministre de l’intérieur, sur la question musulmane. Voici quelques commentaires relatifs au discours prononcé le 15 juin 2015 par Bernard Cazeneuve, en clôture de la réunion de l’Instance de dialogue avec le culte musulman.

  • « La laïcité, ce n’est pas l’interdiction des repas de substitution dans les cantines scolaires. Cela, ce n’est pas la laïcité, c’est son instrumentalisation politique au détriment des seuls musulmans. »

La laïcité, c’est la neutralité de l’État en matière religieuse, et donc l’absence de soumission de l’État à des contraintes religieuses. La notion de « repas de substitution » doit être bannie : seule la diversité des repas doit être assurée afin que chacun y trouve son compte. Mais laisser planer le doute quant à l’obligation morale qu’auraient les établissements publics à fournir des repas halal dans les cantines scolaires est inacceptable.

D’ailleurs, pourquoi limiter la question au halal et ne pas intégrer la question du casher ? Dire que cela ne concerne que les seuls musulmans est erroné. Or les juifs ne posent a priori pas de problème majeur sur ces sujets.

  • « C’est au nom la laïcité que l’État doit garantir aux Français de confession musulmane le libre exercice de leur culte »

L’État garantit à tout individu l’exercice de ses droits, liés à la liberté religieuse ou pas. Quel rapport avec la laïcité ?

  • « En outre, le gouvernement a décidé de consacrer 9 millions d’euros sur les trois prochaines années au financement d’équipements de sécurité, comme des caméras de vidéo-protection, dans les mosquées où le besoin s’en fait sentir. »

S’il s’agit d’équipements sur la voie publique aux abords des mosquées par exemple, pourquoi pas. Mais s’il s’agit d’équiper aux frais du contribuable des établissements privés musulmans (mosquées ou autres), ce qui semble bien être le cas (dans les mosquées), c’est inacceptable.

  • « Dès l’an passé, j’ai donné instruction aux préfets de signaler systématiquement aux procureurs de la République tous les actes anti-musulmans, mais aussi racistes et antisémites, dont ils auraient connaissance. »

Et les actes anti-chrétiens ?

  • « Pour ma part, comme je l’ai déjà dit, je comprends que les musulmans soient exaspérées de devoir sans cesse expliquer qu’ils n’ont rien à voir avec les attentats perpétrés sur notre sol. »

Non. Les musulmans sont les représentants vivants d’une idéologie religieuse qui, objectivement, sème la terreur dans le monde. Les musulmans portent une responsabilité collective dans l’absence de dénonciation et de manifestation ferme et massive devant ces faits, même ceux qui se passent à l’étranger ou dans les pays musulmans (ex. absence de respect des droits de l’homme), ainsi que dans leur incapacité à purger leur doctrine de tous les ferments d’extrême violence, nombreux, qui y figurent avec une évidence criante.

D’ailleurs certains représentants de la communauté musulmane ne sont pas de l’avis du ministre et jugent bien qu’il y a effectivement des comptes à rendre aux non-musulmans quant à la violence que l’Occident et notamment la France subie depuis tant d’années (cf. reconnaissance).

  • « Mettre en relation les exactions de quelques individus avec les comportements et les valeurs de cinq millions de Français musulmans relève soit d’une coupable ignorance, soit d’une malhonnêteté inacceptable. »

Non, cf. le point précédent. La majorité silencieuse est coupable de son silence, comme commencent à le reconnaître certains musulmans eux-mêmes (cf. reconnaissance). Quant à ce procès en culpabilisation, qu’il soit soutenu par un ministre de l’intérieur en exercice prouve, s’il en était encore besoin, que le politique tend à abaisser le débat public au lieu de l’élever.

  • « Enfin, il est connu que les préjugés naissent de l’ignorance. Je crois donc également à la nécessité de faciliter l’accès du grand public à une meilleure connaissance de l’Islam et de la civilisation arabo-musulmane. Le ministère de la culture va entreprendre un travail de recension des projets portés par les institutions culturelles et audiovisuelles – France Télévision, l’INA, l’Institut du monde arabe, le Louvre, pour n’en citer que quelques-unes – et qui répondent à cette ambition. Des crédits publics seront également engagés pour soutenir les projets de recherche dans le domaine de l’islamologie, de l’étude de l’Islam de France et de la connaissance du monde arabo-musulman. Leur affectation précise sera annoncée à la rentrée. Mais il appartient naturellement aux musulmans eux-mêmes d’être les acteurs de ce combat pour une meilleure connaissance de l’Islam comme religion et comme civilisation. Ce doit être, à mon sens, l’une des principales raisons d’être de la nouvelle Fondation de l’islam de France, qui aura bien entendu par ailleurs d’autres objectifs dans les domaines du culte, de l’éducation et de la solidarité. »

Il est surprenant que l’État français se transforme ainsi factuellement en propagandiste de l’islam : est-ce bien là le rôle d’un État laïc ? Si la communauté musulmane se sent frustrée par une méconnaissance de la contribution de l’islam au monde occidental, que ne se prend-elle en main elle-même pour promouvoir cet héritage ? N’est-elle pas la mieux située ? Pourquoi, depuis tant d’années que chacun est libre en France et en Europe (contrairement à ce qui se passe dans les pays musulmans) de mener toutes les recherches possibles et imaginables cette évidence de la contribution musulmane ne s’est-elle pas imposée ?

  • « L’exercice du culte, c’est également l’existence de lieux de cultes appropriés, en nombre suffisant pour permettre aux fidèles qui le souhaitent de se rendre à la prière. (…) Il existe aujourd’hui environ 2400 mosquées et salles de prières en France. (…) A cet égard, vous n’ignorez pas que la loi de 1905 impose à l’État une abstention rigoureuse, puisqu’elle prévoit que l’État ne subventionne aucun culte. La religion n’est plus en France, depuis plus d’un siècle, considéré comme un service public que l’État prendrait en charge. Son organisation et son financement relèvent exclusivement des fidèles, ce qui est aussi pour eux un gage d’indépendance et de liberté. Mais ce principe n’exclut pas, comme vous le savez également, que les collectivités locales puisse faciliter l’aboutissement de certains projets de construction : en mettant à disposition des terrains dans le cadre de baux emphytéotiques ; en garantissant des emprunts ; ou encore en contribuant au financement de la partie culturelle de projets immobiliers à caractère mixte. »

Le projet de l’État français socialiste semble être de continuer à développer l’islam en France au prix du contournement des textes pour aider et assurer, probablement en toute opacité, le développement d’une religion qui devrait se prendre elle-même en charge.

  • « J’appuie donc fortement le projet issu de l’atelier qui s’est réuni ce matin consistant à créer un groupe de travail rassemblant les responsables musulmans et ceux des autres cultes, l’Association des Maires de France, ainsi que les administrations concernées afin d’évaluer l’application de ces diverses règles. Cette initiative rejoint du reste l’une des propositions du rapport que le sénateur Hervé MAUREY a consacré au financement des lieux de cultes. »

Un appel à mots couverts au contournement de l’esprit de la loi, si ce n’est de sa lettre !

