De quelques questions sur l’islam : version italienne

La version italienne des 20 questions essentielles sur l’islam est maintenant disponible. Je remercie chaleureusement les personnes qui m’ont aidé à la réaliser.

Domande riguardanti l’islam

N’hésitez pas à la diffuser : la connaissance doit profiter à tous.

« Marche des fiertés » : certes, mais fierté de quoi précisément ? (suite)

En complément au précédent article http://islametoccident.fr/?p=4500 , une autre version, humoristique mais inspirée de faits bien réels, de l’évolution de notre société et de son rapport à la religion. Au-delà de l’humoriste, dont on connaît le caractère sulfureux et polémique, un débat sérieux ne mérite-t-il pas d’être ouvert ?

https://www.youtube.com/watch?v=yu01EqWa2O0

Malek Chebel, penseur musulman disparu : un hommage à contre-cœur ?

  • L’hommage à Malek Chebel

Ghaleb Bencheikh, présentateur attitré de l’émission de France 2 « Islam » diffusée le dimanche matin sur France 2, a présenté en novembre 2017 deux émissions rendant hommage aux penseurs musulmans récemment disparus, parmi lesquels Malek Chebel, mort le 12 novembre 2016. Cet hommage télévisuel, d’une quinzaine de minutes, a insisté sur le caractère pacifique et ouvert de cette personnalité, et sur son désir de voir l’islam devenir un « islam des lumières ».  En voici un extrait :

France 2 Islam 171118 Figures 1 Malek Chebel

  • Une position bien différente un an avant

L’ennui est que Ghaleb Bencheikh faisait preuve un an auparavant de beaucoup moins d’enthousiasme, voire d’un certain mépris, pour Malek Chebel à l’occasion d’une conférence sur le thème de la « fatwa » :

Amis IMA Fatwa 161128 Malek Chebel

« Ça fait rappeler le titre d’un ouvrage : « 27 propositions pour réformer l’islam ». Et pourquoi pas 26, et pourquoi pas 28 ? Mais je ne dirais pas de qui parce qu’il y a un aphorisme du Prophète qui dit : « Ne parlez de vos défunts qu’en bien ». [large sourire joyeux et satisfait…] Donc, du coup, il n’est plus de monde et nous nous recueillons avec beaucoup d’émotion devant sa mémoire. »

  • Malek Chebel : un regard sans concession sur l’islam 

Ghaleb Bencheikh, on le voit, ne semble guère attristé par la mort de Malek Chebel (qu’il ne nomme même pas), et son attitude relève manifestement de l’hypocrisie et de la condescendance : quelle peut en être la raison ?

Au-delà de la rivalité médiatique qui a peut-être pu opposer les deux hommes, on peut s’interroger de façon plus générale sur la difficulté que les intellectuels musulmans ont à honorer avec sincérité la mémoire d’un des leurs lorsque celui-ci adresse aux musulmans et à la culture musulmane des critiques aussi féroces. En effet, Malek Chebel n’était vraiment pas tendre avec l’islam, au point qu’on peut se demander avec raison pourquoi il est resté musulman puisque de telles critiques de l’islam ne laissent guère envisager de voies de progrès possibles.

Voici un florilège de citations tirées des ouvrages de Malek Chebel :

« Le droit musulman ancien est, en l’état, non réformable. Il faut lui substituer un droit qui soit totalement affranchi des us et des coutumes bédouines. La difficulté est réelle car l’islam est le produit d’une société féodale, celle du Hedjaz, qui a fourni le cadre d’ensemble du droit familial, avec ses rites et ses pratiques. »

« L’école coranique où l’on égrène à longueur de journées des sourates et des versets, sans les comprendre et sans les relier à un contexte historique, est, de ce point de vue, la caricature de l’apprentissage mécanique. Sortir de cette méthode répétitive est en soi considéré comme un début explicite d’indiscipline, et parfois de vaine spéculation. »

« L’une des caractéristiques actuelles de la pensée en islam est d’être univoque. Mais lorsqu’on dit « univoque », il faut entendre le mot au sens immédiat du terme et non pas de manière métaphorique ou distanciée. Très distinctement, l’esprit musulman d’aujourd’hui répugne à se voir reprocher, même avec doigté, l’absurdité logique de telle pensée anachronique ou fossile, surtout si elle a été codifiée par le Coran ou la sharia. »

« Pour le croyant islamoïde, l’islam se situe au-dessus et en dehors de la critique humaine. Pour lui, la doxa ne peut être questionnée, ni dans sa généralité ni dans son détail, car cela mettrait en péril tout l’édifice de la croyance. Le comportement « islamoïde » consiste donc à rejeter en bloc toute innovation inconvenante, tout en donnant le change à quiconque s’avise de critiquer tel ou tel précepte islamique. À ce sujet borné, l’islam n’offre que des avantages : une religion divine, avec un prophète d’une sagesse à toute épreuve et une histoire arabo-islamique flamboyante. »

« Pour les autorités religieuses, il ne peut pas y avoir de liberté en dehors du dogme lui-même, ce qui revient à dire qu’il n’y a pas de liberté du tout, hormis évidemment celle qui consiste à suivre la voie telle qu’elle a été tracée depuis des lustres. »

