Palmyre

Dans la vidéo tournée à l’occasion de la prise de Palmyre (ci-dessous), l’État islamique donne son interprétation des combats, en particulier s’agissant des Alaouites (Nusairis), ennemis innés des sunnites : « Les soldats de l’État islamique continuent leurs combats contre les Nusairis et leurs alliés de tous partis et pays, et ils leur infligent les pires défaites. Regardez leurs soldats après chaque bataille éparpillés sur les routes. Regardez les prisonniers, enchaînés de fer. Quand Allah a livré à ses combattants unificateurs Palmyre et Sukhna, et ce qui les entoure en casernes, checkpoints et installations, ils capturèrent un nombre de soldats Nusairis et leurs acolytes chiites hérétiques, des prisonniers qui avaient torturé les pauvres et faibles sunnites : il était inévitable qu’ils paient pour ce qu’ils avaient fait. »

Mais ce qui est surtout à noter est que la vidéo commence par un rappel doctrinal clair et instructif pour tous ceux qui nient l’existence de la violence de la doctrine musulmane : la lecture du Coran : en l’occurrence, la sourate 9, dite du « repentir » (al-Tawbah), en particulier le verset 14 :

Coran, sourate 9, verset 14 : « Combattez-les ! Allah, par vos mains, les châtiera, les couvrira d’ignominie, vous donnera la victoire et guérira les cœurs des croyants. »

Coran, sourate 9, verset 39 : « Si vous ne vous lancez pas au combat, Il [ndlr Allah] vous châtiera d’un châtiment douloureux et vous remplacera par un autre peuple. Vous ne Lui nuirez en rien. Et Allah est omnipotent. »

Cette sourate contient de nombreux autres versets appelant au combat dans le contexte de la déclaration du jihad par Mahomet une fois qu’il eût constaté que sa prédication pacifique, portant soutenue par Allah, ne fonctionnait pas (cf. article doctrine du jihad). Par exemple :

Coran, sourate 9, verset 5 : « Après que les mois sacrés se seront écoulés, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les, dressez-leur des embuscades. Mais s’ils se repentent, accomplissent la salat et acquittent la zakat, alors laissez-les libres. Allah pardonne et est miséricordieux. »

Coran, sourate 9, verset 29 : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, ceux qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit, ceux qui, parmi les gens du Livre, ne professent pas la religion de la vérité. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils versent la capitation de leurs propres mains, après s’être humiliés. »

On ne peut qu’inviter le lecteur à se reporter lui-même à la lecture de cette sourate qui se situe dans le contexte d’un jihad qui a abrogé le pacifisme pour la suite des temps. Tout cela figure de façon très claire dans le texte sacré. La « contextualisation historique » mise en avant par les musulmans « modérés » aujourd’hui pour rendre moins agressive cette doctrine, effort louable, ne s’appuie, il faut bien le constater, que sur des conjectures et des raisonnements qui sont loin d’avoir la force d’un texte aussi clair que le Coran (dicté par Allah, faut-il le rappeler : si Allah avait voulu être clair et dire le contraire, il aurait pu aisément le faire…) et qui ne sont pas partagés encore aujourd’hui par les plus éminents représentants religieux de la communauté musulmane dans le monde.

Quant au discours prononcé à l’occasion de l’exécution des soldats, il est tout à fait dans l’esprit de ce que la Sîra mentionne à l’occasion des nombreuses batailles du prophète Mahomet (cf. article batailles dans la Sîra) :

« Gloire à Allah miséricordieux pour les croyants dans sa victoire et qui rabaisse les infidèles dans sa victoire. Prière et paix à son envoyé Muhammad. Comme suit, 3 messages que j’adresse de la terre du califat, de la ville de Palmyre, ville des conquérants :

1) À vous amis musulmans, peuple du califat : nous vous donnerions la victoire même si vous nous haïssiez. Nous vous rendrions votre honneur même si vous nous méprisiez, car telle est la volonté d’Allah.

2) À notre calife, Abou Baqr al Baghdadi al Quraysh, par Allah aujourd’hui nous réalisons ce que tu nous as promis, quand tu nous as dit que nous rendrons au centuple.

3) Aux tyrans arabes, à tous les tyrans infidèles, à tous les criminels endurcis : nous entrons dans vos terres, dans vos maisons que vous pensiez défendues contre Allah. Nous y avons pénétré et les avons conquises par la grâce d’Allah.

Voici les hommes du califat qui vont au nom d’Allah disposer de ces prisonniers Nusairis qu’Allah nous a livrés dans les derniers combats de Homs. »

PalmyrePalmyre 1  Palmyre 2

La culpabilisation coloniale conduit à l’humiliation religieuse

Comment comprendre les témoignages de reconnaissance pour faits de guerre à l’égard de la communauté musulmane présentés par les représentants de l’État français, qu’il s’agisse de la construction de la grande mosquée de Paris dans les années 1920 ou beaucoup plus récemment du discours du président de la République à l’occasion de l’inauguration du mémorial du soldat musulman en février 2014 ?

