Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (22) Jésus voulait en réalité être un roi

  • Problématique

L’islam ne parvenant pas à excuser efficacement les turpitudes de Mahomet, nous avons vu que la diversion consiste notamment à dénigrer le christianisme pour rabaisser l’un des deux ennemis religieux principaux, l’autre étant le judaïsme, mais qu’il ne peut pas attaquer sous cet angle puisque la doctrine de l’islam est fille du judaïsme : difficile de justifier un parricide doctrinal.

Après avoir tenté de démontrer que le christianisme avait lui aussi une violence contenue dans les racines de sa doctrine, Tareq Oubrou met ici en avant les supposées prétentions de Jésus à diriger le monde, dans une sorte d’aspiration à un califat chrétien.

  • Jésus voulait être un roi temporel

Tareq Oubrou écrit : « Aujourd’hui, dans l’Occident sécularisé, les enseignements de Jésus sont présentés comme une doctrine fondatrice de la laïcité. Mais qu’en est-il vraiment ? On décèle dans les Évangiles une ambivalence, pour ne pas dire une ambiguïté, concernant le statut de Jésus : voulait-il être roi ou non ? (…) Les Évangiles laissent néanmoins entendre que Jésus revendiquait le pouvoir et la royauté (certains passages le qualifient explicitement de roi d’Israël : Jean 12,12-15). Et même si telle n’était pas son ambition, il ne l’excluait pas non plus (Quand Pilate lui demanda s’il était roi des juifs, il lui répondit : « Tu le dis », en guise de confirmation (Luc, 23,3). »

Tareq Oubrou prétend que Jésus aspirait à une royauté, mais laquelle : temporelle ou spirituelle ? Ces deux royautés n’ont rien de commun. La prétention à la royauté temporelle est écartée par Jésus quand il répond à Pilate (Jean 18, 33 à 37) : « Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : « Tu es le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? » Jésus répondit : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix ». »

Ceci n’empêche toutefois pas Tareq Oubrou de prêter des intentions inavouées à Jésus au point d’en faire un ambitieux qui veut devenir un roi bien temporel à l’insu de son plein gré.

  • Jésus voulait être un roi spirituel

Tareq Oubrou ne trouvant toutefois pas l’argument qui fait mouche en matière de royauté temporelle, il exhibe du coup la prétention à la royauté spirituelle : « Jésus n’a pas renoncé à son titre de roi et, s’il ne l’est pas dans l’ici-bas, il le sera dans le ciel. « Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux juifs ; mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici-bas ». Pilate lui dit : « Tu es donc roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis, je suis roi » Jean 18,36-37) ». »

Au demeurant, cette affirmation est souvent ambiguë puisque Jésus ne fait souvent que reprendre les paroles des autres sans affirmer lui-même de façon parfaitement explicite qu’il est le roi du Royaume des Cieux, et encore moins qu’il est Dieu en tant que Fils de Dieu. Ainsi, quand Jésus répond à Pilate, on peut comprendre aussi la réponse comme : « c’est toi qui dis que je suis roi (sous-entendu : moi, je ne l’ai pas dit) » : c’est un simple constat qui n’exprime pas nécessairement validation.

Parfois, le titre de roi est attribuée à Jésus par l’écriture mais ce n’est pas Jésus qui utilise ce terme pour lui même, comme dans l’évangile de Jean (12, 12 à 15) : « Le lendemain, la foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem ; ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre et ils criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d’Israël ! » Jésus, trouvant un petit âne, s’assit dessus selon qu’il est écrit : « Sois sans crainte, fille de Sion : voici que ton roi vient, monté sur un petit d’ânesse ». »

D’autres passages semblent toutefois plus explicites, comme dans l’évangile de Luc (22, 28 à 30) : « Vous êtes, vous, ceux qui êtes demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ; et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. »

On peut disserter longtemps sur la signification du caractère plus ou moins indirect de ces textes traitant d’une royauté spirituelle de Jésus dans l’au-delà. Quoi qu’il en soit, Tareq Oubrou semble faire grand cas de cette question. Pourtant, cette prétention à une royauté spirituelle dans l’au-delà est-elle injustifiée ou problématique pour le prophète d’une religion ? En rien, si ce n’est que cela constitue pour l’islam un blasphème puisque c’est mettre Jésus au même niveau que Dieu dans l’au-delà (sans même aller jusqu’à prendre en compte le dogme de la Sainte Trinité). D’ailleurs on aurait aimé que Mahomet s’en tînt à cette revendication uniquement spirituelle.

  • Le christianisme n’est laïc que par contrainte

Pour Tareq Oubrou, « La parole de Jésus : « Rendez donc à César et qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Matthieu 22,21) » est tout aussi ambivalente. Elle ne vise pas du tout à instaurer un principe de séparation des ordres ni une règle fondatrice d’une quelconque laïcité, comme on le comprend aujourd’hui de façon anachronique. Elle est surtout une réponse stratégique à une question piège : fallait-il ou non payer l’impôt à l’empereur ? Elle vise en fait à éviter un conflit social et un trouble à l’ordre public, Jésus tenant beaucoup à la paix civile – ce qui était aussi dans l’intérêt de son apostolat. Refuser de verser l’impôt à un pouvoir, même injuste dans le cas d’espèce, aurait entraîné un tel trouble. Jésus préféra donc une paix injuste à un combat juste, mais qui aurait conduit au désastre. »

La parole de Jésus ne serait ainsi qu’une tactique politicienne dans un contexte défavorable. Tareq Oubrou oublie que Jésus, n’ayant aucune visée temporelle, ne cherche donc pas à trancher un débat qui ne le concerne pas et sa réponse est en réalité une absence de commandement : il laisse chacun faire comme bon lui semble.

