Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, homme politique né d’une PMA entre le grand capital et les Minotaures de la repentance

Lettre ouverte publiée par Bernard Lugan, un des plus grands historiens français spécialiste de l’Afrique, publié sur son blog le dimanche 19 février 2017 : http://bernardlugan.blogspot.fr/2017/02/lettre-ouverte-monsieur-emmanuel-macron.html

Lancé sur le marché politique tel un nouveau smartphone, vous êtes, Monsieur Macron, un ignorant butor dont les propos concernant la colonisation sont doublement inadmissibles.

1) En premier lieu parce qu’ils furent tenus à Alger, devant ces rentiers de l’indépendance qui, pour tenter de cacher leurs échecs, leurs rapines et la mise en coupe réglée de leur pays, mettent sans cesse la France en accusation.
Certains qui, parmi votre auditoire, applaudirent à vos propos d’homme soumis (cf. Houellebecq), et devant lesquels vous vous comportâtes effectivement en dhimmi, sont en effet ceux qui, le 1er novembre 2016, publièrent un communiqué exigeant que la France :

« (…) présente des excuses officielles au peuple algérien pour les crimes commis durant les 132 ans de colonisation et pour les crimes coloniaux perpétrés à l’encontre du peuple algérien afin de rappeler les affres de la répression, de la torture, de l’exil, de l’extermination et de l’aliénation identitaire car l’histoire du colonialisme restera marquée par ses crimes de sang et ses pratiques inhumaines ».

Candidat à la présidence de la République française, vous avez donc donné votre caution à de telles exigences autant outrancières qu’insultantes. Ce faisant, vous vous êtes fait le complice des pressions et chantages que l’Algérie exerce à l’encontre de la France afin d’obtenir d’elle une augmentation du nombre des visas ou tel ou tel avantage diplomatique ou financier. En d’autres temps, vous auriez donc pu être poursuivi pour « Atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ».

2) Ensuite parce que vos propos constituent non seulement un recul de l’état des connaissances, mais également le viol de ce consensus historique auquel étaient arrivés les historiens des deux rives de la Méditerranée. Or, par ignorance ou par misérable calcul électoraliste, vous les avez piétinés.

Au nom de quelle légitimité scientifique avez-vous d’ailleurs pu oser les tenir ? Avez-vous seulement entendu parler des travaux de Jacques Marseille, de ceux de Daniel Lefeuvre ou encore des miens ?

Oser parler de « crime contre l’humanité », maladroitement rectifié en « crime contre l’humain », au sujet de la colonisation revient en réalité à classer cette dernière au niveau des génocides du XXe siècle, ce qui est proprement scandaleux. Sur ce terrain, vous voilà donc encore plus en pointe que Christiane Taubira, ce qui n’est pas peu dire…
Pierre Vidal-Naquet, pourtant militant de la décolonisation et « porteur de valises » assumé du FLN écrivait à ce sujet :

« Assimiler peu ou prou le système colonial à une anticipation du 3e Reich est une entreprise idéologique frauduleuse, guère moins frelatée que l’identification, à Sétif, (…)  de la répression coloniale aux fours crématoires d’Auschwitz et au nazisme (…). Ou alors, si les massacres coloniaux annoncent le nazisme, on ne voit pas pourquoi la répression sanglante de la révolte de Spartacus, ou encore la Saint-Barthélemy, ne l’auraient pas tout autant annoncé… En histoire, il est dangereux de tout mélanger. Un sottisier peut-il tenir lieu d’œuvre de réflexion ? (…) L’air du temps de la dénonciation médiatique (…), le contexte social, économique et politique actuel est encore fécond qui continuera à générer de telles tonitruances idéologiques à vocation surtout médiatique ».  J’ajoute électoralistes.

Vous devriez pourtant savoir, Monsieur le candidat à la présidence de la République, qu’en créant l’Algérie, la France donna un nom à une ancienne colonie ottomane, traça ses frontières, unifia ses populations, y créa une administration et toutes ses infrastructures.

Ce faisant, y aurait-elle commis  un « crime contre l’humanité » ou « contre l’humain » ? Les chiffres de l’accroissement de la population ne semblent pas l’indiquer puisqu’en 1830, la population musulmane de l’Algérie n’excédait pas 1 million d’habitants alors qu’en 1962 elle avait bondi à 12 millions.

Serait-ce donc en commettant des « crimes contre l’humanité » que la France, ses médecins et ses infirmiers soignèrent et vaccinèrent les populations et firent reculer la mortalité infantile ? Serait-ce parce qu’elle commettait des « crimes contre l’humain » que chaque année, à partir du lendemain du second conflit mondial, 250 000 naissances étaient comptabilisées en Algérie, soit un accroissement de 2,5 à 3% de la population, d’où un doublement tous les 25 ans ? A ce propos, relisons René Sédillot :

« La colonisation française a poussé l’ingénuité – ou la maladresse – jusqu’à favoriser de son mieux les naissances : non seulement par le jeu des allocations familiales, mais aussi par la création d’établissements hospitaliers destinés à combattre la stérilité des femmes. Ainsi, les musulmanes, lorsqu’elles redoutaient d’être répudiées par leurs maris, faute de leur avoir donné des enfants, trouvaient en des centres d’accueil dotés des moyens les plus modernes tout le secours nécessaire pour accéder à la dignité maternelle. (…)(L’histoire n’a pas de sens, Paris, 1965, page 71).

Enfin, puisque vos propos indécents tenus à Alger obligent à faire des bilans comptables, voici, Monsieur le candidat à la présidence de la République, celui qui peut être fait au sujet de l’Algérie française : en 132 années de présence, la France créa l’Algérie, l’unifia, draina ses marécages, bonifia ses terres, équipa le pays, soigna et multiplia ses populations, lui offrit un Sahara qu’elle n’avait jamais possédé après y avoir découvert et mis en exploitation les sources d’énergie qui font aujourd’hui sa richesse. Comme je ne cesse de l’écrire depuis des années, en donnant l’indépendance à l’Algérie, la France y laissa 70.000 km de routes, 4300 km de voies ferrées, 4 ports équipés aux normes internationales, une douzaine d’aérodromes principaux, des centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), des milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels qui étaient propriété de l’État français ; 31 centrales hydroélectriques ou thermiques ; une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc., des milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités. Dès l’année 1848, et alors que la conquête de l’Algérie était loin d’être achevée, 16 000 enfants en  majorité musulmans étaient scolarisés. En 1937 ils étaient 104 748, en 1952 400 000 et en 1960 800 000 avec presque 17 000 classes, soit autant d’instituteurs dont les 2/3 étaient Français (Pierre Goinard, Algérie : l’œuvre française. Paris,  1986).

En 1962, il y avait en Algérie, un hôpital universitaire de 2000 lits à Alger, trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, 14 hôpitaux spécialisés et 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants. Tous ces équipements, toutes ces infrastructures, tous ces établissements ainsi que les personnels qui les faisaient fonctionner avaient été payés par la France et avec l’argent des Français.

Monsieur le candidat à la présidence de la République, je vous poste ce jour en RAR mon dernier livre « Algérie, l’histoire à l’endroit »[1], afin que vous puissiez mesurer l’abîme séparant la réalité historique de vos inacceptables propos.

Bernard Lugan

[1] Ce livre est uniquement disponible via l’Afrique Réelle. Pour le commander :
http://bernardlugan.blogspot.fr/2017/02/nouveau-livre-de-bernard-lugan-algerie.html

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (7) Le voile islamique

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  • Problématique

Le communautarisme étant la structure sociale fondamentale de l’islam, tout ce qui peut contribuer à distinguer les musulmans des non-musulmans constitue un marqueur identitaire naturel. Le voile féminin n’échappe pas à cette règle mais il n’est pas sans soulever une difficulté certaine quant à la capacité de l’islam à intégrer la modernité et surtout à avoir une relation apaisée avec l’Occident, le voile étant un corollaire indirect mais néanmoins clair de l’infériorité de la femme vis-à-vis de l’homme proclamée par le Coran.

Sur cet aspect symbolique, les positions en islam ont variées sensiblement dans le temps (comme par exemple en Égypte avec Nasser qui vilipendait l’obligation du port du voile réclamée par les Frères Musulmans), et les positions des islamologues et imams vivant en Occident restent diverses aujourd’hui, certains notamment défendant le point de vue selon lequel il s’agit d’une recommandation mais non d’une obligation formelle à observer strictement (comme Tariq Ramadan qui a indiqué par le passé devant une commission de l’Assemblée Nationale qu’il se refusait à titre personnel à l’imposer aux femmes).

  • La position de Tareq Oubrou

Pour Tareq Oubrou, « La notion coranique de « hijâb » (voile) a été déviée de son sens originel, puisqu’elle était initialement réservée aux seules épouses du Prophète, qui ont le statut de mères de tous les croyants. Le Coran leur demande ainsi de garder une distance avec les hommes et de ne leur parler qu’à travers un « hijâb ». (sourate 33, verset 53) ».

Effectivement, on retrouve cette idée dans le Coran :

Sourate 33, verset 53. Ô croyants ! N’entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins d’être invité à un repas et qu’il soit déjà préparé. (…) Si vous demandez aux femmes du Prophète quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau : c’est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs. Vous ne devez pas offenser le messager d’Allah, ni jamais vous marier avec ses épouses après lui. Ce serait, auprès d’Allah, un énorme pêché.

Il est néanmoins intéressant de noter que, pour Tareq Oubrou, « Les autres femmes musulmanes n’ont pas à imiter les épouses du Prophète ; ce serait même un manque de respect à leur égard, compte tenu de leur statut particulier. »

On peut comprendre cette position que les autres femmes n’avaient pas à imiter les épouses du Prophète au sens où les obligations qui pesaient sur les épouses du Prophète ne s’imposaient pas aux autres femmes (même si on se demande bien quelle supériorité spirituelle les épouses du Prophète – après Khadija – avaient sur les autres femmes puisqu’il ne les a épousées – sauf peut-être Aïcha – que pour avoir des enfants, sans succès puisqu’il était visiblement devenu stérile après une maladie). Vouloir imiter les femmes du Prophète pouvait effectivement apparaître comme un signe d’orgueil pour leur contemporaines et, par extension, pour toutes les femmes musulmanes à venir.

Cela étant, il est étonnant que Tareq Oubrou ne mentionne pas cet autre verset sur le même sujet :

Sourate 24, verset 31. Dis aux croyantes de baisser leur regard, d’être chastes, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, ou à leurs fils, ou aux fils de leur mari, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. (…)

Inutile de s’appesantir sur cette polémique doctrinale qui ne sera jamais tranchée puisqu’il n’existe pas d’autorité sunnite pour le faire de façon absolue et définitive. L’islam, en tant que religion, devrait être une spiritualité peu soucieuse de cette symbolique superficielle, ainsi que l’indique à juste titre Tareq Oubrou : « Il s’agit d’une simple pudeur sociale qui prend en considération la coutume vestimentaire d’alors. Les musulmans qui lui donnent une dimension cultuelle commettent une aberration aux yeux du droit canon musulman (« fiqh »), car c’est introduire dans le culte quelque chose qui n’en fait pas partie. »

  • Conclusion

La position de Tareq Oubrou est « moderne » et on doit la saluer car elle va dans le sens d’un meilleur statut de la femme en islam, statut dont on voit tous les jours combien encore il est problématique. Je doute néanmoins que cette analyse soit partagée par la plupart des islamologues musulmans et imams.

En réalité, l’islam, orthopraxie et non spiritualité, est empêtré dans ses rituels et il ne peut pas abandonner si facilement la symbolique du voile sans fragiliser par ricochet tous ses autres rituels qui n’ont pas plus de signification ni de profondeur. L’habit ne fait pas le moine.

Ce qui est en jeu pour les musulmans vivant en Occident est moins aujourd’hui de trancher une question doctrinale restée sans réponse définitive depuis des siècles ou de changer un rite que d’arriver à démontrer que l’islam n’est pas socialement rétrograde. Cette symbolique du voile renvoie en effet à une vision patriarcale de la société où le statut de la femme s’est certes amélioré, mais très péniblement au cours des siècles.

