Betty Lachgar : « Au Maroc, nous sommes condamnés à être des musulmans toute notre vie »

Article du Point. Modifié le 25/09/2019 à 11:08 – Publié le 24/09/2019 à 17:43 | Le Point.fr

Par Thomas Mahler

Dix ans après un retentissant pique-nique en plein ramadan en compagnie de Zineb El Rhazoui, la militante féministe et universaliste revient sur ses luttes.

Il y a tout juste dix ans, en plein ramadan, deux militantes marocaines du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali) organisaient un pique-nique dans la forêt de Mohammadia, à mi-chemin entre Casablanca et Rabat. Dans leur sac, des baguettes et une boîte de Vache qui rit. L’initiative fit scandale dans un pays où l’article 222 du Code pénal prévoit entre un et six mois de prison pour ceux qui rompent « ostensiblement le jeûne dans un lieu public ». L’une des pique-niqueuses se nomme Zineb El Rhazoui et rejoindra bientôt Charlie Hebdo. L’autre est la psychologue Ibtissame Lachgar, dite « Betty », qui continue aujourd’hui avec le Mali à mener des actions coups de poing au Maroc. Dans un long entretien, nous revenons sur le parcours et les engagements de cette inlassable combattante pour les libertés.

Le Point : Comment êtes-vous devenue une militante des droits de l’homme ?

Betty Lachgar : J’ai grandi à Rabat jusqu’à mon bac. Puis j’ai fait des études de psychologie clinique, criminologie et victimologie à Paris. Mon père, ingénieur, était un militant politique en opposition au régime, ce qui m’a beaucoup influencé. Ma mère était prof de français. Je viens d’une famille « laïque », où la religion relevait d’une affaire personnelle. J’ai d’ailleurs été à l’école française puis au lycée français. C’était un choix de mes parents en raison de la laïcité justement.

Le Maroc étant une dictature, l’école publique y est non seulement religieuse, c’est-à-dire que l’éducation islamique y est obligatoire, mais l’école caresse aussi le régime dans le sens du poil. Je n’ai jamais fait le ramadan, car je ne me suis jamais sentie concernée par la religion musulmane comme je n’ai jamais ressenti de culpabilité à manger du porc ou à consommer de l’alcool plus tard. Dès l’adolescence, j’ai commencé à me poser des questions sur les religions, et notamment sur leur misogynie. Nous sommes trois filles dans ma famille ; s’il n’y a pas de garçon, par exemple, l’héritage ira en partie à nos oncles et cousins. Forcément, notre père a dû nous expliquer ça. Ces inégalités et ces discriminations, particulièrement contre les femmes, m’ont ainsi petit à petit poussée à rejeter les religions en général et l’islam en particulier. J’ai aussi appris très jeune qu’un enfant né hors mariage était un bâtard, littéralement un « fils de pute ». J’ai vu que les femmes et les enfants étaient les premières victimes de tout ça. J’étais ce qu’on appelait un « garçon manqué ». Je trouvais déjà cette expression bien tordue.

Je ne savais pas ce qu’était le féminisme ou ce qu’étaient les stéréotypes, mais j’étais déjà en train de revendiquer des choses au niveau du sexisme ou de la notion du blasphème. On dit « Allah est le plus grand » ? Je disais « Allah est le plus petit » tout en courant dans le couloir de l’appartement. Mais à l’époque, l’islam n’avait pas la place qu’il a aujourd’hui au Maroc. On ne se demandait pas qui jeûnait ou pas, on ne mesurait pas le degré de religiosité. Dans les années 1990, on a vu l’évolution…

À 20 ans, alors que vous étudiez à Paris, on vous diagnostique un cancer, un sarcome d’Ewing…

C’est génétique, c’est la translation de deux chromosomes qui causent un cancer de l’os particulier. À ce moment-là, tout a basculé. Bien sûr qu’il y avait un terrain préalable à mon militantisme. Mais ce cancer a réveillé en moi toute cette colère, cette rage et cette indignation. Puis, quand j’étais en thèse, mon père est tombé malade et j’ai multiplié les allers-retours entre la France et le Maroc. On a commencé à parler de son passé, de ses engagements et de son arrestation. Je lui ai dit que je trouvais étrange que les libertés individuelles, qui sont des droits fondamentaux, soient reléguées au second plan…

Comment rencontrez-vous Zineb El Rhazoui, avec qui vous avez fondé le Mali ?

Zineb, je l’ai connue à Paris, elle était en fac avec ma sœur. En se croisant en soirée, on parlait plus de droits et de libertés que d’histoires du quotidien. On a repris contact sur Facebook alors qu’elle était revenue au Maroc et que mon père venait de décéder. J’ai dit : « Il faut faire quelque chose ! » Elle était à Casablanca et moi à Rabat. Je suis allée la voir, et alors que je devais reprendre mon train, on s’est parlé pendant des heures. Zineb était journaliste dans un média indépendant et était déjà dans le collimateur du régime. Je suis restée chez elle toute la nuit. On s’est dit : « Balançons un truc sur Facebook. » Il se trouve que c’était le ramadan.

On a créé le groupe Mali dans un esprit de mouvement de désobéissance civile, et on s’est dit que personne ne parlait de l’article 222 du Code pénal qui punit de prison ferme les dé-jeûneurs pendant le mois de ramadan. On ne voulait pas faire comme les autres, à savoir multiplier des réunions, des conférences, des marches et des rapports qui finissent dans un tiroir. On voulait une action de terrain. On a réfléchi à une action pacifiste de désobéissance. Zineb m’a dit : « Puisqu’on nous interdit de manger, il faut faire un pique-nique symbolique ! » Ça nous a menées à une polémique internationale. On a eu tout le monde contre nous au Maroc, où presque, les partis politiques comme les associations. Mais c’est notre fierté. Cela fait dix ans qu’on a fait ce pique-nique, mais depuis quelques années au Maroc, la société civile s’est approprié cette question. Et tant mieux. La société et les médias évoquent désormais ces thématiques de laïcité, de liberté de conscience et d’article 222. Ouvrir le débat est une victoire.

Et tant que mouvement féministe, universaliste et laïque, nous pensons que les droits humains n’ont ni frontières ni religion

Avec le Mali, vous avez multiplié les happenings : kissing dans l’espace public, bateau de l’avortement, coloriage en rouge des fontaines de Rabat, collages de serviettes hygiéniques sur la façade du ministère de la Santé…

Contre les violences machistes et pour les droits sexuels et reproductifs notamment, oui. La dépénalisation des relations sexuelles hors mariage et de l’homosexualité. L’avortement est interdit au Maroc. Je risque dix ans de prison pour, à visage découvert, accompagner et aider les femmes à avorter. Il y a un seul article, l’article 453, qui dispose que l’avortement est possible si la santé de la femme enceinte est en danger. Mais avec l’autorisation du mari ! Et n’est prise en compte que la santé physique. L’association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin veut l’étendre à la santé mentale. Mais elle n’est du coup pas favorable à la dépénalisation totale. Et tant que mouvement féministe, universaliste et laïc, nous pensons nous que les droits humains n’ont ni frontières ni religion. En tant que mouvement pro-choix, la lutte en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps est essentielle. Les associations plus jeunes par exemple sont hélas intersectionnelles, plus dans le relativisme interculturel, dans la lutte décoloniale…

Mais les actions coup de poing sont-elles une bonne méthode ?

