Des rites : pour quoi faire ?

  • Constat

La spiritualité musulmane se focalise autour du principe élémentaire d’unicité divine, ou « tawhid », qui peut offrir à certains esprits imaginatifs des horizons leur permettant de déployer des raisonnements subtils, mais qui est insuffisant pour nourrir la vie religieuse de la masse des croyants dont le niveau intellectuel ne leur permet pas d’accéder à ces joutes de haut vol. On peut être d’avis que dans le domaine religieux en général, la multiplication des rites cherche à combler le vide intérieur angoissant créé par l’absence de véritable spiritualité, jusqu’à se transformer en superstition.

De ce point de vue, l’islam n’est pas en reste : il suffit d’ouvrir des ouvrages de jurisprudence musulmane ou de hadiths pour constater la place effarante que tiennent les rituels dans la vie religieuse en islam, jusqu’à se préoccuper avec beaucoup de minutie de l’exemple donné par Mahomet, y compris dans les détails les plus scabreux, comme par exemple dans le domaine de la satisfaction des besoins naturels (dans quelle position, dans quelle direction, comment s’essuyer, etc.), sujet on ne peut plus terre-à-terre.

Les grands rituels de l’islam sont assez connus, notamment les cinq prières par jour, le ramadan ou l’égorgement des animaux. Mais pour prendre conscience de l’ampleur de la question du rituel et des règles, il est intéressant de feuilleter la table des matières d’un ouvrage de jurisprudence musulmane, en particulier celui de l’islam malikite suivi par la grande majorité des personnes de culture nord-africaine : l’ouvrage Al-Muwatta, ouvrage de référence en matière de jurisprudence malikite et que chacun peut consulter facilement en librairie ou en bibliothèque. On y trouve ainsi abordés par exemple la complexité de la question des ablutions (à quelle occasion – relation sexuelle, saignement, suite à l’attouchement des parties génitales, en cas de rêve érotique, après un baiser à une épouse, etc. –, quand, quelle eau ou de façon sèche, quelles parties du corps – mains, tête, oreille, etc. –), la prière (la prière de l’éclipse, pour obtenir la pluie, la direction, comment poser ses mains), les règles touchant aux vêtements, ou encore le mauvais œil.

  • Problématique

Dans ce contexte de ritualisation extrême, dont on peut questionner l’intérêt spirituel, il est légitime de s’interroger, comme lors de l’émission de France 2 « Vivre l’islam » du 11 décembre 2016, sur ce qui reste de la religion si on en ôte tous ces rituels, émission au cours de laquelle un intervenant a posé la question effectivement fondamentale suivante : « Un musulman qui n’observerait pas les rites a-t-il droit au salut ? »

France 2 Islam 161211 Islam & Violence 2 Extrait 5

Grande Mosquée de Paris et Fondation pour l’Islam de France : ça sent le gaz !

  • Problématique

La Grande mosquée de Paris, par la voix de son recteur, Dalil Boubakeur, ancien haut responsable du Conseil Français du Culte Musulman, vient de publier le 28 mars 2017 un texte qu’il est tout à fait intéressant d’analyser car il s’adresse à la fois aux musulmans et aux non-musulmans.

Il s’agit d’une proclamation, c’est-à-dire, selon les thèmes abordés, une déclaration d’intention et/ou une reconnaissance solennelle de certaines réalités. Par ce texte, en effet, la Grande mosquée de Paris confesse la reconnaissance directe ou indirecte de certaines des difficultés de l’islam en France sans toutefois abandonner toujours, comme on va le voir, le déni de réalité.

Proclamation GMP 170328

  • Le renouveau de l’orthodoxie musulmane

Avec la montée en puissance du fondamentalisme et du terrorisme musulmans, représentés notamment par Al Qaida et par l’État Islamique, l’islam de France s’était engagé devant le gouvernement français à produire un contre-argumentaire précis et documenté pour faire pièce au discours doctrinal très fourni de ces mouvements qui s’appuie sur des textes incontournables en islam. Nous l’attendons toujours.