« J’apporte du crédit à ceux qui soutiennent que les musulmans d’aujourd’hui n’ont qu’une aptitude limitée à l’autocritique. »

« L’attitude du croyant musulman vis-à-vis du corpus coranique a toujours été empreinte d’exaltation et de respect, ce qui l’empêche d’affronter les nouvelles idées. »

« À l’étudiant qui s’engage dans les études religieuses, le talib, on demande surtout une capacité d’assimilation passive des textes et de la tradition, sans aucun recul. »

« Celui qui analyse les difficultés que rencontrent aujourd’hui l’islam et les musulmans est frappé par la faiblesse de la pénétration de la pensée rationnelle dans la pensée religieuse. »

« Seul Dieu (étant le Ghafur, « celui qui est enclin au pardon ») est en mesure de pardonner les fautes à celui qui, ayant péché, accepte de s’incliner et de revenir à la raison. Ce pardon est toutefois soumis au fait que le repentant écoute de nouveau avec ferveur et assiduité les enseignements de la tradition et se comporte avec l’humilité qui sied aux repentants. Le Coran développe l’idée de la « crainte de Dieu » à travers une centaine de versets. »

« Il est très probable que la dualité bien/mal a accompagné l’épopée humaine depuis le début. Le Coran n’entre pas dans de telles spéculations, mais la personnalité du bon croyant est très distincte – tout en étant parfaitement ciselée – de celle du mauvais croyant. »

« Pour que l’islam trouve le chemin de la respectabilité et qu’il puisse devenir, comme par le passé, le garant de la promotion individuelle, il faudrait idéalement abolir tout simplement la notion de fatwa. »

« Que l’imam puisse disposer d’un droit si exorbitant [la fatwa] montre tout simplement que l’État de droit n’existe pas et que le déni de justice peut en effet devenir la règle. (…) Les musulmans sont-ils en mesure aujourd’hui de passer immédiatement à l’étape supérieure, à savoir déclarer irrecevable toute plainte devant un tribunal qui vise à condamner un individu ayant offensé Dieu ou tout autre entité supra-humaine ? »

« L’apostasie est avérée à partir du moment où le philosophe sort de la logique coranique, ou prétend que le Coran est une création humaine, ce qui revient à nier l’existence de Dieu, à être déicide. »

« Il faut savoir que le Coran est, en lui-même, un discours constitué sur Dieu et de Dieu sur l’homme. Cela explique la pauvreté relative de l’acte philosophique en islam, cantonné malgré lui à une histoire amplifiée des idées et à une spéculation molle sur les fins dernières. »

« Les religieux sont unanimes : le seul pouvoir possible en islam est celui qui se réclame de Dieu, étant donné qu’il est le créateur de toute chose. »

« Je suis frappé par l’emprise phénoménale que les religieux ont sur la société, et plus particulièrement sur les couches sociales démunies. Du reste l’étau de fer dans lequel se trouve la société arabe, perse ou indonésienne, n’est pas prêt de se desserrer, car la corporation des religieux a compris depuis longtemps que l’élévation du niveau de vie et surtout l’acquisition de connaissances rationnelles – les deux fers de lance du progrès humain – sont deux des facteurs qui limitent son influence. »

« Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

« Il est un aspect que l’on évoque pratiquement jamais : pour que la tolérance vis-à-vis d’autrui devienne une réalité, il faut que le musulman la cultive autant qu’il l’exige des autres. (…) Si les musulmans veulent que leur religion soit honorée et respectée en Occident (…), il faut qu’ils soient capables d’accepter dans les pays où l’islam est dominant une tolérance équivalente pour les autres religions. (…) Une mosquée en France, soit. Mais une église en Arabie Saoudite ? (…) Aller et venir sans difficulté aucune, soit, y compris au Vatican, mais pourquoi le territoire de l’Arabie serait-il strictement interdit aux non-musulmans ? »

« La jurisprudence sur la femme, que ce soit la sharia ou les mentalités collectives, lui est extrêmement défavorable. Le but non avoué de toute cette armada de textes consiste à maintenir la femme dans une position inférieure à l’homme sous le prétexte que celui-ci subvient à ses besoins matériels. »

« Répudiation, polygamie, mariages forcés (et surtout mariages précoces à onze ou treize ans), rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects – flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. »

« L’une des raisons que prône les défenseurs de la polygamie est la différence d’inclination et d’étendue de la fonction sexuelle chez l’homme et chez la femme. (…) »

« Le phénomène qui touche au voilement des femmes dans la plupart des pays arabes sous influence wahhabite est spectaculaire. Le paradoxe fait ainsi que le voile est l’une des opportunités pour la femme de s’arroger des droits nouveaux (conduire la voiture, aller au travail), et qu’elle ne l’aurait guère défendu sans cela. Sans aller jusqu’à soutenir que le voile est la condition de l’émancipation des femmes dans ces pays-là, il est indéniable que sans ce fichu sur la tête, il est aujourd’hui inconcevable dans nombre de pays musulmans pour la femme de réclamer le moindre privilège. C’est l’une des explications, au-delà de la foi bien sûr, qui pousse des femmes musulmanes à se rapprocher du modèle social dominant, celui de la non-mixité de fait et du marquage violent de séparation des sexes. »

