Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (7) Le voile islamique

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  • Problématique

Le communautarisme étant la structure sociale fondamentale de l’islam, tout ce qui peut contribuer à distinguer les musulmans des non-musulmans constitue un marqueur identitaire naturel. Le voile féminin n’échappe pas à cette règle mais il n’est pas sans soulever une difficulté certaine quant à la capacité de l’islam à intégrer la modernité et surtout à avoir une relation apaisée avec l’Occident, le voile étant un corollaire indirect mais néanmoins clair de l’infériorité de la femme vis-à-vis de l’homme proclamée par le Coran.

Sur cet aspect symbolique, les positions en islam ont variées sensiblement dans le temps (comme par exemple en Égypte avec Nasser qui vilipendait l’obligation du port du voile réclamée par les Frères Musulmans), et les positions des islamologues et imams vivant en Occident restent diverses aujourd’hui, certains notamment défendant le point de vue selon lequel il s’agit d’une recommandation mais non d’une obligation formelle à observer strictement (comme Tariq Ramadan qui a indiqué par le passé devant une commission de l’Assemblée Nationale qu’il se refusait à titre personnel à l’imposer aux femmes).

  • La position de Tareq Oubrou

Pour Tareq Oubrou, « La notion coranique de « hijâb » (voile) a été déviée de son sens originel, puisqu’elle était initialement réservée aux seules épouses du Prophète, qui ont le statut de mères de tous les croyants. Le Coran leur demande ainsi de garder une distance avec les hommes et de ne leur parler qu’à travers un « hijâb ». (sourate 33, verset 53) ».

Effectivement, on retrouve cette idée dans le Coran :

Sourate 33, verset 53. Ô croyants ! N’entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins d’être invité à un repas et qu’il soit déjà préparé. (…) Si vous demandez aux femmes du Prophète quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau : c’est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs. Vous ne devez pas offenser le messager d’Allah, ni jamais vous marier avec ses épouses après lui. Ce serait, auprès d’Allah, un énorme pêché.

Il est néanmoins intéressant de noter que, pour Tareq Oubrou, « Les autres femmes musulmanes n’ont pas à imiter les épouses du Prophète ; ce serait même un manque de respect à leur égard, compte tenu de leur statut particulier. »

On peut comprendre cette position que les autres femmes n’avaient pas à imiter les épouses du Prophète au sens où les obligations qui pesaient sur les épouses du Prophète ne s’imposaient pas aux autres femmes (même si on se demande bien quelle supériorité spirituelle les épouses du Prophète – après Khadija – avaient sur les autres femmes puisqu’il ne les a épousées – sauf peut-être Aïcha – que pour avoir des enfants, sans succès puisqu’il était visiblement devenu stérile après une maladie). Vouloir imiter les femmes du Prophète pouvait effectivement apparaître comme un signe d’orgueil pour leur contemporaines et, par extension, pour toutes les femmes musulmanes à venir.

Cela étant, il est étonnant que Tareq Oubrou ne mentionne pas cet autre verset sur le même sujet :

Sourate 24, verset 31. Dis aux croyantes de baisser leur regard, d’être chastes, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, ou à leurs fils, ou aux fils de leur mari, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. (…)

Inutile de s’appesantir sur cette polémique doctrinale qui ne sera jamais tranchée puisqu’il n’existe pas d’autorité sunnite pour le faire de façon absolue et définitive. L’islam, en tant que religion, devrait être une spiritualité peu soucieuse de cette symbolique superficielle, ainsi que l’indique à juste titre Tareq Oubrou : « Il s’agit d’une simple pudeur sociale qui prend en considération la coutume vestimentaire d’alors. Les musulmans qui lui donnent une dimension cultuelle commettent une aberration aux yeux du droit canon musulman (« fiqh »), car c’est introduire dans le culte quelque chose qui n’en fait pas partie. »

  • Conclusion

La position de Tareq Oubrou est « moderne » et on doit la saluer car elle va dans le sens d’un meilleur statut de la femme en islam, statut dont on voit tous les jours combien encore il est problématique. Je doute néanmoins que cette analyse soit partagée par la plupart des islamologues musulmans et imams.

En réalité, l’islam, orthopraxie et non spiritualité, est empêtré dans ses rituels et il ne peut pas abandonner si facilement la symbolique du voile sans fragiliser par ricochet tous ses autres rituels qui n’ont pas plus de signification ni de profondeur. L’habit ne fait pas le moine.

Ce qui est en jeu pour les musulmans vivant en Occident est moins aujourd’hui de trancher une question doctrinale restée sans réponse définitive depuis des siècles ou de changer un rite que d’arriver à démontrer que l’islam n’est pas socialement rétrograde. Cette symbolique du voile renvoie en effet à une vision patriarcale de la société où le statut de la femme s’est certes amélioré, mais très péniblement au cours des siècles.