L’État français socialiste s’est exécuté en février 2014 devant une revendication de la communauté musulmane exprimée dans l’article 19 de la Convention citoyenne des musulmans de France de juin 2014 : « Les musulmans demandent la reconnaissance et le respect de la mémoire de leurs coreligionnaires tombés sur le champ d’honneur pour que la France soit libre et le demeure. »

À vrai dire, j’ignorais que la France eût une dette à l’égard de l’islam au titre de sa défense et de celle de la liberté. Si c’est le cas, elle en a certainement une à l’égard du judaïsme, et surtout du christianisme, puisque les chrétiens sont tombés par centaines de milliers et même millions (compte tenu du fait que la France est historiquement chrétienne) pour la défense de ce pays. Soyons sérieux car le sujet est grave : la France n’a aucune reconnaissance particulière à avoir à l’égard de l’islam : elle n’en a que vis-à-vis des individus qui se sont battus pour elle, quelle que soit leur origine.

Qui plus est, quel sens donner à cette demande de la communauté musulmane formulée dans la Convention de juin 2014 sachant le président de la République l’avait déjà satisfaite en février 2014 ? Ne fallait-il pas remplacer dans la Convention le terme « demandent » par « ont obtenu » pour être plus fidèle à la réalité ? Que signifie réellement le maintien de cette revendication dans cette Convention ? On pourrait être tenté de croire que la « Soumission » a déjà commencé si l’on veut être un brin provocateur.

L’État peut tenter de favoriser, c’est son rôle au travers du ministère de l’intérieur et des cultes, et c’est tout à fait souhaitable, la bonne entente entre communautés religieuses au travers de témoignages et d’échanges équilibrés vis-à-vis de chacune d’elles. Mais le fait-il dans ce cas précis à bon escient ? D’ailleurs, il me semble difficile de maintenir la neutralité qui s’impose dans l’exercice de la responsabilité politique si l’on proclame, comme le premier ministre, être « lié de façon éternelle à la communauté juive et à Israël ». (cf.  Manuel Valls)

Il est certain que des musulmans se sont effectivement battus auprès des Français dans les 150 dernières années, mais ils ne se sont pas battus aux côtés des chrétiens, des juifs, des agnostiques, des athées… mais aux côtés des Français, et ils ne se sont pas battus parce qu’ils étaient musulmans mais parce qu’ils appartenaient aux colonies françaises et, un certain nombre, de fait, étaient musulmans.

Le président de la République a déclaré en février 2014 : « S’en prendre à une mosquée (…), comme s’en prendre à une église, à une synagogue, à un temple, c’est s’attaquer à l’ensemble de la communauté nationale. » Eh bien non, c’est s’en prendre à des communautés spécifiques, respectivement les musulmans, les catholiques, les juifs et les protestants. C’est justement parce que, aux yeux de certains, ces communautés cristallisent symboliquement des problématiques bien spécifiques [1] (voire plusieurs à la fois) qu’ils s’en prennent à elles.

[1] En ce moment, plutôt : l’intégration pour les musulmans, l’opposition au mariage homosexuel pour les catholiques, et la politique d’Israël vis-à-vis des musulmans en Israël pour les juifs.

Mais que, de fait, s’en prenant à elles, ils ne respectent pas la loi française, n’a rien à voir avec une volonté de s’attaquer globalement à la nation française par une atteinte aux lois de la France, contrairement à ce que montrent à l’évidence les propos de jeunes de certaines banlieues, devenues des territoires hors droit et où la police n’ose parfois même plus aller, et qui manifestent sans ambiguïté leur rejet du modèle de société français dans son ensemble. Dans ce dernier cas, effectivement, on peut parler d’attaque de la communauté nationale.

Il semble d’ailleurs assez curieux de faire référence dans ce contexte au principe de respect des croyances de chacun, « inscrit depuis deux siècles dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen », dans la mesure où la plupart des pays musulmans n’adhèrent pas dans la forme ou dans les faits à cette déclaration et lui substituent d’autres principes issus d’autres déclarations .

Nos monuments aux morts portent la mention « morts pour la France » et non « chrétiens morts pour la France » ou « juifs morts pour la France ». Si la France peut se sentir redevable envers tous ceux qui se sont battus pour elle, en quoi l’islam (ou toute autre religion) a-t-il quelque rapport avec la défense de la France ? Témoigner une reconnaissance institutionnelle à une religion plutôt qu’aux individus, aux familles, qui ont souffert pour la France n’est-il pas maladroit, déplacé, voire choquant ?

Témoignons de la reconnaissance à ceux qui le méritent. Pour le reste, cessons cette repentance permanente dans laquelle la France se complaît depuis une trentaine d’années et voyons aussi tout ce que la France a apporté au monde et aux anciens pays colonisés. Il est temps que la France abandonne sa contrition masochiste, dans laquelle se délecte l’intelligentsia post soixante-huitarde, adepte de la déstructuration et au fond de la destruction des valeurs (destruction freudienne et enfantine provoquée par un vouloir totalitaire jouissif qui ne parvient pas à se maîtriser), et que la France retrouve un peu de fierté, sans pour autant tomber dans l’arrogance.

Discours memorial du soldat musulman

Exécution d’un soldat syrien

Soldat syrienEI soldat syrien

À l’occasion de l’exécution d’un soldat syrien, l’adjudant Raïf Al Ali, originaire de Jabbé, du village d’Ayn al Hayat, le discours de l’État islamique se situe dans la droite ligne de la doctrine du jihad professée et appliquée dans des conditions de violence tout à fait semblables par Mahomet (cf. article Jihad de Mahomet).

