La question financière dans la naissance de l’islam

Si l’accueil de l’islam par les tribus arabes de La Mecque fut mauvais, au point que Mahomet dut décider de partir pour Médine avec ses quelques dizaines de partisans (sans avoir été persécutés, quoique cette légende tenace soit entretenue pour expliquer ensuite la violence barbare de Mahomet), il apparaît, selon la biographie de Mahomet d’Ibn Hîcham, incontestée en islam, que ceci a été dû essentiellement à des questions autres que religieuses, notamment de pouvoir et financières.

Mahomet proposait en effet une copie du judaïsme sans grande nouveauté théologique mais qui dérangeait évidemment par son monothéisme strict le culte des idoles de la Ka’ba qui faisait l’objet d’un commerce fructueux dont bénéficiaient les Quraychites. Ces préoccupations bien terre à terre sont assez éloignées de grands débats spirituels ou religieux. Il est rare de voir rappeler ce point de façon aussi claire à la télévision (émission de France 2 « Vivre l’islam » de décembre 2016).

France 2 Islam 161218 Tawhid 1 Extrait 1

Cela étant, Mahomet est loin d’avoir été lui aussi indifférent aux questions financières puisqu’il pratiqua la razzia et établit des règles stables de partage du butin qu’on retrouve d’ailleurs explicitement dans le Coran (sourate 8).

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (12) L’antisémitisme musulman, ou « Mahomet, un chef de clan »

  • Problématique

Rogier Cukierman, président du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), indiquait en février 2015 que, selon lui, les violences commises en France pour des raisons religieuses l’étaient uniquement par des musulmans : « toutes les violences commises aujourd’hui le sont par des jeunes musulmans ».

Roger Cukierman CRIF Violence musulmane Europe 1 150223

S’agissant par ailleurs du commentaire « les premières victimes sont les musulmans », il convient de noter que :

1) c’est objectivement faux en France et en Europe : les actions menées visent manifestement les non-musulmans (cf. Mohammed Merah, Charlie, Hyper Cacher, Musée juif de Bruxelles, Bataclan, agressions sexuelles de Cologne, Nice, marché de Noël de Berlin, etc.) ;

2) les musulmans qui meurent dans les attentats ne le sont que par « accident » puisque leur présence sur le lieu des attentats (notamment au Bataclan ou à Nice) est incompatible selon l’islam orthodoxe avec les préceptes de la religion musulmane (raison pour laquelle ils ne sont pas considérés par les mouvements fondamentalistes musulmans comme de bons musulmans mais comme des apostats puisqu’ils s’écartent dans leur pratique de la voie de l’islam) ;

3) l’histoire de l’islam montre que les conflits religieux internes aux musulmans, que ce soit au sein du sunnisme ou entre sunnites et chiites, remontent aux origines de l’islam : il ne s’agit donc pas d’un phénomène nouveau qui serait né à la fin du XXème siècle d’une déviance nouvelle de l’islam.

Si donc on le prend le cas des juifs, peut-on trouver un fondement doctrinal à l’antisémitisme musulman auquel fait référence indirectement mais clairement Roger Cukierman ?

  • Les racines doctrinales et « historiques » de l’antisémitisme musulman

Les racines de l’antisémitisme dans l’islam des origines semblent assez nombreuses si on y regarde de près :

–  la copie par l’islam du judaïsme qui met dès l’origine ces deux religions en concurrence (Mahomet n’a apporté aucune notion significative nouvelle par rapport au judaïsme en matière de doctrine religieuse : il s’est simplement positionné dans cette filiation et a affirmé être le dernier prophète) ;

Tareq Oubrou note que cette concurrence s’établit dans le cadre d’une frustration de Mahomet et de ses partisans à l’égard des juifs : « À Médine, où les juifs étaient très présents, les païens ressentaient un certain complexe par rapport à eux, car ils étaient « ummiyyûn », ceux qui n’avaient pas eu la chance de recevoir un livre révélé. C’est pourquoi les Médinois arabes ont vu dans le message de Mahomet une certaine forme de revanche et se sont précipités pour se convertir à la nouvelle religion. »

Toutefois, parler de « se précipiter pour se convertir » paraît assez excessif : la question religieuse reste secondaire au regard des intérêts matériels des clans, conformément aux mœurs tribales des Arabes de l’époque.

– l’incapacité de Mahomet à rallier à lui les juifs de Médine, certains rabbins – suprême insulte – se moquant de lui ;

–  l’échec des alliances nouées avec les juifs via les tribus arabes de Médine ;

En effet, Tareq Oubrou écrit : « À Médine se trouvaient des juifs en grand nombre – ils représentaient presque la moitié de la population. Eux-mêmes étaient organisés en tribus, comme les autres Arabes, sur la base d’alliances avec les deux principales tribus médinoises, alors païennes : les Banû Aws et les Banû Khazraj. Ces alliances ne furent pas remises en cause par le Prophète après son installation à Médine. S’il tenta de les transcender, ce fut dans les limites de ce que permettaient les traditions ethniques tribales, très ancrées dans la culture de l’époque. Ainsi, il instaura dès son arrivée une forme de constitution qui reconnaissait les trois tribus juives comme membres à part entière d’une même communauté. Cette tentative échoua finalement à cause du désengagement successif de ces trois tribus [Qaynuqa, Nadir, Quraydha]. »

–  la décision de Mahomet de finalement chasser ou exterminer les juifs de Médine, notamment en finissant par les 600 à 900 prisonniers de la tribu juive des Banû Quraydha qu’il fit égorger par petits groupes dans un fossé creusé spécialement à Médine (cf. http://islametoccident.fr/?p=1705) ;

–  les autres campagnes menées contre les juifs en dehors de Médine, comme à Khaybar ;

–  l’accusation de meurtre puisque Mahomet est censé être mort des suites d’un empoisonnement de nourriture (brebis) préparé par une juive.

En dépit de ce constat assez clair d’animosité vis-à-vis des juifs, bien documenté par les sources musulmanes elles-mêmes, Tareq Oubrou tente néanmoins de dédouaner Mahomet de sa responsabilité en en faisant l’instrument forcé de pratiques tribales : « Lors de chaque conflit armé avec une tribu juive, la personne qui tranchait après capitulation n’était pas le Prophète mais un des chefs de la tribu arabe à laquelle elle était alliée, conformément aux mœurs et aux solidarités tribales de l’époque. Le Prophète, ici, n’était qu’une partie dans le conflit, et non un juge. »

Cette explication visant à déresponsabiliser Mahomet porte en elle un aveu terrible, puisque c’est en effet reconnaître que Mahomet, dernier porteur d’une parole divine et donc en principe définitive et universelle, voyait sa conduite en réalité dictée dans la guerre qu’il menait par des considérations tribales traditionnelles (survie du clan, razzias, partage du butin, etc.). En d’autres termes, Mahomet était d’abord et surtout un homme de son temps, un chef de clan.