« Autre phénomène préoccupant, certaines musulmanes européennes, elles-mêmes converties ou ayant épousé des musulmans très conservateurs, voilées de pied en cap, poussent le zèle et la bigoterie jusqu’à se grillager les yeux et se couvrir les mains de gants noirs. Ce symbolisme du noir est d’ailleurs abbasside, donc en grande partie chiite et non pas sunnite, ce qui souligne, outre l’origine géographique de l’idéologie en question, l’impossible distance des femmes voilées vis-à-vis de leurs propres pratiques. Une telle attitude les met au ban de la communauté nationale et les rend suspects aux yeux de la plupart des autres musulmans, à commencer par celles qui se refusent à un tel simulacre. D’ailleurs, aucun verset coranique ne préconise un tel vêtement et la Tradition est relativement muette quant au voile porté par les premières musulmanes. (…) Au fond, c’est la croyance de quelques tribus arriérées qui, en s’imposant aux villes, est devenue le vecteur d’une idéologie de séparation et de pureté préconisée par les mouvements intégristes. Dans ce cas de figure, l’ostentation leur suffit, car elle tient lieu de politique. »

« Pour une religion qui se construisait à partir de maigres ressources, il était obligatoire que la question du butin et des acquis soit traitée dès le début. C’est exactement ce que fait le Coran en rappelant les éléments d’appréciation de ces gains, leur distribution et la liste des personnes prioritaires qui en bénéficient. »

« Toute la difficulté de l’émergence du sujet en terre d’islam vient du fait que la communauté musulmane, hier libératrice, aujourd’hui contraignante, est le seul modèle qui ait jamais servi à penser la pluralité sociale. »

« La proposition consistant à rappeler la prééminence de l’individu sur la communauté relève encore de l’utopie, car l’essence sociale de l’islam est communautaire. »

« Le blasphème (tajdif) en islam est double : le fait d’associer un autre dieu à Allah et, coextensif, le fait d’alimenter une telle éventualité, soit par écrit, soit par oral. Dans le Coran, le mot « blasphème » est plus induit qu’employé explicitement. (…) Ceux qui blasphèment sont donc essentiellement ceux qui méconnaissent l’entité divine et ses attributs. (…) Plus tard, le blasphème s’est également étendu à l’entité prophétique, au sens où la moindre récusation de celle-ci rejaillit sur tout l’islam, et en particulier sur le Coran, la parole de Dieu, et sur Allah lui-même. »

« L’interdiction du vin est pourtant ambiguë, car le Coran en fait un bien paradisiaque que seuls les bons croyants obtiennent dans l’au-delà. »

« Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

« Dans beaucoup de cas, on constate que les strates populaires sont restées en dehors de toute idée de progrès, allant jusqu’à magnifier la vie du chamelier pour mieux se complaire dans une fausse promotion. Elles n’ont tout simplement jamais connu le monde féroce du travail tel qu’on le voit aujourd’hui dans les usines du monde occidental. Que constate-t-on aujourd’hui ? Que le travail est particulièrement dénigré, tandis que la division économique de cette activité est demeurée presqu’en l’état depuis plusieurs siècles, et cela dans la plupart des pays de la ceinture sud de l’islam. Le maître ordonne à son contremaître d’exécuter une tâche que celui-ci délègue à son second, lequel l’exige du petit personnel, souvent étranger, qui l’effectue sans barguigner, car il risque de se voir congédier sans compensation particulière. »

Technique de désinformation journalistique : un cas d’école

Les médias n’étant plus guère indépendants en France (mais pas seulement), ceux-ci tentent de museler et de jeter l’opprobre sur tous ceux qui émettent des opinions contraires à leur doxa. Il en est ainsi en particulier vis-à-vis de tous ceux qui critiquent les religions et surtout l’islam.

On sait en effet que toutes les religions sont strictement incompatibles entre elles de par leurs dogmes : il n’y a rien donc rien d’étonnant à ce que leurs partisans soient tout à fait critiques envers les partisans des autres religions, l’athéisme étant de ce point de vue une autre forme de religion avec sa propre doctrine (donc différente en cela de l’agnosticisme puisqu’elle rejette l’idée de Dieu). Mais si certaines formes de critiques sont plus ou moins acceptées, celle de l’islam et de sa doctrine est rejetée massivement par les médias occidentaux, alors même que de grandes personnalités musulmanes originaires des pays musulmans sont très critiques et invitent les musulmans à s’interroger sur les fondements de leur religion.

Ainsi, il n’existe pas de terme de « bouddhophobe » si vous avez l’impertinence de considérer que le bouddhisme, du fait de la croyance en la réincarnation, est une absurdité (tout en ayant par ailleurs de très bons côtés), mais si vous critiquez l’islam, vous êtes un abominable « islamophobe », voire un antisémite si vous critiquez le judaïsme.