En revanche, faute de produire ce contre-argumentaire, les représentants de l’islam de France ne manquent pas d’affirmer, sans fournir toutefois de preuves à l’appui, que l’islam véritable serait très différent de ce fondamentalisme, dont la Grande Mosquée de Paris reconnaît néanmoins « la montée en puissance, au sein de la communauté musulmane française » mais qui résulterait « d’une interprétation erronée de l’islam ». L’islam serait-il la seule religion que ses adeptes comprendraient aussi mal ? Car on ne voit guère et juifs, de chrétiens ou de bouddhistes tirer à la Kalachnikoff sur ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, ou leur foncer dessus à tombeau ouvert avec un camion.

Ce que voudrait la Grande Mosquée de Paris, c’est que les musulmans n’écoutent que les imams au discours officiel, politiquement correct, adoubés sans doute par elle-même : « Tout musulman doit prendre garde à ne pas chercher sa culture religieuse auprès de sources, de prédicateurs, de prêcheurs télévisuels, qui ne sont pas reconnus par les savants les plus respectés de la communauté. » Or le problème est que le discours des imams du monde arabo-musulman (Arabie Saoudite – terre sainte de l’islam –, Qatar, Iran, Égypte, etc.) est souvent beaucoup plus proche de celui des terroristes musulmans, qui s’appuie sur des textes authentiques et nombreux, que du discours souvent lénifiant de l’islam de France.

Enfin, on peut s’inquiéter tout à fait du constat fait par la Grande Mosquée de Paris s’agissant de l’intolérance religieuse qui semble être, à la lire, un penchant fréquent en islam : « Le musulman doit se prémunir en la matière du péché de vanité, qui consiste à donner des leçons à autrui sur ce qu’est un bon ou un mauvais musulman quand on n’a soi-même qu’une culture religieuse péremptoire, superficielle et approximative. »

  • Le jihad

Dans ce domaine, dont on peut se demander s’il constitue une priorité puisqu’il n’est abordé pour l’essentiel que dans l’avant-dernier point dans cette proclamation, Dalil Boubakeur n’innove guère et tient les habituels propos convenus sur la légitime défense, oubliant au passage à la fois la pratique guerrière de Mahomet et les dizaines de versets du Coran appelant à la guerre, ainsi que ceux précisant comme partager le butin. De façon plus générale, il est quand même très curieux de constater que l’islam est la seule religion suscitant, et de façon aussi régulière, des vocations terroristes : pourquoi ?

  • L’antisémitisme

Dalil boubakeur nous annonce que « (…) toute forme d’antisémitisme est contraire à l’enseignement du prophète Mohammed lui-même (…) ». Sur quels textes se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Pourtant les textes musulmans disent précisément le contraire : il n’y a qu’à ouvrir le Coran ; et jusqu’au hadith fameux et incontesté en islam de Muslim : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allah a dit : « L’Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu’à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant : « Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer ! », exception faite de l’arbre dit Al-Gharqad qui est l’arbre des juifs. »

Inutile de s’étonner dans ces conditions que l’islam ait de profondes racines antisémites, comme Georges Bensoussan l’a récemment rappelé.

  • Islamophobie et islamopsychose

Dalil Boubakeur « s’alarme du fait que l’islamophobie et l’islamopsychose françaises soient de nos jours assurément comparables en gravité à l’antisémitisme français de la fin du XIXe siècle ».

Les tentatives d’assimilation du problème musulman au problème juif sont multiples et constantes : cette ritournelle a en réalité pour objectif de bâillonner tout débat sur la nature de l’islam en affublant tout contradicteur de l’étiquette honteuse et honnie d’« antisémite ».

  • La contestation de la laïcité

Comme pour l’antisémitisme, Dalil Boubakeur proclame : « L’existence du fait religieux musulman dans la société française est compatible avec la laïcité. » Sur quoi se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Le problème est que toute la conception musulmane est précisément anti-laïque, ce que ne cessent de répéter d’ailleurs les imams du Moyen-Orient, aucun pays musulman n’étant d’ailleurs laïc aujourd’hui.

Si l’islam était laïc, Dalil Boubakeur aurait-il besoin de confesser : « La Grande Mosquée de Paris constate que cette immense majorité des Français de confession musulmane est demandeuse d’un texte de clarification de leurs droits et devoirs dans leur foi. » Qu’il y ait besoin d’une clarification religieuse de la nature de la foi musulmane, certainement, mais en quoi cela a-t-il un quelconque rapport avec les notions de droit et de devoir au regard de l’État ? Car si le propos n’a qu’un caractère uniquement religieux, cela voudrait dire que les musulmans ne comprennent rien à leur religion.

