La question financière dans la naissance de l’islam

Si l’accueil de l’islam par les tribus arabes de La Mecque fut mauvais, au point que Mahomet dut décider de partir pour Médine avec ses quelques dizaines de partisans (sans avoir été persécutés, quoique cette légende tenace soit entretenue pour expliquer ensuite la violence barbare de Mahomet), il apparaît, selon la biographie de Mahomet d’Ibn Hîcham, incontestée en islam, que ceci a été dû essentiellement à des questions autres que religieuses, notamment de pouvoir et financières.

Mahomet proposait en effet une copie du judaïsme sans grande nouveauté théologique mais qui dérangeait évidemment par son monothéisme strict le culte des idoles de la Ka’ba qui faisait l’objet d’un commerce fructueux dont bénéficiaient les Quraychites. Ces préoccupations bien terre à terre sont assez éloignées de grands débats spirituels ou religieux. Il est rare de voir rappeler ce point de façon aussi claire à la télévision (émission de France 2 « Vivre l’islam » de décembre 2016).

France 2 Islam 161218 Tawhid 1 Extrait 1

Cela étant, Mahomet est loin d’avoir été lui aussi indifférent aux questions financières puisqu’il pratiqua la razzia et établit des règles stables de partage du butin qu’on retrouve d’ailleurs explicitement dans le Coran (sourate 8).

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (20) La violence dans les Évangiles : la parabole de la paix et du glaive

  • Problématique

Les Évangiles ne contiennent pas d’incitation à la violence, bien au contraire : il suffit simplement de les lire pour s’en rendre compte. Souvenons-nous par exemple de ces paroles (Matthieu 26, 51&52) : « Et voilà qu’un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le dégaina, frappa le serviteur du Grand Prêtre et lui enleva l’oreille. Alors Jésus lui dit : « Rengaine ton glaive ; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. » »

Qu’il y ait eu par ailleurs de la violence dans l’histoire du christianisme est vrai, mais il s’agit d’une déviance fondamentale par rapport à la doctrine de Jésus qui est une démarche non-violente. C’est ce que rappelle clairement un intervenant dans l’émission « Judaïsme » de France 2 du 19 février 2017 :

France 2 Judaisme 170219 Violence chretienne

Néanmoins, les représentants de l’islam persistent à affirmer que les Évangiles contiendraient les ferments d’une violence qui aurait trouvé à s’exprimer dans le cours de l’histoire. L’objectif de cette démarche est évident : tenter de combler l’abîme doctrinal qui sépare les Évangiles du Coran en matière de violence, Mahomet ayant été sans conteste un homme de guerre sanguinaire, notamment vis-à-vis des juifs de Médine, qu’il a combattus férocement.

  • La lecture de Tareq Oubrou

Pour Tareq Oubrou, il suffit de lire : « Il y a dans les Évangiles d’autres passages plus violents encore (…) : « Ne croyez pas que je vous aie apporté la paix sur la terre, je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée » (Matthieu 10,34)). »

En d’autres termes, alors que même que Jésus s’est laissé crucifier, Tareq Oubrou persiste à affirmer que Jésus était un homme violent qui avait véritablement des intentions guerrières.

  • La parabole du glaive

Le problème est que le texte ne peut pas être compris si on le tronque ainsi. Le texte, dans sa version complète, donne lui-même l’explication du sens de cette parabole dans Matthieu (10, 34 à 40) : « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa famille. Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n’est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. »

Il est clair que ce que demande Jésus, c’est de choisir de le suivre et de reconnaître la vérité qu’il apporte, ou au contraire de ne pas le faire. L’image du glaive veut dire qu’on ne peut pas être entre les deux : on est forcément d’un côté ou de l’autre du tranchant de la lame. Car la doctrine de Jésus va trancher entre deux attitudes et ainsi séparer deux camps : ceux qui décident de le suivre ; ceux qui s’y refusent. Cela n’a évidemment absolument rien à voir avec un quelconque appel à la guerre.

Mais Jésus sait que ce choix qu’il contraint l’homme à faire, en réalité celui du bien ou celui du mal, va troubler profondément les hommes, les diviser, y compris au sein des familles, et rompre la paix hypocrite qui leur permet dans leur cœur de vivre de façon « confortable », ainsi que Luc (12, 51 à 53) l’indique : « Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division. Désormais en effet, dans une maison de cinq personnes, on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois : on sera divisé, père contre fils et fils contre père, mère contre sa fille et fille contre sa mère, belle-mère contre sa bru et bru contre sa belle-mère. »

  • Conclusion

Alors même que Tareq Oubrou explique avec force passages qu’il faut « contextualiser » et « interpréter » la violence indiscutable de Mahomet, il essaie de faire de Jésus un prophète lui aussi de guerre, en contradiction la plus formelle avec l’histoire du Christ et les textes évangéliques qu’il ne prend même pas la peine de lire littéralement et correctement. C’est assez effarant.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (14) Le musulman a le droit de frapper sa femme désobéissante, ou « Mahomet contre Allah ? »

  •  Problématique

S’il est bien une des dispositions illustrant les facettes archaïques de l’islam, c’est bien le droit donné par le Coran au musulman de frapper sa femme. Rappelons de quoi il s’agit :

Sourate 4, verset 34. (…). Quant à celles [de vos femmes] dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous de leur lit et frappez-les. Si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez plus querelle. Allah est auguste et grand !

Ce texte, particulièrement simple et clair, reflète tout simplement les mœurs du temps, comme il l’a fait plus généralement pour le statut de la femme (polygamie, répudiation, héritage, obligations sexuelles dans la vie de couple, etc.). Souvenons-nous que les femmes n’étaient guère considérées dans l’Arabie du VIIème siècle – ce qui n’empêchait pas certaines, comme Khadija, la 1ère femme de Mahomet, de sortir du lot – et que les petites filles étaient parfois enterrées vivantes à la naissance (Mahomet s’étant néanmoins opposé à cette abominable pratique).

Le Coran ne conditionne ce verset à aucun autre. Sans aller jusqu’à interdire au mari de frapper sa femme, ce qu’il n’a pas fait, le Coran aurait pu du moins ne pas se prononcer sur la question en laissant l’homme au prise avec sa conscience pour répondre à cette question éthique dont la solution est évidente dès lors qu’on considère que l’homme et la femme sont également dignes. Mais il s’avère que c’est le contraire qu’il prône : le Coran légifère et autorise en effet formellement par ce verset le musulman à frapper sa femme en cas de besoin.

Évidemment, il devient assez difficile dans ces conditions d’expliquer que l’islam est une religion compatible avec le statut de la femme dans le monde occidental. Voyons donc comment Tareq Oubrou tente de renverser la vapeur.

  • Pas de remise en cause de l’authenticité de ce verset

La première chose à remarquer est que Tareq Oubrou fait preuve de réalisme et ne tente pas de contester l’authenticité de ce verset car c’est absolument impossible. De même, il ne mentionne pas un hypothétique problème de traduction car ce texte est très clair en arabe si l’on en juge par les traductions figurant dans les différentes versions du Coran. Ainsi, pour la punition, on trouve par exemple : « frappez-les » chez Denise Masson ; « frappez-les » chez Régis Blachère ; « frappez-les » dans le Coran assabile ; « battez-les » chez André Chouraqui ; « battez-les » chez Kasimirski ; « battez-les » chez Hamidullah.

  • L’argument habituel : la contextualisation

En revanche, Tareq Oubrou a recours à l’argument habituel de la contextualisation au regard des mœurs du VIIème siècle : « Le verset 4 de la sourate 34 se réfère à une situation et s’adresse à un public spécifique qu’il convient de préciser, toute exégèse sérieuse consistant à chercher à comprendre le texte d’abord dans son univers originel. »

Comme toujours, on reste perplexe face à l’argument de la contextualisation, sachant qu’il s’agit prétendument de la parole d’Allah délivrée au dernier des prophètes.

Tareq Oubrou poursuit : « En premier lieu, il cible les Mecquois et non les Médinois, lesquels, de par leur culture, étaient dociles à l’égard de leurs femmes comme l’explique Omar, deuxième calife, qui était un Mecquois. »

D’où Tareq Oubrou tient-il que ce texte ne s’adresse qu’aux Mecquois ? Quoiqu’il en soit,  ce verset n’ayant fait l’objet d’aucune abrogation ultérieure, il est par conséquent valable pour tous les hommes ; il est universel.

Quant aux textes auxquels Tareq Oubrou fait référence sans le dire précisément et qui feraient état des différences de mœurs entre Mecquois et Médinois vis-à-vis de leurs femmes, il serait intéressant d’en prendre connaissance ; mais de toutes les façons, ils ne changeraient rien au fond du problème.

  • Mahomet est en désaccord avec Allah !