En effet, relisons le passage complet de l’évangile de Matthieu (22, 15 à 22) : « Alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de le surprendre en parole ; et ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des Hérodiens, pour lui dire : « Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes. Dis-nous donc ton avis : Est-il permis ou non de payer l’impôt à César ? » Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! Pourquoi me tendez-vous un piège ? Faites-moi voir l’argent de l’impôt. » Ils lui présentèrent un denier et il leur dit : « De qui est l’effigie que voici ? Et l’inscription ? » Ils disent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » À ces mots ils furent tout surpris et, le laissant, ils s’en allèrent. »

Jésus ne tombe pas dans le piège tendu par les Pharisiens, puisque tout commandement de faire ou de ne pas faire aurait été une intervention dans les questions temporelles et l’aurait mis en porte-à-faux vis-à-vis des Romains ou de la nature spirituelle de son message.

À vrai dire, Jésus ne paraît pas créer le concept de laïcité mais en confirmer la pré-existence : il y a bien deux autorités à deux niveaux différents : le temporel et le spirituel. Jésus ne se préoccupe que du spirituel et du salut de chaque âme. Cette distinction des deux ordres existe déjà dans l’empire romain. Constantin a été le premier empereur romain chrétien sans pour autant imposer jusqu’aux confins de l’empire le christianisme comme religion officielle. Mais une déviance progressive par rapport à la doctrine du Christ aboutira effectivement dans certaines situations à la confusion des deux ordres au fil des siècles.

  • La doctrine chrétienne se confond avec l’histoire du christianisme

Dernier angle d’attaque en effet de Tareq Oubrou pour dénigrer le christianisme : confondre la doctrine originelle des Évangiles avec les déviances constatées au cours des siècles.

Ainsi, Tareq Oubrou écrit : « L’histoire (ou le destin) n’a pas permis à Jésus de régner et d’exercer une souveraineté politique comme elle l’a fait pour David et Salomon. Mais l’histoire du christianisme a continué après Jésus. Et en attendant le retour du Christ souverain et victorieux, le christianisme s’est compromis avec le pouvoir politique de différentes manières. »

Ainsi Tareq Oubrou raisonne comme si Jésus et les Évangélistes étaient responsables de tous les avatars déviants de la doctrine originelle : ainsi, si les enfants deviennent des assassins, faut-il mettre les parents en prison ?

  • Conclusion

Si Jésus avait voulu être un roi sur cette Terre, nul doute qu’il s’y serait pris autrement pour affirmer son autorité temporelle et lever l’armée que tout pouvoir temporel requiert, ainsi que l’a fait Mahomet. Qu’il ait laissé entendre qu’il se trouvait à la tête d’une royauté céleste n’a en soi rien de très problématique, en tous cas pour le commun des mortels.

Que l’histoire de la chrétienté ait été marquée par des événements allant à l’encontre la doctrine des Évangiles est une réalité, mais cette déviance profonde, née pour l’essentiel de considérations politiques, est étrangère à la doctrine du Christ. De même qu’il y a pu y avoir des violences bouddhistes en opposition totale avec la doctrine de Bouddha.

Il est quand même assez savoureux de voir un imam tenter d’utiliser ce procédé intellectuellement malhonnête pour incriminer la doctrine du christianisme à l’époque même où des attentats sont régulièrement perpétrés en référence explicite à la doctrine et au comportement de Mahomet, dont la violence réelle ne fait aucun doute, éléments pour cette raison largement cités dans les revues des mouvements fondamentalistes musulmans.

Ce déni de réalité atteint son paroxysme avec le slogan scandé à l’occasion de chaque nouvel attentat : « l’islam, ce n’est pas cela ». Ritournelle que l’État Islamique a transformé avec causticité en : « Not imam name ! ». Et, malheureusement, on attend toujours avec impatience le contre-argumentaire contre la violence doctrinale que nous a promis l’islam de France.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (13) L’exemplarité de Mahomet, ou « Pourquoi l’islam a intrinsèquement besoin de la violence »

  • Problématique

Bien que Mahomet ait agi pour l’essentiel, on l’a vu dans de précédents articles, comme un chef de clan conduisant une guerre pour établir son pouvoir au nom de la religion, celui-ci est donné en exemple par l’islam à tout musulman. La question est donc de préciser quelles conséquences pratiques doit tirer aujourd’hui le musulman au regard de cette référence incontournable.

  • Mahomet, l’exemple à suivre

Pour Tareq Oubrou, « Le Coran exhorte le musulman à suivre l’exemple du Prophète. Malheureusement, on confond souvent deux choses : suivre son exemple et le copier ; la référence et l’identification. Rares sont ceux qui sont capables d’éviter une telle confusion. La référence consiste à prendre le Prophète comme modèle en tenant compte, d’une part, du contexte spécifique dans lequel il a vécu, et, d’autre part, du contexte spécifique dans lequel vit le musulman et de son identité personnelle. (…) L’identification, elle, s’apparente souvent à une imitation bête et à une aliénation néfaste. »

La question de l’imitation de Mahomet pose ainsi une question fondamentale : que vaut aujourd’hui, au XXIème siècle, l’islam de Mahomet, guerrier, qui a combattu les mécréants armes à la main ?

L’argument de Tareq Oubrou est fondé sur l’idée que le comportement tribal et guerrier de Mahomet ne constituerait plus un exemple à appliquer aujourd’hui car il serait devenu caduc. C’est ce que Tareq Oubrou exprime par la référence au « contexte spécifique dans lequel Mahomet a vécu » et qui aurait justifié la guerre. On retombe encore une fois dans cet illogisme fondamental : Mahomet, dernier prophète, prétendait délivrer une parole divine, définitive et universelle, mais il l’a en réalité pliée aux contraintes tribales de l’époque.

Il est évident que les fondamentalistes musulmans et nombre d’imams des pays du Golfe sont loin d’être du même avis quant à la caducité du caractère guerrier de l’islam. Et évoquer, au sujet de l’imitation stricte du comportement du Prophète,  « une imitation bête et une aliénation néfaste » est justifiable des délits de blasphème et d’apostasie.

