Les prétendus hadiths : un instrument politique ?

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (http://islametoccident.fr/?p=4814).

Sans revenir sur l’émission extravagante par Mahomet des milliers de hadiths rapportés par la Sunna, ni sur leur incohérence (et leur fiabilité), il est intéressant de les interpréter de façon tout à fait rationnelle et réaliste comme une construction a posteriori à visée politico-religieuse comme le fait Robert Hoyland en se fondant sur les sources historiques disponibles.

« Pour les Umayyades, manifestement, l’idée selon laquelle l’ère des prophètes était révolue et les califes agissaient désormais comme les agents de Dieu sur terre était fondamentale. La pratique et la législation de Muhammad étaient bien entendu importantes pour la communauté : les Arabes « respectaient la tradition de Muhammad, leur maître, à tel point qu’ils infligeaient la peine de mort à toute personne prise en train d’enfreindre effrontément ses lois », dit le moine du VIIème siècle Jean de Fenek. Mais, pour les Umayyades, les nouvelles lois étaient du ressort des califes. Les savants religieux se mirent bientôt à contester ce point de vue, et certains le firent en affirmant que les actes et paroles (hadith) de Muhammad leur avaient été fidèlement transmis. La chose fut apparemment rare au cours des deux premières générations après Muhammad : « J’ai passé un an auprès d’Abdallah fils d’Umar Ier (mort en 693) », rapporte un juriste, « et je ne l’ai pas entendu transmettre quoi que ce soit venant du Prophète ». Mais l’idée acquit bientôt un soutien populaire. Un autre savant dont les écrits datent d’environ 740 remarque : « Je n’ai jamais entendu Jabir ibn Zayd (mort vers 720) dire : « le Prophète a dit… », et pourtant les jeunes hommes qui se trouvent ici le disent vingt fois par heure ». Un peu plus tard encore, les paroles de Muhammad furent mises sur un pied d’égalité avec le Coran comme source de la loi islamique. À l’époque de Muawiya, cependant, cela ne constituait encore qu’un lointain futur : pour l’heure, les califes – non les savants – légiféraient. »

Le mythe des « califes bien guidés »

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (http://islametoccident.fr/?p=4814).