Tareq Oubrou prétend que Mahomet n’a jamais frappé une de ses multiples femmes (rappelons qu’il en a eu jusqu’à neuf en même temps, soit bien plus que les quatre autorisées par lui-même dans le Coran) : « Le Prophète, qui est pour tout musulman un exemple à suivre, n’a jamais levé sa main sur l’une de ses épouses. (Muslim n°2328) »

En réalité, personne n’en sait rien, y compris Aïcha, car il aurait fallu être avec lui à chaque instant, même quand il copulait. Si Mahomet a frappé une de ses femmes dans le secret de son foyer, en étant seul avec elle, qui peut le savoir si elle n’en a pas fait état ? Ce qui est sûr, que le fait ait eu lieu ou pas, c’est qu’il n’a pas été rapporté. Cet argument n’est donc pas rigoureux et ne prouve rien.

Ce qui est beaucoup plus important est ce que Mahomet recommande à ses partisans. Tareq Oubrou écrit : « Le Prophète a prononcé des paroles plus fermes qui dénoncent cette violence et considèrent que l’homme violent à l’égard de sa femme n’est ni noble ni digne de respect. »

Il est vrai que si les coups font partie de la panoplie à la disposition du mari, un mari intelligent évitera d’en faire usage car la force ne réduit pas l’inimitié mais au contraire la fait généralement croître (hormis dans le cas du moins de certains plaisirs dont les mœurs modernes semblent parfois friandes).

Yusuf Qaradawi apporte les précisions suivantes : « L’imam al-Hafiz Ibn Hajar a dit : « Il y a dans ces paroles du Prophète « Jamais les meilleurs d’entre vous ne frappent leurs femmes » une preuve qu’il est globalement permis de les frapper pour les corriger, si le mari voit chez elle quelque chose qu’il n’aime pas dans sa façon d’accomplir son devoir d’obéissance envers lui. S’il se contente de la menacer ou de lui faire des remontrances, cela est préférable toutes les fois qu’on peut atteindre son but par la suggestion sans recourir aux actes, car cela détériore la bonne entente qui doit régner dans la vie conjugale. Maintenant, s’il s’agit d’une affaire où il y a désobéissance envers Dieu, il doit la frapper. »

Tareq Oubrou ajoute par ailleurs : « Un autre hadith (ce hadith interdit au mari de fouetter sa femme comme il fouetterait son esclave pour venir ensuite coucher avec elle le soir) bannit cette violence sans réserve ni hésitation, ce qui indique qu’il y a bien eu une intention de l’interdire radicalement. »

Il s’agit en effet du hadith (Bukhari) suivant : « Abdallah Ibn Zama rapporte que le Prophète a dit : « Qu’aucun de vous ne fouette sa femme comme on fouette un esclave alors qu’à la fin du jour il coïtera (peut-être) avec elle ». » C’est un propos de bon sens : le fait de battre sa femme l’indisposera probablement plus, voire la rendra inapte à la copulation. Mais difficile d’y voir une interdiction de la violence « sans réserve ni hésitation ». Ce qui est banni est la violence excessive qui rendrait la femme inapte à satisfaire l’ardeur sexuelle de son mari comme la Tradition musulmane lui en fait l’obligation morale.

Alors qu’il était si simple et si facile pour Mahomet d’interdire clairement de frapper sa femme, il a en réalité entériné moralement et juridiquement ce droit – sans l’encadrer de façon précise – parce qu’il ne pouvait contrevenir aux mœurs de l’époque sans prendre un énorme risque politique : celui de se mettre à dos de futurs potentiels partisans.

On comprend alors mieux des hadiths parfois cités comme (Ibn Majah) : « Ash’ath bin Qais a dit : « J’étais l’hôte d’Omar une nuit et, dans le milieu de la nuit, il alla vers sa femme et la battit ; je les séparai. Quand je retournai me coucher, il me dit : « Ô Ash’ath, apprends de moi quelque chose que j’ai entendu du messager d’Allah : « Un homme ne devrait pas être interrogé sur la raison pour laquelle il bat sa femme. »  » » (Ibn Majah, cela étant hadith « hasan » et non « sahih ») ; ou encore (Abu Dawud) : « « Omar ibn al-Khattab a dit : « Le prophète a dit : « On ne demandera pas à un homme pourquoi il bat sa femme » » ».

Vouloir démontrer que Mahomet était opposé par principe au fait de battre sa femme est 1) une absurdité, puisqu’il a dit le contraire dans le Coran ; 2) ou un blasphème, puisque c’est dire que Mahomet s’opposait en réalité à la volonté d’Allah inscrite dans le Coran.

  • Comment frapper sa femme ?

Comme le droit coranique de battre sa femme est indubitable, Tareq Oubrou tente ensuite de minimiser l’horreur de la chose à partir de la Tradition : « Le geste physique, lui-même relativisé et atténué par des hadiths qui parlent d’expression maîtrisée de la colère, doit être avant tout symbolique et ne doit pas faire mal. (Muslim n°1218) » Que veut dire avec les mœurs du VIIème siècle en Arabie « une expression maîtrisée de la colère » ?

Quant au hadith 1218 de Muslim, contrairement à ce que dit Tareq Oubrou, il ne dit pas que la punition doit être « symbolique » mais il dit que les femmes ne doivent pas être battues trop sévèrement et que l’homme doit leur donner à manger et les vêtir. Ce hadith fait référence au pèlerinage d’adieu de Mahomet (peu avant sa mort) dans des termes similaires à ceux qu’on retrouve dans la biographie de Mahomet (Sîra d’Ibn Hîcham) : « Musulmans, vos épouses ne doivent point commettre d’action gravement honteuse. Si elles le font, Dieu vous donne l’autorisation de les mettre en quarantaine et de les battre, sans trop d’excès. Si elles renoncent à leurs mauvaises actions, elles auront le droit à la nourriture et au vêtement selon l’usage. »

Sur ce point délicat, les imams sont venus ensuite tenter de préciser ce qui paraissait convenable. Yusuf Qaradawi résume : « Il n’est pas permis à l’homme de frapper sa femme au visage car cela est une humiliation à la dignité humaine et c’est aussi un danger pour cette partie du corps qui regroupe les principaux traits de beauté du corps. S’il est permis au musulman, en cas de nécessité, de corriger sa femme lorsqu’elle se montre fière et rebelle, il ne lui est pas permis de la frapper durement, surtout au visage ou aux endroits vitaux. » La signification de « durement » est laissé à l’appréciation de chacun, en fonction de son tempérament : c’est dire que l’éventail est assez large…

La jurisprudence malikite, jurisprudence de référence des Maghrébins – rappelons-le –, indique les modalités du dédommagement payé à la femme en cas de blessure : « Mâlik a rapporté qu’il a entendu dire Ibn Chihab dire : « Il est de la Sunna qu’un homme causant une blessure à sa femme lui paie la diya [indemnité] correspondante à cette blessure, sans qu’il soit soumis à la peine prescrite. » Mâlik a dit aussi : « Or, il n’en est de tel qu’au cas où cette blessure est involontairement causée par l’homme qui a frappé sa femme avec un fouet et lui a crevé un œil par exemple. » » : ce qui laisse entendre que l’homme qui fouette sa femme n’est pas une situation exceptionnelle. Dont acte.

  • Conclusion

L’argumentaire de Tareq Oubrou a au moins une qualité : celle d’être divertissant. Il patauge dans les contradictions et les incohérences de façon assez pathétique au point qu’on se demande jusqu’où cela peut aller.

Tariq Ramadan de son côté est pris dans le même réseau de contradictions mais il a au moins l’intelligence d’en prendre acte pour tenter de les dépasser sans trop tergiverser puisqu’il écrit : « 1) Oui, il existe des textes (un verset, donc des traditions prophétiques) qui se réfèrent au fait de frapper son épouse ; je les cite puisque ce sont les textes que les musulmans lisent et citent. 2) Voici quelles sont les interprétations qui ont été proposées, des plus littéralistes – qui justifient le fait de frapper son épouse au nom de Coran – aux plus réformistes – qui lisent ce verset à la lumière du message global, et qui contextualisent le verset et les traditions prophétiques en tenant également compte de leur chronologie. 3) À la lumière de ces interprétations et en considérant l’exemple du prophète qui n’a jamais frappé une femme, j’affirme que la violence conjugale est contraire aux enseignements islamiques et que l’on doit condamner ces agissements. »

Quoique cette conclusion au regard des enseignements islamiques soit loin d’être juste, on ne peut que s’accorder avec Tariq Ramadan que la violence conjugale est odieuse et moralement condamnable, en particulier au regard des valeurs occidentales. Il n’en demeure pas moins, de quelque façon qu’on tourne le problème, que l’islam reste incontestablement une religion qui autorise par son texte le plus sacré un homme à frapper sa femme s’il craint sa désobéissance : la miséricorde d’Allah est décidément bien mystérieuse !

La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (4) La violence est intrinsèque à l’homme

  • Problématique

La violence des fondements de l’islam étant incontournable, Mahomet en ayant fait un usage fréquent – voire systématique – pour se débarrasser de ses ennemis, les islamologues s’épuisent à tenter de la justifier afin de résoudre la contradiction soulevée avec la prétention de l’islam à être une religion d’amour et de paix. Les arguments tombant les uns après les autres, vient alors celui, pseudo-psychanalytique, du caractère inéluctable de la violence en toute chose humaine.