En effet, comme l’écrit Tareq Oubrou, il ne s’agit pas d’une question spirituelle mais d’un problème de pouvoir : « Mahomet doit affronter une oligarchie mecquoise qui détient un triple pouvoir – politique, économique, symbolique ou religieux – et qui voit en l’islam une menace. » Mahomet se retrouve ainsi en conflit de pouvoir avec les clans dont il est proche, ce qui va le conduire à des concessions pour constituer des alliances avec d’autres tribus : « La loi ne reflète pas forcément l’idéal théologiquement conforme au vouloir divin, et la réalité impose parfois des concessions. »

Pourtant, il ne semble pas que ni Bouddha, ni Jésus aient fait des concessions ; mais il est vrai qu’ils ne faisaient pas la guerre et prêchaient la paix.

  • Conclusion : Mahomet, un chef de clan

Dans sa volonté de dédouaner Mahomet de la violence qu’il a abondamment utilisée à des fins politique d’établissement de son pouvoir, Tareq Oubrou fait donc finalement preuve d’un réalisme qui l’honore. Chemin faisant, il porte un coup terrible au mythique Mahomet, vénéré dans tout le monde musulman, en le ramenant de fait au rang d’un chef de clan, c’est-à-dire en le désacralisant. Pas étonnant donc que sa tête soit mise à prix par l’État Islamique.

Cette compréhension de la nature de la prédication de Mahomet, consistant de façon simple, logique et cohérente, en une démarche de prise de pouvoir drapée dans les atours de la religion, paraît essentielle : c’est celle à laquelle d’ailleurs aboutit naturellement tout lecteur qui laisse de côté les superstitions religieuses de ceux qui voient Dieu partout et les « interprétations » visant à mythifier une simple guerre politique au rang de prétendue vocation divine.

La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (3) Le Coran ne veut rien dire sans « contextualisation »

  • Problématique

S’il est bien une idée reçue irrationnelle ancrée chez beaucoup de nos concitoyens, c’est que, malgré le caractère définitif et divin du message de l’islam, ce message serait à « contextualiser », c’est-à-dire à replacer dans le contexte de l’Arabie du VIIème siècle ; bref, un message universel et définitif dépendant du contexte arabe bédouin. Allah, contraint par les mœurs des bédouins arabes du VIIème siècle… Cette idée saugrenue, pourtant naturellement admise par des personnes apparemment sensées – y compris par celles qui ne connaissent rien à l’islam –, est entretenue dans l’esprit public par les islamologues de façon constante pour tenter de désamorcer toute polémique relative à la violence de Mahomet.

Ainsi que l’explique l’intervenant de l’émission de France 2 « Islam » du 4 décembre 2016, « Il faut contextualiser la naissance de cette religion [l’islam] au VIIème siècle ». Je laisse par ailleurs de côté l’affirmation, dénuée de tout fondement comme le montre tout simplement la lecture de la biographie de Mahomet qui regorge d’actes de violence, que « La violence qu’on trouve dans le texte coranique est inversement proportionnelle à la réalité de la violence qui se déploie dans la réalité ».

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  • Argument : un texte religieux musulman ne veut rien dire en soi

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S’il peut parfois y avoir plusieurs compréhensions possibles d’un texte, le vocabulaire disponible ne reflétant pas toujours l’exact contenu de la pensée de l’auteur (pour autant que celle-ci soit claire) et le lecteur ayant lui-même ses propres biais de compréhension, il ne faut pas généraliser abusivement cette situation. C’est pourtant ce que font les islamologues avec les textes religieux musulmans, ceci jusqu’à l’absurdité : « Il n’y a pas une seule lecture du texte. Il y a une multiplicité de lectures qui sont fonction des individus, des époques, et de l’idéologie dans laquelle ils peuvent se reconnaître. » Si une telle diversité de lectures est avérée, une conclusion s’impose : le texte n’est pas clair ou ne veut rien dire. Comme il s’agit d’un texte humain, cela n’a en réalité rien de très étonnant.

  • Entre La Mecque et Médine, Mahomet a changé son fusil d’épaule par opportunisme politique

Le message prétendument divin serait donc fluctuant en fonction des circonstances. Si nous revenons sur terre, il est facile de comprendre que tout cela est ridicule et que les atermoiements, les contradictions, les revirements de Mahomet ne sont que la conséquence de son opportunisme politique.

Il est rarissime d’entendre un islamologue le reconnaître de façon claire, presque par inadvertance, car l’opportunisme politique n’est guère conciliable avec une prétendue mission divine. Mais c’est pourtant ce qui est arrivé dans l’émission de France 2 « Islam » en ce début décembre 2016, sans que sans doute l’intervenant ne prenne totalement conscience de toute la portée de ses propos et du malaise qu’ils créent au regard du discours lénifiant habituellement en usage. Je suis d’ailleurs étonné que ces propos n’aient pas été coupés au montage, cette émission ayant semble-t-il fait l’objet d’un montage assez compliqué si l’on en juge par les raccords qu’on peut voir si l’on visionne l’émission in extenso.

En effet, parmi les éléments de contextualisation régulièrement évoqués figure en bonne place et à juste titre l’évolution du message de Mahomet entre La Mecque (prédication de 610 à 622) et Médine (de 622 à 632 : la guerre religieuse, c’est-à-dire le « jihad »). Mais alors qu’est invoquée habituellement la traditionnelle légitime défense face à une population devenue ennemie puisqu’elle refuse de se convertir à la nouvelle religion de Mahomet et de reconnaître en lui son chef, l’intervenant fait état, de surcroît sur la base d’une observation « très facile »  ce qui est effectivement le cas –, de motivations beaucoup plus terre-à-terre et au demeurant beaucoup plus naturelles et logiques :

« On remarque que, concernant la période mecquoise, il y a beaucoup plus de versets qui mettent en avant la paix, le pacifisme, la miséricorde, mais qui est explicable conjoncturellement : comme il s’agit d’une communauté minoritaire persécutée, il est préférable pour elle d’appeler à la paix et à la miséricorde. S’agissant de la période médinoise, les versets sont beaucoup plus belligènes. Plus on a une communauté minoritaire, plus les appels à la paix sont nombreux et plus elle devient hégémonique et plus la tentation hégémonique et violente croît. »

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  • Conclusion

Au-delà de l’argument de la prétendue persécution, dont (cf. mes autres articles sur ce site) on ne retrouve guère de traces dans les textes musulmans eux-mêmes (sauf à considérer que la persécution commence dès lors qu’on critique ou qu’on se moque simplement de Mahomet et de sa doctrine), le commentaire de l’intervenant est particulièrement instructif : la communauté musulmane était opportuniste et n’a pas adopté du tout le même comportement étant minoritaire (à La Mecque) ou voyant son influence se renforcer (à Médine) : sa violence s’est exprimée d’autant plus fortement que son importance relative a crû. Qu’ajouter de plus ? Mahomet et la communauté des origines étant des modèles pour tous les musulmans, à bon entendeur…

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (8) Le mensonge de la persécution à La Mecque

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  • La problématique : comment justifier le jihad par l’argument de la légitime défense

Un des leitmotive utilisés pour dédouaner Mahomet de sa violence de simple chef de clan guerrier (Jacqueline Chabbi indique que « Dans les chroniques extérieures à l’Arabie et contemporaines de l’émergence de l’islam, Muhammad est seulement signalé comme le chef des bandes armées d’invasion, sans plus de précision ») est l’argument de la légitime défense.