Il ne s’agit donc pas de propos délirants de fous barbares mais au contraire d’une doctrine élaborée qui s’appuie sur l’exemplarité du comportement de mahomet à l’égard des incrédules et des faux musulmans – que la Sîra décrit amplement et sans détours –, les alaouites n’étant pas considérés comme de vrais musulmans par les sunnites, la haine génocidaire des sunnites vis-à-vis des alaouites n’étant pas un fait récent.

« Gloire au Dieu tout puissant. La punition est pour les déviants et il n’y a d’inimitié que pour les oppresseurs. Prière et paix sur l’envoyé, miséricorde du monde, notre prophète Muhammad ainsi que sur sa famille et ses compagnons et sur qui a suivi son chemin pour le jour de la révélation (yawn al din).

Le régime Nusairi [1] prétend masser ses troupes pour entrer dans Palmyre. Nous lui disons : « Nous te défions d’y entrer au nom de Dieu. Jamais nous n’abandonnerons un pouce d’une terre gouvernée au nom d’Allah [2]. Par Allah, vous n’y entrerez que sur nos cadavres. Vous ne passerez pas si Allah le veut. Et voici qu’au nom d’Allah nous tuons et capturons tous les jours vos soldats et vos officiers et nous les tuons avec la volonté de Dieu. Et ce qui vient sera encore plus fort. Et nos regards ne sont pas seulement sur Palmyre, Homs ou Damas, mais sur Jérusalem et sur Rome. » »

[1] Régime syrien alaouite, les alaouites étant les adeptes de la doctrine d’Ibn Nusayr, notable de Bassora du IXème siècle et disciple et initié du 10ème imam chiite Ali Naqi.

[2] Voir l’article Dar-al-islam en ce qui concerne la problématique de l’impossible abandon aux infidèles de toute terre devenue un seul jour musulmane car cet abandon constitue un blasphème au regard de l’islam. Ce qui pose de sérieuses questions quant à la nature de la présence musulmane en Occident.

Le voile islamique : quel statut aujourd’hui ?

  • Le voile aujourd’hui : quelles règles religieuses et civiles ?

Au-delà de l’histoire – le passé est le passé –, la question est de déterminer si, aujourd’hui, c’est une obligation, c’est-à-dire si la femme a ou non une liberté de choix.

Compte tenu des éléments évoqués en terme de doctrine et d’histoire (cf. article),  qui ne correspondent à aucune obligation claire et certaine, assortie de sanctions, beaucoup de représentants de la communauté musulmane reconnaissent que c’est en réalité à la femme musulmane de choisir sans aucune contrainte si elle souhaite porter le voile, ou non.

Pour Tariq Ramadan, il est contraire à l’islam d’imposer à une femme le port du voile islamique.

Audition à l’Assemblée Nationale (2009)

Tariq Ramadan AN 2009 Voile islamique

La position de Tareq Oubrou est claire :

–  « Si une majorité d’auteurs classiques considère que la femme doit se cacher les cheveux – ainsi que les bras et les jambes –, il n’existe aucun texte univoque et incontestable obligeant cette dernière à le faire. Certains courants hanafites l’autorisent en revanche à montrer sa chevelure. (…) Aussi, que cela plaise ou non, le port du foulard ne fait pas partie des obligations strictement religieuses. Il ne repose sur aucun texte univoque formel. Quant à ceux qui le considèrent comme obligatoire, je les mets au défi de me fournir un seul argument stipulant qu’une femme qui ne porte pas le voile ne commettrait une faute grave (kabira). L’essentiel de la foi et de la pratique musulmanes n’est pas là. »

–  « Devenu le lieu de crispation identitaire par excellence chez les musulmans, le voile cristallise plus que jamais les fantasmes de ceux qui voient derrière ce bout de tissu un projet de civilisation. Permettez-moi cette comparaison toute bête avec l’escargot : plus vous le touchez, plus il se crispe et s’enferme dans sa coquille. Or je suis bien placé pour savoir ce qu’il y a derrière le voile : il n’y a rien. »

La Convention citoyenne des musulmans de France indique de son côté simplement dans son préambule que « Les musulmans de France considèrent que le voile est une prescription religieuse. » L’emploi du terme « prescription » est très en-dessous de la notion d’ « obligation » comme on l’a vu plus haut. Le port du voile n’est donc pas une obligation au sens strict mais une recommandation faite à la femme, mais qui reste donc libre de la suivre ou non. En effet, si le C.F.C.M. avait voulu être contraignant, il aurait sans doute tout simplement écrit : « le port du voile est une obligation islamique », ce qu’il n’a pas fait. D’ailleurs la Convention ne semble pas faire si grand cas de cette problématique puisqu’elle indique dans son article 5 : « Si nombre de musulmans de France ont pu vivre la loi sur l’interdiction du port du voile à l’école publique comme une injustice, ils respectent les choix de la communauté nationale. »

NB : À ce propos, cet article 5 stipule qu’une loi a été votée pour interdire le voile le port du voile à l’école : c’est une présentation inexacte et tendancieuse qui renvoie à la victimisation et à une supposée stigmatisation des musulmans. La loi porte non pas sur le voile mais sur l’interdiction de tout signe religieux ostensible, quelle que soit la religion concernée. En effet, l’article L141-5-1 du code de l’éducation stipule à l’intention : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. Le règlement intérieur rappelle que la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire est précédée d’un dialogue avec l’élève. »

Cette loi n’est pas plus « injuste » (pour autant qu’on puisse parler d’injustice, ce qui est très discutable) pour les musulmans, les chrétiens ou les juifs. Pourquoi les musulmans devraient-ils se sentir plus visés et plus victimes ? Au contraire, on peut penser que cette loi vise au respect souhaitable de la laïcité dans les établissements publics et vise à écarter du domaine de l’éducation, sujet sensible, des manifestations religieuses revendicatrices qui ne seraient que l’occasion d’envenimer le climat entre élèves au sein de l’école. C’est donc au contraire une mesure de salut public.