On joue sur le buzz, c’est une réalité. Sur le pouvoir médiatique. On veut alerter l’opinion publique dans son ensemble sur des sujets sensibles et tabous. Ce n’est pas en organisant des tables rondes ou en faisant des petits rassemblements devant le Parlement – et en général c’est toujours l’élite convaincue qui est présente – qu’on fait avancer les choses. Ou alors à petits pas. Quand il y a un buzz, tout le Maroc est au courant. On en parle en famille, au bureau, au hammam. C’est ça que nous voulons ! Même si cela génère de la haine, c’est quand même une victoire. Cela veut dire qu’on a mis le doigt sur quelque chose qui fait mal et qui dérange, et le choc des consciences est un moteur pour espérer un changement des mentalités.

Je trouve formidable que Zineb ne courbe pas l’échine face aux personnes qui la qualifient de « raciste » ou « d’islamophobe »

Comment jugez-vous le parcours de votre amie Zineb El Rhazoui, devenue en France l’une des figures de proue de la lutte contre les islamistes ?

J’adhère à tout ce qu’elle fait. J’admire son courage et son audace. C’est ce qui nous a unies. Pourtant, les menaces et les intimidations sont réelles. Vu la notoriété qu’elle a maintenant en France, je trouve formidable que Zineb ne courbe pas l’échine face aux personnes qui la qualifient de « raciste » ou « d’islamophobe ». Ce qui est inquiétant, c’est que maintenant, même au Maroc, il y a ces discours décoloniaux qui touchent la majorité des associations. Même certaines associations féministes nous accusent parfois de faire du militantisme « occidental ». Surtout par rapport à notre positionnement contre le voilement des femmes. Nous sommes universalistes et laïques.

Après, par rapport à Zineb, je suis une féministe radicale. C’est un terme qui fait extrémiste en langue française, mais le terme est différent en arabe, parce que radical, c’est simplement aller à la racine. Sur la question de la langue, par exemple, nous différons avec Zineb. Pour moi, une langue sexiste structure la pensée. Je ne suis ainsi pas contre l’écriture inclusive, tout en utilisant un langage épicène [dont la forme ne varie pas selon le genre, NDLR]. J’utilise aussi le terme « féminicide, » là où Zineb pense que cela se limite à certains cas, quand par exemple on tue des petites filles en Inde du fait de leur sexe. Ce n’est pas un jugement, mais je diffère aussi de Zineb quand elle accepte de se rendre dans des événements où est conviée l’extrême droite, ou quand elle se fait éditer par Ring. Mais contrairement à d’autres féministes, si je soutiens la notion de « féminicide » ou d’écriture inclusive, je me bats aussi contre le voilement des filles et des femmes. C’est le symbole d’oppression le plus visible. Et je ne le considère pas comme un libre choix. Pour moi, comme je l’ai dit auparavant, toutes les religions sont misogynes. La mode est de dire « vous êtes islamophobes », alors que quand je dénonce d’autres religions, comme sur les voilées du judaïsme orthodoxe, cela passe inaperçu. Je critique des dogmes. J’ai ce droit, je le prends. L’islam est une idéologie. Je ne vise pas des personnes.

Comment voyez-vous les féministes françaises ?

Il y a un combat rude entre le féminisme universaliste laïc et le féminisme intersectionnel. Moi, ça me hérisse le poil de voir qu’on veut faire de l’essentialisme et du différentialisme. Les droits humains – et ceux des femmes en particulier –, je le répète, ne connaissent ou plus exactement ne devraient connaître ni religion, ni frontières, ni nationalité, ni couleur de peau. On ne peut pas, sous couvert de relativisme culturel, accepter l’inacceptable. C’est quelque chose qui me dépasse.

Mohammed VI fête les vingt ans de son règne. Qu’en pensez-vous ?

Le Maroc est une dictature religieuse. C’est un fait. C’est une monarchie absolue de droit divin. Il n’existe pas de liberté de conscience. On nous dit que le pays ne serait pas prêt pour une « démocratie ». Ça, c’est l’argument culturel par excellence. Cela veut-il donc dire que les « bougnoules » et les Noirs, tous les pays du Sud, sont trop bêtes pour la démocratie ? Pour les vingt ans du règne de Mohammed VI, beaucoup de médias marocains ont affirmé que le roi est féministe, qu’il lutte ardemment contre la misogynie. Ce sont des médias pro-régime en général. Mais qu’est-ce qui a changé ? Le nouveau Code de la famille de 2004, c’est un leurre. Et il commence à prendre la poussière. Depuis, rien n’a été fait. Vous avez un « commandeur des croyants » à la tête du pays, plus un gouvernement islamiste.

Bassima Hakkaoui, la « ministre de l’Égalité » issue du Parti de la justice et du développement (PJD), est une grande misogyne. Sa loi sur la lutte contre la violence faite aux femmes ne tient pas compte des viols conjugaux, car la femme, l’épouse donc, serait là pour assouvir les soi-disant pulsions du mari. Rien n’a donc évolué ! On cite souvent l’article 19 de la Constitution de 2011, qui promeut l’égalité entre les femmes et les hommes. Très bien. Mais à la seconde partie de l’article, on lit : « Tout en respectant les constantes et les lois de la nation. » La première constante du Maroc étant l’islam, cet article s’annule de facto. Mais les féministes d’État ne mentionnent jamais la seconde partie de l’article. Il n’y aura jamais d’égalité dans ce contexte. Le PJD le dit clairement sur la question de l’héritage et sur la liberté sexuelle des femmes, sachant que celle des hommes, elle, se porte très bien.

Au Maroc, nous sommes condamnés à être des musulmans toute notre vie.