On peut toujours arguer que l’islam a amélioré le statut de la femme au regard des coutumes arabes antéislamiques (interdiction de l’enterrement des petites filles, limitation de la polygamie) mais, en réalité, l’islam, copie sans grande nouveauté du judaïsme, a constitué une régression au regard du statut de la femme juive, déjà pas très favorable (cf. la répudiation, toujours problématique d’ailleurs aujourd’hui en Israël, ou l’absence d’obligation d’étudier la Torah qu’on peut interpréter comme une forme implicite d’infériorité spirituelle).

Port du voile islamique et établissement public : la CEDH donne raison à la France

Source : Le Monde

Une assistante sociale française, qui contestait son licenciement prononcé en décembre 2000 en raison de son refus d’ôter son voile islamique, a été déboutée, jeudi 26 novembre 2015, par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

La juridiction du Conseil de l’Europe a estimé que cette décision – Affaire Ebrahimian c. France, requête no 64846/11 –, motivée par le principe de laïcité, « fondateur de l’État » français, et celui de neutralité, imposés aux agents des services publics, ne constituait pas une violation du droit à la liberté de religion.

Dans un arrêt rendu à l’unanimité des juges, elle rappelle qu’« il ne lui appartient pas de se prononcer sur le modèle français » mais reconnaît que ces principes poursuivent « le but légitime qu’est la protection des droits et libertés d’autrui ». « Les autorités nationales n’ont pas outrepassé leur marge d’appréciation en constatant l’absence de conciliation possible entre les convictions religieuses de Mme Ebrahimian et l’obligation de s’abstenir de les manifester », ajoute-t-elle.

La requérante, Christiane Ebrahimian, avait été recrutée en contrat à durée déterminée, fin 1999, comme assistante sociale au service de psychiatrie du centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre. Elle avait été informée un an plus tard que son contrat ne serait pas renouvelé en raison de son refus d’enlever sa coiffe et que cette décision faisait suite à des plaintes formulées par certains patients.

Un arrêt qui complète la jurisprudence de la CEDH

Ce nouvel arrêt de la cour de Strasbourg complète une jurisprudence jusqu’à présent constante, depuis une décision de la CEDH datant de 2004 et reconnaissant à la Turquie le droit d’interdire le port du voile à l’université. Cette interdiction a été levée depuis à l’initiative du gouvernement islamoconservateur de l’AKP.

Les juges européens avaient par la suite débouté en 2008 deux collégiennes françaises qui contestaient l’interdiction du port du voile dans les établissements scolaires.

Ils ont validé en 2014 la loi française interdisant le port du voile intégral dans l’espace public en déboutant à son tour une Française d’origine pakistanaise qui invoquait son droit au respect de sa vie privée et de ses convictions religieuses.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/religions/article/2015/11/26/port-du-voile-islamique-et-etablissement-public-la-cedh-donne-raison-a-la-france_4818068_1653130.html#ttQEOc2PGAP7LKsi.99

La femme musulmane n’a pas le droit d’être belle

S’il y a bien un domaine où la société occidentale rend hommage à la femme, sans pour autant la considérer nécessairement comme un objet, c’est d’honorer sa beauté. Et c’est à chaque femme d’en décider librement en fonction de la façon de s’apprêter qu’elle aura choisie.

En islam, la question est posée de façon différente car la beauté visible – même sans volonté de séduire – est au fond assimilée à une incitation à la débauche, à une provocation, dont la femme est responsable, et qui peut vite se transformer en excuse pour les mâles incapables de contrôler leurs instincts, sourds à l’interdit de fornication énoncé par leur propre religion. Aussi, l’islam impose-t-il à la femme une multitude de règles d’habillement pour prévenir ces excès masculins visiblement irrépressibles chez les musulmans, d’autant que la femme est généralement considérée pour cette question comme un être plutôt irresponsable et futile.

Par ailleurs, il semble qu’il y ait malheureusement toujours un relent de culpabilisation à l’égard de la femme avec l’idée que la femme aguiche l’homme et qu’elle est responsable de l’attirance qu’elle suscite, jusqu’à ses conséquences les plus fâcheuses comme le viol : c’est en tous cas une idée qu’on retrouve très fréquemment dans la bouche de jeunes musulmanes occidentaux.