  • Mahomet, l’intouchable

En réalité, ce type de relativisation peut naturellement choquer tous les musulmans attachés à la figure mythifiée de leur prophète, moins pour une raison doctrinale – puisqu’en terme de spiritualité la relativisation n’a aucun sens –, qu’en termes de frustration identitaire face un Occident jusque-là dominateur et qui ose porter atteinte à la mémoire du bédouin, avec la complicité involontaire d’un imam français.

Tareq Oubrou en donne une autre illustration à propos de la francisation du nom de Muhammad (ou Mohammed) en Mahomet qui irrite tant certains musulmans mais qu’il ne fait pas sienne, avec un bon sens bien occidental : « Il est étonnant de constater la réaction scandalisée de nombreux musulmans, et pas forcément les plus pratiquants, dès qu’ils entendent prononcer le nom « Mahomet ». Ils estiment que ce vocable est le résultat d’une laïcisation profanatrice de la personne du Prophète. Ils se lancent dans des élucubrations linguistiques très poussées (…). Ces mêmes musulmans qui contestent l’usage de « Mahomet » n’ont en revanche aucun problème pour traduire en français les noms des autres prophètes de l’islam, non arabes : Îsa devient Jésus, Mûsâ devient Moïse, etc. (…) D’ailleurs, les noms arabes de ces prophètes sont déjà des traductions de noms qui n’étaient pas arabes, mais hébreux ou syriaques – Moïse était Moshé en hébreu comme en syriaque, Jésus était Yeshu’a en hébreu ou Yasû en syriaque… (…) En croyant islamiser les prophètes par l’arabisation de leur nom, on atteint le comble de la confusion entre le théologique et l’identitaire ethnique. De façon tout aussi incohérente, ces musulmans rétifs au nom de Mahomet n’ont aucune objection à traduire Allah par Dieu. »

  • Conclusion : l’islam, une idéologie politique violente et non une spiritualité

Compte tenu de ce qu’a été la vie de Mahomet, remplie de batailles et de guerres à compter de l’hégire comme en témoigne formellement la Sîra, l’islam dit « modéré » d’Europe et de France est pris dans un étau et écrasé : d’un côté, par un islam fondamentaliste, qui retourne sans état d’âme aux sources (musulmanes) incontournables et indubitables de l’islam des origines, et de la violence qui l’a accompagné constamment à partir de Médine ; de l’autre, par le risque de faire exploser ou de dissoudre l’islam dans ses contradictions à trop vouloir excuser cette violence originelle, jusqu’à aboutir à une relativisation du message coranique incontrôlable et irréversible. Pour maintenir le carcan qui lui assure sa survie, l’islam a besoin tôt ou tard de la violence.

En effet, la violence (physique et psychologique), qui s’exprime par l’intolérance et par les peines et châtiments encourus pour des motifs religieux (blasphème, absence de respect du ramadan, apostasie, etc.), sont pour l’islam une question existentielle.

Sauf à pratiquer (comme en réalité bon nombre de musulmans occidentaux jusqu’ici) un islam qui a pris ses distances par rapport à l’islam de Mahomet, jusqu’à presque le renier ou l’abandonner de fait – d’où la qualification d’islam « déviant » ou « dévoyé » au regard de l’orthodoxie –, l’islam ne peut pas survivre dans un milieu ouvert, imprégné par l’esprit critique, où les tabous religieux n’existent pas, c’est-à-dire où tout discours religieux ou spirituel est acceptable ; car ce serait accepter l’hypothèse que l’islam puisse avoir tort, notamment par la bouche de son prophète. Aucun pays musulman ne l’accepte aujourd’hui.

L’interview de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite à l’O.N.U., Abdallah al-Mouallimi, réalisée en mars 2016, explique fort clairement ce point de vue : toute remise en cause d’Allah, tout doute exprimé publiquement sont jugés comme subversifs et assimilables à du terrorisme dans la terre sainte de l’islam (et donc passibles de la peine de mort). Difficile d’être plus clair ! Mieux vaut pratiquer la taqiya en Arabie Saoudite si vous voulez rester vivant…

Arabie Saoudite Liberte de conscience 2016 mars

Or, qu’on le dise une bonne fois pour toutes : si la formulation peut dans une certaine mesure dépendre d’un contexte historique, le contenu d’un message véritablement spirituel est fondamentalement universel et définitif, et les valeurs profondes qu’il exprime sont intemporelles : ce message doit refléter une vision définitive du monde et de son sens et plus encore quand on prétend être le dernier prophète –, et ne peut en aucun cas dépendre des vicissitudes des sociétés humaines et des mœurs du temps.

La critique de l’islam va-t-elle continuer à être possible en France ?

Compte tenu des attaques de plus en plus fréquentes contre la liberté d’expression en France qui prétendent embrigader la liberté de critique des religions dans un carcan de plus en plus étroit, il est utile de rappeler que cette liberté de critiquer les religions est l’expression d’un droit fondamental en France et qu’il ne saurait être question d’établir un délit de blasphème. Pour autant, il ne faut pas mélanger critique de la religion et critique des personnes qui suivent cette religion, amalgame détestable dont l’instrumentalisation par certaines officines vise à établir en réalité dans les faits le délit de blasphème par des voies détournées.

  • Rappel des règles du droit français

La Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse fixe le cadre du droit d’expression en France, en particulier dans le cadre des limites fixées par deux articles : l’article 24 et l’article 32.

Article 24 : « Ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende ou de l’une de ces deux peines seulement. »

Article 32 : « La diffamation commise par les mêmes moyens envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée sera punie d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende ou de l’une de ces deux peines seulement. »

La définition de la diffamation est donnée par l’article 29 : « Toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative ou si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés, mais dont l’identification est rendue possible par les termes des discours, cris, menaces, écrits ou imprimés, placards ou affiches incriminés. »

  • Critiquer la religion et appeler à la haine ou à la discrimination sont deux choses totalement différentes

Chacun est libre en France de penser ce qu’il veut des religions. Les athées, nombreux, pensent que tous ceux qui croient en Dieu sont des adeptes de la méthode Coué, jusqu’à parfois être des « illuminés ». Est-ce un problème ? Non, chacun a le droit de penser et d’exprimer que l’autre est dans l’égarement le plus complet, mais l’expression de cette position tranchée ne doit pas être insultante : c’est une question de choix de vocabulaire et non pas de contenu du fond des propos (qu’on peut trouver totalement absurdes). Cela étant, les croyants sont en droit également de penser de même vis-à-vis des athées qui n’ont d’autre explication de l’existence du monde que « Un jour, il y a 20 milliards d’années, quelque chose a explosé quelque part, et nous voilà ! ».

