Robert Redeker : à l’Ouest rien de nouveau

À l’heure où Charlie Hebdo vient de rappeler le problème de l’attitude actuelle de tous les représentants de la bien-pensance vis-à-vis du terrorisme musulman et du statut de la violence en islam (http://islametoccident.fr/?p=3736), il est intéressant de relire cet article de 2006 du philosophe Robert Redeker, qui lui valut une fatwa de condamnation à mort l’obligeant à vivre depuis lors sous protection policière. Y a-t-il quelque chose de changé ? On peut en douter.

Article du Figaro du 19 septembre 2006 : « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? »

http://www.lefigaro.fr/debats/2006/09/19/01005-20060919ARTFIG90134-face_aux_intimidations_islamistes_que_doit_faire_le_monde_libre_.php

« Les réactions suscitées par l’analyse de Benoît XVI sur l’islam et la violence s’inscrivent dans la tentative menée par cet islam d’étouffer ce que l’Occident a de plus précieux qui n’existe dans aucun pays musulman : la liberté de penser et de s’exprimer.

L’islam essaie d’imposer à l’Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d’un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l’école, accusation d’islamophobie contre les esprits libres.

Comment expliquer l’interdiction du string à Paris-Plages, cet été ? Étrange fut l’argument avancé : risque de «troubles à l’ordre public». Cela signifiait-il que des bandes de jeunes frustrés risquaient de devenir violents à l’affichage de la beauté ? Ou bien craignait-on des manifestations islamistes, via des brigades de la vertu, aux abords de Paris-Plages ?

Pourtant, la non-interdiction du port du voile dans la rue est, du fait de la réprobation que ce soutien à l’oppression contre les femmes suscite, plus propre à «troubler l’ordre public» que le string. Il n’est pas déplacé de penser que cette interdiction traduit une islamisation des esprits en France, une soumission plus ou moins consciente aux diktats de l’islam. Ou, à tout le moins, qu’elle résulte de l’insidieuse pression musulmane sur les esprits. Islamisation des esprits : ceux-là même qui s’élevaient contre l’inauguration d’un Parvis Jean-Paul-II à Paris ne s’opposent pas à la construction de mosquées. L’islam tente d’obliger l’Europe à se plier à sa vision de l’homme.

Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet œil du Coran, comme ils incarnaient l’œil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme.

Dans l’ouverture à autrui, propre à l’Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l’autre doit toujours passer avant moi. L’Occidental, héritier du christianisme, est l’être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l’identique de feu le communisme, l’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence.

Ce sont des faiblesses qu’il veut exploiter au moyen «d’idiots utiles», les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d’imposer l’ordre coranique au monde occidental lui-même.

Le Coran est un livre d’inouïe violence. Maxime Rodinson énonce, dans l’Encyclopédia Universalis, quelques vérités aussi importantes que taboues en France. D’une part, «Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire (…) Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie (…) Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin».

D’autre part, «Muhammad profita de ce succès pour éliminer de Médine, en la faisant massacrer, la dernière tribu juive qui y restait, les Qurayza, qu’il accusait d’un comportement suspect». Enfin, «après la mort de Khadidja, il épousa une veuve, bonne ménagère, Sawda, et aussi la petite Aisha, qui avait à peine une dizaine d’années. Ses penchants érotiques, longtemps contenus, devaient lui faire contracter concurremment une dizaine de mariages».

Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran.

De fait, l’Église catholique n’est pas exempte de reproches. Son histoire est jonchée de pages noires, sur lesquelles elle a fait repentance. L’Inquisition, la chasse aux sorcières, l’exécution des philosophes Bruno et Vanini, ces mal-pensants épicuriens, celle, en plein XVIIIe siècle, du chevalier de La Barre pour impiété, ne plaident pas en sa faveur. Mais ce qui différencie le christianisme de l’islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l’Église.

Aucune des fautes de l’Église ne plonge ses racines dans l’Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l’institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine.

La lapidation de Satan, chaque année à La Mecque, n’est pas qu’un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque musulman est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au cœur du croyant.

Cette lapidation, s’accompagnant annuellement de la mort par piétinement de quelques fidèles, parfois de plusieurs centaines, est un rituel qui couve la violence archaïque.

Au lieu d’éliminer cette violence archaïque, à l’imitation du judaïsme et du christianisme, en la neutralisant (le judaïsme commence par le refus du sacrifice humain, c’est-à-dire l’entrée dans la civilisation, le christianisme transforme le sacrifice en eucharistie), l’islam lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud. Quand le judaïsme et le christianisme sont des religions dont les rites conjurent la violence, la délégitiment, l’islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine.

Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l’Occident «le monde libre» par rapport au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce «monde libre», fonctionnaires zélés de l’œil du Coran, pullulent en son sein. »

La culture française, connue dans le monde entier, n’existe pas

Il est étonnant de voir comment certains peuples d’Europe, comme les Français, ont aujourd’hui une crise d’identité telle qu’ils développent un sentiment suicidaire virulent et même agressif. Devenus des junkies de la « diversité » sous toutes ses formes, incapables de se passer de leur dose quotidienne de clandestins et de bien-pensance, ils développent partout des salles de shoots, totalement incapables de maîtriser les délires de leurs cerveaux imperméables à la raison et aux effets de l’autodestruction.