On peut toujours arguer que l’islam a amélioré le statut de la femme au regard des coutumes arabes antéislamiques (interdiction de l’enterrement des petites filles, limitation de la polygamie) mais, en réalité, l’islam, copie sans grande nouveauté du judaïsme, a constitué une régression au regard du statut de la femme juive, déjà pas très favorable (cf. la répudiation, toujours problématique d’ailleurs aujourd’hui en Israël, ou l’absence d’obligation d’étudier la Torah qu’on peut interpréter comme une forme implicite d’infériorité spirituelle).

Éducation Nationale : un regard apologétique sur l’islam ?

Le Figaro a publié le 23 septembre 2016 un article intéressant relatif à la difficulté de présenter l’islam dans les programmes scolaires :

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Après avoir décrypté les principaux manuels scolaires d’histoire, Barbara Lefebvre a accordé au FigaroVox un entretien fleuve. Elle montre comment l’Éducation nationale porte un regard apologétique sur la civilisation arabo-musulmane.

Barbara Lefebvre, professeur d’histoire-géographie, elle a publié notamment Élèves sous influence (éd. Audibert, 2005) et Comprendre les génocides du 20è siècle. Comparer – Enseigner (éd. Bréal, 2007). Elle est co-auteur de Les Territoires perdus de la République (éd. Mille et une nuits, 2002).

  • À quoi sert l’histoire enseignée à l’école, à développer le «vivre-ensemble» ou à instruire les élèves ?

Barbara LEFEBVRE. – L’histoire scolaire telle qu’elle est prescrite par les programmes officiels transposés fidèlement dans les manuels scolaires, n’est pas l’histoire universitaire. Ce n’est pas une histoire où les débats historiographiques actuels, parfois virulents, doivent s’exposer. C’est le récit du passé au regard de l’état des lieux de la recherche faisant l’objet d’un consensus académique. L’histoire scolaire sert un projet d’influence positive: transmettre aux élèves des connaissances factuelles appuyées sur une pratique du questionnement critique des sources. On espère, naïvement peut-être, qu’ils pourront, plus tard, exercer leur raison critique et penser par eux-mêmes. Or, cette discipline est le plus souvent utilisée pour exercer une influence normative sur les élèves. Aujourd’hui cela s’aggrave dans le contexte de crise identitaire sévère et de déculturation massive.

La France a atteint un point de tension identitaire proche de la rupture.

Il est intéressant de se pencher sur les nouveaux programmes d’histoire voulus par l’actuel gouvernement, dont la majorité des thèmes sont pourtant recyclés des anciens programmes. Beaucoup de bruit pour rien? Pas vraiment, car la France a atteint un point de tension identitaire proche de la rupture. L’histoire scolaire est un espace sensible sur lequel on peut agir, et si depuis les années 2000, le feu couve, depuis les attentats de 2015 en passant par le grotesque épisode du burkini, la cocotte-minute siffle. Cette tension tient à la pression des tenants d’un islam politique, minorité tyrannique dont certaines figures recyclées sous l’expression de «modérés» sont légitimées par les pouvoirs publics, qui jettent l’opprobre sur une majorité silencieuse souvent non pratiquante voire non croyante mais que tout le monde essentialise à des fins politiques. L’enseignement du fait religieux, ici l’islam, n’a donc jamais été aussi nécessaire et exigeant. Or si l’on veut lutter comme on le prétend contre l’idéologie politico-religieuse, encore faut-il ne pas mettre sous le tapis ce qui nous dérange pour enseigner une histoire de la civilisation musulmane sans aspérité, confinant parfois à l’apologétique, tout cela au service de la glorification dogmatique du «vivre ensemble».

  • Comment l’histoire de l’islam est-elle abordée dans les ouvrages scolaires ?

L’histoire scolaire de la civilisation musulmane, sans aspérité, confine parfois à l’apologétique, tout cela au service de la glorification dogmatique du « vivre ensemble ».

Je me suis appuyée sur les programmes 2016 et les ressources officielles en ligne, puis j’ai observé comment cela était transposé dans les manuels scolaires de 5ème les plus utilisés [Hachette, Belin, Bordas, Hatier]. Que disent les programmes? «L’histoire du fait religieux […] permet aux élèves de mieux situer et comprendre les débats actuels» dans une approche qui ne doit pas être «fixiste sur une si longue période». Dont acte. Approcher la question par les notions de théocratie et de «contact» entre les chrétientés occidentale et byzantine et l’islam est judicieux mais on peut être troublé de la volonté explicite des programmes d’accorder davantage d’attention aux «contacts pacifiques» comme le commerce ou les sciences, plutôt qu’aux contacts guerriers, à savoir les croisades et le jihad de conquête. La conflictualité guerrière entre Chrétiens et Musulmans domine tout au long du Moyen Âge, et au-delà sous la forme du corso sur les rives de la Méditerranée européenne. En minimiser la portée, tant dans les faits que dans leurs représentations sociales et culturelles dans les deux espaces civilisationnels concernés, est révélateur du message politique présent: «les rapports entre le monde chrétien et le monde musulman ne se résument pas à des affrontements militaires» édictent les programmes.

L’histoire scolaire de 2016 n’est guère différente de celle voulue par la IIIème République et son fameux « nos ancêtres les Gaulois » honni par les tenants actuels de la pédagogie.

Sur la question des contacts, les instructions officielles appellent à «équilibrer» en ne donnant pas trop de poids à «l’étude des événements ayant tendance à mettre l’accent sur les contacts belliqueux». C’est ainsi qu’on procède à la construction des représentations sociales et culturelles, et en cela l’histoire scolaire de 2016 n’est guère différente de celle voulue par la IIIème République et son fameux «nos ancêtres les Gaulois» honni par les tenants actuels de la pédagogie. À la différence près que l’histoire scolaire actuelle fait croire à son objectivité au service du progressisme multiculturel, ambition que n’avait pas la IIIè République qui voulait fabriquer des Français, sans distinction d’origine ou de classe sociale, à partir de la France multiple de terroirs proches et lointains. Je soulèverai un autre point: les auteurs du programme qui défendent «une approche globale des faits historiques», véritable leitmotiv des instructions officielles, ont le souci d’une «histoire mixte». Il faut entendre ici où les «conditions et actions des femmes et des hommes d’une époque seront traités de façon égale». Or, étrangement, sur la condition de la femme en islam médiéval, c’est le silence qui prévaut. De fait, aucun manuel n’évoque la place des femmes dans l’islam sinon pour évoquer une régente de la dynastie des Ayyoubides au 13è siècle [Belin] comme si cette exception servait à décrire la place de la femme en Islam. Verrait-on un historien décrire la condition féminine en France à la fin du 16è siècle à travers l’exemple de Catherine de Médicis?

Étrangement, sur la condition de la femme en islam médiéval, c’est le silence qui prévaut.

La liberté pédagogique des enseignants est une liberté de moyens, il faut le rappeler, pas une liberté d’interprétation du programme. Les programmes prescrivent une orientation historiographique: ainsi on exige clairement de relativiser la bataille de Poitiers considérée anecdotique, et de fait certains manuels ne l’évoquent plus. Dans le même temps, on demande que soit étudiée l’amitié entre Charlemagne et le calife abbasside al-Rashid dont le nom est associé aux «Mille et Une nuits» où il apparaît comme le calife parfait. Or c’est une image idéalisée du règne d’arachide datant des 8è-9è siècles, puisque les historiens distinguent aujourd’hui le mythe du calife idéal véhiculé par la littérature arabe avec les sources historiques montrant qu’il a affaibli la puissance du califat abbasside comme en témoignent les émeutes populaires récurrentes, les troubles aux marges de l’empire et la violente guerre civile qui suit son règne. En outre, son «amitié» avec Charlemagne n’est que diplomatique, motivée par une volonté commune de contrer l’empire byzantin et l’émir omeyyade de Cordoue.

  • La religion musulmane en elle-même est-elle montrée dans sa toute complexité ?

On exige clairement de relativiser la bataille de Poitiers considérée anecdotique, et de fait certains manuels ne l’évoquent plus.

Bien sûr, dans un manuel scolaire on n’entre pas dans le détail des débats académiques sur l’historicité de Mohamed et la fiabilité des éléments biographiques à son sujet, mais on est quand même surpris de la pauvreté des informations le concernant dans les manuels. Si je résume ce que l’élève retient: c’est un marchand caravanier qui reçoit la visite de l’ange Gabriel vers 610, il fonde la première communauté musulmane et instaure le monothéisme définitivement en 630 avec la prise de la Mecque aux païens arabes. Tout semble se passer sans obstacle majeur: l’islam s’étend par la conquête et tout le monde se soumet de bonne grâce! Un manuel [Belin] s’abstient même de le présenter comme un chef d’État, commandant des armées de l’islam. Pourtant la figure du prophète, modèle parfait et indépassable de l’homme musulman, mériterait qu’on regarde de plus près son style de vie, d’autant que sa vie privée étant publique, elle fut racontée par ses disciples et se trouve exposée à titre d’exemple à suivre dans le Coran et la Hadith. Elle est connue de tous les Musulmans pratiquants, mais l’élève lui ne saura pas ce que le Musulman sait de la vie modèle de Mohamed. À moins que cette absence d’information biographique du prophète de l’islam ne s’explique par un hiatus entre nos canons occidentaux de l’homme de foi et d’État irréprochable et probe et la perception musulmane de la vie parfaite du prophète? Mais tout est question d’interprétation, la vie de Mohamed, fort humaine par ses sombres aspects, serait à replacer dans son contexte, précisément pour contrer le discours de l’islam politique, producteurs de jihadistes, martelant que le Coran par son immanence ne doit en aucun cas être interprété et invitant leurs coreligionnaires à «vivre comme le Prophète». Il serait salutaire de ne pas rester dans les non-dits par souci de ne pas heurter les susceptibilités supposées de certains élèves et leurs familles, et affronter les faits pour les replacer dans le champ rationnel de la pensée au lieu de les abandonner à l’idéologie.

  • Les périodes conquérantes et guerrières sont-elles justement évoquées ?

La représentation des conquêtes par Mohamed puis ses successeurs est révélatrice de la complaisance avec laquelle on traite la dimension politico-juridique de l’histoire de l’islam.

La représentation des conquêtes par Mohamed puis ses successeurs est révélatrice de la complaisance avec laquelle on traite la dimension politico-juridique de l’histoire de l’islam. Toutes les précautions sont prises pour équilibrer le récit et éviter une présentation violente des conquêtes islamiques. Mais la succession des omissions ou des raccourcis des manuels conduisent à des contre-vérités historiques. Par exemple, quand on lit qu’en 630 Mohamed et ses partisans «reprennent la ville de la Mecque» [Bordas], l’usage du verbe reprendre laisse penser que la ville leur aurait appartenu, qu’il ne s’agirait que d’une légitime reconquête. Or Mohamed n’a jamais dirigé les Mecquois avant 630, il avait même dû fuir la ville en 622 avec ses 70 disciples car il y troublait l’ordre public païen. Autre élément illustrant des raccourcis mensongers: les prises de ville ou de territoire se font sans résistance. Tous les manuels suggèrent que si la conquête arabo-musulmane fut rapide c’est parce qu’elle fut facile. Si les conquêtes ont été rapides en Arabie c’est qu’il suffisait de prendre quelques grandes oasis pour étendre son autorité sur des centaines de km², puis au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord, ce sont les divisions internes des autorités autochtones, souvent des Églises en conflit interne sur des questions tant théologique que politique, qui ont permis aux armées arabes de s’emparer rapidement des centres de pouvoir. Néanmoins cela ne se fit pas sans résistance populaire ni en Arabie où la résistance juive notamment est connue par les sources arabes elles-mêmes, ni en Syrie, en Palestine ou en Égypte. Seul le manuel Hatier éclaire un peu la dimension militaire des conquêtes.

L’islam est prosélyte, a vocation à éclairer l’humanité, la conquête territoriale en est le principal instrument.