  • Argument : la violence est innée à la chose humaine

Ainsi, selon un islamologue présent sur le plateau de France 2 : « Toute fondation passe par la violence » ; « La violence au fondement, elle est là, elle est présente » ; « La violence au fondement, elle existe toujours ».

France 2 Islam 161204 Islam & Violence 1 Extrait 6

Il est assez étonnant de voir cet islamologue ne faire aucune distinction entre le politique et le religieux dans son analyse : cela étant, Mahomet ayant fait de la politique en s’appuyant sur un prétexte religieux, on comprend mieux pourquoi. En politique internationale, s’agissant le plus souvent de lutte de pouvoirs à des fins de domination, la violence est effectivement souvent de mise. Mais pourquoi considérer qu’il en est de même avec la religion ?

Quant au propos : « Il faut distinguer entre l’islam et les musulmans. Ce sont deux ordres de réalité très différents. », il est absolument stupéfiant. En gros : l’islam est une religion d’amour et de paix et n’est pas responsable de tous les actes de violence que les musulmans commettent en son nom, alors même qu’ils revendiquent eux-mêmes mettre en application les textes sacrés de l’islam !

  • Argument : au regard de la violence religieuse, l’islam n’est pas un cas particulier

Laissons déjà de côté le bouddhisme, religion dont la doctrine pacifique par excellence fait déjà mentir ceux qui prétendent que la violence serait consubstantielle à la religion, et concentrons-nous sur les deux autres religions monothéistes.

Au-delà du caractère conjoncturel de la violence (« La violence est toujours conjoncturelle et relationnelle »), ce qui ne veut pas dire grand-chose, l’intervenant affirme : « Il n’y a pas de spécificité islamique en matière de violence ou de toute autre chose. Cette violence est contenue également dans les textes fondateurs du judaïsme comme du christianisme. »

France 2 Islam 161204 Islam & Violence 1 Extrait 7

S’il y a une violence dans l’Ancien Testament liée aux fondements du judaïsme, il s’agit soit d’une violence historique, soit d’une violence symbolique. Depuis 2000 ans, on n’a guère vu de juifs faire la guerre à d’autres peuples en brandissant la Torah ! Alors que le terrorisme musulman se déploie encore aujourd’hui au nom d’« Allah Akbar ».

Quant au propos sur le christianisme, c’est tout simplement un MENSONGE. Les fondements du christianisme ne contiennent aucune violence, bien au contraire : le Christ n’a jamais édifié une armée ; il a refusé qu’on le défende ; il s’est laissé crucifier. Jamais aucune violence n’est prônée sur terre et la violence de certaines paraboles figurant l’au-delà ou le jugement dernier est purement symbolique. Que les chrétiens se soient ensuite dans le cours de l’histoire éloignés de la doctrine pacifique du Christ jusqu’à parfois faire le contraire est une déviance politique qui n’a aucune justification dans les Évangiles.

Il faut donc le marteler : il y a bien une spécificité musulmane dans le rapport à la violence, violence qui s’étale dans une multitude de versets du Coran, de hadiths et de passages de la biographie de Mahomet. La violence et le terrorisme musulman que nous connaissons aujourd’hui ne sont pas un hasard.

  • Conclusion

La violence en islam ne serait pas une spécificité ? Magnifique illustration du pur déni de réalité.

Cette affirmation est tellement mensongère qu’un des intervenants constate implicitement avec embarras qu’il est bien incapable d’expliquer la violence musulmane sans remettre en cause la doctrine même de l’islam puisque toutes les explications qui tentent d’exonérer la doctrine ne donnent rien. Comme il dit : « Il faut interroger les causes »… Sans compter que l’omniprésence de la violence au sein même du monde musulman entre communautés qui se haïssent parfois depuis des siècles est la preuve flagrante de la présence de la violence dans les racines mêmes de l’islam.

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La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (2) Mahomet était schizophrène

  • Problématique

La présence irréfutable de la violence dans la conquête du pouvoir par Mahomet est d’une évidence telle dans les textes sacrés de l’islam que le déni de réalité, possible face à un interlocuteur ignorant, devient intenable face à quelqu’un qui a pris la peine de lire ces textes. Face à ce constat, les islamologues musulmans ont développé une théorie invraisemblable et dont l’absurdité ne semble même plus les étonner eux-mêmes, que j’appelle la théorie du Mahomet schizophrène.

  • Argument : Mahomet était schizophrène

Selon cette théorie, Mahomet serait en réalité composé de deux personnes, sorte de docteur Jekyll et mister Hyde, conception qui a le grand avantage d’autoriser la dichotomie de la responsabilité morale : le Mahomet « gentil », apôtre de paix, et le Mahomet « violent », chef de guerre sanguinaire d’une fédération de tribus arabes. Ainsi, seul le Mahomet « gentil » serait le vrai Mahomet, le Mahomet « violent » n’étant que la conséquence de la nécessité d’être le chef d’un État naissant. Cette thèse récurrente est bien résumée dans l’émission France 2 Islam du 4 décembre 2016 :

France 2 Islam 161204 Islam et Violence 1 Extrait 2

Ainsi, l’intervenant dit : « Je distingue entre le prophète qui inspirait, qui va parler au nom de Dieu, à partir de Dieu – ça, c’est une chose – et celui qui va être un chef, un fondateur d’une cité et qui va se heurter à des ennemis et qui va les combattre. » Il faut bien comprendre que cet argument est totalement absurde : c’est comme si on disait qu’Hitler était un brave homme et que seule une malheureuse obsession – dont il ne serait pas responsable – l’a conduit à exterminer quelques millions de personnes ; car, remarquons-le bien, tout autant que Mahomet, Hitler pensait être guidé par une influence divine.

Or il faut bien comprendre que cet argument, qui va notamment venir alimenter toute la thèse de la « contextualisation », est absolument FONDAMENTAL pour la survie de l’idéologie musulmane, car c’est le seul rempart, face à la clarté des textes musulmans, qui empêche la déconstruction inéluctable de l’islam. Sans cet argument, les contradictions aveuglantes entre la prétention à la spiritualité (d’amour et de paix) et les faits « historiques » violents (tels que les textes musulmans eux-mêmes les relatent) font voler en éclat la prétention de l’islam à se hisser du rang d’idéologie de pouvoir guerrière comme l’histoire en a beaucoup connu à celui de véritable spiritualité.

Alors, effectivement, la contradiction qui vient immédiatement en tête est celle liée aux exemples de Bouddha, Jésus ou Gandhi : eux ont toujours prêché la non-violence. Pourquoi eux l’ont fait et pas Mahomet ? Réponse stupéfiante de l’intervenant, mais représentative de l’argumentaire traditionnel de l’islam quand il est acculé dans sa propre impasse : ce n’est pas le même cas ! : « Alors bien sûr il existe aussi des prophètes qui sont seulement des prophètes, et que des prophètes, et là, ils n’ont que le maniement de la parole. Mais là nous sommes dans un cas où il y a à la fois le prophète et le législateur etc. Et donc ces deux fonctions, ce sont des fonctions qui vont se mêler et donner lieu en effet à des moments de violence qu’il faut reconnaître et qu’il faut contextualiser. »

  • Conclusion

En réalité, il faut bien comprendre que dans la bouche de l’islam, « contextualiser » veut dire « excuser la violence » via une rationalisation qui transforme la violence (indubitable) en nécessité.

Pourtant, la solution à tout cet imbroglio est beaucoup plus simple : Mahomet, qui était probablement un « illuminé » (Le Robert : « esprit chimérique qui ne doute pas de ses inspirations »), a conquis le pouvoir par la guerre sous couvert de spiritualité en copiant la religion juive (car il est bien difficile de distinguer ce que l’islam apporte de réellement nouveau au judaïsme d’un point de vue religieux).

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (10) Le Coran créé ou incréé : un débat profond, mais qui paraît tout aussi incompréhensible et byzantin que celui de l’abrogation

  • Problématique

Si le contenu de la « théologie » musulmane semble pauvre au point que Tariq Ramadan va jusqu’à écrire « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur », il est néanmoins un débat doctrinal qui a marqué l’histoire de l’islam, à savoir le fait de déterminer si le Coran est un texte créé ou incréé.

La nature de cette question peut laisser perplexe les esprits raisonnables : il s’agit en effet, semble-t-il, de déterminer si le texte du Coran faisant l’objet de la révélation a existé de tout temps auprès d’Allah (préservé sur une tablette), ou s’il a été créé à l’occasion de la révélation. À première vue, cette question est assez peu compréhensible : à supposer que « incréé » veuille dire « éternel depuis le commencement des temps » (s’il y a eu un commencement…), qu’est-ce que cela changerait par rapport à une création intervenue à une époque historiquement datée puisque, dans les deux cas, c’est la volonté d’Allah qui s’exprime ? Or on n’imagine pas qu’Allah change d’avis comme les hommes, ces créatures versatiles. Et puis on peut se demander alors qui a écrit le texte du Coran sur la tablette.