Enfin, de son côté, le Conseil européen des fatwas considère qu’il faut convaincre la femme que c’est une obligation, mais en réalité la femme est libre de son choix et elle n’est pas sanctionnée, ce qui revient à dire qu’il s’agit en réalité d’une  recommandation au sens moderne du terme (dans le contexte de la sempiternelle excitation coupable du mâle par la femelle, d’autant plus problématique historiquement…) :

–  « Le Conseil rappelle que le foulard est une obligation de l’islam, mais que l’on ne peut contraindre une femme à le porter. Il est par ailleurs une prescription de l’islam sans en être un fondement. (…) Chaque femme doit pouvoir faire son choix, mais il appartient aux communautés musulmanes d’Europe de faire respecter le droit et de protéger la liberté de conscience en la matière. »

–  « Bien que le port du khimâr, du couvre-chef ou du hijab comme on l’appelle de nos jours, soit une obligation pour la musulmane, il n’en reste pas moins qu’il n’est qu’une application de la religion et non l’un de ses fondements. »

–  « Dieu a prescrit cette tenue pudique et ce foulard pour la musulmane afin qu’elle puisse être distinguée de la non-musulmane et de la non-pratiquante. Ainsi, par sa tenue, elle donnera l’image de la femme sérieuse et honnête, qui n’est ni une séductrice ni une tentatrice, qui ne fait de tort ni par ses paroles ni par un mouvement quelconque de son corps, afin que celui dont le cœur est pervers ne puisse pas être tenté par elle. »

–  « Tout en se taisant devant ce méfait et en la traitant avec bonté, on ne doit pas désespérer du retour de cette musulmane vers le droit chemin, priant Dieu de la guider vers la voie du repentir. »

Par ailleurs, il semble qu’il y ait malheureusement toujours un relent de culpabilisation à l’égard de la femme avec l’idée que la femme aguiche l’homme et qu’elle est responsable de l’attirance qu’elle suscite, jusqu’à ses conséquences les plus fâcheuses comme le viol. C’est en tous cas une idée qu’on retrouve très fréquemment dans la bouche de jeunes musulmanes occidentaux.

Ainsi, Yusuf Qaradawi écrit : « Dieu a ordonné aux femmes des croyants de se couvrir pour sortir avec un voile ample et enveloppant tout le corps. Cela les distingue des autres femmes comme les mécréantes et les débauchées. (…) Il apparaît clairement dans ce verset [ndlr Coran, sourate 33, verset 59] que cet ordre est justifié car on craint que les femmes soient importunées par des débauchés et des regards lubriques de gens sans pudeur. Ce n’est pas du tout parce qu’on a peur d’elles ou qu’on n’a pas confiance en elles, comme le prétendent certains. La femme qui étale sa beauté et sa toilette, qui se déhanche coquettement en marchant et qui parle avec douceur, séduit toujours les hommes et donne des espoirs aux frivoles. Cela confirme le noble verset suivant : « Ne parlez pas aux hommes sur un ton soumis (à force d’être aimable), car cela pourrait susciter la convoitise de celui qui a quelque maladie au cœur. » (Coran, sourate 33, verset 32) »

  • Le voile dans le rapport d’inégalité homme-femme : comment entretenir encore aujourd’hui une forme de soumission

On peut s’interroger plus généralement sur le sens spirituel de toute prescription vestimentaire visant de façon obsessionnelle à cacher le corps (quelle que soit la religion), surtout lorsqu’elle marque de façon aussi claire la distinction entre l’homme et la femme et qu’on a en tête la notion d’impureté, voire de honte, dont la femme est souvent la victime. Le cou et les épaules de la femme sont-ils à ce point obscènes dans la culture musulmane qu’on veuille les dissimuler ? Pourtant, cela ne semble guère poser de problèmes de décence de nos jours au reste de l’humanité. Le monde a changé : les musulmans s’en sont-ils rendu compte ?

En effet, que devient cette coutume ancestrale dans une société qui ne l’est plus et où la perception des femmes s’est améliorée, où l’esclavage, les statuts inférieurs et les castes n’existent plus ? À quelle nécessité ou quel impératif répond aujourd’hui ce signe distinctif dans les sociétés où les femmes sont respectées et ont le même statut, a minima juridique, que les hommes, ce qui est le cas dans le monde occidental ? Si les femmes ne sont plus offensées, la recommandation issue du verset coranique n’est-elle plus sans objet, puisque le verset indique que l’objet du voile est d’éviter l’offense ?