  • L’argument de la persécution à La Mecque

Si Tareq Oubrou peut avoir des analyses audacieuses sur certains sujets, force est de constater sur le thème de la « persécution » une grande banalité : « Le Prophète, sa famille et ses compagnons furent persécutés à La Mecque pendant treize ans avant de recevoir l’ordre de quitter la ville pour Médine. » Malheureusement, Tareq Oubrou ne cite aucun texte en appui de cette affirmation. En réalité, Mahomet a tout simplement décidé de fuir La Mecque quand il s’est rendu compte qu’il n’y arriverait jamais à rien. Et s’il avait été réellement en danger, aurait-il fui l’avant-dernier après avoir envoyé tous ses partisans à Médine ? Ne serait-il pas parti plutôt le premier ? (voir mes autres articles sur ce site dédiés à la question de la persécution)

Si les Mecquois se moquaient effectivement de Mahomet, difficile de parler de « persécutions » pour quelques avanies à son encontre. Voilà ce que dit la Sîra : « Ibn Hîsham dit : « Des savants m’ont rapporté que le plus dur parmi ce que l’Envoyé d’Allah a souffert de la part de Quraysh est ceci : un jour, il sortit. Il n’a rencontré personne qui ne le dénigrât pas et ne lui fît pas de mal [par les paroles], que ce soit un homme libre ou un esclave. L’Envoyé d’Allah rentra chez lui, et se couvrit à cause de la dureté de ce qui lui arriva. Alors Dieu a fait descendre les deux versets suivants : « Ô toi couvert d’un manteau ! Lève-toi et avertis (sourate 74, versets 1 & 2) ». »

Notons d’ailleurs qu’un des intervenants de l’émission France 2 Islam du 27 novembre 2016 a fait clairement état des motivations très terre-à-terre qui ont contribué à tendre les relations entre Mahomet et les Quraychites : des questions de gros sous. En effet, en prêchant une nouvelle religion, Mahomet risquait de remettre tout bonnement en cause le culte des idoles de La Mecque, objet d’un commerce fructueux qui bénéficiaient aux tribus Quraychites de La Mecque.

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Il n’y a pas eu de persécution religieuse au sens où on l’entend par exemple pour les chrétiens avec les Romains : par les persécutions, les Romains cherchaient à anéantir une « vraie » religion (dissociant spirituel et temporel) car il est impossible d’extirper définitivement chez un individu les racines d’une idée sans tuer son porteur. À La Mecque, les Mecquois avaient surtout le sentiment d’avoir affaire à un histrion dangereux pour leur commerce.  Il cherchait certes à développer une théorie religieuse mais sans doute l’ont-ils en partie négligé en pensant que le chasser (ce qu’ils n’ont d’ailleurs pas fait : Mahomet est parti de lui-même) pouvait suffire pour protéger le commerce. Si les Mecquois avaient voulu vraiment s’en débarrasser, il leur suffisait tout simplement de le tuer sans perdre de temps à le « persécuter » d’abord, ce qui ne servait à rien.

  • L’islam n’est pas conquérant et ne fait que se défendre

Aux dires de certains, le jihad ne serait jamais offensif mais uniquement défensif, thèse encore reprise dans l’émission France 2 Islam du 27 novembre 2016 :

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Je pense avoir déjà écrit suffisamment à ce sujet sur ce site pour démontrer que ceux qui le prétendent n’ont pas lu la Sîra d’Ibn Îshaq/Ibn Hîcham, biographie de Mahomet incontestée en islam (sans parler du Coran et des hadiths). Je ne vais pas reprendre ici tous les éléments déjà fournis dans ces articles : il est facile d’y accéder via l’outil de recherche disponible sur le site.

Le plus étonnant d’ailleurs est que la biographie de Mahomet d’Ibn Îshaq/Ibn Hîcham est un document musulman : il aurait été facile aux partisans de Mahomet d’en expurger tous les passages problématiques au regard de la prétendue vocation d’amour et de paix de Mahomet : peut-être certains l’ont-ils été, mais, en tout état de cause, il en reste encore un grand nombre dans la version connue aujourd’hui qui ne laisse planer aucun doute sur la nature guerrière de l’action de Mahomet. Il est donc pour le moins étonnant de voir les musulmans tenter de nier la portée de leurs propres textes.

De ce point de vue, Mohamed Bajrafil constitue un spécimen intéressant : cette personne ne semble guère embarrassée par l’honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de défendre l’islam et Mahomet. L’extrait de l’émission ci-dessus est d’ailleurs amusant à ce titre puisque le deuxième intervenant se voit obligé, avec beaucoup de retenue mais de façon claire (ce qui est très rare dans ce genre d’émission consensuelle), de reprendre ses propos.

Pour Mohamed Bajrafil, Mahomet a attaqué par anticipation ses futurs potentiels agresseurs : une conception très particulière de la légitime défense ! Et il extrapole, néanmoins dans une certaine confusion et avec une difficulté d’élocution tant le propos est énorme, à toutes les autres guerres de l’islam ! Il se retrouve ainsi en contradiction avec tous les imams et islamologues qui reconnaissent effectivement que l’islam est une religion de conquêtes (Tareq Oubrou cf. ci-dessous, ou Malek Chebel qui a été très clair sur la question). Sans parler de la prétendue possibilité donnée en islam à chacun « de croire ou de ne pas croire » : rien n’arrête la taqiya perverse de Mohamed Bajrafil !

Au-delà de tous ces mensonges, rappelons simplement que le Christ avait déjà montré magistralement comment, face à une vraie persécution qui le conduira jusqu’à la crucifixion, répondre à la violence lorsqu’on prétend porter un message uniquement spirituel.

