Pascal Bruckner : Invention des antiracistes, l’accusation d’« islamophobie » musèle toute critique de la religion musulmane

Valeurs actuelles – Propos recueillis par Anne-Laure Debaecker. Samedi 4 mars 2017

Nous sommes les témoins depuis vingt ans de la fabrication d’un nouveau délit d’opinion, avertit Pascal Bruckner dans son nouvel ouvrage percutant, « Un racisme imaginaire ». Le romancier et essayiste y dénonce les ravages causés par un antiracisme débridé, ce « marché en pleine expansion » au service du politiquement correct qui traque toute attaque supposée envers des minorités. La relecture du monde qui s’opère alors touche une religion considérée comme une race, l’islam, par un étonnant « miracle de la transsubstantiation ». « Arme d’intimidation massive » dont Pascal Bruckner a fait les frais à travers plusieurs procès, l’accusation d’islamophobie agit en véritable « bouclier politique et juridique » qui annihile tout débat. L’auteur du Sanglot de l’homme blanc décortique les soubassements de cette idéologie qui se nourrit de la haine de soi occidentale. Édifiant.

Objet de votre nouveau livre et combat de ceux qui vous ont récemment intenté un procès, quelle définition donneriez-vous de l’antiracisme aujourd’hui ?

Ce mouvement s’est développé après la Seconde Guerre mondiale, après les abominations nazies. Il a été théorisé essentiellement par des anthropologues anticolonialistes, dont le plus talentueux, Claude Lévi-Strauss. Il a connu un essor particulier aux États-Unis, marqués de façon traumatique par l’expérience de l’esclavage et de la ségrégation. D’abord soldat latéral des grandes armées politiques de la gauche — le socialisme devait effacer comme par miracle tous les défauts du capitalisme —, l’antiracisme est devenu central depuis la chute du communisme. Il est ce qui reste quand les partis n’ont plus rien à offrir, en termes politiques ou sociaux. L’antiracisme est ainsi devenu la religion civile du siècle, ce qui implique une vigilance très acérée dans la prise de parole publique. Il faut désormais peser ses mots comme si c’était de l’or car la moindre maladresse peut vous jeter dans l’opprobre et entraîner votre condamnation devant les tribunaux — on le voit bien avec le procès intenté à Georges Bensoussan. Le débat intellectuel s’est ainsi transformé en un champ de mines, avec, à chaque instant, le risque de sauter sur l’une d’entre elles.

L’antiracisme tient trop souvent lieu de programme politique et le radical-chic aujourd’hui est de débusquer une nouvelle forme de discrimination à combattre. L’une des dernières en date que j’ai relevée est la “pauvrophobie”. Ce néologisme créé par l’association ATD Quart Monde pour désigner les discriminations liées à la précarité est un cataplasme linguistique : on peut être poursuivi en justice pour avoir dit du mal des pauvres mais cela n’améliorera en rien la vie de ceux-ci. Philippe Muray parlait déjà de « cage aux phobes ». Dans une sorte de course en avant, ces phobies prolifèrent, en effet, et on peut y inscrire tous les groupes possibles et imaginables. Toute catégorie peut se décréter opprimée si elle arrive à prouver qu’elle “souffre”. On pourrait ainsi créer demain la “francophobie”, la “socialistophobie”, la “capitalistophobie”, et j’en passe. Dès que l’on veut critiquer une minorité, elle peut brandir l’accusation de racisme comme parade.

Distribuée à tout bout de champ, cette accusation a-t-elle alors encore de la valeur ?

À force de mettre le racisme à toutes les sauces on finira, en effet, par le dévaloriser. L’antiracisme fou finit par délégitimer l’idée même de lutte contre le racisme qui prend une extension démesurée et se contredit dans ses propres termes. On l’a vu en 2016 avec les ateliers interdits aux hommes ou aux Blancs de Nuit debout ou encore le camp décolonial interdit aux Blancs, l’été dernier, organisé par les Indigènes de la République, sorte de Ku Klux Klan inversé. Ces militants reproduisent ainsi malgré eux ce qu’ils veulent combattre. Ce qui est inquiétant, c’est que les tribunaux acceptent les accusations à tout-va produites par ces associations, souvent groupusculaires et qui cherchent à se faire connaître et reconnaître en intentant des procès. La justice, qui est censée arbitrer les passions adverses par la distance du droit, risque, si elle échoue, d’exacerber ces mêmes passions.

Avec l’accusation d’islamophobie, vous relevez que l’on est passé d’une politique qui vise à sanctionner toute attaque contre un état physique — la couleur de peau — à une politique qui cherche à punir toute critique d’une religion…

C’est un véritable retour de l’Ancien Régime dans notre histoire. Aujourd’hui tout est racialisé, y compris l’intolérance religieuse. Les grandes confessions sont devenues des “races” alors qu’elles incluent des fidèles du monde entier. L’islam, tel qu’il est rêvé par les intégristes, devient une identité et une citoyenneté, une civilisation qui regroupe les citoyens de l’oumma (“communauté globale”) dans une même nation par delà les frontières contingentes. Ses fidèles se sentent musulmans avant d’être, accessoirement, français, allemands, syriens, algériens. À partir du moment où l’identité nationale n’est plus assurée, l’islam se propose comme substitut universel.

Issu du vocabulaire colonial, le mot islamophobie est réinventé dans les années 1980 en Grande-Bretagne avec l’affaire Rushdie. Les musulmans britanniques en font un instrument de conquête et de mise sous le boisseau de tous les contestataires de l’islam. Ce mot amalgame deux sens très différents : la persécution des croyants — qui est évidemment un délit ou un crime — et la critique de la religion. Celle-ci est un droit en Occident depuis plusieurs siècles. Le crime de blasphème a été aboli en 1791, grâce à Le Peletier de SaintFargeau, rapporteur de la loi : pour lui, cette offense relève de crimes imaginaires tels que la lèse-majesté, l’hérésie, la satire vis-à-vis des prophètes, et le droit doit être nettement dissocié de la religion. Pourtant les wahhabites, les Frères musulmans tentent, chaque année, de ressusciter le délit de blasphème auprès de l’Onu.

On peut observer, à cet égard, un deux poids, deux mesures étonnant. Personne n’a parlé de christianophobie quand le père Hamel a été assassiné à Saint-Étienne-du-Rouvray ou quand les minorités chrétiennes du Moyen-Orient sont exterminées, chassées. Ce mot ne prend pas, on parle d’actes de haine ou encore d’intolérance religieuse. Seuls les musulmans ont droit à l’islamophobie, tel un titre de noblesse, qui fait d’eux les nouveaux “damnés de la terre”.

Pourquoi, justement, l’islamiste cherche-t-il à devenir le nouveau “juif allemand” ?

Pour toucher les coeurs il faut se présenter comme une victime. Or, dans le club très fermé des peuples parias se trouve le juif, qui y occupe une place prégnante en raison d’une longue antériorité historique. Par un révisionnisme tranquille, les islamistes, aidés des islamogauchistes, vont expliquer que la situation des musulmans aujourd’hui est celle des juifs des années 1930. De sorte que critiquer l’islam radical est assimilé à l’adoption d’une posture nazie et équivaudrait à préparer un Holocauste pour les musulmans. Dernière étape de cette démarche, on va déclarer qu’en raison de la situation israélo-palestinienne, les juifs ne méritent plus le titre de victimes et sont, au contraire, passés du côté des bourreaux. Cette analogie historique oublie juste que l’antisémitisme ne concerne pas la religion juive en tant que telle mais l’existence des juifs en tant que peuple. De plus, dans les années 1930, 1940, on n’a pas vu d’extrémistes juifs lancer des bombes dans les gares, les aéroports ou aller égorger des prêtres dans les églises.