En outre, les objectifs de la conquête ne sont jamais exposés aux élèves, or la conquête territoriale est consubstantielle à la naissance de l’islam et les propos de Mohamed dans le Coran et la Sunna sont sans ambiguïté: l’islam est prosélyte, a vocation à éclairer l’humanité, la conquête territoriale en est le principal instrument. Cette fusion du politique et du religieux doit être soulignée si l’on veut éclairer certains discours fondamentalistes actuels pour les déconstruire. Ici la notion de jihad devrait être abordée, elle sert dès le début de l’islam à une justification religieuse de la conquête de type impérialiste – tout à fait banale à l’époque – constituée de pillages, de massacres et de colonisation. L’ouvrage de Sabrina Mervin est utilisé à plusieurs reprises pour présenter les conquêtes, mais cet ouvrage n’est pas un livre d’histoire factuelle, il a un objet d’étude singulier à savoir l’histoire des doctrines de l’islam et leurs représentations. Elle insiste dans sa préface sur le fait que son livre ne retrace «pas l’histoire politique ou sociale du monde musulman» or c’est exactement ainsi que des extraits sont utilisés dans les manuels, pervertissant le travail de l’historienne. Les citations de l’ouvrage montrent un projet théocratique parfait, réalisé sans entrave, là où l’historienne décrit une représentation sociale de ce projet par les doctrinaires musulmans. La partie leçon d’un manuel [Hachette] va plus loin dans l’approximation: «Les califes musulmans prennent le contrôle d’un très vaste territoire peuplé de populations nomades. Pour contrôler cet ensemble ils développent les villes où s’installent les émirs». En quoi les peuples d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient préislamique [judaïsme, christianisme, empires perse ou romain], sédentaires depuis des siècles, ayant développé des civilisations urbaines prestigieuses furent-ils des «nomades» à l’instar des tribus bédouines d’Arabie islamisées par Mohamed? Alexandrie, Jérusalem, Damas, Yarmouk, Le Caire, Mossoul et tant d’autres ne sont pas des villes fondées par les conquérants arabes à ma connaissance. Ils ont redessiné le paysage urbain pour l’islamiser mais n’ont pas fondé ces villes qui ont gardé de nombreuses traces, notamment archéologiques, d’un glorieux passé préislamique. De telles erreurs dans des manuels d’histoire laissent perplexe.

De telles erreurs dans des manuels d’histoire laissent perplexe.

Il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont le contact belliqueux entre Chrétienté et Islam est décrit autour de l’épisode des croisades. On retiendra notamment dans un manuel [Hatier] que dans la leçon titrée «La violence des guerres saintes», les auteurs ne rendent compte que de la Reconquista espagnole et des croisades, à travers par exemple les crimes des Croisés comme le sac de Constantinople en 1204. Le jihad n’est pas du tout évoqué dans cette leçon inscrite pourtant dans le chapitre sur l’islam!

  • Quelle place est donnée à la « coexistence pacifique », notamment à l’Andalousie du Moyen Âge ?

A-t-on souvent vu le vainqueur s’accordant le mauvais rôle ? La critique des sources sert à éviter les anachronismes !

Dans le projet de montrer l’islam comme une religion ouverte et tolérante, le thème de la «coexistence pacifique» sur le modèle andalou est devenu habituel. En dépit des historiens, et des sources arabes elles-mêmes, décrivant la vie sociale et économique des dhimmis [Juifs et Chrétiens vivant en terre d’islam], on propose aux élèves une vision non seulement angélique mais déformée de l’histoire. Tous les manuels scolaires insistent sur le très bon accueil que les populations conquises auraient fait aux conquérants, cela n’étant démontré aux élèves qu’à travers des sources arabes, or leur objectivité est discutable. A-t-on souvent vu le vainqueur s’accordant le mauvais rôle? La critique des sources sert à éviter les anachronismes! Dans les manuels, il apparaît qu’en Arabie, après 632, tout le monde est devenu musulman comme par magie, sans pression guerrière. C’est omettre que la conquête avait pour conséquence le choix entre la conversion ou la mort pour les païens et certaines tribus juives. Bien des populations se sont converties pour survivre et il en fut de même dans tout le bassin méditerranéen conquis par les Arabes, depuis les Berbères judaïsés ou Syriaques christianisés jusqu’aux populations zoroastriennes condamnées à disparaître. Il est déconcertant de voir que les manuels utilisent la source musulmane sans appareil critique pour offrir une vision idyllique des relations entre Musulmans et non Musulmans. On trouve des textes de différents auteurs arabes médiévaux que l’élève est amené à accepter de facto. Par exemple, cette citation d’Al-Baladhuri datant du 9è siècle est utilisée dans plusieurs manuels et dépeint juifs et chrétiens acceptant l’invasion musulmane de la Syrie comme une bénédiction: «Les habitants ouvrirent les portes de leur ville sortir avec les chanteurs et les musiciens qui commencèrent à jouer et payèrent la capitation». La seule question posée à l’élève est «Comment les musulmans sont-ils accueillis?». L’élève doit paraphraser l’auteur, prenant ses dires pour une vérité, objet d’une généralisation plus loin dans la leçon du manuel. C’est comme si on apprenait la vie de Charlemagne uniquement à travers la chronique d’Eginhard! D’autres textes arabes sont exploités présentant la conquête de Jérusalem par Omar puis Saladin comme une libération des oppresseurs byzantins ou un acte de pacification. On passe sous silence que pour les chrétiens, majoritaires dans ces régions au haut Moyen Âge, la conquête islamique signifiait la perte de souveraineté, et pour les nombreuses communautés juives il s’agissait de passer d’un oppresseur à un autre. Donc quand on lit: «dans les territoires dominés par les Arabes, les populations se convertissent peu à peu à l’islam» [Belin ; Hatier], on a le sentiment que rien n’est fait pour éclairer les conditions de cette islamisation qui, à l’instar d’autres conquêtes antiques ou médiévales, signifiait la dépossession des autochtones de leur souveraineté, de leur droit de propriété, leur soumission sociale et culturelle. En Espagne, par exemple, les Chrétiens ont résisté comme à Tolède en 713, et les représailles furent féroces avec mutilations et crucifixions publiques. La façon dont les manuels évoquent la «coexistence» entre les trois religions sous domination musulmane est sinon fausse du moins partiale car elle n’éclaire pas les conditions de la soumission en parlant de «coexistence».

Résumer la dhimma à la protection des minorités religieuses contre paiement d’un impôt est une semi-vérité ou semi-mensonge.

Le pacte de dhimma que Mohamed imposa en 628 aux juifs de l’oasis de Khaybar servit ensuite de modèle à tous les conquérants arabes, la dhimma est essentielle pour comprendre comment les représentations collectives du non Musulman se sont forgées à travers les siècles dans le monde islamique. C’est le cadre juridique, social et économique reposant sur une base théologique, d’une société parfaite. C’est un pacte de protection que le vainqueur accorde à des communautés juives et chrétiennes. Or, la société islamique est organisée sur une base juridico-théologique discriminatoire avec les Musulmans arabes en haut de la pyramide sociale et politique, puis viennent les Berbères islamisés, puis les muwalladun, les convertis non arabes, et au plus bas de la société, avant les esclaves, on trouve les dhimmis, dont la situation est caricaturée par un manuel: «Ils restent libres de pratiquer leur religion contre le versement d’un impôt». Un autre s’appuie sur un texte d’al-Tabari du 9è siècle pour évoquer la dhimma mais sans la définir et en expliquer la dimension discriminatoire qui prévalut partout en territoires islamiques jusqu’à son abolition en 1856. Elle faisait vivre dans une perpétuelle incertitude les concernés, exposés à l’arbitraire du calife ou d’un sultan plus autocrate que le précédent qui par exemple augmentait la jizya [capitation] déraisonnablement pour pousser à la conversion ou rançonner les communautés, comme les Juifs et les quelques Chrétiens d’Hébron au 19è siècle. Si la jizya était graduée, elle était aussi exigée des veuves, des orphelins et même des défunts. Si beaucoup de Juifs et de Chrétiens échappèrent à la conversion pour entrer dans le statut de dhimmi, des historiens ont montré qu’au fil des siècles, ils furent aussi nombreux à se résoudre à la conversion pour espérer une meilleure intégration et échapper à une vie de paria particulièrement en termes d’infériorité sociale et juridique. Parlerait-on de «coexistence pacifique» si les manuels acceptaient de décrire les clauses humiliantes de la dhimma comme le port de signes distinctifs obligatoires – invention arabe que l’Église reprendra pour stigmatiser les Juifs européens à partir du 13è siècle – l’interdiction de prière collective sonore, l’obligation faite aux édifices chrétiens et juifs d’être moins hauts que les mosquées, quand ce ne fut pas parfois l’interdiction de construire un nouveau lieu de culte, l’interdiction de monter à cheval et porter une arme, enfin la parole du dhimmi devant la justice qui vaut moins que celle du musulman et des sanctions différant en fonction de la religion du coupable. Ces règles, fixées par la Loi musulmane, furent appliquées partout dans le monde islamique, avec plus ou moins de rigueur selon les dirigeants. Il n’en reste pas moins que résumer la dhimma à la protection des minorités religieuses contre paiement d’un impôt est une semi-vérité ou semi-mensonge, comme on préfère.

  • Quid de l’importance des échanges entre civilisations ?

L’Occident serait débiteur de la science arabe médiévale, voilà ce qui émerge des manuels qualifiant unanimement la civilisation islamique de « brillante ».

Depuis plusieurs années, dans l’objectif, certes louable, de démontrer que l’islam est une religion ne se résumant pas à son obscurantisme politico-religieux actuel, on répète comme une vérité que l’Occident a bénéficié de la présence musulmane en Andalousie, que sans les savants arabes nous aurions oublié notre héritage grec. Je constate que le mythe d’al-Andalus est devenu paradigme et s’est ainsi élargi à l’ensemble de l’espace politique sous domination arabo-musulmane. L’Occident serait débiteur de la science arabe médiévale, voila ce qui émerge des manuels qualifiant unanimement la civilisation islamique de «brillante». Évidemment, il ne s’agit pas de remettre en question la réalité du carrefour civilisationnel que fut le monde musulman médiéval, passeur de savoirs, mais de s’interroger sur la façon simpliste dont les faits sont présentés et construisent des représentations collectives qui font sens commun aplatissant l’Histoire issue du consensus académique. Le discours laudatif voire un peu naïf sur l’âge d’or de la civilisation arabe médiévale paraît servir à trier ce qui nous arrange et favorise l’image que l’on juge bénéfique aux temps présents, celle de l’islam lumineux. Mais ce projet idéologique dessert la pensée scientifique autant que les intellectuels de cet espace culturel luttant dans leur propre pays pour faire émerger un discours scientifique et distancié sur leur passé. On réécrit pour les élèves la science arabe médiévale pour la mettre, non pas sur le même plan que les autres civilisations, mais au dessus et on en gratifie l’islam alors que la religion n’a rien à voir dans cette affaire. Attribue-t-on la révolution copernicienne au Christianisme ou la théorie de la relativité d’Einstein au judaïsme?

Dans un des manuels [Hachette], on cite un chroniqueur arabe du 11e siècle, Saïd al-Andalusi, sans distance critique pour l’élève qui ainsi apprendra qu’avant l’arrivée des Arabes «ce pays ne savait pas ce qu’était la science et ceux qui l’habitait ne connaissaient personne qui se fut rendu illustre par son amour pour le savoir». Puis vient un passage sur l’apport des Arabes aux sciences anciennes et modernes par la traduction des savants grecs. Cette lecture apologique est corroborée par une consigne d’activité: «Montrer que la présence des musulmans d’Andalousie permet de développer les sciences et la philosophie grecque en Occident» et par la leçon qui répète que «les textes des auteurs antiques sont redécouverts en Occident par l’intermédiaire de leur traduction en arabe». On passe sous silence un fait majeur: nombre de ces traducteurs étaient de langue arabe mais n’étaient ni des Arabes, ni musulmans. Ce furent des Juifs comme Maïmonide, ibn Tibbon ou Yossef Kimhi et surtout des Chrétiens principalement syriaques qui réalisèrent cette translation des savoirs antiques vers l’Occident. On sait de différentes sources, que des califes, comme al-Mahdi ou al-Rashid, commandaient aux chrétiens syriaques des traductions d’Aristote par exemple. L’historien arabe ibn-Khaldoun lui-même rappelle que le calife al-Mansur au 8è siècle demanda à l’empereur byzantin de lui adresser des traités de mathématiques et de physique d’auteurs grecs. Avicenne, al-Farabi, Sohravardi étaient des perses, héritiers des savoirs préislamiques de cette civilisation au contact de l’Asie et du Moyen-Orient. Concernant l’algèbre, on sait que la plupart des savoirs arabes sont directement issus des connaissances antiques, grecques, indiennes et babyloniennes. Quant à la médecine, on veut enseigner aux élèves que les médecins arabes étaient plus modernes, mais ici encore on omet de préciser que nombre d’entre eux n’étaient ni musulmans ni arabes, à l’instar du célèbre médecin chrétien nestorien Ibn-Ishaq du 9è traducteur de Galien, Platon et Aristote en syriaque puis en arabe, dont les découvertes en matière d’ophtalmologie ont été décisives ou de Ibn Masawayh au 9è siècle médecin chrétien qui traduisit et rédigea nombre de traités en arabe. Quant aux connaissances astronomiques des Arabes, elles sont directement issues des savoirs grecs, chaldéens et babyloniens. Le manuel Hatier fait exception en rappelant qu’un grand nombre de savoirs arabes transmis en Occident sont issus de découvertes chinoises.