Certains disent que la monarchie est un rempart contre les islamistes…

Entre la peste et le choléra, je ne sais pas. Le roi n’est-il pas, par sa position, le premier islamiste du pays ? N’a-t-il pas le choix ? On ne sait pas ce qu’il pense personnellement, mais la religion comme la monarchie sont intouchables. Je ne fais pas de politique politicienne, mais je reste convaincue que si la société civile continue à caresser dans le sens du poil le régime comme les islamistes, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. À chaque fois qu’il y a des associations ou des artistes qui parlent des libertés ou des droits des femmes, que ce soit sur l’avortement ou sur l’héritage, on se réfère toujours aux religieux. « Que disent les textes ? » « Qu’en pensent les imams ? » Ou alors ils feignent d’ignorer le poids du religieux sur ces questions. Pour moi, cela conforte cette domination masculine qui contrôle la sexualité et le corps des femmes. Les personnes laïques sont isolées. Nous parlons de droits. Je m’en fous de la religion et de l’interprétation des textes ! Nous, les progressistes, ne devrions pas faire de concessions aux religieux. Car pendant ce temps-là, le camp adverse, lui, avance sans scrupule. Les islamistes font un super boulot de propagande et d’endoctrinement. Jamais ils ne disent : « Attention, on pourrait heurter les laïcs et les mécréants. » Non, ils disent que nous, les progressistes, sommes des agents du sionisme, de l’Occident, de la franc-maçonnerie, et que nous voulons semer le chaos.

Êtes-vous optimiste ?

Non. La liberté de conscience, avec la laïcité, est le pilier de toutes nos luttes. Mais, au Maroc, nous sommes condamnés à être des musulmans toute notre vie. Dès la naissance. Les lois qui s’appliquent à nous (comme le programme du système scolaire dont je parlais au départ) ne laissent aucun libre arbitre, aucun libre choix. Il y a plus d’espoir du côté de la Tunisie, où beaucoup se revendiquent laïcs. Pour revenir à la symbolique du mois du ramadan, là-bas, des rassemblements sont organisés pour revendiquer leur liberté de ne pas pratiquer le jeûne. Au Maroc, ce n’est pas possible. C’est très, très compliqué. Mais, quitte à me contredire, je suis optimiste aussi, sinon j’aurais cessé la lutte. Des centaines de Marocaines viennent d’ailleurs de publier un manifeste pour défendre la liberté sexuelle.

L’islam et la femme : une relation pathologique

Le Coran affirme clairement le statut inférieur de la femme par rapport à l’homme : celle-ci est donc nécessairement soumise à l’autorité masculine, d’abord dans sa famille à son père et à ses frères, puis elle passe sous l’autorité de son mari à partir de son mariage. Il est donc hors de question qu’une femme nubile non mariée puisse se trouver seul avec n’importe quel homme. Le femme n’est pas libre de fréquenter qui elle veut. C’est ce qu’on enseigne encore aujourd’hui en France aux jeunes musulmans et musulmanes dans des émissions largement diffusées sur internet. Que penser… !

La difficile acculturation des Turcs en Allemagne

L’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut était consacrée le 2 décembre 2017 au thème : « Où va l’Allemagne ? ». Alain Finkielkraut y recevait deux personnalités ayant une très bonne connaissance de l’Allemagne : Joachim Bitterlich (ancien diplomate allemand, conseiller au cabinet du ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher et conseiller européen, diplomatique et de sécurité du chancelier Helmut Kohl) et Luc Rosenzweig (ancien journaliste de Libération et Arte, ancien rédacteur en chef du Monde, ancien correspondant du Monde en Allemagne).

https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/ou-va-lallemagne

Cette émission fut l’occasion de décrire les efforts très importants faits par l’Allemagne pour tenter d’intégrer son importante population turque immigrée ou d’origine immigrée, non sans certains succès, compte tenu du fossé séparant la culture turque musulmane de la culture allemande à forte composante chrétienne. Les invités rappelèrent à cette occasion une évidence directement issue du Coran, objets des énormes mensonges et manipulations de la bien-pensance française et plenelienne : l’extrême difficulté à sortir la femme musulmane de son statut d’infériorité et la problématique du tabou du mariage de la musulmane avec le mécréant, ce type de mariage étant strictement interdit par le Coran et par conséquent abhorré par tout bon musulman.

Si des hommes turcs de 2ème ou 3ème génération persistent, comme cela est évoqué, à vouloir aller chercher leur femme dans le bled anatolien, ce n’est certes pas par amour de la culture de Goethe et de Schiller : l’échec de l’intégration culturelle serait patent et le constat alarmant.

Ce qui est reconnu Outre-Rhin devient indicible en France, avec la complicité de la loi française qui offre à toutes les associations prétendument humanitaires le cimeterre de la censure ou de la justice pour couper la tête à la liberté d’expression. Pour autant, pourquoi la situation de l’Allemagne, luttant de facto contre les conséquences néfastes de l’application de la doctrine de l’islam, serait-elle différente de celle de la France mais où rien n’est fait et où personne n’ose parler sauf à se faire agresser avec des noms d’oiseaux, voire traîner en justice ?

J’accuse

Tribune du 21 août 2017 H24 avec Le Figaro.

Tribune. Viol collectif dans un bus: le « J’accuse » de Mohammed Ennaji

Révolté, l’écrivain et philosophe Mohammed Ennaji* « accuse » tous ceux qui, de près ou de loin, sont derrière le viol collectif abject dont a été victime une jeune fille dans un bus à Casablanca.

Mohammed Ennaji est sociologue, historien et écrivain. Professeur à l’université Mohammed V de Rabat, il est notamment l’auteur du « Fils du prophète » et du « Le sujet et le mamelouk ».

« J’accuse

Oui, ce mot porte la signature d’un grand, oui ce mot ne m’appartient pas, mais il est le seul qui convient ici, il est le seul qui exprime ma révolte devant les images horribles d’un viol collectif, social oserai-je dire, et l’adjectif n’est pas à la mesure du crime en question. Voilà qu’à présent on viole nos filles en public, devant la caméra, sans crainte de personne, sans crainte de jugement, je ne parle pas de pudeur parce qu’elle n’appartient pas au dictionnaire de ces assassins.

Violer dans le bus une fille. Fêter ce viol comme une action héroïque, voilà où nous en sommes. Nous fabriquons aujourd’hui des assassins et des criminels en série. Nous ne formons plus des jeunes pour défier l’avenir, non nous fabriquons des assassins, des terroristes, des criminels.

J’accuse tous ceux qui sont derrière ces faits, directement ou indirectement. J’accuse le pouvoir qui a quasiment fermé l’école pour ouvrir des commissariats et des prisons, des bordels et des aires en plein air pour drogués. J’accuse les islamistes qui doivent aujourd’hui prendre leurs responsabilités devant l’image qu’ils donnent de la femme, devant la caricature qu’ils en colportent, j’accuse tous ces portails qui louent les houris, tous ces portails qui dénoncent les bikinis, tous ces portails qui fêtent la polygamie. Ils sont directement responsables et doivent être autoritairement fermés. Le démon c’est vous qui incriminez les femmes, le diable ce n’est pas la femme c’est vous qui invectivez et distribuez la haine à grande échelle.