« Il est possible que ce qui fascine tant de nos contemporains, dans la religion du Prophète, soit aussi le vertige de la régression. » Qu’entendez-vous par cela ?

Nous vivons un moment de transition. Les sociétés occidentales ont vécu depuis cinquante ans des transformations fondamentales dans le domaine des moeurs, de la condition féminine, du mariage, de l’éducation des enfants, de la procréation. Pour tempérer ces révolutions, elles sont tentées par un mouvement de conservatisme inverse. Certains vont donc demander à une religion étrangère le soulagement psychologique nécessaire pour éponger ces innovations qui les angoissent.

C’est le phénomène des convertis. Il est plus paradoxal que cette régression soit portée par une certaine gauche qui s’était posée comme la tenante du progrès et de l’émancipation. Voir des trotskistes, des “révolutionnaires”, se battre pour que des femmes restent grillagées est un spectacle hallucinant où l’on a l’impression que le monde marche sur la tête ! Judith Butler, la théoricienne américaine du genre, estime ainsi que toute musulmane qui n’est pas voilée fait allégeance à l’impérialisme occidental et trahit sa culture au profit de la nôtre.

Comment expliquer la collusion entre une extrême gauche progressiste et un islamisme fondamentaliste conservateur ?

Pour beaucoup de gauchistes, le nouveau fer de lance contre le capitalisme n’est plus la classe ouvrière — moins nombreuse qu’antan et qui désormais vote FN — mais l’islam radical. Pour ces gauchistes, cet islam est porteur d’une radicalité stupéfiante même si elle se trompe d’objet. C’est contre le capitalisme et lui seul qu’elle devrait s’insurger. On assiste à un jeu de dupes entre gauchistes et islamistes où chacun fait la courte échelle à l’autre en espérant retirer les marrons du feu… En réalité les intégristes sont plus forts et plus puissants, d’autant que l’extrême gauche, très influente dans les médias où elle agit comme une sorte de surmoi, ne représente plus beaucoup de monde sur le terrain. Les Frères musulmans et les salafistes ont, de manière habile, repris la stratégie de l’entrisme qui était celle des trotskistes et noyautent les entreprises, les hôpitaux, la fonction publique, les syndicats.

Quel avenir pour l’islam en Europe ? Que devons-nous faire ?

Il faut européaniser l’islam et non pas islamiser l’Europe. Beaucoup d’imams, comme Al-Qaradawi, réfugié au Qatar, appellent à la reconquête de l’Europe où l’islam s’est par deux fois cassé les dents, en Espagne avec la Reconquista et devant les portes de Vienne où l’Empire ottoman a été battu en 1683. Les intégristes voudraient repartir à l’assaut du vieux monde par la double arme de la prédication et de la terreur, l’une épaulant l’autre. Ce pourquoi la guerre à la terreur ne suffit pas. C’est aux Frères musulmans, aux salafistes dans leurs diverses obédiences qu’il faut s’attaquer en même temps qu’aux djihadistes. L’idéal serait de ramener, autant que faire se peut, l’islam au statut d’une religion parmi d’autres, de le banaliser dans le vaste marché des spiritualités. Le combat va être long car les fanatiques du Coran sont persuadés que l’islam n’est pas une religion comme les autres mais celle qui les résume toutes et rend les autres obsolètes. Il serait la “révélation” ultime qui périme le judaïsme, le christianisme sans parler de l’hindouisme, du bouddhisme. Les prêcheurs sont là pour admonester tout musulman soupçonné de tiédeur et le réislamiser.

En France, il y a peu de candidats conscients de la réalité. Seuls deux ont mis l’accent sur cette problématique : Manuel Valls à gauche et François Fillon à droite. Je regrette que l’un ait été éliminé par la primaire et que l’autre se trouve en grande difficulté. Reste Marine Le Pen, la néobolchevique de La Trinité-sur-Mer, qui forme avec Jean-Luc Mélenchon une famille reconstituée dans un anticapitalisme primaire. Mais avec elle, je redoute que le remède proposé ne terrasse le malade et ne laisse notre beau pays en ruine.

Un racisme imaginaire, islamophobie et culpabilité, de Pascal Bruckner, Grasset, 272 pages, 19 €.

C.C.I.F. : Objectif islamisation

  • Problématique

Chacun sait qu’en France un certain nombre d’organisations scrutent les médias et la presse afin de poursuivre en justice quiconque critique un peu trop directement l’islam au prétexte de l’incitation à la discrimination et à la haine vis-à-vis de la communauté musulmane. Parmi celles-ci, le Collectif Contre l’Islamophobie en France (C.C.I.F.) est une des plus en pointe. Il est donc intéressant de rappeler quelle est la position de son directeur exécutif, Marwan Mohammed.

  • Le projet du C.C.I.F. pour la France

La position de Marwan Mohammed a toujours été claire : il veut que la France devienne musulmane. Il déclarait il y a quelques années dans une mosquée : « Qui a le droit de dire que la France dans trente ou quarante ans ne sera pas un pays musulman ? Qui a le droit ? Personne dans ce pays n’a le droit de nous enlever ça. Personne n’a le droit de nous nier cet espoir-là. De nous nier le droit d’espérer dans une société globale fidèle à l’islam. Personne n’a le droit dans ce pays de définir pour nous ce qu’est l’identité française. » Ce propos, cité par Natacha Polony à la télévision n’a jamais été démenti (la vidéo ayant été retiré des réseaux sociaux).

Tout cela n’a absolument rien de surprenant puisque Marwan Mohammed ne fait que suivre la droite ligne de l’islam.

Marwan Mohammed Meilleure communaute

Marwan Mohammed ne fait en effet que citer le Coran :

Coran, Sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. (…)

Coran, sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

Pour Marwan Mohammed donc, les musulmans sont « les premiers de la classe », et par voie de conséquence on peut en déduire qu’ils sont par nature supérieurs aux mécréants de tout acabit : c’est précisément d’ailleurs ce que prévoit l’islam au travers du statut de « dhimmi ». Les musulmans sont « les gérants » de la terre. Tout cela est parfaitement conforme au communautarisme prôné par le Coran.

Par ailleurs, Marwan Mohammed rappelle, et encore à juste titre, que l’islam est une religion globale, « une religion qui a vocation à régir toutes les sphères de la vie sociale » et que « de façon intrinsèque, l’islam a une portée sur tous les sujets qui régissent la vie en société ». Marwan Mohammed ne fait ainsi que confirmer l’incompatibilité fondamentale de l’islam avec l’État de droit laïc.

Marwan Mohammed Islam religion globale

  • Conclusion

Marwan Mohamed est parfaitement dans son rôle et le C.C.I.F. a ainsi pour objectif, il ne s’en cache pas, l’islamisation de la France, comme toutes les personnalités proches des mouvements fondamentalistes musulmans, ainsi Tariq Ramadan, dont l’objectif déclaré est, dans un premier temps, « l’institutionnalisation de la présence musulmane en Occident » (voir mon tout premier article : http://islametoccident.fr/?p=1).

La saisie systématique par le C.C.I.F. de la justice est une méthode de véritable guerre – nouvelle forme de jihad utilisant les armes institutionnelles de pays incapables de se défendre et qu’il retourne contre eux –, une guerre contre l’Occident chrétien dont il vise à détruire la résistance et les racines, puisqu’il nie l’existence d’une identité francaise « de souche ». L’instrumentalisation via les réseaux sociaux de certains faits divers comme l’affaire du restaurant « Le Cénacle » fait partie de cette stratégie de destruction des valeurs françaises.