Ce sont les traductions latines médiévales qui permirent à la pensée d’Averroès de survivre et aux Musulmans de le redécouvrir pour en faire maintenant un symbole de leur esprit d’ouverture !

Pas une phrase sur la philosophie arabe sans citer Averroès, autochtone espagnol faut-il le rappeler, symbole de l’ouverture d’esprit de l’islam de l’âge d’or. Mais on se garde toujours de mentionner que son contemporain, le juriste al-Ghazali a réfuté la vision rationnelle d’Averroès ce qui conduisit à son bannissement pour hérésie, ses livres furent brûlés. Ce sont les traductions latines médiévales qui permirent à la pensée d’Averroès de survivre et aux Musulmans de le redécouvrir pour en faire maintenant un symbole de leur esprit d’ouverture! Dans un autre manuel [Hatier], on cite un édifiant extrait d’Amin Maalouf: «dans tous les domaines les Francs se sont mis à l’école arabe aussi bien en Syrie qu’en Espagne, en Sicile», suit une liste à la Prévert des domaines ayant été ensemencés par les savoirs arabes. En revanche, on ne sait pas ce que les Occidentaux ont apporté aux Arabes, ‘sans doute rien’ se dira l’élève, de ce fait le titre de la leçon, «les échanges culturels», ne fait guère sens puisque les bienfaits civilisationnels ne semblent pas avoir été réciproques. Les manuels peuvent saluer le réel talent de passeurs des savants du monde islamique qui surent développer des savoirs établis, ou utiliser des traductions d’auteurs anciens, mais on attend d’un ouvrage scolaire qu’il soit précis: transmettre les savoirs acquis par les peuples autochtones conquis, ce n’est ni en être l’auteur, ni l’inventeur.

  • La délicate question de la traite orientale est-elle abordée ?

Les traites arabes ont conduit à la déportation d’au moins 17 millions d’individus, dont beaucoup de jeunes filles qui servaient d’esclaves sexuels, pratique que le Coran autorise.

À part le manuel Belin proposant un texte d’al-Yacoubi qui évoque les «esclaves noirs attachés» au service du calife al-Mansour sans pour autant attirer l’attention des élèves sur ce point dans les activités jointes, aucun manuel n’évoque la question de la traite arabe. Comme le soulignait déjà en 1992 Marc Ferro, «si l’inventaire des crimes commis par les Européens occupe à juste titre des pages entières [dans les livres scolaires], la main a tremblé dès qu’il s’agit d’évoquer les crimes commis par les Arabes». Il faut dire que le récit de la traite négrière viendrait altérer grandement l’image que les programmes et les manuels scolaires souhaitent donner aux élèves de la civilisation musulmane médiévale. La traite orientale a, en effet, ponctionné l’Afrique pendant treize siècles, de 652 avec le traité d’Ibn Saïd imposé aux Soudanais du Darfour, jusqu’à l’aube du 20è siècle, et il est difficile de trouver trace de mouvements abolitionnistes arabo-musulmans à la différence des Européens qui luttèrent pour l’abolition de ce commerce inhumain contre leurs contemporains négriers. Les traites arabes ont conduit à la déportation d’au moins 17 millions d’individus selon les études d’éminents historiens, à la servitude de jeunes filles africaines dans la sphère domestique et intime puisque beaucoup d’entre elles servaient d’esclaves sexuels, pratique que le Coran autorise [33-52 ; 5-43 ; 4-2 ; 23-1 ; 33-02 ; 5-29]. La traite arabe a également une spécificité rarement rappelée: la castration de 7 captifs sur 10 destinés à être eunuques mais dont la majorité mourrait des suites de l’opération. Cette vaste entreprise de castration explique en partie le peu de trace que les esclaves africains ont laissé dans la démographie des sociétés musulmanes orientales, alors que les millions d’esclaves de la traite atlantique ont eu une grande descendance peuplant aujourd’hui le continent américain. On pourrait espérer que ce sujet soit traité plus tard dans la scolarité mais il n’en est rien car l’esclavage subi par l’Afrique subsaharienne pendant des siècles se résume à la traite atlantique. Ici encore, on le voit, l’histoire scolaire poursuit un objectif qui s’éloigne de sa prétention affichée à éclairer la conscience des élèves pour en faire un citoyen éclairé et de développer chez lui l’esprit critique qui passe par l’analyse des sources historiques et non l’apprentissage d’une doxa.

Éduquer la jeunesse française sur l’islam sans lui mentir : un numéro d’acrobate

S’il y a bien une rengaine qui peut paraître à la longue pénible aux lecteurs de ce site, c’est bien la répétition de mes injonctions à aller lire soi-même les textes sacrés de l’islam, et en particulier la biographie de Mahomet d’Ibn Hîcham. Sans cette lecture, il est impossible de se rendre compte de la réalité de la doctrine musulmane, et de comprendre sa cohérence au regard de la vie de Mahomet, homme de guerre qui a instrumentalisé la religion au profit d’un projet personnel de conquête du pouvoir ; ce qui n’empêche pas qu’il y ait pu avoir de la « bonne foi » chez lui dans sa folie, étant persuadé être « inspiré » par Dieu (car, jusqu’à preuve du contraire, Dieu n’a pas confirmé). En outre, la lecture de ces textes est le seul moyen de s’assurer par soi-même que la vision proposée par les uns ou les autres (y compris par votre serviteur) est juste ou pas.

Les éditions Belin pour cette nouvelle rentrée scolaire exposent dans leur manuel pour la 5ème une initiation à l’histoire de l’islam.

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Cette initiation présente comme textes fondamentaux de l’islam : le Coran, les hadiths et la biographie de Mahomet. C’est tout à fait juste.

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Il est intéressant de voir confirmé, à l’attention du grand public – et bien au-delà donc des spécialistes –, le statut de ces trois sources, et surtout celui de la Sîra, biographie de Mahomet rédigée par Ibn Hîcham, puisque si le terme « biographies » est au pluriel dans le manuel, la Sîra, seule mentionnée, dépasse toutes les autres au point de constituer la biographie « officielle » et incontestée de Mahomet pour les musulmans.

Tariq Ramadan a déjà confirmé ce statut primordial puisqu’il commence sa propre biographie de Mahomet (éditions Archipoche) par ces deux premières phrases de l’introduction : « On ne compte plus les biographies du Prophète de l’islam. Des sources classiques, comme celle d’Ibn Ishâq ou Ibn Hîcham,… ». [NB : la biographie d’Ibn Hîcham est une recension de la toute première biographie d’Ibn Ishâq : il ne s’agit donc pas de deux biographies différentes mais du même document]

Il est vrai que beaucoup de biographies de Mahomet ont été écrites, souvent à caractère hagiographique (comme celle de Tariq Ramadan qui passe sous silence plusieurs épisodes « délicats » et à l’inverse invente beaucoup d’éléments invérifiables, notamment sur les intentions cachées des uns ou des autres), alors que la Sîra d’Ibn Hîcham possède une authenticité incomparable, presque « factuelle ».

S’il est difficile de présenter la question de l’islam à de jeunes élèves de 5ème, comme toute question religieuse, la lecture de ce manuel est intéressante à plusieurs titres :

  • Le remplacement du nom de Mahomet par Mohammed

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Mahomet est le nom utilisé depuis des siècles en France pour désigner le fondateur de l’islam. Il n’y a rien là de dégradant ni de stigmatisant. La France a « francisé » (et à une certaine époque latinisé) depuis longtemps des noms propres (noms, prénoms, villes, régions) pour des raisons variées. Les exemples sont nombreux. Évidemment, la francisation a également concerné les noms arabes dont il fallait bien trouver un équivalent en alphabet latin et dont la prononciation soit facile en France.

Le remplacement, et non l’adjonction du nom de Mohammed (ou Muhammad dans d’autres ouvrages), n’est pas anodine : en effet, pourquoi les musulmans s’offusqueraient-ils de l’utilisation du nom de « Mahomet » alors que les juifs ne se plaignent pas de l’utilisation du nom « Moïse » en lieu et place du prénom juif « Moché » ? Les Arabes respectent-ils par ailleurs de leur côté parfaitement la phonétique des noms ou prénoms étrangers ? Moché est désigné par « Moussa » en arabe et Jésus (tiré du « Iesous » grec) est rendu par « Issa » en arabe. À ce compte-là, il faudrait également modifier les noms de La Mecque et Médine…D’ailleurs cette question n’est pas musulmane mais liée à la langue arabe (n’oublions pas que tous les arabes ne sont pas musulmans). Mais l’islam de France instrumentalise cette question linguistique pour en faire une question identitaire musulmane, ce qu’elle n’est pas.

Ce refus d’employer ou de mentionner le nom habituel de « Mahomet » semble s’inscrire en réalité dans l’affirmation de l’identité arabo-musulmane au sein des programmes scolaires de la République et en opposition directe avec la tradition culturelle française. C’est une affirmation identitaire à laquelle les éditions Belin ont décidé de se soumettre.

  • La vie de Mahomet

La vie de Mahomet est évoquée dans l’encart ci-dessus en quelques dates succinctes, ce qui n’a rien de choquant en soi étant donné que l’on s’adresse à de jeunes élèves. La question que pose en réalité cet enseignement est de savoir si, ultérieurement, les programmes de l’Éducation Nationale contiendront des informations beaucoup plus circonstanciées sur les dits et les actes du prophète de l’islam, tirés des textes musulmans eux-mêmes – textes incontestés en islam – et non issus d’un Occident ennemi, car sinon cette courte présentation pourrait laisser penser qu’une similitude est possible avec le Christ ou Bouddha par exemple, ce qui constituerait un rapprochement totalement erroné.

En effet, comment l’Éducation Nationale compte-t-elle enseigner le fait religieux sans revenir en détail sur la vie de Mahomet dans la mesure où celui-ci sert de modèle à tous les musulmans ? Cela devrait être impossible. Il y a pourtant fort à parier que ce ne sera pas le cas et que les événements pouvant mettre en cause la respectabilité ou la démarche spirituelle du prophète de l’islam seront tus dans les manuels scolaires occidentaux : antisémitisme (et antichristianisme) viscéral, caractère manifestement guerrier et offensif de l’islam avec le jihad, manque de considération de Mahomet pour les femmes, sexualité du prophète (9 femmes en même temps, défloration de la petite Aïcha à 9 ans , ce qui est loin d’être une anecdote sans importance puisque ce fait bien connu dans les pays musulmans autorise de facto le mariage forcé de très jeunes filles à des adultes), etc. ?

Car comment simplement évoquer ces données fournies par les textes musulmans eux-mêmes sans passer pour un abominable islamophobe ? La sauvagerie de Mahomet est loin d’avoir été la pire parmi tous les grands conquérants ou hommes de pouvoir que compte l’histoire du monde, mais il est sûr qu’elle n’a rien à voir avec une démarche spirituelle détachée du souci de la puissance temporelle.

