Les contacts autorisés aux femmes

Le Conseil Européen pour les fatwas donne les directive suivante à l’intention des musulmans vivant aujourd’hui dans les pays non-musulmans : « La chari’a n’interdit pas la présence d’hommes et de femmes au même endroit, si toutefois sont évitées trois choses prohibées par l’islam, qui sont :
–  l’isolement, c’est-à-dire le fait qu’un homme se retrouve seul avec une femme dans un lieu dans lequel personne ne peut avoir accès à eux ;
–  l’impudicité, c’est-à-dire la mise en évidence par la femme de certaines parties de son corps que Dieu a ordonné de couvrir, de sa tenue vestimentaire ou de son parfum, ou dans sa démarche et ses mouvements ;
–  les attouchements, c’est-à-dire le contact de la peau à la peau. »

Il indique également : « La loi n’interdit pas qu’une femme parle avec un homme en cas de besoin, si les propos restent dans les limites du licite et conforme à ses normes. (…) Cela ne signifie pas que la porte doit être grande ouverte pour que la femme discute avec les passants ou vice-versa. Cela est refusé par la logique et le bon goût avant d’être rejeté par la Loi. En revanche, une femme peut discuter avec un homme s’il s’agit d’un proche, d’un gendre, d’un professeur, d’un voisin ou d’un supérieur hiérarchique, et d’autres cas semblables, tant que la confiance est établie, la séduction est exclue et les attitudes sont normales. Ainsi, il est fréquemment admis dans de nombreux pays musulmans que les hommes saluent les femmes, et réciproquement, lorsqu’ils se rencontrent, qu’ils échangent des propos honorables sur ce qui les concerne, avec le consentement du père, du mari et des frères. Aucun savant ne peut leur dénier cela. »

L’interdiction du mariage d’une musulmane avec un non-musulman

L’article 5 de la Déclaration des droits de l’homme islamique de 1990 stipule que « La famille est le fondement de l’édification de la société. Elle est basée sur le mariage. Les hommes et les femmes ont le droit de se marier. Aucune entrave relevant de la race, de la couleur ou de la nationalité ne doit les empêcher de jouir de ce droit. » On voit dans ce texte que la race, la couleur ou la nationalité ne doivent pas être une entrave. En revanche, rien n’est dit quant à la religion, qui peut donc constituer une entrave légitime encadrée par la chari’a.

  • DOCTRINE

Le mariage d’une musulmane avec un non-musulman est absolument interdit ; il s’agit d’un principe très fort de la culture musulmane, qui s’impose partout, dans tous les pays.

Coran, sourate 2, verset 221. « (…) Ne donnez pas vos filles en mariage aux associateurs avant qu’ils ne croient. Certes, un esclave croyant vaut mieux qu’un associateur même s’il vous plaît. Car les associateurs invitent au feu ; tandis qu’Allah invite, de par sa grâce, au paradis et au pardon. Allah expose ses enseignements aux hommes ; peut-être réfléchiront-ils ! »

Coran, sourate 60, verset 10. « Ô croyants ! Quand viennent à vous des croyantes émigrées, éprouvez-les. Allah connaît très bien leur foi. Si vous les reconnaissez comme croyantes, ne les renvoyez pas aux infidèles [ndlr de La Mecque]. Elles ne sont pas licites en tant qu’épouses pour eux, et eux non plus ne sont pas licites en tant qu’époux pour elles. (…) »

La jurisprudence chaféite confirme : Section m6.7 « Il est contraire à la loi (…) : (5) (…) pour une musulmane d’épouser quiconque n’est pas musulman. »

La Convention citoyenne des musulmans de France n’évoque d’ailleurs pas la question et valide donc par défaut cette interdiction.