Malheureusement, le C.C.I.F. trouve des alliés visiblement inconscients comme la LICRA et la Ligue des Droits de l’Homme qui ne se sont sans doute pas vraiment rendu compte que la loi de 1905 a été votée il y a plus d’un siècle et que le catholicisme n’était plus depuis longtemps l’ennemi principal. Ainsi, la L.D.H. s’oppose à la mise en place de crèches dans les mairies mais ne juge pas nécessaire d’intervenir lorsque la mairie de Paris fête en 2015 la fin du Ramadan. Lorsque la France sera soumise à la chari’a, que feront ces ligues instrumentalisées aujourd’hui par l’islam ? La question ne se pose en réalité pas car elles auront été dissoutes bien avant.

Le problème, c’est que, comme le rappelait le criminologue Alain Bauer avec les terroristes musulmans, certains ont beau expliquer à l’avance leur projet, personne ne les écoute ou ne veut les croire. Les Français auront donc ce qu’ils méritent.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (16) La contribution de l’islam au monde moderne

  • Problématique

Parmi les débats qui suscitent des polémiques virulentes en France, surtout de la part des tenants de l’islamisation et des bien-pensants perclus de culpabilité post-colonisatrice, c’est celui du rôle de l’islam dans la construction du monde occidental. La valorisation d’un immense héritage musulman dont serait redevable l’Occident semble être devenu un instrument politique pour tenter de redonner à l’islam sa dignité perdue face à la superbe occidentale, avec une visée partisane et sans réelle considération objective pour les travaux et les faits rapportés par les plus grands spécialistes.

Je me contenterai ici de reprendre quelques-uns des propos de Tareq Oubrou figurant dans son livre à propos du monde d’aujourd’hui.

  • Islam et modernité : une absence

La position de Tareq Oubrou semble être sur la question assez claire et peu amène : « On peut dire que c’est aujourd’hui que les musulmans vivent leur Moyen Âge. Leur modernité, ils l’ont laissée derrière eux. »

Tareq Oubrou parlait déjà dans son précédent livre (Un imam en colère) du « déclin de toute une civilisation qui a raté, dès la fin du Moyen Âge, le train de la modernité » et ajoutait : « Le seul moyen de sauver l’islam, c’est de casser la vieille coquille civilisationnelle qui en étouffe l’esprit tout en précipitant son déclin. L’islam est appelé à vivre dans son époque ! Pas dans un imaginaire quelconque. »

En effet, le constat de l’absence de contribution vraiment significative du monde musulman au développement du monde moderne (mathématique, physique, chimie, biologie, médecine, électronique, télécommunications, transports, musique, peinture, etc.) depuis au moins 6 à 7 siècles est général et n’est guère contesté, même par les plus fervents islamologues.

Ainsi, Tariq Ramadan constate : « Les sociétés majoritairement musulmanes sont le plus souvent à la traîne sur le plan économique, elles ne présentent la plupart du temps aucune garantie démocratique et, quand elles sont riches, elles ne contribuent à aucun progrès intellectuel et/ou scientifique. Tout se passe comme si le monde musulman, se percevant comme dominé, n’avait pas les moyens de ses prétentions. »

De son côté, Malek Chebel écrivait : « Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

Enfin, Abdennour Bidar écrivait il y a quelques mois : « Qu’as-tu d’admirable aujourd’hui, mon ami [monde musulman] ? Qu’est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect et l’admiration des autres peuples et civilisations de la terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes, qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs, tes intellectuels dont les livres devraient être lus dans le monde entier (…) ? En réalité, tu es devenu si faible, si impuissant derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même… » 

Il est facile de multiplier les citations de grands spécialistes, musulmans ou non. Au-delà du constat, la question est plutôt d’expliquer pourquoi : or, sur ce point, les explications sont très parcellaires car les explications plus générales font remonter les racines de cette stérilité à la nature même de l’idéologie musulmane, démarche qu’évite la plupart des islamologues pour ne pas s’engager dans une critique trop radicale. de l’islam.

Quant à l’« âge d’or » de la civilisation musulmane situé par certains il y a 8 à 10 siècles, il convient d’en préciser les contours et l’étendue réels pour sortir des fantasmes partisans.

  • Conclusion : contribution au monde et repli identitaire

L’estime de soi, et la confiance en soi, passent par la reconnaissance de ce que chaque individu apporte au monde qui l’entoure. Il en va de même pour les peuples. Nul doute que cette composante est en toile de fond de la frustration que ressentent certaines catégories de populations immigrées vis-à-vis de l’Occident, et de la France en particulier, et ce, d’autant plus fortement que la culture musulmane ne leur permet que difficilement – quand elle ne leur interdit pas – de profiter à plein de l’héritage civilisationnel qui leur est proposé en partage.

Tariq Ramadan le reconnaît dans son appel à une « réforme radicale » de l’islam : « Nous avons maintes fois répété que la pensée islamique contemporaine (l’apparition du problème est ancienne) est traversée par la peur et la crainte de tout ce qui lui semble être imposé de/par l’extérieur, et en priorité bien sûr par la dominante “civilisation occidentale“. S’il n’est pas toujours question de rejet, on constate une constante de la suspicion et une attitude toujours défensive vis-à-vis des valeurs, des pratiques et de la culture de l’autre, dominant ou étranger. La réforme que nous appelons de nos vœux est difficile car elle exige, pour être mise en œuvre, un état de “confiance en soi“ qui justement manque cruellement aujourd’hui au cœur des sociétés musulmanes et, plus spécifiquement, parmi les savants et les intellectuels. Le monde islamique produit depuis des décennies des pensées soit sur le mode de l’imitation presqu’aveugle soit sur celui de la défensive rigide et exclusiviste… rarement de l’autonomie, de la créativité et de la contribution. »

Les racines de la frustration sont profondes car elles ne concernent pas seulement le rapport à l’Occident mais remontent à des oppositions intestines à l’islam, entre Arabes et non-Arabes. Ainsi, Tareq Oubrou écrit : « Un certain arabocentrisme et orgueil arabe a engendré chez des musulmans ethniquement non arabes, notamment persans, un racisme anti-arabe appelé « shu’ûbiyya ». Ceux-ci considèrent que les Arabes n’ont pas connu de civilisation et qu’ils sont restés, malgré l’islam, dans un état de nature, sans culture ni savoir élaboré. Ils estiment que c’est grâce à eux que la civilisation arabo-musulmane s’est développée. C’est en grande partie vrai : presque toutes les disciplines du savoir arabo-musulman, y compris la langue arabe elle-même, et jusqu’à la mystique, ont été formalisées et développées par les Persans. Les Arabes se sont contentés d’exercer le pouvoir politique. Même ce dernier a fini dans les mains des non-Arabes : les Turcs (Ottomans). »

Il serait temps que la bien-pensance européenne et surtout française s’en souvienne, ce qui lui éviterait peut-être de taxer d’islamophobie toute approche de l’islam un tant soit peu critico-historique, approche pourtant appliquée sans états d’âme dans tous les autres pans de l’histoire, de la philosophie et de la religion.

Procès de Georges Bensoussan : « Leur objectif est d’interdire de penser »

http://www.marianne.net/proces-georges-bensoussan-leur-objectif-est-interdire-penser-100249457.html

La comparution le 25 janvier devant la 17ème chambre correctionnelle de l’historien Georges Bensoussan, pour « provocation à la haine raciale », à la suite de la dénonciation du Collectif contre l’islamophobie en France et de plusieurs associations antiracistes, s’est transformée en procès idéologique. Compte-rendu d’audience.

L’historien Georges Bensoussan est responsable éditorial du Mémorial de la Shoah.