  • La schizophrénie de Tareq Oubrou

Tareq Oubrou est également empêtré dans des contradictions dont il ne sort que par des pirouettes. Il explique ainsi dans un autre ouvrage (« Un imam en colère ») le poids fondamental de la question politique à l’époque de Mahomet puis de ses successeurs – mais qu’il essaie bien maladroitement de dissocier de la question religieuse – : « L’islam est une religion qui a la particularité d’avoir vu le jour en même temps qu’un État, au début du VIIème siècle à Médine, dans la péninsule arabique, après que le prophète a été chassé de La Mecque. Ainsi sommes-nous, dès l’origine, en présence de deux réalités bien distinctes : d’un côté, la révélation coranique que le prophète Muhammad a pour mission de transmettre – et non d’imposer – dans un environnement polythéiste intolérant et hostile ; de l’autre, la naissance d’un empire soumis à des menaces extérieures. (…) Pris dans une logique d’empire, les Arabes n’ont d’autres choix que d’attaquer pour survivre. D’où la rapide extension de la religion naissante sur la rive sud de la Méditerranée. (…) Voilà pourquoi il est essentiel de bien séparer ces deux ordres de réalité : naissance d’une religion d’un côté, logique d’empire de l’autre. »

Cette position est extrêmement commode : ce qui est « bien » aux yeux du monde occidental est rattaché à la religion et ce qui est « mal » à la politique, question politique qui n’a bien entendu rien à voir avec la question religieuse…

  • Conclusion : pourquoi l’islam n’a-t-il d’autre issue que de s’accrocher coûte que coûte au mythe de la légitime défense

L’enjeu du mythe de la persécution physique est absolument fondamental pour l’islam : après Bouddha et Jésus, difficile en effet de se hisser au même niveau spirituel : la compétition est en réalité intenable.

Or que peut faire un homme qui se rend compte au bout de 12 ans que sa prédication politico-religieuse n’avance à rien (au-delà d’une poignée de fidèles), si ce n’est passer par la force pour imposer son pouvoir ? Pas besoin d’avoir recours à une prétendue inspiration divine pour le comprendre. Reste que l’islam doit alors tenter de justifier par tous les moyens dialectiques possibles la violence pour préserver coûte que coûte le résidu de spiritualité qui sous-tend cette idéologie.

Toujours se reporter aux textes

  • La problématique

En matière religieuse, il est toujours nécessaire de reprendre les textes avec précision tant cette matière est sujette à des fantasmes et à des projections personnelles (indépendamment du fait d’ailleurs de savoir si ces textes correspondent à une quelconque réalité historique).

Quand on lit simplement la biographie de Mahomet (Sîra d’Ibn Hîcham, IXème siècle, reconnue par tous les musulmans et que Tariq Ramadan qualifie de « source classique »), il apparaît évident que la vie de Mahomet, qui a fait la guerre, ordonné l’exécution d’ennemis, pratiqué la razzia pour se procurer du butin et des femmes (échangées sur les marchés contre armes et chevaux), etc., est bien différente de celle du Christ qui a refusé qu’on le défende, n’a jamais monté d’armée et s’est laissé crucifier.

Pourtant, dans une interview donnée à un journaliste de l’Est Parisien en février 2016, Ghaleb Bencheikh, présentateur attitré de l’émission « Islam » sur France 2 le dimanche matin et esprit très cultivé, a dit : « Qui sait que Mahomet lui-même, en 619, fut lapidé et battu à son arrivée à Taef ? Et qu’il a dit alors : « Mon Dieu, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Ce sont les paroles du Christ qu’il citait ! »

Ghaleb Bencheikh

Le problème est que tout cela ne figure absolument pas dans la Sîra. Lisons en effet ce texte puisqu’il est disponible en français (dans la version traduite par Abdurrâhman Badawî publiée aux éditions Al Bouraq), ce qui est par ailleurs une occasion intéressante de partager un texte authentique et original qui donne une idée de la vie de la façon dont Mahomet était perçu à La Mecque et dans ses alentours.

  • La texte de la biographie de Mahomet (Sîra)

Resituons le contexte : Mahomet était dénigré à La Mecque (un certain nombre de Mecquois le pensait d’ailleurs à moitié fou et possédé par les djinns) et sa prétention à être le messager de la nouvelle religion et par là à devenir le chef des Quraychites convertis n’était guère bien perçue : Mahomet appartenait à un des clans respectés de La Mecque (les Banû Hachim) mais cela ne lui conférait pas pour autant de légitimité tribale particulière pour s’arroger le titre de chef de toutes les tribus de La Mecque et de ses environs. S’il n’avait rien à craindre du fait du prestige de son oncle Abû Tâlib, la mort de ce dernier fragilisa sa position à La Mecque et il tenta de se rapprocher d’une tribu établie non loin à Taef, les Thaqîf.

Voici le texte de la Sîra :

« Section : l’Envoyé va à la tribu Thaqîf à la recherche de leur secours

Quand Abû Tâlib mourut, les Quraych outrageaient l’Envoyé d’Allah d’une manière qui ne s’était pas vue durant la vie de son oncle Abû Tâlib. Il partit pour al-Taîf, cherchant secours auprès de la tribu Thaqîf et leur protection son peuple, et aussi pour qu’ils acceptassent de lui ce qui lui venait de Dieu – Très Haut –. Il y alla seul.

Quand l’Envoyé d’Allah arriva à al-Taîf, il se dirigea vers quelques gens de Thaqîf (…). L’Envoyé d’Allah s’asseyait avec eux, les appelait à croire en Dieu, et leur parlait du sujet qui l’avait amené à venir chez eux, à savoir : de lui porter secours pour propager l’islam et de l’aider contre ses opposants parmi son peuple. L’un d’eux alors lui dit qu’il déchirerait la couverture de la Ka’bah si Dieu l’avait envoyé. Le deuxième lui dit : « Dieu n’a-t-il pas trouvé un homme mieux que toi pour l’envoyer ?! » Le troisième lui dit : « Je ne parlerais jamais avec toi si tu étais l’Envoyé d’Allah, comme tu le dis, tu serais trop important que je puisse te répondre, et si tu mentais sur Allah, je ne devrais par parler avec toi. » L’Envoyé d’Allah partit donc de chez eux, désespéré de l’élite de Thaqîf. D’après ce qui m[le biographe Ibn Ishâq]’a été rapporté, il leur dit : « Puisque vous vous comportez ainsi, gardez cela un secret entre nous ». En effet, l’Envoyé d’Allah craignit que cela fût porté à la connaissance de son peuple, ce qui les rendrait plus hardiment insolents à son égard.