Au-delà de la caducité de cette prescription dans le monde moderne, on peut se poser la question de savoir comment les femmes musulmanes perçoivent la symbolique du voile dans son rapport à l’inégalité homme-femme. En effet, obliger, même moralement, les femmes à porter le voile est leur imposer une contrainte qui n’existe pas pour l’homme et donc est une façon de confirmer le rapport d’inégalité homme-femme qui imprègne la culture musulmane. Les femmes s’en rendent-elles compte ?

D’ailleurs, ce n’est heureusement pas le cas en France mais n’est-il pas vrai que dans la culture musulmane, et plus concrètement dans un certain nombre de pays musulmans aujourd’hui, l’acceptation du port du voile est une condition préalable et sine qua non de la revendication d’autres droits (civils, professionnels, etc) pour les femmes ? En d’autres termes, ont-elles le choix ? En effet, les musulmans hommes (puisque les autorités des pays musulmans sont dans la quasi-totalité des cas masculines) ne considèrent-ils pas déjà inconsciemment que le port du voile est un acte de soumission nécessaire à l’éveil de leur bienveillance ?

Ainsi Malek Chebel écrit : « Le phénomène qui touche au voilement des femmes dans la plupart des pays arabes sous influence wahhabite est spectaculaire. Le paradoxe fait ainsi que le voile est l’une des opportunités pour la femme de s’arroger des droits nouveaux (conduire la voiture, aller au travail), et qu’elle ne l’aurait guère défendu sans cela. Sans aller jusqu’à soutenir que le voile est la condition de l’émancipation des femmes dans ces pays-là, il est indéniable que sans ce fichu sur la tête, il est aujourd’hui inconcevable dans nombre pays musulmans pour la femme de réclamer le moindre privilège. C’est l’une des explications, au-delà de la foi bien sûr, qui pousse des femmes musulmanes à se rapprocher du modèle social dominant, celui de la non-mixité de fait et du marquage violent de séparation des sexes. »

  • Conclusion

La question se pose donc : la totale liberté des femmes au regard du port du voile, sans contrainte sociale ou familiale d’aucune sorte, n’est-elle pas une des conditions premières de leur émancipation ? Les femmes sont-elles conscientes qu’elles valident de façon générale par le port du voile le modèle social de soumission que certains hommes musulmans veulent leur imposer ?

Toutefois, il ne faut pas nier que le port du voile puisse aussi renvoyer à la décision libre d’appliquer une recommandation religieuse pour une femme très croyante. Mais il faut juste s’assurer que cette décision est totalement libre. Aussi, la question est plutôt de savoir ce que le port du voile signifie et si cela correspond à :

– Une aspiration religieuse personnelle mûrie, responsable et libre, avec une pleine compréhension des tenants et aboutissants de l’islam au regard notamment de la condition de la femme ;

–  Un symbole dans le cadre d’un acte politique de revendication d’une identité communautaire, un brevet « d’islamité », en opposition forte avec la culture dominante occidentale, le voile étant par nature même un signe ostensible de différenciation;

–  Une soumission à la pression sociale environnante, notamment familiale.

Les femmes ont-elles compris qu’elles sont libres, au moins en Occident ?

Les chrétiens de leur côté ont su reconnaître et dépasser l’imprégnation biblique qui subsiste encore chez saint Paul dans 1 Corinthiens 11, 8 à 15 : « Ce n’est pas l’homme en effet qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme ; et ce n’est pas l’homme, bien sûr, qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion, à cause des anges. (…). Est-il convenable que la femme prie Dieu la tête découverte ? La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c’est une honte pour l’homme de porter les cheveux longs, tandis que c’est une gloire pour la femme de les porter ainsi ? Car la chevelure lui a été donnée en guise de voile. »

Femmes musulmanes qui vivez en Occident, estimez bien à sa juste valeur la liberté que vous y est offerte.

Le voile islamique : histoire et doctrine

  • Le voile dans l’histoire musulmane

La description du voile traditionnel de l’Arabie préislamique au temps de Mahomet ne semble pas complètement assurée. Les femmes portaient traditionnellement un djilbab, qui veut dire « chemise », mais qui correspondait vraisemblablement à un grand châle ou à un manteau (ce manteau est désigné également par le mot mirt). Le voile traditionnel (hijab) tel qu’on l’évoque aujourd’hui recouvre les cheveux et le cou, parfois le front et la poitrine (voire tout le corps hormis le visage s’agissant du tchador en Iran).

Allah dit à Mahomet de conseiller aux femmes de se voiler à certaines occasions :

Coran, sourate 24, verset 31 : « Dis aux croyantes de baisser leur regard, d’être chastes, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, (…) »

Coran, sourate 33, verset 59 : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs voiles : c’est pour elles le meilleur moyen d’être reconnues et d’éviter d’être offensées. Allah pardonne et est miséricordieux. »

Mais s’agit-il d’un conseil, d’une recommandation, d’une prescription, d’une obligation ? Cela correspond-il à une obligation vraiment claire et formelle de porter le voile pour être une bonne musulmane ?

Ces versets s’adressait à l’époque coranique aux femmes musulmanes notamment à l’occasion de leurs sorties, pour se faire reconnaître comme musulmanes, ce qui leur permettaient de se distinguer des esclaves ou des femmes de classe inférieure ou des non-musulmanes, lesquelles sortaient semble-t-il sans rien mettre par-dessus leurs vêtements domestiques. En effet, la conduite des hommes vis-à-vis des femmes non libres pouvait être particulièrement inconvenante et irrespectueuse compte tenu des mœurs de l’époque de l’Arabie au temps de Mahomet, ce dont les femmes de Mahomet se sont plaintes.