De quoi le procès fait à Georges Bensoussan est-il le nom ? L’expression, usée jusqu’à la corde, est pourtant la seule qui convienne. L’audience du 25 janvier 2017 devant la 17ème chambre correctionnelle a duré douze heures et ce fut long comme un jour injuste. Un jour dont l’on retiendra la date, tristement, à l’heure future où nos enfants tenteront de comprendre quels faits, obscurs ou spectaculaires, quelles compromissions, silencieuses ou tonitruantes, nous auront conduits à cette catastrophe : l’agonie de la lucidité et la criminalisation du courage dans notre pays.

L’historien, responsable éditorial du mémorial de la Shoah, auteur de nombreux ouvrages, était, rappelons-le, poursuivi par le Parquet  « pour provocation  à la haine raciale » sur dénonciation du Collectif contre l’islamophobie en France. En cause : des propos tenus lors de l’émission Répliques, sur France Culture, où il évoquait l’antisémitisme dans les familles arabes . Ce dernier s’était prétendu diffamé puis avait retiré sa plainte. Difficile en effet pour Laacher de nier avoir dit devant les caméras : « Cet antisémitisme, il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est quasi naturellement déposé  sur la langue, déposé dans la langue… Des parents à leurs enfants, quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juifs. Bon. Mais ça, toutes les familles arabes le savent.  C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique ». Georges Bensoussan, en s’y référant, avait usé métaphoriquement de l’expression « l’antisémitisme, on le tète avec le lait de sa mère ».

Ce sein, qu’on ne saurait voir, a déclenché toutes les fureurs. Apparemment, les choses sont bien différentes quand l’antisémitisme arabe est dénoncé par un sociologue issu de cette culture et quand la citation est reprise par un historien d’origine juive  comme l’a souligné douloureusement Georges Bensoussan dans une de ses interventions. Dans le premier cas, on refuse d’écouter Laacher, puis on le somme officieusement de revenir sur ses propos. Dans le second cas, Bensoussan est trainé devant les tribunaux par la justice de son pays puisque le Parquet avait choisi d’attaquer. Ce « deux poids, deux mesures » planait dans l’air raréfié de la 17e chambre du Palais de Justice de Paris.

Un étrange témoin

Le CCIF, représenté par Lila Charef, étroitement voilée, était appuyé par une pléiade d’associations antiracistes, Licra, Mrap, SOS racisme. SOS avait trouvé un témoin à charge surprenant en la personne de Mohamed Sifaoui. Ce dernier, qui a si souvent écrit dans nos colonnes, se retrouvait ainsi sur le même banc que le CCIF dont on pensait que le journaliste, menacé de mort par les islamistes, ne partageait pas vraiment les options. Sifaoui écrivait en effet du CCIF, le 6 juillet 2015, que cette « prétendue association antiraciste avait beaucoup de mal à condamner l’antisémitisme ». De son côté, en juin 2015, le CCIF traitait Sifaoui de « chantre de la haine ». Comment ces adversaires irréductibles se sont-ils ligués contre Georges Bensoussan ? Sans doute un de ces retournements de l’histoire qui n’augurent rien de bon pour le respect des faits. « Le déni de réalité est un cancer », écrit Elisabeth Badinter dans sa préface à l’ouvrage collectif, La France soumise coordonné par l’historien (Albin Michel)

Nous y voilà, effectivement. Georges Bensoussan, sommé de s’expliquer sur ses propos mais aussi sur ses travaux, rappelle qu’il travaille depuis un quart de siècle sur les mécanismes conduisant à la haine de l’autre. Il s’est penché, notamment, sur la condition juive en pays d’Islam. Il cite l’expression, si proche de la sienne à Répliques, utilisée en 1965 dans la revue les Temps modernes par l’auteur marocain Saïd Ghallab. Sous le titre Les juifs vont en enfer, Ghallab écrivait alors : « ... la pire insulte qu’un Marocain puisse faire à un autre, c’est de le traiter de juif, c’est avec ce lait haineux que nous avons grandi… ». Plus de cinquante ans après, en France, toutes les enquêtes réalisées sur l’antisémitisme par le think tank Fondapol, comme les témoignages multiples recueillis par les enseignants depuis la parution des Territoires perdus de la République attestent une emprise grandissante des préjugés chez les jeunes de culture musulmane. Si l’on y ajoute les fameux 28% de partisans de la suprématie de la charia sur les lois françaises dénombrés dans la dernière enquête de l’Institut Montaigne (enquête dirigée par Hakim el Karoui), il y a de quoi s’inquiéter.

Sur la toile de fond des attentats, des crimes de Mohamed Merah à ceux de l’Hypercacher (sans oublier l’enlèvement et l’assassinat du jeune Ilan Halimi, en 2004, dont le caractère antisémite avait été honteusement nié) les juifs ont peur. Les élèves juifs fuient les écoles et les lycées publics des quartiers dits « sensibles ». Bensoussan, qui se définit lui-même comme « un enfant de l’école publique », souligne qu’ils n’en sont pas partis en masse par choix mais pour d’impérieuses raisons de sécurité. Les écoles juives dans lesquelles certains ont été inscrits ne sont-elles pas gardées par l’armée ? Ce qui arrache ce cri à l’historien : « Est-ce moi qui dois me trouver devant ce tribunal aujourd’hui ? N’est-ce pas l’antisémitisme qui nous a conduits à la situation actuelle qui devrait être jugé ? »

« Une dérive judiciaire »

Cette inversion du réel s’inscrit au cœur du témoignage d’Alain Finkielkraut. « Les associations antiracistes ne luttent plus contre le racisme, s’insurge l’académicien, leur objectif est d’interdire de penser, il s’agit de soustraire la réalité à l’investigation et les musulmans à la critique. Je suis étonné d’être ici : car la question n’est pas de savoir si Georges Bensoussan s’est rendu coupable : la question, c’est de savoir s’il dit vrai ! »

Et Finkielkraut poursuit : « Si le tribunal cède à cette intimidation, ce sera à la fois une catastrophe intellectuelle et une catastrophe morale… Si on refuse de voir la réalité et si on incrimine ceux qui s’efforcent de la penser, on n’a plus aucune chance d’échapper à la division et à la montée de la haine ! »

En dénonçant « une dérive judiciaire », le philosophe cite des témoignages sur les « insultes antisémites et antifrançaises ». Du coup, l’avocat du Collectif contre l’islamophobie en France le menace de « réserver » ses propos, allusion à une procédure judiciaire dont il pourrait relever. « Ah, je suis donc moi aussi sous surveillance ! » s’exclame Finkielkraut.

Cet échange donne le ton d’un procès qui, d’heure en heure, se fait plus tendu. Ainsi se vérifie la phrase de Jean-Paul Sartre : « L’antisémitisme n’est pas une pensée, c’est une passion. »

La déposition de Mohamed Sifaoui, extrêmement violente à l’encontre de Georges Bensoussan, alourdit encore l’atmosphère. D’un côté, le journaliste si engagé contre l’islamisme reconnaît qu’au cours de ses reportages dans le monde arabe, il a « rencontré partout de l’antisémitisme, personne ne nie non plus qu’il y a un antisémitisme endémique dans la communauté musulmane en France ». Où est donc la différence de propos qui l’amène à fustiger Bensoussan ? C’est que, de l’autre côté, Sifaoui s’indigne : « Bensoussan détricote tous les moments positifs entre juifs et arabes. N’est-il pas en train d’écrire une histoire qui peut servir à des milieux douteux ? C’est un destructeur des ponts entre juifs et arabes. » En s’attardant sur la fameuse métaphore de « l’antisémitisme tété au sein », il évoque même « un biberon empli d’un lait fabriqué en Israël ! ». Une heure plus tard, l’avocat du CCIF lancera à l’historien : « Les juifs ne tuent pas d’Arabes ? Et en Palestine ? » L’inversion des faits ne suffit donc pas ! Sifaoui comme le CCIF, adversaires d’hier mais peut-être pas de demain, se coalisent pour convoquer l’ombre du conflit israélo-palestinien sous les plafonds bleu-or de la 17ème chambre.