Ainsi, Yusuf Qaradawi écrit : « Dieu a ordonné aux femmes des croyants de se couvrir pour sortir avec un voile ample et enveloppant tout le corps. Cela les distingue des autres femmes comme les mécréantes et les débauchées. (…) Il apparaît clairement dans ce verset [ndlr Coran, sourate 33, verset 59] que cet ordre est justifié car on craint que les femmes soient importunées par des débauchés et des regards lubriques de gens sans pudeur. Ce n’est pas du tout parce qu’on a peur d’elles ou qu’on n’a pas confiance en elles, comme le prétendent certains. La femme qui étale sa beauté et sa toilette, qui se déhanche coquettement en marchant et qui parle avec douceur, séduit toujours les hommes et donne des espoirs aux frivoles. Cela confirme le noble verset suivant : « Ne parlez pas aux hommes sur un ton soumis (à force d’être aimable), car cela pourrait susciter la convoitise de celui qui a quelque maladie au cœur. » (Coran, sourate 33, verset 32) »

Yusuf Qaradawi écrit aussi : « L’islam n’a exempté les femmes de cette interdiction [ndlr porter de l’or et de la soie] que par considération pour la femme, du fait de sa féminité et de son penchant inné pour les parures. Cependant, il ne faut pas que la préoccupation de leur parure devienne une tentation pour les hommes et un moyen d’enflammer leurs désirs. Un hadith dit en effet : « Toute femme qui se parfume et passe devant des hommes pour leur faire sentir son parfum est une fornicatrice et tout œil est fornicateur » (hadith rapporté par An-Nassa’i, Ibn Khazima et Ibn Hiban). »

Yusuf Qaradawi  indique également : « Parmi la recherche excessive de la beauté interdit par l’islam est l’élimination des sourcils pour les élever au-dessus des yeux ou pour les arranger. Le Messager de Dieu a effectivement maudit la femme qui épile les sourcils et celle qui se les fait épiler. Cette interdiction est davantage obligatoire quand l’épilation devient l’emblème des femmes de mauvaises mœurs. » On peut d’ailleurs s’interroger sur la nécessité qu’avait Mahomet, s’il était vraiment un maître spirituel, à se prononcer sur l’épilation des sourcils…

Une des préoccupations de l’islam est également de maintenir une stricte différenciation des sexes, terreau indispensable à la préservation du statut de l’homme et de son autorité. Mais qu’a un homme qui s’assume à redouter de quelques libertés vestimentaires éventuellement prises par sa femme ?

Yusuf Qaradawi  écrit : « Le Prophète a déclaré qu’une des choses interdites à la femme est de porter une tenue vestimentaire masculine, et à l’homme de porter une tenue féminine (hadith rapporté par Ahmad, Abou Dawoud, an-Nass’i, Ibn Maja, Ibn Hiban et al-Hakim). Il a maudit en outre les hommes qui prennent l’apparence des femmes et les femmes qui prennent l’apparence des hommes (hadith rapporté par al-Boukhari et d’autres). Entre dans ces apparences, la façon de parler, de gesticuler, de marcher, de se vêtir, etc. Le plus grand mal qui puisse toucher la vie et la communauté est de s’écarter de la saine nature, et de se rebeller contre ses lois. Or, dans la nature, il y a un homme et il y a une femme. Chacun des deux a ses caractéristiques propres. Quand l’homme se féminise et que la femme se virilise, c’est le signe du chaos et de la dégradation des mœurs. »

La question se pose alors de savoir ce que veut dire une tenue « masculine » : quid du pantalon ? quid des cheveux courts ? quid des costumes ? etc. Finalement, on a l’impression que l’objectif de l’islam est de cacher la femme autant que possible, de la « désexualiser ».

Ainsi, Yusuf Qaradawi  écrit : « L’islam a interdit à la femme le port de tout vêtement moulant le corps ou laissant transparaître ce qu’il couvre. C’est par exemple ce qui définit les diverses parties du corps et particulièrement celles qui tentes les hommes tels que la poitrine, la taille, les fesses et autres. »

Il y a donc fort à parier qu’on verra encore longtemps des femmes musulmanes en France se promener dans ces sortes de djellaba, dont le charme pittoresque et l’élégance relève plus du registre de la robe de chambre qu’elle n’honore l’immense tradition de la haute couture française. Probablement encore un signe manifeste de souci d’intégration et d’assimilation des valeurs culturelles de la France

Nuances

Le voile islamique : quel statut aujourd’hui ?

  • Le voile aujourd’hui : quelles règles religieuses et civiles ?

Au-delà de l’histoire – le passé est le passé –, la question est de déterminer si, aujourd’hui, c’est une obligation, c’est-à-dire si la femme a ou non une liberté de choix.

Compte tenu des éléments évoqués en terme de doctrine et d’histoire (cf. article),  qui ne correspondent à aucune obligation claire et certaine, assortie de sanctions, beaucoup de représentants de la communauté musulmane reconnaissent que c’est en réalité à la femme musulmane de choisir sans aucune contrainte si elle souhaite porter le voile, ou non.

Pour Tariq Ramadan, il est contraire à l’islam d’imposer à une femme le port du voile islamique.