Que chacun prenne ses responsabilités, que la police fasse son travail au lieu de réprimer des manifestants pacifiques. Demain si nous nous taisons, nos filles seront violées devant nous parce que nous nous serons tus. Demain est un horizon noir pour ce pays qui devient une fabrique de la haine à grande échelle. Le pouvoir porte la part la plus grande de responsabilité lui qui se réfugie dans le silence et la compromission, lui qui n’écoute pas la douleur d’une société qui va à la dérive.

Je l’accuse à voix haute, je l’accuse au nom de mon pays !»

Grande Mosquée de Paris et Fondation pour l’Islam de France : ça sent le gaz !

  • Problématique

La Grande mosquée de Paris, par la voix de son recteur, Dalil Boubakeur, ancien haut responsable du Conseil Français du Culte Musulman, vient de publier le 28 mars 2017 un texte qu’il est tout à fait intéressant d’analyser car il s’adresse à la fois aux musulmans et aux non-musulmans.

Il s’agit d’une proclamation, c’est-à-dire, selon les thèmes abordés, une déclaration d’intention et/ou une reconnaissance solennelle de certaines réalités. Par ce texte, en effet, la Grande mosquée de Paris confesse la reconnaissance directe ou indirecte de certaines des difficultés de l’islam en France sans toutefois abandonner toujours, comme on va le voir, le déni de réalité.

Proclamation GMP 170328

  • Le renouveau de l’orthodoxie musulmane

Avec la montée en puissance du fondamentalisme et du terrorisme musulmans, représentés notamment par Al Qaida et par l’État Islamique, l’islam de France s’était engagé devant le gouvernement français à produire un contre-argumentaire précis et documenté pour faire pièce au discours doctrinal très fourni de ces mouvements qui s’appuie sur des textes incontournables en islam. Nous l’attendons toujours.

En revanche, faute de produire ce contre-argumentaire, les représentants de l’islam de France ne manquent pas d’affirmer, sans fournir toutefois de preuves à l’appui, que l’islam véritable serait très différent de ce fondamentalisme, dont la Grande Mosquée de Paris reconnaît néanmoins « la montée en puissance, au sein de la communauté musulmane française » mais qui résulterait « d’une interprétation erronée de l’islam ». L’islam serait-il la seule religion que ses adeptes comprendraient aussi mal ? Car on ne voit guère et juifs, de chrétiens ou de bouddhistes tirer à la Kalachnikoff sur ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, ou leur foncer dessus à tombeau ouvert avec un camion.

Ce que voudrait la Grande Mosquée de Paris, c’est que les musulmans n’écoutent que les imams au discours officiel, politiquement correct, adoubés sans doute par elle-même : « Tout musulman doit prendre garde à ne pas chercher sa culture religieuse auprès de sources, de prédicateurs, de prêcheurs télévisuels, qui ne sont pas reconnus par les savants les plus respectés de la communauté. » Or le problème est que le discours des imams du monde arabo-musulman (Arabie Saoudite – terre sainte de l’islam –, Qatar, Iran, Égypte, etc.) est souvent beaucoup plus proche de celui des terroristes musulmans, qui s’appuie sur des textes authentiques et nombreux, que du discours souvent lénifiant de l’islam de France.

Enfin, on peut s’inquiéter tout à fait du constat fait par la Grande Mosquée de Paris s’agissant de l’intolérance religieuse qui semble être, à la lire, un penchant fréquent en islam : « Le musulman doit se prémunir en la matière du péché de vanité, qui consiste à donner des leçons à autrui sur ce qu’est un bon ou un mauvais musulman quand on n’a soi-même qu’une culture religieuse péremptoire, superficielle et approximative. »

  • Le jihad

Dans ce domaine, dont on peut se demander s’il constitue une priorité puisqu’il n’est abordé pour l’essentiel que dans l’avant-dernier point dans cette proclamation, Dalil Boubakeur n’innove guère et tient les habituels propos convenus sur la légitime défense, oubliant au passage à la fois la pratique guerrière de Mahomet et les dizaines de versets du Coran appelant à la guerre, ainsi que ceux précisant comme partager le butin. De façon plus générale, il est quand même très curieux de constater que l’islam est la seule religion suscitant, et de façon aussi régulière, des vocations terroristes : pourquoi ?

  • L’antisémitisme

Dalil boubakeur nous annonce que « (…) toute forme d’antisémitisme est contraire à l’enseignement du prophète Mohammed lui-même (…) ». Sur quels textes se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Pourtant les textes musulmans disent précisément le contraire : il n’y a qu’à ouvrir le Coran ; et jusqu’au hadith fameux et incontesté en islam de Muslim : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allah a dit : « L’Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu’à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant : « Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer ! », exception faite de l’arbre dit Al-Gharqad qui est l’arbre des juifs. »

Inutile de s’étonner dans ces conditions que l’islam ait de profondes racines antisémites, comme Georges Bensoussan l’a récemment rappelé.

  • Islamophobie et islamopsychose

Dalil Boubakeur « s’alarme du fait que l’islamophobie et l’islamopsychose françaises soient de nos jours assurément comparables en gravité à l’antisémitisme français de la fin du XIXe siècle ».

Les tentatives d’assimilation du problème musulman au problème juif sont multiples et constantes : cette ritournelle a en réalité pour objectif de bâillonner tout débat sur la nature de l’islam en affublant tout contradicteur de l’étiquette honteuse et honnie d’« antisémite ».

  • La contestation de la laïcité

Comme pour l’antisémitisme, Dalil Boubakeur proclame : « L’existence du fait religieux musulman dans la société française est compatible avec la laïcité. » Sur quoi se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Le problème est que toute la conception musulmane est précisément anti-laïque, ce que ne cessent de répéter d’ailleurs les imams du Moyen-Orient, aucun pays musulman n’étant d’ailleurs laïc aujourd’hui.

Si l’islam était laïc, Dalil Boubakeur aurait-il besoin de confesser : « La Grande Mosquée de Paris constate que cette immense majorité des Français de confession musulmane est demandeuse d’un texte de clarification de leurs droits et devoirs dans leur foi. » Qu’il y ait besoin d’une clarification religieuse de la nature de la foi musulmane, certainement, mais en quoi cela a-t-il un quelconque rapport avec les notions de droit et de devoir au regard de l’État ? Car si le propos n’a qu’un caractère uniquement religieux, cela voudrait dire que les musulmans ne comprennent rien à leur religion.

Tout cela est d’une confusion extrême, qui ressort encore plus lorsqu’on lit dans le même texte l’affirmation suivante : « La France n’est pas une terre d’islam (…). Dans ce contexte, tout musulman doit évidemment respecter les valeurs et les lois de la République française. » On peut l’espérer, mais : 1) En quoi la Grande Mosquée de Paris est-elle légitime et crédible pour affirmer que la France ne sera pas un jour considérée comme terre d’islam par les musulmans ? 2) Cela veut-il bien dire a contrario que si la France venait à être considérée un jour comme terre d’islam, les valeurs et lois de la République française n’y auraient alors plus cours ? N’est-ce pas là une forme d’affirmation que l’islam est incompatible par nature avec la France et sa laïcité ?