« On ne peut pas parler de racisme quand on évoque la transmission culturelle »

Le témoignage de la philosophe Elisabeth de Fontenay, toujours vigilante et précise, allège un peu l’ambiance. Elle aussi « accepte mal qu’un chercheur qui fait état d’études de terrain soit poursuivi ». Et souligne à l’intention des accusateurs de l’historien : « On ne peut pas parler de racisme quand on évoque la transmission culturelle ».

En face, la sociologue Nacira Guénif, témoin cité par l’accusation, se fendra d’une longue analyse, véritable morceau d’anthologie, qui consiste à prendre le contre-pied de la réalité. A la présidente du tribunal, Fabienne Siredey-Garnier, qui lui demande de réagir aux propos de Smain Laacher, elle répond par une esquive et entreprend de décortiquer l’insulte arabe « espèce de juif ! » Des « explications » fournies par l’éminente universitaire, il ressort qu’en disant l’insulte « on ne pense pas ce qu’on veut dire », qu’il s’agit « d’une expression figée passée dans le langage courant ». Bref une insulte antisémite en arabe n’est pas… antisémite.

Une insulte antisémite en arabe ne serait pas… antisémite.Suivra un dernier et obscur témoignage de Michèle Sibony, enseignante retraitée, par ailleurs animatrice d’une « Union juive française pour la paix » qui, en se drapant dans la cape de la bonne moralité identitaire, s’enlise dans la phraséologie la plus ossifiée pour flatter l’islamisme. Devant le tribunal, elle va manier l’injure en accusant Bensoussan de « discours digne d’un Drumont » ( Edouard Drumont, antidreyfusard, était un célèbre idéologue antisémite du début du XXème siècle).  Nous sommes toujours à des années-nuits du réel et de la clarté intellectuelle.

« Pour la première fois de ma vie j’ai eu la tentation de l’exil »

Il y aura heureusement l’intervention d’Yves Ternon, historien qui salue « Georges Bensoussan, le lanceur d’alerte », puis la lettre de soutien adressée d’Algérie par le grand écrivain Boualem Sansal, et lue par la présidente : « Les propos reprochés ne sont en rien un acte d’islamophobie… (…) J’ai moi-même dénoncé cette culture de la haine inculquée dans les familles arabes à leurs enfants, haine contre le juif, le chrétien, l’homosexuel… »

Boualem Sansal ose ensuite écrire : « Dire que l’antisémitisme relève de la culture, c’est simplement répéter ce qui est écrit dans le Coran et enseigné à la mosquée ».

Suivront les plaidoiries des associations, aussi creuses que leurs accusations, puis celle, incisive et brillante, de Me Michel Laval, avocat de Georges Bensoussan. Le réquisitoire de la Procureure sera à l’image du procès, intégralement idéologique.

« Ce soir, Madame la présidente, conclura Georges Bensoussan, dans le silence de la nuit qui s’est abattue sur le Palais de justice, pour la première fois de ma vie j’ai eu la tentation de l’exil. »

C’était un jour dans la vie de la justice française. Jugement le 7 mars.

« Si les juifs ont quitté en masse le Maroc, c’est parce qu’ils avaient peur »

INTERVIEW. Pour Georges Bensoussan, la tolérance de l’islam n’est qu’un mythe. La preuve, les souffrances subies par les juifs en terre musulmane.

Propos recueillis par Catherine Golliau. Article publié dans Le Point.fr le 24 janvier 2017

Georges Bensoussan sort chez Albin Michel « Une France soumise », un ouvrage collectif où enseignants, policiers, travailleurs sociaux disent pourquoi ils ne peuvent plus exercer leur métier dans les écoles et les banlieues.

Mercredi 25 janvier [demain] , Georges Bensoussan passe devant un tribunal pour avoir dit que l’antisémitisme des musulmans était une transmission familiale. À tort ou à raison ? Ce spécialiste de l’histoire des juifs d’Europe de l’Est et de la Shoah est un historien engagé. En 2002, il rédigeait la postface des Territoires perdus de la République (Fayard), où des professeurs de collège témoignaient de la violence des adolescents, de leur racisme, leur antisémitisme et leur sexisme. Lui-même sort chez Albin Michel Une France soumise, un ouvrage collectif préfacé par Élisabeth Badinter « herself », où enseignants, policiers, travailleurs sociaux disent pourquoi ils ne peuvent plus exercer leur métier dans les écoles et les banlieues. Toujours à cause de cette violence et de ce rejet de l’autre – et particulièrement du Juif – , qui ne font que s’accentuer. Mais cette haine, d’où vient-elle ? Pour l’historien, comme il l’explique dans Les Juifs du monde arabe. La question interdite, qui paraît également cette semaine chez Odile Jacob, elle est directement liée au statut du dhimmi, imposé par le Coran au juif et au chrétien, soumission imposée qui s’est perpétuée jusqu’à la période coloniale, et qui est resté dans les consciences, même s’il a officiellement disparu des États modernes.

Le Point.fr : Pour vous, contrairement à ce qu’affirment nombre d’historiens, les juifs n’ont pas été bien traités dans le monde musulman…

Georges Bensoussan : Oui, nous sommes dans le déni. Peut-être parce qu’étant donnée l’horreur des exactions subies par les juifs dans le monde chrétien, et particulièrement sous les nazis, on a voulu croire à un islam tolérant. Or la légende d’Al Andalus, cette Espagne musulmane où les trois monothéismes auraient cohabité harmonieusement sous des gouvernements musulmans, a été forgée de toute pièce par le judaïsme européen au XIXe siècle, en particulier par les Juifs allemands, afin de promouvoir leur propre émancipation. Elle a ensuite été reprise par le monde arabe dans le but de montrer que les responsables de l’antagonisme entre juifs et Arabes étaient le sionisme et la naissance de l’État d’Israël. Coupables du départ massif des communautés juives d’Irak, d’Égypte, de Syrie, de Libye, du Maroc, etc., soit près d’un million de personnes entre 1945 et 1970. Mais, s’ils étaient si heureux dans leur pays d’origine, pourquoi ces gens sont-ils partis de leur plein gré ? En Irak, par exemple, les juifs comptaient parmi les plus arabisés d’Orient, et n’étaient guère tentés par le sionisme. Or ils ont été plus de 90 % en 1951-1952 à quitter le pays, après avoir subi le pogrom de Bagdad en juin 1941 – plus de 180 morts –, après avoir été victimes de meurtres, d’enlèvements, d’arrestations, de séquestrations, de vols et de torture dans les commissariats. C’est cette réalité-là qui a poussé ces juifs à l’exil. Un véritable processus d’épuration ethnique, d’autant plus sournois qu’à l’exception de l’Égypte, il n’a pas pris la forme d’une expulsion.

Vous ne pouvez nier pourtant que les sionistes ont largement œuvré pour que les juifs viennent s’installer en Israël…

Bien évidemment, et comment le leur reprocher ? Ils voulaient renforcer leur jeune État. Mais à eux seuls, des agents sionistes peuvent difficilement déraciner une communauté qui ne veut pas partir. Si les Juifs du Maroc ont quitté en masse leur pays – un tiers déjà avant l’indépendance –, c’est parce qu’ils avaient peur. D’expérience, ils craignaient le retour de la souveraineté arabe sur leurs terres. Ils ne se voyaient pas d’avenir dans leur pays, où la législation leur rendait la vie de plus en plus difficile. L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme que l’attitude du sultan du Maroc, par contraste, en apparaissait presque bienveillante !