« L’angoisse et les carnages occasionnés par la première guerre civile, et la concentration croissante du pouvoir entre les mains d’une petite élite ont assurément terni l’image de Muawiya. Pour autant, Uthman avait déjà inauguré un mode de gouvernement népotiste, et Ali avait sa part de responsabilité dans la première guerre civile. Comment se fait-il alors que les deux aient été, avec Abu Bakr et Umar, considérés comme des êtres guidés par la volonté divine (on parle généralement des califes « bien guidés », en arabe « rashidun »), alors que Muawiya et ses successeurs sont décrits comme des tyrans ? La réponse est que cette image résulte en réalité d’un compromis proposé bien plus tard par les savants religieux, par les « docteurs de la loi ». Au cours des VIIIème et IXème siècles, ces savants s’évertuèrent à démontrer que c’étaient eux, et non les califes, qui étaient les véritables héritiers du prophète, et qu’ils étaient par conséquent les seuls dépositaires des lois de Muhammad, et les seuls à pouvoir légiférer. Abu Bakr et Umar, qui étaient très proches de Muhammad, avaient cependant transmis un grand nombre de ses édits, et les savants ne voulaient pas s’aliéner les partisans modérés des Umayyades et des Alides en accablant Uthman et Ali. Une césure fut donc introduite dans l’histoire islamique : on estima que les quatre califes antérieurs à Muawiya étaient guidés par Dieu, que la période où ils avaient régné était un âge d’or au cours duquel l’islam était convenablement pratiqué, et on vilipenda Muawiya et ses successeurs comme des oppresseurs qui négligeaient les préceptes de l’islam. L’idée qu’un âge durant lequel le pouvoir était exercé de manière pieuse et juste avait été suivi d’une période de tyrannie ne gagna du terrain que très lentement, mais elle se généralise progressivement et devint majoritaire au milieu du IXème siècle quand le très respecté savant de Bagdad Ahmad ibn Hanbal (mort en 855) s’y rallia. Les partisans de cette lecture de l’histoire se nommèrent eux-mêmes les sunnites (ceux qui s’en tiennent à la « sunna », c’est-à-dire à la tradition, au chemin prescrit), et ceux qui la rejetèrent formèrent diverses sectes en dehors de ce courant « orthodoxe » dominant. Les partisans modérés des Alides (c’est-à-dire du clan d’Ali) furent séduits par ce compromis ; ils pouvaient reconnaître que les trois autres califes de Médine étaient aussi légitimes qu’Ali à exercer le pouvoir. Mais les plus radicaux continuèrent à soutenir qu’Ali et ses descendants étaient les seuls qualifiés pour diriger le monde musulman. Les adeptes de ce point de vue se séparèrent alors irrévocablement du courant sunnite dominant et formèrent un groupe séparé, à savoir « le parti d’Ali » (« shi’at ’Ali » en arabe), et se nommèrent les chiites. C’est à partir de ce moment, au milieu du IXème siècle, que la rivalité entre sunnites et chiites a commencé. À l’époque de Muawiya, il n’y avait pas de sectes distinctes dotées de doctrines clairement définies (les coalitions étaient lâches et se formaient autour de griefs spécifiques), et nombre de ses contemporains devaient le considérer comme un dirigeant légitime, approuvé – au même titre que ses prédécesseurs – par Dieu. Les historiens modernes, quoique dans un registre différent, ont également mis en doute l’engagement de Muawiya à l’égard de l’islam. Sur les pièces de monnaie et les documents officiels, Muawiya se présente comme le « serviteur de Dieu » et le « commandeur des croyants », et qualifie son pouvoir de « juridiction des croyants ». Le terme de « croyant » avait été utilisé par Muhammad dans le pacte de fondation de sa communauté, en référence à tous ceux qui avaient fait serment de loyauté envers elle, ses buts et son chef, quelles que fussent leurs convictions monothéistes, et il est probable que Muawiya ait simplement perpétué cette pratique. L’absence de toute référence explicite à l’islam ou à Muhammad dans ses proclamations publiques a cependant amené certains chercheurs à débattre pour savoir s’il n’était pas chrétien ou adepte d’une forme de monothéisme « non confessionnel » ou « indéterminé » à tendance œcuménique. L’idée selon laquelle, dans un premier temps, les musulmans ne se distinguaient pas totalement leur foi des autres confessions monothéistes n’est probablement pas dénuée de fondement. »

Les guerres et les massacres perpétrés par les arabo-musulmans : l’exemple de Césarée

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (http://islametoccident.fr/?p=4814).

La violence marque dès l’origine le monde arabo-musulman, Mahomet n’ayant guère été avare en ce domaine si l’on en juge par sa biographie (écrite par des musulmans) qui égrène précisément la liste des guerres ou razzias qu’il a conduites ou ordonnées. Pourtant, les partisans de l’islam en Occident continuent à mentir effrontément dans ce domaine et à nier vigoureusement cette évidence aveuglante. Robert Hoyland cite plusieurs exemples avérés dans son livre, comme celui de Césarée.

« Césarée, comme toutes les villes de la côte méditerranéenne, avait eu beaucoup moins de contacts avec les Arabes que les villes de l’intérieur des terres proches du désert syrien. Ses habitants étaient pour la plupart de la même confession que les habitants de Constantinople et que l’empereur : ils étaient chalcédoniens, suivant les principes adoptés au concile de Chalcédoine en 451, et parlaient le grec plutôt que l’araméen ou l’arabe. En outre, en tant que capitale provinciale, Césarée disposait d’une légion basée dans la ville : il était probable qu’elle se défendrait. Conscient du défi que représentait la prise de cette ville, le nouveau commandant des forces arabes en Syrie, Muawiya ibn Abi Sufyan, avait fait acheminer vingt-sept engins de siège qui lancèrent des pierres jour et nuit. Cette opération dura de décembre 640 à mai 641, jusqu’à ce qu’une brèche apparût  dans les solides murs de l’enceinte de la ville. Comme les combattants avaient refusé avec obstination de se rendre, Muawiya décida de massacrer pour l’exemple les 7.000 hommes stationnés dans la ville – moins ceux qui avaient réussi à s’échapper par bateau vers l’Asie mineure. »

Dénonciation du communautarisme : un franc-parler courageux

Émission diffusée le 30 septembre 2018 sur Sud Radio. Invité : Patrice Quarteron

https://www.youtube.com/watch?v=02uIzHsz9F8

Il vient une question : la LICRA, la Ligue des Droits de l’Homme et toutes les autres associations de lutte contre le racisme et l’intolérance ont-elles porté plainte contre Nick Conrad ? Le délit de racisme anti-blanc existe-t-il à leurs yeux ?