Le Conseil européen des fatwas confirme cette disposition : « Après avoir pris connaissance des recherches et des études aux orientations différentes, qui ont traité ce sujet avec profondeur et d’une manière détaillée au cours des trois sessions successives, et après exposition des différents avis juridiques et des argumentations qui y sont liées, en considérant les règles juridiques, les fondements du droit musulman et les finalités de la législation, tout en tenant compte des situations spécifiques que vivent les nouvelles musulmanes en occident dont les époux ont conservé leur religion, le Conseil confirme qu’il est illicite à la femme musulmane de se marier initialement avec un non musulman conformément au consensus de la communauté musulmane, comprenant aussi bien les pieux prédécesseurs que ceux qui les ont suivis. »

Yusuf Qaradawi confirme dans un autre ouvrage : « Il est interdit à la musulmane d’épouser un non-musulman, qu’il soit ou non des Gens du Livre. Cela ne peut en aucune façon lui être permis. (…) Cette interdiction jouit du consensus de tous les musulmans. L’islam a uniquement permis au musulman d’épouser une juive ou une chrétienne, mais il n’a jamais permis à la musulmane d’épouser un juif ou un chrétien, car l’homme est le maître de la maison. C’est lui qui veille aux intérêts de la femme et qui en est responsable. (…) Il est évidemment impossible pour une musulmane de parvenir à protéger sa religion et à suivre ses préceptes alors que son mari qui tient les rênes du foyer renie totalement cette religion. »

Le Statut confirme également : « Une musulmane ne saurait être sous l’autorité conjugale d’un non-musulman. (…) Si l’on suppose qu’une femme musulmane a épousé un non-musulman, il y a deux possibilités : soit elle ignorait le jugement de Dieu en la matière ; alors on doit le lui faire savoir et on la sépare de son mari non-musulman. Soit elle s’était mariée avec cet homme en connaissant l’interdiction de Dieu. Elle aura autorisé ce que Dieu a interdit. Dans ce cas, Dieu n’acceptera ni son adoration ni sa lecture du Coran. On ne priera pas pour elle si elle meurt dans cet état ; sauf si elle renonce à son apostasie, se repentit et revient à l’islam, alors sa condition sera celle du reste des musulmans. »

L’impossibilité du mariage d’une musulmane avec un non-musulman reste actuellement la norme juridique dans les pays musulmans (seul le mariage religieux étant reconnu), même ceux dits « modérés » comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie (dans ce dernier cas, semble-t-il en raison de dispositions administratives ne figurant pas dans le Code de Statut Personnel ou des pratiques locales des officiers de l’administration ; c’est un point qui n’est pas forcément facile à vérifier). Dans les pays musulmans, une jeune femme musulmane ne peut donc pas se marier totalement librement avec l’homme de son choix.

En France, cette jeune femme musulmane peut se marier au moins civilement avec un non-musulman puisque la religion n’entre pas en ligne de compte pour les autorités françaises. Encore que : car, semble-t-il, les mairies réclament a priori un « certificat de coutume » du pays d’origine (est-il réellement incontournable ?) validant le célibat de la femme (afin d’éviter en France la polygamie au cas où la femme serait déjà mariée) et que sa non-délivrance administrative est un levier d’action pour pousser à la conversion (au moins sur le papier) du mari.

Un nombre infime de musulmans ose remettre en cause ce principe. Tareq Oubrou est une des rares personnes qui ose écrire : « Ce qui est permis aux hommes doit l’être aux femmes. Cela vaut notamment pour le mariage interreligieux. Pourquoi permettre à l’homme musulman de se marier avec une chrétienne ou une juive et pas l’inverse ? Aucun texte ne l’interdit. Nous ne sommes plus dans la société patriarcale où cet avis du droit classique musulman a été forgé. »

  • JUSTIFICATION RATIONELLE

Pourquoi ce principe, qui bafoue clairement la liberté individuelle dans un environnement laïc comme en France – mais se comprend tout à fait dans des sociétés ne dissociant pas le religieux et le civil -, a-t-il une telle force dans le monde musulman et n’est-il pas dénoncé par les musulmans de France ? On peut y voir un lien assez naturel avec la hiérarchie que l’islam met entre les communautés humaines, la communauté musulmane étant au-dessus de toutes les autres communautés. En effet, on a vu que l’inégalité naturelle homme-femme donne une prédominance claire à l’homme sur la femme. Qu’un musulman épouse une non-musulmane est donc tolérable puisque c’est l’homme qui a de toutes façons le dernier mot sur l’éducation des enfants et la conduite des affaires de la famille ; dans ces conditions, la famille pourra de fait être musulmane. En revanche, si une musulmane épouse un non-musulman, cela revient, du fait de l’inégalité homme-femme, à assujettir l’islam, représenté par la femme, à une autre religion, en courant le risque que les enfants ne soient pas musulmans, ce qui est tout à fait intolérable et impensable.

