Conférences sous l’égide de la Société des Amis de l’IMA : un cycle intéressant

La société des Amis de l’I.M.A. (Institut du Monde Arabe) a organisé fin 2016 puis en novembre 2017 un cycle de 5 conférences consacré à l’explication de quelques grandes notions : islam, fatwa, chari’a, jihad, salafisme. Ces conférences sont disponibles sur youtube.

Ces conférences sont tout à fait intéressantes, en particulier en raison des questions posées par le public qui disposait, ce qui n’est pas toujours le cas dans les conférences de ce type, d’un temps réellement significatif pour échanger avec Ghaleb Bencheikh, intervenant régulier à l’I.M.A. et présentateur attitré avec une autre personne de l’émission « Islam » diffusée le dimanche matin sur France 2. Ces questions expriment me semble-t-il un profond malaise, compris au sein de la communauté musulmane, sur la place et le sens de l’islam dans les communautés humaines et son rapport aux civilisations occidentales.

Je me propose sur ce site de ne revenir dans quelques articles que sur quelques points abordés lors de ces conférences, l’analyse de Ghaleb Bencheikh étant intéressante car celui-ci fait partie de l’élite musulmane cultivée, éprise de progrès, et qui n’hésite pas à formuler sur sa propre religion des critiques dures et potentiellement très dangereuses personnellement.

Amis IMA Charia 161107 Critique islam

Même si on ne partage pas toute son analyse, qu’on peut juger parfois un peu utopiste dans son souci de progrès, on peut l’écouter avec beaucoup d’intérêt.

Ce souci de progrès dans le cadre d’une démarche volontariste apparaît d’ailleurs assez clairement au niveau des de la Société des amis de l’IMA à l’origine de cette bonne initiative, animée d’intentions louables pour diffuser la bonne parole, mais qui assène parfois des vérités discutables, comme l’absence de fondement religieux à la conquête musulmane ou la vision merveilleuse de la cohabitation entre l’islam et les deux autres religions monothéistes (l’intervenant reconnaissant curieusement par ailleurs sa faible compétence).

Amis IMA Islam 160905 Conquete

Petite leçon d’aplatissement occidental devant l’islam

Un prêche intéressant du père Boulad, dont le discours clair et direct semble déranger les autorités françaises. C’est au moins quelqu’un qui, d’origine égyptienne, semble bien savoir de quoi il parle.

 Pere Boulad 171015

(https://www.youtube.com/watch?v=kukeX4kkHxE)

Zineb El Rhazoui : comprendre l’islam, c’est pourtant simple ?

Zineb El Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo, élevée dans la culture et la religion musulmane, qu’elle connaît bien, était interviewée le 1er août 2016 sur RTL. Ses propos sont à méditer.

Zineb El Rhazoui 160801

« Pour avoir étudié la religion [l’islam] depuis mon enfance jusqu’à bien après le baccalauréat, je peux vous dire qu’il n’y a pas une seule occurrence du mot « amour » dans le Coran ni dans le corpus de la Sunna. Et pourquoi l’islam serait-il la seule religion de paix et d’amour ? (…) L’islam c’est un ensemble de textes archaïques, d’inspiration de l’Ancien Testament, avec un tas de légendes, etc. très, très empreint de contexte de bédouinité dans lequel il a vu le jour. C’est ça concrètement l’islam. (…) C’est se mentir de penser que le Coran est un texte de paix et d’amour. On n’a qu’à se pencher sur les versets du Coran, sur l’exemple que fut la vie de Mahomet, les guerres qu’il a menées ; on voit bien qu’on est loin de la paix et de l’amour. (…) Les textes de l’islam sont toujours perçus comme d’abord une constitution, un corpus juridique et non pas un corpus spirituel, et comme des textes valables en tous temps et en tous milieux géographiques. (…) On a beau chercher des raisons économiques (…), des raisons identitaires (…), des raisons politiques (…) : le seul dénominateur commun entre tous les terroristes, finalement, c’est l’islam. »

Robert Redeker : à l’Ouest rien de nouveau

À l’heure où Charlie Hebdo vient de rappeler le problème de l’attitude actuelle de tous les représentants de la bien-pensance vis-à-vis du terrorisme musulman et du statut de la violence en islam (http://islametoccident.fr/?p=3736), il est intéressant de relire cet article de 2006 du philosophe Robert Redeker, qui lui valut une fatwa de condamnation à mort l’obligeant à vivre depuis lors sous protection policière. Y a-t-il quelque chose de changé ? On peut en douter.