Al-Andalus : analyse d’un mythe (9)

Contexte de la série d’articles : http://islametoccident.fr/?p=4326

Pure coïncidence, le professeur Rémi Brague a fait une conférence le mardi 29 mai 2018 au Carrefour de l’Horloge sur le thème « Le mythe d’Al-Andalus », conférence précisément fondée sur les deux livres qui ont justifié ma série d’articles commencée le 12 mai 2018.

Fin de la série d’articles sur Al-Andalus.

Al-Andalus : analyse d’un mythe (7)

Contexte de la série d’articles : http://islametoccident.fr/?p=4326

  • L’architecture

« Quelques-uns des principaux monuments de l’architecture hispano-musulmane ont heureusement survécu à la Reconquista et leur impact visuel a donné un poids apparemment incontestable à l’idée d’une pénétration de l’art arabe dans notre culture. Ce ne sont pas seulement, en réalité, les trois monuments les plus connus qui nous sont parvenus mais également – et c’est une chance – un important nombre d’anciennes mosquées (plus ou moins respectées, souvent réutilisées comme églises ou à d’autres fins), des ruines de palais, des bains, des citernes souterraines, des forteresses (…). Cet ensemble de construction éparses et datées d’époques très différentes, cependant, ne dépasse pas les limites de ce que Carlos Flores appelle « architecture érudite », tandis que nous ne conservons que peu de traces de l’architecture populaire musulmane (c’est-à-dire des traces vivantes) et que les traditions architecturales espagnoles n’ont que peu été influencées par cette esthétique. »

  • La musique

« Les faits documentés contredisent l’interminable litanie des chants à la tolérance et à la compréhension aimable qui ton prétendument régné dans al-Andalus. Les textes d’Ibn Abdun ou al-Wansarisi illustrent bien au contraire l’interdiction de lire ou de réciter de la poésie ou des macamos à l’intérieur des mosquées, l’interdiction d’y interpréter de la musique ou encore les tentatives de la supprimer totalement. »

« Aucun pays arabe ne connaît un chant (et encore moins une danse) proche du flamenco (ou de ses variantes récentes). (…) Les origines concrètes du flamenco remontent, pour autant que nous le sachions, au XVIIème siècle. (…) Le flamenco apparaît vers 1780 dans la région comprise entre Cadix, Jerez de la Frontera, San Fernando et El Puerto de Santa Maria(…) En définitive, si l’Andalousie est devenue, à force de stéréotypes, le symbole même de l’Espagne, le flamenco a fini par incarner de la même façon le chant andalou par excellence. La partie a été prise pour le tout, phénomène favorisé par la tendance généralisée à la simplification pratique, commerciale et apparemment imparable. »

  • La langue

« Notre maître à tous, Elias Teres Sadaba a établi de façon exemplaire la méthodologie et l’approche à adopter lorsqu’il s’agit d’aborder l’épineuse question des toponymes hispaniques d’origine arabe. (…) Ces chiffres concordent avec l’ensemble des arabismes présents en langue espagnole : entre 850 et 1.000 arabismes « simples » et 4.000 arabismes si l’on y ajoute les termes dérivés. L’on retrouve des statistiques similaires ou légèrement inférieures en portugais tandis qu’il y a environ moitié moins d’arabismes en catalan et en valencien. (…) L’onomastique et la toponymie, pourtant, présentent un nombre écrasant d’exemples d’origine germanique, aussi bien à des époques reculées qu’à l’heure actuelle. Les anthroponymes wisigothiques occupent indiscutablement le premier plan dans la documentation dont nous disposons concernant le Moyen Âge, s’imposant même devant les anthroponymes latins avec une avance de plus de 50%. Dans certains cas, ces noms d’origine germanique correspondent à la totalité des anthroponymes cités, comme dans le document retrouvé à Braga et daté de l’an 900. Cette prééminence persiste jusqu’au XIIème siècle, époque à laquelle les appellations latines liées à des saints chrétiens remplacent les noms germaniques. »