En effet, les Français, peuple qui a mis mille ans à se construire, semblent être entrés dans un processus addictif d’auto-destruction : exacerbation de la jouissance individuelle implorant le nouveau veau d’or de la sexualité libertaire (la sexualité étant rebaptisée « orientation sexuelle » pour mieux marquer la diversité des « orientations possibles » – seules la zoophilie et la pédophilie étant encore relativement réprouvées –) ; relativisation de toute morale et culture de l’excuse exhibant à tout-va irresponsabilité et déséquilibres psychiques de tous ordres ; légalisation du meurtre de masse des  enfants à naître jetés à la poubelle grâce à l’I.V.G. – nouvelle Shoah silencieuse mais bien réelle, voulue par une personne qui l’a pourtant connue, comble de l’ironie – ; droit à l’enfant devenu objet de consommation et libéralisation inévitable et prochaine de toutes les types de G.P.A. et P.M.A. (avec la même hypocrisie que pour l’I.V.G. et le P.A.C.S.) ; anéantissement progressif de la liberté d’expression et de critique ; peur maladive  de l’« essentialisation » – c’est-à-dire de tout ce qui définit une identité – ; légitime défense vidée de sa substance, les voyous devenant impunis et les honnêtes citoyens hésitant à se défendre de peur de finir derrière les barreaux ; etc.

Il n’est donc pas étonnant que dans ce tsunami suicidaire les Français aient élu une idole de la pensée politique transgenre, sans identité autre qu’économique.  En effet, Emmanuel Macron ne déclarait-il pas il y a à peine quelques mois : « Il n’y a d’ailleurs pas une culture française ; il y a une culture en France : elle est diverse, elle est multiple » :

Emmanuel Macron Culture francaise Lyon 170204

En d’autres termes, si vous venez en France avec votre baluchon et votre propre culture et vos propres traditions, sans aucun souci du respect de la culture d’origine de ce pays qui vous accueille, la France, vous contribuez pour Emmanuel Macron à enrichir mécaniquement la culture en France. N’est-ce pas merveilleux ? La culture n’a plus de racines ni d’histoire. Comme Emmanuel Macron, elle est transgenre, incolore, sans saveur. Le pauvre Renan doit se retourner dans sa tombe.

Après des décennies d’incurie politique immigrationniste et une situation devenue inextricable, ce reniement peut être aussi analysé comme le prix à payer aujourd’hui pour tenter d’éviter que l’implantation de l’islam en France – dont la culture est totalement incompatible à la fois avec les valeurs de la République française et les valeurs chrétiennes qui ont largement façonné plus de mille ans d’histoire de France – ne déclenche ouvertement une guerre civile qui risque fort de commencer par certaines banlieues devenues territoires perdus de la République, cette guerre civile ayant déjà débuté sous diverses formes dans les établissements scolaires de notre vieux pays.

Et pour ceux, quelle que soit leur « orientation religieuse ou spirituelle », qui douteraient de l’importance historique du christianisme dans l’histoire de France, je conseille la lecture de Bruno Dumézil (« Les racines chrétiennes de l’Europe »)

ou de Luc Ferry (« Sagesses d’hier et d’aujourd’hui »).

Luc Ferry y écrit de façon limpide : « Ce qui compte, c’est la pureté du cœur, pas celle des aliments ni des métiers que les hommes exercent – ce qui, cela dit au passage, permet au Christ de s’entourer d’hommes et de femmes dont les métiers ne sont pas considérés comme nobles, y compris des courtisanes, que le judaïsme orthodoxe exclut du cercle des fréquentations possibles. Conséquence abyssale historiquement : c’est cette place unique accordée à l’intériorité qui a permis le passage à la laïcité, le christianisme pouvant passer de l’espace public à l’espace privé sans obstacle absolu, de sorte que pour nous, Européens de tradition chrétienne, la question de la laïcité est largement réglée. C’est peu de dire qu’ailleurs, il n’en va pas de même, en quoi le fameux thèmes des « racines chrétiennes de l’Europe », pour tactique et politicien qu’il puisse être parfois, n’en est pas moins légitime sur le fond. Seule la laïcité, qui n’est pas l’athéisme mais la neutralité de l’État et de l’espace public, a réussi à pacifier les rapports entre communautés à mettre fin aux guerres de religion. Or elle est, contrairement à une idée reçue mais niaise, un héritage direct de cette place accordée au forum intérieur dans la morale chrétienne. (…) Même lorsqu’on est radicalement non-croyant, on est évidemment imprégné par cette culture chrétienne qui a dominé l’histoire de l’Occident, mais ne s’y est pas réduite. »

La « maison de la sagesse » : instrumentalisée par l’islamophilie savante ?

  • Une attaque « en règle » de Sylvain Gougenheim

Comme nous l’avons déjà vu dans de précédents articles, l’ouvrage « Les Grecs, les Arabes et nous » cherche à défendre l’islam au travers du prisme opaque de la notion de monde « arabo-musulman » contre la contestation de l’importance de son legs au monde occidental formulée par Sylvain Gougenheim dans son livre « Aristote au Mont Saint-Michel ».

J’aborde ici un passage faisant référence à la « Maison de la sagesse » qui caractérise de façon suffisamment évidente (parmi d’autres passages) l’esprit et les moyens que les contradicteurs de Sylvain Gougenheim entendent utiliser pour le déconsidérer.