  • L’amour et la paix

Dalil Boubakeur déclare « Le saint Coran insiste sur la nécessité de savoir pardonner. » Sur quels textes s’appuie-t-il ? On ne sait pas, et on le comprend d’autant moins quand on le lit le Coran qui regorge de versets de violence ici-bas et dans l’au-delà.

  • L’obscurantisme

La proclamation s’attaque à l’obscurantisme en islam, que la Grande Mosquée de Paris reconnaît, et il semble qu’il y ait beaucoup à faire. Cette reconnaissance peut surprendre, car si elle est évidente et dénoncée par certains intellectuels musulmans eux-mêmes, elle est inhabituelle dans la bouche des représentants de l’islam de France.

D’abord, on peut s’étonner de l’assertion « L’obscurantisme, le refus de la science, le refus du progrès scientifique, sont des lectures erronées de l’islam ». Qu’a à voir la religion avec la science ? Rien. Sinon, nous aurions déjà parlé avec Dieu, et il n’y aurait qu’une seule religion. Mais que l’islam soit atteint d’un mal qui conduise certains musulmans à penser encore aujourd’hui que l’islam peut avoir raison contre la science, c’est un fait établi dont on trouve effectivement des preuves claires sur internet dans les prêches d’un certain nombre d’imams.

Parmi les marques de l’obscurantisme figure également en bonne place cette tradition abominable consistant à égorger des animaux pour satisfaire un besoin religieux. Les progrès scientifiques ont conduit à ce que l’étourdissement préalable devienne la règle dans bon nombre de pays occidentaux, certains pays européens ayant fini par interdire complètement l’égorgement. Il faut effectivement en finir avec cette pratique superstitieuse, qui révèle aussi une indifférence profonde à la souffrance animale que Dalil Boubakeur est obligé de reconnaître : « La souffrance animale ne saurait être admise par Allah. Il est donc nécessaire de réduire au maximum la souffrance causée à l’animal. » Comme je l’ai déjà montré dans un autre article détaillé, l’absurde de cette situation est que cette recommandation semble bien dater de l’époque de Mahomet. Ainsi, l’attachement actuel au maintien de ce procédé épouvantable n’est pas justifié par la doctrine de l’islam mais est une des multiples formes de cristallisation du communautarisme.

Enfin, on peut mettre au rang des pratiques obscurantistes la prolifération des rituels dont on peut se demander dans quelle mesure ils viennent surtout combler un vide spirituel, et Dalil Boubakeur admet que « Tout musulman doit prendre garde à ne pas verser dans l’observation irréfléchie et obsessionnelle de règles sans finalité spirituelle. » D’ailleurs, le ramadan apparaît être une source de nuisance pour les non-musulmans au point que Dalil Boubakeur est obligé de rappeler que « Durant le mois de Ramadan, (…) il ne faut pas importuner la population, notamment pendant la nuit. » C’est stupéfiant.

  • Le maintien des pratiques ancestrales

La Grande Mosquée de Paris affirme, pour rassurer : « (…) les châtiments corporels, la polygamie, ne se justifient plus et n’ont plus lieu d’être. Dans le même esprit, l’égalité entre hommes et femmes s’impose. »

C’est un aveu terrible et qui est une remise en cause fondamentale du Coran : il faut savoir néanmoins que cette position doctrinale n’est partagée par aucune institution de renommée au sein du monde musulman. La polygamie est un droit indubitable établi par le Coran, que même le Maroc a refusé il y a quelques années d’abolir ; seule la Tunisie, a osé l’interdire et cette position est très critiquée dans le monde musulman. Concernant les châtiments corporels, la prestigieuse université Al-Azhar a confirmé il y a également quelques années qu’ils font partie intégrante du socle dogmatique fondamental de l’islam. Quant à l’égalité homme-femme, elle est battue en brèche dans le Coran qui dit précisément le contraire.

  • Conclusion

Ce texte mal construit, un peu fourre-tout, truffé d’approximations et d’omissions, présente néanmoins l’intérêt de reconnaître un certain nombre de difficultés évidentes quant à la compatibilité de l’islam avec les valeurs de la France. On peut néanmoins s’interroger sur le fait qu’il soit là pour « donner le change » car l’islam de France n’a aucun intérêt objectif à ce mea culpa : c’est justifier les critiques qui lui sont faites et prouver son incapacité à résoudre ses propres problèmes.

Face à ce constat accablant, on peut comprendre que l’État soit tenté, pour écarter les risques générés par une telle confusion, de faire quelque chose au travers de la « Fondation pour l’islam de France », présidée par Jean-Pierre Chevènement. Mais il est assez savoureux que Dalil Boubakeur ait fini par en claquer la porte et maintenant « condamne la tendance actuelle à vouloir désigner des autorités de tutelle, n’étant pas de confession musulmane, aux fins d’encadrer avec paternalisme l’expression du fait religieux musulman dans la société française : ceci, au mépris de la liberté religieuse et de la séparation des églises et de l’État. »

 

Les nouvelles musulmanes : modernité contre obscurantisme ?

À l’occasion de la journée de la femme (8 mars 2017), l’émission hebdomadaire « Vivre l’islam » de France 2 a consacré son épisode du 12 mars 2017 au portrait de 5 femmes musulmanes jugées représentatives et proches de ce que pourrait être le modèle de la femme musulmane moderne, « femme de lumière ». Il est tout à fait intéressant de revenir sur ces 5 profils à une époque où est tellement vanté – jusqu’à parfois être revendiqué – le port du voile musulman par tant d’imams et de musulman(e)s français(e)s, y compris dans les services publics ou les entreprises publiques ou privées, sans considération aucune pour le respect du principe de laïcité.

Les 5 femmes présentées sont :

  • Houria Aichi, chanteuse (chant religieux)
  • Zahia Ziouani, chef d’orchestre (musique occidentale)
  • Khadija Al-Salami, cinéaste
  • Hakima El Djoudi, artiste plasticienne
  • Maram Al-Masri, poétesse

France 2 Islam 170312 Journee femme Extrait 1

France 2 Islam 170312 Journee femme Extrait 2

France 2 Islam 170312 Journee femme Extrait 3

Que remarque-t-on ? Toutes ces femmes ont un rapport étroit avec le monde artistique, si décrié en islam. En outre, aucune ne porte le voile, ni même un bout de voile ; c’est même l’opposé. Cela est très étonnant alors qu’on nous parle tant de nos jours de la musulmane « décomplexée » qui revendique « son » voile comme expression de sa totale liberté de conscience et d’expression. On peut s’interroger naturellement sur le sens de ce reportage qui ne semble guère correspondre au regain du religieux que connait la quasi-totalité des pays musulmans aujourd’hui et qui touche également les musulmanes françaises issues de l’immigration.