Audition à l’Assemblée Nationale (2009)

Tariq Ramadan AN 2009 Voile islamique

La position de Tareq Oubrou est claire :

–  « Si une majorité d’auteurs classiques considère que la femme doit se cacher les cheveux – ainsi que les bras et les jambes –, il n’existe aucun texte univoque et incontestable obligeant cette dernière à le faire. Certains courants hanafites l’autorisent en revanche à montrer sa chevelure. (…) Aussi, que cela plaise ou non, le port du foulard ne fait pas partie des obligations strictement religieuses. Il ne repose sur aucun texte univoque formel. Quant à ceux qui le considèrent comme obligatoire, je les mets au défi de me fournir un seul argument stipulant qu’une femme qui ne porte pas le voile ne commettrait une faute grave (kabira). L’essentiel de la foi et de la pratique musulmanes n’est pas là. »

–  « Devenu le lieu de crispation identitaire par excellence chez les musulmans, le voile cristallise plus que jamais les fantasmes de ceux qui voient derrière ce bout de tissu un projet de civilisation. Permettez-moi cette comparaison toute bête avec l’escargot : plus vous le touchez, plus il se crispe et s’enferme dans sa coquille. Or je suis bien placé pour savoir ce qu’il y a derrière le voile : il n’y a rien. »

La Convention citoyenne des musulmans de France indique de son côté simplement dans son préambule que « Les musulmans de France considèrent que le voile est une prescription religieuse. » L’emploi du terme « prescription » est très en-dessous de la notion d’ « obligation » comme on l’a vu plus haut. Le port du voile n’est donc pas une obligation au sens strict mais une recommandation faite à la femme, mais qui reste donc libre de la suivre ou non. En effet, si le C.F.C.M. avait voulu être contraignant, il aurait sans doute tout simplement écrit : « le port du voile est une obligation islamique », ce qu’il n’a pas fait. D’ailleurs la Convention ne semble pas faire si grand cas de cette problématique puisqu’elle indique dans son article 5 : « Si nombre de musulmans de France ont pu vivre la loi sur l’interdiction du port du voile à l’école publique comme une injustice, ils respectent les choix de la communauté nationale. »

NB : À ce propos, cet article 5 stipule qu’une loi a été votée pour interdire le voile le port du voile à l’école : c’est une présentation inexacte et tendancieuse qui renvoie à la victimisation et à une supposée stigmatisation des musulmans. La loi porte non pas sur le voile mais sur l’interdiction de tout signe religieux ostensible, quelle que soit la religion concernée. En effet, l’article L141-5-1 du code de l’éducation stipule à l’intention : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. Le règlement intérieur rappelle que la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire est précédée d’un dialogue avec l’élève. »

Cette loi n’est pas plus « injuste » (pour autant qu’on puisse parler d’injustice, ce qui est très discutable) pour les musulmans, les chrétiens ou les juifs. Pourquoi les musulmans devraient-ils se sentir plus visés et plus victimes ? Au contraire, on peut penser que cette loi vise au respect souhaitable de la laïcité dans les établissements publics et vise à écarter du domaine de l’éducation, sujet sensible, des manifestations religieuses revendicatrices qui ne seraient que l’occasion d’envenimer le climat entre élèves au sein de l’école. C’est donc au contraire une mesure de salut public.

Enfin, de son côté, le Conseil européen des fatwas considère qu’il faut convaincre la femme que c’est une obligation, mais en réalité la femme est libre de son choix et elle n’est pas sanctionnée, ce qui revient à dire qu’il s’agit en réalité d’une  recommandation au sens moderne du terme (dans le contexte de la sempiternelle excitation coupable du mâle par la femelle, d’autant plus problématique historiquement…) :

–  « Le Conseil rappelle que le foulard est une obligation de l’islam, mais que l’on ne peut contraindre une femme à le porter. Il est par ailleurs une prescription de l’islam sans en être un fondement. (…) Chaque femme doit pouvoir faire son choix, mais il appartient aux communautés musulmanes d’Europe de faire respecter le droit et de protéger la liberté de conscience en la matière. »

–  « Bien que le port du khimâr, du couvre-chef ou du hijab comme on l’appelle de nos jours, soit une obligation pour la musulmane, il n’en reste pas moins qu’il n’est qu’une application de la religion et non l’un de ses fondements. »

–  « Dieu a prescrit cette tenue pudique et ce foulard pour la musulmane afin qu’elle puisse être distinguée de la non-musulmane et de la non-pratiquante. Ainsi, par sa tenue, elle donnera l’image de la femme sérieuse et honnête, qui n’est ni une séductrice ni une tentatrice, qui ne fait de tort ni par ses paroles ni par un mouvement quelconque de son corps, afin que celui dont le cœur est pervers ne puisse pas être tenté par elle. »

–  « Tout en se taisant devant ce méfait et en la traitant avec bonté, on ne doit pas désespérer du retour de cette musulmane vers le droit chemin, priant Dieu de la guider vers la voie du repentir. »

Par ailleurs, il semble qu’il y ait malheureusement toujours un relent de culpabilisation à l’égard de la femme avec l’idée que la femme aguiche l’homme et qu’elle est responsable de l’attirance qu’elle suscite, jusqu’à ses conséquences les plus fâcheuses comme le viol. C’est en tous cas une idée qu’on retrouve très fréquemment dans la bouche de jeunes musulmanes occidentaux.