La notion de respect concerne les personnes en tant qu’êtres humains, et pas leurs idées ou leurs figures tutélaires. Dire du mal ou se moquer de Moïse, Jésus, Mahomet ou Bouddha ne remet aucunement en cause le respect dû aux personnes qui en sont les adeptes. La critique, parfois virulente, des différentes conceptions du monde n’empêche pas de respecter les individus en tant que personnes humaines ainsi que leurs droits dans le cadre d’une société laïque.

Les juifs pensent que Jésus était un imposteur puisque ce n’était pas le Messie et surtout, ils l’accusent du délit de blasphème puisqu’il a laissé entendre (sans le dire lui-même véritablement) qu’il était Dieu ou Fils de Dieu. Est-ce un problème que les juifs rejettent donc ainsi tout le christianisme ? Non. D’ailleurs, les juifs n’appellent pas à égorger les chrétiens dans la rue ou à les massacrer à la kalachnikov. De ce point de vue, le renvoi à certains passages violents de l’Ancien Testament (le Nouveau Testament prônant par essence la non-violence) pour tenter de mettre à égalité les 3 religions monothéistes au regard de la violence est un procédé parfaitement malhonnête intellectuellement. La violence de l’Ancien Testament, pour autant qu’elle ait retracé des faits réels et non symboliques, n’est pas constitutive des fondements doctrinaux du judaïsme : on cherche en vain depuis 2.000 ans des exemples de massacres commis au nom de la Torah.

Les juifs et les chrétiens pensent de leur côté que Mahomet était simplement un bédouin égaré ou fou : est-ce un problème ? Non. Car, sauf confirmation d’Allah, qu’on attend toujours, rien ne prouve que Mahomet ait été autre chose qu’un illuminé – comme les hôpitaux psychiatriques en sont remplis –, qui a pu sincèrement se convaincre lui-même être en relation avec Dieu, et que l’Histoire a épargné à Uhud comme elle en a certainement fait trépasser tant d’autres qui sont ainsi restés inconnus. La méthode Coué est en effet vieille comme le monde. Et ce n’est guère le Coran, texte décousu, extrêmement répétitif, copie du judaïsme et des histoires bibliques, sans concept nouveau, qui peut par la raison nous persuader du contraire ou du côté surnaturel de toute cette histoire désertique.

De la même façon, on peut trouver absurdes et incohérentes les théories fondées sur la réincarnation puisque si l’homme disparaissait – du fait d’un virus mortel par exemple (les dinosaures ont bien disparu pour une autre raison) –, le cycle des réincarnations serait définitivement interrompu : cas de figure qui n’est pas sans poser un problème doctrinal me semble-t-il abyssal.

Personne n’étant en mesure de prouver que son explication du monde et de son origine est la bonne – car Dieu n’est pas bavard – ni les juifs, ni les chrétiens, ni les musulmans, ni les bouddhistes, etc. n’ont de légitimité à imposer aux autres leur vision du monde par la force. La mort seule nous apportera à tous la vérité ; il suffit d’être un tout petit peu patient et de faire preuve d’humilité en attendant. Comme dit Brassens : « Or, s’il est une chose amère, désolante, en rendant l’âme à Dieu, c’est bien de constater, qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée. Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente, d’accord, mais de mort lente. »

  • L’accusation d’islamophobie : un faux-nez pour instaurer un délit de blasphème en France

Face au souhait clairement exprimé par certains d’empêcher la critique du religieux par des voies détournées, il convient justement d’en rester à la critique directe du religieux, c’est-à-dire de la doctrine, pour éviter tout risque judiciaire quant à la mise en cause des personnes.

Répétons-le avec force : si des personnes ont envie de croire à des histoires acadabrantesques (aux yeux des autres), elles sont libres de le faire mais elles ne peuvent pas imposer à l’humanité entière de respecter leurs convictions, ni leur susceptibilité à cet égard, mais seulement leurs personnes.

Ainsi, chacun est libre de penser et d’exprimer, si c’est sa conviction, qu’égorger vivant une pauvre bête sous prétexte que cela fait plaisir à un dieu qui se promène dans le ciel est un acte barbare qui renvoie aux visions les plus obscures et les plus arriérées de l’humanité, et qu’on pensait révolues. Et il en est de même des rituels religieux : voile, ablutions, interdits alimentaires (qui n’ont aucune justification scientifique), rites de prière (combien de fois, position, direction,..), etc.

S’agissant de l’islam, la situation est rendue délicate par le fait que la doctrine à des effets très concrets sur le comportement communautaire, l’islam étant une religion fondamentalement communautariste conformément à ce que prône le Coran. Aussi, dissocier la critique de la doctrine religieuse elle-même de la critique du comportement de la communauté musulmane n’est donc pas toujours facile mais doit être réalisé et expliqué avec soin, les officines de défense des droits de l’homme étant promptes à tenter de traîner en justice tous ceux qui s’aventurent à critiquer frontalement l’islam. Et malheureusement, la justice française – qui connaît très mal les fondamentaux doctrinaux de l’islam – peut se laisser entraîner dans cette spirale dictatoriale visant à bâillonner la liberté d’expression.

  • Conclusion : Restons vigilants dans la défense de la liberté d’expression et d’agir

Une liberté qui n’est pas constamment défendue est une liberté qui disparaît. Sans tomber dans l’outrance, il convient donc d’en user régulièrement afin de rappeler son existence incontournable.