Le Statut de la femme musulmane indique : « Une musulmane ne saurait être sous l’autorité conjugale d’un non-musulman. (…) Si l’on suppose qu’une femme musulmane a épousé un non-musulman, il y a deux possibilités : soit elle ignorait le jugement de Dieu en la matière ; alors on doit le lui faire savoir et on la sépare de son mari non-musulman. Soit elle s’était mariée avec cet homme en connaissant l’interdiction de Dieu. Elle aura autorisé ce que Dieu a interdit. Dans ce cas, Dieu n’acceptera ni son adoration ni sa lecture du Coran. On ne priera pas pour elle si elle meurt dans cet état ; sauf si elle renonce à son apostasie, se repentit et revient à l’islam, alors sa condition sera celle du reste des musulmans. »

  • CONSÉQUENCES

Si un musulman marié à une musulmane change de religion, c’est-à-dire devient apostat, son mariage est automatiquement dissous au regard des autorités musulmanes. Cette requête en annulation peut a priori être formulée par quiconque aurait connaissance de l’apostasie (défense de la communauté contre ce qui est considéré être une agression).

Ainsi en a-t-il été pour Nasr Hamid Abyu Zayd, professeur d’exégèse coranique au Caire, rédacteur d’un livre intitulé « le concept du texte », déclaré apostat par les autorités religieuses égyptiennes en raison d’une analyse du Coran jugée trop critique car contextualisant trop la rédaction du Coran par rapport à la situation sociale, politique et religieuse de l’Arabie du VIIème siècle. Celui-ci dut fuir l’Égypte pour se réfugier aux Pays-Bas, où il vécut une quinzaine d’années jusqu’à sa mort en 2010, son mariage ayant par ailleurs été annulé par les autorités égyptiennes au début des années 90 puisqu’un non-musulman (étant déclaré apostat, il n’était plus musulman) n’a pas le droit d’être marié à une musulmane.

Si le mariage civil a eu lieu en France, une jeune femme musulmane qui voyage dans un pays musulman avec son mari peut a priori être accusée selon l’angle d’analyse de fornication ou d’apostasie au regard de la doctrine.

 

 

L’excision

L’excision, comme la circoncision (khitan), ne sont pas mentionnés dans le Coran et ne le sont qu’exceptionnellement dans les hadiths.

La circoncision est fondée sur la reprise de la pratique juive issue d’Abraham qui a circoncis ses fils. Elle est obligatoire pour les hommes, facultative pour les femmes (il s’agit dans ce cas d’enlever le « prépuce » qui entoure le clitoris, à ne pas confondre avec l’excision ; la circoncision féminine est pratiquée par la femme par courtoisie envers son mari).

L’excision est une pratique pré-islamique et n’est pas donc pas spécifiquement musulmane mais certaines communautés musulmanes continuent à la pratiquer aujourd’hui, notamment dans des régions de certains pays d’Afrique (ex. Soudan, Somalie, Égypte).

Dhimmi : le statut

C’est par le traité d’Omar que le statut de dhimmi est généralement connu. Ce statut serait apparu au VIIème siècle : en 637 après JC, le patriarche chrétien de Jérusalem livra la ville à l’armée musulmane d’Omar. Un traité, dit Traité d’Omar, fut alors signé avec ce calife afin de fixer les conditions dans les lesquelles les chrétiens et les juifs étaient autorisés à vivre en pays musulman. Ce traité assujettissait juifs et chrétiens à l’autorité musulmane, mais leur garantissait un traitement meilleur (d’où le terme de « protégé ») qu’aux autres ennemis de l’islam, par la reconnaissance de droits privés mais pas de droits politiques.

On trouve des traces du statut de protégé (dhimmi) à l’égard des Gens du Livre dans une lettre écrite par Mahomet aux rois de Himyar qui avaient abandonné le polythéisme et s’étaient ralliés à l’islam. Il est possible qu’elle ait inspiré le statut établi ultérieurement par Omar.