Ainsi, Yusuf Qaradawi écrit : « Dieu a ordonné aux femmes des croyants de se couvrir pour sortir avec un voile ample et enveloppant tout le corps. Cela les distingue des autres femmes comme les mécréantes et les débauchées. (…) Il apparaît clairement dans ce verset [ndlr Coran, sourate 33, verset 59] que cet ordre est justifié car on craint que les femmes soient importunées par des débauchés et des regards lubriques de gens sans pudeur. Ce n’est pas du tout parce qu’on a peur d’elles ou qu’on n’a pas confiance en elles, comme le prétendent certains. La femme qui étale sa beauté et sa toilette, qui se déhanche coquettement en marchant et qui parle avec douceur, séduit toujours les hommes et donne des espoirs aux frivoles. Cela confirme le noble verset suivant : « Ne parlez pas aux hommes sur un ton soumis (à force d’être aimable), car cela pourrait susciter la convoitise de celui qui a quelque maladie au cœur. » (Coran, sourate 33, verset 32) »

  • Le voile dans le rapport d’inégalité homme-femme : comment entretenir encore aujourd’hui une forme de soumission

On peut s’interroger plus généralement sur le sens spirituel de toute prescription vestimentaire visant de façon obsessionnelle à cacher le corps (quelle que soit la religion), surtout lorsqu’elle marque de façon aussi claire la distinction entre l’homme et la femme et qu’on a en tête la notion d’impureté, voire de honte, dont la femme est souvent la victime. Le cou et les épaules de la femme sont-ils à ce point obscènes dans la culture musulmane qu’on veuille les dissimuler ? Pourtant, cela ne semble guère poser de problèmes de décence de nos jours au reste de l’humanité. Le monde a changé : les musulmans s’en sont-ils rendu compte ?

En effet, que devient cette coutume ancestrale dans une société qui ne l’est plus et où la perception des femmes s’est améliorée, où l’esclavage, les statuts inférieurs et les castes n’existent plus ? À quelle nécessité ou quel impératif répond aujourd’hui ce signe distinctif dans les sociétés où les femmes sont respectées et ont le même statut, a minima juridique, que les hommes, ce qui est le cas dans le monde occidental ? Si les femmes ne sont plus offensées, la recommandation issue du verset coranique n’est-elle plus sans objet, puisque le verset indique que l’objet du voile est d’éviter l’offense ?

Au-delà de la caducité de cette prescription dans le monde moderne, on peut se poser la question de savoir comment les femmes musulmanes perçoivent la symbolique du voile dans son rapport à l’inégalité homme-femme. En effet, obliger, même moralement, les femmes à porter le voile est leur imposer une contrainte qui n’existe pas pour l’homme et donc est une façon de confirmer le rapport d’inégalité homme-femme qui imprègne la culture musulmane. Les femmes s’en rendent-elles compte ?

D’ailleurs, ce n’est heureusement pas le cas en France mais n’est-il pas vrai que dans la culture musulmane, et plus concrètement dans un certain nombre de pays musulmans aujourd’hui, l’acceptation du port du voile est une condition préalable et sine qua non de la revendication d’autres droits (civils, professionnels, etc) pour les femmes ? En d’autres termes, ont-elles le choix ? En effet, les musulmans hommes (puisque les autorités des pays musulmans sont dans la quasi-totalité des cas masculines) ne considèrent-ils pas déjà inconsciemment que le port du voile est un acte de soumission nécessaire à l’éveil de leur bienveillance ?

Ainsi Malek Chebel écrit : « Le phénomène qui touche au voilement des femmes dans la plupart des pays arabes sous influence wahhabite est spectaculaire. Le paradoxe fait ainsi que le voile est l’une des opportunités pour la femme de s’arroger des droits nouveaux (conduire la voiture, aller au travail), et qu’elle ne l’aurait guère défendu sans cela. Sans aller jusqu’à soutenir que le voile est la condition de l’émancipation des femmes dans ces pays-là, il est indéniable que sans ce fichu sur la tête, il est aujourd’hui inconcevable dans nombre pays musulmans pour la femme de réclamer le moindre privilège. C’est l’une des explications, au-delà de la foi bien sûr, qui pousse des femmes musulmanes à se rapprocher du modèle social dominant, celui de la non-mixité de fait et du marquage violent de séparation des sexes. »

  • Conclusion

La question se pose donc : la totale liberté des femmes au regard du port du voile, sans contrainte sociale ou familiale d’aucune sorte, n’est-elle pas une des conditions premières de leur émancipation ? Les femmes sont-elles conscientes qu’elles valident de façon générale par le port du voile le modèle social de soumission que certains hommes musulmans veulent leur imposer ?