Mais ces trois nobles de Thaqîf ne gardèrent pas le secret. Au contraire, ils excitèrent contre l’Envoyé d’Allah leurs hommes insolents et leurs esclaves, qui se mettaient à l’insulter et à le chahuter, en sorte que la foule s’assembla autour de lui et le poussa à se réfugier dans un jardin entouré d’un mur qui appartenait à Utbah ibn Rabî’ah et à Shaybah ibn Rabî’ah qui s’y trouvaient à ce moment. Alors les insolents de Thaqîf qui le poursuivaient le laissèrent tranquille. Il se mit sous l’ombre d’une treille de vigne. Il s’y assit, pendant que les deux fils de Rabî’ah le regardaient et voyaient ce qu’il avait souffert de la part des gens insolents de Thaqîf. (…) Lorsque l’Envoyé d’Allah sentit de la sécurité, il dit, d’après ce qu’on m’a rapporté : « Ô mon Dieu ! Je me plains à Toi de la faiblesse de mes forces, de la pauvreté de mes moyens et du mépris des gens pour moi. Tu es le plus miséricordieux des miséricordieux ; tu es le seigneur des jugés faibles, tu es mon Seigneur, à qui me confies-tu ? À un étranger qui prendrait un air dur envers moi ? Ou à un ennemi qui serait mon maître ? (…) »

Quand les deux fils de Rabî’ah le virent et aperçurent ce qu’il souffrait, leur lien de parenté s’émut. Ils appelèrent un domestique chrétien qui était à leur service, appelé Addâs, et lui dirent : « Cueille de ce raisin, mets-le dans ce plat, et va à cet homme-là et invite-le à en manger. » (…) Addâs répondit : « Je suis chrétien et je suis un des habitants de Ninive. » L’Envoyé d’Allah dit : « De la ville de l’homme pieux Jonas, fils de Matta. » Addâs lui dit : « Comment connais-tu Jonas, fils de Matta ? » L’Envoyé d’Allah répondit : « C’est mon frère : il était prophète et moi je suis prophète. » Alors Addâs se mit à embrasser la tête de l’Envoyé d’Allah et ses mains et ses pieds.

L’un des deux fils de Rabî’ah dit à l’autre : « Il semble qu’il a corrompu ton domestique ! » Quand Addâs revient à eux, ils lui dirent : « Malheur à toi, Addâs, pourquoi as-tu embrassé la tête, les mains et les pieds de cet homme ? » Addâs répondit : « Mon maître, il n’y a sur la terre aucun homme mieux que lui. Il m’a raconté une chose que ne connaît qu’un prophète. » Ils lui dirent : « Malheur à toi Addâs ! Il ne faut pas qu’il te fasse renoncer à ta religion, car ta religion est meilleure que la sienne. »

Puis, l’envoyé d’Allah partit d’al-Tâ’if et retourna à Makkah, ayant désespéré de la conversion de la tribu de Thaqîf. Lorsqu’il passa par la vallée de Nakhlah, il se mit à prier, au milieu de la nuit. Alors passa devant lui le groupe de djinns que Dieu – Très haut – a mentionné. D’après ce qu’on m’a dit, ils sont au nombre de sept et sont des djinns des habitants de Nisibe (Nasibin). Ils se mirent à l’écouter. Quand il termina sa prière, ils s’en allèrent à leur peuple pour les avertir : ils avaient écouté et avaient répondu affirmativement à ce qu’ils avaient écouté. [Suit une explication de la descente des versets 29 à 31 de la sourate 46 et des versets 1 et 2 de la sourate 72].

Section : L’Envoyé d’Allah propose sa religion aux tribus et leur demande protection

Ibn Ishâq dit : Puis l’Envoyé d’Allah arriva à Makkah. Là, son peuple était en plein désaccord avec lui et en totale opposition à sa religion, à l’exception d’un petit nombre de gens jugés faibles qui ont cru en lui. Durant les fêtes de pèlerinage, l’Envoyé d’Allah proposait sa religion aux tribus arabes, les invitant à croire en Dieu, leur annonçant qu’il était un prophète envoyé d’Allah, leur demandant de croire en sa véracité et de le protéger, afin qu’il leur expliquât ce pour quoi dieu l’avait envoyé. »

  • Conclusion

D’après ce texte, incontesté chez les musulmans, Mahomet ne fut donc pas battu et encore moins lapidé, et ne prononça bien entendu pas les paroles du Christ lors de sa crucifixion (Luc 23, 34 Et Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. ») !

Soit c’est une erreur du journaliste qui n’a pas compris ce qu’on lui disait (encore faut-il connaître cet épisode…), soit c’est une erreur monumentale de Ghaleb Bencheikh, doublée d’une projection imaginaire dont l’intention questionne (car il faut avoir beaucoup d’imagination pour aller mettre les paroles du Christ crucifié dans la bouche de Mahomet !) ; à moins que celui-ci fasse référence à un autre texte (mais lequel ? Texte qui serait d’ailleurs à ce moment-là en contradiction avec celui cité ci-dessus).

La version relatée par la Sîra semble tout à fait logique : Mahomet, n’arrivant pas à convertir les Mecquois et ayant perdu l’appui de son oncle décédé, est allé chercher un autre appui dans une tribu vivant dans les environs, sans d’ailleurs parvenir non plus à la convertir. Il est donc retourné à La Mecque. Fin de l’histoire.

Quant à ce récit, il reste un récit religieux, puisqu’il faut garder à l’esprit que la vie de Mahomet n’a commencé à être rédigée que plus de 150 ans après sa mort environ, et que l’historicité du personnage est très discutée compte tenu de la faiblesse des sources fiables du point de vue de l’historien. Marie-Thérèse Urvoy, professeur d’islamologie, d’histoire médiévale arabe et de langue arabe classique, écrit à cet égard : « Dans les chroniques extérieures à l’Arabie et contemporaines de l’émergence de l’islam, Muhammad est seulement signalé comme le chef des bandes armées d’invasion, sans plus de précision ».

Aussi, vouloir considérer la Sîra comme un texte de valeur « historique » et une « preuve » de quoi que ce soit est illusoire. C’est très certainement un mélange d’événements réels et imaginaires, ou du moins dont le récit traduit une visée symbolique et valorisante. D’ailleurs, c’est l’idée que s’en font les musulmans aujourd’hui qui est importante, puisque celui-ci est censé être un modèle à imiter, plutôt que la réalité historique que personne ne connaît.

Ainsi, on retrouve dans le récit ci-dessus, ce qui ne doit guère étonner, certaines « figures » ou certains « mythes » classiques de l’hagiographie religieuse : le prophète incompris de son peuple, dont la raison est obscurcie et le cœur endurci ; le prophète qui ne comprend pas pourquoi Dieu semble l’abandonner ; le prophète qui en revanche parvient à convertir celui qui a le moins de raisons de se rallier à lui puisqu’il a déjà sa religion (le domestique chrétien), conversion qui symbolise par ailleurs la légitimité de Mahomet à prétendre à l’héritage chrétien et juif. De ce point de vue, l’exemple mahométan ne semble pas apporter pas grand-chose de neuf par rapport au judaïsme (cf. Moïse) et au christianisme (cf. Jésus) dont il copie assez largement les précédents.

Comment les Quraychites se moquaient de Mahomet à La Mecque

Mahomet a tenté d’imposer aux Quraychites sa nouvelle religion à La Mecque. Si les réactions naturellement hostiles des Quraychites ont pu susciter certaines violences assez habituelles dans le contexte des mœurs de l’époque, leur gravité est bien inférieure à ce que chacun a en tête lorsqu’on utilise de nos jours et à dessein le terme de « persécutions » (cf. article persécutions à La Mecque).