Tout cela est d’une confusion extrême, qui ressort encore plus lorsqu’on lit dans le même texte l’affirmation suivante : « La France n’est pas une terre d’islam (…). Dans ce contexte, tout musulman doit évidemment respecter les valeurs et les lois de la République française. » On peut l’espérer, mais : 1) En quoi la Grande Mosquée de Paris est-elle légitime et crédible pour affirmer que la France ne sera pas un jour considérée comme terre d’islam par les musulmans ? 2) Cela veut-il bien dire a contrario que si la France venait à être considérée un jour comme terre d’islam, les valeurs et lois de la République française n’y auraient alors plus cours ? N’est-ce pas là une forme d’affirmation que l’islam est incompatible par nature avec la France et sa laïcité ?

  • L’amour et la paix

Dalil Boubakeur déclare « Le saint Coran insiste sur la nécessité de savoir pardonner. » Sur quels textes s’appuie-t-il ? On ne sait pas, et on le comprend d’autant moins quand on le lit le Coran qui regorge de versets de violence ici-bas et dans l’au-delà.

  • L’obscurantisme

La proclamation s’attaque à l’obscurantisme en islam, que la Grande Mosquée de Paris reconnaît, et il semble qu’il y ait beaucoup à faire. Cette reconnaissance peut surprendre, car si elle est évidente et dénoncée par certains intellectuels musulmans eux-mêmes, elle est inhabituelle dans la bouche des représentants de l’islam de France.

D’abord, on peut s’étonner de l’assertion « L’obscurantisme, le refus de la science, le refus du progrès scientifique, sont des lectures erronées de l’islam ». Qu’a à voir la religion avec la science ? Rien. Sinon, nous aurions déjà parlé avec Dieu, et il n’y aurait qu’une seule religion. Mais que l’islam soit atteint d’un mal qui conduise certains musulmans à penser encore aujourd’hui que l’islam peut avoir raison contre la science, c’est un fait établi dont on trouve effectivement des preuves claires sur internet dans les prêches d’un certain nombre d’imams.

Parmi les marques de l’obscurantisme figure également en bonne place cette tradition abominable consistant à égorger des animaux pour satisfaire un besoin religieux. Les progrès scientifiques ont conduit à ce que l’étourdissement préalable devienne la règle dans bon nombre de pays occidentaux, certains pays européens ayant fini par interdire complètement l’égorgement. Il faut effectivement en finir avec cette pratique superstitieuse, qui révèle aussi une indifférence profonde à la souffrance animale que Dalil Boubakeur est obligé de reconnaître : « La souffrance animale ne saurait être admise par Allah. Il est donc nécessaire de réduire au maximum la souffrance causée à l’animal. » Comme je l’ai déjà montré dans un autre article détaillé, l’absurde de cette situation est que cette recommandation semble bien dater de l’époque de Mahomet. Ainsi, l’attachement actuel au maintien de ce procédé épouvantable n’est pas justifié par la doctrine de l’islam mais est une des multiples formes de cristallisation du communautarisme.

Enfin, on peut mettre au rang des pratiques obscurantistes la prolifération des rituels dont on peut se demander dans quelle mesure ils viennent surtout combler un vide spirituel, et Dalil Boubakeur admet que « Tout musulman doit prendre garde à ne pas verser dans l’observation irréfléchie et obsessionnelle de règles sans finalité spirituelle. » D’ailleurs, le ramadan apparaît être une source de nuisance pour les non-musulmans au point que Dalil Boubakeur est obligé de rappeler que « Durant le mois de Ramadan, (…) il ne faut pas importuner la population, notamment pendant la nuit. » C’est stupéfiant.

  • Le maintien des pratiques ancestrales

La Grande Mosquée de Paris affirme, pour rassurer : « (…) les châtiments corporels, la polygamie, ne se justifient plus et n’ont plus lieu d’être. Dans le même esprit, l’égalité entre hommes et femmes s’impose. »

C’est un aveu terrible et qui est une remise en cause fondamentale du Coran : il faut savoir néanmoins que cette position doctrinale n’est partagée par aucune institution de renommée au sein du monde musulman. La polygamie est un droit indubitable établi par le Coran, que même le Maroc a refusé il y a quelques années d’abolir ; seule la Tunisie, a osé l’interdire et cette position est très critiquée dans le monde musulman. Concernant les châtiments corporels, la prestigieuse université Al-Azhar a confirmé il y a également quelques années qu’ils font partie intégrante du socle dogmatique fondamental de l’islam. Quant à l’égalité homme-femme, elle est battue en brèche dans le Coran qui dit précisément le contraire.