Voici ce passage du livre « Les Grecs, les Arabes et nous » (page 66/67) : « Les frères Banû Mûsâ ne sont évoqués que comme des « lettrés persans » (AMSM, p. 131) – donc aryens, ce qui les rachète un peu d’être musulmans –, voire des « persans amateurs de mathématiques » (AMSM, note 50, p. 233) ayant eu, ce qui explique tout, « un maître qui semble avoir été un Arabe chrétien » (AMSM, p.98, sans référence, et pour cause !). Cependant, ce qui semble contredire les affirmations précédentes, ils auraient, selon Sylvain Gougenheim, reçu leur éducation scientifique au Bayt al-Hikma (AMSM, p. 135), qui, pourtant, toujours selon Sylvain Gougenheim, « n’aurait jamais accueilli ni chrétiens ni juifs » (AMSM, p. 134), puisque « réservé à des musulmans spécialistes du Coran et d’astronomie tels Yahya ibn Abi Mansur, al-Khwarizmi et les frères Banû Mûsâ », car « on y réfléchissait sur la nature du Coran » (ibid.) ».

  • Analyse

Passons d’abord sur le commentaire détestable et insidieux de la première phrase : « aryens, ce qui les rachète un peu d’être musulmans ». On s’attendrait à moins de bassesse de la part de personnalités du milieu universitaire. S’il n’était formulé par des représentants de la bien-pensance, ce commentaire vaudrait sans doute un passage à la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris du fait de son caractère manifestement diffamatoire et raciste.

Maintenant, venons-en au fond.

L’ouvrage de Sylvain Gougenheim ne donne pas d’assurance claire et définitive sur l’ampleur de l’impact culturel de la Maison de la Sagesse de Bagdad, qui est présentée en islam comme l’exemple même de l’institution démontrant que l’islam peut être ouvert, tolérant et accepter la critique. Mais la façon dont les auteurs de « Les Grecs, les Arabes et nous » font référence au livre de Sylvain Gougenheim est pleine de sous-entendus qui font penser que ce livre est extrêmement confus. Qu’en est-il ?

Je reprends ici les propos d’un éminent spécialiste du Moyen-Âge en islam, Ahmed Djebbar, universitaire musulman reconnu et qui intervient fréquemment dans l’émission de France 2 « Islam » du dimanche matin.

Ahmed Djebbar, face à certaines affirmations sur l’existence de multiples « maisons de la sagesse » en islam au Moyen-Âge qui seraient au fondement de la Renaissance européenne, précise d’abord que seule la maison de la sagesse de Bagdad est certaine ; « pour le reste, ce sont des hypothèses ».

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La « maison de la sagesse (connaissance) » de Bagdad est une institution d’origine non pas arabe mais directement issue des conquêtes militaires musulmanes qui ont étendu l’islam à des populations ayant chacune leur héritage propre.

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Si les traductions sont bien antérieures à la Maison de la sagesse, les conquêtes musulmanes permettent d’étendre la collecte de documents dans des conditions importantes.

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Le rêve d’Al-Mamoun, fasciné par Aristote, fait partie des mythes entretenus sur les rapport de l’islam avec la culture grecque.

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En effet, la Maison de la sagesse avait comme principal objectif la défense de l’islam, y compris la défense de l’orthodoxie au sein même de l’islam (à l’époque, dans le cadre du débat sur le mutazilisme).

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L’objectif principal étant la défense de l’islam, les non-musulmans n’avaient pas accès à la Maison de la sagesse.

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Il était donc logique qu’il n’y eût pas de débats entre musulmans, juifs et chrétiens à la Maison de la sagesse. Le débat le plus important au sein de l’islam fut celui du mutazilisme, le reste étant très flou.

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Si la Maison de la sagesse était célèbre au haut Moyen-Âge, le déclin semble avoir finalement été assez rapide ensuite.

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  • Conclusion

La Maison de la sagesse était donc bien une institution où étaient débattues des questions autour du Coran et de sa défense, institution interdite aux non-musulmans : ceci correspond assez bien aux indications données dans ce cas particulier par Sylvain Gougenheim et citées par ses détracteurs malgré leur tentative de dénigrement.

La question essentielle que soulève cette problématique est plus fondamentalement la motivation qu’aurait l’islam à rentrer dans ce type de question et d’échange étant donné le peu d’entrain du monde musulman à accepter la critique et la contestation.

La politique de l’autruche

Lors du dîner de fin du Ramadan du 20 juin 2017, Emmanuel Macron déclarait à des représentants de l’islam de France : « Personne ne peut faire croire que votre foi n’est pas compatible avec la République ».

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Le problème est que cette phrase ne veut rien dire : la compatibilité de la doctrine musulmane avec un système républicain (en France ou ailleurs) est une question qu’il est possible d’examiner objectivement et qui n’a rien à voir avec le fait de croire les affirmations de tel ou tel. Et le doute ne subsiste pas longtemps lorsqu’on examine un peu sérieusement les régimes politiques des pays musulmans, notoirement incompatibles avec l’idée même de laïcité.

L’évidence de cette incompatibilité est ainsi niée par des personnages qui ignorent visiblement le B.A.BA. des principes qui régissent l’islam puisqu’il est impossible de séparer la religion et le politique en islam. Dalil Boubakeur avait beau s’agiter il y a quelques années, il faut se rendre à l’évidence effectivement que « l’islam est un fait politique majeur » et que « c’est une idéologie de lutte, une idéologie d’agression ».

Boubakeur 2011

Face à cette situation, ce sera probablement tôt ou tard la soumission des sociétés occidentales – à tout le moins celles contaminées par la haine de soi et la repentance –, ou peut-être la guerre civile pour celles qui veulent survivre. Les chrétiens du Moyen-Orient en savent quelque chose, notamment les Libanais, mais qui les écoute en Europe ?

Islamophilie savante : Algèbre, islam et Occident

Comme nous l’avons vu dans un précédent article, l’ouvrage « Les Grecs, les Arabes et nous » cherche à défendre l’islam au travers du prisme opaque de la notion de monde arabo-musulman.