La Sîra rapporte les propos de Mahomet : « Si un juif ou un chrétien se convertit à l’islam, il compte parmi les croyants, avec les mêmes privilèges et les mêmes obligations qu’eux. Celui, en revanche, qui reste juif ou chrétien, on ne peut le contraindre à quitter sa religion. Mais, dans tous les cas, il doit payer un tribut d’un dinar, qu’il soit mâle ou femelle, qu’il soit libre ou esclave. En échange de ce tribut, il aura la protection de Dieu et de son Envoyé. Sinon, il sera considéré comme l’ennemi de Dieu et de son envoyé. »

L’application de ce statut a connu des variations importantes selon les époques et les sociétés musulmanes. On peut noter que les pays occidentaux ont imposé que le traité de Lausanne de 1923, réglant le sort de la Turquie suite à la première guerre mondiale et l’effondrement de l’empire ottoman, contînt une section spécifique (section III) intitulée : « Protection des minorités ». Le premier alinéa de l’article 38 de cette section stipulait : « Le gouvernement turc s’engage à accorder à tous les habitants de la Turquie pleine et entière protection de leur vie et de leur liberté, sans distinction de naissance, de nationalité, de langue, de race ou de religion ». Le premier alinéa de l’article 39 stipulait : « Les ressortissants turcs appartenant aux minorités non-musulmanes jouiront des mêmes droits civils et politiques que les musulmans. »

Le statut de dhimmi semble avoir disparu en tant que statut officiel dans le monde musulman aujourd’hui mais pas en revanche l’idée qui le sous-tend, bien vivace, c’est-à-dire la supériorité de la communauté musulmane sur toutes les autres communautés humaines (cf. Supériorité).

À lire la jurisprudence chaféite, on retrouve des principes qui font clairement échos à des règles appliquées de nos jours, notamment dans certains pays de la péninsule arabique. Cela questionne sérieusement la réciprocité des droits des musulmans dans les pays occidentaux au regard des restrictions de droits imposées aux non-musulmans dans ces pays.

Section o11.5 « Ces sujets non-musulmans [ndlr soumis au statut de dhimmi]  doivent respecter les règles islamiques qui ont trait à la sécurité et à l’indemnisation de la vie, de la réputation et de la propriété. En outre :
(1) Ils sont punis s’ils commettent l’adultère ou le vol, mais pas pour ivresse ;
(2) Ils doivent se distinguer des musulmans par l’habillement, en portant une large ceinture (zunnar) ;
(3) Ils ne sont pas salués par le « as-Salamu ‘alaykum » ;
(4) Ils doivent pas occuper la meilleure place dans les rues ;
(5) Ils ne peuvent pas construire des bâtiments aussi ou plus hauts que des bâtiments musulmans, mais s’ils acquièrent une haute maison [déjà construite], elle n’est pas rasée ;
(6) Il leur interdit d’afficher à la vue du public du vin ou du porc, de sonner les cloches des églises ou de porter des croix visibles, de réciter autrement qu’intérieurement la Torah ou l’Évangile, ou de défiler publiquement pour des funérailles ou de fêter publiquement des jours de fête ;
(7) Il leur est interdit de construire de nouvelles églises. »

Le martyr au combat

Le martyr au combat est extrêmement valorisé par l’islam. Allah aime les croyants qui combattent pour lui et les martyrs (chûhada) qui tombent sur le champ de bataille en son nom : ils seront reçus auprès d’Allah et jouiront de félicités éternelles. On est très loin du « jihad intérieur ».

Coran, sourate 2, verset 154 : « Et ne dites pas de ceux qui sont tués dans le sentier d’Allah qu’ils sont morts. Au contraire ils sont vivants, mais vous en êtes inconscients. »

Coran, sourate 3, verset 157 : « Et si vous êtes tués dans le sentier d’Allah ou si vous mourez, un pardon de la part d’Allah et une miséricorde valent mieux que ce que les mécréants amassent. »

Coran, sourate 3, verset 158 : « Que vous mouriez ou que vous soyez tués, c’est vers Allah que vous serez rassemblés. »

Coran, sourate 3, versets 169 & 170 : « Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d’Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus et joyeux de la faveur qu’Allah leur a accordée, et ravis que ceux qui sont restés derrière eux et ne les ont pas encore rejoints, ne connaîtront aucune crainte et ne seront point affligés. »