En revanche, on peut noter que les éditions Belin font état des « critiques » dont Mahomet est l’objet, ce qui est juste puisque Les Mecquois pensaient qu’il était fou et possédé (« majnûn ») par les djinns et qu’ils se moquaient de sa prétention à devenir leur chef. Il n’est donc pas fait mention ici, à juste titre, de la traditionnelle victimisation brandie habituellement sur la base d’horribles « persécutions » à La Mecque qui n’ont en réalité pas eu lieu.

  • L’attitude du calife Omar

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Cet encart est celui qui paraît le plus délicat au sein des quelques pages de ce manuel car on peut faire de ce texte musulman deux lectures très différentes :

–  Une lecture superficielle, sans s’arrêter sur la dernière phrase : les musulmans sont décrits sous un jour pacifique et respectueux des autres religions ;

–  Une lecture plus approfondie décortiquant le sens véritable de la dernière phrase relative au paiement de l’impôt, qui renvoie directement en islam au statut de « dhimmi » et donc à toute la conception inégalitaire des communautés humaines en islam, l’islam étant par définition « la meilleure communauté » parmi les hommes :

Coran, sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. (…)

Car de quoi s’agit-il ? Il n’y a aucune magnanimité dans le comportement d’Omar. Si le calife Omar a épargné la vie des chrétiens – après un siège de 6 mois destiné à affamer les habitants –, c’est parce que c’était la condition posée pour la reddition sans combat de Jérusalem. Omar n’a fait que mettre en pratique une des possibilités offertes par l’islam pour traiter les gens du Livre (ici les chrétiens), qui figure de façon explicite dans le Coran, c’est-à-dire la vie sauve contre la soumission à l’islam et l’humiliation, ainsi que le paiement d’un impôt spécifique (pour les autres non-musulmans, c’est la conversion ou la mort) :

Coran, sourate 9, verset 29. Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit, ceux qui ne professent pas la religion de la vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation [la jizya] de leurs propres mains après s’être humiliés.

La contrepartie de la vie sauve est le statut d’homme inférieur, de « dhimmi », non-musulman (juif ou chrétien) soumis à l’autorité musulmane, qui n’est pas l’égal en droit du musulman mais doit au contraire être humilié dans sa vie quotidienne par les règles (habillement, justice, construction d’édifices religieux, interdiction d’épouser une musulmane,…) que lui impose l’islam – pour que lui soit rappelé constamment son statut d’inférieur –, et qui doit payer un impôt particulier (la jizya) à la société musulmane. On pourrait rentrer dans une longue analyse de l’intérêt financier qu’a présenté dans l’histoire le statut de dhimmi pour la communauté musulmane et l’intérêt pour les musulmans de ne pas voir trop de conversions au sein des dhimmis afin de maintenir des sources de financement, mais ce serait trop long dans le cadre de cet article.

L’ambiguïté du texte – l’impôt n’étant pas spécifié comme imposé spécifiquement aux dhimmis, on pourrait facilement imaginer que les musulmans le paient aussi – peut conduire à un grave contre-sens sur la signification de cet événement et le rapport de la communauté musulmane aux autres communautés. Le risque est grand, surtout dans la dictature du politiquement correct imposé par la bien-pensance d’aujourd’hui, d’éviter les sujets qui fâchent pour en rester à une vision angélique de la nature de l’islam.

Dans le contexte du terrorisme musulman que l’Occident connaît depuis des années et qui nécessite un contre-discours que l’islam de France se révèle incapable de produire (puisque ce terrorisme se fonde sur les textes sacrés de l’islam même avec une clarté difficile à contester), il est regrettable que le passage choisi ne conduise pas à une interrogation plus explicite et plus franche sur le sens du « vivre-ensemble » que l’on semble vouloir imposer coûte que coûte aujourd’hui. Jusqu’à preuve du contraire, l’islam propose un modèle de société religieuse radicalement différent et incompatible sur de nombreux points avec les valeurs occidentales : il suffit juste de déterminer, en connaissance de cause, quel modèle on veut.

CONCLUSION

L’enseignement du « fait religieux », comme on dit de nos jours, à l’école ou à l’université est un exercice difficile qui demande la plus grande rigueur et la plus grande honnêteté intellectuelle.

Sans ruiner l’effort pédagogique des éditions Belin, il est clair néanmoins que l’établissement de la vérité nécessitera dans le cours des études et à des âges plus avancés des rectifications sérieuses, fondées, il faut le rappeler, sur ce que les textes sacrés musulmans eux-mêmes disent de Mahomet, de sa vie, de l’islam.

Pour Éric Zemmour, Islam = Islamisme

Il est rare de pouvoir aborder de façon publique sur un grand media français la question cruciale du rapport de l’islamisme à l’islam, cœur des réflexions développées sur ce site.

Voici donc l’interview récente du 7 septembre 2016 d’Éric Zemmour qui aborde clairement cette question que tout un chacun doit se poser, quelque opinion qu’on ait sur les prises de position d’Éric Zemmour.

S’agissant de la question sémantique, je me permettrai seulement de rappeler que le terme « islamisme » a été effectivement d’un emploi courant en France pendant de nombreuses années pour désigner tout simplement la religion musulmane. Ainsi, dans le manuel d’histoire bien connu d’Albert Malet, classe de cinquième, publié en 1916, figure un chapitre 6 intitulé « Les Arabes, Mahomet, l’islamisme, le monde musulman » qui commence par cette phrase : « Au commencement du septième siècle, dans cette Asie qui mériterait le nom de mère des religions, puisque toutes les grandes doctrines religieuses en sont sorties, est née une religion nouvelle, l’Islamisme. On l’appelle aussi du nom de son fondateur Mahomet, le Mahométisme, ou bien encore la religion musulmane. L’Islamisme a conquis une grande partie de l’Afrique et de l’Asie ; il a pénétré jusqu’en Europe. Il a été la cause première des plus grandes et des plus longues guerres du Moyen Âge : les Croisades. »

 

Islam & Chrétiens d’Occident : une perception tragique ?

Quiconque a déjà tenté d’aborder avec un auditoire occidental la réalité du contenu des textes de l’islam de Mahomet a certainement constaté, comme cela m’arrive de façon quasi permanente, la rebuffade des esprits dès lors qu’ils se sentent emmenés sur un terrain qui leur échappe, puisqu’ils ont quand même conscience d’être au fond ignorants des choses dont ils dissertent souvent avec beaucoup d’autorité, n’ayant lu ni le Coran, ni les hadiths et ni la biographie de Mahomet (un peu comme ce monsieur Edwy Plenel, salafiste sans le savoir, donneur de leçon à toute heure).

Rapidement pris, comme des collégiens honteux, la main dans le sac de leur ignorance par la seule citation d’un verset, d’un hadith ou d’un épisode peu reluisant de la vie de Mahomet – évidemment en totale opposition avec le discours bien pensant ambiant et dont la clarté n’offre aucune prise à une « interprétation » partisane et déviante quelconque –, ceux-ci ouvrent les écuries d’Augias de la malhonnêteté intellectuelle pour faire déferler le torrent où se déchaînent pêle-mêle comme arguments péremptoires les massacres relatés dans l’Ancien Testament, les croisades, l’inquisition ou encore les guerres de religion, comme si : 1) ces sujets étaient encore d’actualité (de mémoire d’éléphant, on a du mal à se souvenir de quand date le dernier massacre commis par les juifs au nom de la Torah…) ; 2) le fond du judaïsme et du christianisme était foncièrement violent ; 3) une repentance n’avait pas été clairement exprimée par certains ; 4) cela avait un rapport quelconque avec l’islam et dédouanait l’islam d’une quelconque façon de sa propre violence.

Il est bien connu qu’à cours d’arguments, et pour ne pas perdre la face, on peut dire n’importe quoi pour faire diversion. À ce petit jeu, les chrétiens d’Occident se défendent souvent bien car leur logiciel de culpabilité intériorisée les empêche d’admettre qu’il puisse y avoir de vrais méchants. Et puis c’est parfois si bon d’avoir quelque chose à se reprocher quand on est chrétien et qu’on doute de son identité ! Sauf que croisades et inquisition n’ont aucun rapport avec la doctrine du Christ et en constituent des déviances politiques (avec la complexité de la défense contre l’islam dans le cas des croisades) totalement opposées. Or c’est tout l’inverse pour l’islam qui a instauré le jihad et l’humiliation des non-musulmans (juifs et chrétiens) comme norme.

Le plus terrible est encore que la leçon tirée du sort des chrétiens d’Orient ne semble être d’aucune utilité ou portée, ni même les alertes qu’ils nous adressent. On se rassemble au Cirque d’Hiver dans un grand élan affectif et le soufflé retombe. À ce propos, et au-delà des travaux sérieux que je mets à disposition pour partager la connaissance (notamment le « Livret musulman de premier secours » livret-musulman-27-juillet-2016), je soumets au lecteur de ce site une petite vidéo qui me semble d’une grande profondeur, digne de la tragédie, en dépit de son caractère humoristique :

Islam et Chretiens d'Occident

Islam & Chretiens d’Occident

Islam et citoyenneté occidentale : un malaise évident et insoluble, n’en déplaise à Dalil Boubakeur et Najat Belkacem

Suite à la publication en juin 2014 par le Conseil Français du Culte Musulman (C.F.C.M.) de sa « Convention citoyenne des musulmans de France pour le vivre-ensemble », l’émission France 2 « Islam » diffusée le dimanche matin a consacré en janvier 2015 un volet à la question du rapport de l’islam à la citoyenneté telle qu’elle se caractérise dans les sociétés laïques occidentales.

Cette émission a conduit les intervenants à mettre en évidence une difficulté assez nette en ce qui concerne la compatibilité de l’islam avec la notion de citoyenneté dans un cadre laïc. Ce n’est pas à vrai dire une surprise mais il est rare que des personnalités musulmanes abordent cette question de façon aussi franche – mais avec un malaise perceptible – dans une émission diffusée sur les chaînes nationales alors que ces points de vue sont généralement censurés (ou autocensurés) sous la pression du gouvernement, seuls quelques rares médias indépendants (Radio Courtoisie, TV Libertés par exemple), conservant une vrai liberté de parole.

J’ai proposé dans un précédent article (Convention citoyenne) une analyse de cette convention qui se révèle être un texte assez confus et muet, voire mensonger, sur certaines problématiques fondamentales. Revenons ici sur deux en particulier, la liberté de conscience (et le droit à l’apostasie) ainsi que l’égalité homme-femme, qui sont deux points sur lesquels revient dans l’émission Omero Marongiu-Perria avec courage.

Mais avant d’aborder ces deux questions, écoutons l’intervention d’un éminent responsable du C.F.C.M., Dalil Boubakeur, diffusée dans cette même émission pour présenter son texte.

  • L’objet de la charte selon Dalil Boubakeur

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyenneté 2 Extrait 3

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyennete 2 Extrait 3

Dalil Boubakeur tente d’affirmer avec un aplomb d’autant plus nécessaire que les faits lui donnent tort que l’islam est « une religion parfaitement compatible (…) avec la société française ». On attendait dans la Convention une démonstration soutenue par les textes musulmans authentiques de cette assertion : elle ne s’y trouve pas, pour la bonne raison qu’elle est impossible, le Coran et les hadiths disant même le contraire sur de nombreux points.

« Des problèmes que nous avons abordés comme l’islamophobie (…) » : pour Dalil Boubakeur, le premier problème de l’islam serait l’islamophobie… Rien sur le terrorisme musulman, les revendications communautaristes, la remise en cause constante de la laïcité (voile, prières en entreprise et adaptation au ramadan), etc.

Face à un tel déni de réalité, pratique courante du C.F.C.M. (pour l’avoir pratiqué), il est logique que les non-musulmans expriment de plus en plus de doute sur la sincérité de l’islam. Dalil Boubakeur évoque d’ailleurs lui-même ce point : « Nous voulons véritablement lever les doutes sur la sincérité des musulmans de France (…). » Eh bien, avec une Convention d’une facture aussi mauvaise, on ne voit pas comment l’islam de France pourrait y parvenir.