Au-delà de la polémique que soulève par définition toute approche critique de l’apport des différentes civilisations dans un monde où la « diversité » est devenue reine, il faut reconnaître que ce type d’analyse est difficile compte tenu de la complexité des questions soulevées. Sylvain Gougenheim cite dans son livre « Aristote au Mont Saint-Michel » un propos du grand historien Fernand Braudel qui en synthétise bien un des aspects : « La plupart des transferts culturels s’accomplissent sans que l’on connaisse les camionneurs ».

Néanmoins, il est un domaine où une approche scientifique sans doute moins sujette à des parti-pris idéologiques est possible, les mathématiques, car les mathématiciens sont assez imperméables aux questions religieuses dès lors que c’est de science qu’il s’agit. Je vous propose d’y revenir rapidement dans cet article.

  • La découverte de l’algèbre

Le livre « Les Grecs, les Arabes et nous » note à propos d’Al-Khwarizmi que « le mot même d’algèbre ne figure pas dans l’ouvrage de Gougenheim » et rappelle que « C’est pourtant dans le Livre d’algèbre d’al-Khwarizmi, que l’Europe, au XIIème siècle découvre l’algèbre ». Sylvain Gougenheim ne s’attarde effectivement pas beaucoup de façon générale sur les questions mathématiques dans son livre « Aristote au Mont Saint-Michel », questions avec lesquelles il ne semble pas forcément très familier.

Pour autant, l’apport de certains mathématiciens arabes du Moyen-Âge est un fait largement reconnu dans la communauté scientifique et universitaire depuis longtemps et ne fait guère l’objet de polémique. Citons Gilles Godefroy dans son livre « L’aventure des nombres » :

« Toujours est-il qu’Al-Mamoun établit à Bagdad une Maison de la sagesse (Bait Al-Hikma) où sont traduits Euclide, Apollonius, Diophante, Archimède, Aristote, et où affluent les savants iraniens et indiens. Ceux-ci apportent avec eux le système décimal de position, agrémenté d’un progrès capital, que nous devons sans doute à l’Inde : le zéro. (…) Mohammed Ibn Musa Al-Khwarizmi est, au début du IXème siècle, l’un des membres les plus actifs de la Bait Al-Hikma de Bagdad. Il participe par exemple à une expérience couronnée de succès visant à calculer le rayon de la sphère terrestre. Il produit aussi une demi-douzaine de livres astronomiques et mathématiques, parmi lesquels on peut citer son « De numero indorum », dont l’original arabe est perdu mais dont subsiste une unique traduction latine. Dans cet ouvrage, peut-être basé sur une traduction arabe de Brahmagupta, Al-Khwarizmi décrit en détail le système de numérotation indien, qui, au prix de quelques modifications de forme mais non de principe, allait devenir le nôtre. C’était bien sûr moins clair pour ses traducteurs latins, et moins encore pour leurs lecteurs, d’où le nom de « chiffres arabes » utilisés jusqu’à nos jours. »

« Le nom d’Al-Khwarizmi, latinisé en algorismi puis en algorisme, allait finalement devenir notre mot algorithme, cependant que le titre de son ouvrage le plus célèbre « Hisab al-jabr wa’l muqabalah » traduit en « Liber algebrae et almucabola » (le traducteur, Gérard de Crémone, ne s’est pas fatigué inutilement) allait nous donner « l’algèbre ». Cette algèbre d’Al-Khwarizmi représente une avancée fondamentale, immédiatement reconnue comme telle. On y assiste en effet à un changement de point de vue : il ne s’agit plus de résoudre des problèmes arithmétiques ou géométriques qu’on peut traduire en équations, mais au contraire de partir des équations dont chacune recouvre et résume une classe infinie de problèmes variés. (…) Les algébristes arabes sont en effet les premiers à dégager le concept de polynôme, sans limitation de degré. Ils vont donc démontrer une quantité de théorèmes sur ce que nous appelons à présent l’algèbre des polynômes. »

Mais si l’apport des mathématiciens arabes est tout à fait reconnu, il est juste également d’en préciser les limites pour reconnaître l’apport des autres mathématiciens. Poursuivons avec Gilles Godefroy :

« Nous sommes à la fin du Quattrocento, dans une université déjà vénérable puisqu’elle est la plus ancienne d’Europe, à Bologne. L’Italie regroupe alors les meilleurs arithméticiens et on y accourt de l’Europe entière pour y apprendre… à multiplier et à diviser suivant les méthodes modernes. Le niveau de la recherche est naturellement très supérieur à celui des cours magistraux et les chercheurs italiens vont démontrer leur savoir-faire. C’est en effet à Bologne, où il enseigne, que l’algébriste Scipione dal Ferro va inaugurer les temps modernes en triomphant d’un très ancien problème : la résolution algébrique de l’équation générale du troisième degré : ax3 + bx2 + cx + d = 0. Cette question capitale avait bien sûr été fréquemment abordée. Voyons comment le scientifique persan Al-Khayyam (1050-1122), qu’on identifie au célère poète du même nom, y répond, en posant : y = x2, on est amené au système d’équations : axy + by + cx + d = 0 et y – x2 = 0, que l’on interprète comme la recherche de points d’intersection d’une hyperbole et d’une parabole, points dont on montre effectivement l’existence. L’approche d’Al-Khayyam montre qu’il était très conscient des liens qui unissent algèbre et géométrie. (…) Le point de vue d’Al-Khayyam était très moderne puisqu’il concevait clairement l’idée puissante de changement de cadre aujourd’hui centrale en mathématiques. Son approche, cartésienne avant la lettre, ne pouvait cependant le satisfaire pleinement : il cherche à exprimer une solution à l’aide de radicaux, reconnaît avoir échoué, et formule l’espoir que « peut-être l’un de ceux qui viendront après nous réalisera cette résolution ». Quatre siècles plus tard, c’est aux algébristes italiens, dignes disciples des arabophones et de Fibonacci, que reviendra l’honneur de réaliser ce souhait en triomphant du troisième degré par des moyens purement algébriques. »

En effet, si les mathématiciens arabes avaient pu résoudre certaines équations polynomiales par des voies inspirées de la géométrie, il leur manquait une approche rigoureuse et systématique pour la résolution de ces équations.