Pourtant, les grands esprits musulmans ont beaucoup glosé sur cette question, rejoignant en cela les plus grandes extravagances des casuistes juifs ou chrétiens, mais avec des conséquences intéressantes en matière de signification du texte coranique même si le raisonnement peut paraître assez alambiqué et surréaliste.

  • Perspective historique

La question créé/incréé a en effet divisé l’islam dans les premiers siècles après la mort de Mahomet en deux courants opposés, le mutazilisme et l’asharisme, qui se sont déchirés sur les principes d’interprétation du texte coranique.

L’analyse de Michel Onfray est la suivante : « Tout commence avec un problème qui a donné lieu, dans la philosophie musulmane, à d’abondants débats : le Coran a-t-il été créé (thèse mutazilite) ou incréé (thèse asharite) ? Tout découle de la réponse qu’on donne à cette question. Si le Coran a été créé, il l’a été par des hommes qui, même inspirés par Dieu, ont pu se tromper car l’erreur est humaine. S’il ne l’a pas été, c’est qu’il est directement la parole de Dieu ; dès lors, il est vérité absolue et chaque virgule est volonté de Dieu. »

Cette analyse est erronée car dans tous les cas le statut de parole d’Allah n’est pas remis en cause et donc il ne peut pas y avoir d’erreur. La notion d’erreur est par nature impensable s’agissant de la parole d’Allah. Ce qui peut être discuté en revanche est la signification qu’en donnent les hommes en utilisant le seul outil dont ils se trouvent dotés : la raison.

Cuypers & Gobillot écrivent à ce propos : « Avec le mutazilisme, aux VIIIème-IXème siècles, fut franchi un pas important vers une approche critique du Coran, en faisant de la raison le critère ultime de vérité, en théologie comme en exégèse. Cette période fut agitée par un débat théologique crucial : le Coran est-il créé ou incréé ? Optant pour la première solution, les mutazilites libérèrent du même coup la réflexion rationnelle sur le Coran, notamment pour résoudre ses contradictions apparentes sur la prédestination et le libre arbitre, ainsi que les anthropomorphismes. Un court moment triomphant sous le calife al-Mamûn (mort en 833) et ses deux successeurs immédiats, al-Mutasim et al-Wathiq, qui l’imposèrent comme doctrine officielle, le mutazilisme se vit radicalement banni sous le calife al-Mutawakkil (mort en 861), en faveur de la doctrine dite de la Sunna. Ses idées survécurent cependant dans le chiisme imamite et dans le zaydisme, au Yémen, où l’on retrouva, dans les années 1950, nombre d’ouvrage mutazilites que l’on croyait disparus. Le bannissement du mutazilisme de l’enseignement officiel et sa progressive extinction dans l’islam sunnite représentent, aux yeux de beaucoup d’intellectuels musulmans d’aujourd’hui, une catastrophe culturelle aux conséquences incalculables. »

  • Le mutazilisme : pour aller plus loin dans la compréhension

Les lecteurs peuvent s’ils le souhaitent sauter cette section assez « technique » et relative à la nature du mutazilisme, même si elle me semble offrir une compréhension particulièrement claire de ce courant religieux. Je ne fais que reprendre ici les explications fournies dans le livre passionnant de Sylvain Gougenheim « Aristote au mont saint Michel » (Éd. Seuil), consacrée aux racines grecques de l’Europe chrétienne, et qu’on ne peut que recommander à tous de lire.

« Le mouvement des « mu’tazila » apparaît au début du VIIème siècle de notre ère, sous les Umayyades et s’épanouit sous la califat d’Al-Mamûn, devenant même religion officielle en 827. Il le demeura sous ses deux successeurs (…). L’épisode mu’tazilite fut toutefois de courte durée. (…) Aux Xème et XIème siècles, le mu’tazilisme retrouva un second souffle, sous la protection des émirs chiites Bouyides. C’est alors que vécut et enseigna le dernier de leurs théologiens, Abd-al-Jabbar. (…)

Le terme de « mu’tazila » dérive du terme « it’azala » qui signifie « mettre côté, s’éloigner ». (…) Au fondement du mouvement mu’tazilite s’inscrit une revendication de stricte orthodoxie islamique. Leurs adversaires sunnites ont déformé le sens du terme en proclamant que la mu’tazila consistait à se séparer non du faux, mais de l’orthodoxie : les mu’tazilites passaient ainsi pour des hérétiques. (…)

Les mu’tazilites se revendiquaient comme de parfaits monothéistes : la croyance en l’unicité de Dieu est au cœur de leur démarche, ce qui les conduit à refuser toute ressemblance entre le divin et l’homme et, par conséquent, à les dissocier totalement. Ils acceptent donc l’idée de libre arbitre. L’homme est créateur, et ainsi, responsable de ses propres actes : tel l’a voulu Dieu. (…)

La position la plus radicale divine, celle des mu’tazilites, consistait à rejeter l’idée d’un Coran incréé. Cette croyance reposait pourtant sur les versets du Coran proclamant que, aux côtés d’Allah, trônait la « Mère du Livre », dont le contenu, révélé par l’archange Gabriel à Mahomet, fut mis par écrit dans le Coran. Les mu’tazilites y voyaient le risque du grave péché d’associationnisme : admettre l’existence de la Mère du Livre ne revenait-il pas à poser l’existence d’une deuxième Dieu ? (…) L’unicité absolue d’un Dieu purifié de toute association extérieure amène à refuser l’éternité au Coran, par crainte de donner à la parole de Dieu une éternité qui n’appartient qu’à ce dernier – on retrouve là un débat classique du « kâlam ». Le Coran est « la parole de Dieu et sa révélation ; il est engendré et créé ». Cette conception conduit aussi les mu’tazilites à dénier tout attribut à Allah, y compris les célèbres « quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu » qui leur paraissent autant de concessions à l’idolâtrie. 

Contrairement à ce qui est parfois affirmé, le mu’tazilisme ne semble guère avoir été influencé par la philosophie grecque. (…) Il apparaît au début du VIIIème siècle, donc avant les traductions effectuées par les Syriaques [traducteurs chrétiens d’Orient, le plus célèbre étant Hunayn Ibn Ishaq (803-873)]. (…) Ils accordent toutefois une place importante à la raison : cette faculté est à leurs yeux la seule qui permette à l’homme d’exercer son libre arbitre, de discerner le bien du mal et, finalement, de connaître Dieu. (…)

La raison apparaît au service de la révélation coranique, qui est révélation d’une vérité naturelle et intemporelle. Si la raison contredit le Coran, elle sort de la nature, du domaine du libre arbitre et de la responsabilité, elle quitte le monde de la morale ; elle devient déraisonnable, et s’autodétruit. Par conséquent la raison n’est elle-même qu’en étant fidèle à la révélation. (…)

On comprend donc que les mu’tazilites ne s’opposèrent pas au dogme d’un Coran incréé par réaction rationaliste, au sens occidental du terme, mais par piété. On se tromperait en voyant en eux des théologiens « thomistes » avant la lettre, des annonciateurs du rationalisme cartésien, voire des libres penseurs. Eux-mêmes se voulurent toujours parfaitement fidèles à la lettre du Coran. »

  • La position de bon sens de Tareq Oubrou

La position de Tareq Oubrou paraîtra de bon sens à un grand nombre de lecteurs raisonnables, mais paraîtra peut-être simpliste pour les experts de l’islam car elle fait fi de la complexité dogmatique de tous les débats antérieurs, à savoir : il n’y a probablement pas grand-chose de déterminant dans ce débat pour l’homme de la rue. Inutile de trop s’y attarder.