Terminons enfin avec cette remarque : « C’est mal connu ce qui est dans l’esprit d’un musulman. » Il est vrai que l’islam est extrêmement mal connu, y compris d’ailleurs par nombre de musulmans eux-mêmes. Contrairement à certains autres textes religieux, notamment la Bible et ou certains textes bouddhistes, les textes religieux musulmans sont pénibles à lire, et au premier chef le Coran : pas de structure thématique ou chronologique, multitude effarante de répétitions, contradictions sur des points absolument essentiels, mélange de textes doctrinaux et de récits, reprise (en moins clair et sans valeur ajoutée) de textes bibliques, etc.

Vous remarquerez aisément que le statut de texte « extraordinaire » en terme de spiritualité revendiqué pour le Coran n’est généralement justifié par les représentants musulmans que par des incantations et non des analyses – la répétition des incantations étant censée avoir force de preuve –, comme cela a été le cas lors de la conférence organisée à l’Institut du Monde Arabe par Abennour Bidar en mai 2016, à laquelle j’ai déjà consacré un article (L’impasse coranique). Un conseil : lisez vous-même le Coran !

Les textes sacrés musulmans étant pénibles à lire, les occidentaux non-musulmans ne font donc pas l’effort de les lire et s’en tiennent par facilité aux propos convenus et farcis d’omissions des « islamologues » auto-proclamés. Or, rien ne remplace la lecture des textes originaux, pour laquelle j’ai déjà proposé de l’aide (Et si nous lisions ?) : ce « Livret musulman de premier secours » (livret-musulman-27-juillet-2016) n’a pas la prétention d’être infaillible mais a au moins pour qualité d’être 100% vérifiable et de constituer une base d’information et de discussion sérieuse.

Pour résumer : les propos de Dalil Boubakeur sont empreints de confusion et de malhonnêteté intellectuelle par l’oubli volontaire des questions essentielles. Au regard des attaques mortelles et des tragédies répétées que subissent les occidentaux au nom de la religion musulmane elle-même, ses propos frisent l’obscénité et illustrent bien en quoi peut consister la taqiya.

Interrogé sur cette interview, un des deux intervenants de l’émission a d’ailleurs du mal à dissimuler son malaise face à cet exercice politique profondément hypocrite : « théologie et politique, c’est difficile »

Omero Marongiu-Perria oppose en revanche un vrai courage et une vraie honnêteté face à la taqiya de Dalil Boubakeur. Revenons donc maintenant sur deux questions essentielles qu’il aborde.

  • La liberté de conscience et le droit à l’apostasie (droits refusés aux musulmans par le C.F.CM., faut-il le rappeler)

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyenneté 2 Extrait 1

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyennete 2 Extrait 1

Omero Marongiu-Perria met en évidence, de façon policée mais claire et ferme, les manques et les ambiguïtés énormes de cette convention. Difficile de mieux dire :

–  Il faut « Expliquer dans un langage clair» ;

–  « Du côté des responsables religieux musulmans, il faut cesser de tergiverser sur les questions relatives à la liberté de conscience pour affirmer de façon claire que tout citoyen a le droit à la liberté de conscience, qui implique le droit à avoir ou à ne pas voir de religion mais également le droit de changer de religion. C’est une critique que l’on fait sans cesse aux instances religieuses musulmanes qui auraient une espèce de double discours et il faut que les musulmans aient un discours clair ; et sur cet aspect-là il y avait une petite ambiguïté [propos très policés : la question du droit à l’apostasie est en réalité clairement omise dans la convention, le C.F.C.M. ne reconnaissant pas ce droit aux musulmans et ayant donc refusé de le mentionner] que j’ai pu relever dans la manière de rédiger et il ne faut pas laisser de place à l’ambiguïté. »

–  Omero Marongiu-Perria revient plus tard dans l’émission encore sur cette question de l’apostasie car ce point essentiel constitue la clef de voûte de l’intolérance religieuse et de l’absolue incompatibilité de l’islam avec les sociétés occidentales : « Peut-être que les musulmans devraient faire un travail supplémentaire lorsqu’ils s’expriment dans les médias nationaux pour avoir des propos à la fois simples et percutants. Si je dis devant un média que je revendique la liberté de croire, ce n’est pas la même chose que de dire face à un média « je revendique moi, en tant que musulman, la liberté de croire car j’estime que tout individu peut croire, ne pas croire, et changer de religion ». C’est là où le discours doit être clairement affirmé pour qu’il n’y ait aucune porte laissée à une ambiguïté quelconque. »

J’ai déjà abordé cette question dans un précedent article (apostasie). La liberté de conscience n’existe pas en islam et le C.F.C.M. lui-même se refuse encore aujourd’hui à considérer comme un droit normal le droit pour un musulman d’abandonner l’islam. Le C.F.C.M. a jonglé dans son texte avec l’idée vague de « liberté de croyance » (article 1) pour éviter soigneusement la question de l’apostasie.

  • L’inégalité homme-femme en islam : un constat évident

Omero Marongiu-Perria aborde un autre point absolument insoluble en islam : l’inégalité homme-femme.

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyenneté 2 Extrait 2

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyennete 2 Extrait 2

« Il est nécessaire de ne pas fuir certaines questions. Certes, certains musulmans se sentent agressés dès lors qu’on leur demande de se justifier sur un certain nombre de faits d’actualité nationaux ou internationaux (…). Ce qui m’a dérangé un peu c’est la manière d’argumenter à partir du texte coranique ou des sources scripturaires musulmanes. (…) Quand on parle de l’égalité homme-femme, l’égalité en droit des hommes et des femmes, le justifier par le Coran est toujours problématique puisque le Coran a sa propre histoire (…). Vous voulez dire qu’il y avait là une exégèse au secours de cette convention ? Exactement. »

Omero Marongiu-Perria a raison d’être « dérangé » par la démarche intellectuelle du C.F.C.M. puisque la femme n’est pas l’égale de l’homme en islam comme le précise clairement le Coran :

Sourate 2, verset 228. (…) Quant à vos femmes, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prééminence sur elles. Allah est puissant et sage.

Sourate 4, verset 34. Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et à cause des dépenses qu’ils font pour elles sur leurs biens. (…)

Ce qui donne d’ailleurs le droit à l’homme de battre sa femme :

Sourate 4, verset 34. (…). Quant à celles [de vos femmes] dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous de leur lit et frappez-les. Si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez plus querelle. Allah est auguste et grand !

Sîra (dernier sermon de Mahomet lors du pèlerinage d’adieu) : Musulmans, vos épouses ne doivent point commettre d’action gravement honteuse. Si elles le font, Dieu vous donne l’autorisation de les mettre en quarantaine et de les battre, sans trop d’excès. Si elles renoncent à leurs mauvaises actions, elles auront le droit à la nourriture et au vêtement selon l’usage.

Mais le plus étonnant dans cette émission est que le présentateur lui-même met également en évidence le manque de probité de Dalil Boubakeur en évoquant « une exégèse au secours de cette convention » destinée à justifier une position contraire à l’avis de la majorité écrasante des religieux musulmans !

En réalité, l’inégalité homme-femme résulte d’une infériorité de la femme confirmée par de nombreux hadiths authentiques (c’est-à-dire incontestés chez les musulmans) dans le cadre d’une misogynie prophétique avérée et qui a des conséquences désastreuses sur le statut et la condition de la femme dans les pays musulmans :

Hadith (Bukhari, Muslim) : On rapporte les paroles suivantes d’Abu Hurayra : « L’Envoyé de Dieu a dit : « Soyez bienveillants à l’égard des femmes, car la femme a été créée d’une côte. Or ce qui est le plus recourbé dans la côte, c’est sa partie supérieure. Si vous essayez de la redresser, vous la brisez, et si vous la laissez en paix, elle restera toujours recourbée. »

Hadith (Bukhari) : D’après Abu Said al-Khudri, le Prophète a dit : « Le témoignage d’une femme n’est-il pas la moitié du témoignage d’un homme ? – Certes oui, répondîmes-nous. – Cela, reprit-il, tient à l’imperfection de son intelligence. »

Hadith (Bukhari) : Abdallah Ibn Umar a dit : « J’ai entendu le Prophète dire : « Ce n’est que dans trois choses que des influences funestes [la malchance] peuvent se faire sentir : la femme, le cheval et la maison. » »

Hadith (Bukhari) : Selon Usama Ibn Zayd, le Prophète a dit : « Je ne laisse après moi aucune cause de trouble plus funeste à l’homme que les femmes. »

Hadith (Bukhari) : D’après Imran Ibn Husayn, le Prophète a dit : « J’ai pu considérer le Paradis et voir que la majeure partie de ses habitants, ce sont les pauvres ; j’ai pu considérer l’Enfer et voir que la majeure partie de ses habitants, ce sont des femmes. »

Hadith (Bukhari) : D’après Ibn Abbas, le Prophète a dit un jour : « Le feu (de l’Enfer) m’est apparu en songe et j’ai constaté qu’il était surtout peuplé de femmes qui s’étaient montrées ingrates. – Est-ce envers Dieu qu’elles avaient été ingrates ? lui demanda-t-on. – C’est envers leurs maris qu’elles avaient fait preuve d’ingratitude, répondit-il ; elles avaient méconnu les bienfaits qu’elles en avaient reçu. Quand toute votre vie vous auriez comblé une femme de vos bontés et qu’à un moment elle trouve la moindre des choses à reprendre en vous elle vous dira : « Jamais tu ne m’as fait aucun bien » ».

Hadith (Bukhari) : Abu Bakra a dit : « Le jour de la bataille du Chameau, Dieu m’a fait profiter de la parole suivante : Lorsque le Prophète apprit que les Persans avaient mis sur le trône la fille de Cosroës, il s’écria : « Jamais un peuple ne sera prospère s’il confie l’autorité à une femme. » »

Hadith (Muslim) : D’après Abd-Allah ibn Umar, l’Envoyé d’Allah a dit : « Ô femmes ! Faites l’aumône et sollicitez plus fréquemment le pardon d’Allah, car je vous ai vu former la majorité des réprouvés de l’Enfer ». Une femme – parmi celles ayant l’esprit judicieux – s’exclama : « Et pourquoi cela, ô Envoyé d’Allah ? » – « C’est, répondit-il, que vous multipliez vos malédictions et vous êtes ingrates envers vos époux. Je n’ai vu parmi les êtres faibles en intelligence et en religion personne qui, mieux que l’une de vous, fasse perdre l’esprit à un homme sensé ». – « En quoi, reprit-elle, ô Envoyé d’Allah, consiste le défaut de notre intelligence et de notre religion ? ». – « Le témoignage de deux femmes équivaut à celui d’un homme… Voilà pour le défaut de l’intelligence, répliqua le Prophète, et quand elles ont leurs menstrues, les femmes ne cessent-elles pas de prier et de jeûner des nuits durant ?… Eh bien ! Voilà pour celui de la religion ».

On voit que la simple lecture des textes musulmans édifie sur le statut de la femme en islam : point n’est besoin d’une interprétation complexe de ces éléments simples. Cela n’empêche pourtant pas Najat Belkacem, musulmane convaincue, interviewée le jeudi 25 août 2016 dans la matinale de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, de mentir effrontément et de donner aux Français une belle leçon de taqiya en niant la problématique spécifique du statut de la femme en islam et en tentant de noyer cette question avec d’autres qui n’ont absolument rien à voir (violences conjugales, inégalités salariales).

Elkabbach Belkacem 160825

Elkabbach Belkacem 160825

CONCLUSION

Tous ces principes fermement et clairement établis par l’islam sont bien connus dans le monde musulman mais sont malheureusement inconnus des occidentaux qui ne se donnent pas la peine de lire les textes musulmans sacrés : dilettantisme coupable et mortifère !

La Convention du C.F.C.M. n’est qu’une farce qui va jusqu’à mettre mal à l’aise tout intellectuel musulman un tant soit peu objectif et honnête au regard de l’orthodoxie de sa religion : le modèle musulman est incompatible avec les valeurs occidentales. L’expérience vécue dans les pays musulmans le démontrent tous les jours. L’islam est un autre choix de civilisation, de valeurs et de mode de vie. Il faut juste savoir ce qu’on veut.