  • Dérivés et primitives

On lit également dans « Les Arabes, les Grecs et nous » (page 66) : « Les mathématiciens qui apprendront non seulement que Thâbit ibn Qurra a traduit les livres V et VII de la Cronica d’Appolonius mais également qu’il a montré que la primitive de (racine de x) était (2/3 x3/2), et calculé l’aire de l’ellipse en cherchant la limite des sommes des aires des polygones inscrits et exinscrits, resteront sans doute perplexes ».

Cette remarque critique de l’ouvrage de Sylvain Gougenheim n’est pas très claire : le reproche semble surtout porter sur le fait que Sylvain Gougenheim limite sa description aux découvertes d’un individu, Thâbit ibn Qurra, sans évoquer le contexte scientifique plus global dans lequel il évoluait.

Sylvain Gougenheim met au crédit de Thâbit ibn Qurra (page 98) une découverte (la primitive de racine de x) et laisse ainsi supposer une découverte conceptuelle étonnante pour son temps : les mathématiciens arabes ont-ils conceptualisé véritablement le calcul infinitésimal en commençant à le formaliser sous la forme « moderne » de dérivés et primitives ?

L’intuition du raisonnement infinitésimal au sens de calcul par approximations successives que l’on peut poursuivre indéfiniment est apparue des siècles avant l’islam (notamment dans le calcul approché par encadrement de la surface du cercle ou d’autres formes géométriques) mais le concept de dérivée et de primitive (et ses multiples conséquences), lié au calcul différentiel et intégral, n’a été formulé rigoureusement qu’à partir du XVIIème siècle avec les contributions essentielles de Leibniz, Newton, Bernoulli, Euler, et d’autres encore.

Il est possible que Thâbit ibn Qurra ait, sur un cas isolé, trouvé ce que nous appelons aujourd’hui la « primitive » d’une fonction, mais la formulation générale et la maîtrise de ce concept ne datent pas de son époque comme en attestent les ouvrages de mathématiques.

  • Conclusion

La contribution des mathématiciens arabes du Moyen-Âge est tout à fait reconnue par leurs pairs occidentaux : cette contribution est facilement identifiable dans des ouvrages d’histoire des mathématiques disponibles dans les librairies.

Malheureusement, les penchants idéologiques de certains intellectuels non-scientifiques les poussent semble-t-il parfois à magnifier la place de la mathématique arabe dans l’histoire des sciences, et surtout à mélanger les questions.

En effet, le problème n’est pas tant de savoir s’il y a eu de grands savants arabes que de comprendre pourquoi, sur la longue durée, ce flot s’est tari au point de devenir quasi-inexistant depuis le Moyen-Âge, et de déterminer quelle influence a pu avoir l’islam sur cet assèchement, la liberté de la critique étant une des conditions fondamentales du développement des sciences mais ne faisant guère partie des valeurs essentielles de la culture musulmane.

 

Technique de désinformation journalistique : un cas d’école

Les médias n’étant plus guère indépendants en France (mais pas seulement), ceux-ci tentent de museler et de jeter l’opprobre sur tous ceux qui émettent des opinions contraires à leur doxa. Il en est ainsi en particulier vis-à-vis de tous ceux qui critiquent les religions et surtout l’islam.

On sait en effet que toutes les religions sont strictement incompatibles entre elles de par leurs dogmes : il n’y a rien donc rien d’étonnant à ce que leurs partisans soient tout à fait critiques envers les partisans des autres religions, l’athéisme étant de ce point de vue une autre forme de religion avec sa propre doctrine (donc différente en cela de l’agnosticisme puisqu’elle rejette l’idée de Dieu). Mais si certaines formes de critiques sont plus ou moins acceptées, celle de l’islam et de sa doctrine est rejetée massivement par les médias occidentaux, alors même que de grandes personnalités musulmanes originaires des pays musulmans sont très critiques et invitent les musulmans à s’interroger sur les fondements de leur religion.

Ainsi, il n’existe pas de terme de « bouddhophobe » si vous avez l’impertinence de considérer que le bouddhisme, du fait de la croyance en la réincarnation, est une absurdité (tout en ayant par ailleurs de très bons côtés), mais si vous critiquez l’islam, vous êtes un abominable « islamophobe », voire un antisémite si vous critiquez le judaïsme.

Cette volonté de faire taire la critique de l’islam (ou de toute critique de la religion) n’étant pas justifiable par le raisonnement, les médias ont recours à des amalgames, procès d’intention en tous genres, pour dénoncer ceux qui ne pensent pas « comme il faut ».

Une récente vidéo publiée sur les réseaux sociaux est absolument édifiante dans l’illustration de la malhonnêteté intellectuelle de certains médias. Je vous laisse en goûter toute la saveur et comprendre comment s’exprime la dialectique de la meute qui crie haro sur l’« homme blanc », inévitablement raciste dès lors qu’il a l’audace d’avoir une identité. Cette vidéo est sans rapport avec l’islam mais il suffit de remplacer le terme de « raciste » par « islamophobe » et le tour est joué.