Coran, sourate 3, verset 171 : « Ils sont ravis d’un bienfait d’Allah et d’une faveur, et du fait qu’Allah ne laisse pas perdre la récompense des croyants. »

Coran, sourate 3, verset 172« Ceux qui, quoiqu’atteints de blessure, répondirent à l’appel d’Allah et du messager, il y aura une énorme récompense pour ceux d’entre eux qui ont agi en bien et pratiqué la piété. »

Coran, sourate 4, verset 69« Quiconque obéit à Allah et au messager… ceux-là seront avec ceux qu’Allah a comblés de ses bienfaits : les prophètes, les véridiques, les martyrs, et les vertueux. Et quels compagnons que ceux-là ! »

Coran, sourate 4, verset 74« Qu’ils combattent donc dans le sentier d’Allah, ceux qui troquent la vie présente contre la vie future. Et quiconque combat dans le sentier d’Allah, tué ou vainqueur, Nous lui donnerons bientôt une énorme récompense. »

Coran, sourate 47, verset 4« (…) Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions. »

La Sîra indique que, lors de la bataille de Badr, Mahomet avait dit à ses partisans qu’Allah ferait entrer au paradis ceux qui seraient tués en combattant avec patience et courage, en avançant et sans jamais reculer.

Mahomet glorifia les martyrs de la bataille d’Uhud comme le relate la Sîra  : « Ce fut un jour d’épreuve et de malheur, où Dieu fit à un grand nombre de musulmans l’honneur du martyre. » et également « Lorsque vos frères furent tués à Uhud, Dieu a mis leurs âmes dans les ventres d’oiseaux verts qui boivent des rivières du paradis, mangent de ses fruits, prennent refuge dans les qandils d’or à l’ombre du trône de Dieu. »

La Sîra indique aussi le sort réservé par Allah au martyr Ja’far ibn Abî Tâlib à la bataille de Mu’ta« On raconte que Ja’far leva la bannière de sa main droite : elle fut coupée ; de sa main gauche : elle fut coupée ; il la serra contre son corps et combattit ainsi jusqu’à la mort. Il avait trente-trois ans. Dieu, au paradis, le dota, en récompense, de deux ailes qui lui permettaient de s’envoler ainsi là où il voulait. »

De façon générale, Mahomet glorifie les martyrs. Il dit à leur propos : « Le martyr ne sent pas la douleur d’être tué, elle correspond à celle que vous ressentez lors d’un pincement ». Il dit également : « Les martyrs séjournent sur le rivage d’une rivière près de la porte du paradis, sous une coupole verte ».

Malek Chebel confirme : « Les martyrs qui tombaient en combattant dans la voie de Dieu sont appelés « chuhadas » (de « chahid », littéralement témoin) et sont reçus, nous dit le Coran, auprès de Dieu. Ils jouiront d’une vie éternelle au paradis, où ils pourront s’y délecter de toutes les douceurs possibles. »

Jihad : Négationnisme ou Révisionnisme

Défendre l’idée d’une religion d’amour et de paix paraît extrêmement compliqué compte tenu des nombreux passages du Coran et de la vie de Mahomet (cf. Les faits) faisant état de batailles, expéditions, meurtres,... Aussi la plupart des théologiens ou intellectuels musulmans tentent de reléguer le jihad armé, combat dans la voie d’Allah au rang de phénomène annexe et marginal, alors même qu’il est parfaitement justifié doctrinalement (cf. doctrine du jihad), qu’il figure explicite dans le Coran, et qu’il est historiquement incontestable au regard des sources musulmanes elles-mêmes.

Deux procédés sont habituellement utilisés pour marginaliser « le combat armé dans la voie d’Allah » (al jihad fi sabil allah) : 1) mettre au premier plan le jihad « intérieur », c’est-à-dire le combat intérieur que le croyant doit mener sur lui-même pour adopter une attitude conforme aux préceptes de sa religion ; 2) défendre l’idée que le combat armé des musulmans n’était que la conséquence de la légitime défense.