Plus encore, l’accent est mis spécifiquement sur ces femmes car elles « luttent contre l’obscurantisme [musulman] et pour les lumières », mais aussi contre les coutumes tribales, l’infériorisation de la femme, sa relégation sociale et éducative, etc. Le cas de Khadija Al-Salami, « épousée à 11 ans et divorcée [répudiée] à 12 ans », est particulièrement mis en valeur dans la lutte contre les « traditions Moyenâgeuses » de l’islam.

Face à constat accablant, le C.F.C.M. continue à affirmer : « En France, l’égalité homme femme ne heurte en rien la conception musulmane. Bien au contraire, depuis l’avènement de l’islam et dans les temps modernes, les principaux défenseurs de la place de la femme musulmane dans la société contemporaine ont toujours favorisé son épanouissement. » (article 3 de la Convention Citoyenne des Musulmans de France pour le vivre‐ensemble). Cette affirmation paraît ainsi relever du mensonge ou du moins d’une vision très déformée de la réalité au regard de la culture traditionnelle musulmane, y compris en France.

Tariq Ramadan a écrit à juste titre, tout en tentant toujours néanmoins de dédouaner sa religion : « Je l’ai dit et répété : l’islam n’a pas de problème avec les femmes, mais il apparaît clairement que les musulmans ont effectivement de sérieux problèmes avec elles, et il faut en chercher, de l’intérieur, les raisons et parfois les (discutables) justifications. »

Et il ne faut pas croire que le sort terrible des femmes en islam relèverait pour l’essentiel d’une opposition frustrée à l’Occident et non de la doctrine même de l’islam, comme le laisse entendre le même Tariq Ramadan : « Il ne faut pas non plus minimiser la dimension psychologique dans le débat concernant les femmes. La relation avec l’Occident est complexe : avant, pendant, puis après les colonisations, la question de la femme a été centrale dans les relations de pouvoir et les débats politiques, théologiques et culturels. Cela a nourri dans la psyché musulmane contemporaine une sorte de réaction réflexe : moins le discours est occidental à propos des femmes, plus il est perçu comme islamique et, inversement, plus il est islamique, plus il se devrait d’être restrictif et s’opposer à la permissivité occidentale dont la finalité serait de laminer les fondements de la religion et de la morale. » L’islam a bien un problème de fond avec la femme.

Oserait-on maintenant enfin commencer à parler et dire timidement la vérité à propos du sort peu enviable de la femme en islam ?

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (9) La prétendue égalité de l’homme et de la femme en islam

  • Problématique

Face aux sociétés occidentales où les femmes ont acquis progressivement de nouveaux droits et continuent à se battre pour mettre fin à toutes les inégalités en droit ou en fait vis-à-vis des hommes, le statut de la femme en islam pose évidemment un énorme problème puisqu’il est fondamentalement incompatible avec les valeurs occidentales d’aujourd’hui en raison de l’inégalité fondamentale qu’il postule.

Ainsi, Rémi Brague écrit : « Entre l’homme et la femme, l’inégalité est nette : « les hommes ont autorité sur les femmes du fait qu’Allah a préféré certains d’entre vous à certains autres. » (sourate 4, verset 34) Rien là d’exceptionnel par rapport à la vulgate morale antique, qu’exprime par exemple saint Paul. »

Ce traitement discriminatoire de la femme fait partie des fondamentaux structurels de la culture musulmane. Rappelons le diagnostic lucide et clair que portait Malek Chebel : « Répudiation, polygamie, mariages forcés (et surtout mariages précoces à onze ou treize ans), rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects – flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. »

Voyons donc les arguments avancés par Tareq Oubrou pour tenter de résoudre ce problème insoluble.

  • L’égalité originelle

Tareq Oubrou défend la thèse de l’égalité originelle de l’homme et de la femme au regard d’Allah : « En islam, la théologie ne donne aucun privilège symbolique à l’homme aux dépens de la femme, alors que, dans le christianisme, l’incarnation de Dieu en l’homme pourrait laisser penser le contraire. »

On peut déjà être assez surpris, dans ce débat sur l’islam, de l’irruption soudaine du christianisme. Même si saint Paul a gardé de sa judéité originelle une perception parfois peu valorisante de la femme au regard de l’homme comme l’indique Rémi Brague (cf. ci-dessus), recourir à l’incarnation dans un homme pour tenter de justifier une prétendue supériorité de l’islam sur le christianisme relève du pur charlatanisme, sans compter qu’on pourrait tout aussi bien dire la même chose pour Mahomet… Donc laissons-là cette suggestion délirante, qui vise à faire diversion, et passons à la suite.

Pour Tareq Oubrou : « Dans le Coran, l’être adamique primordial serait sexuellement amorphe et anatomiquement ambivalent. Il contiendrait déjà les deux genres. Asexué, à l’image de Dieu, il aurait ensuite donné deux êtres sexués par une sorte de « mutation génétique » ou de « fissiparité différenciée ». L’homme et la femme sont issus d’une même nature dit le Coran (sourate 4, verset 1 ; sourate 6, verset 98 ; sourate 7, verset 189 ; sourate 39, verset 6), mais constituent deux entités sexuellement complémentaires. »

Voici les versets mentionnés :

Sourate 4, verset 1. Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être, puis, de celui-ci, a créé une épouse (…)

Sourate 6, verset 98. C’est Lui qui vous a fait naître d’une personne unique (…)

Sourate 7, verset 189. C’est lui qui vous a créés d’un seul être, dont il a tiré son épouse (…)

Sourate 39, verset 6. Il vous a créés d’un seul être dont il a ensuite tiré son épouse. (…)

Il n’y a rien là de bien nouveau. Le Coran paraphrase et répète, en moins bien, la Genèse.

Genèse 2, 21 à 23. Alors Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : « Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée « femme », car elle fut tirée de l’homme, celle-ci ! »

Si l’homme et la femme ont une même nature originelle – qui les distingue des autres animaux –, la femme reste un « produit dérivé » de l’homme. Cela n’est nullement contradictoire avec une infériorité de la femme par rapport à l’homme ; au contraire, cela la justifie puisque l’homme est premier dans le temps par rapport à la femme dont elle est issue.

En réalité, la femme est considérée dans la mentalité musulmane comme un « bien » – certes supérieur aux autres (cheval, maison, etc.) – dont l’homme acquiert la disponibilité sexuelle par le mariage en versant le « mahr » (inverse de la dot à l’européenne : somme payée – sous forme d’argent ou d’autres biens – par le mari musulman à sa femme), condition sine qua non de tout mariage. Ainsi le Coran précise par exemple :

Sourate 3, verset 14. L’amour des biens, fausses apparences, est présenté aux hommes sous la forme de femmes, d’enfants, de trésors d’or et d’argent, de chevaux racés, de bétail et de terres cultivables : c’est là la jouissance de la vie présente alors que c’est auprès d’Allah qu’est le bon retour.