Malhonnetete journalistique

On retrouve malheureusement des dérives similaires en France dans des émissions qui se revendiquent pourtant comme professionnelles et rigoureuses, comme avec cet extrait de la récente émission Arrêt sur Images où était invitée Danièle Obono, députée récemment élue et à qui certains journalistes avaient eu l’audace de demander si cela lui posait un problème de dire « vive la France », elle qui avait soutenu (et qui continue à soutenir visiblement) par sa signature la liberté d’expression de charmants individus chantant « nique la France ».

Si les éléments du débat sont à peu près fournis objectivement en début de séquence, la dérive des propos vers une analyse strictement raciste est stupéfiante. Trouver indigne et raciste de demander à un représentant de la nation s’il soutient toujours des propos ignominieux vis-à-vis du pays qu’il est censé représenter n’est visiblement pas moralement acceptable pour les journalistes d’Arrêt sur Images et doit nécessairement se résumer à une question de racisme. Pourtant, la question était tout aussi valable que Danièle Obono ait été jaune, verte, bleue, ou blanche de peau.

Danièle Obono

Commémoration de la décapitation du Père Hamel : la nausée

La commémoration de la décapitation du Père Hamel est l’occasion d’un déferlement de bien-pensance et de politiquement correct qui soulève le cœur jusqu’à la nausée.

Face à des médias souvent partisans et pratiquant la désinformation, il est utile, au-delà de l’horreur de l’acte, de rappeler quelques faits, tous vérifiables, car les faits sont têtus :

  • Les chrétiens et les musulmans n’ont pas le même dieu : en effet, les conceptions chrétiennes et musulmanes de Dieu sont incompatibles. Il suffit de comparer les Évangiles et le Coran pour le constater. Le Coran contient entre autres une multitude d’invectives violentes et agressives vis-à-vis des juifs et des chrétiens, incompatibles avec la notion d’amour universel défendu dans le christianisme (et le bouddhisme avec la notion de compassion)
  • Au regard de l’islam, les chrétiens sont d’abominables mécréants : le choix du terme « abominable » est-il excessif ? Non, puisque pour l’islam les chrétiens sont coupables du pire des péchés, celui d’« associationnisme », c’est-à-dire le fait d’associer à Dieu, l’unique, d’autres dieux par la voie de la Sainte Trinité (le Père, le Fils et le Saint-Esprit). Jésus-Christ n’est d’ailleurs pas reconnu en islam comme incarnation de Dieu (concept crucial dans le christianisme) mais comme un simple prophète humain comme l’était Mahomet. L’islam a réinventé un Jésus (« Issa ») qui ne correspond en rien au Jésus des chrétiens.
  • D’un point de vue doctrinal, les chrétiens n’échappent à un sort potentiellement mortel en terre d’islam que par leur éligibilité au statut de « dhimmi » (comme pour les juifs), statut humiliant et de rang inférieur à celui des musulmans. Si ce statut appliqué pendant des siècles en terre d’islam a fini par être tardivement aboli par l’empire Ottoman et uniquement sous la pression occidentale, il imprègne profondément la mentalité musulmane car le Coran proclame ouvertement la supériorité définitive de la communauté musulmane sur toutes les autres.
  • L’islam a comme modèle, Mahomet, qui a massacré une bonne partie des juifs de Médine (cf. les Banû Quraydha, exécutés « jusqu’à leur extermination totale » selon les termes mêmes de la biographie d’Ibn Hichâm, incontestée dans le monde musulman), remis au goût du jour la lapidation, eu des relations sexuelles avec la petite Aïcha à ses 9 ans (chose qui pourrait être relativement sans importance si ce fait relaté par l’historiographie musulmane elle-même ne permettait encore aujourd’hui de justifier le mariage – nécessairement forcé – des petites filles), condamné à mort les apostats, pratiqué l’esclavage, conduit ou commandé de multiples batailles, ordonné des assassinats. Jésus-Christ n’a pas grand-chose à voir avec cette conception musulmane de la « miséricorde divine ».
  • La liberté de conscience, au sens de liberté de changer de religion, n’existe pas en islam. Il suffit par exemple juste de rappeler que le Conseil Français du Culte Musulman refuse encore officiellement aujourd’hui d’inscrire au nombre des droits des musulmans en France celui de changer de religion (c’est-à-dire d’abandonner l’islam). Qui en parle ?

On pourrait citer encore beaucoup d’autres incompatibilités fondamentales entre le christianisme et l’islam (ex. polygamie, statut de la femme, notion de « témoignage » musulman cf. – la « shahada » – comparé à la notion de « croyance » chrétienne).  Il n’est donc guère étonnant de constater que l’islam de France est toujours incapable aujourd’hui de produire un contre-argumentaire au discours des fondamentalistes musulmans (ex. État Islamique, Al Qaida) car ceux-ci s’appuient avec beaucoup de précision sur la vie de Mahomet – donc sans pouvoir être réfutés – qu’ils s’appliquent à imiter fidèlement notamment au travers du jihad.

La croyance chrétienne dans le pardon et la réconciliation universelle ne doit pas conduire à la naïveté et au mensonge par omission, car le christianisme est normalement épris de vérité. Le Christ ne dit-il pas en effet : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jean 18, 23)

La liesse de cette communion universelle contre un « islamisme » dont personne n’est même capable de donner une définition (ce qui est bien commode : renvoyer les problèmes vers un concept qui n’existe pas évite de nommer son ennemi) occulte tous ces faits et constitue par ailleurs une insulte aux souffrances des chrétiens du Moyen-Orient, car c’est nier les conditions terribles dans lesquelles ils vivent en terre d’islam et qui peuvent aller jusqu’aux persécutions.