Cette volonté de faire taire la critique de l’islam (ou de toute critique de la religion) n’étant pas justifiable par le raisonnement, les médias ont recours à des amalgames, procès d’intention en tous genres, pour dénoncer ceux qui ne pensent pas « comme il faut ».

Une récente vidéo publiée sur les réseaux sociaux est absolument édifiante dans l’illustration de la malhonnêteté intellectuelle de certains médias. Je vous laisse en goûter toute la saveur et comprendre comment s’exprime la dialectique de la meute qui crie haro sur l’« homme blanc », inévitablement raciste dès lors qu’il a l’audace d’avoir une identité. Cette vidéo est sans rapport avec l’islam mais il suffit de remplacer le terme de « raciste » par « islamophobe » et le tour est joué.

Malhonnetete journalistique

On retrouve malheureusement des dérives similaires en France dans des émissions qui se revendiquent pourtant comme professionnelles et rigoureuses, comme avec cet extrait de la récente émission Arrêt sur Images où était invitée Danièle Obono, députée récemment élue et à qui certains journalistes avaient eu l’audace de demander si cela lui posait un problème de dire « vive la France », elle qui avait soutenu (et qui continue à soutenir visiblement) par sa signature la liberté d’expression de charmants individus chantant « nique la France ».

Si les éléments du débat sont à peu près fournis objectivement en début de séquence, la dérive des propos vers une analyse strictement raciste est stupéfiante. Trouver indigne et raciste de demander à un représentant de la nation s’il soutient toujours des propos ignominieux vis-à-vis du pays qu’il est censé représenter n’est visiblement pas moralement acceptable pour les journalistes d’Arrêt sur Images et doit nécessairement se résumer à une question de racisme. Pourtant, la question était tout aussi valable que Danièle Obono ait été jaune, verte, bleue, ou blanche de peau.

Danièle Obono

Régis Debray : « L’islam n’a rien à apporter »

L’islam, religion copiée du judaïsme, ne semble guère avoir depuis des siècles contribué à l’évolution du monde au point que Malek Chebel écrivait encore il y a peu : « Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

Le lecteur peut retrouver sur ce site plusieurs articles sur cette question controversée, la discussion critique et documentée de la valeur de l’apport de la civilisation musulmane au monde, et plus particulièrement dans son rapport au monde occidental, étant systématiquement taxée par la bien-pensance mondialiste d’« islamophobie savante » en l’absence d’un argumentaire dont l’évidence se suffirait à elle-même.

À l’occasion de l’émission « Répliques » diffusée aujourd’hui (1er juillet 2017), il est intéressant d’écouter le point de vue de Régis Debray, penseur indépendant et parfois iconoclaste.

Sur ce « problème clef, qui fait mal », Régis Debray juge ainsi que « l’islam n’a pas de proposition civilisationnelle, scientifique, imaginaire, morale », que l’islam « n’a rien à offrir, rien à mettre sur la table », et que si l’islam est à l’origine d’« un trouble à l’ordre public », il ne vient pas « troubler l’ordre actuel des rapports de force entre civilisations ».

Pascal Bruckner : Invention des antiracistes, l’accusation d’« islamophobie » musèle toute critique de la religion musulmane

Valeurs actuelles – Propos recueillis par Anne-Laure Debaecker. Samedi 4 mars 2017

Nous sommes les témoins depuis vingt ans de la fabrication d’un nouveau délit d’opinion, avertit Pascal Bruckner dans son nouvel ouvrage percutant, « Un racisme imaginaire ». Le romancier et essayiste y dénonce les ravages causés par un antiracisme débridé, ce « marché en pleine expansion » au service du politiquement correct qui traque toute attaque supposée envers des minorités. La relecture du monde qui s’opère alors touche une religion considérée comme une race, l’islam, par un étonnant « miracle de la transsubstantiation ». « Arme d’intimidation massive » dont Pascal Bruckner a fait les frais à travers plusieurs procès, l’accusation d’islamophobie agit en véritable « bouclier politique et juridique » qui annihile tout débat. L’auteur du Sanglot de l’homme blanc décortique les soubassements de cette idéologie qui se nourrit de la haine de soi occidentale. Édifiant.

Objet de votre nouveau livre et combat de ceux qui vous ont récemment intenté un procès, quelle définition donneriez-vous de l’antiracisme aujourd’hui ?

Ce mouvement s’est développé après la Seconde Guerre mondiale, après les abominations nazies. Il a été théorisé essentiellement par des anthropologues anticolonialistes, dont le plus talentueux, Claude Lévi-Strauss. Il a connu un essor particulier aux États-Unis, marqués de façon traumatique par l’expérience de l’esclavage et de la ségrégation. D’abord soldat latéral des grandes armées politiques de la gauche — le socialisme devait effacer comme par miracle tous les défauts du capitalisme —, l’antiracisme est devenu central depuis la chute du communisme. Il est ce qui reste quand les partis n’ont plus rien à offrir, en termes politiques ou sociaux. L’antiracisme est ainsi devenu la religion civile du siècle, ce qui implique une vigilance très acérée dans la prise de parole publique. Il faut désormais peser ses mots comme si c’était de l’or car la moindre maladresse peut vous jeter dans l’opprobre et entraîner votre condamnation devant les tribunaux — on le voit bien avec le procès intenté à Georges Bensoussan. Le débat intellectuel s’est ainsi transformé en un champ de mines, avec, à chaque instant, le risque de sauter sur l’une d’entre elles.