Car les menaces sont claires et peuvent provenir du milieu judiciaire lui-même comme en témoigne la création le 18 novembre 2015 – soit 5 jours après le Bataclan ! – de la « Fraternité du barreau de Paris » dont l’objectif est en réalité de commencer à empêcher la critique des religions prétexte pour empêcher surtout la critique de l’islam (car avant l’islam, la question ne semblait guère se poser) – grâce aux concepts extensibles de stigmatisation et de discrimination.

La motivation détestable de cette démarche hypocrite qui prétend éviter une division de la société française est en effet bien précisée : « En ces temps tumultueux où la République a été lâchement attaquée dans le but évident de diviser la société française, les avocats fondateurs de l’association ont convenu ensemble de se concerter à l’effet d’œuvrer, dans le cadre de leur profession et de la vie civile, à la lutte contre toute forme de stigmatisation ou de discrimination liées à la religion, dans le respect du principe de laïcité. Cette association concerne tous les avocats épris de justice et de liberté, partageant des valeurs de fraternité, et ce, quelle que soit leur croyance ou leur philosophie de vie. »

On peut être qu’atterré par une telle initiative, comme si la société civile n’était pas déjà assez forte pour saisir elle-même la justice en cas de besoin. Sous la houlette d’un éminent représentant du Conseil Français du Culte Musulman, Chems-Eddine Hafiz, cornaquant ses 3 confrères représentant les autres religions, cette structure se prépare ainsi à mettre « fraternellement » fin à la liberté d’expression en matière religieuse. À quand la chari’a ?

La punition du blasphème en terre d’islam : une preuve d’amour et de paix ?

La jurisprudence islamique punit le blasphème selon la chari’a locale par diverses peines dont on voit mal quels liens elles peuvent avoir avec l’idée d’amour et de paix. Mais c’est malheureusement habituel dans les pays musulmans dont on voit bien par le fait tout ce qui les sépare de l’idée de laïcité et de tolérance.

Parfois, le peuple musulman se charge directement de la chose sans attendre de décision judiciaire. Ainsi l’écrivain chrétien Nahed Hattar a-t-il été assassiné le 25 septembre 2016  à Amman en Jordanie.

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Celui-ci était accusé d’avoir publié un dessin figurant Dieu au Paradis (au demeurant tout à fait fidèle aux jouissances sexuelles et viticoles décrites par le Coran pour le musulman croyant une fois parvenu au Paradis) :

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Sans revenir sur les multiples épisodes de même nature qui émaillent depuis des décennies l’histoire des pays musulmans, n’oublions pas néanmoins le cas d’Asia Bibi, jeune chrétienne accusée au Pakistan de blasphème envers l’islam, en prison depuis de nombreux mois, et dont le sort définitif devrait être tranché, dans les prochaines semaines.

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La prière musulmane ou pourquoi l’islam n’est pas une croyance

L’émission hebdomadaire de France 2 « Islam » propose une séquence sur les fondamentaux de l’islam, généralement claire et simple. Celle du 11 septembre 2016 était consacrée à un rappel intéressant du 1er pilier de l’islam : la « shahada ».

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  • La shahada : un « témoignage »

La « shahada » est un témoignage. En français : « Je témoigne qu’il n’y a de Dieu que Dieu et je témoigne que Mahomet est le messager de Dieu ». Ce témoignage est souvent donné dans sa version courte : « Il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son messager ».

Comme le rappelle le présentateur : « La shahada doit être prononcée avec l’index en direction du ciel », au point que ce geste s’ancre dans les automatismes corporels.

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Le chrétien par le « Credo » affirme sa croyance : il s’agit d’un acte de foi, qui n’exclut pas le doute et emporte donc avec lui la possibilité implicite de ne pas croire au sens où on ne peut pas forcer quelqu’un à croire : c’est un problème entre lui et Dieu, et il n’a pas à être puni pour son incroyance.

Le musulman par la shahada est lui beaucoup plus affirmatif : au sens strict, il ne croit pas, il « témoigne ». Il n’y a pas à croire que Mahomet est l’envoyé d’Allah puisque c’est pour le musulman une certitude qui n’a pas à être discutée : il a juste à en témoigner. Cette position induit implicitement un rejet de toute discussion pouvant remettre en cause le statut du Coran et de Mahomet. C’est certainement une raison fondamentale expliquant l’imperméabilité de l’islam à toute approche rationnelle critique depuis notamment la « fermeture des portes de l’ijtihad » au XIIème siècle (l’« ijtihad » est la lecture, l’interprétation rationnelle et critique des textes). En effet, la moindre acceptation de la validité du raisonnement critique envers l’islam est la porte ouverte à un flux de critiques pouvant faire s’effondrer le colosse aux pieds d’argile. C’est aussi une raison profonde expliquant l’inutilité du dialogue inter-religieux avec l’islam.

Malek Chebel décrit magistralement ce système idéologique : « Pour le croyant islamoïde, l’islam se situe au-dessus et en dehors de la critique humaine. Pour lui, la doxa ne peut être questionnée, ni dans sa généralité ni dans son détail, car cela mettrait en péril tout l’édifice de la croyance. Le comportement « islamoïde » consiste donc à rejeter en bloc toute innovation inconvenante, tout en donnant le change à quiconque s’avise de critiquer tel ou tel précepte islamique. À ce sujet borné, l’islam n’offre que des avantages : une religion divine, avec un prophète d’une sagesse à toute épreuve et une histoire arabo-islamique flamboyante. »

  • L’unicité d’Allah : le tawhid

L’unicité divine ou « tawhid » est le cœur de la doctrine musulmane et de sa justification historique face aux polythéistes de La Mecque. Cette notion est si fondamentale que tout tourne autour d’elle et qu’on peine à trouver de concept religieux autre et simple en islam, alors que, par exemple, le chrétien se « heurte » immédiatement à des concepts religieux « mystérieux », comme la notion de Trinité, d’incarnation ou de rédemption par la crucifixion et la mort du Christ.