  • Conclusion

Ce texte mal construit, un peu fourre-tout, truffé d’approximations et d’omissions, présente néanmoins l’intérêt de reconnaître un certain nombre de difficultés évidentes quant à la compatibilité de l’islam avec les valeurs de la France. On peut néanmoins s’interroger sur le fait qu’il soit là pour « donner le change » car l’islam de France n’a aucun intérêt objectif à ce mea culpa : c’est justifier les critiques qui lui sont faites et prouver son incapacité à résoudre ses propres problèmes.

Face à ce constat accablant, on peut comprendre que l’État soit tenté, pour écarter les risques générés par une telle confusion, de faire quelque chose au travers de la « Fondation pour l’islam de France », présidée par Jean-Pierre Chevènement. Mais il est assez savoureux que Dalil Boubakeur ait fini par en claquer la porte et maintenant « condamne la tendance actuelle à vouloir désigner des autorités de tutelle, n’étant pas de confession musulmane, aux fins d’encadrer avec paternalisme l’expression du fait religieux musulman dans la société française : ceci, au mépris de la liberté religieuse et de la séparation des églises et de l’État. »

 

Le principe d’unicité de Dieu suffit à résumer l’islam

L’islam de Mahomet est pour l’essentiel une copie du judaïsme qui revivifie le monothéisme abrahamique en insistant sur l’unicité de Dieu, cette unicité n’étant d’ailleurs pas une donnée originelle dans la Torah. L’apport de l’islam en matière théologique est ainsi très pauvre : toute la réflexion religieuse musulmane découle du principe de l’unicité de Dieu, le « tawhid ».

Tariq Ramadan lui-même en fait le constat lucide : « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur. Certes, certains débats ont été vifs et l’on a, à travers l’histoire et les écoles musulmanes, discuté du sens et de la portée des noms de Dieu, de ses attributs, du statut de la révélation, mais l’horizon de ces controverses – contrairement à l’histoire de la dogmatique catholique par exemple – est resté circonscrit et n’a jamais été jusqu’à remettre en cause trois principes fondamentaux : l’unicité absolue du créateur, son impossible représentation et la véracité de sa parole révélée dans le coran. Une authentique « théologie » aurait d’abord, et surtout, discuté de ces trois principes. Or une étude attentive de l’histoire des débats entre les écoles montre que les disputes se sont élaborées en aval de ces trois principes qui, au cœur de la conception musulmane, fonde ce qu’on nomme le « tawhid ». »

Si ce constat est assez simple à faire par toute personne qui se penche sérieusement sur la lecture du Coran, il est assez inhabituel de le voir formulé de façon claire et directe à la télévision française. C’est pourtant le constat également fait, une fois n’est pas coutume, en décembre 2016 par les intervenants de l’émission de France 2 « Vivre l’islam », en déclarant : « L’islam n’est qu’un retour au monothéisme abrahamique », « La perspective de l’unicité dans le Coran n’est pas d’apporter quelque chose de nouveau à un peuple qui serait idolâtre mais d’essayer de revivifier en eux, quelque chose qui est présent dans l’esprit humain, à savoir cette évidence de la transcendance ».

 

France 2 Islam 161218 Tawhid 1 Extrait 2

L’idée de la transcendance a toujours fasciné les hommes et leur a donné de multiples occasions de s’extasier. Que sur cette base aussi réduite et banale de la transcendance ait pu être ensuite élaboré tout un système religieux n’a rien d’étonnant en soi : l’imagination humaine ne manque jamais pour élaborer des cathédrales intellectuelles, quand bien même elles seraient complètement farfelues. Et cela ne s’applique pas qu’aux religions : la philosophie nous a offert aussi de beaux exemples.

Il reste que la richesse ou la complexité d’un système de pensée philosophique ou religieux n’a aucun rapport objectif avec la vérité qu’il prétend représenter. Compliquer une idéologie religieuse ou philosophique jusqu’à la rendre inintelligible, devant ainsi la chasse gardée de prétendus « spécialistes », n’en renforce pas la crédibilité, au contraire.