  • « Dans un contexte ou des prêcheurs de haine, très présents sur Internet, s’adressent à une jeunesse souvent ignorante des valeurs de l’Islam, il est important que des figures d’autorité morale et d’érudition soient à même de porter un autre message, conforme à un Islam de paix, un « islam de lumière » tel que l’a défini ce matin Dalil BOUBAKEUR. (…) Bien entendu, la formation théologique des imams ne regarde pas directement l’Etat. »

Quel en est le contenu ?  Le C.F.CM. refuse toujours d’inscrire dans les droits des musulmans de France le droit d’apostasier (cf. apostasie), droit fondamental de l’homme s’il en est. Sachant par ailleurs que l’islam est fondamentalement antinomique avec la laïcité, cela promet.

  • « Je sais que beaucoup de musulmans souhaiteraient voir l’État intervenir davantage dans l’organisation du commerce halal. L’abattage rituel ne s’oppose pas au principe de laïcité ; bien au contraire, il est l’une des composantes de la liberté de culte. »

Le halal contrevient à la dignité du monde animal au nom du respect de règles religieuses inutiles. Bernard Cazeneuve ignore que le halal n’est pas considéré comme une obligation incontournable du culte, comme en témoignent plusieurs islamologues bien connus (cf. halal).

  • « On le sait peu, ou plutôt on l’oublie trop souvent, mais c’est une vieille histoire que celle de la présence des musulmans en France. Une histoire qui remonte très loin dans le temps, jusqu’au Moyen Age, notamment dans les régions du sud de notre pays. Entre Bordeaux et Narbonne, dans l’ancienne Septimanie, mais aussi en Provence, des communautés musulmanes – certes minoritaires, mais qui n’en étaient pas pour autant négligeables – ont ainsi vécu jusqu’au XIIe siècle. Je crois que nous devons tous prendre enfin conscience de cette part de notre histoire commune, dont l’islam de France est aujourd’hui l’héritier. »

L’islam s’est effectivement hasardé dans une partie du territoire français et Charles Martel, puis quelques autres, ont chassé à l’époque les intrus. Quel bienfait a résulté de la présence musulmane en France ? Il est quand même étonnant de voir un ministre du gouvernement français tenter de valoriser par un recours à l’histoire le lien avec une religion dont on ne voit guère ce qu’elle a apporté à la France aujourd’hui, et qui au contraire est à l’origine d’un terrorisme manifeste depuis plusieurs décennies.

  • « Souvenons-nous de l’ancienneté de la belle mosquée de Saint-Denis de la Réunion et souvenons aussi des raisons qui ont présidé à l’édification, dans les années 1920, de la Grande Mosquée de Paris. Ce symbole magnifique au cœur de la capitale fut en effet alors conçu comme un témoignage de reconnaissance à l’égard des dizaines de milliers de soldats musulmans morts pour la France entre 1914 et 1918. Faut-il également rappeler le sacrifice des soldats musulmans qui participèrent, entre 1940 et 1945, au combat national contre le nazisme et à la Libération du territoire national ? Enfin, aurions-nous oublié combien fut décisive la part prise par les immigrés venus d’Afrique du Nord, puis d’Afrique noire, dans la reconstruction du pays après la guerre et dans son développement économique au cours des « Trente Glorieuses » ? Par le sang qu’ils ont versé, par leur labeur, par leurs talents, les Français de confession musulmane ont façonné et continuent à façonner la France – la France qui est notre bien commun. »

Ce témoignage de reconnaissance que constitue la Grande Mosquée de Paris n’est que le symbole de l’abaissement de la France devant une religion à qui les Français ne doivent rien. Ce n’est en réalité que la triste contrepartie d’une colonisation mal assumée. Ceux qui se sont battus pour la France doivent être remerciés, quelle que soit leur confession, car ce n’est pas une question de religion. En quoi cela justifie-t-il d’une façon quelconque une hypothétique dette de la France à l’égard de l’islam (cf. mosquée de Paris) ?

Dar al-Islam : la revue en français de l’État islamique

 Article publié par le Centre Français de Recherche sur le Renseignement

(http://www.cf2r.org/)

 

Dar al islam 1

Car al islam 2

Cette année, l’État islamique a publié six numéros [1] de son magazine officiel en français Dar Al-Islam. [2] Le magazine, qui sert aussi au recrutement de combattants francophones dans les rangs de l’État islamique, a pour objectif premier de présenter et expliquer la doctrine et les méthodes de Daech.

Dar Al-Islam est rédigé par les agents francophones d’Al-Hayat, bureau médiatique officiel en langue étrangère de l’État islamique. Les articles ne sont généralement pas signés ; beaucoup ont été directement rédigés en français, les autres consistant en traductions d’articles déjà parus ailleurs (dans le magazine en anglais Dabiq notamment). Le magazine est distribué en ligne via Twitter et d’autres médias sociaux.

 Dar al islam 3

Les extraits suivants de Dar al-Islam montrent comment, tout au long de l’année 2015, l’État islamique a régulièrement menacé la France, ses intérêts et ses citoyens. Ils présentent également les messages auxquels les partisans de Daech ont pu être exposés, dans le cadre de la propagation de l’idéologie du groupe.

Pourquoi un magazine en français ?

Dans l’introduction du 2e numéro, les rédacteurs de Dar al-Islam présentent clairement les objectifs de la revue :

« Dâr al-Islâm n’est qu’un outil d’incitation à la Hidjrah et au Djihâd et une modeste contribution de frères francophones qui vivent dans le Califat et qui voient autour d’eux cet État se construire sur le sang de leurs frères. Il y a un temps pour tout, un temps pour vivre, un temps pour mourir, un temps pour pleurer, un temps pour rire, un temps pour aimer, un temps pour haïr, le temps est venu d’agir et de se­courir la religion par la langue, le cœur, les membres, la plume et le sabre. »

Le cœur du message de l’État islamique aux musulmans dans le monde est clair : Immigrer pour rejoindre le djihad dans les rangs de l’État islamique, lutter contre les ennemis de l’islam et renforcer le califat légitime.

Après les attaques de janvier 2015 à Paris : Le temps est venu pour les croyants d’avancer 

Le 2e numéro de Dar Al-Islam, publié quelques jours après les attaques terroristes de janvier 2015 à Paris, était principalement consacré à leur glorification et à une justification de nouvelles attaques contre l’Occident, notamment contre la France et les Français. Il mettait en garde contre d’autres attaques à venir :

« Les états mécréants ont compris les conséquences du retour du Califat : la fin de la domination des juifs, des croisés et de leurs alliés. Tout musulman sincère émigre vers l’une des régions de l’État Islamique, cette terre d’Islâm, et quitte les terres de mécréances, dirigées par les pires tawâghît de ce monde, qui font sans cesse la guerre à notre communauté. Le tour est venu maintenant pour les croyants d’avancer, de récupérer les terres et de ne pas laisser une seconde ces tyrans se reposer […] Le musulman ne peut rester loin de cette terre sans être assailli par le regret et sans avoir l’envie de la rejoindre afin de se rapprocher de son Seigneur. Un groupe d’entre eux, nous leur rendons hommage dans ce numéro, ont décidé de frapper l’ennemi sur sa propre terre afin qu’il sache que la guerre ne se fait pas derrière une télé ou en votant dans un parlement. Il faut que la France pleure ses morts comme nous pleurons les nôtres, qu’ils voient le sang des leurs couler comme nous voyons celui des nôtres […] Nous n’avons pas d’avions pour vous bombarder comme vous nous bombardez. Nous avons des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie. Quand ils se sacrifient pour leur religion, pour leurs frères et leurs sœurs, nous les pleurons tout en ayant la certitude qu’ils sont auprès de leur Seigneur dans Son paradis […] Quelle attaque plus grande contre notre religion qu’insulter et se moquer de notre Prophète bien aimé (sur lui la prière et la paix) comme l’ont fait les mécréants impurs et pervers de Charlie Hebdo. L’exécution de ces impurs réjouit tout croyant et attriste tout hypocrite ! »