L’antiracisme tient trop souvent lieu de programme politique et le radical-chic aujourd’hui est de débusquer une nouvelle forme de discrimination à combattre. L’une des dernières en date que j’ai relevée est la “pauvrophobie”. Ce néologisme créé par l’association ATD Quart Monde pour désigner les discriminations liées à la précarité est un cataplasme linguistique : on peut être poursuivi en justice pour avoir dit du mal des pauvres mais cela n’améliorera en rien la vie de ceux-ci. Philippe Muray parlait déjà de « cage aux phobes ». Dans une sorte de course en avant, ces phobies prolifèrent, en effet, et on peut y inscrire tous les groupes possibles et imaginables. Toute catégorie peut se décréter opprimée si elle arrive à prouver qu’elle “souffre”. On pourrait ainsi créer demain la “francophobie”, la “socialistophobie”, la “capitalistophobie”, et j’en passe. Dès que l’on veut critiquer une minorité, elle peut brandir l’accusation de racisme comme parade.

Distribuée à tout bout de champ, cette accusation a-t-elle alors encore de la valeur ?

À force de mettre le racisme à toutes les sauces on finira, en effet, par le dévaloriser. L’antiracisme fou finit par délégitimer l’idée même de lutte contre le racisme qui prend une extension démesurée et se contredit dans ses propres termes. On l’a vu en 2016 avec les ateliers interdits aux hommes ou aux Blancs de Nuit debout ou encore le camp décolonial interdit aux Blancs, l’été dernier, organisé par les Indigènes de la République, sorte de Ku Klux Klan inversé. Ces militants reproduisent ainsi malgré eux ce qu’ils veulent combattre. Ce qui est inquiétant, c’est que les tribunaux acceptent les accusations à tout-va produites par ces associations, souvent groupusculaires et qui cherchent à se faire connaître et reconnaître en intentant des procès. La justice, qui est censée arbitrer les passions adverses par la distance du droit, risque, si elle échoue, d’exacerber ces mêmes passions.

Avec l’accusation d’islamophobie, vous relevez que l’on est passé d’une politique qui vise à sanctionner toute attaque contre un état physique — la couleur de peau — à une politique qui cherche à punir toute critique d’une religion…

C’est un véritable retour de l’Ancien Régime dans notre histoire. Aujourd’hui tout est racialisé, y compris l’intolérance religieuse. Les grandes confessions sont devenues des “races” alors qu’elles incluent des fidèles du monde entier. L’islam, tel qu’il est rêvé par les intégristes, devient une identité et une citoyenneté, une civilisation qui regroupe les citoyens de l’oumma (“communauté globale”) dans une même nation par delà les frontières contingentes. Ses fidèles se sentent musulmans avant d’être, accessoirement, français, allemands, syriens, algériens. À partir du moment où l’identité nationale n’est plus assurée, l’islam se propose comme substitut universel.

Issu du vocabulaire colonial, le mot islamophobie est réinventé dans les années 1980 en Grande-Bretagne avec l’affaire Rushdie. Les musulmans britanniques en font un instrument de conquête et de mise sous le boisseau de tous les contestataires de l’islam. Ce mot amalgame deux sens très différents : la persécution des croyants — qui est évidemment un délit ou un crime — et la critique de la religion. Celle-ci est un droit en Occident depuis plusieurs siècles. Le crime de blasphème a été aboli en 1791, grâce à Le Peletier de SaintFargeau, rapporteur de la loi : pour lui, cette offense relève de crimes imaginaires tels que la lèse-majesté, l’hérésie, la satire vis-à-vis des prophètes, et le droit doit être nettement dissocié de la religion. Pourtant les wahhabites, les Frères musulmans tentent, chaque année, de ressusciter le délit de blasphème auprès de l’Onu.

On peut observer, à cet égard, un deux poids, deux mesures étonnant. Personne n’a parlé de christianophobie quand le père Hamel a été assassiné à Saint-Étienne-du-Rouvray ou quand les minorités chrétiennes du Moyen-Orient sont exterminées, chassées. Ce mot ne prend pas, on parle d’actes de haine ou encore d’intolérance religieuse. Seuls les musulmans ont droit à l’islamophobie, tel un titre de noblesse, qui fait d’eux les nouveaux “damnés de la terre”.

Pourquoi, justement, l’islamiste cherche-t-il à devenir le nouveau “juif allemand” ?