« Il faut clairement signaler que la simple présence de la racine « Guad » (et de ses variantes), tiré du terme « wadi », n’est pas une preuve évidente de l’arabité d’un toponyme. De nombreux croisements ont eu lieu avec le latin « aqua », au sens de « cours d’eau », ce qui explique le grand nombre de toponymes hybrides et nous pousse à mieux réfléchir sur la véritable origine (latine ou arabe) de l’élément « Guad » pour de nombreux hydronymes. »

« Castro et ses disciples passent sous silence un fait irréfutable : il n’existe pas (ou pratiquement pas) de termes d’origine arabe concernant la vie morale ou spirituelle ainsi que dans le domaine des notions abstraites. »

  • La littérature

« Les colonisateurs français de l’Afrique du Nord ont instrumentalisé à leur bénéfice des passages d’auteurs arabes médiévaux. Le cas le plus connu est celui d’Ibn Khaldoun et de ses considérations (exagérées ou non) sur les désastres provoqués par l’invasion hilalienne du XIème siècle, ensuite utilisées pour légitimer moralement l’occupation française au Maghreb. Les Français ont développé simultanément (ce qui n’a rien de contradictoire) une forme d’exaltation romantique de la littérature arabe, notamment dans le domaine des œuvres narratives, afin d’accompagner dans le domaine de l’esthétique et de l’émotionnel leur expansion méditerranéenne, dont les pays concernés font encore les frais aujourd’hui. Ils ont ainsi créé un courant de fantaisies mauresques qui devait trouver racine en Espagne avec une grande facilité étant donné l’importance des ruines et monuments situés à Cordoue, Séville ou Grenade. De telles fantaisies ont vite été associées à des réminiscences locales, particulièrement dans l’imagination de certains écrivains du XIXème siècle (voire du XXème siècle), avides de démontrer in situ leurs introuvables filiations arabes ou, au moins, de montrer leurs chimériques arbres généalogiques moraux communs avec ceux qui se trouvaient simplement sur la même terre. (…) La énième idéalisation des Maures dans la littérature romantique est devenue un leitmotiv dans les milieux autorisés, qui y voient un authentique plaisir et une mine d’or inépuisable (…). »

« Reconnaître humblement que nous ne savons pas grand-chose à propos de l’origine et du développement de nombreux genres de la littérature espagnole n’est évidemment ni spectaculaire, ni attractif, surtout quand tant d’autres brandissent des certitudes et des affirmations sans ambiguïté (par intérêt ou par inertie). Dans le cas du « cante hondo », la thèse arabe s’oppose par définition à la thèse gitane (ou plutôt gitaniste), bien explicitée (avec ses prétentions raciales) par Ricardo Molina. »

  • Les vêtements

« Nous pouvons affirmer de manière catégorique (et sans avoir recours à de minutieuses descriptions pour prouver nos dires) que la tradition vestimentaire hispanique, quelle que soit la région, ne reprend que très peu d’éléments hispano-arabes. »

Al-Andalus : analyse d’un mythe (6)

Contexte de la série d’articles : http://islametoccident.fr/?p=4326

  • Le racisme anti-noirs

« La principale pierre d’achoppement concertant les comportements raciaux tourne, comme dans d’autres sociétés, autour des noirs. Les discours fondés sur un racisme biologique pur que l’on retrouve chez Henry Morton Stanley, Domingo Badia (plus connu sous le nom d’Ali-Bey) ou Richard Francis Burton existent aussi parmi les Arabes, chez qui se mêlent en outre des préjugés culturels et religieux. D’une part, ils reprennent les vieux concepts méditerranéens quant aux usages étranges des Africains, notamment en matière de libertés sexuelles (offre de la jeune mariée aux invités, possession en commun des fils et des femmes, filiations confondues, rupture de la notion de lignage et, en définitive, sexualité proche des animaux). D’autre part, ils développent leur propre système de préjugés concernant les ethnies dominées après la conquête et l’expansion de l’islam dans le centre de l’Afrique, qui sont accompagnés par le trafic d’esclaves. Au début des « Mille et une nuits », le roi Sahzaman et son frère Sahriyar subissent l’offense suprême puisque leur épouse respective les trompe avec un noir, c’est-à-dire avec un être appartenant au dernier degré de l’échelle sociale. Dans la même œuvre, l’épisode du « bon noir » (qui est aussi un esclave) est encore plus révélateur puisqu’après une vie vertueuse, il est récompensé en devenant blanc juste avant de mourir. »