 Dar al islam 4

« [Le président français] François Hollande, le Taghut [tyran] français »

Un leitmotiv : la France est un Etat croisé impur qui mène la guerre à l’islam

Dans un message audio du 14 septembre 2014 suite aux premières frappes de la coalition anti-EI nouvellement formée [3], le porte-parole de l’EI Abu Mohammed Al-Adnani a émis des déclarations  régulièrement citées par les combattants et sympathisants de l’EI ; ces déclarations apparaissent plusieurs fois dans Dar Al-Islam. Voici les passages les plus cités concernant la France, dans lesquels Al-Adnani invite tous les musulmans à prendre pour cibles les ennemis de l’EI, nommant spécifiquement les Français et d’autres :

« Votre Etat est confronté à une nouvelle croisade. Ô monothéistes, où que vous soyez, que faites-vous pour aider vos frères ? Qu’est-ce que vous attendez, face à une humanité divisée en deux camps, et une guerre qui s’intensifie de jour en jour ? Ô monothéiste, nous t’exhortons à défendre l’Etat islamique, à l’heure où des dizaines de pays se sont unis contre lui et nous combattent sur tous les fronts. Lève-toi, monothéiste, et défends ton Etat depuis ton lieu de résidence, où que tu sois… Ô monothéiste, ne reste pas en marge de cette guerre, où que tu sois. [attaque] les soldats des tyrans, leur police et leurs forces de sécurité, leurs [services de] renseignements et leurs collaborateurs. Fais-leur perdre le sommeil, pourris-leur la vie, et incite-les à s’occuper de leurs propres [affaires]. Si tu es capable de tuer un infidèle américain ou européen – en particulier un Français, impur et hostile – un Australien ou un Canadien, ou tout [autre] ennemi infidèle des pays qui se sont unis contre l’Etat islamique, alors place ta confiance en Allah et tue-le, par tout moyen [dont tu disposes] « Ô monothéistes, où que vous soyez, faites en sorte que [l’Occident] laisse l’État islamique en paix… La meilleure chose à faire serait de tuer tout infidèle français ou américain ou n’importe lequel de leurs alliés… Si vous ne pouvez pas [faire exploser] une bombe ou [tirer] une balle, arrangez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle américain ou français et frappez son crâne avec un rocher, tuez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’une falaise, étranglez-le ou injectez-lui du poison. »

Défendre l’État islamique contre la France, Etat croisé et moderne, étendard de la laïcité et de la démocratie

La France est très souvent décrite par Dar Al-Islam comme un Etat croisé corrompu, qui mène la guerre contre l’islam et les musulmans. Dans un article, intitulé « L’histoire de l’inimitié de la France envers l’islam », des auteurs anonymes présentent ce qu’ils perçoivent comme une guerre historique de la France contre l’islam et les musulmans. L’article soutient que la France est l’ennemi de l’islam, à la fois en raison de son antique passé chrétien, du patrimoine de l’époque des croisades et car elle symbolise la laïcité moderne. Ainsi, la lutte de l’EI contre la France serait une lutte d’autodéfense contre une nation qui est, selon l’article, l’incarnation du mal et de la haine envers l’islam :

« Si le musulman veut bien comprendre cette inimitié il doit comprendre l’histoire de ce pays et de ce peuple. On y remarque deux étapes majeures. La première est le fruit d’une royauté corrompue secondée par un clergé pervers et menteur qui tenait le pays d’une main de fer. Pendant cette période, que les historiens nomment l’ancien régime, le France a combattu l’Islâm à travers les croisades. Elle n’en fut pas une simple partisane mais elle en fut l’instigatrice. La première croisade (1096-1099) (guerre) contre l’Islâm a été provoquée par la propagande d’un pape français Urbain II qui est rentré en France pour appeler le clergé et la noblesse à combattre l’Islâm.[…] Après la révolution de 1789 fomentée dans les loges maçonniques, la France s’est trouvée une autre religion tout aussi mensongère et idolâtre que le catholicisme romain : la démocratie et la laïcité. Les élites françaises toujours aussi corrompues et immorales ont continué à combattre l’Islâm au nom, cette fois, du progrès et de la raison lors des guerres coloniales pendant lesquelles la France a envahie et occupée le Maghreb, l’Egypte et, lors de la campagne de Napoléon, une partie du Châm. Des massacres coloniaux ont été commis pendant cette période. Une guerre ouverte contre les lois islamiques a été menée. […] A cause de l’emprise de la juiverie usuraire sur la France après la seconde guerre mondiale la France a apporté un soutien sans faille au Sionisme dont le but était d’arracher la terre bénie du Châm, la terre des Prophètes aux vrais croyants pour la donner aux juifs blasphémateurs assassins des Prophètes qu’Allâh a décrit : {Nous les avons maudits) à cause de leur rupture de l’engagement, leur mécréance aux révélations d’Allâh, leur meurtre injustifié des prophètes.} [S. 4 v. 155]. Manuel Valls déclare que les Juifs de France sont l’avant-garde de la République, ils doivent donc mourir en premier dans la guerre qui oppose l’Islâm et le Califat à la France. Cela a été bien compris par les frères Mouhammad Merah et Amedy Coulibaly (qu’Allâh leur fasse miséricorde).[…] Les lois sur l’interdiction du Hidjâb, les lois anti-terroristes qui permettent l’emprisonnement de tout musulman sans aucune preuve sérieuse, sont autant de gifles au visage de tout musulman qui croit encore qu’il est possible de cohabiter avec les mécréants ou pire de vivre l’Islâm sous l’autorité des mécréants alors qu’Allâh dit : {Et ceux qui n’ont pas cru sont alliés les uns des autres. Si vous n’agissez pas ainsi [en rompant les liens avec les infidèles], il y aura discorde sur terre et grand désordre.} [S. 8 v. 73]. »

La France comme ennemie de l’islam et des musulmans : combattre la France est une réaction à ses attaques

Le discours de l’Etat islamique désigne clairement la France comme son ennemi n° 2, après les Etats-Unis, parmi les puissances occidentales « croisées », et parfois même comme son ennemi n° 1. L’extrait suivant d’un article de Dar Al-Islam montre que selon la logique de l’EI, la lutte contre la France au moyen d’attentats est une réponse au rôle-phare de la France dans la coalition anti-EI :

« Nul ne peut donc ignorer que la France est habitée par une haine sourde et irrationnelle contre l’Islâm et les musulmans qui l’a poussée à se mettre à la tête de la coalition contre le Califat. Ce pays faible, en pleine crise économique et morale dont le peuple est abruti par les divertissements, où la presse people est plus lue que la presse politique, déclare la guerre à un Etat où chaque habitant est un combattant en puissance ayant suivi un entraînement militaire et faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s’il est tué.[…] Quelques jours seulement après les attentats bénis du frère Aboû Basîr (qu’Allâh l’accepte parmi les martyrs) le parlement français a voté à l’unanimité la prolongation des frappes contre le Califat s’exposant donc à d’autres attentats sur le sol national. »