Historiquement, le port du voile ne semble pas avoir été pratiqué de façon constante au cours des siècles. La Sîra et les chroniques, parfois volumineuses, des 3 premiers siècles de l’islam n’en font apparemment guère mention. Il semblerait que le port du voile ait été remis au goût du jour par effet de mode chez les Fatimides et que cette pratique vestimentaire se soit par la suite petit à petit étendue.

D’un point de vue strictement religieux, quelques auteurs ont voulu donner un sens obligatoire et général au port du voile dans une optique rigoriste, port dont l’objectif était notamment de distinguer de façon claire la communauté musulmane féminine des autres. Cette distinction pouvait être légitime compte tenu de l’immensité des territoires sous influence musulmane dans les siècles qui ont suivi la conquête arabe.

Malek Chebel écrit : « Pendant longtemps, les versets qui instituent le voile en islam sont restés lettre morte, sans doute parce que la société islamique des débuts préférait mettre l’accent sur son organisation politique et sociale, plutôt que de la répartition des rôles entres les hommes et les femmes. (…) On peut considérer aujourd’hui que le voile est né de deux siècles majeurs, les XIIIème et XVIIIème siècles, avec cependant une seule légitimation à chaque fois, celle du moraliste doctrinaire pour l’un et du prédicateur religieux pour l’autre. »

D’ailleurs la plupart des commentateurs s’accordent à reconnaître que la question du voile n’a jamais suscité autant de passion que dans la période contemporaine où cette question est devenue un sujet de revendication identitaire et d’opposition à l’Occident.

  • Une « obligation » édictée clairement par Allah dans sa doctrine ?

L’histoire ne démontre donc pas le caractère obligatoire du voile ni son usage constant. Le voile n’est pas une évidence validée par l’histoire. Cela se comprend au regard de l’analyse de la doctrine.

En effet, si les versets sont probants originellement dans certaines circonstances historiques, que dire du caractère général et intemporel de cette prescription en l’absence d’une formulation originelle absolument limpide et indiscutable ? Cette « prescription » est-elle une prescription, au sens médical [1] par exemple, ou cela veut-il dire « obligation » (au sens de « commandement » ou « ordre »), qui, elle, a clairement un sens coercitif et implique une sanction ? En effet, la notion d’« obligation » est par définition à l’idée de contrainte. Il n’y a pas d’« obligation » s’il n’y a pas possibilité juridique de vous contraindre à faire quelque chose, notamment par l’existence de sanctions.

[1] Le médecin vous prescrit un traitement, libre à vous de le suivre ou non et personne n’est légitime à vous y forcer : c’est votre responsabilité.

Si Allah avait voulu être parfaitement clair sur l’obligation de porter le voile pour les femmes, il lui aurait été pour le moins très simple de révéler une formulation ne contenant aucune latitude d’interprétation sur la nature coercitive de cette obligation.

On peut penser que si le 2ème verset du Coran précise la raison pour laquelle le port du voile est utile (pour « éviter d’être offensée »), c’est justement parce qu’il n’est pas obligatoire au sens le plus strict. En effet, si cela était un ordre d’Allah, Allah n’aurait pas besoin de fournir une utilité, c’est-à-dire une explication qui est en réalité une justification, car les ordres d’Allah n’ont pas être discutés et Allah n’a certainement pas à se justifier devant les hommes.

Il en est d’ailleurs ainsi concernant d’autres dispositions qui correspondent bien à des obligations au sens strict, comme les châtiments corporels, d’où certainement l’impossibilité de les abolir puisqu’il n’y a pas de raisonnement rationnel les motivant, ce qui par conséquent ne donne aucune « prise » à la raison humaine pour les remettre en cause (notamment pas de temporalité et très grande difficulté à trouver un motif de contextualisation malgré les efforts qu’on peut juger presque désespérés – sans aucune connotation péjorative – de certains théologiens musulmans).

En effet, il semble raisonnable de penser qu’un ordre d’Allah est formulé de façon limpide, indiscutable (sinon, où va-t-on…), quand bien même les hommes peuvent penser à leur petit niveau que cet ordre contrevient apparemment au bonheur du genre humain ou qu’il est d’une violence épouvantable. Or ce n’est pas le cas pour le voile islamique. Par ailleurs, un ordre d’Allah n’a pas besoin d’être compris, il est même « incompréhensible » par essence, c’est-à-dire qu’il se situe au-delà de la compréhension humaine : il transcende la raison humaine car les buts poursuivis par Allah sont inconnaissables pour l’homme.

Le voile intégral ou comment affirmer son rejet de l’Occident

L’usage dans l’Arabie préislamique d’une pièce de vêtement spécifiquement destinée à cacher le visage de la femme (le voile intégral) était semble-t-il rare. Il ne semble pas exister d’éléments certains montrant un usage régulier de ces vêtements.

Le niqab est le tissu porté pour cacher le visage en sus du voile. La Tradition (Ibn Saad) mentionne qu’Aïcha sortit une fois en niqab pour aller voir une nouvelle future femme de Mahomet à la porte de Médine ; la Tradition mentionne ce fait comme a priori assez exceptionnel. Une autre Tradition (Ibn Sirin) indique que le niqab n’aurait été qu’une mode au temps de l’Arabie mahométane. De nos jours, dans certaines régions des pays du Golfe, il peut être remplacé par un masque en cuir.