Toutefois, il ne faut pas nier que le port du voile puisse aussi renvoyer à la décision libre d’appliquer une recommandation religieuse pour une femme très croyante. Mais il faut juste s’assurer que cette décision est totalement libre. Aussi, la question est plutôt de savoir ce que le port du voile signifie et si cela correspond à :

– Une aspiration religieuse personnelle mûrie, responsable et libre, avec une pleine compréhension des tenants et aboutissants de l’islam au regard notamment de la condition de la femme ;

–  Un symbole dans le cadre d’un acte politique de revendication d’une identité communautaire, un brevet « d’islamité », en opposition forte avec la culture dominante occidentale, le voile étant par nature même un signe ostensible de différenciation;

–  Une soumission à la pression sociale environnante, notamment familiale.

Les femmes ont-elles compris qu’elles sont libres, au moins en Occident ?

Les chrétiens de leur côté ont su reconnaître et dépasser l’imprégnation biblique qui subsiste encore chez saint Paul dans 1 Corinthiens 11, 8 à 15 : « Ce n’est pas l’homme en effet qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme ; et ce n’est pas l’homme, bien sûr, qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion, à cause des anges. (…). Est-il convenable que la femme prie Dieu la tête découverte ? La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c’est une honte pour l’homme de porter les cheveux longs, tandis que c’est une gloire pour la femme de les porter ainsi ? Car la chevelure lui a été donnée en guise de voile. »

Femmes musulmanes qui vivez en Occident, estimez bien à sa juste valeur la liberté que vous y est offerte.

Le voile islamique : histoire et doctrine

  • Le voile dans l’histoire musulmane

La description du voile traditionnel de l’Arabie préislamique au temps de Mahomet ne semble pas complètement assurée. Les femmes portaient traditionnellement un djilbab, qui veut dire « chemise », mais qui correspondait vraisemblablement à un grand châle ou à un manteau (ce manteau est désigné également par le mot mirt). Le voile traditionnel (hijab) tel qu’on l’évoque aujourd’hui recouvre les cheveux et le cou, parfois le front et la poitrine (voire tout le corps hormis le visage s’agissant du tchador en Iran).

Allah dit à Mahomet de conseiller aux femmes de se voiler à certaines occasions :

Coran, sourate 24, verset 31 : « Dis aux croyantes de baisser leur regard, d’être chastes, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, (…) »

Coran, sourate 33, verset 59 : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs voiles : c’est pour elles le meilleur moyen d’être reconnues et d’éviter d’être offensées. Allah pardonne et est miséricordieux. »

Mais s’agit-il d’un conseil, d’une recommandation, d’une prescription, d’une obligation ? Cela correspond-il à une obligation vraiment claire et formelle de porter le voile pour être une bonne musulmane ?

Ces versets s’adressait à l’époque coranique aux femmes musulmanes notamment à l’occasion de leurs sorties, pour se faire reconnaître comme musulmanes, ce qui leur permettaient de se distinguer des esclaves ou des femmes de classe inférieure ou des non-musulmanes, lesquelles sortaient semble-t-il sans rien mettre par-dessus leurs vêtements domestiques. En effet, la conduite des hommes vis-à-vis des femmes non libres pouvait être particulièrement inconvenante et irrespectueuse compte tenu des mœurs de l’époque de l’Arabie au temps de Mahomet, ce dont les femmes de Mahomet se sont plaintes.

Historiquement, le port du voile ne semble pas avoir été pratiqué de façon constante au cours des siècles. La Sîra et les chroniques, parfois volumineuses, des 3 premiers siècles de l’islam n’en font apparemment guère mention. Il semblerait que le port du voile ait été remis au goût du jour par effet de mode chez les Fatimides et que cette pratique vestimentaire se soit par la suite petit à petit étendue.

D’un point de vue strictement religieux, quelques auteurs ont voulu donner un sens obligatoire et général au port du voile dans une optique rigoriste, port dont l’objectif était notamment de distinguer de façon claire la communauté musulmane féminine des autres. Cette distinction pouvait être légitime compte tenu de l’immensité des territoires sous influence musulmane dans les siècles qui ont suivi la conquête arabe.