Tareq Oubrou écrit en effet : « Tous les théologiens admettent que le Coran vient de Dieu, abstraction faite des modalités métaphysiques de la révélation, qui diffèrent selon les doctrines. Aussi, historiquement, le fait d’adhérer au dogme du Coran incréé ou à celui du Coran créé n’a eu aucune incidence particulière sur l’interprétation qui en était faite. »

  • Le lien avec la question de l’abrogation

Si ce débat peut paraître ainsi fondamentalement assez abscons, il est intéressant de noter qu’il s’insère dans une problématique plus large sur l’intemporalité de la volonté divine, avec un lien direct touchant à une autre question également assez obscure soulevée par l’islam : la question de l’abrogation (puisque le Coran précise clairement qu’Allah peut abroger des versets pour les remplacer par d’autres). La grande question est alors en effet : Allah a-t-il changé d’avis ? Et si le Coran est incréé, faut-il en conclure que les contradictions du texte coranique – correspondant aux changements d’avis d’Allah – étaient prévues de toute éternité dans ce texte ? Délires insondables de la raison humaine…

Dans le dictionnaire encyclopédique du Coran publié sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi, on lit à propos de cette question vertigineuse : « La possibilité même de l’abrogation ne va pas sans poser un problème critique de nature théologique au sein de la doctrine la plus répandue en islam sunnite. Dans le cadre du mutazilisme, qui est une doctrine minoritaire, ce problème n’existe pas. Pour les mutazilites, le principe qui est au fondement de l’institution de la chari’a est « l’intérêt de la création » et, dans cette perspective, l’idée que les choses de la Loi révélée puissent fluctuer est naturelle. (…) Selon le courant théologique majoritaire en islam sunnite, l’ash’arisme, l’idée qu’un changement puisse affecter la loi révélée dans le Coran est immédiatement problématique parce que, dans cette perspective, ce dernier rend compte de la volonté divine en son ultime version et cette volonté est conçue comme souveraine – elle dit ce qu’est le bien et le mal en la version définitive de ces notions –, immuable et non inscrite dans le temps (le Coran, en islam, est considéré comme la dernière des révélations et clôt le cycle de la révélation). Ici, la volonté divine est difficilement conciliable avec les intérêts changeant de la création, ou, plus simplement, avec le changement en tant que tel. (…) Le changement, diront les savants sunnites, a été prévu par Dieu de toute éternité. Il a dès le départ prévu qu’il abrogerait tel de ses commandements à la faveur d’un autre. Cette explication toutefois est bâtarde et ne peut satisfaire personne. Des savants ash’arites, Ibn Barhân par exemple, ont clairement exprimé leur désarroi face à la question de l’abrogation : si le Coran est transhistorique, s’il est, comme Dieu, incréé, il est foncièrement impossible de se représenter qu’il soit changeant. »

Toutes ces questions ne peuvent pas avoir de réponse puisque tous les plus extravagants raisonnements philosophico-religieux sont possibles. Surtout, quel peut bien être l’intérêt de se poser de telles questions, aussi ésotériques ?

  • Conclusion

La réflexion autour de questions comme le créé/incréé ou l’abrogation sont à l’origine de disputes sur le caractère interprétable du Coran qui ont marqué durablement l’islam et ont abouti à des « clôtures dogmatiques » selon la terminologie de Mohammed Arkoun.

Ces discussions byzantines sont aujourd’hui à la source d’un immense paradoxe : au moment où certains musulmans voudraient relativiser le sens et la portée du Coran pour proposer un modèle de société moderne qui sorte le monde musulman de l’obscurantisme, une immense vague d’orthodoxie religieuse (financée par le pétrole) s’est emparée au XXème siècle et encore plus vigoureusement qu’auparavant de ce monde musulman, faisant du Coran un texte « intouchable » dont le caractère sacré interdit toute évolution, relativisation ou simple critique.

Toutes les incohérences, contradictions et anachronismes du Coran apparaissent ainsi de plus en plus au grand jour du fait notamment de la vulgarisation de la connaissance permise par la puissance des outils de communication modernes, mais outils qui sont également utilisés par d’autres pour raviver la flamme du fanatisme identitaire dans le cœur de tous ceux qui ne supportent pas les « affronts » faits à la sacralité des textes de l’islam, pourtant production humaine comme les autres, et auxquels ils cherchent à mettre un terme par la force et la violence.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (9) La prétendue égalité de l’homme et de la femme en islam

  • Problématique

Face aux sociétés occidentales où les femmes ont acquis progressivement de nouveaux droits et continuent à se battre pour mettre fin à toutes les inégalités en droit ou en fait vis-à-vis des hommes, le statut de la femme en islam pose évidemment un énorme problème puisqu’il est fondamentalement incompatible avec les valeurs occidentales d’aujourd’hui en raison de l’inégalité fondamentale qu’il postule.

Ainsi, Rémi Brague écrit : « Entre l’homme et la femme, l’inégalité est nette : « les hommes ont autorité sur les femmes du fait qu’Allah a préféré certains d’entre vous à certains autres. » (sourate 4, verset 34) Rien là d’exceptionnel par rapport à la vulgate morale antique, qu’exprime par exemple saint Paul. »

Ce traitement discriminatoire de la femme fait partie des fondamentaux structurels de la culture musulmane. Rappelons le diagnostic lucide et clair que portait Malek Chebel : « Répudiation, polygamie, mariages forcés (et surtout mariages précoces à onze ou treize ans), rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects – flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. »

Voyons donc les arguments avancés par Tareq Oubrou pour tenter de résoudre ce problème insoluble.

  • L’égalité originelle

Tareq Oubrou défend la thèse de l’égalité originelle de l’homme et de la femme au regard d’Allah : « En islam, la théologie ne donne aucun privilège symbolique à l’homme aux dépens de la femme, alors que, dans le christianisme, l’incarnation de Dieu en l’homme pourrait laisser penser le contraire. »

On peut déjà être assez surpris, dans ce débat sur l’islam, de l’irruption soudaine du christianisme. Même si saint Paul a gardé de sa judéité originelle une perception parfois peu valorisante de la femme au regard de l’homme comme l’indique Rémi Brague (cf. ci-dessus), recourir à l’incarnation dans un homme pour tenter de justifier une prétendue supériorité de l’islam sur le christianisme relève du pur charlatanisme, sans compter qu’on pourrait tout aussi bien dire la même chose pour Mahomet… Donc laissons-là cette suggestion délirante, qui vise à faire diversion, et passons à la suite.

Pour Tareq Oubrou : « Dans le Coran, l’être adamique primordial serait sexuellement amorphe et anatomiquement ambivalent. Il contiendrait déjà les deux genres. Asexué, à l’image de Dieu, il aurait ensuite donné deux êtres sexués par une sorte de « mutation génétique » ou de « fissiparité différenciée ». L’homme et la femme sont issus d’une même nature dit le Coran (sourate 4, verset 1 ; sourate 6, verset 98 ; sourate 7, verset 189 ; sourate 39, verset 6), mais constituent deux entités sexuellement complémentaires. »

Voici les versets mentionnés :

Sourate 4, verset 1. Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être, puis, de celui-ci, a créé une épouse (…)

Sourate 6, verset 98. C’est Lui qui vous a fait naître d’une personne unique (…)

Sourate 7, verset 189. C’est lui qui vous a créés d’un seul être, dont il a tiré son épouse (…)

Sourate 39, verset 6. Il vous a créés d’un seul être dont il a ensuite tiré son épouse. (…)

Il n’y a rien là de bien nouveau. Le Coran paraphrase et répète, en moins bien, la Genèse.

Genèse 2, 21 à 23. Alors Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : « Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée « femme », car elle fut tirée de l’homme, celle-ci ! »

Si l’homme et la femme ont une même nature originelle – qui les distingue des autres animaux –, la femme reste un « produit dérivé » de l’homme. Cela n’est nullement contradictoire avec une infériorité de la femme par rapport à l’homme ; au contraire, cela la justifie puisque l’homme est premier dans le temps par rapport à la femme dont elle est issue.

En réalité, la femme est considérée dans la mentalité musulmane comme un « bien » – certes supérieur aux autres (cheval, maison, etc.) – dont l’homme acquiert la disponibilité sexuelle par le mariage en versant le « mahr » (inverse de la dot à l’européenne : somme payée – sous forme d’argent ou d’autres biens – par le mari musulman à sa femme), condition sine qua non de tout mariage. Ainsi le Coran précise par exemple :

Sourate 3, verset 14. L’amour des biens, fausses apparences, est présenté aux hommes sous la forme de femmes, d’enfants, de trésors d’or et d’argent, de chevaux racés, de bétail et de terres cultivables : c’est là la jouissance de la vie présente alors que c’est auprès d’Allah qu’est le bon retour.

  • La règle du témoignage des femmes dans le Coran

Un cas intéressant que cite Tareq Oubrou est l’établissement par le Coran de l’inégalité des témoignages. Il écrit : « Certains croyants, mettant leur raison en veille, sous prétexte qu’il s’agit d’approcher le sacré, s’en tiennent au sens littéral et absolutisé du verset [Il s’agit du verset 282 de la sourate 2] indiquant que le témoignage de la femme équivaut à la moitié de celui de l’homme : « Faites témoigner deux témoins parmi vos hommes, sinon un homme et deux femmes parmi les témoins que vous estimez crédibles. Si l’une se trompe, l’autre lui rappellera. »

C’est un verset effectivement problématique pour la thèse de l’égalité homme-femme, aussi Tareq Oubrou tente-t-il d’en minimiser la portée en recourant à des arguments pour le moins étonnants et contradictoires : « Ce verset concerne les affaires, les transactions commerciales, les écritures de contrat, etc. il ne parle pas d’un problème de crédibilité morale inférieure de la femme, mais évoque la possibilité d’erreurs de mémoire. Tout d’abord, il faut souligner qu’il s’agit d’un verset non pas impératif, mais optionnel, d’où la nécessaire référence à la Sunna pour comprendre sa charge normative. Le Prophète ne l’a pas appliqué de son vivant. »

Il faudrait d’abord que Tareq Oubrou précise quand les versets sont optionnels ou pas, ce qu’il ne fait pas, et ce qui en réalité est assez normal car cette notion ne figure pas dans le Coran ; ou alors il faut nous dire où. Difficile en effet de concevoir la raison pour laquelle un verset du Coran serait optionnel.