C’est aussi une façon désastreuse d’empêcher la nécessaire refondation de l’islam, car si le débat n’est pas posé et est au contraire nié dans l’œuf, aucune réflexion de fond ne peut bien entendu émerger.

L’« islamophilie savante » : quelques éléments de langage

  • Critique de l’islam : la guerre est déclarée

Pour faire taire la critique quant à l’impact du grand chambardement humain encouragé depuis quelques décennies par l’immigration ouvrière musulmane de masse et plus récemment par l’arrivée de migrants économiques musulmans de plus en plus nombreux, certains intellectuels pratiquent en France une islamophilie qui prétend faire fi des considérations culturelles et religieuses les plus élémentaires au profit de la promotion utopique et insensée d’une humanité universelle mais « diverse », posture intellectuelle qui s’accompagne naturellement de l’attaque virulente de tous ceux dont les travaux peuvent contribuer à alimenter la critique raisonnée de cet universalisme sans limite et de l’islam, dont il est aujourd’hui un des protégés. Aussi, il est intéressant de revenir sur une polémique qui a illustré la difficulté d’ouvrir le débat sur cette question en France.

  • L’affaire « Gougenheim » et la réponse des islamophiles savants : « Les Grecs, les Arabes et nous (enquête sur l’islamophobie savante) »

La publication du livre « Aristote au mont saint Michel » de Sylvain Gougenheim en 2008 a déclenché une intense polémique car ce livre osait questionner  l’apport de la civilisation arabo-musulmane dans l’histoire du monde et plus particulièrement dans son rapport à la civilisation occidentale.

Un collège d’intellectuels publia en réponse l’année suivante le livre « Les Grecs, les Arabes et nous » :

Pour le collège de rédacteurs de l’ouvrage « Les Grecs, les Arabes et nous », la réponse est simple (page 8) : « Aristote au Mont Saint-Michel développe une vision du monde qui s’insère très précisément dans la philosophie de l’histoire sarkozyste à la rencontre de ses trois axes majeurs : (1) exaltation de la France toute chrétienne , celle du « long manteau d’églises » jeté sur nos campagnes ; (2) revendication assumée de « l’œuvre positive » de la colonisation – puisque la science est par essence européenne ; (3) volonté de liquider définitivement mai 68. »

On voit que l’analyse est tranchée et que le parti-pris idéologique de la réponse dans son introduction est assez manifeste, au moins sur deux plans : dénier au christianisme une relation « charnelle » avec la France et sa culture tout au long d’une histoire millénaire ; enfoncer le clou de la culpabilité colonisatrice au profit des pauvres pays musulmans anciennement colonisés. Quant à mai 68, je dois avouer n’avoir pas bien saisi ce que cela vient faire dans le débat sur la relation avec le monde arabo-musulman ; peut-être une résurgence obsessionnelle et irrépréssible de l’esprit libertaire.

  • Critiquer l’islam de façon argumentée, c’est être un islamophobe savant

Il est assez difficile de proposer une synthèse de ce livre « Les Grecs, les Arabes et nous » et de l’argumentaire détaillé fourni pour détruire l’ouvrage de Sylvain Gougenheim car il me semble à vrai dire assez difficile à lire.

Je passe sur la multitude de remarques et de propos hautains et méprisants proférés à l’égard de ce dernier, ce qui n’est pas sans dénoter un parti-pris aussi partisan que celui que ce collège de rédacteurs prétend dénoncer. Sylvain Gougenheim a peut-être tenu des propos erronés, formulé des approximations, manqué de clarté : c’est tout à fait possible sur un sujet aussi complexe, vaste et difficile à cerner que la civilisation arabo-musulmane du Moyen-Âge et sa relation aux mondes grec et occidental. Le mieux pour le lecteur est évidemment au moins de commencer par lire ce livre avant d’en parler.

Reste qu’en réalité la questionnement de la valeur de la civilisation  musulmane dans l’histoire du monde semble surtout insupportable par principe à ces détracteurs : critiquer directement ou indirectement l’islam, c’est évidemment être islamophobe – selon l’antienne désormais bien connue –. On lit ainsi : « Aristote au Mont-Saint-Michel livre un nouveau symptôme. Personne n’y avait pensé jusqu’à sa publication : pourquoi ne pas confier l’islamophobie à des experts ? »

Cette pensée prend un tour vicieux car elle vise en fait à nier dans l’œuf toute objectivité et toute honnêteté aux critiques de l’islam. La dialectique est subtile dans la manipulation des arguments pour toujours arriver à une condamnation, quel que soit le propos – comme dans la dialectique marxiste –, puisque la modération même du propos peut être retournée et analysée comme partie intégrante de la dialectique islamophobe : « L’islamophobie savante se voudrait modérée : personne ne dit que l’Europe ne « doit » rien aux savoirs transmis par les Arabes. L’islamophobie savante constate seulement qu’on a, sur ce point, beaucoup exagéré, et se demande pourquoi. Aristote au Mont-Saint-Michel propose un « rééquilibrage » qualifié, évidemment, de « scientifique ». Le fair-play peut aller jusqu’à constater que l’apport des sciences arabes est longtemps resté sous-évalué. Il suffit d’ajouter immédiatement que ce n’est pas pour, à présent, le surestimer, sauf bien sûr si l’on verse dans la « haine de soi ». L’islamophobie savante tient la balance. Les éclats de voix ne sont pas son genre. »

Quant au fond des arguments présentés, le lecteur pourra se faire lui-même une opinion, avec la difficulté que présente toutefois une réponse de spécialistes : il est pratiquement impossible pour un non-spécialiste de savoir si le choix et la présentation des arguments sont honnêtes ou biaisés. Vu la tonalité idéologique du livre, annoncée dès l’introduction, on ne peut qu’avancer avec prudence. J’en donnerai prochainement (pour ne pas alourdir cet article-ci) des exemples dans le domaine des mathématiques, matière qui fait plus facilement l’objet d’une approche non idéologique par les mathématiciens spécialisés.