Le C.F.C.M. est une institution qui outrepasse par ailleurs ses droits car sa vocation – comme elle le reconnaît elle-même et comme ceci est exprimé dans son objet social – n’est que de gérer des lieux de culte : elle n’a aucune compétence particulière et aucune légitimité en matière doctrinale. Ses dirigeants, avides de pouvoir et de reconnaissance par une communauté musulmane qui ne les reconnaît d’ailleurs pas, participent à un jeu malsain mis en place par l’État français et dont la principale victime est finalement le peuple français, abreuvé de mensonges sur la nature de l’islam de Mahomet et culpabilisé par l’utopie du vivre-ensemble.

L’islam ne serait possible en Occident que s’il acceptait de se réinventer en tournant définitivement et complètement la page de Mahomet, guerrier illuminé, misogyne, massacreur de juifs, qui vendait femmes et enfants captifs sur les marchés, comme le rapportent clairement les textes sacrés musulmans : qui va oser réinventer cet islam sans faire tomber Mahomet de son piédestal ? « L’islam n’est pas réformable » constatait il y a peu le philosophe musulman libanais Ali Harb (voir l’article réforme). La solution passe par l’éducation des musulmans, méthode efficace pour conduire à l’apostasie tout être normalement constitué.

Quelle signification au burkini, pratique absurde ?

Le port de vêtements amples cachant leur corps de la femme n’est pas un signe de pudeur de la femme en islam mais une façon pour elle de ne pas exciter l’instinct sexuel de mâles ravalés au rang d’animaux supposés incapables de maîtriser leur libido ; c’est aussi la raison pour laquelle ce type de tenue n’est pas imposé aux hommes (les femmes étant supposées avoir une libido moins incontrôlable). Le voile, signe de reconnaissance de la musulmane, permet ainsi d’« éviter d’être offensée ».

Sourate 24, verset 31. Dis aux croyantes de baisser leur regard, d’être chastes, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, ou à leurs fils, ou aux fils de leur mari, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. (…)

Sourate 33, verset 59. Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs voiles : c’est pour elles le meilleur moyen d’être reconnues et d’éviter d’être offensées. Allah pardonne et est miséricordieux.

L’utilisation du burkini pour la baignade moule le corps des femmes rendant cette tenue indécente au regard des critères islamiques rappelés par Yusuf Qaradawi (dans Le licite et l’illicite en islam) : « L’islam a interdit à la femme le port de tout vêtement moulant le corps ou laissant transparaître ce qu’il couvre. C’est par exemple ce qui définit les diverses parties du corps et particulièrement celles qui tentes les hommes tels que la poitrine, la taille, les fesses et autres. »

L’utilisation du burkini n’a en réalité pour objet que l’exacerbation du communautarisme musulman dans une opposition virulente à tout ce qui représente l’Occident, avec un objectif politique de prétendue stigmatisation des musulmans destiné à être instrumentalisé pour continuer à saper la légitimité de l’idée de laïcité, incompatible par nature avec l’islam.

Pourquoi le C.F.C.M. est une voie sans issue pour faire évoluer l’islam de France

On sait que les derniers gouvernements français ont « investi » fortement depuis une quinzaine d’années sur le Conseil Français du Culte Musulman pour essayer de faire de cette organisation un partenaire susceptible d’aider à traiter la question de la non-assimilation de fait en France de la population d’origine maghrébine se manifestant notamment par un rejet violent des valeurs occidentales. Chacun peut constater, d’une part, que cela n’a donné aucun résultat et que le C.F.C.M. se révèle incapable de produire un argumentaire doctrinal opposable à celui des salafistes – et notamment à celui, très fourni, de l’État Islamique – ; d’autre part, que le gouvernement français persiste dans son erreur. Pourquoi ?

On peut penser à quelques raisons très simples :

  • Le C.F.C.M. exclut lui-même de son objet social l’encadrement et l’interprétation de la doctrine de l’islam

Vouloir faire intervenir le C.F.C.M. dans les questions de doctrine, pour notamment former un rempart contre la propagande de l’État Islamique, ne fait pas partie de l’objet social du C.F.C.M., comme l’a rappelé de façon très claire son vice-président Chems-Eddine Hafiz en mars 2015 :

CFCM 150303

CFCM 150303 Objet social

L’objet du C.F.C.M., comme le précise d’ailleurs son intitulé, est la gestion des lieux de culte, et rien d’autre.

  • Quand bien même le C.F.C.M. le voudrait, celui-ci n’aurait aucune légitimité à intervenir dans les questions doctrinales au sein de l’islam sunnite

Il n’existe pas dans l’islam sunnite (qui correspond à celui pratiqué par la population d’origine maghrébine présente sur le territoire français) d’autorité fixant le cadre doctrinal de l’islam. Bien entendu, certaines questions conduisent à un large consensus au sein du monde musulman mais aucune autorité n’a le pouvoir d’imposer quoi que ce soit en ce domaine, même la prestigieuse université d’Al-Azhar. N’importe quel imam français peut donc proposer sa lecture des textes sacrés musulmans et le C.F.C.M. n’y peut rien.

  • Le gouvernement français continue à instrumentaliser le C.F.C.M. pour tenter d’empêcher que la question culturelle liée à l’immigration maghrébine ne lui explose à la figure

En l’absence d’autre interlocuteur, le gouvernement français n’a d’autre solution, pour tenter de gérer – avec l’inefficacité qu’on voit – les conséquences culturelles inexorables d’une immigration musulmane incontrôlée, que d’exciper une organisation censée représentée les musulmans de France (ce que le C.F.C.M. n’est pas, beaucoup de musulmans ne le reconnaissant pas) pour lui faire dire ce dont il a besoin dans le cadre d’un donnant-donnant qui soumet l’État français à des revendications musulmanes de plus en plus pressantes. Dépassé par la situation, l’État français espère un miracle : que la situation s’améliore d’elle-même avec le temps…

En effet, les politiques français, qui refusent d’admettre leur légèreté et leur responsabilité dans la gestion désastreuse depuis 40 ans de l’immigration musulmane maghrébine (l’immigration d’Europe posant des questions d’une ampleur sans commune mesure avec celle du Maghreb), ont choisi de fuir la question culturelle et de civilisation fondamentale que cette évolution soulève pour tenter de rassurer les Français par des messages unidirectionnels à visée volontaire apaisante et une censure systématique dans les grands médias des voix critiques et donc discordantes à l’égard de l’islam (à l’exception de 4 ou 5 personnalités ayant déjà pignon sur rue et qu’il reste difficile de bâillonner complètement).

  • Conclusion : la situation ne peut que se détériorer aux dépens de ce qui constitue l’identité française

La gestion incohérente de cette situation par les différentes tendances au pouvoir en France va conduire à une dégradation inexorable de la situation se traduisant par une remise en cause de plus en plus claire et massive – notamment pour des raisons démographiques – de ce qui constitue l’âme de l’identité française.

Le gouvernement français ayant décidé d’abandonner les Français à leur triste sort – ceux-ci semblant d’ailleurs incapables de prendre en main la défense de leurs valeurs –, tout ceci nous mène droit à une libanisation dont le signe précurseur évident est l’explosion des revendications communautaires et leur extension à des domaines de la société de plus en plus larges : foulard islamique et burqa (non sanctionnée par la police malgré la loi), prière en entreprise et aménagement des temps de travail (cf. ramadan), jours fériés musulmans, financement des mosquées, repas halal dans les cantines (et généralisation de fait de la vente de viande halal à tous les consommateurs pour des raisons industrielles dans les supermarchés ou grandes chaînes de restauration), pression sur la vente de certains produits (charcuterie, alcool, etc.) dans certains quartiers, conditions d’exercice du sport à l’école, remise en cause de la mixité dans de nombreuses situations, constitution d’un parti politique musulman, pressions de plus en plus fortes pour empêcher la critique de la religion musulmane, enkystement religieux dans certaines communes de France qui deviennent des zones de non-droit, reconnaissance en France de mariages en terre musulmane avec des très jeunes femmes, etc.

L’islam de Michel Onfray et d’Alain Juppé : même combat ?

Tout le monde a en mémoire la façon dont Michel Onfray a rappelé à l’ordre et à ses responsabilités Alain Juppé sur le plateau de Canal Plus en mars 2015 à propos du Coran, Alain Juppé, ancien premier ministre, « confessant » qu’il n’avait pas lu le Coran tout en ayant bien entendu un avis éclairé sur la question musulmane. Pire même, Alain Juppé (ancien élève des plus grandes écoles françaises) déclarait lors d’une interview donnée au Parisien en août 2015 que la lecture du Coran lui paraissait « difficile » et qu’« une vague connaissance du Coran était suffisante ».

À l’opposé, il est incontestable que Michel Onfray s’est penché sérieusement sur la lecture textes sacrés musulmans. Toutefois, et pour une raison inexplicable, celui-ci semble finir par rejoindre très curieusement la conclusion d’Alain Juppé sur la compatibilité « espérée » de l’islam avec les valeurs de la France.

Je vous propose d’expliquer cette incongruité à la double occasion de la publication récente du livre de Michel Onfray « Penser l’islam » et de l’interview d’Alain Juppé dans « Vie politique » sur TF1 le dimanche 12 juin 2016.

  • Alain Juppé et l’islam : une analyse absurde fondée sur l’ignorance

Alain Juppé a évoqué dimanche sur TF1 « deux attitudes possibles » sur l’islam : « Si on considère que l’islam est par construction incompatible, insoluble dans la République, c’est la guerre civile » ou « il peut y avoir aujourd’hui, il doit y avoir, une lecture du Coran et une pratique de la religion qui soient compatibles avec les lois de la République et avec tous nos principes y compris l’égalité entre les hommes et les femmes. » : propos absolument stupéfiant !

En effet, on voit par cette alternative qu’à aucun moment Alain Juppé ne se soucie de la nature profonde de l’islam et du modèle de société qu’il prône, ce qui est compréhensible au demeurant puisque Alain Juppé parle d’un sujet qu’il reconnaît ignorer. Alain Juppé se contente donc de faire de la casuistique théorique qu’il aurait pu appliquer à n’importe quelle religion ou spiritualité, voire idéologie (nazisme, fascisme, stalinisme,…). Chemin faisant, il remet en cause l’intérêt même de la recherche de la vérité, ce qui n’est guère un signe de probité intellectuelle pour un candidat à la plus haute fonction.

Alain Juppé ne sait en réalité que promettre « la guerre civile » aux Français qui s’opposeraient au modèle de société prôné par l’islam : vu sous cet angle, les Français n’auraient donc pas le choix et devraient se plier au diktat d’un modèle de société et de valeurs ardemment défendu par son ami l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou.

Alain Juppé exclut ainsi une troisième possibilité pourtant très simple, mais nécessitant un certain courage, consistant à ouvrir sans tabou avec les musulmans vivant en France, qui ignorent pour la plupart leurs propres textes sacrés (Coran, mais aussi hadiths et biographie de Mahomet), un vrai débat sur la valeur du modèle islamique comparé aux autres modèles et sa contribution au monde moderne (dans tous les domaines : sciences, arts, industrie, services, etc.) ; bref, un débat sur l’utilité du modèle musulman dès lors qu’il prétend être autre chose qu’un modèle spirituel et comportemental privé. Car pourquoi la société française devrait-elle accepter de changer de modèle si c’est pour régresser ?

Le projet socio-religieux d’Alain Juppé pour la France se résume donc, s’il devient chef de l’État, au développement progressif mais inéluctable du communautarisme – qu’il espère sans heurts, étant confit dans un œcuménisme naïf –, alors même que l’évidence saute aux yeux : aucun pays occidental (et a fortiori musulman) n’a jamais démontré la capacité de l’islam à s’intégrer harmonieusement dans un autre système de valeurs, et ceci pour une raison élémentaire : l’islam est viscéralement – voire agressivement – communautariste. Si Alain Juppé avait lu le Coran, il le saurait :

Sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. (…)

Sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

Sourate 22, verset 78. Combattez pour Allah comme il le mérite. C’est Lui qui vous a choisis et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Abraham, lequel vous a déjà nommés autrefois « Musulmans » [« soumis »] et dans ce Livre [le Coran], afin que le messager soit témoin contre vous et que vous soyez vous-mêmes témoins contre les hommes. (…)

Comme le reconnaît avec beaucoup plus de lucidité Malek Chebel dans son Dictionnaire encyclopédique du Coran : « Article « Amitié avec les incrédules » : Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

  • La théorie erronée du « prélèvement » de Michel Onfray

Si Michel Onfray a effectivement lu les textes musulmans, la lecture de ses ouvrages donne une impression de schizophrénie du fait du refus obstiné, et à vrai dire incompréhensible, d’une logique qui paraît pourtant simple et évidente au profit de sa théorie du « prélèvement » développée dans son ouvrage « Penser l’islam », et qui figurait déjà dans son « Traité d’athéologie ».