Le sultan du Maroc a pourtant la réputation d’avoir protégé les juifs entre 1939 et 1945, quand le pays était contrôlé par le gouvernement de Vichy…

Le Sultan, dit-on, se serait opposé au port de l’étoile jaune par ses sujets juifs. À ceci près qu’il n’y eut jamais d’étoile jaune au Maroc (et pas même en zone sud en France). Le sultan a fait appliquer à la lettre les statuts des juifs d’octobre 1940 et de juin 1941.

Si c’est une légende, elle est pourtant entretenue dans les milieux juifs d’origine marocaine…

En partie, oui, et pour plusieurs raisons. L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme (à commencer par le Résident général Charles Noguès) que l’attitude du sultan, par contraste, en apparaissait presque bienveillante ! En second lieu, les Juifs marocains partis en masse s’installer en Israël constituaient la partie la plus pauvre de la judéité marocaine, celle qui, de faible niveau social et professionnel, essuiera de front le racisme des élites ashkénazes. Être « marocain » en Israël était (et demeure) un « marqueur » péjoratif. Cette immigration s’est mise à idéaliser son passé marocain, sa culture, le temps de sa jeunesse, parfois tissé, au niveau individuel, de relations d’amitié entre juifs et Arabes. Ajoutons que la mémoire collective est socialement stratifiée. Il faut donc compter avec celle, moins douloureuse, des classes plus aisées qui ont émigré, elles, davantage, en France ou au Canada. Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman

Le statut de « dhimmi » imposé aux chrétiens et aux juifs par le Coran explique-t-il l’antisémitisme que vous dénoncez ?

Il justifie l’infériorisation du juif par le musulman : il autorise en effet les membres des religions dites du Livre à pratiquer leur foi, à la condition de payer un impôt spécial et d’accepter de se comporter en « soumis ». Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman. Tout cela a fait du juif un être de second ordre. Les témoignages abondent, de non-juifs en particulier – des militaires, des commerçants, des médecins –, sur la misère et la manière infamante dont les juifs pouvaient être traités. Mais ce statut avait été intégré par des communautés profondément religieuses, marquées par l’attente messianique et considérant que ce qu’elles vivaient était le prix de l’Exil. Les choses ont changé avec l’arrivée des Européens et la possibilité d’avoir accès à une éducation marquée par les valeurs issues des Lumières. Pour autant, le regard arabo-musulman sur « le Juif » ne changera pas de sitôt : un sujet toléré tant qu’il accepte son infériorité statutaire. Même les juifs qui rejoindront le combat des indépendances arabes comprendront peu à peu qu’ils ne seront jamais acceptés. De fait, tous ont été écartés ou sont partis d’eux-mêmes, et la création de l’État d’Israël ne fera qu’accroître le rejet.

Mais leur situation était-elle la même partout ? Les Juifs de Salonique ont prospéré sous les Turcs et ont vu leur statut se détériorer quand les Grecs orthodoxes ont pris le contrôle de la ville, en 1922…

En effet, il faut distinguer le monde turc, plus tolérant que le monde arabe, même si la situation est loin d’y avoir été idyllique. Le statut de dhimmi a été aboli dans l’Empire ottoman par deux fois, en 1839 et 1856, et l’on constate que les contrées où les juifs connurent la condition la plus dure – le Yémen, la Perse et le Maroc – ne furent que peu ou pas du tout colonisées par les Turcs. Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux.

Vous dénoncez l’antisémitisme des émigrés de la troisième génération en France, ce qui vous vaut d’ailleurs un procès pour racisme intenté par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).

J’ai effectivement été assigné pour « propos racistes », parce que, lors d’une émission de France Culture, et à propos d’une partie de l’immigration maghrébine, j’ai usé de la métaphore d’un « antisémitisme tété avec le lait de sa mère ». Je ne faisais pourtant, par cette formule, que reprendre celle utilisée par le sociologue Smaïn Laacher qui, dans un documentaire diffusé sur France 3, parlait d’un antisémitisme « quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue […]. Bon, mais ça toutes les familles arabes le savent ! C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique […] comme dans l’air qu’on respire ». Ces deux métaphores disaient la même chose, une transmission culturelle et non génétique : le lait n’est pas le sang. À ceci près que l’une est dite par un Arabe, l’autre par un juif. L’indignation est sélective… Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux et donnent prise à la culture du complot qui cristallise sur « le Juif », cette cible déjà désignée dans l’imaginaire culturel maghrébin, et aggravée par la réussite de la communauté juive de France. Mais qu’y a-t-il de « raciste » à faire ce constat, à moins d’invalider toute tentative de décrire le réel ? Ce qui est inquiétant dans mon affaire, au-delà de ma personne, est que la justice donne suite à la dénonciation du CCIF, dont l’objectif est de nous imputer le raisonnement débile du racisme pour mieux, moi et d’autres avec moi, nous réduire au silence.

Vos collègues vous reprochent de manquer de l’objectivité indispensable à l’historien…

Quand les faits leur donnent tort, ils invoquent l’« objectivité » alors que le seul souci de l’historien face aux sources, a fortiori quand elles contreviennent à sa vision du monde, demeure l’honnêteté. Comme au temps où il était impossible de critiquer l’Union soviétique au risque, sinon, de « faire le jeu de l’impérialisme », la doxa progressiste s’enferme dans cette paresse de l’esprit. Il n’est donc pas possible aujourd’hui de dire que le monde arabe, quoique colonisé hier, fut tout autant raciste, antisémite et esclavagiste. Quand la sociologue franco-algérienne Fanny Colonna a montré dès les années cinquante le poids de l’islamisme dans le nationalisme algérien, elle s’est heurtée aux « pieds rouges », ces intellectuels qui soutenaient le FLN et qui ne voulaient pas faire le jeu des opposants à la décolonisation. Orwell le soulignait jadis, certains intellectuels ont du mal à accepter une réalité dérangeante.

Les Juifs du monde arabe. La question interdite, Odile Jacob, 167 pages, 21,90 euros

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (4) La critique de l’islam

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  • La liberté d’expression : un droit fondamental

La liberté d’expression est un des droits les plus fondamentaux de la personne humaine, mais il faut reconnaître que celui-ci est de plus en plus mis à mal en France par des lois scélérates qui prétendent imposer sur certains sujets la « bonne façon » de penser. C’est le propre de l’arrogance française, particulièrement développée au sein de l’« intelligentsia », ensemble des « intellectuels » qui se sentent investis d’une « mission » pour assurer le progrès de l’humanité. Penser peut aujourd’hui en France vous conduire en prison…

Or s’il est un domaine où la liberté doit être totale, c’est bien celle de la liberté de critiquer les religions. L’empêcher reviendrait à limiter l’homme dans la conception même qu’il peut se faire du sens de son existence.

Oui, on peut trouver que telle ou telle religion ou spiritualité – ou personnage de l’histoire religieuse – est totalement absurde ou grotesque. Oui, on peut trouver ridicule de penser qu’il soit possible de marcher sur l’eau ou qu’un cheval ailé ait réellement transporté son cavalier dans un voyage nocturne fabuleux jusqu’au ciel.

Au-delà de ce merveilleux dont les hommes ont souvent besoin, il est normal que la critique sans concession soit de la partie puisque les religions et spiritualités sont elles-mêmes incompatibles entre elles sur de nombreux points. Or il ne peut y avoir qu’une vérité.