L’« opération-martyre »

Le magazine glorifie les assaillants-suicides français, les élevant au niveau de héros pour leur sacrifice. Le martyre « pour Allah » est un thème récurrent dans le discours de l’EI. Plusieurs articles de Dar Al-Islam présentent les attentats-suicides comme justifiés et souhaitables. Extraits d’un article intitulé « La légitimité des opérations martyres » [4] :

« Ceux qui pleurent et se lamentent sur les « victimes civiles » des opérations martyrs doivent savoir qu’auprès d’Allâh cela est bien moins pire que le fait que le Tâghoût gouverne les pays et précipite les masses vers l’apostasie générale. Et ceux qui pleurent et se lamentent sur les « victimes civiles » pourquoi ne font-ils pas de même pour ces jeunes gens pieux et purs qui ont fait le sacrifice de leur vie pour élever la parole d’Allâh. »

Cette déclaration de légitimité des attentats-suicides s’adresse spécifiquement aux musulmans dont l’opinion différerait et, plus généralement, à ceux qui ne soutiennent pas l’EI et critiquent ses méthodes.

Un autre article, intitulé « Ce qui attend celui qui ne fait pas la hidjrah » précise :

« Pas de meilleur moyen pour éviter la prison que de suivre le commandement d’Allâh : s’armer et prendre ses précautions. {Les mécréants aimeraient vous voir négliger vos armes et vos bagages, afin de tomber sur vous en une seule masse.} [4:102]. […] Et pas de meilleure arme pour éviter la prison que la ceinture d’explosif que porte nos frères, émirs et soldats dans l’État du Tawhîd: le Califat Islamique. Et si par malheur le musulman se trouve entre les mains du Tâghoût, il doit faire son possible pour sortir de cette situation avilissante : lui, créature qu’Allâh aime, humilié par une créature qu’Allâh déteste : le mécréant ennemi d’Allâh. »

Un autre article [5] suggère des cibles possibles d’attentats, ainsi que des mesures de sécurité à l’intention des agents de l’EI :

« Lors de vos opérations, vous devez déjà être sûr de ce que vous allez viser, et avoir aussi des plans de secours pour chacun de vos plans principaux. Toujours viser les endroits fréquentés, tel que les lieux touristiques, les grandes surfaces, les synagogues, les églises, les loges maçonniques, les permanences des partis politiques, les lieux de prêche des apostats, le but étant d’installer la peur dans leur cœur. Si vous vous procurez un deux roues, il sera plus facile pour vous de vous échapper afin de vous diriger directement vers votre deuxième cible éventuelle. »

Combattant de l’EI : La bannière de l’EI flottera sur l’Elysée, nous venons vers vous

 Dar al islam 5Abu Bakr Al-Hakim alias Abu Al-Tunsi Muqatil, publié dans Dar Al-Islam

Un certain nombre de vidéos de l’EI montrent des combattants français lançant des appels à des attaques sur le sol français, et menaçant la France de représailles pour son implication dans la coalition internationale contre l’EI. [6] Dans une interview parue dans le 3e numéro de Dar Al-Islam, le combattant franco-tunisien Abu Bakr Al-Hakim, alias Abu Al-Tounissî Mouqatil, délivre un message en ce sens. Al-Hakim a une longue carrière djihadiste ; il a combattu en Irak contre les Etats-Unis en 2003 et est soupçonné d’avoir assassiné deux personnalités politiques en Tunisie après avoir passé plusieurs années dans une prison française :

[Intervieweur :] As-tu un message pour les frères en France ?

[Al-Hakim :] Je les appelle à se réveiller et à combattre les ennemis d’Allâh pour la cause d’Allâh. Par Allâh, vous devez vous réveiller et les combattre, si vous voyiez ce qu’ils font ici avec leurs avions, comment ils terrifient nos femmes et nos enfants, comment ils s’efforcent jour et nuit de détruire cet Etat et par la permission d’Allâh, ils ne pourront jamais faire cela. Je les incite à suivre la voie des frères qui ont mené des opérations là-bas. Les armes sont faciles à acquérir dans ces pays. Placez votre confiance en Allâh. Je leur conseille aussi de ne pas chercher des cibles spécifiques. Tuez n’im­porte qui. Tous les mécréants sont des cibles pour nous. Ne te fatigue pas à chercher des cibles spécifiques. Tue n’importe quel mécréant.

[Intervieweur :] As-tu un message pour les mécréants en France ?

[Al-Hakim :] Je leur dis, très bientôt vous verrez la bannière de lâ ilâha illa llâh flotter sur l’Elysée. L’Etat Islamique est très proche aujourd’hui. Il n’y a que la mer entre nous et vous. Par la permission d’Allâh nous venons vers vous. Et, par la permission d’Allâh, vos femmes et vos enfants vont être vendus sur les marchés de l’Etat Islamique.

 Notes

 [1] Voir le rapport de MEMRI en français L’Etat islamique publie le sixième numéro de son magazine en français Dar Al-Islam, 7 octobre 2015.

[2] Voir le rapport de MEMRI JTTM en français L’Etat islamique lance le magazine en français Dar Al-Islam – tribune de prédication et de recrutement de l’organisation, le 29 décembre 2014.

[3] Voir le rapport de MEMRI en français, En réaction à la campagne menée par les Etats-Unis, le porte-parole de l’EI appelle à tuer des Occidentaux, y compris des civils, par tous les moyens, 23septembre 2014.

[4] Voir le rapport de MEMRI en françaisLe 4e numéro du magazine de l’EI en français justifie la lapidation pour adultère, le massacre des « apostats », y compris des membres de la branche syrienne d’Al-Qaïda, 24 juin 2015.

[5] Voir le rapport de MEMRI en français5e N° de Dar Al-Islam, le magazine en français de l’EI : Justification religieuse de l’esclavage, du viol, de l’oppression des chrétiens ; conseils pratiques aux agents de l’EI en Occident, 31 juillet 2015.

[6] Voir le rapport de MEMRI en français L’Etat islamique en français dans une nouvelle vidéo : « Faites exploser la France, réduisez la France en miettes, explosez leurs têtes », 21 décembre 2014.

L’État islamique descend-il de Mahomet ?

Article : « Délégitimer l’État islamique sur des fondements islamiques : Des savants musulmans critiquent Abou Bakr Al-Bagdhadi »

Par Ella Landau-Tasseron (ELT), professeur honoraire du département des études islamiques et moyen-orientales de l’université hébraïque de Jérusalem. Ses domaines de recherche sont l’histoire islamique, le système tribal arabe, les institutions politiques islamiques, les hadiths, l’historiographie islamique et le djihad.

On trouvera ci-dessous un résumé de l’article d’Ella Landau-Tasseron. L’article intégral est disponible à cette adresse : http://www.memri.org/report/en/0/0/0/0/0/0/8873.htm

Remarque liminaire de l’auteur du site : Au vu de cet article très complet, dont de nombreux aspects sont déjà documentés sur ce site, on comprend pourquoi les musulmans « modérés » sont bien en peine de démontrer que la doctrine de l’État islamique ne correspond pas à la nature profonde de l’islam puisque l’État islamique ne fait que ressusciter les pratiques de Mahomet, qui est un modèle pour tous les musulmans.