Malek Chebel écrit à ce propos : « Il faut savoir que le Coran est, en lui-même, un discours constitué sur Dieu et de Dieu sur l’homme. Cela explique la pauvreté relative de l’acte philosophique en islam, cantonné malgré lui à une histoire amplifiée des idées et à une spéculation molle sur les fins dernières. »

De son côté, Tariq Ramadan écrit même : « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur. Certes, certains débats ont été vifs et l’on a, à travers l’histoire et les écoles musulmanes, discuté du sens et de la portée des noms de Dieu, de ses attributs, du statut de la révélation, mais l’horizon de ces controverses – contrairement à l’histoire de la dogmatique catholique par exemple – est resté circonscrit et n’a jamais été jusqu’à remettre en cause trois principes fondamentaux : l’unicité absolue du créateur, son impossible représentation et la véracité de sa parole révélée dans le coran. Une authentique « théologie » aurait d’abord, et surtout, discuté de ces trois principes. Or une étude attentive de l’histoire des débats entre les écoles montre que les disputes se sont élaborées en aval de ces trois principes qui, au cœur de la conception musulmane, fonde ce qu’on nomme le « tawhid ». »

  • Conclusion : la discussion avec l’islam en matière sociale ou religieuse est impossible

Toute la force de l’islam tient dans sa simplicité (aucun concept compliqué à avoir à maîtriser pour l’homme de la rue) et l’interdiction de la critique qui se traduit par l’épée de Damoclès du blasphème ou de l’apostasie. Face à une telle idéologie, qui ressemble à s’y méprendre à une dictature de la pensée, rien n’est doctrinalement « négociable ». Imaginer une « identité heureuse » avec l’islam orthodoxe qui ne soit pas ancrée dans le communautarisme est une absurdité. Le confit de valeurs est inévitable avec la tradition historique laïque de la France : il a commencé et va s’amplifier inéluctablement. Ce n’est qu’une question de temps et de nombre, donc de rapport de force.

Faut-il regretter la pensée excrémentielle de Charlie ?

Pour tous ceux qui ont été un jour Charlie, nul doute qu’ils ont dû être surpris de se retrouver « dans la m… » en prenant conscience d’avoir défilé au nom d’un journal qu’ils n’avaient jamais lu. Voici en effet quelques modestes exemples de la production spirituelle de ces joyeux drilles.

Charlie Hebdo 12 Charlie Hebdo 11 Charlie Hebdo 10 Charlie Hebdo 9 Charlie Hebdo 8 Charlie Hebdo 7 Charlie Hebdo 6 Charlie Hebdo 5 Charlie Hebdo 4 Charlie Hebdo 3 Charlie Hebdo 2 Charlie Hebdo 1

Bernard-Henri Lévy peut-il nous confirmer si c’est un faux ?

BHL & Charlie

Blasphème & Auto-censure : symptômes du péril qui menace les sociétés occidentales

Le délit de blasphème est un délit qui empoisonne la vie dans les pays musulmans, des non-musulmans mais parfois aussi des musulmans eux-mêmes.

Parmi les multiples faits qui émaillent l’actualité, souvenons-nous en novembre 2014 du couple de jeunes chrétiens pakistanais [1], accusés de blasphème contre le Coran, battus à mort puis brûlés dans le four à briques où ils travaillaient.

Chretiens pakistanais[1] Les chrétiens représentent 3 millions d’habitants sur les 190 millions que compte le Pakistan ; c’est une population pauvre, qui ne peut occuper que des emplois subalternes et est fréquemment persécutée. S’agissant de la loi sur le blasphème, si elle est facilement utilisée contre les chrétiens, il faut noter qu’elle peut également être utilisée contre d’autres minorités, voire par les musulmans eux-mêmes entre groupes rivaux.

Malek Chebel rappelle à cet égard : « Le blasphème (tajdif) en islam est double : le fait d’associer un autre dieu à Allah [ndlr ce que font par définition les chrétiens dans l’interprétation musulmane] et, coextensif, le fait d’alimenter une telle éventualité, soit par écrit, soit par oral. Dans le Coran, le mot « blasphème » est plus induit qu’employé explicitement. (…) Ceux qui blasphèment sont donc essentiellement ceux qui méconnaissent l’entité divine et ses attributs. (…) Plus tard, le blasphème s’est également étendu à l’entité prophétique [ndlr Mahomet], au sens où la moindre récusation de celle-ci rejaillit sur tout l’islam, et en particulier sur le Coran, la parole de Dieu, et sur Allah lui-même. »

Les musulmans font régulièrement pression pour que le délit de blasphème soit instauré en France. Ainsi, Yûsuf Al-Qaradâwî, dans une lettre remise à François Hollande en janvier 2015, a appelé la France et les États européens à promulguer des lois protégeant le sacré. En effet, il est illogique selon lui que les lois interdisent l’outrage des individus et se taisent au sujet de l’outrage des Prophètes. Il estime que le législateur français qui a pu promulguer une loi incriminant l’antisémitisme a le pouvoir de promulguer une loi incriminant l’outrage des religions, des Prophètes et du sacré.

Le délit de blasphème n’existe pas dans les pays occidentaux (heureusement !), puisque la critique de la religion est libre, mais il faut noter que l’instillation permanente de l’idée qu’il serait nécessaire de prendre en compte la sensibilité de l’interlocuteur, notamment ses croyances religieuses, dans l’expression de la propre pensée conduit à l’auto-censure et participe d’une culture culpabilisante érigeant le discours vu comme blasphémateur en comportement coupable.

Ce raisonnement est d’une prodigieuse perversité, car, sous des dehors d’une remarquable humanité et d’un grand respect, il conduit tout droit la liberté d’expression au bûcher ou aux fours crématoires.