Article du Figaro du 19 septembre 2006 : « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? »

http://www.lefigaro.fr/debats/2006/09/19/01005-20060919ARTFIG90134-face_aux_intimidations_islamistes_que_doit_faire_le_monde_libre_.php

« Les réactions suscitées par l’analyse de Benoît XVI sur l’islam et la violence s’inscrivent dans la tentative menée par cet islam d’étouffer ce que l’Occident a de plus précieux qui n’existe dans aucun pays musulman : la liberté de penser et de s’exprimer.

L’islam essaie d’imposer à l’Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d’un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l’école, accusation d’islamophobie contre les esprits libres.

Comment expliquer l’interdiction du string à Paris-Plages, cet été ? Étrange fut l’argument avancé : risque de «troubles à l’ordre public». Cela signifiait-il que des bandes de jeunes frustrés risquaient de devenir violents à l’affichage de la beauté ? Ou bien craignait-on des manifestations islamistes, via des brigades de la vertu, aux abords de Paris-Plages ?

Pourtant, la non-interdiction du port du voile dans la rue est, du fait de la réprobation que ce soutien à l’oppression contre les femmes suscite, plus propre à «troubler l’ordre public» que le string. Il n’est pas déplacé de penser que cette interdiction traduit une islamisation des esprits en France, une soumission plus ou moins consciente aux diktats de l’islam. Ou, à tout le moins, qu’elle résulte de l’insidieuse pression musulmane sur les esprits. Islamisation des esprits : ceux-là même qui s’élevaient contre l’inauguration d’un Parvis Jean-Paul-II à Paris ne s’opposent pas à la construction de mosquées. L’islam tente d’obliger l’Europe à se plier à sa vision de l’homme.

Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet œil du Coran, comme ils incarnaient l’œil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme.

Dans l’ouverture à autrui, propre à l’Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l’autre doit toujours passer avant moi. L’Occidental, héritier du christianisme, est l’être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l’identique de feu le communisme, l’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence.

Ce sont des faiblesses qu’il veut exploiter au moyen «d’idiots utiles», les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d’imposer l’ordre coranique au monde occidental lui-même.

Le Coran est un livre d’inouïe violence. Maxime Rodinson énonce, dans l’Encyclopédia Universalis, quelques vérités aussi importantes que taboues en France. D’une part, «Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire (…) Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie (…) Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin».

D’autre part, «Muhammad profita de ce succès pour éliminer de Médine, en la faisant massacrer, la dernière tribu juive qui y restait, les Qurayza, qu’il accusait d’un comportement suspect». Enfin, «après la mort de Khadidja, il épousa une veuve, bonne ménagère, Sawda, et aussi la petite Aisha, qui avait à peine une dizaine d’années. Ses penchants érotiques, longtemps contenus, devaient lui faire contracter concurremment une dizaine de mariages».

Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran.

De fait, l’Église catholique n’est pas exempte de reproches. Son histoire est jonchée de pages noires, sur lesquelles elle a fait repentance. L’Inquisition, la chasse aux sorcières, l’exécution des philosophes Bruno et Vanini, ces mal-pensants épicuriens, celle, en plein XVIIIe siècle, du chevalier de La Barre pour impiété, ne plaident pas en sa faveur. Mais ce qui différencie le christianisme de l’islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l’Église.

Aucune des fautes de l’Église ne plonge ses racines dans l’Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l’institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine.

La lapidation de Satan, chaque année à La Mecque, n’est pas qu’un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque musulman est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au cœur du croyant.

Cette lapidation, s’accompagnant annuellement de la mort par piétinement de quelques fidèles, parfois de plusieurs centaines, est un rituel qui couve la violence archaïque.

Au lieu d’éliminer cette violence archaïque, à l’imitation du judaïsme et du christianisme, en la neutralisant (le judaïsme commence par le refus du sacrifice humain, c’est-à-dire l’entrée dans la civilisation, le christianisme transforme le sacrifice en eucharistie), l’islam lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud. Quand le judaïsme et le christianisme sont des religions dont les rites conjurent la violence, la délégitiment, l’islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine.

Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l’Occident «le monde libre» par rapport au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce «monde libre», fonctionnaires zélés de l’œil du Coran, pullulent en son sein. »

La culture française, connue dans le monde entier, n’existe pas

Il est étonnant de voir comment certains peuples d’Europe, comme les Français, ont aujourd’hui une crise d’identité telle qu’ils développent un sentiment suicidaire virulent et même agressif. Devenus des junkies de la « diversité » sous toutes ses formes, incapables de se passer de leur dose quotidienne de clandestins et de bien-pensance, ils développent partout des salles de shoots, totalement incapables de maîtriser les délires de leurs cerveaux imperméables à la raison et aux effets de l’autodestruction.

En effet, les Français, peuple qui a mis mille ans à se construire, semblent être entrés dans un processus addictif d’auto-destruction : exacerbation de la jouissance individuelle implorant le nouveau veau d’or de la sexualité libertaire (la sexualité étant rebaptisée « orientation sexuelle » pour mieux marquer la diversité des « orientations possibles » – seules la zoophilie et la pédophilie étant encore relativement réprouvées –) ; relativisation de toute morale et culture de l’excuse exhibant à tout-va irresponsabilité et déséquilibres psychiques de tous ordres ; légalisation du meurtre de masse des  enfants à naître jetés à la poubelle grâce à l’I.V.G. – nouvelle Shoah silencieuse mais bien réelle, voulue par une personne qui l’a pourtant connue, comble de l’ironie – ; droit à l’enfant devenu objet de consommation et libéralisation inévitable et prochaine de toutes les types de G.P.A. et P.M.A. (avec la même hypocrisie que pour l’I.V.G. et le P.A.C.S.) ; anéantissement progressif de la liberté d’expression et de critique ; peur maladive  de l’« essentialisation » – c’est-à-dire de tout ce qui définit une identité – ; légitime défense vidée de sa substance, les voyous devenant impunis et les honnêtes citoyens hésitant à se défendre de peur de finir derrière les barreaux ; etc.

Il n’est donc pas étonnant que dans ce tsunami suicidaire les Français aient élu une idole de la pensée politique transgenre, sans identité autre qu’économique.  En effet, Emmanuel Macron ne déclarait-il pas il y a à peine quelques mois : « Il n’y a d’ailleurs pas une culture française ; il y a une culture en France : elle est diverse, elle est multiple » :

Emmanuel Macron Culture francaise Lyon 170204

En d’autres termes, si vous venez en France avec votre baluchon et votre propre culture et vos propres traditions, sans aucun souci du respect de la culture d’origine de ce pays qui vous accueille, la France, vous contribuez pour Emmanuel Macron à enrichir mécaniquement la culture en France. N’est-ce pas merveilleux ? La culture n’a plus de racines ni d’histoire. Comme Emmanuel Macron, elle est transgenre, incolore, sans saveur. Le pauvre Renan doit se retourner dans sa tombe.

Après des décennies d’incurie politique immigrationniste et une situation devenue inextricable, ce reniement peut être aussi analysé comme le prix à payer aujourd’hui pour tenter d’éviter que l’implantation de l’islam en France – dont la culture est totalement incompatible à la fois avec les valeurs de la République française et les valeurs chrétiennes qui ont largement façonné plus de mille ans d’histoire de France – ne déclenche ouvertement une guerre civile qui risque fort de commencer par certaines banlieues devenues territoires perdus de la République, cette guerre civile ayant déjà débuté sous diverses formes dans les établissements scolaires de notre vieux pays.

Et pour ceux, quelle que soit leur « orientation religieuse ou spirituelle », qui douteraient de l’importance historique du christianisme dans l’histoire de France, je conseille la lecture de Bruno Dumézil (« Les racines chrétiennes de l’Europe »)

ou de Luc Ferry (« Sagesses d’hier et d’aujourd’hui »).