  • Critique de l’islam et droit laïc : un constat à contrecœur de Tareq Oubrou

Si la liberté de critiquer l’islam n’existe guère dans les pays musulmans, cette liberté subsiste encore heureusement en France. Tareq Oubrou le reconnaît mais on sent bien à la lecture de son texte qu’il s’en désole lorsqu’il écrit : « Le droit positif laïque le permet. Il est possible de critiquer et même de ridiculiser une religion et, indirectement, ses adeptes. Il n’en reste pas moins vrai que (…) »

  • Comment justifier la censure : le spectre du nouvel antisémitisme

Face à ce constat fait à contrecœur sur lequel il ne peut pas en droit encore grand-chose aujourd’hui en France, Tareq Oubrou tente néanmoins de justifier la censure (ou l’auto-censure) de la liberté d’expression qu’il souhaite par la culpabilisation et l’accusation de racisme anti-musulman, eldorado de ce nouvel antisémitisme. En effet, la suite de la phrase citée ci-dessus est : « (…) en critiquant l’islam ou même l’islamisme, c’est toujours à l’Arabe que l’on pense, consciemment ou inconsciemment. C’est un racisme qui s’ignore ou qui ne dit pas son nom. »

À vrai dire, ce propos est assez détestable. C’est une approche perverse et qui veut convaincre par un raisonnement faux.

D’abord, critiquer l’islam n’est pas critiquer l’Arabe puisqu’il y a des Arabes qui ne sont pas musulmans et qu’une grande partie des musulmans sont asiatiques. Mais on peut comprendre que le tropisme moyen-oriental et surtout maghrébin de Tareq Oubrou le conduise à focaliser le sujet sur ce périmètre (au-delà de la question ethnique de l’arabité, sujet complexe).

Ensuite, l’idée que même sans en être conscient, la critique de l’islam se résume toujours à une racine qui serait le racisme, est un pur procès d’intention. Il n’est guère besoin d’épiloguer, tellement il est odieux, sur ce point de vue qui rappelle furieusement les écrits et propos d’Edwy Plenel, Fouquier-Tinville moderne du journalisme bien-pensant. Rappelons seulement à ce sujet les critiques virulentes de l’islam formulées par Malek Chebel (Manifeste pour un islam des lumières), Abdennour Bidar (Lettre ouverte au monde musulman), Tariq Ramadan (La réforme radicale), personnalités qu’on peut difficilement accuser de racisme anti-Arabes.

Enfin, dire à quelqu’un qu’il est dans l’égarement le plus complet ou développe des idées grotesques ne signifie pas contester sa dignité de personne humaine : ce sous-entendu est absolument ridicule. À cette aune, il ne faudrait jamais tenter de démontrer à quiconque qu’il a tort et donc la dispute ne serait pas possible !

  • Conclusion

Tareq Oubrou verse dans la pente facile mais terriblement nauséabonde de la stigmatisation, pourtant dénoncée maintes fois par les islamologues musulmans un peu plus éclairés, jusqu’à Tariq Ramadan. C’est le propre des personnes marquées par une affectivité à fleur de peau et qu’elles ont bien du mal à maîtriser.

Tareq Oubrou semble avoir les plus grandes difficultés à défendre l’islam par la seule voie de sa raison et supporte en conséquence très mal les critiques adressées à sa religion. Il ne peut absolument pas concevoir que, par empathie humaine et par conviction de la fausseté de la doctrine musulmane, certains cherchent à sortir les musulmans de l’égarement où ils se trouvent et considèrent que combattre l’islam, c’est faire œuvre humanitaire.

Pour l’imam Hassan Iquioussen, le terrorisme musulman est un faux problème

L’imam Hassan Iquioussen, proche de l’Union des Organisation Islamiques de France (U.O.I.F.), très présent sur internet, semble être un grand adepte de la takiya, et même bien au-delà, du mensonge. Celui-ci déclare dans une vidéo postée sur youtube début septembre 2016, « Alors, au lieu de parler des vrais problèmes de la société, notamment le chômage, la précarité, on crée des faux problèmes : le burkini, maintenant l’islam radical et politique, et peut-être demain encore des attentats ; et on va surfer sur la vague du terrorisme islamiste ».

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Les victimes de Charlie Hebdo, de l’Hyper cacher, du Bataclan, de la Promenade des Anglais, etc. apprécieront la légèreté et la délicatesse du propos.

Hassan Iquioussen est un fidèle des Frères musulmans si l’on en croit son site http://www.hassan-iquioussen.fr/ où figure en bandeau de bienvenue une sentence du fondateur égyptien de la confrérie des Frères Musulmans Hassan al-Banna, grand-père de Tariq Ramadan :

Hassan Iquioussen Site 2

Dans un discours de 1939, Hassan al-Banna expliquait sa vision globalisante de l’islam qui conduit tout droit à l’application de la loi islamique, la chari’a, partout où l’islam s’implante : « Nous, Frères musulmans, considérons que les préceptes de l’islam et ses enseignements universels intègrent tout ce qui touche l’homme en ce monde et dans l’autre, et que ceux qui pensent que ces enseignements ne touchent que l’aspect cultuel ou spirituel, à l’exclusion des autres, sont dans l’erreur. L’islam est en effet foi et culte, patrie et citoyenneté, religion et État, spiritualité et action, Livre et sabre. Le noble Coran parle de tout cela, le considère comme substance et partie intégrante de l’islam, il recommande de l’appliquer globalement. (…) Les Frères musulmans ont fréquenté le Livre de Dieu, s’en sont inspirés et guidés et sont arrivés à la conclusion que l’islam était cette conception totale, à portée universelle et qui devrait régir tous les aspects de la vie. (…) Si la nation n’est musulmane que dans son culte, suivant pour le reste d’autres modèles, cette nation passe à côté de l’islam. (…) Il importe de comprendre l’islam comme l’ont compris les compagnons et leurs successeurs de bonne souche. (…) Il faut puiser les lois islamiques que la nation prend pour référence à cette source pure, la source du premier jaillissement. »

Hassan Iquioussen, bien que né français grâce au droit du sol, ne semble donc guère attaché à tout ce qui fait la France puisque, sans du tout s’en cacher, il prône en réalité l’établissement de la chari’a qui est la conséquence normale de la supériorité musulmane sur les non-musulmans, supériorité qu’il affiche fièrement en mettant en bandeau sur son site ce slogan à l’attention de ses coreligionnaires musulmans :

Hassan Iquioussen Site 1

Cela étant, ce slogan est un slogan applicable à l’ensemble de la communauté musulmane puisqu’il n’est que la stricte application du Coran :

Sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

La France est ainsi un pays merveilleux où vous pouvez librement revendiquer votre filiation idéologique active avec un groupe terroriste musulman, qui a largement alimenté en ce sens la chronique de l’histoire mondiale, faire de la propagande négationniste à propos du terrorisme musulman, sans que cela ne déclenche les foudres de officines de défense des droits de l’homme (LICRA, LDH, et Cie) – car je prends devant vous le pari que cet imam ne sera jamais poursuivi par aucune de ces officines pour incitation à la haine contre les Français de souche (blancs et anciens colonisateurs de préférence) –, alors que la critique de l’islam conduit semble-t-il de plus en plus souvent à des démêlés judiciaires ou médiatiques (CSA) grâce au protéiforme délit d’islamophobie. Deux poids, deux mesures : la France est-elle malade de la peste ?

Pour Éric Zemmour, Islam = Islamisme

Il est rare de pouvoir aborder de façon publique sur un grand media français la question cruciale du rapport de l’islamisme à l’islam, cœur des réflexions développées sur ce site.