« Des témoignages semblables abondent chez de nombreux autres auteurs, depuis al-Maydani dans ses « Proverbes arabes » (« Tout comme le noir qui vole lorsqu’il a faim et fornique lorsqu’il est repu ») jusqu’à Ibn Battuta, qui représente parfaitement la vision des voyageurs arabes en Afrique orientale. Cet écrivain originaire de Tanger ne nous épargne aucune critique impitoyable concernant l’Afrique orientale ou occidentale, bien que ses commentaires dépréciatifs à l’égard des noirs soient plutôt d’ordre culturel : la nudité des femmes, les manifestations humiliantes face à leurs roitelets (…), l’habillement sommaire, la façon de manger, etc. De façon générale, ces considérations pointent l’ignorance, la lâcheté, la puérilité et la stupidité des noirs, tout comme ce que l’on peut retrouver dans les nombreux contes du Sahara occidental. L’esclavage (qui a été aboli souvent plus récemment qu’on ne le pense dans ces contrées) et le statut d’infériorité des personnes à la peau noire trouvent dans ces contes plusieurs justifications : la tromperie consubstantielle aux gens originaires d’Afrique subsaharienne, leur passion pour la magie noire (ce qui est une accusation souvent lancée contre des populations dominées), leur caractère obtus ou leur inclination à voler de nuit et par la ruse (et non pas de jour et par la force, comme le ferait tout bédouin qui se respecte). »

  • L’esclavage

« Dans la jurisprudence malikite, une esclave, acheté sur un marché ou capturée à la guerre, avec laquelle son maître avaient des relations sexuelles, devenait son esclave sexuelle ou « jariya » (une concubine). Sous les Omeyyades, al-Andalus devint un centre pour le commerce et la distribution des esclaves : jeunes filles transformées en esclaves sexuelles parfois dès l’âge de 11 ans ; garçons castrés pour devenir eunuques dans les harems ; garçons élevés en casernes pour devenir des guerriers esclaves ; garçons utilisés comme jouets sexuels des riches et puissants (…). »

  • La pratique des enlèvements

« La capture d’Espagnols constituait une source florissante de revenus grâce aux rançons exigées. Il s’agissait certes d’une pratique antérieure aux musulmans et qu’ils n’étaient pas les seuls à avoir adoptée mais certaines cités-États ou de petites principautés (comme Salé ou Alger) s’étaient spécialisées dans ce commerce, tant et si bien qu’elles en retiraient de juteux bénéfices. Ainsi Alger extorquait-elle à l’Espagne vers le milieu du XVIème siècle 100.000 pièces d’or environ par an au titre des rançons pour les prisonniers. C’est pourquoi l’on comptait parmi les pieuses œuvres à la portée de tout bon chrétien, l’inscription dans les testaments de legs destinés à libérer les chrétiens, comme dans celui d’Isabelle la Catholique. »

Al-Andalus : analyse d’un mythe (5)

Contexte de la série d’articles : http://islametoccident.fr/?p=4326

  • Le statut des femmes

« Il convient de rappeler ici la judicieuse remarque de Guichard sur les véritables conditions de vie des femmes en al-Andalus. Celles-ci étaient en fait très proches de celles des femmes d’Orient quant à leur état de réclusion, quant aux interdictions dont elles faisaient l’objet et quant aux difficultés qu’elles subissaient dans les relations humaines. C’est ce que confirme « Le collier de la colombe » lui-même, surtout si l’on prend en compte la misogynie de son auteur. Mais cela va encore plus loin. Tout comme dans le monde antique, les hommes cultivés et de haut rang divisaient une partie de leur temps en deux catégories de relations féminines, très différentes dans leur nature. D’un côté, on trouvait les épouses, libres à l’origine, qui étaient protégées au sein de la maison et de la famille de tout type de hardiesse ou de libertinage. De l’autre, on comptait des femmes qui étaient généralement des esclaves ou des concubines, dont les capacités intellectuelles et artistiques étaient plus grandes (elles étaient danseuses, chanteuses, poétesses) et qui servaient à faire oublier aux hommes la routine familiale. Ce sont seulement les femmes de cette seconde catégorie qui, aussi bien en al-Andalus qu’en Orient, avaient de la liberté dans leur conduite et leurs mouvements. Et ce sont également elles qui étaient estimées pour leur intelligence, leur beauté ou tout autre don de la nature. »