Pour toucher les coeurs il faut se présenter comme une victime. Or, dans le club très fermé des peuples parias se trouve le juif, qui y occupe une place prégnante en raison d’une longue antériorité historique. Par un révisionnisme tranquille, les islamistes, aidés des islamogauchistes, vont expliquer que la situation des musulmans aujourd’hui est celle des juifs des années 1930. De sorte que critiquer l’islam radical est assimilé à l’adoption d’une posture nazie et équivaudrait à préparer un Holocauste pour les musulmans. Dernière étape de cette démarche, on va déclarer qu’en raison de la situation israélo-palestinienne, les juifs ne méritent plus le titre de victimes et sont, au contraire, passés du côté des bourreaux. Cette analogie historique oublie juste que l’antisémitisme ne concerne pas la religion juive en tant que telle mais l’existence des juifs en tant que peuple. De plus, dans les années 1930, 1940, on n’a pas vu d’extrémistes juifs lancer des bombes dans les gares, les aéroports ou aller égorger des prêtres dans les églises.

« Il est possible que ce qui fascine tant de nos contemporains, dans la religion du Prophète, soit aussi le vertige de la régression. » Qu’entendez-vous par cela ?

Nous vivons un moment de transition. Les sociétés occidentales ont vécu depuis cinquante ans des transformations fondamentales dans le domaine des moeurs, de la condition féminine, du mariage, de l’éducation des enfants, de la procréation. Pour tempérer ces révolutions, elles sont tentées par un mouvement de conservatisme inverse. Certains vont donc demander à une religion étrangère le soulagement psychologique nécessaire pour éponger ces innovations qui les angoissent.

C’est le phénomène des convertis. Il est plus paradoxal que cette régression soit portée par une certaine gauche qui s’était posée comme la tenante du progrès et de l’émancipation. Voir des trotskistes, des “révolutionnaires”, se battre pour que des femmes restent grillagées est un spectacle hallucinant où l’on a l’impression que le monde marche sur la tête ! Judith Butler, la théoricienne américaine du genre, estime ainsi que toute musulmane qui n’est pas voilée fait allégeance à l’impérialisme occidental et trahit sa culture au profit de la nôtre.

Comment expliquer la collusion entre une extrême gauche progressiste et un islamisme fondamentaliste conservateur ?

Pour beaucoup de gauchistes, le nouveau fer de lance contre le capitalisme n’est plus la classe ouvrière — moins nombreuse qu’antan et qui désormais vote FN — mais l’islam radical. Pour ces gauchistes, cet islam est porteur d’une radicalité stupéfiante même si elle se trompe d’objet. C’est contre le capitalisme et lui seul qu’elle devrait s’insurger. On assiste à un jeu de dupes entre gauchistes et islamistes où chacun fait la courte échelle à l’autre en espérant retirer les marrons du feu… En réalité les intégristes sont plus forts et plus puissants, d’autant que l’extrême gauche, très influente dans les médias où elle agit comme une sorte de surmoi, ne représente plus beaucoup de monde sur le terrain. Les Frères musulmans et les salafistes ont, de manière habile, repris la stratégie de l’entrisme qui était celle des trotskistes et noyautent les entreprises, les hôpitaux, la fonction publique, les syndicats.

Quel avenir pour l’islam en Europe ? Que devons-nous faire ?

Il faut européaniser l’islam et non pas islamiser l’Europe. Beaucoup d’imams, comme Al-Qaradawi, réfugié au Qatar, appellent à la reconquête de l’Europe où l’islam s’est par deux fois cassé les dents, en Espagne avec la Reconquista et devant les portes de Vienne où l’Empire ottoman a été battu en 1683. Les intégristes voudraient repartir à l’assaut du vieux monde par la double arme de la prédication et de la terreur, l’une épaulant l’autre. Ce pourquoi la guerre à la terreur ne suffit pas. C’est aux Frères musulmans, aux salafistes dans leurs diverses obédiences qu’il faut s’attaquer en même temps qu’aux djihadistes. L’idéal serait de ramener, autant que faire se peut, l’islam au statut d’une religion parmi d’autres, de le banaliser dans le vaste marché des spiritualités. Le combat va être long car les fanatiques du Coran sont persuadés que l’islam n’est pas une religion comme les autres mais celle qui les résume toutes et rend les autres obsolètes. Il serait la “révélation” ultime qui périme le judaïsme, le christianisme sans parler de l’hindouisme, du bouddhisme. Les prêcheurs sont là pour admonester tout musulman soupçonné de tiédeur et le réislamiser.

En France, il y a peu de candidats conscients de la réalité. Seuls deux ont mis l’accent sur cette problématique : Manuel Valls à gauche et François Fillon à droite. Je regrette que l’un ait été éliminé par la primaire et que l’autre se trouve en grande difficulté. Reste Marine Le Pen, la néobolchevique de La Trinité-sur-Mer, qui forme avec Jean-Luc Mélenchon une famille reconstituée dans un anticapitalisme primaire. Mais avec elle, je redoute que le remède proposé ne terrasse le malade et ne laisse notre beau pays en ruine.

Un racisme imaginaire, islamophobie et culpabilité, de Pascal Bruckner, Grasset, 272 pages, 19 €.

C.C.I.F. : Objectif islamisation

  • Problématique

Chacun sait qu’en France un certain nombre d’organisations scrutent les médias et la presse afin de poursuivre en justice quiconque critique un peu trop directement l’islam au prétexte de l’incitation à la discrimination et à la haine vis-à-vis de la communauté musulmane. Parmi celles-ci, le Collectif Contre l’Islamophobie en France (C.C.I.F.) est une des plus en pointe. Il est donc intéressant de rappeler quelle est la position de son directeur exécutif, Marwan Mohammed.