Pour ce qui est de Mahomet lui-même, s’il a finalement fui de La Mecque au bout de 12 ans de prédication, on ne voit pas bien ce qu’il eut à subir lui-même, si ce n’est les railleries et les moqueries du clan des Quraychites auquel lui-même appartenait. Peut-être peut-on trouver ici une des raisons possibles de l’extrême sensibilité et susceptibilité des musulmans à toute critique de leur prophète compte tenu du souvenir pénible de cette époque de raillerie et de moquerie de leur prophète et de leur religion.

Lisons la Sira : section « La mort d’Abu Talib et de Khadija » [ndlr soit 10 ans après le début de la prédication de Mahomet et 2/3 ans avant l’hégire] :

« Ibn Ishâq dit : Les gens qui outrageaient l’envoyé d’Allah dans sa maison étaient : Abu Lahab, al-Hakam, Uqbah, Adyy, al-Thaqafi et Ibn al-Asda al-Hudali. Ils étaient ses voisins. Aucun d’eux n’a embrassé l’islam, à l’exception d’al-Hakam. D’après ce qu’on m’a rapporté, l’un d’eux jetait sur l’envoyé d’Allah l’utérus d’une brebis pendant qu’il priait, un autre lui jetait dans sa marmite une pierre quand on la lui servait. Par suite de cela, l’envoyé d’Allah était obligé de se protéger d’eux derrière un mur quand il priait. D’après ce que me rapporta Umar sur l’autorité d’Urwab, l’envoyé d’Allah avait coutume, quand on jetait sur lui cette saleté, de la mettre sur une perche et de se tenir debout devant sa porte et de dire : « Ô gens de Banû Abd Manâf ! Quel voisinage est-ce ? ! » Puis il la jetait dans la rue.

Ibn Ishâq dit : « Khadija et Abu Talib moururent la même année. » [ndlr en 619/620] Alors les catastrophes se succédèrent sur l’envoyé d’Allah par suite de la mort de Khadija – qui était son soutien fidèle pour l’islam et c’était à elle qu’il se plaignait –, et la mort de son oncle Abu Talib, qui lui offrit la protection dans sa mission, et l’aida contre son peuple. Cette double mort eut lieu 3 ans avant son émigration à al-Mâdinah. Lorsque Abu Talib mourut, Quraysh fit à l’envoyé d’Allah des outrages qu’ils ne pouvaient pas lui faire durant la vie d’Abu Talib à tel point qu’un insolent parmi les insolents qurayshites l’intercepta et jeta de la poussière sur sa tête.

Ibn Ishâq dit : Hisham ibn Urwah, sur l’autorité de son père, m’a dit : Lorsque cet insolent-là jeta cette poussière sur la tête de l’envoyé d’Allah, l’envoyé d’Allah entra dans sa maison et la poussière était sur sa tête. L’une de ses filles se mit à le nettoyer de la poussière en pleurant. L’envoyé d’Allah lui dit : « Ne pleure pas ma fille car Dieu protège ton père. » L’envoyé d’Allah disait : « Quraysh ne m’avait pas traité de la sorte jusqu’à la mort d’Abu Talib. » »

Jacqueline Chabbi complète : « La thématique de la moquerie est très fréquente dans le Coran de la période mekkoise [1]. La transmission ne pouvait aboutir puisque ses destinataires la rejetaient. Elle se trouvait dans une impasse. C’est pour cette raison que la révélation reflète, à La Mekke, une sorte d’emballement du discours. Celui-ci s’amplifie sans cesse. Il multiplie les récits tout autant que les redites. Les arguments se diversifient et se bousculent comme pour tenter de répondre désespérément à l’échec persistant de Mahomet auprès des hommes d’importance de la cité mekkoise, ses réceptionnaires désignés, les seuls qui auraient pu relayer son message auprès de la tribu tout entière. »

[1] Coran, sourate 52, verset 12 :  « ceux qui s’ébattent dans des discours frivoles » ; Coran, sourate 45, verset 9 :  « S’il a connaissance de quelques-uns de Nos versets, il les tourne en dérision » ; Coran, sourate 45, verset 35 :  « Cela parce que vous preniez en raillerie les versets d’Allah (…) » ; Coran, sourate 18, verset 56 :  « Et ceux qui ont mécru disputent avec de faux arguments, afin d’infirmer la vérité et prennent en raillerie Mes versets (le Coran) ainsi que ce (châtiment) dont on les a avertis ».

La « persécution » des musulmans à La Mecque : un pieux et immense mensonge

Certaines biographies contemporaines de Mahomet et la plupart des commentateurs musulmans font état d’« horribles persécutions » commises dès l’époque de La Mecque à l’égard des musulmans pour mettre en avant les qualités de Mahomet dans une telle situation et surtout ensuite la légitimité à se défendre par l’épée, si nécessaire avec grande violence. Or, à lire la Sîra, une telle interprétation est une lecture erronée des faits par rapport aux images auxquelles certains termes renvoient dans l’imaginaire contemporain. Faisons le point.

  • L’utilisation indélicate et à dessein d’un terme tout à fait connoté et trompeur

Que sous-entend le terme « persécution » ? La « persécution » est un « traitement injuste et cruel infligé avec acharnement » (Le Petit Robert).

En outre, il y a un oppresseur (ou plusieurs), de nombreuses victimes et un terrible châtiment pour elles (prison, sévices corporels, déplacement de population, exécutions, travaux forcés,…). Par exemple, quand les Romains ont persécuté les chrétiens, il les crucifiaient par milliers (comme sur la voie Appia) et leur infligeaient ainsi des souffrances atroces qui s’achevaient avec leur mort.

S’agit-il de cela lorsqu’on parle de Mahomet de ses partisans ? On en est très loin.

  • Qu’a essayé de faire Mahomet à La Mecque ? Par sa prédication, Mahomet a en réalité « harcelé » les Quraychites

L’organisation de l’Arabie du VIIème siècle était structurée autour de tribus farouchement indépendantes qui concluaient entre elles au gré des circonstances des pactes d’alliance. Ces tribus polythéistes vénéraient des dieux ou des idoles et le centre religieux principal était à La Mecque : y était notamment vénéré le dieu Hubal, dieu de la Lune, dieu le plus important de La Mecque.

Mahomet, en prêchant une nouvelle religion, monothéiste, se proposait de casser l’organisation tribale, sociale et religieuse traditionnelle des tribus Quraychites, ce qu’elle ne pouvait voir que d’un mauvais œil ; et ce d’autant plus que Mahomet prétendait en même temps en devenir le chef puisqu’il fallait lui obéir.