Luc Ferry y écrit de façon limpide : « Ce qui compte, c’est la pureté du cœur, pas celle des aliments ni des métiers que les hommes exercent – ce qui, cela dit au passage, permet au Christ de s’entourer d’hommes et de femmes dont les métiers ne sont pas considérés comme nobles, y compris des courtisanes, que le judaïsme orthodoxe exclut du cercle des fréquentations possibles. Conséquence abyssale historiquement : c’est cette place unique accordée à l’intériorité qui a permis le passage à la laïcité, le christianisme pouvant passer de l’espace public à l’espace privé sans obstacle absolu, de sorte que pour nous, Européens de tradition chrétienne, la question de la laïcité est largement réglée. C’est peu de dire qu’ailleurs, il n’en va pas de même, en quoi le fameux thèmes des « racines chrétiennes de l’Europe », pour tactique et politicien qu’il puisse être parfois, n’en est pas moins légitime sur le fond. Seule la laïcité, qui n’est pas l’athéisme mais la neutralité de l’État et de l’espace public, a réussi à pacifier les rapports entre communautés à mettre fin aux guerres de religion. Or elle est, contrairement à une idée reçue mais niaise, un héritage direct de cette place accordée au forum intérieur dans la morale chrétienne. (…) Même lorsqu’on est radicalement non-croyant, on est évidemment imprégné par cette culture chrétienne qui a dominé l’histoire de l’Occident, mais ne s’y est pas réduite. »

La « maison de la sagesse » : instrumentalisée par l’islamophilie savante ?

  • Une attaque « en règle » de Sylvain Gougenheim

Comme nous l’avons déjà vu dans de précédents articles, l’ouvrage « Les Grecs, les Arabes et nous » cherche à défendre l’islam au travers du prisme opaque de la notion de monde « arabo-musulman » contre la contestation de l’importance de son legs au monde occidental formulée par Sylvain Gougenheim dans son livre « Aristote au Mont Saint-Michel ».

J’aborde ici un passage faisant référence à la « Maison de la sagesse » qui caractérise de façon suffisamment évidente (parmi d’autres passages) l’esprit et les moyens que les contradicteurs de Sylvain Gougenheim entendent utiliser pour le déconsidérer.

Voici ce passage du livre « Les Grecs, les Arabes et nous » (page 66/67) : « Les frères Banû Mûsâ ne sont évoqués que comme des « lettrés persans » (AMSM, p. 131) – donc aryens, ce qui les rachète un peu d’être musulmans –, voire des « persans amateurs de mathématiques » (AMSM, note 50, p. 233) ayant eu, ce qui explique tout, « un maître qui semble avoir été un Arabe chrétien » (AMSM, p.98, sans référence, et pour cause !). Cependant, ce qui semble contredire les affirmations précédentes, ils auraient, selon Sylvain Gougenheim, reçu leur éducation scientifique au Bayt al-Hikma (AMSM, p. 135), qui, pourtant, toujours selon Sylvain Gougenheim, « n’aurait jamais accueilli ni chrétiens ni juifs » (AMSM, p. 134), puisque « réservé à des musulmans spécialistes du Coran et d’astronomie tels Yahya ibn Abi Mansur, al-Khwarizmi et les frères Banû Mûsâ », car « on y réfléchissait sur la nature du Coran » (ibid.) ».

  • Analyse

Passons d’abord sur le commentaire détestable et insidieux de la première phrase : « aryens, ce qui les rachète un peu d’être musulmans ». On s’attendrait à moins de bassesse de la part de personnalités du milieu universitaire. S’il n’était formulé par des représentants de la bien-pensance, ce commentaire vaudrait sans doute un passage à la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris du fait de son caractère manifestement diffamatoire et raciste.

Maintenant, venons-en au fond.

L’ouvrage de Sylvain Gougenheim ne donne pas d’assurance claire et définitive sur l’ampleur de l’impact culturel de la Maison de la Sagesse de Bagdad, qui est présentée en islam comme l’exemple même de l’institution démontrant que l’islam peut être ouvert, tolérant et accepter la critique. Mais la façon dont les auteurs de « Les Grecs, les Arabes et nous » font référence au livre de Sylvain Gougenheim est pleine de sous-entendus qui font penser que ce livre est extrêmement confus. Qu’en est-il ?

Je reprends ici les propos d’un éminent spécialiste du Moyen-Âge en islam, Ahmed Djebbar, universitaire musulman reconnu et qui intervient fréquemment dans l’émission de France 2 « Islam » du dimanche matin.

Ahmed Djebbar, face à certaines affirmations sur l’existence de multiples « maisons de la sagesse » en islam au Moyen-Âge qui seraient au fondement de la Renaissance européenne, précise d’abord que seule la maison de la sagesse de Bagdad est certaine ; « pour le reste, ce sont des hypothèses ».