« Le 19 septembre 2014, un groupe de 126 savants musulmans ont adressé une lettre ouverte au dirigeant de l’État islamique, Abou Bakr al-Bagdhadi, dans laquelle ils critiquent sévèrement la politique et les actions de l’État islamique, qu’ils qualifient de déviations par rapport à l’islam, religion de miséricorde. Pour justifier leur position, ils citent parfois les mêmes textes que ceux employés par l’État islamique, en leur donnant leur propre interprétation. Il convient de mentionner que cette lettre n’a suscité aucun débat dans le monde musulman.

Je [ndlr ELT] présente ci-dessous, point par point, les critiques émises par ces savants, avec une courte analyse de chaque point (indiquée par une astérisque).

1. Un musulman invoquant une autorité religieuse doit avoir une éducation formelle ; il doit appliquer correctement le Coran, les hadith et la théorie juridique, considérer tous les textes pertinents pour chaque question discutée et éviter toute lecture sélective. Les autorités religieuses de l’EI ne remplissent pas ces exigences.

ELT : Al-Baghdadi possède un doctorat en études juridiques islamiques (Sharia) de l’université de Bagdad. Cela fait certainement de lui une personne versée dans la Sharia. En outre, la lecture sélective des textes sacrés est inévitable, parce qu’ils renferment toujours des contradictions. Les critiques les lisent eux aussi de manière sélective, omettant ou s’écartant de textes qui ne correspondent pas à leur argumentation.

2. Une autorité religieuse doit posséder la maîtrise de l’arabe. L’État islamique se présente comme la réalisation de la promesse d’Allah dans le Coran 24:55 : “Allah a promis à ceux qui croient et accomplissent des bonnes oeuvres qu’Il les établira comme successeurs (la-yastakhlifannahum) [de ceux qui les ont précédés] sur la terre…” L’État islamique soutient que le mot la-yastakhlifannahum, dérivé de la même racine que le mot khilafa, fait référence au Califat d’Al-Bagdhadi. Cette interprétation dénote une ignorance de l’arabe, car elle déforme le sens véritable du verset.

ELT : Ce verset a toujours été interprété comme relatant la victoire et les conquêtes du Prophète et du premier califat au septième siècle. L’État islamique, imitant le modèle parfait [du Prophète], applique bien entendu le verset à lui-même. En vérité, le mot la-yastakhlifannahum ne fait pas littéralement référence à un califat, mais certains musulmans pré-modernes pensaient que c’était le cas. Cela signifie que l’État islamique n’a pas introduit de nouvelle interprétation mal fondée.

3. Il est interdit de simplifier à outrance la Sharia et d’ignorer les sciences et les experts islamiques reconnus.

ELT : Les critiques protestent ici contre la tendance actuelle à la “démocratisation de la connaissance religieuse”, en vertu de laquelle des musulmans autodidactes lisent les sources par eux-mêmes et parviennent parfois à des conclusions légales. Cette tendance est facilitée par Internet et son attrait est considérable.

4. L’indulgence est toujours préférable dans les questions religieuses. La propagation de l’islam s’est toujours faite par la prédication, et non par la coercition. Les actions de l’État islamique sont contraires à ce principe islamique.

ELT : Pour formuler cet argument, les critiques recourent à une pratique pour laquelle ils attaquent l’État islamique, à savoir sortir des versets de leur contexte ou se fonder sur des versets considérés comme abrogés. Il est également erroné de dire que l’islam s’est toujours propagé par la prédication uniquement. Tant l’histoire que les livres de droit musulman prouvent le contraire.

5. La Sharia ne doit pas être appliquée de manière rigide et littérale, comme le fait l’État islamique, mais de manière flexible, selon les circonstances du lieu et de l’époque.

ELT : De fait, les érudits musulmans ont toujours fait preuve d’ingéniosité pour adapter les lois de la Sharia aux réalités changeantes. A l’époque moderne, le débat sur le caractère adaptable s’est intensifié, car les musulmans font face à des problèmes résultant de l’affrontement entre les cultures et les valeurs islamiques et occidentales. L’État islamique représente une attitude ultra-puritaine qui, en partie au moins, constitue précisément une réponse à la modernité occidentale et occidentalisée. Les critiques adoptent une approche plus flexible.

6. Il est interdit de tuer des innocents, comme l’État islamique le fait souvent. Il doit exister un motif légal pour tuer.

ELT : L’exigence du “motif légal” est mentionnée dans le Coran mais sans précision ; aussi l’expression reste vague. Les musulmans pré-modernes ont débattu pour savoir si l’incroyance était un motif suffisant pour tuer, ou seulement l’incroyance combinée à l’agression. Les deux positions s’appuient sur des versets du Coran, et sur différentes interprétations et dires du Prophète.

7. L’État islamique tue des journalistes et des travailleurs humanitaires, lesquels sont comparables à des émissaires, qu’il est interdit de tuer.

ELT : Cette analogie faite par les critiques illustre la facilité d’application de normes traditionnelles indulgentes aux circonstances modernes, par déduction. Une autre analogie de la sorte est faite entre le visa moderne et l’aman pré-moderne, à savoir l’institution légale qui protégeait les visiteurs étrangers dans les pays musulmans et vice-versa, à condition qu’ils respectent les lois du pays d’accueil. Après le 11 septembre, de nombreux musulmans ont soutenu que les auteurs des attentats avaient des visas américains, comparables à l’aman donné aux musulmans dans les pays étrangers. En commettant un crime contre leurs hôtes américains, ces musulmans ont ainsi enfreint le droit musulman.

8. L’État islamique attaque des musulmans, alors que le djihad doit être défensif et mené contre des non musulmans uniquement. En outre, il doit être mené pour une cause légale, avec une intention juste, un but légal et un comportement légal. La cause doit résider dans une agression contre les musulmans, l’intention doit être de combattre dans le chemin d’Allah, l’objectif doit être de “faire triompher la parole d’Allah”, et le comportement approprié doit consister à tuer les combattants uniquement. L’État islamique s’est écarté de tous ces principes. L’objectif du djihad a été atteint lorsque la Péninsule arabique a été islamisée par le Prophète en 630-631 de l’ère chrétienne, de sorte que le djihad offensif est devenu obsolète. Les conquêtes islamiques postérieures au Prophète ne peuvent servir de modèle à l’État islamique car elles étaient purement défensives. L’exécution par le Prophète de prisonniers ne peut servir de modèle à l’État islamique, parce que les prisonniers en question étaient des criminels de guerre comme ceux jugés à Nuremberg. L’État islamique se trompe également en appelant chaque musulman à participer au djihad, parce que le djihad incombe à la communauté dans son ensemble, non à chaque musulman en tant qu’individu.