Contrairement à Alain Juppé, Michel Onfray est parfaitement conscient du caractère agressif et violent de l’islam de Mahomet en dépit des dénégations de nombre d’islamologues occidentaux : « Précisons d’abord que dire qu’il y a dans le Coran des sourates qui invitent à la guerre, au massacre des infidèles, à l’égorgement, puis rappeler Mahomet lui-même fut un chef de guerre qui allait personnellement au combat en y tenant son rôle, ne devrait pas être considéré comme islamophobe. Sauf à refuser que le Coran soit le Coran et que le Prophète ait eu la vie qu’il ait eue ! Un grand nombre de sourates légitiment les actions violentes au nom de l’islam. » Et de citer de nombreuses « sourates [ou versets] (….) qui (…) rendent possible un islam de guerre, d’intolérance et de haine » : « « Exterminez les incrédules jusqu’au dernier » (C8/7), ou sur ces propos extraits de la Sîra : « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le » (C2/58-60), « Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez » (C17/58) ». Ou encore : « l’islam de guerre, d’intolérance et de massacre qui se réclame des antisémites ou destinées à justifier le massacre des infidèles (VIII.7, VIII.12, VIII.17, VIII.39, etc.) ».

Mais Michel Onfray semble contrebalancer cette violence qui se déploie largement dans le Coran par des versets, très peu nombreux, invitant apparemment à la paix. En réalité, ce sont toujours les deux mêmes qui sont cités, y compris par Michel Onfray : « « Pas de contrainte en matière de religion » (sourate 2, verset 256), ou bien encore : « Celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes » (sourate 5, verset 32) ». Il est d’ailleurs intéressant de noter que Michel Onfray cite à nouveau le même verset 256 de la sourate 2 un peu plus loin dans son livre « Penser l’islam » en le présentant cette fois comme l’unique verset de paix du Coran : « L’islam de paix, de tolérance et d’amour qui s’appuie sur la fameuse et unique [mot mis en évidence par l’auteur] sourate [en réalité verset] « Pas de contrainte en matière de religion » ».

Quant à la phrase introductive des sourates invoquant un dieu miséricordieux, Michel Onfray fait lui-même la constatation suivante : « Hormis de rares exceptions, toutes les sourates du Coran s’ouvrent en invoquant la miséricorde divine : « Au nom de Dieu, celui qui fait la miséricorde, le Miséricordieux ». Or la miséricorde, si j’en crois mon dictionnaire Littré, renvoie à la pitié qu’on a : « Sentiment par lequel la misère d’autrui touche notre cœur », dit-il. Comment Dieu peut-il alors tant vouloir, et à longueur de page du livre saint, la mort des infidèles, le châtiment des incroyants, la mutilation des adversaires, la guerre et la vendetta, le trépas des apostats ? Les vertus de la miséricorde sont le pardon, l’indulgence, la douceur, la longanimité, la magnanimité, la bonté, la clémence, la tolérance, la compréhension ! Or on cherche en vain, chez ce Dieu miséricordieux, les moments où on le voit pratiquer ces vertus. »

Michel Onfray se contente donc de constater les multiples contradictions apparentes du Coran pour en tirer la conclusion erronée que, comme l’on trouve ce qu’on veut dans le Coran, le Coran peut être vu comme une source de paix ou de guerre selon ce qu’on vient y chercher, y « prélever » : « D’autres [sourates], moins nombreuses, mais elles existent aussi, invitent à l’amour, à la miséricorde, au refus de la contrainte. On peut se réclamer des unes ou des autres. On obtiendra dès lors deux façons d’être musulman. Deux façons contradictoires même. »

Ainsi, selon lui, tout le monde a raison : « La contradiction est dans le texte : ceux qui professent un islam des lumières ont raison, il se trouve dans le Coran ; mais ceux qui professent un islam belliciste et conquérant ont également raison, car il se trouve aussi dans le Coran. Tout est affaire de prélèvement. Quiconque voudra la paix a priori aura des sourates pour lui donner raison ; mais quiconque voudra la guerre a priori disposera aussi d’autres sourates qui lui donneront raison. (…) Non, je ne dis pas qu’il y a deux Coran mais, relisez-moi, que dans un même Coran, il existe des textes très hétérogènes dont les uns disent certaines choses et d’autres des choses contraires à ce qui a été dit quelques versets avant. Je vous renvoie à mes citations de sourates pacifiques et de sourates belliqueuses, de sourates tolérantes et de sourates intolérantes. Je vous donne les références des sourates et des versets. Que faites-vous de ces contradictions ? Et que faites-vous des sourates intolérantes et belliqueuses ? Prétendez-vous que je les ai inventées ? Qu’elles ont été mal traduites ? Voire, je connais l’argument, il m’a déjà été souvent servi, qu’elles ont été traduites et éditées, voire inventées, par des traducteurs et des éditeurs sionistes ? Je vous le redis, le Coran porte de quoi justifier le meilleur et le pire, lisez-le ou relisez-le attentivement. »

Ou encore « Tout musulman qui se contenterait d’honorer ces versets qui ouvrent le livre, sans aller plus loin que cette phrase qui dit de Dieu qu’il est miséricordieux, ne pourrait jamais toucher un seul cheveu de son prochain. En revanche, tout musulman qui irait chercher dans le texte de quoi justifier colère et vindicte, vengeance et châtiment, revanche et punition, y trouverait aussi de quoi justifier ses faits et gestes. Dès lors, c’est le prélèvement qui fait la différence : celui qui s’appuie sur les versets de paix et de tolérance ne vivra pas (et ne fera pas vivre…) le même islam que celui qui fondera son action sur les versets qui justifient le sang versé. C’est quand l’islam devient politique que le problème se pose : si un pays effectue les prélèvements dans l’islam de paix, il n’aura pas la même histoire que celui qui voudra l’islam de guerre. » Et « C’est tout le problème du prélèvement. Comme il existe dans le Coran une sourate qui dit une chose et une autre qui dit son contraire, on ne peut tenir ensemble, sauf sophistique dans l’esprit d’Averroès, des choses contradictoires ».

Cette conclusion est erronée pour trois raisons :

1) les deux versets mentionnés ci-dessus ne sont pas probants

D’une part, le verset « Nulle contrainte en religion » a été abrogé par l’ouverture de la phase du jihad contre les infidèles, qui n’a jamais été doctrinalement stoppée.

D’autre part, le verset « Celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes » est la simple reprise de la Tradition juive (tuer un homme c’est tuer sa descendance) dans le contexte biblique de l’assassinat d’Abel par Caïn dans la Torah (Genèse 4), premier meurtre de l’histoire du monde. Dans la Torah, Yahvé établit ensuite une protection à l’égard de Caïn afin qu’il ne soit pas puni par le reste de l’humanité (le premier venu) pour cette faute personnelle, ce qui était une façon de rompre le cycle de la violence personnelle déclenché par Caïn et sans doute aussi de dire à l’humanité qu’il ne fallait plus tuer.

Or il faut donner la version complète du verset 32 de la sourate 5 : « C’est pourquoi Nous avons prescrit aux enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque sauve un seul homme, c’est comme s’il avait sauvé tous les hommes. Nos messagers sont venus à eux avec les preuves mais, par la suite, beaucoup d’entre eux se mirent à commettre des excès sur la terre. », c’est-à-dire : « par la suite [c’est-à-dire après la révélation divine], les hommes se sont [re]mis à commettre des excès sur la terre », le verset constate que les hommes n’ont pas respecté le commandement de Yahvé. C’est la raison pour laquelle la patience de Dieu semble avoir atteint ses limites, ce qui se traduit dans les versets suivants au temps de Mahomet :

Sourate 5, versets 33 & 34 : « La rétribution de ceux qui font la guerre contre Allah et son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas ; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment, excepté ceux qui se sont repentis avant de tomber en votre pouvoir. Sachez qu’alors, Allah pardonne et est miséricordieux. »

Quel amour et quelle miséricorde y a-t-il dans ce verset ?

2) Dire du Coran qu’il dit tout et son contraire revient à en anéantir l’intérêt et la valeur

Un texte qui dirait tout et son contraire n’a aucune valeur. Il est donc étonnant que Michel Onfray s’en tienne à l’absurdité de ce constat sans chercher à la dépasser : « Mais au nom de quoi pouvez-vous, vous, simple créature humaine, décider de ce qui, dans un livre dicté par Dieu au Prophète, doit être conservé et doit être rejeté ? Pensez-vous que les hommes peuvent prélever dans un texte dicté par Dieu ce qui les arrange et écartez ce qui les gêne ? Car que ferez-vous de celui qui vous dira que les sourates homophobes le gênent et qu’il faut défendre les droits des homosexuels malgré la sourate qui les condamne ? Et de celui qui vous dira que les sourates antisémites sont à écarter ? De même que les sourates misogynes ? Le Coran n’est pas un supermarché dans lequel on prélève ce qui nous arrange. (…) Je vous rappelle cette sourate : « Voici le livre, il ne renferme aucun doute » (II). »

3) La cohérence du Coran est facilement restaurée par la prise en compte de la nature fondamentalement politique de l’idéologie de Mahomet et du principe de l’abrogation

Michel Onfray n’ignore pas l’existence de versets abrogés et abrogeants mais ne s’y réfère pas dans son dernier ouvrage. Il les dédaigne dans son « Traité d’athéologie » en les qualifiant de « finasserie ». Pourtant, le principe de l’abrogation est clairement exprimé dans le Coran et a toute son importance :

Sourate 2, verset 106. Si Nous abrogeons un verset ou que Nous le faisons oublier, Nous le remplaçons par un autre, meilleur ou semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah peut tout ?

Sourate 13, verset 39. Allah efface ou confirme ce qu’Il veut. L’Écriture primordiale est auprès de Lui.

Sourate 16, verset 101. Quand Nous remplaçons un verset par un autre – et Allah sait ce qu’Il révèle – ils disent : « Tu n’es qu’un faussaire ». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas.

Comment en effet comprendre le passage d’une prédication pacifique (pour simplifier à La Mecque) mais infructueuse à une prédication guerrière et violente (pour simplifier à Médine) ? Il suffit de lire la biographie de Mahomet pour prendre conscience que la seconde a tout simplement abrogé la première, Mahomet ayant changé de discours politique en raison des échecs qu’il rencontrait. Il n’y a donc pas de contradiction dans le message coranique final qui est à retenir et qui est chronologiquement le dernier (Médine) et le plus intolérant.

En revanche, la cécité de Michel Onfray sur cette question est assez inexplicable.

  • Conclusion

Alain Juppé et Michel Onfray arrivent donc à la même conclusion, « qu’il peut exister un islam compatible avec les valeurs françaises », par deux voies très différentes mais tout aussi hasardeuses. En réalité, l’islam de France « modéré » ne parvient, tant bien que mal, et avec de plus en plus de mal d’ailleurs, à respecter les valeurs françaises que parce qu’il n’applique pas et ne copie pas l’islam pratiqué par le Prophète qui est pourtant le modèle à suivre ; c’est donc en quelque sorte un islam d’apostats comme le fait remarquer l’État Islamique.

Ce vernis de pratique religieuse fait ainsi croire à la population française par ignorance que le vrai islam est cet islam qui a abandonné le modèle prophétique, modèle beaucoup plus rigoureux et auquel reviennent en réalité tous les fondamentalistes lorsqu’ils se penchent sérieusement sur leurs textes sacrés. L’islam de Mahomet est d’ailleurs l’islam pratiqué (hors la question du jihad) par la plupart des pays du Golfe : inégalité homme-femme, polygamie, absence de laïcité, inégalité des droits des musulmans et non-musulmans, châtiment corporels, etc.