Un des plus grands ordonnateurs de cette détestable marche funèbre est Tariq Ramadan :

Ramadan BonnantRamadan Bonnant et la liberte d’expression

En effet, ayons toujours à l’esprit ces terribles paroles de Tariq Ramadan : « Quand on vit ensemble, dans une démocratie, dans un cadre légal, il ne s’agit pas simplement de savoir ce que la loi permet, il s’agit aussi de savoir ce que les sensibilités reçoivent. Et quand on est dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, à partir d’un certain moment, – la liberté d’expression est un droit incontestable –, son usage doit faire l’effet ou doit être le produit d’une approche raisonnable ».

Et aussi : « La liberté d’expression ne se mesure pas simplement à ce que la loi vous donne à dire mais à ce que l’atmosphère internationale vous demande de considérer. »

La position de Tareq Oubrou est heureusement très différente et on ne peut que la louer, même si elle n’est pas totalement explicite, mais pourra-t-il longtemps résister ? « La liberté est un acquis non négociable de nos sociétés. C’est une valeur cardinale des démocraties qui a vocation à être universalisée et non pas modulée en fonction des circonstances. Il y va de notre liberté tout court. La meilleure réponse à un écrit, un dessin ou un film que l’on juge offensant pour ses propres convictions, c’est encore l’indifférence. Manifester dans la rue ou menacer de déposer plainte, comme l’ont fait les principales fédérations musulmanes dans notre pays, c’est faire de la publicité pour des œuvres qui ne le méritent pas. »

Malheureusement Tareq Oubrou note aussi : « Pour qui veut lutter contre l’obscurantisme qui frappe aujourd’hui le monde musulman, la France n’est pas forcément un endroit de tout repos. (…) Tout discours élaboré sur Dieu, l’interprétation du Coran ou la nécessité d’adapter sa pratique à un environnement sécularisé s’apparente pour la plupart des musulmans, en particulier les jeunes littéralistes, à un blasphème. »

Face à cette terrible menace, il n’y aura jamais qu’une parole, dont l’histoire porte déjà les stigmates : LA LIBERTÉ OU LA MORT !

 

Mauritanie : condamnation à mort pour apostasie après blasphème

Mauritanie : un homme condamné à mort pour blasphème envers l’Islam

Le Parisien | 25 Déc. 2014, 19h36

http://www.leparisien.fr/international/mauritanie-un-homme-condamne-a-mort-pour-blaspheme-envers-l-islam-25-12-2014-4400049.php

Cela faisait presque trente ans que cela n’était pas arrivé. La première condamnation à mort pour apostasie de l’histoire de la Mauritanie depuis son indépendance en 1960 a été prononcée mercredi soir à Nouadhibou (nord-ouest) à l’encontre d’un Mauritanien, musulman, inculpé après un écrit considéré comme blasphématoire.

L’accusé, Mohamed Cheikh Ould Mohamed, détenu depuis le 2 janvier, avait plaidé non coupable mardi à l’ouverture de son procès, le premier du genre dans ce pays de près de 4 millions d’habitants.

La Mauritanie est une République islamique où la charia (loi islamique) est en vigueur mais dont les sentences extrêmes comme les peines de mort et de flagellations ne sont plus appliquées depuis environ trois décennies.

Ces dernières années, d’après des constatations et des médias locaux, plusieurs accusés, jugés notamment pour assassinat ou faits de terrorisme, ont été condamnés à la peine de mort dans le pays, où cette décision a été exécutée pour la dernière fois en 1987, selon Amnesty International.

Le procès de Mohamed Cheikh Ould Mohamed – également identifié par certains médias locaux comme Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir – s’était ouvert mardi devant la Cour criminelle de Nouadhibou, à environ 480 km au nord de Nouakchott, la capitale.

Lorsque la Cour l’a déclaré coupable d’apostasie et condamné à mort tard mercredi soir, le prévenu, proche de la trentaine, s’est évanoui. Il a été ranimé puis reconduit en prison, a affirmé une source judiciaire contactée depuis Nouakchott. L’apostasie en islam est le rejet de la religion islamique par un musulman, par le fait de renier sa foi publiquement, insulter Dieu ou les prophètes de l’islam, professer des dogmes hétérodoxes.

A l’audience inaugurale, un juge avait rappelé à l’accusé qu’il a été inculpé d’apostasie « pour avoir parlé avec légèreté du prophète Mahomet » dans un article publié brièvement sur des sites internet mauritaniens et dans lequel il contestait des décisions prises par le prophète Mahomet et ses compagnons durant les guerres saintes, selon la même source judiciaire.

« un ordre social inique hérité»


Dans son article controversé, le jeune homme accusait la société mauritanienne de perpétuer un « ordre social inique hérité » de cette époque. Des organisations islamiques locales soutiennent que c’est la première fois qu’un texte critique de l’islam et du prophète est publié en Mauritanie.

L’énoncé du verdict a été suivi de bruyantes scènes de joie dans la salle d’audience du tribunal et à travers la ville de Nouadhibou avec des rassemblements ponctués de concerts de klaxon d’habitants à moto ou en voiture, a ajouté cette source ayant requis l’anonymat. Aucune indication n’était disponible dans l’immédiat sur un éventuel recours. « C’est l’affaire d’un criminel qui a reçu le sort qu’il mérite », a même estimé jeudi à Nouakchott Jemil Ould Mansour, président du parti islamiste modéré Tewassoul, première force de l’opposition parlementaire en Mauritanie.

Le repentir de l’accusé n’a pas fait changer d’avis la cour

Devant la cour, Mohamed Cheikh Ould Mohamed avait expliqué que « son intention n’était pas de porter atteinte au prophète, (…) mais de défendre une couche de la population mal considérée et maltraitée, les forgerons », les « maalemines », dont il est issu, a encore indiqué la source judiciaire.

D’après ses propos rapportés par la même source, l’accusé a affirmé devant la cour : « Si on peut comprendre (à travers mon texte) ce pour quoi je suis inculpé, je le nie complètement et m’en repens ouvertement. » Mercredi soir, les deux avocats commis d’office pour la défense ont insisté sur son repentir et estimé que cela devrait être pris en compte en sa faveur.