Le ramadan : une bien curieuse pratique

Toutes les religions on spiritualités accordent une place à l’ascèse et notamment au jeûne, supposé, par un détachement forcé des choses de ce monde, permettre à l’homme de se concentrer sur sa nature spirituelle véritable et donc de se rapprocher de Dieu (pour les religions monothéistes). Cette pratique suggère quelques commentaires.

1) Le jeûne n’a d’effet réellement notable sur le corps humain qu’au bout de plusieurs jours

De nombreuses études scientifiques sur le jeûne sont disponibles aujourd’hui. La phase de jeûne court de 3 ou 4 jours est suivie par une phase de rééquilibrage du métabolisme dû au stress alimentaire lié à l’absence de nourriture et qui a notamment pour effet une détoxification de l’organisme (habituellement passive). Ce mécanisme de rééquilibrage est complexe et toutes ses facettes ne sont pas encore connues compte tenu du bouleversement hormonal et neuro-endocrinien qu’il provoque.

Beaucoup d’effets constatés ne sont pas expliqués. On utilise dans certaines circonstances le jeûne comme moyen de lutter contre certaines maladies dont on a du mal à venir à bout par des méthodes « traditionnelles » (ex. eczéma, maladies articulaires, certains cancers, certaines troubles psychiatriques, etc.).

Il paraît donc scientifiquement audacieux d’attacher un effet notable de « purification » du corps à un jeûne diurne uniquement. Et ce d’autant plus que la nuit est généralement l’occasion d’une « compensation » bien méritée !

D’ailleurs, on ne brûle pas ses graisses dans ces conditions contrairement à ce que dit le médecin interviewé dans l’émission « Islam » de France 2 diffusée le 16 juin 2016 (cf. ci-dessous). Et entendre ce médecin rattacher le jeûne du ramadan à la « surbouffe » qui caractérise l’époque contemporaine est un tour de force étonnant pour une pratique inventée il y a 14 siècles : Dukan avant l’heure !

2) Le rattachement du jeûne à la spiritualité est une projection humaine

La nature a bien fait les choses et nombre d’animaux, du fait des contraintes de leur milieu, sont amenés à jeûner sur des durées pouvant être très longues (cf. hibernation, migration). L’homme, animal lui aussi, profite d’un dispositif lui permettant de survivre dans des conditions plus ou moins difficiles. Tout cela n’a rien à voir avec la spiritualité ou la religion mais avec la nature. Il faudrait sans doute en parler à l’ours ou au manchot empereur, grands jeûneurs s’il en est, pour voir ce qu’ils en pensent.

Cela étant, l’homme reste libre de donner la signification imaginaire qu’il souhaite au jeûne : la méthode Coué n’a point de limite, surtout dans le domaine de la religion, et il est très amusant de voir le médecin de l’émission précitée plonger dans le mythe de la « pensée magique » tout en la dénonçant…

3) Le jeûne du Ramadan est une pratique dangereuse du fait de la privation d’eau

Le jeûne correspond à la privation de nourriture et non d’eau. La privation d’eau imposée par le ramadan musulman n’est pas une pratique souhaitable, et c’est même une pratique très dangereuse dans les pays extrêmement chauds comme la péninsule arabique.

4) Le jeûne du Ramadan n’a par définition aucun sens dans les pays situés très au nord et très au sud

Imagine-t-on la vie des musulmans qui auraient le malheur d’habiter près des cercles polaires avec des nuits quasiment inexistantes pendant plusieurs jours à certaines phases de l’année (et l’inverse évidemment) ? La religion, comme la justice, doit-elle changer d’opinion selon les latitudes ? Il me semble qu’un certain Pascal avait déjà répondu à cette question.

France 2 Islam 160616 Ramadan

France 2 Islam 160612 Ramadan Extrait

Conclusion : Le jeûne du ramadan n’est qu’une des multiples formes de soumission de l’homme à son imaginaire divin, qui réclame pour finir le sacrifice d’une pauvre bête qu’on égorge selon un rite antédiluvien.