Aussi, pourquoi croire cet individu qui se prétendait inspiré par Dieu plutôt qu’un autre illuminé, d’autant qu’il a toujours refusé de donner des signes de son élection par la réalisation de miracles ? Il n’y avait en effet aucune raison. Seule la sagesse de la religion qu’il prêchait aurait dû lui permettre de conquérir les cœurs : de ce point de vue-là, Mahomet a complètement échoué à La Mecque au regard de ses ambitions au terme d’une prédication de 12 ans (610-622).

  • Quelle a été la réaction première des Quraychites ? De supporter les insultes de Mahomet et de proposer une conciliation !

Par un curieux renversement des faits, certains prétendent que ce sont les Quraychites qui ont harcelé, dénigré et insulté Mahomet, alors que c’est exactement l’inverse qui s’est produit au départ. Cela se comprend très bien puisque Mahomet a cherché à imposer sa nouvelle religion en décrédibilisant, insultant les anciennes coutumes et religions.

La Sîra est très claire sur le sujet : « Ils [ndlr les Quraychites] envoyèrent lui [ndlr Mahomet] dirent : « Les notables de ton peuple se sont réunis en vue de parler avec toi ; viens donc à eux. » L’envoyé d’Allah vint à eux rapidement pensant qu’ils avaient formé une opinion concernant ce qu’il leur avait dit ; en effet, ils tenaient absolument à leur bonheur, à ce qu’ils suivraient le droit chemin, et leur égarement lui faisait de la peine. Il s’assit avec eux. Alors ils lui dirent : « Ô Muhammad ! Nous t’avons envoyé chercher afin de parler avec toi. Par Dieu, nous ne connaissons pas quelqu’un qui avait introduit dans son peuple quelque chose de pareil à ce que tu viens d’introduire dans ton peuple ; tu as insulté les ancêtres, dénigré la religion, injurié les dieux, traité nos croyances de stupides, mis la discorde dans notre société, et il ne reste aucun mal que tu n’avais pas apporté entre nous et toi. Si, par cette affaire, tu veux obtenir de l’argent, nous amasserons pour toi de notre argent de quoi te rendre le plus riche parmi nous. Si par elle tu aspires à l’honneur parmi nous, nous te ferons notre seigneur. Si par-là tu veux devenir un roi, nous te ferons notre roi. Si celui qui vient à toi est un djinn que tu vois s’emparer de toi – ils appelaient le djinn – compagnon (ra’iyy), ce qui est probable, nous dépenserons de notre argent les frais du médecin jusqu’à ce que tu en sois guéri ; ou nous serons dégagés de tout reproche au sujet de ce que nous ferons avec toi. »

Donc, il s’avère que :

–  Les Quraychites ont été insultés par Mahomet au travers du dénigrement de leur religion, de l’accusation de stupidité, etc. ;

–  L’attitude de Mahomet constituait pour eux un affront inouï jamais vu de mémoire d’homme dans cette société tribale, qui aurait dû entraîner la mort immédiate de l’agresseur Mahomet ;

–  En dépit de la violence inouïe de cet affront, les Quraychites ont fait preuve d’une grande clémence et patience (pendant plusieurs années) compte tenu de l’appartenance de Mahomet à un des clans les plus respectés de La Mecque et ont essayé de trouver un terrain d’entente, jusqu’à lui proposer de devenir très riche et même de devenir leur seigneur, dès lors qu’il ne persistait pas à remettre en cause l’organisation sociale et tribale traditionnelle ;

–  Les Quraychites ont pu naturellement penser que Mahomet était probablement atteint de folie par l’entremise d’un djinn et se sont proposés de le soigner ;

–  Mahomet a refusé la conciliation qui lui était proposée et n’a pas réussi à les convaincre par la seule force de son discours (ou des signes quelconques).

En conséquence de quoi, on voit que les Quraychites étaient dans une situation de légitime défense vis-à-vis de l’agresseur, Mahomet, et étaient parfaitement légitimes à en finir avec lui.

  • Les Quraychites se défendent contre Mahomet et ses partisans

Les Quraychites auraient pu facilement s’en prendre à Mahomet, le responsable de l’agression, mais ils ne l’ont pas fait compte tenu des liens qu’il avait avec les clans respectés de La Mecque. Mahomet ne semble pas avoir lui-même été inquiété pendant au moins les 10 premières années de sa prédication à La Mecque, qui en a compté 12 ; il était certes raillé et moqué, mais il n’avait pas à craindre pour sa sécurité physique (cf article ).

Aussi les Quraychites se sont-ils défendus en luttant contre les quelques partisans de Mahomet pour faire pression sur eux et les amener à renier cette nouvelle religion. Évidemment, à l’époque on « faisait pression » de façon un peu moins policée qu’aujourd’hui : les mœurs étaient plus brutales. La violence faisait partie des mœurs tribales de l’Arabie. Les différends entre tribus et les razzias étaient fréquents. Rappelons aussi qu’il arrivait assez souvent que les filles soient enterrées vivantes à la naissance comme le rappelle le Coran. Les mœurs de l’époque n’étaient pas particulièrement douces ! « Lorsqu’on annonce à l’un d’eux une fille, son visage s’assombrit et une rage profonde l’envahit. Il se cache des gens, à cause du malheur qu’on lui a annoncé. Doit-il la garder malgré la honte ou l’enfouira-t-il dans la terre ? Combien est détestable leur jugement ! » (Coran, sourate 16, verset 58)

Le traitement infligé par les Quraychites à certains de ceux qui avaient embrassé l’islam et qui étaient les plus faibles (c’est-à-dire n’étaient pas sous la protection d’une tribu suffisamment puissante) pouvait être dur, sans pour autant être irréversible puisque l’objectif était de leur faire renier leur religion et pas de les tuer.

Une section de 4 pages de la Sîra est notamment consacrée aux pressions faites par les Quraychites sur les partisans de Mahomet et intitulée : « La persécution infligée par les polythéistes aux faibles qui ont embrassé l’islam ». Il s’agissait essentiellement de faire pression, notamment sur les plus faibles, pour les faire revenir à leurs anciennes croyances, par des coups, la privation de nourriture et d’eau, ou l’exposition au soleil. L’objectif était de les amener à renier leur conversion à l’islam, notamment en les faisant jurer par leurs anciennes idoles comme al-Zat et al-Uzza, ou en les obligeant à dire qu’un scarabée qui passait était leur dieu pour déconsidérer la croyance en l’islam.

La Sîra mentionne deux cas individuels : celui de Bîlal (un esclave, donc sans droit, dont le sort n’est donc pas représentatif – au demeurant, Abû Bakr le sortit des griffes des Quraychites en l’échangeant simplement contre un esclave noir plus fort et plus résistant que lui –) et celui d’Ammar ibn Yâsir.