« Bien que l’islam ne proclame en théorie la supériorité intrinsèque d’aucune race et qu’il n’y a pas pour lui a priori d’opposition aux alliances interraciales, ce principe se contredit dans la pratique par le recours au concept de kafa’a, qui exige que les futurs mariés appartiennent à la même couche sociale. Comme il est accepté également, de manière tacite, qu’un homme non arabe ne peut en aucun cas être l’égale d’une femme arabe, le tuteur de cette dernière (l’omniprésent wali) doit l’empêcher de se laisser guider par son esprit faible et de se marier contre ses propres intérêts. C’est du moins ce que prévoit la jurisprudence islamique. Le cas de l’homme arabe est bien différent puisqu’il peut épouser des femmes de n’importe quelle ethnie (y compris des nôtres) car sa condition masculine lui garantit une supériorité qui évitera par exemple que ses enfants adoptent une autre religion que l’islam. »

Al-Andalus : analyse d’un mythe (4)

Contexte de la série d’articles : http://islametoccident.fr/?p=4326

  • Al-Andalus et les juifs

« Il est intéressant de rappeler que c’est aux IXème et Xème siècles, lorsque les dhimmis n’étaient plus disposés à respecter des normes répressives, qu’ont eu lieu les conflits les plus violents et les plus sanglants. La réaction des musulmans d’al-Andalus pouvait être tantôt fracassante, comme lors de la persécution anti-chrétienne du IXème siècle, tantôt sourde et discrète, comme dans le cas de Maïmonide, victime d’une conversion forcée à l’islam. Redevenu juif, après sa fuite en Égypte, mais reconnu sur place par un Andalousien, il dut faire face à un procès pour aspotasie et ne put échapper à la peine de mort que parce que le cadi al-Fadil qui le jugeait était son ami. Après avoir vécu de mauvaises expériences en al-Andalus et au Maroc et après avoir appris la situation de nombreux juifs au Yémen, Maïmonide s’est plaint, dans une célèbre missive adressée aux juifs yéménites des persécutions subies par ses coreligionnaires dans le monde musulman. »

« Cette constante attitude de rejet des juifs pousse les musulmans, même lorsqu’ils ont perdu le pouvoir, à se prémunir de toute domination des juifs à leur égard. Ainsi prennent-ils bien soin de faire inclure dans les capitulations de Grenade, signées par Boabdil et les Rois catholiques, une clause qui les mette à l’abri de cette éventualité : « Que leurs Altesses ne permettent pas que les juifs aient la faculté de commander aux Maures et de lever quelque impôt que ce soit ». Le mépris à l’égard des juifs et les discriminations qui en découlent sont monnaie courante dans la littérature arabe bien que nous ne puissions pas ici accumuler de trop nombreux exemples. C’est ce que nous montrent Ibn Battuta ou Léon l’Africain et leurs récits et descriptions sont en accord avec ceux d’autres auteurs étrangers, comme Ali-Bey ou Jean Potocki, qui évoquent les réalités du Maroc à la fin du XVIIIème siècle. Ces derniers mentionnent ainsi l’interdiction faite aux juifs de monter à dos de mule dans une ville musulmane (car ils seraient alors placés au-dessus des musulmans) ou encore l’interdiction d’entrer dans la ville de Fès à moins de s’être déchaussés en signe de soumission. »

  • Al-Andalus et les chrétiens

« Muhammad ibn al-Razi (887-955), un des premiers historiens musulmans de la conquête musulmane, raconte que le fondateur de l’émirat de Cordoue, l’omeyyade Abd al-Rahman I, brûlait systématiquement les églises chrétiennes et les reliques. »