On retrouve ces deux idées dans l’émission de France 2 du dimanche matin de décembre 2014 consacrée au jihad :

France 2 Dimanche Le Jihad
France 2 Le jihad décembre 2014

France 2 Islam Le jihad Decembre 2014 1

Pour le point 1) relatif au jihad intérieur, se reporter à l’article Le jihad intérieur

S’agissant du point 2) : Force est de constater que cette vision s’accorde très mal avec le détail des guerres, expéditions, meurtres, razzias, etc. de toutes sortes diligentées par Mahomet et auxquels il a bien souvent participé [article en cours de rédaction]. Cela s’accorde également très mal avec la conquête d’une bonne partie du Moyen Orient et de l’Afrique du nord aux VIIème et VIIIème siècles.

Tareq Oubrou, interviewé dans l’émission ci-dessus a par ailleurs écrit : « À l’instar de la Bible, le Coran contient beaucoup de passages qui, il est vrai, résonnent comme autant d’appels à la violence. Isolés de l’ensemble du discours coranique et de ses circonstances historiques, ces passages donnent effectivement l’image d’une religion belliqueuse et intolérante. Celui-ci par exemple : « Une fois passés les mois sacrés, tuez les associationnistes (polythéistes) où vous les trouvez… » (Coran 9, 5). Ou encore celui-là : « Ô les croyants ! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens ; ils sont alliés les uns des autres. Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. » (Coran 5, 51). Je pourrais citer au moins une dizaine d’autres passages de rupture ou de combat. »

Mais d’un autre côté, Tareq Oubrou écrit aussi : « L’islam est une religion qui a la particularité d’avoir vu le jour en même temps qu’un État, au début du VIIème siècle à Médine, dans la péninsule arabique, après que le prophète a été chassé de La Mecque. Ainsi sommes-nous, dès l’origine, en présence de deux réalités bien distinctes : d’un côté, la révélation coranique que le prophète Muhammad a pour mission de transmettre – et non d’imposer – dans un environnement polythéiste intolérant et hostile ; de l’autre, la naissance d’un empire soumis à des menaces extérieures. (…) Pris dans une logique d’empire, les Arabes n’ont d’autres choix que d’attaquer pour survivre. D’où la rapide extension de la religion naissante sur la rive sud de la Méditerranée. (…) Voilà pourquoi il est essentiel de bien séparer ces deux ordres de réalité : naissance d’une religion d’un côté, logique d’empire de l’autre. » Si Tareq Oubrou reconnaît ainsi la logique d’empire, et donc l’aspect offensif du jihad, il ouvre une nouvelle porte dialectique pour se sortir d’affaire en essayant de séparer la religion et ce qu’elle conduit à faire, ce qui n’a aucun sens.

Malek Chebel est quant à lui certainement le plus réaliste et le plus honnête quand il écrit tout simplement : « L’islam est une religion de conquêtes. Ce que l’on a appelé l’expansion de l’islam se révèle être une œuvre intimement liée à la nature même de la prédication. »

Malek Chebel ajoute : « On peut légitimement se demander si l’islam, dont l’humanisme universaliste, reconnu par tous et professé par la plupart, est encore capable, dans le concret, d’inventer ses prophètes de la non-violence, ses Mahatma Gandhi et ses Martin Luther King. Autrement dit, l’islam est-il en mesure de se réformer au point de refuser en son sein toute forme de violence (…) ? »

Le jihad « intérieur »

Les partisans de cette thèse à vocation rassurante consistant à limiter le jihad à l' »effort intérieur » remontent notamment à la racine de jihad est JHD qui exprime l’idée « d’effort vers », dans le chemin de la foi et de combat du mal, pour tenter de démontrer que la signification première du terme jihad est celle de combat intérieur et spirituel du croyant qu’il doit mener continuellement pour rester dans la voie de Dieu.

Cette thèse est reprise dans l’article 9 de la Convention citoyenne des musulmans de France qui passe sous silence le jihad armé et indique : « Contrairement à une idée répandue, le mot « Jihâd » signifie notamment la lutte et l’effort sur soi-même, en accomplissant le bien. Cette action a surtout une dimension spirituelle, consistant à œuvrer de son mieux pour accomplir le bien. Dans le Coran, ce mot est employé sous ses différentes formes à 33 reprises. »

Le jihad intérieur a en réalité pris une certaine consistance bien après la mort de Mahomet et la vague expansionniste musulmane des VIIème et VIIIème siècles en Europe et au Moyen Orient (qui n’avait pas grand-chose de défensif) : dans un empire musulman dont les frontières avaient commencé à se stabiliser, le développement de l’islam, qui s’exprimait auparavant essentiellement par les armes, s’est poursuivi au travers de l’exploration de voies de recherche plus spirituelles, sans pour autant rendre caduque la voie guerrière. Il fallait, d’une certaine façon, « digérer » les conquêtes.