  • Le projet du C.C.I.F. pour la France

La position de Marwan Mohammed a toujours été claire : il veut que la France devienne musulmane. Il déclarait il y a quelques années dans une mosquée : « Qui a le droit de dire que la France dans trente ou quarante ans ne sera pas un pays musulman ? Qui a le droit ? Personne dans ce pays n’a le droit de nous enlever ça. Personne n’a le droit de nous nier cet espoir-là. De nous nier le droit d’espérer dans une société globale fidèle à l’islam. Personne n’a le droit dans ce pays de définir pour nous ce qu’est l’identité française. » Ce propos, cité par Natacha Polony à la télévision n’a jamais été démenti (la vidéo ayant été retiré des réseaux sociaux).

Tout cela n’a absolument rien de surprenant puisque Marwan Mohammed ne fait que suivre la droite ligne de l’islam.

Marwan Mohammed Meilleure communaute

Marwan Mohammed ne fait en effet que citer le Coran :

Coran, Sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. (…)

Coran, sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

Pour Marwan Mohammed donc, les musulmans sont « les premiers de la classe », et par voie de conséquence on peut en déduire qu’ils sont par nature supérieurs aux mécréants de tout acabit : c’est précisément d’ailleurs ce que prévoit l’islam au travers du statut de « dhimmi ». Les musulmans sont « les gérants » de la terre. Tout cela est parfaitement conforme au communautarisme prôné par le Coran.

Par ailleurs, Marwan Mohammed rappelle, et encore à juste titre, que l’islam est une religion globale, « une religion qui a vocation à régir toutes les sphères de la vie sociale » et que « de façon intrinsèque, l’islam a une portée sur tous les sujets qui régissent la vie en société ». Marwan Mohammed ne fait ainsi que confirmer l’incompatibilité fondamentale de l’islam avec l’État de droit laïc.

Marwan Mohammed Islam religion globale

  • Conclusion

Marwan Mohamed est parfaitement dans son rôle et le C.C.I.F. a ainsi pour objectif, il ne s’en cache pas, l’islamisation de la France, comme toutes les personnalités proches des mouvements fondamentalistes musulmans, ainsi Tariq Ramadan, dont l’objectif déclaré est, dans un premier temps, « l’institutionnalisation de la présence musulmane en Occident » (voir mon tout premier article : http://islametoccident.fr/?p=1).

La saisie systématique par le C.C.I.F. de la justice est une méthode de véritable guerre – nouvelle forme de jihad utilisant les armes institutionnelles de pays incapables de se défendre et qu’il retourne contre eux –, une guerre contre l’Occident chrétien dont il vise à détruire la résistance et les racines, puisqu’il nie l’existence d’une identité francaise « de souche ». L’instrumentalisation via les réseaux sociaux de certains faits divers comme l’affaire du restaurant « Le Cénacle » fait partie de cette stratégie de destruction des valeurs françaises.

Malheureusement, le C.C.I.F. trouve des alliés visiblement inconscients comme la LICRA et la Ligue des Droits de l’Homme qui ne se sont sans doute pas vraiment rendu compte que la loi de 1905 a été votée il y a plus d’un siècle et que le catholicisme n’était plus depuis longtemps l’ennemi principal. Ainsi, la L.D.H. s’oppose à la mise en place de crèches dans les mairies mais ne juge pas nécessaire d’intervenir lorsque la mairie de Paris fête en 2015 la fin du Ramadan. Lorsque la France sera soumise à la chari’a, que feront ces ligues instrumentalisées aujourd’hui par l’islam ? La question ne se pose en réalité pas car elles auront été dissoutes bien avant.

Le problème, c’est que, comme le rappelait le criminologue Alain Bauer avec les terroristes musulmans, certains ont beau expliquer à l’avance leur projet, personne ne les écoute ou ne veut les croire. Les Français auront donc ce qu’ils méritent.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (16) La contribution de l’islam au monde moderne

  • Problématique

Parmi les débats qui suscitent des polémiques virulentes en France, surtout de la part des tenants de l’islamisation et des bien-pensants perclus de culpabilité post-colonisatrice, c’est celui du rôle de l’islam dans la construction du monde occidental. La valorisation d’un immense héritage musulman dont serait redevable l’Occident semble être devenu un instrument politique pour tenter de redonner à l’islam sa dignité perdue face à la superbe occidentale, avec une visée partisane et sans réelle considération objective pour les travaux et les faits rapportés par les plus grands spécialistes.

Je me contenterai ici de reprendre quelques-uns des propos de Tareq Oubrou figurant dans son livre à propos du monde d’aujourd’hui.