À côté du niqab apparut semble-t-il à la même époque la burqa, liée a priori à l’habillement des femmes des bédouins, mais le manque de sources historiques rend hasardeuse une description précise. La burqa est un voile qui recouvre la totalité du corps de la femme, des pieds jusqu’à la tête, de couleur habituellement noire ou bleue. Dans certains cas, les mains doivent même être couvertes et les yeux grillagés. Même si la burqa n’est aucunement une obligation islamique [1], cette pratique patriarcale reculée semble fortement ancrée dans la tradition afghane et est plus fréquemment suivie de nos jours dans certains pays comme l’Iran, le Pakistan, et, de façon plus récente, a intégré la culture des pays du golfe et d’Égypte notamment. Cette pratique reste extrêmement minoritaire en islam et se trouve dans les mouvements musulmans les plus radicaux (et de facto les plus anti-occidentaux).

Tariq Ramadan considère que ce n’est pas une prescription islamique et qu’il faut aller à l’encontre de cette pratique.

Tariq Ramadan Burqa

Tariq Ramadan 2009 Burqa

Malek Chebel écrit : « Autre phénomène préoccupant, certaines musulmanes européennes, elles-mêmes converties ou ayant épousé des musulmans très conservateurs, voilées de pied en cap, poussent le zèle et la bigoterie jusqu’à se grillager les yeux et se couvrir les mains de gants noirs. Ce symbolisme du noir est d’ailleurs abbasside, donc en grande partie chiite et non pas sunnite, ce qui souligne, outre l’origine géographique de l’idéologie en question, l’impossible distance des femmes voilées vis-à-vis de leurs propres pratiques. Une telle attitude les met au ban de la communauté nationale et les rend suspects aux yeux de la plupart des autres musulmans, à commencer par celles qui se refusent à un tel simulacre. D’ailleurs, aucun verset coranique ne préconise un tel vêtement et la Tradition est relativement muette quant au voile porté par les premières musulmanes. (…) Au fond, c’est la croyance de quelques tribus arriérées qui, en s’imposant aux villes, est devenue le vecteur d’une idéologie de séparation et de pureté préconisée par les mouvements intégristes. Dans ce cas de figure, l’ostentation leur suffit, car elle tient lieu de politique. »

La Convention citoyenne des musulmans de France rappelle dans son préambule et dans son article 5 : « Les musulmans de France, suivant la position adoptée par la majorité des théologiens musulmans, considèrent que le port du « voile intégral » n’est pas une obligation religieuse. (…) Concernant le port du voile intégral, il convient de rappeler que la France a adopté une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. À cette occasion, le CFCM a rappelé à plusieurs reprises la position adoptée par la majorité des théologiens musulmans qui stipule que le port du voile intégral n’est pas une obligation religieuse. (…) Tout au long des débats sur le port du voile intégral, le CFCM a clairement affiché son opposition à cette pratique et sa détermination à continuer d’œuvrer par le dialogue et l’éducation pour qu’elle ne s’installe pas sur le territoire national. »

Pour des musulmanes vivant en Occident, compte tenu que le voile n’est déjà pas une obligation sanctionnée en islam (cf. articles voile islamique 1 et voile islamique 2) – celui-ci restant une façon forte de s’identifier à une communauté –, le port volontaire du voile intégral correspond à un radicalisme total, généralement concomitant, pour les nouvelles converties, avec la rupture et même le rejet sécurisant de leur culture d’origine. Ce phénomène est clairement évoqué par Tariq Ramadan :

Tariq Ramadan Burqa

Tariq Ramadan 2009 Conversion

En revanche, on peut regretter que Tariq Ramadan ait prôné de façon assez paradoxale de ne pas légiférer contre cette pratique détestable par le biais d’une prouesse dialectique, consistant à essayer de démontrer que pour lutter contre une pratique détestable, il faut finalement ne pas l’interdire, et donc a contrario l’autoriser : mais alors comment faire passer clairement le message que cette pratique détestable n’est clairement pas la bienvenue en France et n’y sera pas autorisée ? Un peu comme si on nous disait que pour lutter contre l’État islamique, le mieux serait de ne rien faire et de le laisser se réformer lui-même de l’intérieur. Il est heureux que la voie juridique trouvée dans le cadre du danger réel créé pour l’ordre public soit juridiquement robuste. Rappelons que le port de vêtements dont l’objectif est de cacher le visage, et de fait celui de la femme, est interdit en France puisque la loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010 interdit, pour des raisons de sécurité publique, la dissimulation du visage dans l’espace public par son article 1 : « Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. »

Je suis une bombe

Il est difficile d’écarter l’idée que ce qui sous-tend ce type de pratique vestimentaire dans le monde musulman est l’idée détestable que l’homme, en butte aux provocations sexuelles des femmes, ne serait finalement pas totalement responsable de sa propre concupiscence, jugée naturelle et assez incontrôlable, et donc excusable. L’homme est donc une bête et la femme est seule responsable d’exciter ses instincts : belle conception de la nature humaine !