Ainsi, petit à petit, cette notion d’intériorité s’est développée, notamment avec un grand théologien et philosophe, Ibn Qâyyim al-Jawziyyah, qui a vécu dans la première moitié du XIVème siècle et qui a conceptualisé différents types de jihad personnel ou intérieur.

Jihad : Les faits relatés par la Sîra

Le jihad (combat armé dans la voie d’Allah) étant l’exact opposé d’une religion d’amour et de paix, cette question crée une grande crispation quand elle est posée aux théologiens musulmans (du moins en Occident). Avant de voir quelles réponses ces personnes apportent, il est bon de revenir aux faits tels qu’ils sont précisément relatés par la Sîra, reconnue par tous les musulmans.

L’omniprésence de la guerre à compter de la déclaration du jihad (période médinoise de 622 à 632) pourra étonner certains lecteurs : le mieux est sans doute d’aller consulter la Sîra pour se faire soi-même une idée de la chose. De la date du début de la préparation du jihad à la conquête de La Mecque, ce qui représente 500 pages dans la Sîra complète de M. Badawî, on dénombre environ 450 pages consacrées à la description de la guerre (batailles, expéditions, alliances, traitements de captifs, répartition du butin, meurtres divers,…). La consultation de la table des matières de la Sîra conduit à identifier sur cette période plus de 25 sections relatives à la guerre (avec les mots bataille, campagne, razzia, conquête,…), ainsi que quatorze sections relatives à des meurtres. Voici à titre d’exemple deux pages du sommaire de la Sîra de M. Badawî :

Extrait Sommaire Badawi

Ce jihad peut d’ailleurs rappeler, comme on le verra dans certaines situations, les pratiques des anciens temps bibliques consistant à tuer les mâles et à s’approprier le reste (femmes, enfants, biens) en butin (cf. Deutéronome 20, 10-14). À cet égard, la Sîra indique que c’est précisément ce que signifie le verset :

Coran, sourate 33, verset 26 : « (…) Il [Allah] a jeté l’effroi dans leurs cœurs ; un groupe d’entre eux vous tuiez [ndlr les mâles], et un groupe vous faisiez prisonniers [ndlr les femmes et les enfants]. »

On ne peut que recommander la lecture elle-même de la Sîra, dans la version courte (Atallah) ou in extenso (Badawî). Pour une vision synthétique quoique détaillée, vous pouvez vous reporter à l’ouvrage « L’islam de France (et d’Europe) : un message de paix ? » figurant dans la page « Objectif du site ». Voici son sommaire à titre d’illustration pour la partie de l’ouvrage consacré au jihad :

Extrait Sommaire Islam de France

Mahomet pouvait conduire lui-même le jihad et se battre sur le champ de bataille, ou bien envoyer ses troupes. La participation active de Mahomet dans certains combats ne fait aucun doute. La Sîra indique par exemple qu’un jour Mahomet rentra chez lui et donna à sa fille Fatima son épée en lui disant : « Lave le sang qui s’y trouve, ma fille. En effet, elle m’a bien servi aujourd’hui. »

On peut noter que ce jihad mené par Mahomet, caractérisé par des événements très différents (victoires, défaites, trêves), n’a pas correspondu à une extension progressive constante et linéaire de l’islam, mais semble avoir subi les aléas classiques du développement historique avec des événements favorables et défavorables.

La fatwa contre Salman Rushdie

Les fatwas sont des décisions, souvent émises à titre individuel et en général non contraignantes, émises par des experts dont la légitimité en matière de droit jurisprudentiel religieux (fiqh) est reconnue. La grande majorité des fatwas portent sur des situations privées soumises à des religieux pour obtenir un avis, un arbitrage. Les fatwas à vocation universelle sont plus rares. Les fatwas manifestent de façon générale l’intervention du religieux dans tous les domaines de la vie, ce qui est la négation même du principe de laïcité.