Malek Chebel écrit : « Pendant longtemps, les versets qui instituent le voile en islam sont restés lettre morte, sans doute parce que la société islamique des débuts préférait mettre l’accent sur son organisation politique et sociale, plutôt que de la répartition des rôles entres les hommes et les femmes. (…) On peut considérer aujourd’hui que le voile est né de deux siècles majeurs, les XIIIème et XVIIIème siècles, avec cependant une seule légitimation à chaque fois, celle du moraliste doctrinaire pour l’un et du prédicateur religieux pour l’autre. »

D’ailleurs la plupart des commentateurs s’accordent à reconnaître que la question du voile n’a jamais suscité autant de passion que dans la période contemporaine où cette question est devenue un sujet de revendication identitaire et d’opposition à l’Occident.

  • Une « obligation » édictée clairement par Allah dans sa doctrine ?

L’histoire ne démontre donc pas le caractère obligatoire du voile ni son usage constant. Le voile n’est pas une évidence validée par l’histoire. Cela se comprend au regard de l’analyse de la doctrine.

En effet, si les versets sont probants originellement dans certaines circonstances historiques, que dire du caractère général et intemporel de cette prescription en l’absence d’une formulation originelle absolument limpide et indiscutable ? Cette « prescription » est-elle une prescription, au sens médical [1] par exemple, ou cela veut-il dire « obligation » (au sens de « commandement » ou « ordre »), qui, elle, a clairement un sens coercitif et implique une sanction ? En effet, la notion d’« obligation » est par définition à l’idée de contrainte. Il n’y a pas d’« obligation » s’il n’y a pas possibilité juridique de vous contraindre à faire quelque chose, notamment par l’existence de sanctions.

[1] Le médecin vous prescrit un traitement, libre à vous de le suivre ou non et personne n’est légitime à vous y forcer : c’est votre responsabilité.

Si Allah avait voulu être parfaitement clair sur l’obligation de porter le voile pour les femmes, il lui aurait été pour le moins très simple de révéler une formulation ne contenant aucune latitude d’interprétation sur la nature coercitive de cette obligation.

On peut penser que si le 2ème verset du Coran précise la raison pour laquelle le port du voile est utile (pour « éviter d’être offensée »), c’est justement parce qu’il n’est pas obligatoire au sens le plus strict. En effet, si cela était un ordre d’Allah, Allah n’aurait pas besoin de fournir une utilité, c’est-à-dire une explication qui est en réalité une justification, car les ordres d’Allah n’ont pas être discutés et Allah n’a certainement pas à se justifier devant les hommes.

Il en est d’ailleurs ainsi concernant d’autres dispositions qui correspondent bien à des obligations au sens strict, comme les châtiments corporels, d’où certainement l’impossibilité de les abolir puisqu’il n’y a pas de raisonnement rationnel les motivant, ce qui par conséquent ne donne aucune « prise » à la raison humaine pour les remettre en cause (notamment pas de temporalité et très grande difficulté à trouver un motif de contextualisation malgré les efforts qu’on peut juger presque désespérés – sans aucune connotation péjorative – de certains théologiens musulmans).

En effet, il semble raisonnable de penser qu’un ordre d’Allah est formulé de façon limpide, indiscutable (sinon, où va-t-on…), quand bien même les hommes peuvent penser à leur petit niveau que cet ordre contrevient apparemment au bonheur du genre humain ou qu’il est d’une violence épouvantable. Or ce n’est pas le cas pour le voile islamique. Par ailleurs, un ordre d’Allah n’a pas besoin d’être compris, il est même « incompréhensible » par essence, c’est-à-dire qu’il se situe au-delà de la compréhension humaine : il transcende la raison humaine car les buts poursuivis par Allah sont inconnaissables pour l’homme.

Le voile intégral ou comment affirmer son rejet de l’Occident

L’usage dans l’Arabie préislamique d’une pièce de vêtement spécifiquement destinée à cacher le visage de la femme (le voile intégral) était semble-t-il rare. Il ne semble pas exister d’éléments certains montrant un usage régulier de ces vêtements.

Le niqab est le tissu porté pour cacher le visage en sus du voile. La Tradition (Ibn Saad) mentionne qu’Aïcha sortit une fois en niqab pour aller voir une nouvelle future femme de Mahomet à la porte de Médine ; la Tradition mentionne ce fait comme a priori assez exceptionnel. Une autre Tradition (Ibn Sirin) indique que le niqab n’aurait été qu’une mode au temps de l’Arabie mahométane. De nos jours, dans certaines régions des pays du Golfe, il peut être remplacé par un masque en cuir.

À côté du niqab apparut semble-t-il à la même époque la burqa, liée a priori à l’habillement des femmes des bédouins, mais le manque de sources historiques rend hasardeuse une description précise. La burqa est un voile qui recouvre la totalité du corps de la femme, des pieds jusqu’à la tête, de couleur habituellement noire ou bleue. Dans certains cas, les mains doivent même être couvertes et les yeux grillagés. Même si la burqa n’est aucunement une obligation islamique [1], cette pratique patriarcale reculée semble fortement ancrée dans la tradition afghane et est plus fréquemment suivie de nos jours dans certains pays comme l’Iran, le Pakistan, et, de façon plus récente, a intégré la culture des pays du golfe et d’Égypte notamment. Cette pratique reste extrêmement minoritaire en islam et se trouve dans les mouvements musulmans les plus radicaux (et de facto les plus anti-occidentaux).