Par ailleurs, Tareq Oubrou utilise l’argument étrange (qu’on retrouve dans d’autres circonstances) de la non-application par Mahomet car 1) cela ne prouve rien 2) si une disposition a été édictée par Mahomet, c’est bien pour être appliquée. Que diantre signifierait en effet le fait d’édicter une disposition en sous-entendant en même temps sa non-applicabilité ? Cela n’a aucun sens.

Tareq Oubrou poursuit : « Ensuite, la mémoire n’est pas uniquement une question neuroscientifique mais aussi sociologique. Selon les professions et les champs de compétences, la mémoire et/ou les processus de mémorisation ne sont pas identiques. Or le monde des affaires, cet univers dans lequel se concluent des contrats, était, à quelques exceptions près, exclusivement masculin. À ce titre, les femmes étaient les plus exposées à l’erreur que les hommes lorsqu’elles témoignaient dans ce domaine, du fait qu’elles ne maîtrisaient pas forcément son vocabulaire, ses protocoles et ses codes. »

À suivre Tareq Oubrou, l’intelligence des femmes était donc finalement en pratique limitée à l’époque à l’intelligence des choses du ménage ! De là à extrapoler jusqu’à aujourd’hui, il n’y a qu’un pas… Or Tareq Oubrou sait que la première épouse de Mahomet, Khadija, était une des commerçantes riches les plus en vue de La Mecque et gérait elle-même son commerce. Si les musulmans avaient voulu donner plus de place à la femme en considérant qu’elle se situait à égalité avec les hommes, ce n’était donc pas une question d’intelligence ni de mémoire, puisque celles qui avaient l’occasion de jouer des rôles importants y parvenaient semble-t-il très bien.

Tareq Oubrou fournit d’ailleurs lui-même un autre contre-exemple : « Omar, une fois devenu calife, a nommé Shifa inspectrice du marché de Médine, chargée de contrôler le bon déroulement des transactions et des contrats commerciaux. Personne n’a mis en doute ses compétences. »,

Pourtant, force est de constater que la place des femmes dans les instances de pouvoir n’a pour le moins jamais été une caractéristique visible de la culture musulmane, à la différence des États européens où rois et reines pouvaient se succéder, ou du moins avoir une place de tout premier plan. Pourquoi ? Parce qu’en dehors de quelques contre-exemples comme ceux ci-dessus, qui représentent en réalité des exceptions, la femme a toujours été considérée dans la culture musulmane comme un être inférieur par nature à l’homme et qui lui est subordonné.

Rémi Brague fait d’ailleurs remarquer sur un autre plan : « Contrairement à ce qui est fréquemment affirmé, il y a là [avec l’islam de Mahomet] recul par rapport à la situation d’avant l’islam. Ainsi, la façon dont Khadija a pris l’initiative en proposant le mariage à Mahomet témoigne d’une liberté de mœurs que la Révélation a désapprouvée. »

  • Que dit la Tradition (Sunna) ?

En dépit de cette démonstration doctrinale bancale fondée sur le Coran, Tareq Oubrou ne peut pas nier une difficulté évidente dont il prend acte : « À ce niveau métaphysique, donc, il y a une claire et évidente égalité spirituelle, intellectuelle et morale entre l’homme et la femme. Cela ne clôt toutefois pas la question, car le droit canonique issu du Coran et de la Sunna révèle, lui, des inégalités qui sont tout aussi évidentes. »  

Quand Tareq Oubrou pose la question : « Intellectuellement, la femme vaut-elle la moitié de l’homme ? Est-il vraiment besoin de convoquer les textes de l’islam et une herméneutique alambiquée pour réfuter une telle ineptie ? », il y répond avec évidence sur la base des valeurs de l’Occident et non des valeurs musulmanes. En effet, le problème est que Mahomet était semble-t-il très loin de cette prétendue évidence, comme l’illustrent quelques hadiths authentiques parmi d’autres :

Hadith (Bukhari) : D’après Abu Said al-Khudri, le Prophète a dit : « Le témoignage d’une femme n’est-il pas la moitié du témoignage d’un homme ? – Certes oui, répondîmes-nous. – Cela, reprit-il, tient à l’imperfection de son intelligence. »

Hadith (Bukhari) : Abdallah Ibn Umar a dit : « J’ai entendu le Prophète dire : « Ce n’est que dans trois choses que des influences funestes [la malchance] peuvent se faire sentir : la femme, le cheval et la maison. » »

Hadith (Bukhari) : Selon Usama Ibn Zayd, le Prophète a dit : « Je ne laisse après moi aucune cause de trouble plus funeste à l’homme que les femmes. »

Finalement, Tareq Oubrou, après avoir sans succès tenté de défendre l’idée de l’égalité originelle et absolue entre l’homme et la femme, se voit contraint d’admettre qu’en doctrine même et également en jurisprudence la situation est loin d’être claire.

  • La mémoire des femmes Compagnons de Mahomet

Pour redorer le blason des femmes dans la culture musulmane, Tareq Oubrou écrit : « Sur la question de la mémoire féminine, il est intéressant de rappeler ce qu’il en était à l’époque du Prophète. On dénombrait alors trente-deux compagnons qui connaissaient par cœur le Coran, parmi lesquels figuraient Aïcha, Hafsa, Hind, Umm Salama et Umm Waraqa. Personne n’a mis en doute la qualité de leur mémoire. »

Qui peut vérifier cette affirmation ? Personne. Les paroles de Mahomet étaient apprises ou notées par les témoins sur différents types de support et la recension de ces éléments épars n’a été faite qu’après la mort de Mahomet (1ère vulgate d’Othman) et différentes versions circuleront dans les premiers siècles. Difficile de savoir ce que les un(e)s et les autres savaient vraiment.

Tareq Oubrou ajoute : « Aïcha, épouse du Prophète, a rapporté à elle seule environ 2.210 paroles du Prophète. Aucun savant de l’islam n’a prétendu que ces hadiths ne seraient valides qu’une fois confirmés par une autre personne. (…) Un nombre considérable de hadiths ont été rapportés par une seule femme, disciple du Prophète, et font autorité sur toute la communauté musulmane. »

Or, si Aïcha a été en mesure de mémoriser 2.210 paroles (« hadiths) de Mahomet, cela signifie qu’elle a, pendant les 10 années (au maximum) où elle a vécu physiquement avec Mahomet (de 9 ans à 18 ans), été en mesure de mémoriser par cœur 221 hadiths par an, soit 4 nouveaux hadiths environ chaque semaine (un hadith pouvant être assez long et nécessitant le rappel du contexte précis de sa formulation) ; et ce, sans savoir si elle avait besoin d’un temps dédié pour répéter cette mémorisation au fil du temps et de l’accumulation des hadiths, en plus de la mémorisation « revendiquée » des 6.236 versets du Coran (à supposer qu’elle les ait tous entendu réciter). Bref, une histoire qui relève visiblement du merveilleux propre à toute hagiographie.

  • La théorie de l’anachronisme

Face à toutes ces contradictions, Tareq Oubrou abat sa dernière carte avec la théorie de l’anachronisme. Il écrit ainsi : « Affirmer que le Coran instaure une inégalité essentielle entre les hommes et les femmes au sens moderne serait commettre un anachronisme : il y a une distance historique à respecter. »

Notons que Tareq Oubrou reconnaît donc finalement dans ce propos, après avoir tenté de la nier, l’inégalité essentielle homme/femme, mais il essaie d’en limiter la portée.