Certaines fatwas peuvent avoir une valeur exécutoire vis-à-vis de la communauté musulmane, en particulier en Iran où des fatwas à valeur exécutoire peuvent être rendues par l’ayatollah (chef suprême des chiites). Mais il en existe également dans le monde sunnite, même si le caractère exécutoire est parfois plus complexe à cerner (cf. en cas d’apostasie).

Dans son ouvrage, « Les versets sataniques », publié en 1988, Salman Rushdie fit référence aux 3 divinités mentionnées dans le Coran (cf. versets sataniques) pour alimenter une réflexion créatrice en matière littéraire. L’ayatollah Khomeiny émit alors la fatwa de mort suivante 1989 : « Au nom de Dieu le Tout-Puissant. Il n’y a qu’un Dieu à qui nous retournerons tous. Je veux informer tous les musulmans que l’auteur du livre intitulé « les versets sataniques », qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l’islam, au Prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l’ont publié ou connaissent son contenu ont été condamnés à mort. J’appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement où qu’ils se trouvent, afin que nul n’insulte les saintetés islamiques. Celui qui sera tué sur son chemin sera considéré comme un martyr. C’est la volonté de Dieu. De plus, quiconque approchera l’auteur du livre, sans avoir le pouvoir de l’exécuter, devra le traduire devant le peuple afin qu’il soit puni pour ses actions. Que Dieu vous bénisse tous. »

Quelle que soit la pertinence religieuse de cette référence au regard du projet littéraire de Salman Rushdie, on peut noter que cette fatwa, jamais abolie, demandait à tous les musulmans d’assassiner l’écrivain, cet assassinat étant récompensé par une somme de 21.500 US$.

Cat Stevens
Cat Stevens, converti à l’islam, approuve la condamnation à mort de Salman Rushdie

 Cat Stevens Yusuf Islam

En septembre 2012, cette somme a été portée à 3.300.000 US$ par l’imam Hassan Sanei et sa fondation religieuse iranienne du 15 Khordad au motif que l’écrivain a entretenu par cette publication et son absence de repentir depuis un climat général hostile à l’islam, voire une conspiration anti-islam, notamment illustré par la production de films attaquant cette religion, comme l’« innocence des musulmans ».

Mahomet : un simple messager d’Allah

Mahomet n’est pas l’auteur de l’Écriture sainte : Mahomet est un simple mortel que Dieu a désigné pour répéter sa parole. Lire le Coran c’est savoir ce que Dieu dit : Mahomet n’émet aucun avis, recommandation, ordre de son propre chef. Il n’est pas « inspiré » : Il ne fait que transmettre le message d’Allah.

Coran, sourate 5, verset 99 : « Il n’incombe au messager que de transmettre le message. (…) »

Coran, sourate 13, verset 40 : « (…) ton devoir est seulement la communication du message, et le compte final sera à Nous. »

Coran, sourate 26, versets 192 à 195 :  « Ce Coran, c’est le Seigneur des mondes qui l’a fait descendre, et l’esprit fidèle est descendu avec lui sur ton cœur, pour que tu sois au nombre des avertisseurs, en une langue arabe claire. »

Coran, sourate 42, verset 48 : « (…) tu n’es chargé que de transmettre le message. (…) »

Coran, sourate 46, verset 9 : « Dis : « Je ne suis pas un innovateur parmi les messagers ; et je ne sais pas ce que l’on fera de moi, ni de vous. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. Je ne suis qu’un avertisseur clair ». »

Coran, sourate 53, versets 2 à 5 : « Votre compagnon ne s’est pas égaré et n’a pas été induit en erreur et il ne parle pas sous l’effet de la passion ; C’est seulement une révélation que lui a enseignée un ange redoutable, fort et doué de sagacité (…) »

Coran, sourate 62, verset 2 & 3« C’est Lui [ndlr Allah] qui a envoyé aux infidèles [ndlr polythéistes arabes] un messager des leurs qui leur communique Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la sagesse, alors qu’ils étaient auparavant dans un égarement évident, ainsi qu’à d’autres parmi ceux qui ne les ont pas encore rejoints. C’est Lui le puissant, le sage. »