  • La règle du témoignage des femmes dans le Coran

Un cas intéressant que cite Tareq Oubrou est l’établissement par le Coran de l’inégalité des témoignages. Il écrit : « Certains croyants, mettant leur raison en veille, sous prétexte qu’il s’agit d’approcher le sacré, s’en tiennent au sens littéral et absolutisé du verset [Il s’agit du verset 282 de la sourate 2] indiquant que le témoignage de la femme équivaut à la moitié de celui de l’homme : « Faites témoigner deux témoins parmi vos hommes, sinon un homme et deux femmes parmi les témoins que vous estimez crédibles. Si l’une se trompe, l’autre lui rappellera. »

C’est un verset effectivement problématique pour la thèse de l’égalité homme-femme, aussi Tareq Oubrou tente-t-il d’en minimiser la portée en recourant à des arguments pour le moins étonnants et contradictoires : « Ce verset concerne les affaires, les transactions commerciales, les écritures de contrat, etc. il ne parle pas d’un problème de crédibilité morale inférieure de la femme, mais évoque la possibilité d’erreurs de mémoire. Tout d’abord, il faut souligner qu’il s’agit d’un verset non pas impératif, mais optionnel, d’où la nécessaire référence à la Sunna pour comprendre sa charge normative. Le Prophète ne l’a pas appliqué de son vivant. »

Il faudrait d’abord que Tareq Oubrou précise quand les versets sont optionnels ou pas, ce qu’il ne fait pas, et ce qui en réalité est assez normal car cette notion ne figure pas dans le Coran ; ou alors il faut nous dire où. Difficile en effet de concevoir la raison pour laquelle un verset du Coran serait optionnel.

Par ailleurs, Tareq Oubrou utilise l’argument étrange (qu’on retrouve dans d’autres circonstances) de la non-application par Mahomet car 1) cela ne prouve rien 2) si une disposition a été édictée par Mahomet, c’est bien pour être appliquée. Que diantre signifierait en effet le fait d’édicter une disposition en sous-entendant en même temps sa non-applicabilité ? Cela n’a aucun sens.

Tareq Oubrou poursuit : « Ensuite, la mémoire n’est pas uniquement une question neuroscientifique mais aussi sociologique. Selon les professions et les champs de compétences, la mémoire et/ou les processus de mémorisation ne sont pas identiques. Or le monde des affaires, cet univers dans lequel se concluent des contrats, était, à quelques exceptions près, exclusivement masculin. À ce titre, les femmes étaient les plus exposées à l’erreur que les hommes lorsqu’elles témoignaient dans ce domaine, du fait qu’elles ne maîtrisaient pas forcément son vocabulaire, ses protocoles et ses codes. »

À suivre Tareq Oubrou, l’intelligence des femmes était donc finalement en pratique limitée à l’époque à l’intelligence des choses du ménage ! De là à extrapoler jusqu’à aujourd’hui, il n’y a qu’un pas… Or Tareq Oubrou sait que la première épouse de Mahomet, Khadija, était une des commerçantes riches les plus en vue de La Mecque et gérait elle-même son commerce. Si les musulmans avaient voulu donner plus de place à la femme en considérant qu’elle se situait à égalité avec les hommes, ce n’était donc pas une question d’intelligence ni de mémoire, puisque celles qui avaient l’occasion de jouer des rôles importants y parvenaient semble-t-il très bien.

Tareq Oubrou fournit d’ailleurs lui-même un autre contre-exemple : « Omar, une fois devenu calife, a nommé Shifa inspectrice du marché de Médine, chargée de contrôler le bon déroulement des transactions et des contrats commerciaux. Personne n’a mis en doute ses compétences. »,

Pourtant, force est de constater que la place des femmes dans les instances de pouvoir n’a pour le moins jamais été une caractéristique visible de la culture musulmane, à la différence des États européens où rois et reines pouvaient se succéder, ou du moins avoir une place de tout premier plan. Pourquoi ? Parce qu’en dehors de quelques contre-exemples comme ceux ci-dessus, qui représentent en réalité des exceptions, la femme a toujours été considérée dans la culture musulmane comme un être inférieur par nature à l’homme et qui lui est subordonné.

Rémi Brague fait d’ailleurs remarquer sur un autre plan : « Contrairement à ce qui est fréquemment affirmé, il y a là [avec l’islam de Mahomet] recul par rapport à la situation d’avant l’islam. Ainsi, la façon dont Khadija a pris l’initiative en proposant le mariage à Mahomet témoigne d’une liberté de mœurs que la Révélation a désapprouvée. »

  • Que dit la Tradition (Sunna) ?

En dépit de cette démonstration doctrinale bancale fondée sur le Coran, Tareq Oubrou ne peut pas nier une difficulté évidente dont il prend acte : « À ce niveau métaphysique, donc, il y a une claire et évidente égalité spirituelle, intellectuelle et morale entre l’homme et la femme. Cela ne clôt toutefois pas la question, car le droit canonique issu du Coran et de la Sunna révèle, lui, des inégalités qui sont tout aussi évidentes. »  

Quand Tareq Oubrou pose la question : « Intellectuellement, la femme vaut-elle la moitié de l’homme ? Est-il vraiment besoin de convoquer les textes de l’islam et une herméneutique alambiquée pour réfuter une telle ineptie ? », il y répond avec évidence sur la base des valeurs de l’Occident et non des valeurs musulmanes. En effet, le problème est que Mahomet était semble-t-il très loin de cette prétendue évidence, comme l’illustrent quelques hadiths authentiques parmi d’autres :

Hadith (Bukhari) : D’après Abu Said al-Khudri, le Prophète a dit : « Le témoignage d’une femme n’est-il pas la moitié du témoignage d’un homme ? – Certes oui, répondîmes-nous. – Cela, reprit-il, tient à l’imperfection de son intelligence. »

Hadith (Bukhari) : Abdallah Ibn Umar a dit : « J’ai entendu le Prophète dire : « Ce n’est que dans trois choses que des influences funestes [la malchance] peuvent se faire sentir : la femme, le cheval et la maison. » »

Hadith (Bukhari) : Selon Usama Ibn Zayd, le Prophète a dit : « Je ne laisse après moi aucune cause de trouble plus funeste à l’homme que les femmes. »

Finalement, Tareq Oubrou, après avoir sans succès tenté de défendre l’idée de l’égalité originelle et absolue entre l’homme et la femme, se voit contraint d’admettre qu’en doctrine même et également en jurisprudence la situation est loin d’être claire.