Malheureusement, cet argument odieux selon lequel la femme excite la concupiscence naturelle de l’homme est communément évoqué encore aujourd’hui dans les pays musulmans aussi bien par les hommes mûrs que par les jeunes si l’on en juge par certaines images encore récentes (2014) tirées de reportages ou d’interviews, par exemple en Afrique du nord (ex. Égypte). C’est l’argument classique des violeurs.

Blasphème & Auto-censure : symptômes du péril qui menace les sociétés occidentales

Le délit de blasphème est un délit qui empoisonne la vie dans les pays musulmans, des non-musulmans mais parfois aussi des musulmans eux-mêmes.

Parmi les multiples faits qui émaillent l’actualité, souvenons-nous en novembre 2014 du couple de jeunes chrétiens pakistanais [1], accusés de blasphème contre le Coran, battus à mort puis brûlés dans le four à briques où ils travaillaient.

Chretiens pakistanais[1] Les chrétiens représentent 3 millions d’habitants sur les 190 millions que compte le Pakistan ; c’est une population pauvre, qui ne peut occuper que des emplois subalternes et est fréquemment persécutée. S’agissant de la loi sur le blasphème, si elle est facilement utilisée contre les chrétiens, il faut noter qu’elle peut également être utilisée contre d’autres minorités, voire par les musulmans eux-mêmes entre groupes rivaux.

Malek Chebel rappelle à cet égard : « Le blasphème (tajdif) en islam est double : le fait d’associer un autre dieu à Allah [ndlr ce que font par définition les chrétiens dans l’interprétation musulmane] et, coextensif, le fait d’alimenter une telle éventualité, soit par écrit, soit par oral. Dans le Coran, le mot « blasphème » est plus induit qu’employé explicitement. (…) Ceux qui blasphèment sont donc essentiellement ceux qui méconnaissent l’entité divine et ses attributs. (…) Plus tard, le blasphème s’est également étendu à l’entité prophétique [ndlr Mahomet], au sens où la moindre récusation de celle-ci rejaillit sur tout l’islam, et en particulier sur le Coran, la parole de Dieu, et sur Allah lui-même. »

Les musulmans font régulièrement pression pour que le délit de blasphème soit instauré en France. Ainsi, Yûsuf Al-Qaradâwî, dans une lettre remise à François Hollande en janvier 2015, a appelé la France et les États européens à promulguer des lois protégeant le sacré. En effet, il est illogique selon lui que les lois interdisent l’outrage des individus et se taisent au sujet de l’outrage des Prophètes. Il estime que le législateur français qui a pu promulguer une loi incriminant l’antisémitisme a le pouvoir de promulguer une loi incriminant l’outrage des religions, des Prophètes et du sacré.

Le délit de blasphème n’existe pas dans les pays occidentaux (heureusement !), puisque la critique de la religion est libre, mais il faut noter que l’instillation permanente de l’idée qu’il serait nécessaire de prendre en compte la sensibilité de l’interlocuteur, notamment ses croyances religieuses, dans l’expression de la propre pensée conduit à l’auto-censure et participe d’une culture culpabilisante érigeant le discours vu comme blasphémateur en comportement coupable.

Ce raisonnement est d’une prodigieuse perversité, car, sous des dehors d’une remarquable humanité et d’un grand respect, il conduit tout droit la liberté d’expression au bûcher ou aux fours crématoires.

Un des plus grands ordonnateurs de cette détestable marche funèbre est Tariq Ramadan :

Ramadan BonnantRamadan Bonnant et la liberte d’expression

En effet, ayons toujours à l’esprit ces terribles paroles de Tariq Ramadan : « Quand on vit ensemble, dans une démocratie, dans un cadre légal, il ne s’agit pas simplement de savoir ce que la loi permet, il s’agit aussi de savoir ce que les sensibilités reçoivent. Et quand on est dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, à partir d’un certain moment, – la liberté d’expression est un droit incontestable –, son usage doit faire l’effet ou doit être le produit d’une approche raisonnable ».

Et aussi : « La liberté d’expression ne se mesure pas simplement à ce que la loi vous donne à dire mais à ce que l’atmosphère internationale vous demande de considérer. »

La position de Tareq Oubrou est heureusement très différente et on ne peut que la louer, même si elle n’est pas totalement explicite, mais pourra-t-il longtemps résister ? « La liberté est un acquis non négociable de nos sociétés. C’est une valeur cardinale des démocraties qui a vocation à être universalisée et non pas modulée en fonction des circonstances. Il y va de notre liberté tout court. La meilleure réponse à un écrit, un dessin ou un film que l’on juge offensant pour ses propres convictions, c’est encore l’indifférence. Manifester dans la rue ou menacer de déposer plainte, comme l’ont fait les principales fédérations musulmanes dans notre pays, c’est faire de la publicité pour des œuvres qui ne le méritent pas. »

Malheureusement Tareq Oubrou note aussi : « Pour qui veut lutter contre l’obscurantisme qui frappe aujourd’hui le monde musulman, la France n’est pas forcément un endroit de tout repos. (…) Tout discours élaboré sur Dieu, l’interprétation du Coran ou la nécessité d’adapter sa pratique à un environnement sécularisé s’apparente pour la plupart des musulmans, en particulier les jeunes littéralistes, à un blasphème. »

Face à cette terrible menace, il n’y aura jamais qu’une parole, dont l’histoire porte déjà les stigmates : LA LIBERTÉ OU LA MORT !