ELT : La plupart des termes et catégories utilisés ici par les critiques sont empruntés à la doctrine occidentale de la guerre juste. Toutefois, les règles du djihad ne sont pas entièrement compatibles avec cette doctrine. Contrairement à l’argument avancé par les critiques, le Coran, les hadith et l’islam pré-moderne ont prêché la guerre offensive. En fait, l’objectif légal islamique de “faire triompher la parole d’Allah” signifie instaurer le règne de l’islam par la conversion ou la soumission des non musulmans – soit par la prédication et la persuasion, soit par des moyens violents. Il y a ainsi une contradiction entre les deux affirmations des critiques (“le djihad est uniquement défensif” et “l’objectif du djihad est de faire triompher la parole d’Allah”). Pour résoudre cette contradiction, les critiques inventent une interprétation novatrice : l’objectif du djihad a déjà été atteint par le Prophète, disent-ils, de sorte que seul le djihad défensif est désormais autorisé. A ma connaissance, aucun savant musulman pré-moderne n’a offert une telle interprétation.

ELT : S’agissant de l’attitude appropriée dans la guerre, les premiers érudits musulmans ont fixé certaines règles, telle que celle de “ne pas tuer d’enfants”, mais celles-ci ont été plus tard annulées par des interprétations ingénieuses. De même, les règles coraniques concernant les prisonniers de guerre stipulaient qu’ils pouvaient être libérés contre rançon ou gratuitement. Des juristes musulmans ont complété ces règles sur le fondement des actions attribuées au Prophète, de sorte que les prisonniers puissent également être exécutés ou transformés en esclaves. Il semble que les règles primitives de conduite du djihad étaient plus compatibles avec les normes internationales actuelles que les réglementations classiques de la Sharia.

ELT : Les critiques ne tiennent pas compte de tous les versets du Coran et informations pertinentes pour la question du djihad (contredisant ainsi leur propre conseil adressé à Al-Baghdadi). En particulier, ils omettent de mentionner les interprétations traditionnelles du verset dit “du Sabre” et de nombreux autres versets et Hadith, qui enjoignent aux musulmans de combattre les Infidèles “dans le chemin d’Allah” indépendamment de la nécessité de se défendre.

ELT : En outre, les expressions cause légale, objectif juste et intention juste sont floues. Elles semblent être des moyens de restreindre la guerre offensive, mais ne sont pas nécessairement telles. Dans l’islam, il existe un précédent permettant de considérer comme des agresseurs tous les non musulmans qui refusent de se convertir, ce qui apporte ainsi un “motif légitime” aux attaques à leur encontre, même s’ils n’ont commis aucune agression effective contre les musulmans. L’objectif de faire triompher la parole d’Allah est “juste” en termes islamiques, mais il n’apporte aucune restriction à la guerre offensive. S’agissant de la conduite de la guerre, l’État islamique peut facilement trouver dans les sources islamiques des précédents ou des justifications pour la plupart de ses actes.

9. Il est interdit de qualifier d’autres musulmans « d’incroyants » (tafkir), comme le fait l’État islamique.

ELT : Qualifier d’autres musulmans « d’infidèles » ou « d’incroyants » a de graves conséquences, parce que selon l’islam, les apostats doivent être exécutés. Le consensus dans l’islam sunnite pré-moderne a toujours été de s’abstenir de prononcer des excommunications autant que possible. Depuis la moitié du vingtième siècle, les musulmans radicaux utilisent le tafkir comme un moyen pour légitimer la violence contre les gouvernements des pays musulmans, et contre d’autres musulmans en général.

10. L’État islamique persécute les chrétiens, bien qu’il existe une alliance entre eux et les musulmans depuis 1400 ans (la dhimma, qui signifie qu’ils payaient un impôt, respectaient certaines conditions et étaient protégés en contrepartie). En outre, le passage du Coran (9:29) : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, après s’être humiliés », s’applique uniquement à ceux parmi les Peuples du Livre (chrétiens, Juifs et Sabéens) qui sont des agresseurs. Les chrétiens d’origine arabe, qui étaient les alliés des musulmans, avaient un statut spécial, en vertu duquel ils ne devaient pas payer d’impôt humiliant mais plutôt un impôt non humiliant, équivalent à la zakat versée par les musulmans.

ELT : La dhimma a été  abolie par les Ottomans en 1856. Néanmoins, le prédécesseur de l’État islamique, « l’État islamique en Irak », a déclaré que le contrat de la dhimma était nul et non avenu en 2007, au motif que les dhimmis l’avaient enfreint. Un nouveau contrat de dhimma a été rédigé par l’EI en 2015. De ce fait, l’organisation propose en réalité aux chrétiens les trois mêmes options que celles traditionnellement proposée à la plupart des non-musulmans :  se convertir à l’islam, payer le tribut et devenir des sujets protégés-humiliés (dhimmis) ou mourir par l’épée. Par cette mesure, l’État islamique se fait l’égal du second Calife, Omar bin al-Khattab (d. 644), considéré comme l’initiateur du système de la dhimma.

ELT : S’agissant des arguments historiques concernant le statut spécial des Arabes chrétiens, ils ont quelque fondement. Les chrétiens de la péninsule Arabique faisaient partie de la société arabe musulmane, et n’ont apparemment subi aucune discrimination. Les Arabes chrétiens dans le Croissant fertile payaient le tribut, mais ils étaient traités avec plus d’indulgence que les chrétiens d’origine non arabe.

ELT : Je ne connais aucun fondement dans les sources islamiques à l’argument selon lequel le verset 9:29 du Coran ne s’appliquerait qu’à une guerre défensive contre des agresseurs chrétiens (ou juifs, etc.).

11. L’État islamique persécute violemment les Yazidis, mais ils appartiennent aux Peuples des écritures, comme les Zoroastriens, les Hindous, les bouddhistes et de nombreux autres. Tous ceux-ci ont été reconnus par les plus grands savants musulmans pré-modernes comme ayant droit au statut de protégés-humiliés, et les Yazidis doivent se voir accorder le même statut et ne pas être persécutés.

ELT : Le Coran n’a accordé le statut de protection qu’aux “Peuples des écritures”, identifiés comme étant les Juifs, les chrétiens et les Sabéens. Les autres idôlatres devaient se convertir ou mourir. Toutefois, les premiers savants musulmans ont considéré la plupart des non musulmans comme comparables aux peuples des Ecritures, et leur ont accordé le statut de protégé-humilié ; ceci est le fondement de la demande des critiques concernant les Yazidis. L’État islamique, toutefois, prétend que les Yazidis sont des idolâtres, sur le fondement de recherches menées par les savants de l’État islamique.

12. L’État islamique pratique l’esclavage, mais celui-ci est interdit. L’islam s’est toujours efforcé d’abolir l’esclavage, qui a en effet été interdit dans le monde entier sur le fondement d’un consensus universel incluant les musulmans.

ELT : Contrairement aux arguments des critiques, la Sharia ne s’est jamais efforcée d’abolir l’esclavage, mais seulement de le régulariser. Il était toutefois considéré comme vertueux de libérer les esclaves musulmans. L’esclavage a en effet été aboli, au moins théoriquement, par la communauté internationale, mais les membres de l’État islamique ne considèrent pas la communauté internationale comme un modèle. Ils considèrent qu’ils font revivre une coutume du Prophète, lorsqu’ils réduisent en esclavage les prisonniers de guerre et qu’ils prennent les filles esclaves pour concubines.

13. Il est interdit de contraindre quiconque de se convertir à l’islam. De nombreux versets du Coran expriment la tolérance envers les non musulmans. Il est également interdit de faire appliquer la Sharia dans le domaine public, car comme l’affirme le Coran (13:31, 26:4), Allah veut qu’il y ait des infidèles et des pécheurs sur terre.