  • La mémoire des femmes Compagnons de Mahomet

Pour redorer le blason des femmes dans la culture musulmane, Tareq Oubrou écrit : « Sur la question de la mémoire féminine, il est intéressant de rappeler ce qu’il en était à l’époque du Prophète. On dénombrait alors trente-deux compagnons qui connaissaient par cœur le Coran, parmi lesquels figuraient Aïcha, Hafsa, Hind, Umm Salama et Umm Waraqa. Personne n’a mis en doute la qualité de leur mémoire. »

Qui peut vérifier cette affirmation ? Personne. Les paroles de Mahomet étaient apprises ou notées par les témoins sur différents types de support et la recension de ces éléments épars n’a été faite qu’après la mort de Mahomet (1ère vulgate d’Othman) et différentes versions circuleront dans les premiers siècles. Difficile de savoir ce que les un(e)s et les autres savaient vraiment.

Tareq Oubrou ajoute : « Aïcha, épouse du Prophète, a rapporté à elle seule environ 2.210 paroles du Prophète. Aucun savant de l’islam n’a prétendu que ces hadiths ne seraient valides qu’une fois confirmés par une autre personne. (…) Un nombre considérable de hadiths ont été rapportés par une seule femme, disciple du Prophète, et font autorité sur toute la communauté musulmane. »

Or, si Aïcha a été en mesure de mémoriser 2.210 paroles (« hadiths) de Mahomet, cela signifie qu’elle a, pendant les 10 années (au maximum) où elle a vécu physiquement avec Mahomet (de 9 ans à 18 ans), été en mesure de mémoriser par cœur 221 hadiths par an, soit 4 nouveaux hadiths environ chaque semaine (un hadith pouvant être assez long et nécessitant le rappel du contexte précis de sa formulation) ; et ce, sans savoir si elle avait besoin d’un temps dédié pour répéter cette mémorisation au fil du temps et de l’accumulation des hadiths, en plus de la mémorisation « revendiquée » des 6.236 versets du Coran (à supposer qu’elle les ait tous entendu réciter). Bref, une histoire qui relève visiblement du merveilleux propre à toute hagiographie.

  • La théorie de l’anachronisme

Face à toutes ces contradictions, Tareq Oubrou abat sa dernière carte avec la théorie de l’anachronisme. Il écrit ainsi : « Affirmer que le Coran instaure une inégalité essentielle entre les hommes et les femmes au sens moderne serait commettre un anachronisme : il y a une distance historique à respecter. »

Notons que Tareq Oubrou reconnaît donc finalement dans ce propos, après avoir tenté de la nier, l’inégalité essentielle homme/femme, mais il essaie d’en limiter la portée.

Il écrit : « Le sentiment d’inégalité douloureusement – mais silencieusement – vécu par beaucoup de femmes musulmanes depuis plus d’un siècle était aussi présent chez des contemporaines du Prophète. Ainsi Umm Umâra, une disciple du Prophète, a eu le courage de lui faire remarquer que le Coran avait tout donné aux hommes et rien aux femmes. À quoi vint répondre un verset (sourate 33, verset 35) insinuant que tout ce qui concernait les hommes en termes de devoirs et de mérite moral et spirituel était à entendre de façon identique pour les femmes. »

Ainsi, Tareq Oubrou reconnaît lui-même que même dans la conception mahométane originelle, telle qu’elle apparaît dans le Coran, l’égalité homme-femme n’avait rien d’une évidence, ce qui est logique compte tenu de la vision misogyne de Mahomet qui transparaît dans les hadiths (cf. ci-dessus) et qui se traduit naturellement dans une conception patriarcale de la société, comme l’admet Tareq Oubrou :

« Les hommes auraient une charge plus importante (en terme de responsabilités), qualifiée de prééminence ou de degré supplémentaire. Il ne s’agit pas d’une supériorité. (…) Le verset (sourate 4, verset 34) indique que les femmes sont « au service de » [des hommes] : cela s’explique par le fait que, dans le contexte anthropologique du moment coranique, la prise en charge matérielle des femmes revient aux hommes. Puis le Coran rappelle aux hommes que Dieu est supérieur et le plus grand pour les mettre en garde contre tout abus de pouvoir. »

En réalité, la répartition des rôles entre l’homme, dépositaire de l’autorité, qui dirige, et la femme, qui s’occupe du foyer, a toujours été profondément ancrée dans la culture musulmane jusqu’à aujourd’hui, pour des raisons non seulement historico-sociales mais aussi doctrinales. Il ne s’agit pas juste du contexte de l’époque mahométane. Malek Chebel avait l’honnêteté de le reconnaître : « La jurisprudence sur la femme, que ce soit la sharia ou les mentalités collectives, lui est extrêmement défavorable. Le but non avoué de toute cette armada de textes consiste à maintenir la femme dans une position inférieure à l’homme sous le prétexte que celui-ci subvient à ses besoins matériels. »

Il ne faut donc aucunement s’étonner que la libanisation actuellement en œuvre sur le territoire français conduisent à des constats comme celui fait dans un tout récent (7 décembre 2016) reportage diffusé au journal de 20 heures de France 2 et qui est venu opportunément rappeler que, dans la culture musulmane, le pouvoir est du côté de l’homme et que la place de la femme est donc à la maison, sous l’autorité de son mari, ce qui se traduit par un ségrégationnisme évident dans l’espace public :

France 2 Journal 161207 Islam & Femmes

  • Conclusion

On voit que Tareq Oubrou, avec la force du désespéré, fait feu de tout bois pour défendre la cause de l’islam en Occident sur cette question du statut de la femme, quoique la réalité vécue encore aujourd’hui dans le monde musulman par les femmes ne laisse planer aucune doute (et nous n’avons même pas encore abordé les questions de la polygamie, la répudiation, le droit de battre sa femme, etc.).

Les propos de Tareq Oubrou dans son dernier livre font d’ailleurs résonner une tonalité bien différente de celle du précédent (« Un imam en colère ») puisqu’il y écrivait : « À l’époque du prophète, le temps pour changer certaines lois ancestrales en faveur d’une égalité totale entre hommes et femmes n’était pas encore propice aux yeux de Dieu. C’est pour cette raison que le grand théologien Ibn-Taimyya conclut que le Coran et la Sunna avaient opté pour la sagesse suivante : « Si tu veux être obéi, demande le possible. » (…) Une chose est sûre : il ne faut pas compter sur la réforme théologique de l’islam pour faire évoluer la condition de la femme musulmane. » Vous avez dit « taqiya » ?

Je laisse, une fois n’est pas coutume, la conclusion à Tariq Ramadan, peu suspect d’antipathie envers l’islam : « La plupart des commentaires, des analyses et des développements [en islam] se concentrent prioritairement et presqu’exclusivement sur les différents rôles et fonctions des femmes dans les cellules familiales et sociales. Il n’existe pas de réflexion approfondie, structurée et dialectique sur la femme en tant qu’être, sur l’être féminin, son rapport au sens, à la pratique religieuse et sa relation avec le corps social dans son ensemble. »