« La conquête musulmane a interrompu l’assimilation et l’adaptation de l’art romain et hispano-romain préexistant (…). Les historiens musulmans témoignent du zèle iconoclaste des premiers chefs omeyyades, comme Abd al-Rahman I. Selon l’historien al-Razi, ce chef fut impitoyable contre les « polythéistes, dénomination des chrétiens (…). Significativement, aucune église construite avant la reconquête catholique ne peut être trouvée aujourd’hui dans le sud de l’Espagne. (…) L’historien musulman al-Maqqari note que Abd-al-Rahman I, un homme pieux, fit démolir l’ancienne basilique de saint Vincent qui était le centre spirituel des catholiques de Cordoue. Ce chef musulman utilisa les matériaux de l’église démolie, ainsi que d’autres bâtiments romains et visigoths, pour construire la fameuse mosquée de Cordoue sur les ruines de l’église saint Vincent. (…) Al-Razi, un des premiers historiens de l’Espagne musulmane, nous apprend que l’église saint Vincent était le dernier endroit où les chrétiens pouvaient prier à Cordoue. Les musulmans avaient pris la ville des années avant et avaient détruit toutes les autres églises dans et aux alentours de Cordoue, utilisant les ruines pour construire des mosquées. Avec l’argent qu’Abd al-Rahman I donna aux chrétiens pour lui remettre l’église saint Vincent dans un marché qu’ils ne pouvaient pas refuser, les chrétiens bâtirent une autre église, mais en dehors des murs de la ville, le seul endroit où les chrétiens étaient autorisés à la construire. »

« Les persécutions survenues entre le règne d’Abd al-Rahman II (822-852) et celui de Mohammed Ier (852-886) ont été marquées par un vaste mouvement de martyrs mozarabes, qui ont résisté passivement aux mesures discriminatoires dont ils étaient victimes. Ces persécutions ont abouti à la mort de saint Euloge, saint Alvaro, saint Parfait et saint Isaac, exécutés pour « istyifaf » (ensuite publique envers l’islam), ainsi qu’à celles de bien d’autres victimes, condamnées pour les mêmes motifs. Ces événements ne suffisent pas, cependant, à fustiger l’islam andalousien dans son ensemble, même si l’on ne peut ignorer la gravité de tels faits, qui sont connus de tous bien qu’ils soient parfois minimisés. La déformation professionnelle propre aux arabisants ne doit pas nous amener à excuser n’importe quel crime commis par des Arabes ou des musulmans. Cette indulgence excessive se retrouve chez Bernard Lewis lorsqu’il analyse les représailles contre les juifs et les chrétiens suite aux croisades ou encore chez Manuela Marin, qui évoque précisément les persécutions de Cordoue. Nous devons appliquer la même rigueur, la même tolérance ou, mieux encore, adopter la même distance à l’égard des crimes des chrétiens et ceux des musulmans. Ce principe semble évident mais malheureusement trop souvent il est presque surprenant de le voir appliquer. »

« L’abondante bibliographie dont nous disposons nous montre certes que d’importantes communautés mozarabes ont survécu à Tolède, Cordoue, Séville ou Mérida. Il est cependant tout aussi vrai qu’au début du XIIème siècle, les chrétiens de Malage et de Grenade ont été déportés en masse vers le Maroc ; que l’on autorisait rarement la construction ou la restauration de nouvelles églises et synagogues ; ou que l’on interdisait de faire sonner les cloches. Ne nous arrêtons par sur les périodes de persécution ou d’extermination directe des chrétiens – comme lors des massacres de Cordoue, entre 850 et 859, au cours desquels saint Euloge a été décapité, ou à Grenade, au XIIème siècle, lorsque la communauté chrétienne a été anéantie par Abd al-Mumin. Intéressons-nous plutôt à la pression permanente et subreptice que subissait au quotidien la population chrétienne soumise. L’attitude fondée sur la méfiance, l’insécurité et la haine dont ont fait preuve Ibn Battûta au XIVème siècle lors d’un séjour à Byzance plonge ses racines dans une conception très particulière des relations avec les chrétiens, minorité tantôt supportée en tant que moindre mal, tantôt absorbée ou éliminée mais jamais traitée avec cordialité. Les églises chrétiennes d’al-Andalus ont pu subsister mais une condamnation morale pesait sur elles en permanence comme le montre Ibn Abdun. »

« Nous ne nous attarderons pas davantage sur le martyre répété des religieux qui, dans la Grenade nasride (celle-là même qui édifiait les superbes palais de l’Alhambra), osaient prêcher la foi chrétienne. Rappelons cependant l’immixtion directe, l’oppression constante dont souffrait une minorité écrasée et qui se traduisait par exemple dans l’obligation faite à l’« almotacen » de surveiller les femmes chrétiennes pour qu’elles n’influencent pas les croyances des enfants musulmans. »