Tariq Ramadan considère que ce n’est pas une prescription islamique et qu’il faut aller à l’encontre de cette pratique.

Tariq Ramadan Burqa

Tariq Ramadan 2009 Burqa

Malek Chebel écrit : « Autre phénomène préoccupant, certaines musulmanes européennes, elles-mêmes converties ou ayant épousé des musulmans très conservateurs, voilées de pied en cap, poussent le zèle et la bigoterie jusqu’à se grillager les yeux et se couvrir les mains de gants noirs. Ce symbolisme du noir est d’ailleurs abbasside, donc en grande partie chiite et non pas sunnite, ce qui souligne, outre l’origine géographique de l’idéologie en question, l’impossible distance des femmes voilées vis-à-vis de leurs propres pratiques. Une telle attitude les met au ban de la communauté nationale et les rend suspects aux yeux de la plupart des autres musulmans, à commencer par celles qui se refusent à un tel simulacre. D’ailleurs, aucun verset coranique ne préconise un tel vêtement et la Tradition est relativement muette quant au voile porté par les premières musulmanes. (…) Au fond, c’est la croyance de quelques tribus arriérées qui, en s’imposant aux villes, est devenue le vecteur d’une idéologie de séparation et de pureté préconisée par les mouvements intégristes. Dans ce cas de figure, l’ostentation leur suffit, car elle tient lieu de politique. »

La Convention citoyenne des musulmans de France rappelle dans son préambule et dans son article 5 : « Les musulmans de France, suivant la position adoptée par la majorité des théologiens musulmans, considèrent que le port du « voile intégral » n’est pas une obligation religieuse. (…) Concernant le port du voile intégral, il convient de rappeler que la France a adopté une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. À cette occasion, le CFCM a rappelé à plusieurs reprises la position adoptée par la majorité des théologiens musulmans qui stipule que le port du voile intégral n’est pas une obligation religieuse. (…) Tout au long des débats sur le port du voile intégral, le CFCM a clairement affiché son opposition à cette pratique et sa détermination à continuer d’œuvrer par le dialogue et l’éducation pour qu’elle ne s’installe pas sur le territoire national. »

Pour des musulmanes vivant en Occident, compte tenu que le voile n’est déjà pas une obligation sanctionnée en islam (cf. articles voile islamique 1 et voile islamique 2) – celui-ci restant une façon forte de s’identifier à une communauté –, le port volontaire du voile intégral correspond à un radicalisme total, généralement concomitant, pour les nouvelles converties, avec la rupture et même le rejet sécurisant de leur culture d’origine. Ce phénomène est clairement évoqué par Tariq Ramadan :

Tariq Ramadan Burqa

Tariq Ramadan 2009 Conversion

En revanche, on peut regretter que Tariq Ramadan ait prôné de façon assez paradoxale de ne pas légiférer contre cette pratique détestable par le biais d’une prouesse dialectique, consistant à essayer de démontrer que pour lutter contre une pratique détestable, il faut finalement ne pas l’interdire, et donc a contrario l’autoriser : mais alors comment faire passer clairement le message que cette pratique détestable n’est clairement pas la bienvenue en France et n’y sera pas autorisée ? Un peu comme si on nous disait que pour lutter contre l’État islamique, le mieux serait de ne rien faire et de le laisser se réformer lui-même de l’intérieur. Il est heureux que la voie juridique trouvée dans le cadre du danger réel créé pour l’ordre public soit juridiquement robuste. Rappelons que le port de vêtements dont l’objectif est de cacher le visage, et de fait celui de la femme, est interdit en France puisque la loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010 interdit, pour des raisons de sécurité publique, la dissimulation du visage dans l’espace public par son article 1 : « Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. »

Je suis une bombe

Il est difficile d’écarter l’idée que ce qui sous-tend ce type de pratique vestimentaire dans le monde musulman est l’idée détestable que l’homme, en butte aux provocations sexuelles des femmes, ne serait finalement pas totalement responsable de sa propre concupiscence, jugée naturelle et assez incontrôlable, et donc excusable. L’homme est donc une bête et la femme est seule responsable d’exciter ses instincts : belle conception de la nature humaine !

Malheureusement, cet argument odieux selon lequel la femme excite la concupiscence naturelle de l’homme est communément évoqué encore aujourd’hui dans les pays musulmans aussi bien par les hommes mûrs que par les jeunes si l’on en juge par certaines images encore récentes (2014) tirées de reportages ou d’interviews, par exemple en Afrique du nord (ex. Égypte). C’est l’argument classique des violeurs.