Il écrit : « Le sentiment d’inégalité douloureusement – mais silencieusement – vécu par beaucoup de femmes musulmanes depuis plus d’un siècle était aussi présent chez des contemporaines du Prophète. Ainsi Umm Umâra, une disciple du Prophète, a eu le courage de lui faire remarquer que le Coran avait tout donné aux hommes et rien aux femmes. À quoi vint répondre un verset (sourate 33, verset 35) insinuant que tout ce qui concernait les hommes en termes de devoirs et de mérite moral et spirituel était à entendre de façon identique pour les femmes. »

Ainsi, Tareq Oubrou reconnaît lui-même que même dans la conception mahométane originelle, telle qu’elle apparaît dans le Coran, l’égalité homme-femme n’avait rien d’une évidence, ce qui est logique compte tenu de la vision misogyne de Mahomet qui transparaît dans les hadiths (cf. ci-dessus) et qui se traduit naturellement dans une conception patriarcale de la société, comme l’admet Tareq Oubrou :

« Les hommes auraient une charge plus importante (en terme de responsabilités), qualifiée de prééminence ou de degré supplémentaire. Il ne s’agit pas d’une supériorité. (…) Le verset (sourate 4, verset 34) indique que les femmes sont « au service de » [des hommes] : cela s’explique par le fait que, dans le contexte anthropologique du moment coranique, la prise en charge matérielle des femmes revient aux hommes. Puis le Coran rappelle aux hommes que Dieu est supérieur et le plus grand pour les mettre en garde contre tout abus de pouvoir. »

En réalité, la répartition des rôles entre l’homme, dépositaire de l’autorité, qui dirige, et la femme, qui s’occupe du foyer, a toujours été profondément ancrée dans la culture musulmane jusqu’à aujourd’hui, pour des raisons non seulement historico-sociales mais aussi doctrinales. Il ne s’agit pas juste du contexte de l’époque mahométane. Malek Chebel avait l’honnêteté de le reconnaître : « La jurisprudence sur la femme, que ce soit la sharia ou les mentalités collectives, lui est extrêmement défavorable. Le but non avoué de toute cette armada de textes consiste à maintenir la femme dans une position inférieure à l’homme sous le prétexte que celui-ci subvient à ses besoins matériels. »

Il ne faut donc aucunement s’étonner que la libanisation actuellement en œuvre sur le territoire français conduisent à des constats comme celui fait dans un tout récent (7 décembre 2016) reportage diffusé au journal de 20 heures de France 2 et qui est venu opportunément rappeler que, dans la culture musulmane, le pouvoir est du côté de l’homme et que la place de la femme est donc à la maison, sous l’autorité de son mari, ce qui se traduit par un ségrégationnisme évident dans l’espace public :

France 2 Journal 161207 Islam & Femmes

  • Conclusion

On voit que Tareq Oubrou, avec la force du désespéré, fait feu de tout bois pour défendre la cause de l’islam en Occident sur cette question du statut de la femme, quoique la réalité vécue encore aujourd’hui dans le monde musulman par les femmes ne laisse planer aucune doute (et nous n’avons même pas encore abordé les questions de la polygamie, la répudiation, le droit de battre sa femme, etc.).

Les propos de Tareq Oubrou dans son dernier livre font d’ailleurs résonner une tonalité bien différente de celle du précédent (« Un imam en colère ») puisqu’il y écrivait : « À l’époque du prophète, le temps pour changer certaines lois ancestrales en faveur d’une égalité totale entre hommes et femmes n’était pas encore propice aux yeux de Dieu. C’est pour cette raison que le grand théologien Ibn-Taimyya conclut que le Coran et la Sunna avaient opté pour la sagesse suivante : « Si tu veux être obéi, demande le possible. » (…) Une chose est sûre : il ne faut pas compter sur la réforme théologique de l’islam pour faire évoluer la condition de la femme musulmane. » Vous avez dit « taqiya » ?

Je laisse, une fois n’est pas coutume, la conclusion à Tariq Ramadan, peu suspect d’antipathie envers l’islam : « La plupart des commentaires, des analyses et des développements [en islam] se concentrent prioritairement et presqu’exclusivement sur les différents rôles et fonctions des femmes dans les cellules familiales et sociales. Il n’existe pas de réflexion approfondie, structurée et dialectique sur la femme en tant qu’être, sur l’être féminin, son rapport au sens, à la pratique religieuse et sa relation avec le corps social dans son ensemble. »

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (8) Le mensonge de la persécution à La Mecque

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  • La problématique : comment justifier le jihad par l’argument de la légitime défense

Un des leitmotive utilisés pour dédouaner Mahomet de sa violence de simple chef de clan guerrier (Jacqueline Chabbi indique que « Dans les chroniques extérieures à l’Arabie et contemporaines de l’émergence de l’islam, Muhammad est seulement signalé comme le chef des bandes armées d’invasion, sans plus de précision ») est l’argument de la légitime défense.

  • L’argument de la persécution à La Mecque

Si Tareq Oubrou peut avoir des analyses audacieuses sur certains sujets, force est de constater sur le thème de la « persécution » une grande banalité : « Le Prophète, sa famille et ses compagnons furent persécutés à La Mecque pendant treize ans avant de recevoir l’ordre de quitter la ville pour Médine. » Malheureusement, Tareq Oubrou ne cite aucun texte en appui de cette affirmation. En réalité, Mahomet a tout simplement décidé de fuir La Mecque quand il s’est rendu compte qu’il n’y arriverait jamais à rien. Et s’il avait été réellement en danger, aurait-il fui l’avant-dernier après avoir envoyé tous ses partisans à Médine ? Ne serait-il pas parti plutôt le premier ? (voir mes autres articles sur ce site dédiés à la question de la persécution)

Si les Mecquois se moquaient effectivement de Mahomet, difficile de parler de « persécutions » pour quelques avanies à son encontre. Voilà ce que dit la Sîra : « Ibn Hîsham dit : « Des savants m’ont rapporté que le plus dur parmi ce que l’Envoyé d’Allah a souffert de la part de Quraysh est ceci : un jour, il sortit. Il n’a rencontré personne qui ne le dénigrât pas et ne lui fît pas de mal [par les paroles], que ce soit un homme libre ou un esclave. L’Envoyé d’Allah rentra chez lui, et se couvrit à cause de la dureté de ce qui lui arriva. Alors Dieu a fait descendre les deux versets suivants : « Ô toi couvert d’un manteau ! Lève-toi et avertis (sourate 74, versets 1 & 2) ». »

Notons d’ailleurs qu’un des intervenants de l’émission France 2 Islam du 27 novembre 2016 a fait clairement état des motivations très terre-à-terre qui ont contribué à tendre les relations entre Mahomet et les Quraychites : des questions de gros sous. En effet, en prêchant une nouvelle religion, Mahomet risquait de remettre tout bonnement en cause le culte des idoles de La Mecque, objet d’un commerce fructueux qui bénéficiaient aux tribus Quraychites de La Mecque.

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Il n’y a pas eu de persécution religieuse au sens où on l’entend par exemple pour les chrétiens avec les Romains : par les persécutions, les Romains cherchaient à anéantir une « vraie » religion (dissociant spirituel et temporel) car il est impossible d’extirper définitivement chez un individu les racines d’une idée sans tuer son porteur. À La Mecque, les Mecquois avaient surtout le sentiment d’avoir affaire à un histrion dangereux pour leur commerce.  Il cherchait certes à développer une théorie religieuse mais sans doute l’ont-ils en partie négligé en pensant que le chasser (ce qu’ils n’ont d’ailleurs pas fait : Mahomet est parti de lui-même) pouvait suffire pour protéger le commerce. Si les Mecquois avaient voulu vraiment s’en débarrasser, il leur suffisait tout simplement de le tuer sans perdre de temps à le « persécuter » d’abord, ce qui ne servait à rien.

  • L’islam n’est pas conquérant et ne fait que se défendre

Aux dires de certains, le jihad ne serait jamais offensif mais uniquement défensif, thèse encore reprise dans l’émission France 2 Islam du 27 novembre 2016 :

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Je pense avoir déjà écrit suffisamment à ce sujet sur ce site pour démontrer que ceux qui le prétendent n’ont pas lu la Sîra d’Ibn Îshaq/Ibn Hîcham, biographie de Mahomet incontestée en islam (sans parler du Coran et des hadiths). Je ne vais pas reprendre ici tous les éléments déjà fournis dans ces articles : il est facile d’y accéder via l’outil de recherche disponible sur le site.

Le plus étonnant d’ailleurs est que la biographie de Mahomet d’Ibn Îshaq/Ibn Hîcham est un document musulman : il aurait été facile aux partisans de Mahomet d’en expurger tous les passages problématiques au regard de la prétendue vocation d’amour et de paix de Mahomet : peut-être certains l’ont-ils été, mais, en tout état de cause, il en reste encore un grand nombre dans la version connue aujourd’hui qui ne laisse planer aucun doute sur la nature guerrière de l’action de Mahomet. Il est donc pour le moins étonnant de voir les musulmans tenter de nier la portée de leurs propres textes.

De ce point de vue, Mohamed Bajrafil constitue un spécimen intéressant : cette personne ne semble guère embarrassée par l’honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de défendre l’islam et Mahomet. L’extrait de l’émission ci-dessus est d’ailleurs amusant à ce titre puisque le deuxième intervenant se voit obligé, avec beaucoup de retenue mais de façon claire (ce qui est très rare dans ce genre d’émission consensuelle), de reprendre ses propos.

Pour Mohamed Bajrafil, Mahomet a attaqué par anticipation ses futurs potentiels agresseurs : une conception très particulière de la légitime défense ! Et il extrapole, néanmoins dans une certaine confusion et avec une difficulté d’élocution tant le propos est énorme, à toutes les autres guerres de l’islam ! Il se retrouve ainsi en contradiction avec tous les imams et islamologues qui reconnaissent effectivement que l’islam est une religion de conquêtes (Tareq Oubrou cf. ci-dessous, ou Malek Chebel qui a été très clair sur la question). Sans parler de la prétendue possibilité donnée en islam à chacun « de croire ou de ne pas croire » : rien n’arrête la taqiya perverse de Mohamed Bajrafil !