ELT : Les érudits musulmans pré-modernes ont dû déterminer l’attitude du droit islamique envers les non musulmans, au vu des versets coraniques contradictoires tels que : « Pas de contrainte en religion… » (2:256) d’un côté, et l’injonction récurrente de combattre les non musulmans « jusqu’à ce que toute religion appartienne à Allah » (Coran 2:193, 8:39, 48:16) de l’autre. Les érudits musulmans pré-modernes ont considéré comme abrogés, ou autrement écartés, les versets exprimant la tolérance. L’injonction de mener le djihad était considérée comme contraignante et remplaçant tous les versets exprimant la tolérance. Nonobstant des divergences de détail, les érudits ont établi que certains groupes devaient être contraints à se convertir à l’islam ou mourir, tels que les idolâtres arabes, les apostats et les manichéens. Les autres ne devaient pas être contraints, mais devaient se rendre aux musulmans. Les critiques réfutent en fait le consensus pré-moderne, en rétablissant la validité des versets de tolérance.

ELT : L’application forcée de la Sharia dans la sphère publique n’est en aucune manière une innovation de l’État islamique. Dans les livres de Sharia pré-modernes, elle est considérée comme l’une des tâches essentielles du dirigeant musulman. La police religieuse (hisba) dans certains pays musulmans modernes et dans les territoires de l’EI perpétue cette tradition.

14. L’État islamique refuse aux femmes leurs droits, leur liberté de mouvement et leur droit d’étudier, de travailler et de s’habiller à leur goût. Les mariages forcés sont aussi pratiqués par l’État islamique. L’islam interdit tout cela.

ELT : La Sharia contient de nombreuses règles qui, selon les normes libérales modernes, sont discriminatoires envers les femmes. Toutefois, elles peuvent être interprétées et appliquées de différentes manières. Les critiques suggèrent des méthodes pour améliorer la condition sociale des femmes musulmanes, sans renoncer à la Sharia ni adopter un système juridique étranger.

15. L’État islamique tue des enfants et contraint d’autres enfants à prendre part aux combats et aux autres atrocités. L’islam interdit de telles pratiques.

ELT : Pour autant que je puisse dire, il n’existe en effet pas de précédents légaux islamiques ou d’informations concernant le Prophète pouvant justifier le traitement infligé par l’EI aux enfants.

16. L’État islamique applique des peines coraniques (hudud) sans suivre les procédures appropriées, qui garantissent la justice et la miséricorde.

ELT : Le Coran fixe des peines spécifiques pour certains crimes, tels que la lapidation publique en cas de rapports sexuels illicites et l’amputation de la main et/ou du pied en cas de vol. Le droit islamique pré-moderne fait généralement preuve d’une tendance bien ancrée à limiter l’application des hudud autant que possible, par des procédures complexes visant à établir la culpabilité et par la définition de circonstances atténuantes. Apparemment, un régime islamique naissant et controversé comme celui de l’État islamique pourrait tenter de faire preuve de ferveur islamique par l’application stricte des hudud.

17-18.  La torture et les mauvais traitements infligés par l’État islamique, tant aux vivants qu’aux morts, sont non-islamiques et portent atteinte à l’image de l’islam au sein des autres nations.

ELT : La Sharia n’enjoint pas la torture et les mauvais traitements ; parfois elle interdit de telles pratiques explicitement. Par exemple, des paroles prophétiques interdisent d’infliger de mauvais traitements aux morts et d’exécuter par le feu. L’État islamique a justifié cette dernière atrocité à titre de punition “mesure pour mesure” : le pilote jordanien a été exécuté par le feu parce qu’il avait brûlé des innocents en les bombardant.

19. Les membres de l’État islamique attribuent leurs conquêtes à Allah, lui faisant ainsi assumer la responsabilité des atrocités qu’ils commettent au cours de leurs conquêtes. Il est interdit d’impliquer qu’Allah serait responsable de ces actes mauvais.

ELT : Les critiques avancent ici un argument théologique novateur contre la perpétration d’atrocités.

20. L’État islamique détruit les tombes des prophètes et des Compagnons du Prophète ; mais il est permis, et même bénéfique, de visiter de telles tombes, et il est interdit de les détruire. Ceci est indiqué par le Coran et les hadith, et par le fait que les Compagnons ont enterré le Prophète et les deux premiers Califes près de la mosquée de Médine.

ELT : La question des pèlerinages sur les tombes sacrées a été vivement débattue parmi les musulmans pendant des siècles. Certains les ont considérés comme une violation du monothéisme. Les adversaires de ces coutumes comptaient, notamment, Ibn Taymiyya et Muhammad b. Abd al-Wahhab. L’État islamique n’est pas le premier mouvement islamique à s’opposer à la vénération des morts et au culte des tombes.

21. L’État islamique s’est rebellé contre les dirigeants légitimes, ce que la Sharia interdit. Un dirigeant légitime peut être déposé s’il devient un apostat ou qu’il empêche les musulmans de pratiquer l’islam. Toutefois, un dirigeant ne peut être déposé simplement parce qu’il est injuste, haï ou même pour avoir failli à appliquer la Sharia.

ELT : Apparemment, les critiques supposent qu’aucun dirigeant musulman n’est susceptible de renoncer ouvertement à l’islam ou d’interdire la Sharia ; par conséquent, aucune rébellion ne saurait être licite en droit islamique. Ils citent des versets coraniques pour soutenir que le défaut de juger selon la loi d’Allah fait de vous un pécheur, un délinquant et un incroyant (Coran 5:44-45, 47) – mais pas au point d’être rejeté en dehors du giron de l’islam. Cette attitude quiétiste s’est développée sous l’impact traumatisant des premières guerres civiles (fitan, 656-661, 680-692 AC) et est devenue un consensus sunnite. Les radicaux méprisent cette attitude et s’opposent aux gouvernements musulmans précisément parce qu’ils s’abstiennent de juger selon la loi d’Allah telle qu’ils l’entendent. Les radicaux citent précisément les mêmes versets que les critiques pour justifier leur conception révolutionnaire.

22. Il est interdit de déclarer un Califat sans le consensus de tous les musulmans, sous peine de déclencher des guerres intestines. Si l’EI considère les 1,5 milliard de musulmans qui vivent actuellement sur le globe comme étant croyants, alors al-Bagdhadi ne peut être Calife, parce qu’ils ne l’acceptent pas du tout. A l’inverse, si l’EI considère tous les musulmans, sauf ses partisans, comme des infidèles, alors le nombre de ses partisans est trop faible pour établir un Califat, parce qu’une communauté de croyants restreinte n’a pas besoin d’un Calife.

ELT : Les critiques expriment ici à nouveau l’attitude née du traumatisme historique de l’islam sunnite dû aux guerres intestines (fitna), et se font l’écho des théories qui interdisent l’opposition au gouvernement. L’argument selon lequel un petit nombre de musulmans n’a pas besoin d’un calife n’a pas de fondement dans les sources islamiques. De fait, l’histoire ancienne du Califat va dans le sens contraire, car le premier Calife avait été rejeté par la plupart des tribus arabes et même par certains des Compagnons du Prophète. La tradition a réglé ce problème en déclarant que tous les Compagnons s’étaient finalement rangés derrière le Calife, et en qualifiant les dissidents restants d’apostats (à savoir, de non musulmans).