Il n’y a pas de théologie islamique

Pour Tariq Ramadan : « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur. Certes, certains débats ont été vifs et l’on a, à travers l’histoire et les écoles musulmanes, discuté du sens et de la portée des noms de Dieu, de ses attributs, du statut de la révélation, mais l’horizon de ces controverses – contrairement à l’histoire de la dogmatique catholique par exemple – est resté circonscrit et n’a jamais été jusqu’à remettre en cause trois principes fondamentaux : l’unicité absolue du créateur, son impossible représentation et la véracité de sa parole révélée dans le coran. Une authentique « théologie » aurait d’abord, et surtout, discuté de ces trois principes. Or une étude attentive de l’histoire des débats entre les écoles montre que les disputes se sont élaborées en aval de ces trois principes qui, au cœur de la conception musulmane, fonde ce qu’on nomme le « tawhid ». »

Malek Chebel indique : « Il faut savoir que le Coran est, en lui-même, un discours constitué sur Dieu et de Dieu sur l’homme. Cela explique la pauvreté relative de l’acte philosophique en islam, cantonné malgré lui à une histoire amplifiée des idées et à une spéculation molle sur les fins dernières. L’apostasie est avérée à partir du moment où le philosophe sort de la logique coranique, ou prétend que le Coran est une création humaine, ce qui revient à nier l’existence de Dieu, à être déicide. »

Des rituels pour ne pas réfléchir ? Ou est la spiritualité ?

Une des questions posées par l’islam n’est-elle pas la valeur religieuse des rituels ? Que cela puisse aider le croyant à mieux vivre sa foi, c’est une chose ; que cela devienne le centre de la vie religieuse en asséchant la vraie vie spirituelle en est une autre, reproche d’ailleurs qui vaut potentiellement pour toutes les religions.

Quelle spiritualité par exemple peut-il y avoir à égorger de pauvres animaux en faisant passer leur souffrance au second plan (cf. article halal), souvent dans des conditions indignes, tout cela pour satisfaire une règle sortie d’on ne sait où ? Qu’il y ait une symbolique dans l’utilisation de l’eau, d’accord ; mais à quoi riment toutes ces règles compliquées de purification (qui n’ont d’ailleurs aucun sens d’un point de vue physique et médical) si ce n’est à ancrer dans l’homme l’habitude de l’obéissance aveugle ?

Malek Chebel écrit : « Il faut savoir que le Coran est, en lui-même, un discours constitué sur Dieu et de Dieu sur l’homme. Cela explique la pauvreté relative de l’acte philosophique en islam, cantonné malgré lui à une histoire amplifiée des idées et à une spéculation molle sur les fins dernières. »

Tareq Oubrou a une position différente : « Dans le domaine de la raison, la théologie musulmane n’a rien à envier aux autres traditions. Je dirais même qu’avec l’avènement de l’islam, c’est la première fois dans l’histoire des monothéismes, voire des religions et spiritualités en général, que l’articulation entre foi et raison a fait l’objet de discussions aussi centrales. » Sans aborder la question de la philosophie islamique et de son rapport au religieux, sujet beaucoup trop vaste, on peut seulement remarquer qu’estimer à un niveau très inférieur à celui de l’islam la qualité de la réflexion relative à l’articulation entre foi et raison dans les autres spiritualités et religions est extrêmement discutable.

Au-delà de ces questionnements, Tareq Oubrou constate surtout en pratique : « La course à la ritualisation est un esprit qui touche tous les domaines de la vie quotidienne : le vêtement, la nourriture et même la cosmétique ! J’observe chez beaucoup de musulmans quelque chose comme un retour à la Torah. »

Il ajoute : « En homme de son siècle, Benoît XVI est tout simplement parti d’une réalité médiatique : celle de musulmans pour qui l’islam n’est plus qu’une religion de la pratique coupée de Dieu, donc de toute recherche de sens. De ce point de vue, son propos visait juste. »

La prière

La jurisprudence malikite précise de nombreux aspects pratiques concernant la prière. Pour en mesurer la diversité, voici quelques exemples :

«  Ali ibn Abdul Rahman al Muawi a rapporté : Abdullah ibn Omar m’a vu me distraire avec des galets alors que je priais. Ma prière achevée, il m’interdit de faire une chose pareille et me dit : « Fais ce que faisais l’envoyé de Dieu. » Je lui demandai : « Que faisait l’envoyé de Dieu ? » Il répondit : « Quand il s’asseyait au cours de la prière, il mettait sa main droite sur sa cuisse droite en joignant tous ses doigts sauf l’index, qu’il gardait tout droit, et sa main gauche sur sa cuisse gauche. » »