France 2 Islam 170423 Maison sagesse 1

La « maison de la sagesse (connaissance) » de Bagdad est une institution d’origine non pas arabe mais directement issue des conquêtes militaires musulmanes qui ont étendu l’islam à des populations ayant chacune leur héritage propre.

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Si les traductions sont bien antérieures à la Maison de la sagesse, les conquêtes musulmanes permettent d’étendre la collecte de documents dans des conditions importantes.

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Le rêve d’Al-Mamoun, fasciné par Aristote, fait partie des mythes entretenus sur les rapport de l’islam avec la culture grecque.

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En effet, la Maison de la sagesse avait comme principal objectif la défense de l’islam, y compris la défense de l’orthodoxie au sein même de l’islam (à l’époque, dans le cadre du débat sur le mutazilisme).

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L’objectif principal étant la défense de l’islam, les non-musulmans n’avaient pas accès à la Maison de la sagesse.

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Il était donc logique qu’il n’y eût pas de débats entre musulmans, juifs et chrétiens à la Maison de la sagesse. Le débat le plus important au sein de l’islam fut celui du mutazilisme, le reste étant très flou.

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Si la Maison de la sagesse était célèbre au haut Moyen-Âge, le déclin semble avoir finalement été assez rapide ensuite.

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  • Conclusion

La Maison de la sagesse était donc bien une institution où étaient débattues des questions autour du Coran et de sa défense, institution interdite aux non-musulmans : ceci correspond assez bien aux indications données dans ce cas particulier par Sylvain Gougenheim et citées par ses détracteurs malgré leur tentative de dénigrement.

La question essentielle que soulève cette problématique est plus fondamentalement la motivation qu’aurait l’islam à rentrer dans ce type de question et d’échange étant donné le peu d’entrain du monde musulman à accepter la critique et la contestation.

La politique de l’autruche

Lors du dîner de fin du Ramadan du 20 juin 2017, Emmanuel Macron déclarait à des représentants de l’islam de France : « Personne ne peut faire croire que votre foi n’est pas compatible avec la République ».

Macron 170620

Le problème est que cette phrase ne veut rien dire : la compatibilité de la doctrine musulmane avec un système républicain (en France ou ailleurs) est une question qu’il est possible d’examiner objectivement et qui n’a rien à voir avec le fait de croire les affirmations de tel ou tel. Et le doute ne subsiste pas longtemps lorsqu’on examine un peu sérieusement les régimes politiques des pays musulmans, notoirement incompatibles avec l’idée même de laïcité.

L’évidence de cette incompatibilité est ainsi niée par des personnages qui ignorent visiblement le B.A.BA. des principes qui régissent l’islam puisqu’il est impossible de séparer la religion et le politique en islam. Dalil Boubakeur avait beau s’agiter il y a quelques années, il faut se rendre à l’évidence effectivement que « l’islam est un fait politique majeur » et que « c’est une idéologie de lutte, une idéologie d’agression ».

Boubakeur 2011

Face à cette situation, ce sera probablement tôt ou tard la soumission des sociétés occidentales – à tout le moins celles contaminées par la haine de soi et la repentance –, ou peut-être la guerre civile pour celles qui veulent survivre. Les chrétiens du Moyen-Orient en savent quelque chose, notamment les Libanais, mais qui les écoute en Europe ?

Islamophilie savante : Algèbre, islam et Occident

Comme nous l’avons vu dans un précédent article, l’ouvrage « Les Grecs, les Arabes et nous » cherche à défendre l’islam au travers du prisme opaque de la notion de monde arabo-musulman.

Au-delà de la polémique que soulève par définition toute approche critique de l’apport des différentes civilisations dans un monde où la « diversité » est devenue reine, il faut reconnaître que ce type d’analyse est difficile compte tenu de la complexité des questions soulevées. Sylvain Gougenheim cite dans son livre « Aristote au Mont Saint-Michel » un propos du grand historien Fernand Braudel qui en synthétise bien un des aspects : « La plupart des transferts culturels s’accomplissent sans que l’on connaisse les camionneurs ».