23-24. Il est interdit d’abolir les frontières des États-nations, comme le fait l’État islamique. Il est aussi injuste d’appeler des étrangers à émigrer en Syrie et en Irak aux dépens de la population locale. Contrairement à la doctrine de l’État islamique, la migration a cessé d’être obligatoire ou d’être un acte islamique méritoire après la conquête de La Mecque, en 630.

ELT : Les Arabes et les musulmans n’ont pas rejeté le concept des États-nations, même si au Moyen-Orient, il était lié à l’effondrement du califat ottoman et avait été mis en œuvre de manière artificielle par les puissances impériales. Toutefois, le concept des États-nations n’avait pas de racine dans la Sharia. Pour les radicaux qui souhaitent imiter le modèle de l’islam originel, les États-nations sont un élément étranger qui doit être supprimé, et la migration vers le seul califat islamique authentique est actuellement la juste voie, tout comme elle l’était à l’époque du Prophète. Longtemps après cette époque, les érudits musulmans ont généralement jugé que les musulmans ne devaient pas vivre dans un pays où ils n’étaient pas libres de pratiquer leur religion. L’État islamique peut facilement prétendre que les restrictions imposées en Europe au port du voile, et au niveau sonore de l’appel à la prière (adhan), sont des restrictions imposées aux musulmans qui nécessitent leur migration vers un pays islamique authentique.

  • Conclusion

ELT : Les critiques sont horrifiés par les atrocités de l’État islamique et font de leur mieux pour délégitimer celui-ci. Ils ne mentionnent pas que l’État islamique édifie un état islamique qui fait revivre les institutions islamiques passées, telles que le contrat entre la communauté et le dirigeant (bay’a), la capture du butin de guerre, la taxe imposée aux chrétiens, les punitions coraniques pour des crimes spécifiques (hudud), les tribunaux de la Sharia et les tribunaux civils (mazalim), le choix offert aux polythéistes entre la conversion et la mort, et la possession d’esclaves. L’objectif de l’État islamique, faire régner la parole d’Allah (par la force si nécessaire), est directement emprunté au consensus sunnite pré-moderne. A l’époque moderne, la plupart des musulmans ne sont pas désireux de commettre des atrocités pour atteindre cet objectif. Toutefois, le contester explicitement ou le réfuter de manière convaincante est une tâche difficile, car CET OBJECTIF ET LE DJIHAD NÉCESSAIRE POUR Y PARVENIR SONT FONDÉS SUR LES TEXTES ESSENTIELS DE L’ISLAM. [ndlr souligné par l’auteur du site]

ELT : Tant l’État islamique que ses critiques se fondent sur les textes islamiques, parfois les mêmes textes exactement. La nature et le contenu de ces textes exigent une lecture sélective et autorisent des conclusions diverses, parfois contradictoires. »

La régression de l’islam constatée par les musulmans eux-mêmes

Si les musulmans prétendent détenir le livre parfait, loin s’en faut que la doctrine musulmane soit claire aujourd’hui. Le bateau prend l’eau de tous côtés. Comme l’évoquent (cf. esprit critique) Tariq Ramadan, Malek Chebel ou encore Tareq Oubrou, l’islam ne sait pas (ou plus) dialoguer et débattre. À l’occasion des attentats du 13 novembre 2015, l’émission de France 2 « Islam » du 22 novembre 2015 revient sur cette question. Le constat dressé par les deux interlocuteurs est accablant, notamment en comparaison de la liberté de débat, d’idées, à laquelle le monde occidental est habitué depuis bien longtemps déjà.

France 2 Islam 151122 Extrait 1

France 2 Islam 151122 Extrait 2

Le journaliste : « Je vous ai entendu à plusieurs reprises, et avoir lu aussi, toujours revenir sur l’idée qu’il y aurait des clôtures dogmatiques depuis longtemps. Est-ce que ce n’est pas aussi la responsabilité des intellectuels musulmans, des penseurs musulmans, dans l’état actuel de ce que l’héritage musulman est devenu ? »

Ghaleb Bencheikh : « Vous avez tout à fait raison : nous avons une régression dans la régression. Je n’ose même pas imaginer – je n’ai pas envie que nos chers amis téléspectateurs pensent que, lors de notre entretien ce matin… : j’ai envie de dire que nous fûmes grands nous autres arabes et musulmans. Mais Bagdad fut le lieu des controverses, les fameuses controverses qui sont les ancêtres de la disputatio, elle-même ancêtre de la soutenance de thèse. Et on ne prenait pas ses propres références comme base de discussion. Je ne parle même pas de cela. Je parle de la régression par rapport aux années 30 par exemple, où on pouvait parler librement et on débattait. Là on ne le fait plus. Donc la responsabilité des intellectuels, la tâche, le statut, l’engagement, la responsabilité de l’intellectuel musulman, du théologien, du philosophe, est tout aussi engagée. Donc il est temps de sortir des clôtures dogmatiques. »

Le journaliste : « Mais pourquoi y a-t-il eu ces clôtures dogmatiques ? Autant dans les pays musulmans, la plupart d’entre eux malheureusement, la liberté d’expression, de pensée, n’est pas forcément une valeur reconnue, autant, je dirais l’espace européen et démocratique permet ces réflexions. Mais pourquoi nous n’avons pas, justement, avancé sur ces points-là ? »

Il est quand même surprenant de voir le journaliste reconnaître comme une évidence que la liberté de pensée et d’expression n’est pas reconnue dans la plupart des pays musulmans alors qu’elle est assurée en Europe.

Ghaleb Bencheikh : « Pourquoi ? Parce qu’il y a eu abdication de la raison, défaite de la pensée, abrasement de la réflexion, négation de l’intelligence, et on était resté dans ce qu’on appelle la raison religieuse. On est resté dans la pensée magique, on est resté dans l’argument d’autorité, dans les fantasmes superstitieux. Voilà, il faut libérer l’esprit et justement, se libérer de ces fameuses clôtures dogmatiques (…). Eh bien, c’est ce travail-là, et cette tragédie est aussi un moment propice pour l’investissement intellectuel, pour une raison émergente (…). »

L’argument d’autorité est effectivement le grand argument opposé aux non-arabisants pour leur dénier toute légitimité à toute réflexion sur l’islam, ce qui n’a évidemment aucun sens. Tout ne se résume pas à des problèmes de traduction et, au pire, il suffit de s’appuyer sur les traductions des plus érudits ou des plus reconnus. D’ailleurs, quelle signification accorder alors aux désaccords entre arabisants alors que le Coran est censé être un texte parfait et explicite ? En vérité, ces questions de traduction ne sont que des prétextes pour dénier aux non-arabisants le droit de faire ressortir les nombreuses incohérences et contradictions de l’islam.

Quant à l’incapacité du monde musulman à s’accorder le droit de réfléchir, de critiquer des textes tellement sacralisés que leur vénération devient une sorte de superstition, Mahomet étant lui-même très superstitieux, pourquoi s’en étonner ? Quels progrès spirituels l’islam, copie à la base du judaïsme, a-t-il apporté depuis des siècles au monde, et en comparaison avec les spiritualités qui l’ont précédé, notamment le bouddhisme et le christianisme ? À quoi sert l’islam ?