  • Conclusion : ce que rate le livre « Les Grecs, les Arabes et nous »

Au-delà des nombreuses informations fournies par ce livre – jusqu’à noyer le lecteur et qui sont quasi-invérifiables par le commun des mortels –, ses rédacteurs passent en réalité à côté de deux questions essentielles :

1) il y a bien eu des savants, des artistes et des intellectuels arabes au Moyen-Âge, personne ne le conteste, mais la question est : depuis le Moyen-Âge, que s’est-il passé ?

Il semble bien qu’il ne se soit pas passé grand-chose comme les intervenants de l’émission de France 2 « Islam » du dimanche matin l’ont reconnu à plusieurs reprises. Même Tareq Oubrou parle dans son ouvrage « un imam en colère » du « déclin de toute une civilisation qui a raté, dès la fin du Moyen Âge, le train de la modernité. »

2) en quoi l’islam a-t-il été un moteur ou un frein au développement  ?

L’amalgame synthétisé par le terme « monde arabo-musulman » n’aide pas au débat : il y a d’un côté les scientifiques, les intellectuels, les artistes, qu’ils soient d’origine arabe ou pas (les Perses par exemple se sont pas des Arabes) et de l’autre le contexte sociétal imposé par une religion omniprésente, l’islam.

Il suffit de lire le Coran pour constater que l’islam n’est pas une religion très ouverte à la critique : or l’esprit critique, à l’origine de toutes les évolutions scientifiques, intellectuelles et artistiques du monde, n’aime pas se « soumettre ».

Le problème est que les rédacteurs de l’ouvrage « Les Grecs, les Arabes et nous » ne s’interrogent nulle part sur la nature de la doctrine musulmane : c’est assez ennuyeux pour une problématique dans laquelle la religion est centrale, car c’est la défense de l’islam qui est en réalité le vrai but de cet ouvrage.

Sylvain Gougenheim, au-delà de ses propres convictions personnelles et du débat qu’elles peuvent légitimement susciter, ne pouvait que déclencher l’ire des intellectuels islamophiles en osant dans son livre rappeler le concept du dar-al-islam, le statut détestable de « dhimmi » en islam réservé aux juifs et aux chrétiens, le fait que l’islam est fondamentalement une orthopraxie religieuse (structuration autour de la pratique et des rituels), ou encore l’impossibilité pour un musulman de quitter la communauté musulmane (puisque l’apostasie est punie de mort par Mahomet).

Sinbad le marin : un joli conte ?

La question de l’apport de l’islam au monde moderne étant problématique  comme l’ont reconnu Malek Chebel et Tariq Ramadan, la mise en avant d’un passé musulman glorieux est souvent utilisée pour rééquilibrer en faveur de l’islam la balance de la contribution des différentes civilisations au monde dans l’histoire, ceci dans le contexte d’une revendication identitaire et religieuse qui sait que ce questionnement est susceptible de nuire gravement à l’image de l’islam.

Dans ce domaine, où monde arabe et monde musulman sont d’ailleurs souvent associés – voire confondus – par erreur dans le terme de « monde arabo-musulman » (il a toujours existé des Arabes non musulmans et les Perses par exemple ne sont pas des Arabes), il convient d’être particulièrement vigilant et de s’appuyer sur des faits vérifiables, dénués de vision partisane, à l’exemple de la démarche d’Ahmed Djebbar, intervenant de l’émission « Islam » du 11 juin 2017, qui fait preuve d’une grande probité intellectuelle. On souhaiterait que tous les intervenants dans ces débats fassent preuve des mêmes qualités.

France 2 Islam 170611 Voyageurs Moyen-Age 1 170611 Extrait 1

France 2 Islam 170611 Voyageurs Moyen-Age 1 170611 Extrait 2

Régis Debray : « L’islam n’a rien à apporter »

L’islam, religion copiée du judaïsme, ne semble guère avoir depuis des siècles contribué à l’évolution du monde au point que Malek Chebel écrivait encore il y a peu : « Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

Le lecteur peut retrouver sur ce site plusieurs articles sur cette question controversée, la discussion critique et documentée de la valeur de l’apport de la civilisation musulmane au monde, et plus particulièrement dans son rapport au monde occidental, étant systématiquement taxée par la bien-pensance mondialiste d’« islamophobie savante » en l’absence d’un argumentaire dont l’évidence se suffirait à elle-même.

À l’occasion de l’émission « Répliques » diffusée aujourd’hui (1er juillet 2017), il est intéressant d’écouter le point de vue de Régis Debray, penseur indépendant et parfois iconoclaste.

Sur ce « problème clef, qui fait mal », Régis Debray juge ainsi que « l’islam n’a pas de proposition civilisationnelle, scientifique, imaginaire, morale », que l’islam « n’a rien à offrir, rien à mettre sur la table », et que si l’islam est à l’origine d’« un trouble à l’ordre public », il ne vient pas « troubler l’ordre actuel des rapports de force entre civilisations ».