Néanmoins, il est un domaine où une approche scientifique sans doute moins sujette à des parti-pris idéologiques est possible, les mathématiques, car les mathématiciens sont assez imperméables aux questions religieuses dès lors que c’est de science qu’il s’agit. Je vous propose d’y revenir rapidement dans cet article.

  • La découverte de l’algèbre

Le livre « Les Grecs, les Arabes et nous » note à propos d’Al-Khwarizmi que « le mot même d’algèbre ne figure pas dans l’ouvrage de Gougenheim » et rappelle que « C’est pourtant dans le Livre d’algèbre d’al-Khwarizmi, que l’Europe, au XIIème siècle découvre l’algèbre ». Sylvain Gougenheim ne s’attarde effectivement pas beaucoup de façon générale sur les questions mathématiques dans son livre « Aristote au Mont Saint-Michel », questions avec lesquelles il ne semble pas forcément très familier.

Pour autant, l’apport de certains mathématiciens arabes du Moyen-Âge est un fait largement reconnu dans la communauté scientifique et universitaire depuis longtemps et ne fait guère l’objet de polémique. Citons Gilles Godefroy dans son livre « L’aventure des nombres » :

« Toujours est-il qu’Al-Mamoun établit à Bagdad une Maison de la sagesse (Bait Al-Hikma) où sont traduits Euclide, Apollonius, Diophante, Archimède, Aristote, et où affluent les savants iraniens et indiens. Ceux-ci apportent avec eux le système décimal de position, agrémenté d’un progrès capital, que nous devons sans doute à l’Inde : le zéro. (…) Mohammed Ibn Musa Al-Khwarizmi est, au début du IXème siècle, l’un des membres les plus actifs de la Bait Al-Hikma de Bagdad. Il participe par exemple à une expérience couronnée de succès visant à calculer le rayon de la sphère terrestre. Il produit aussi une demi-douzaine de livres astronomiques et mathématiques, parmi lesquels on peut citer son « De numero indorum », dont l’original arabe est perdu mais dont subsiste une unique traduction latine. Dans cet ouvrage, peut-être basé sur une traduction arabe de Brahmagupta, Al-Khwarizmi décrit en détail le système de numérotation indien, qui, au prix de quelques modifications de forme mais non de principe, allait devenir le nôtre. C’était bien sûr moins clair pour ses traducteurs latins, et moins encore pour leurs lecteurs, d’où le nom de « chiffres arabes » utilisés jusqu’à nos jours. »

« Le nom d’Al-Khwarizmi, latinisé en algorismi puis en algorisme, allait finalement devenir notre mot algorithme, cependant que le titre de son ouvrage le plus célèbre « Hisab al-jabr wa’l muqabalah » traduit en « Liber algebrae et almucabola » (le traducteur, Gérard de Crémone, ne s’est pas fatigué inutilement) allait nous donner « l’algèbre ». Cette algèbre d’Al-Khwarizmi représente une avancée fondamentale, immédiatement reconnue comme telle. On y assiste en effet à un changement de point de vue : il ne s’agit plus de résoudre des problèmes arithmétiques ou géométriques qu’on peut traduire en équations, mais au contraire de partir des équations dont chacune recouvre et résume une classe infinie de problèmes variés. (…) Les algébristes arabes sont en effet les premiers à dégager le concept de polynôme, sans limitation de degré. Ils vont donc démontrer une quantité de théorèmes sur ce que nous appelons à présent l’algèbre des polynômes. »

Mais si l’apport des mathématiciens arabes est tout à fait reconnu, il est juste également d’en préciser les limites pour reconnaître l’apport des autres mathématiciens. Poursuivons avec Gilles Godefroy :