« Abdullah ibn Omar a rapporté que l’envoyé de Dieu a dit : « La prière en commun surpasse de 27 fois celle qui est fait individuellement. » »

« Abû Hurayra a rapporté que l’envoyé de Dieu a dit : « La prière en commun est de 25 fois plus méritante que celle fait individuellement. » »

«  Abbad ibn Tamim a rapporté qu’il a entendu Abdullah ibn Zayd al-Mazini dire : « L’envoyé de Dieu se rendit au lieu de la prière pour faire la prière consacrée à la demande de pluie, en changeant la disposition de son vêtement, en s’orientant vers la qiblah. » »

« Abu Ayub al-Ançair, le compagnon de l’envoyé de Dieu était en Égypte et dit : Par Dieu, je ne sais pas quoi faire de ces cabinets de toilette, bien que l’envoyé de Dieu ait dit : « Quand l’un de vous satisfait un besoin naturel, que sa face ne soit pas orientée vers la qiblah, et qu’il ne lui tourne pas le dos. » »

Les ablutions

Un bon exemple de l’énorme place prise par les rituels (cf. article loi & règles) dans la vie quotidienne du musulman est constituée par les règles touchant à la pureté rituelle et aux ablutions.

Dans l’ouvrage al-Muwatta, qui est la synthèse pratique de l’enseignement islamique du rite mâlikite, le livre 2 de 27 pages leur est entièrement consacré. Les prescriptions abordent de nombreux aspects pratiques de cette purification purement symbolique : l’image ci-dessous reprend à titre d’illustration les différentes sections de ce livre :

Pureté rituelle

Pour mesurer la diversité de points abordés dans le rite malikite, voici quelques exemples  :

« Abû Hurayra a rapporté que l’envoyé de Dieu a dit : « Celui qui fait ses ablutions, qu’il fasse entrer l’eau dans ses narines puis qu’il la rejette. Celui qui veut s’essuyer, qu’il utilise un nombre impair de pierres. » »

« Mâlik a rapporté d’après Zayd ibn Aslam, au sujet de l’interprétation de ce verset : « Ô vous les croyants ! Lorsque vous vous levez pour faire la prière, lavez vos visages alors et vos mains jusqu’aux coudes et passez vos mains humides sur vos têtes, et lavez-vous les pieds jusqu’aux chevilles. » »

« Bursa Bent Çafwan m’a fait savoir qu’elle a entendu l’envoyé de Dieu dire : « Lorsque l’un de vous touche sa verge, qu’il fasse ses ablutions. » »

« Abdullah ibn Omar disait souvent : « Un baiser qu’un homme fait à sa femme ou le fait de la palper constituent un attouchement. Celui qui embrasse sa femme ou qui la palpe avec sa main droite doit faire ses ablutions. » »

«  Aïcha, la mère des croyants, a rapporté : « Lorsque l’envoyé de Dieu voulait faire une lotion à la suite d’une impureté rituelle due à des rapports charnels, il commençait par se laver les mains, puis il faisait ses ablutions comme pour faire la prière, ensuite il plongeait ses doigts dans l’eau et les faisait passer dans ses cheveux, puis versait de l’eau sur sa tête, trois fois de suite, en puisant l’eau avec les pames, enfin il répandait de l’eau sur tout son corps. » »

« On fit savoir à Mâlik qu’on demanda à Aïcha au sujet de la lotion de la femme à la suite de rapports charnels ; elle répondit : « Qu’elle verse trois poignées d’eau sur sa tête, puis qu’elle se lave la chevelure. » »

«  Mahmud ibn Zubayd al-Ançarî a demandé à Zayd ibn Thâbet au sujet de l’homme qui a eu un rapport charnel avec sa femme, puis qui a arrêté l’acte sans éjaculer ce qu’il doit faire dans ce cas. Zayd lui répondit : « Qu’il fasse une lotion. » Mahmud répliqua : « Mais Ubay ibn Ka’b ne trouve pas que la lotion est d’obligation. » Zayd rétorqua : « Ubay ibn Ka’b avait changé d’avis avant de mourir. » »

« Abdullah ibn Omar disait : « Une fois que l’organe génital mâle pénètre dans l’organe génital femelle, la lotion devient un devoir obligatoire. » »