Hani Ramadan : tribune à propos des « héros du Thalys »

Hani Ramadan, musulman né à Genève et frère de Tariq Ramadan, a publié dans la Tribune de Genève en août 2015 un article après l’affaire de l’attentat du Thalys où on ne sent guère un amour particulier pour les sociétés occidentales : laisser entendre sans enquête complète qu’un individu qui prend le train avec une Kalchavnikov et près de 300 balles (entre autres) en sortant des toilettes le fusil chargé et qui tire sur une personne qui tente de l’arrêter (entre autres) a peut-être des intentions belliqueuses et terroristes est effectivement un raccourci odieux. Combien aurait-il fallu de morts pour que cette conviction devînt irréprochable ? Le jeune homme était d’origine maghrébine : cela ne veut pas dire que tous les maghrébins sont des terroristes en sommeil, mais qu’y pouvons-nous ? etc.

Imaginez un seul instant que de tels propos aient été tenus par un juif ou un chrétien dans une situation semblable les concernant : la tempête médiatique ne se serait-elle pas immédiatement déchaînée en France ? Quel journaliste s’est élevé de façon ferme en France contre ces insinuations ?

« Les héros du Thalys décorés avant la fin de l’enquête »

Avant toute enquête, voilà que toute la presse et les médias reprennent en chœur le scénario qui célèbre les héros du Thalys, ce groupe d’hommes qui aurait réussi à neutraliser un terroriste avéré avant même qu’on songe à le taxer de terroriste présumé.
Avant toute enquête, et avant même que les interrogatoires mettent à jour les intentions réelles du coupable, Le Figaro parle dans son édition mise en ligne le 23 août 2015 d’un « jeune islamiste marocain qui a voulu semer la mort vendredi dans le Thalys entre Amsterdam et Paris. »
Le Monde rapporte les faits : « Trois jeunes Américains, Alek Skarlatos, Spencer Stone et Anthony Sadler (respectivement 22, 23 et 23 ans) aidés d’un sexagénaire britannique, Chris Norman, sont parvenus à neutraliser le suspect.»
Le Monde ne doute pas un instant qu’un « carnage a été évité, vendredi 21 août, dans un train Thalys reliant Amsterdam à Paris et transportant 544 passagers. »
Pourtant, à l’heure où la Légion d’honneur est décernée par le président Hollande à ceux qui ont mené cette action héroïque et qui ont nécessairement sauvé plus d’un demi-millier de victimes potentielles, un malaise accompagné de doutes gagne les esprits les plus éclairés.
Quelle mise en scène aux proportions extraordinaires et planétaires ! Amsterdam, Paris, la Belgique, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis, tout le monde est concerné !
Cet événement va rehausser le prestige des militaires américains, passablement amoindri par les agissements d’une armée qui sème la mort à grande échelle depuis des décennies partout où elle se rend.
De qui se moque-t-on ? De peuples gavés par les séries américaines qui finissent par confondre la réalité et le cinéma ? Pourquoi l’actualité nous est-elle présentée de façon si superficielle ? Pourquoi nous oriente-t-elle à considérer désormais que tout « maghrébin », en apparence innocent et gentil garçon, peut cacher un monstrueux terroriste ?
N’y a-t-il pas là une forme de manipulation qui domine largement la presse et les médias occidentaux, nous conduisant à des raccourcis pervers, qui cachent des drames humains autrement plus conséquents ?
On trompe l’opinion publique en donnant à des actes isolés des proportions gigantesques et des interprétations précipitées, voire erronées. En contrepartie, on nous cache des crimes odieux, qui se comptent par centaines de milliers, comme s’ils ne se produisaient pas en temps réel !
Les grandes chaînes officielles ont renoncé à nous informer sur les drames quotidiens que subit le peuple syrien. Pourquoi ? Parce que ni le gouvernement français, ni le gouvernement britannique, ni le gouvernement états-unien, orientés par les lobbies financiers et leur électorat obnubilé, n’ont eu jamais l’intention de sauver des millions de Syriens qui appellent à l’aide depuis quatre ans !

Voilà le véritable scandale. Après cela, décernez des médailles à qui bon vous semble !

Hani Ramadan
Tribune de Genève,
L’invité, le 25 août 2015

Tariq Ramadan : pas de complot mais une manipulation

Quelques jours après l’attentat de Charlie Hebdo, Tariq Ramadan ne parle pas de « complot »  mais c’est tout comme : il « a des questions ». Son « questionnement » personnel laisse ainsi clairement entendre qu’il y a eu manipulation lors de l’attentat du 7 janvier contre Charlie Hebdo : « Comment cela se fait-il que les services de renseignement français ait laissé faire [ndlr l’attaque contre Charlie Hebdo] ? » Puis vient le couplet sur la stigmatisation : « pour pouvoir être dans l’air du temps en France, faut la boucler ».

Tariq Ramadan Salut les terriens janvier 2015

Tariq Ramadan Complot janvier 2015

Si Tariq Ramadan a sans conteste une très grande culture religieuse pour ce qui est de l’islam, que faut-il penser de son honnêteté intellectuelle et de ses intentions politiques au vu de ce type de réactions ? En tous cas, il y a certainement lieu d’être inquiet. La fin justifie les moyens dit-on.

Imaginez un seul instant que de tels propos aient été tenus par un juif ou un chrétien dans une situation semblable les concernant : la tempête médiatique ne se serait-elle pas immédiatement déchaînée en France ?

On se prend à rapprocher ce type de réaction stigmatisant la manipulation odieuse dont les musulmans serait par définition les victimes de celle de son frère Hani Ramadan en août 2015 au sujet de l’attaque du Thalys (cf. article Thalys).