« Nous sommes à la fin du Quattrocento, dans une université déjà vénérable puisqu’elle est la plus ancienne d’Europe, à Bologne. L’Italie regroupe alors les meilleurs arithméticiens et on y accourt de l’Europe entière pour y apprendre… à multiplier et à diviser suivant les méthodes modernes. Le niveau de la recherche est naturellement très supérieur à celui des cours magistraux et les chercheurs italiens vont démontrer leur savoir-faire. C’est en effet à Bologne, où il enseigne, que l’algébriste Scipione dal Ferro va inaugurer les temps modernes en triomphant d’un très ancien problème : la résolution algébrique de l’équation générale du troisième degré : ax3 + bx2 + cx + d = 0. Cette question capitale avait bien sûr été fréquemment abordée. Voyons comment le scientifique persan Al-Khayyam (1050-1122), qu’on identifie au célère poète du même nom, y répond, en posant : y = x2, on est amené au système d’équations : axy + by + cx + d = 0 et y – x2 = 0, que l’on interprète comme la recherche de points d’intersection d’une hyperbole et d’une parabole, points dont on montre effectivement l’existence. L’approche d’Al-Khayyam montre qu’il était très conscient des liens qui unissent algèbre et géométrie. (…) Le point de vue d’Al-Khayyam était très moderne puisqu’il concevait clairement l’idée puissante de changement de cadre aujourd’hui centrale en mathématiques. Son approche, cartésienne avant la lettre, ne pouvait cependant le satisfaire pleinement : il cherche à exprimer une solution à l’aide de radicaux, reconnaît avoir échoué, et formule l’espoir que « peut-être l’un de ceux qui viendront après nous réalisera cette résolution ». Quatre siècles plus tard, c’est aux algébristes italiens, dignes disciples des arabophones et de Fibonacci, que reviendra l’honneur de réaliser ce souhait en triomphant du troisième degré par des moyens purement algébriques. »

En effet, si les mathématiciens arabes avaient pu résoudre certaines équations polynomiales par des voies inspirées de la géométrie, il leur manquait une approche rigoureuse et systématique pour la résolution de ces équations.

  • Dérivés et primitives

On lit également dans « Les Arabes, les Grecs et nous » (page 66) : « Les mathématiciens qui apprendront non seulement que Thâbit ibn Qurra a traduit les livres V et VII de la Cronica d’Appolonius mais également qu’il a montré que la primitive de (racine de x) était (2/3 x3/2), et calculé l’aire de l’ellipse en cherchant la limite des sommes des aires des polygones inscrits et exinscrits, resteront sans doute perplexes ».

Cette remarque critique de l’ouvrage de Sylvain Gougenheim n’est pas très claire : le reproche semble surtout porter sur le fait que Sylvain Gougenheim limite sa description aux découvertes d’un individu, Thâbit ibn Qurra, sans évoquer le contexte scientifique plus global dans lequel il évoluait.

Sylvain Gougenheim met au crédit de Thâbit ibn Qurra (page 98) une découverte (la primitive de racine de x) et laisse ainsi supposer une découverte conceptuelle étonnante pour son temps : les mathématiciens arabes ont-ils conceptualisé véritablement le calcul infinitésimal en commençant à le formaliser sous la forme « moderne » de dérivés et primitives ?

L’intuition du raisonnement infinitésimal au sens de calcul par approximations successives que l’on peut poursuivre indéfiniment est apparue des siècles avant l’islam (notamment dans le calcul approché par encadrement de la surface du cercle ou d’autres formes géométriques) mais le concept de dérivée et de primitive (et ses multiples conséquences), lié au calcul différentiel et intégral, n’a été formulé rigoureusement qu’à partir du XVIIème siècle avec les contributions essentielles de Leibniz, Newton, Bernoulli, Euler, et d’autres encore.

Il est possible que Thâbit ibn Qurra ait, sur un cas isolé, trouvé ce que nous appelons aujourd’hui la « primitive » d’une fonction, mais la formulation générale et la maîtrise de ce concept ne datent pas de son époque comme en attestent les ouvrages de mathématiques.

  • Conclusion

La contribution des mathématiciens arabes du Moyen-Âge est tout à fait reconnue par leurs pairs occidentaux : cette contribution est facilement identifiable dans des ouvrages d’histoire des mathématiques disponibles dans les librairies.

Malheureusement, les penchants idéologiques de certains intellectuels non-scientifiques les poussent semble-t-il parfois à magnifier la place de la mathématique arabe dans l’histoire des sciences, et surtout à mélanger les questions.

En effet, le problème n’est pas tant de savoir s’il y a eu de grands savants arabes que de comprendre pourquoi, sur la longue durée, ce flot s’est tari au point de devenir quasi-inexistant depuis le Moyen-Âge, et de déterminer quelle influence a pu avoir l’islam sur cet assèchement, la liberté de la critique étant une des conditions fondamentales du développement des sciences mais ne faisant guère partie des valeurs essentielles de la culture musulmane.