Plus tôt dans la journée, le procureur de la République de Nouadhibou avait requis la peine de mort à son encontre. Une demande suivie par la cour, soulignant que le prévenu tombait sous le coup d’un article du code pénal mauritanien prévoyant la peine de mort pour « tout musulman, homme ou femme, ayant renoncé à l’islam, explicitement ou à travers des actes ou paroles en tenant lieu », d’après la source judiciaire.

En février, l’avocat Mohameden Ould Icheddou, qui avait été sollicité par la famille de l’accusé, avait annoncé qu’il renonçait à le défendre après des manifestations hostiles contre le prévenu ainsi que lui-même et ses proches.

 Plusieurs manifestations de colère avaient eu lieu à Nouadhibou et à Nouakchott, certains protestataires allant jusqu’à réclamer la mise à mort du jeune homme, qualifié de « blasphémateur ».

Le 10 janvier 2014, des milliers de manifestants avaient convergé vers le palais présidentiel, où le chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz les avait exhortés au calme en promettant de « prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre l’islam et son prophète ».

« La justice s’est saisie de cette affaire et elle fera son travail mais soyez certains que l’islam est au-dessus de tout, de la démocratie et de la liberté », avait-il déclaré.

Religion et blasphème

Le propos suivant de Marc Bonnant (grand avocat genevois), qui s’applique à l’islam, mais aussi aux autres religions et à tous autres sujets, n’est-il pas frappé au coin du bon sens ?

Marc BonnantMarc Bonnant Liberte d’expression

« Les idées abjectes s’asphyxient dans la liberté ; elles prospèrent dans l’interdit » : n’est-ce pas là une pensée profonde à méditer ?

La France n’est-elle pas en train d’étouffer, asphyxiée par les lois de la bonne conscience édictée par une prétendue intelligentsia intellectuelle (pseudo-intellectuels, associations antiracistes en tous genres,…) qui sait mieux que le peuple ce qui est bon pour lui, ce qui constitue souvent un principe simple qui fonde les dictatures ?

Quand aura-t-on le droit de critiquer sans contrainte l’islam (ou toute autre religion) ? Ne faut-il pas en finir avec la dictature de la culpabilisation et de l’intériorisation des valeurs de l’autre souhaitée par tous ceux qui veulent tuer la liberté d’expression dans l’œuf ?

Le Blasphème en islam : une problématique doctrinale bien actuelle

Au-delà de l’humour (cf. article humour et blasphème), la question fondamentale qui est posée est celle de savoir jusqu’où l’islam accepte l’analyse raisonnée de son texte sacré, le Coran, de son prophète, de son modèle sociétal, et ce d’autant plus lorsque cette analyse provient de non-musulmans. Y a-t-il des analyses par nature légitimes et d’autres illégitimes, des analyses par nature acceptables et d’autres inacceptables ? Qui fixe la frontière de ce qui est tolérable et de ce qui ne l’est pas ?

Pour l’homme de la rue, le mot « tolérance » n’est probablement pas ce qui lui vient en premier lieu à l’esprit lorsqu’on parle de l’islam. Il y a des musulmans pondérés et ouverts, ceux souvent qui parlent à la télévision le dimanche matin, mais ce ne sont pas nécessairement ceux qui se manifestent le plus.

On a plutôt l’impression que l’islam présente une certaine imperméabilité à la pénétration de la pensée rationnelle et critique occidentale (cf. article esprit critique), sauf dans certaines parties des élites ayant étudié, notamment à l’étranger. Un proverbe musulman ne dit-il pas : « la recherche de la connaissance après l’avoir trouvée est blâmable » (talabu-l-‘ilm ba‘da-l-wusûli ilä -l-ma‘lûm madhmûm) ? En d’autres termes, pourquoi continuer à chercher la vérité lorsqu’on l’a trouvée dans le Coran ?

Les occidentaux eux-mêmes ont mis le Christ « à toutes les sauces » dans l’art (peinture, chansons, films comiques, caricatures,…). Sans aller jusque-là, est-il par exemple licite, sans encourir une peine pour blasphème en terre d’islam, d’adopter une démarche relevant de l’analyse historique critique traditionnelle pour étudier la vie de Mahomet ?

Mahomet, du clan des Quraychites [1], et ses compagnons ont participé à la coutume habituelle dans le monde arabe des razzias et du pillage des caravanes [2], ce qui, on en conviendra, est une attitude assez différente de celle de Bouddha, du Christ ou de Gandhi (ex. article butin). Peut-on rappeler ce fait historique, de nature assez peu spirituelle mais qui n’est pas déshonorante dans le contexte culturel et tribal de l’époque, sans être automatiquement taxé d’islamophobie ?

[1] Nom donné par Qussay à un groupe de tribus fédérés de La Mecque après que Qussay eut conquis La Mecque contre les Banû Bakr et les Khuza’a. Qussay devint le souverain de la Maison Sacrée de La Mecque. Mahomet faisait partie des Quraych qui était la lignée la plus noble à La Mecque.

[2] La Sîra dénombre 38 raids et expéditions musulmanes commandités par Mahomet. D’ailleurs, Mahomet a participé dans sa jeunesse à certaines guerres tribales et expéditions de son clan. Ainsi, la Sîra relate la guerre de Fijâr lorsqu’il était adolescent, au cours de laquelle il fournissait des flèches à ses oncles paternels pendant les combats.

Rappelons que le président du Conseil européen des fatwas et de la recherche, Yûsuf Al-Qaradâwî, a remis en février 2015 une lettre à François Hollande dans laquelle il ne cache pas la nécessité d’instaurer un délit de blasphème en France. En effet, il y a appelé la France et les États européens à promulguer des lois protégeant le sacré. Car il indique qu’il est illogique que les lois interdisent l’outrage des individus et se taisent au sujet de l’outrage des Prophètes. Pour lui, le législateur français qui a pu promulguer une loi incriminant l’antisémitisme a le pouvoir de promulguer une loi incriminant l’outrage des religions, des Prophètes et du sacré.