La Sîra indique qu’Ammar ibn Yâsir, son père et sa mère étaient harcelés par les Banû Makhzûm qui les exposaient sur le sable brûlant de La Mecque. La mère mourut : la Sîra indique que la mère fut tuée, sans autre précision, mais, compte tenu des circonstances, il semble vraisemblable qu’elle mourut de son exposition prolongée au soleil. Il est intéressant de noter que Mahomet connaissait la situation de cette famille mais ne rechercha pas particulièrement à les protéger. La Sîra indique en effet que lorsque Mahomet passait à côté d’eux alors qu’ils étaient exposés, il leur disait : « Patience, famille Yâsir ! Le paradis vous est promis. »

La mort de la mère d’Ammar semble un cas isolé. Les Quraychites ne cherchaient pas à provoquer des violences graves et handicapantes, voire la mort, mais à obtenir l’apostasie des partisans de Mahomet, vraisemblablement pour déconsidérer encore plus la nouvelle religion qu’il prétendait leur imposer.

Il ne faut donc pas nier l’hostilité déclenchée, mais à juste titre, par Mahomet chez les Quraychites et certaines violences qu’ont pu connaître certains partisans de Mahomet, en particulier les plus faibles et ceux qui n’étaient pas affiliés à un clan suffisamment fort. Mais il était légitime que les Quraychites se défendissent contre l’agression qu’ils subissaient.

En outre, on peut penser que la Sîra, rédigée par un musulman du point de vue des musulmans, aurait certainement développé la description des persécutions commises sur les musulmans si leur ampleur l’avait justifié. Si les musulmans avaient par exemple subi un massacre de l’ampleur de celui, mentionné par la Sîra, des 20.000 chrétiens massacrés à Najrân (sud de la péninsule arabique) par les juifs conduits par Dû Nawas, il est probable que la Sîra n’aurait pas manqué de longuement le relater. Or rien de tel.

D’ailleurs, notons que Mahomet, ne pouvant pas placer sous la protection de son clan tous ses partisans, conseilla aux plus faibles et qui ne bénéficiaient pas de protection particulière d’émigrer en Éthiopie auprès du roi chrétien, le Négus, ce que fit un groupe de 83 musulmans. 33 revinrent d’ailleurs à La Mecque après quelque temps : si les partisans de Mahomet étaient réellement persécutés et craignaient vraiment pour leur vie, seraient-ils revenus ? Et Mahomet lui-même n’a jamais été violenté.

  • La fuite à Médine (l’hégire, 622)

Au bout de douze années, il est assez normal que les Quraychites en aient eu un peu assez et aient fini par se dire que cet individu, Mahomet, pouvait peut-être devenir finalement un réel danger politique pour eux avec ses prétentions à les commander (la religion n’ayant finalement pas grand-chose à faire dans l’histoire). Qu’ils aient songé au bout du compte à s’en débarrasser physiquement, c’est fort possible et même assez normal. D’autant que dans l’Arabie tribale du VIIème siècle, cela ne soulevait pas de grandes questions morales vu les mœurs de l’époque. Mais si Mahomet avait été aussi en danger que cela, nul doute qu’il aurait fui bien plus tôt et surtout sans faire partir fuir tous ses partisans avant de fuir lui-même.

  • Mahomet a été chassé injustement de La Mecque

Cet argument qui revient ad libitum dans la littérature musulmane (y compris dans le Coran), ne correspond donc pas à ce qu’on lit dans la Sîra. C’est un mensonge nécessaire à la justification du jihad.

Mahomet n’a pas été chassé : Mahomet a poussé à bout la patience des Quraychites en continuant à prêcher sa religion alors que celle-ci était infructueuse après 12 ans de prêche. Son entêtement l’a alors effectivement probablement mis en danger et il a donc décidé de fuir La Mecque pour s’établir à Médine.

Si Mahomet ne s’était pas entêté à vouloir imposer sa nouvelle religion aux Quraychites, en changeant au passage toute l’organisation tribale des tribus de La Mecque par ce nouveau rapport de pouvoir politique et religieux, il aurait pu continuer à vivre à La Mecque sans craindre aucunement pour sa vie : il n’a donc pas été « chassé » de La Mecque : il n’y a aucune injustice dans ce départ contrairement à ce que laisse entendre la littérature musulmane.

Cette situation est semblable à celle d’un fils qui vous dirait tous les jours pendant des années que vous devez changer vos croyances, votre mode de vie, que vous devez maintenant lui obéir parce qu’il a eu une illumination divine : n’y a-t-il pas un moment où vous perdriez patience ? Ne seriez-vous pas tenté, devenu excédé, par une bonne gifle pour lui remettre les idées en place ou de lui dire d’aller vivre aux crochets de quelqu’un d’autre s’il n’est pas content ? Et si votre fils dans cette situation décidait de prendre la poudre d’escampette, diriez-vous que vous l’avez « chassé » et qu’il est une victime ? Quand quelqu’un, de son propre fait, se met dans cette sorte de situation qui le conduit un jour au l’autre à partir de lui-même, est-il « chassé » (ou « banni ») ?

Ou imaginez que toutes les semaines pendant 12 ans vous ayez un témoin de Jéhovah qui vienne à votre porte vous expliquer que vous devez vous convertir à la religion qu’il prêche et que vous allez devoir lui obéir : comment réagiriez-vous ?

  • Conclusion

Il n’y a donc eu :

–  ni traitement injuste, puisque la légitime défense des Quraychites est avérée ;

–  ni traitement cruel, puisqu’il n’y avait pas de cruauté en tant que telle mais seulement des pressions physiques pour faire apostasier ;

–  ni acharnement, les pressions sur les convertis cessant dès le retour à la religion antérieure.

Aussi, le terme de « persécution », tout à fait inapproprié, devrait être remplacé par celui de « harcèlement » moral et physique, et notamment s’agissant de Mahomet de « harcèlement moral » car les Quraychites n’ont pas manqué de critiquer vigoureusement ses prétentions et sa « mission », voire de le tourner en ridicule, lui qui se croyait envoyé par Dieu (jusqu’à penser qu’il fallait le faire soigner).

  • Comment réagir face au révisionnisme musulman ?

La première chose à faire pour se faire votre propre idée est d’aller lire vous-même la biographie authentique de Mahomet. Le texte me semble clair sur l’étendue et la nature du harcèlement (justifié) subi par Mahomet et ses partisans. Cela vous permettra de vous constituer un argumentaire étayé et solide.

Malheureusement, cette question de la légitime défense originelle étant absolument cruciale pour l’islam – au risque de l’effondrement –, le débat rationnel et critique est généralement impossible, sauf avec quelques esprits éclairés et rares qui ne renient pas les faits et acceptent de « tourner la page » pour tenter de dégager de l’islam des messages de spiritualité non-violente pour la suite des temps (cf. article révisionnisme).

Aussi, si vous rencontrez des musulmans qui soutiennent cette théorie des horribles persécutions, inutile de discuter : demandez-leur les références précises des textes qui les décrivent dans la biographie de Mahomet (et n’oubliez pas de me les communiquer !). Peut-être cette lecture doit-elle être remise en cause, mais je ne vois pas sur quelle base.