Voici donc l’interview récente du 7 septembre 2016 d’Éric Zemmour qui aborde clairement cette question que tout un chacun doit se poser, quelque opinion qu’on ait sur les prises de position d’Éric Zemmour.

S’agissant de la question sémantique, je me permettrai seulement de rappeler que le terme « islamisme » a été effectivement d’un emploi courant en France pendant de nombreuses années pour désigner tout simplement la religion musulmane. Ainsi, dans le manuel d’histoire bien connu d’Albert Malet, classe de cinquième, publié en 1916, figure un chapitre 6 intitulé « Les Arabes, Mahomet, l’islamisme, le monde musulman » qui commence par cette phrase : « Au commencement du septième siècle, dans cette Asie qui mériterait le nom de mère des religions, puisque toutes les grandes doctrines religieuses en sont sorties, est née une religion nouvelle, l’Islamisme. On l’appelle aussi du nom de son fondateur Mahomet, le Mahométisme, ou bien encore la religion musulmane. L’Islamisme a conquis une grande partie de l’Afrique et de l’Asie ; il a pénétré jusqu’en Europe. Il a été la cause première des plus grandes et des plus longues guerres du Moyen Âge : les Croisades. »

 

Michel Onfray dénonce la taqiya de Malek Chebel

Dans son dernier ouvrage « Penser l’islam » publié en mars 2016 chez Grasset, Michel Onfray donne un exemple de la taqiya (dissimulation) musulmane dans une situation bien connue relative à la traduction des textes sacrés musulmans. En effet, ceux-ci contiennent de nombreux passages problématiques au regard des valeurs humaines occidentales, et la tentation est grande vis-à-vis des non arabisants occidentaux de nier ou d’atténuer la violence de certains textes au travers de la remise en cause de la validité de la traduction (il est exceptionnel d’avoir la « bonne traduction »…).

  • Un rappel du contenu des textes sacrés musulmans

Si on peut discuter vigoureusement certaines thèses de Michel Onfray, force est de constater qu’il est un des rares intellectuels français à avoir fait un véritable effort de lecture des textes sacrés musulmans. Pour ce qui concerne les innombrables racines de la violence en islam ou de l’incompatibilité entre les valeurs musulmanes et les valeurs occidentales, Michel Onfray fait un rappel simple de certains textes musulmans :

« Pour éviter que vous me disiez que le Coran n’interdit rien de tout cela, je vous rappelle les sourates en questions. Sur les incrédules : « Exterminez les incrédules jusqu’au dernier » (VIII) ; « Frappez sur leurs cous ; frappez-les tous aux jointures » (VIII.12) ; « Ce n’est pas vous qui les avez tués, mais Dieu les a tués » (VIII.17) ; « Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition » (VIII.39). Sur l’antisémitisme : les juifs « s’efforcent à corrompre la terre » (V.64) ; C’est « un peuple criminel » (VII.133) ; « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le » (Al-Sîra, II.58-60) ; « Que Dieu les anéantisse » (IX.30)… Sur les polythéistes : « Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez » (XVII.58). Sur la justification de la torture par le carcan : « Nous mettrons des carcans à leurs cous, jusqu’à leurs mentons ; leurs têtes seront maintenues droites et immobiles. Nous placerons une barrière devant eux et une barrière derrière eux. Nous les envelopperons de toutes parts pour qu’ils ne voient rien » (XXXVI) ; par la noyade : « Nous avons noyé les autres » (XXXVII.82) ; par la mutilation : « Nous lui ferons une marque sur le museau », autrement dit : nous lui couperons le nez (LXVIII.15) ; par l’égorgement : invitation à « trancher l’aorte » (LXIX) ; par la crucifixion : « Ils seront tués ou crucifiés » (V.33). « Goûtez donc mon châtiment » (LIV) comme il est si souvent écrit… Sur la misogynie : « Les femmes ont des droits équivalant à leurs obligations, et conformément à l’usage. Les hommes ont cependant une prééminence sur elles – Dieu est puissant et juste » (sic !) (II.228) ; « Les hommes ont autorité sur les femmes, en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles » (IV.34) ; (…) ; « Eh quoi ! Cet être qui grandit parmi les colifichets et qui discute sans raison » (« L’ornement », XLIII) ; « Admonestez celles dont vous craignez l’infidélité ; reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les » (IV.34) ; « Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leur voile sur leur poitrine, de ne montrer leurs atours qu’à leur époux, ou à leur père » (XXXIV.31) ; sur le congédiement : une sourate entière (« La répudiation », LXV) ; sur la polygamie, voir la totalité de la sourate « Les femmes » (IV) ; « Quant à vos enfants, Dieu vous ordonne d’attribuer au garçon une part égale à celle de deux filles » (IV.11)… Sur l’arrangement du mariage, la famille décide pour elle (IV.25). Sur l’homophobie : l’homosexuel est la figure de « l’abomination » (VII.81).

Oui ou non, ces sourates se trouvent-elles dans le Coran ? Si oui, que faut-il en faire ? Sinon, comment expliquez-vous qu’on les trouve dans toutes les traductions et toutes les éditions françaises de ce livre ? De la propagande sioniste ? Des inventions de mécréants, de chrétiens et de juifs, d’infidèles et d’athées pour nuire à l’islam ? Ou des textes, dont pour débattre sérieusement, il nous faudrait d’abord convenir qu’ils existent véritablement afin de penser ensuite ce qu’il faut conclure quand on dit qu’il s’agit d’une parole dictée directement par Dieu à son Prophète ? Est-ce islamophobe que de dire ce qu’on trouve dans le Coran quand on le lit ? »

On peut certes contester dans cette liste tel ou tel point ou traduction pour tenter d’atténuer l’incompatibilité de nombreuses valeurs musulmanes avec les valeurs occidentales, mais l’accumulation des versets et des sourates problématiques rend cette démarche très délicate.

  • Un exemple d’atténuation volontaire et donc coupable

Pour illustrer la technique utilisée par certains islamologues pour tenter d’atténuer le conflit de valeurs islam/Occident, Michel Onfray cite un exemple précis concernant Malek Chebel, musulman « modéré » intéressé à la conciliation avec le monde occidental, et prêt semble-t-il à « tordre » les textes. Je laisse le lecteur lire cette analyse et se faire sa propre opinion sur la validité de cette analyse dans le cas d’espèce :

« Le contextualiste ne lit pas ce qui est écrit et veut même parfois voir le contraire de ce qui est écrit. Quand Malek Chebel, partisan d’un islam des lumières, traduit le Coran, il lui fait parfois dire le contraire de ce qu’il dit afin de supprimer tout ce qui montre que certains textes sont incompatibles avec la modernité démocratique. Ainsi, quand le texte dit (VIII) : « Alors que Dieu voulait manifester la vérité par ses paroles et exterminer les incrédules jusqu’au dernier » (traduction de Jean Grosjean), ou bien : « Le Seigneur cependant a voulu prouver la vérité de ses paroles et exterminer jusqu’au dernier des infidèles » (traduction de Kasimirski), ou bien : « Le Seigneur cependant a voulu prouver la vérité de Ses paroles, et exterminer jusqu’au dernier des infidèles » (traduction de Hadj Noureddine Ben Mahmoud), ou bien : « Allah voulait réaliser la vérité, par Son arrêt et exterminer jusqu’au dernier des infidèles » (traduction de Régis Blachère), Malek Chebel dit : « Allah a voulu que la vérité triomphe en imposant Son verbe et en éradiquant les mécréants. » Exterminer n’est pas éradiquer – d’ailleurs qu’est-ce qu’éradiquer un homme ? En revanche, chacun comprendra ce qu’est l’exterminer… »