Au-delà de tous ces mensonges, rappelons simplement que le Christ avait déjà montré magistralement comment, face à une vraie persécution qui le conduira jusqu’à la crucifixion, répondre à la violence lorsqu’on prétend porter un message uniquement spirituel.

  • La schizophrénie de Tareq Oubrou

Tareq Oubrou est également empêtré dans des contradictions dont il ne sort que par des pirouettes. Il explique ainsi dans un autre ouvrage (« Un imam en colère ») le poids fondamental de la question politique à l’époque de Mahomet puis de ses successeurs – mais qu’il essaie bien maladroitement de dissocier de la question religieuse – : « L’islam est une religion qui a la particularité d’avoir vu le jour en même temps qu’un État, au début du VIIème siècle à Médine, dans la péninsule arabique, après que le prophète a été chassé de La Mecque. Ainsi sommes-nous, dès l’origine, en présence de deux réalités bien distinctes : d’un côté, la révélation coranique que le prophète Muhammad a pour mission de transmettre – et non d’imposer – dans un environnement polythéiste intolérant et hostile ; de l’autre, la naissance d’un empire soumis à des menaces extérieures. (…) Pris dans une logique d’empire, les Arabes n’ont d’autres choix que d’attaquer pour survivre. D’où la rapide extension de la religion naissante sur la rive sud de la Méditerranée. (…) Voilà pourquoi il est essentiel de bien séparer ces deux ordres de réalité : naissance d’une religion d’un côté, logique d’empire de l’autre. »

Cette position est extrêmement commode : ce qui est « bien » aux yeux du monde occidental est rattaché à la religion et ce qui est « mal » à la politique, question politique qui n’a bien entendu rien à voir avec la question religieuse…

  • Conclusion : pourquoi l’islam n’a-t-il d’autre issue que de s’accrocher coûte que coûte au mythe de la légitime défense

L’enjeu du mythe de la persécution physique est absolument fondamental pour l’islam : après Bouddha et Jésus, difficile en effet de se hisser au même niveau spirituel : la compétition est en réalité intenable.

Or que peut faire un homme qui se rend compte au bout de 12 ans que sa prédication politico-religieuse n’avance à rien (au-delà d’une poignée de fidèles), si ce n’est passer par la force pour imposer son pouvoir ? Pas besoin d’avoir recours à une prétendue inspiration divine pour le comprendre. Reste que l’islam doit alors tenter de justifier par tous les moyens dialectiques possibles la violence pour préserver coûte que coûte le résidu de spiritualité qui sous-tend cette idéologie.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (6) La paix d’Allah

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  • La problématique

Si la notion d’amour est absente du Coran (où figure la notion de « miséricorde », qui prête d’ailleurs à une grande confusion si l’on commet l’erreur de croire qu’il s’agit de la miséricorde entendue au sens chrétien), la paix est présente mais il s’agit d’une paix entre musulmans. En effet, le Coran ne tarit pas de références sur le sort atroce que connaîtront dans l’au-delà les mécréants, punis par Allah dans des conditions épouvantables. Un exemple parmi la multitude de versets portant sur cette question :

Sourate 2, verset 114. Qui est plus injuste que celui qui empêche que dans les mosquées d’Allah, on invoque Son nom, et qui s’efforcent de les détruire, alors qu’ils ne devraient y entrer que remplis de crainte. Pour eux, ce sera l’ignominie ici-bas et dans l’au-delà un châtiment immense.

Et non seulement, ce châtiment est terrible, mais il est le plus souvent éternel. Quelques exemples parmi une multitude :

Sourate 2, verset 39. Ceux qui auront été incrédules et auront été traité Nos signes de mensonges, ceux-là sont les hôtes du Feu où ils demeureront éternellement.

Sourate 2, verset 161. Ceux qui ne croient pas et meurent mécréants subiront la malédiction d’Allah, des anges et de tous les hommes.

Sourate 2, verset 162. Ils la subiront éternellement. Leur châtiment ne leur sera pas allégé (…).

Sourate 2, verset 257. Allah est le maître de ceux qui croient : Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière. Quant à ceux qui ne croient pas, ils ont pour défenseurs les Taghout qui les font sortir de la lumière vers les ténèbres. Voilà les hôtes du Feu, où ils demeureront éternellement.

Sourate 3, verset 116. Quant aux incrédules, ni leurs biens, ni leurs enfants ne pourront jamais leur servir contre Allah. Ceux-là sont les hôtes du feu : ils y demeureront éternellement.

Sourate 4, verset 168. Ceux qui sont incrédules et injustes, Allah ne leur pardonnera pas et ne les guidera pas dans un chemin

Sourate 4, verset 169. autre que celui de la Géhenne où ils demeureront éternellement. Cela est facile à Allah.

etc…

Sourate 98, verset 6. Les infidèles parmi les gens du Livre, ainsi que les associateurs iront dans le feu de l’enfer, pour y demeurer éternellement. Ceux-là sont le pire de l’humanité.

Ceux qui douteraient que ces versets, déjà nombreux, constituent un simple échantillon peuvent se reporter aux 16 pages de la section 6.3 « Les mécréants seront punis par Allah » du « Livret musulman de premier secours » (http://islametoccident.fr/?page_id=1786).

Une fois ce rappel bien en tête, examinons maintenant la thèse de Tareq Oubrou.

  • La « noblesse » d’Allah

Pour Tareq Oubrou, « Selon la théologie sunnite, Dieu doit respecter Sa promesse (le Paradis), mais non Sa menace. Il n’est pas obligé de mettre à exécution sa colère. Cela s’appelle une noblesse. (…) C’est bien ce que laisse entendre ce verset : « Il y a resteront éternellement [en Enfer] tant que demeureront les cieux et la terre, à moins que ton Seigneur n’en décide autrement. Ton Seigneur fait ce qu’il veut. » (sourate 11, verset 107) À noter ici que l’éternité (« khulûd »), dans le vocabulaire du Coran, n’est pas synonyme d’une durée infinie. »

Tareq Oubrou énonce ici une évidence tautologique : Dieu étant maître de toutes choses, il est aussi maître du châtiment qu’il applique selon son bon plaisir. Cela prouve-t-il qu’il s’agit d’un dieu d’amour et de pardon ? Absolument pas, comme la litanie des versets référencés ci-dessus le montre : le pardon est l’exception.

  • Un renversement opportuniste des valeurs

Pour Tareq Oubrou, « Ce verset [11/107] met en cause le sens littéral de tous les versets qui donneraient l’impression que le châtiment de Dieu serait d’une durée infinie. Tout simplement parce que l’homme n’a pas été créé pour la souffrance, même si celle-ci peut être un passage, une épreuve, une purgation temporelle. »

Ainsi donc, un unique verset – qui ne fait qu’énoncer une tautologie sans conséquence – mettrait donc en cause le sens obvie de la multitude des versets évoquant clairement le caractère éternel du châtiment des mécréants ? Alors que les lois de la statistique pulvérisent cette affirmation et contre toute logique, il faudrait faire une confiance aveugle à Tareq Oubrou, simple imam de la petite bourgade de Bordeaux ?

  • L’ignorance des musulmans

On comprend ainsi mieux pourquoi Tareq Oubrou écrit : « Beaucoup de musulmans ignorent cette doctrine orthodoxe (sunnite) qui défend l’idée d’un Enfer extinguible et prévoit que, quelles que soient les fautes ou la « mécréance » d’une personne, celle-ci ne restera pas dans le châtiment pour l’éternité. »

En effet, l’évidence coranique du caractère éternel du châtiment du mécréant – sauf exception – est tellement aveuglante qu’il est tout à fait logique que les musulmans eux-mêmes méconnaissent la thèse présentée par Tareq Oubrou.

Que le séjour en enfer d’un individu puisse, selon la volonté d’Allah, être temporaire est une chose admise et logique, mais Tareq Oubrou va beaucoup plus loin plus qu’il postule que c’est la règle systématique : sur quels textes est fondée cette position audacieuse – voire stupéfiante au regard de la multitude de versets du Coran qui s’y opposent – ? Malheureusement, Tareq Oubrou ne le précise pas.

  • Conclusion

L’audace théologique de Tareq Oubrou semble sans limite puisqu’il postule en réalité que le châtiment du mécréant est toujours temporaire, ce qui revient à aller à rebours de la lecture élémentaire du Coran. Faut-il s’étonner après cela qu’il soit condamné à mort par l’État Islamique pour déviance et donc apostasie ?

Tareq Oubrou voudrait-il nous faire croire qu’il y aurait une proximité entre la théologie musulmane et la théologie chrétienne, qui s’est en effet beaucoup interrogée sur l’enfer et le purgatoire, alors que les conceptions de Dieu dans ces deux religions n’ont absolument rien à voir ? Rappelons juste que la différence évidente entre Jésus et Mahomet est que l’un a prêché pacifiquement et a fini sur la croix, tandis que l’autre a finalement prêché par l’épée en massacrant ses opposants.