  • Islam et modernité : une absence

La position de Tareq Oubrou semble être sur la question assez claire et peu amène : « On peut dire que c’est aujourd’hui que les musulmans vivent leur Moyen Âge. Leur modernité, ils l’ont laissée derrière eux. »

Tareq Oubrou parlait déjà dans son précédent livre (Un imam en colère) du « déclin de toute une civilisation qui a raté, dès la fin du Moyen Âge, le train de la modernité » et ajoutait : « Le seul moyen de sauver l’islam, c’est de casser la vieille coquille civilisationnelle qui en étouffe l’esprit tout en précipitant son déclin. L’islam est appelé à vivre dans son époque ! Pas dans un imaginaire quelconque. »

En effet, le constat de l’absence de contribution vraiment significative du monde musulman au développement du monde moderne (mathématique, physique, chimie, biologie, médecine, électronique, télécommunications, transports, musique, peinture, etc.) depuis au moins 6 à 7 siècles est général et n’est guère contesté, même par les plus fervents islamologues.

Ainsi, Tariq Ramadan constate : « Les sociétés majoritairement musulmanes sont le plus souvent à la traîne sur le plan économique, elles ne présentent la plupart du temps aucune garantie démocratique et, quand elles sont riches, elles ne contribuent à aucun progrès intellectuel et/ou scientifique. Tout se passe comme si le monde musulman, se percevant comme dominé, n’avait pas les moyens de ses prétentions. »

De son côté, Malek Chebel écrivait : « Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

Enfin, Abdennour Bidar écrivait il y a quelques mois : « Qu’as-tu d’admirable aujourd’hui, mon ami [monde musulman] ? Qu’est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect et l’admiration des autres peuples et civilisations de la terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes, qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs, tes intellectuels dont les livres devraient être lus dans le monde entier (…) ? En réalité, tu es devenu si faible, si impuissant derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même… » 

Il est facile de multiplier les citations de grands spécialistes, musulmans ou non. Au-delà du constat, la question est plutôt d’expliquer pourquoi : or, sur ce point, les explications sont très parcellaires car les explications plus générales font remonter les racines de cette stérilité à la nature même de l’idéologie musulmane, démarche qu’évite la plupart des islamologues pour ne pas s’engager dans une critique trop radicale. de l’islam.

Quant à l’« âge d’or » de la civilisation musulmane situé par certains il y a 8 à 10 siècles, il convient d’en préciser les contours et l’étendue réels pour sortir des fantasmes partisans.

  • Conclusion : contribution au monde et repli identitaire

L’estime de soi, et la confiance en soi, passent par la reconnaissance de ce que chaque individu apporte au monde qui l’entoure. Il en va de même pour les peuples. Nul doute que cette composante est en toile de fond de la frustration que ressentent certaines catégories de populations immigrées vis-à-vis de l’Occident, et de la France en particulier, et ce, d’autant plus fortement que la culture musulmane ne leur permet que difficilement – quand elle ne leur interdit pas – de profiter à plein de l’héritage civilisationnel qui leur est proposé en partage.

Tariq Ramadan le reconnaît dans son appel à une « réforme radicale » de l’islam : « Nous avons maintes fois répété que la pensée islamique contemporaine (l’apparition du problème est ancienne) est traversée par la peur et la crainte de tout ce qui lui semble être imposé de/par l’extérieur, et en priorité bien sûr par la dominante “civilisation occidentale“. S’il n’est pas toujours question de rejet, on constate une constante de la suspicion et une attitude toujours défensive vis-à-vis des valeurs, des pratiques et de la culture de l’autre, dominant ou étranger. La réforme que nous appelons de nos vœux est difficile car elle exige, pour être mise en œuvre, un état de “confiance en soi“ qui justement manque cruellement aujourd’hui au cœur des sociétés musulmanes et, plus spécifiquement, parmi les savants et les intellectuels. Le monde islamique produit depuis des décennies des pensées soit sur le mode de l’imitation presqu’aveugle soit sur celui de la défensive rigide et exclusiviste… rarement de l’autonomie, de la créativité et de la contribution. »

Les racines de la frustration sont profondes car elles ne concernent pas seulement le rapport à l’Occident mais remontent à des oppositions intestines à l’islam, entre Arabes et non-Arabes. Ainsi, Tareq Oubrou écrit : « Un certain arabocentrisme et orgueil arabe a engendré chez des musulmans ethniquement non arabes, notamment persans, un racisme anti-arabe appelé « shu’ûbiyya ». Ceux-ci considèrent que les Arabes n’ont pas connu de civilisation et qu’ils sont restés, malgré l’islam, dans un état de nature, sans culture ni savoir élaboré. Ils estiment que c’est grâce à eux que la civilisation arabo-musulmane s’est développée. C’est en grande partie vrai : presque toutes les disciplines du savoir arabo-musulman, y compris la langue arabe elle-même, et jusqu’à la mystique, ont été formalisées et développées par les Persans. Les Arabes se sont contentés d’exercer le pouvoir politique. Même ce dernier a fini dans les mains des non-Arabes : les Turcs (Ottomans). »

Il serait temps que la bien-pensance européenne et surtout française s’en souvienne, ce qui lui éviterait peut-être de taxer d’islamophobie toute approche de l’islam un tant soit peu critico-historique, approche pourtant appliquée sans états d’âme dans tous les autres pans de l’histoire, de la philosophie et de la religion.